Chapitre sept : Un choix déchirant

Le bruit les ramena douloureusement à la réalité. Remus retira son bras et se leva, s'écartant d'Annabelle. Un peu plus et il perdait la tête. La jeune femme, elle, retrouva en un instant tous ses souvenirs de la vie qu'elle avait vécue avant de connaître le sorcier. Comme tout cela était loin à présent ! Elle avait l'impression qu'il s'agissait de quelqu'un d'autre…
Alors, elle se souvint de son père. Quelle égoïste elle avait été ! Depuis des mois, son père n'avait eu aucune nouvelle il devait mourir d'inquiétude. Et depuis qu'elle était en sûreté, elle ne lui avait pas accordé une pensée.
« Anna ? » demanda Remus en voyant ses yeux se remplir de larmes.
Il n'aurait pas du la tenir ainsi. Il aurait du lui laisser plus de temps.
« Je pensais à mon père… murmura Annabelle. Il doit me croire étendue au fond d'un fossé…
– Rentrons, il fait froid ! »
Mais à l'intérieur, chacun était encore gelé par ses pensées.
« Il te manque ? demanda Remus.
– Je suis tout ce qu'il a au monde… » répondit Annabelle, éludant la question.
Quelle opinion aurait-il d'elle si elle lui disait qu'elle avait complètement oublié son père ?
« Écoute, on devrait pouvoir lui transmettre un message facilement. Écris-lui une lettre et demain, Dobby se chargera de la lui remettre.
– Oh, merci ! »
La gêne installée entre eux ne les quitta pourtant pas et après peu de temps, ils partirent se coucher chacun de son côté.

Le lendemain soir, Dobby rentra avec une mauvaise nouvelle : le professeur George Mistin était absent de son domicile depuis quinze jours.
Quinze jours…
Remus et Annabelle firent le même calcul. C'était quinze jours plus tôt qu'elle s'était enfuie. Et si David, pour se venger ou pour la retrouver, avait fait quoi que ce fût à son père ?
« Ne bouge pas d'ici ! ordonna le sorcier à Annabelle qui voulait partir à la recherche de son père immédiatement. Comment le trouveras-tu si tu pars comme ça, sans savoir où chercher ?
– Mais… Je ne peux pas l'abandonner !
– Je sais. Je vais en parler à Dumbledore. Lui saura bien retrouver ton père. »
Elle se rangea à ses arguments mais un sentiment de culpabilité grandissant l'envahissait chaque jour.

Un matin, Dobby apporta une lettre à Remus. Un elfe de Hogwarts la lui avait transmise de la part du professeur Dumbledore. Après l'avoir lue, Remus resta de longues minutes à la contempler en se demandant ce qu'il allait faire.
S'il ne révélait pas son contenu à Annabelle, elle continuerait à se ronger les sangs à propos de son père. Et depuis presque deux semaines qu'elle avait appris sa disparition, il ne supportait pas de voir son inquiétude.
D'un autre côté, s'il lui faisait lire la lettre… Il ne pouvait toujours pas la laisser partir après tout…
L'entrée de la jeune fille lui ôta le choix. Comme elle lui demandait ce qu'il avait en main, il lui tendit le parchemin. Annabelle y apprit en quelques phrases que son père était à l'hôpital dans un état critique. Il n'avait été identifié que quelques jours plus tôt, d'où leur longue ignorance quant à son sort.
Elle aurait voulu lui rendre visite, le voir s'éveiller, peut-être… Mais elle savait qu'elle n'avait pas le droit de quitter la maison. Et elle s'était promis de rester avec Remus.
Celui-ci la regardait en silence alors qu'elle se faisait douloureusement à cette idée.
« Va le retrouver ! » finit-il par lâcher.
Le cœur d'Annabelle s'emballa tandis que celui de Remus se serrait.
« Je peux ? Vraiment ?
– Il a besoin de toi… souffla-t-il à contrecœur.
– Mais… Je croyais que je ne pouvais pas partir. »
Une illumination la traversa.
« Tu viens avec moi, n'est-ce pas ? »
Elle pourrait le présenter à son père. Car George Mistin sortirait de son coma, il ne fallait pas en douter. Et sa fille serait auprès de lui à ce moment.
« Je ne peux pas… La pleine lune… »
Déjà ? Elle n'avait pas réalisé que presque un mois s'était écoulé depuis son arrivée. Cela leur avait semblé à tous deux bien plus court. Et bien plus long à la fois… C'était comme s'ils s'étaient toujours connus.
Des amis de toujours…
Non, réalisa Remus, Annabelle n'était pas son amie. Elle ne pourrait jamais être son amie… Et c'était bien pour cela qu'il devait la laisser partir…
« Va-t-en Annabelle, avant que quelqu'un de l'Ordre ne s'en rende compte ! »

Remus avait chargé Dobby de veiller sur elle. L'elfe, capable de disparaître à volonté, saurait passer inaperçu des moldus. A présent, Annabelle était assise sur une dure chaise de plastique, son père inconscient sous les yeux.
Mais ce n'était pas lui qu'elle regardait. Elle contemplait une petite photo que Remus lui avait tendue avant son départ. « Pour ne pas m'oublier… » avait-il dit.
Comme si elle pouvait l'oublier…

Remus affrontait la colère de Severus Snape la tête haute. Snape était d'ailleurs bien imprudent de s'énerver ainsi, la veille de la pleine lune…
« Comment avez-vous pu la laisser partir ? Êtes-vous complètement inconscient ? Vous ne vous rendez pas compte ? Si le Seigneur des Ténèbres savait où nous trouver…
– Annabelle n'est pas au service de Voldemort, coupa Remus.
– Nous n'en sommes pas sûrs, cracha Snape. Elle n'a pas avalé une goutte de veritaserum, je vous rappelle.
– Vous l'avez crue autant que moi, Severus, répondit tranquillement Remus.
– Soit ! Et si elle tombait dans les mains d'un mangemort ? Combien de temps lui faudrait-il pour lui arracher son secret à votre avis ? Elle est gardienne à présent !
– Vous pensez vraiment que Malfoy ou Lestranges vont se jeter sur une moldue insignifiante ? Qu'est-ce qu'elle représente pour eux ?
– Et si quelqu'un d'autre apprenait où nous trouver ? Vous n'avez pas pensé à ce Hinksey ? »
Remus pâlit brusquement. Non, il n'avait pas pensé à David Hinksey. Et si celui-ci cherchait toujours à mettre la main sur elle, quel meilleur endroit où l'attendre que près de son père ?

« Tiens tiens… »
Annabelle ne connaissait cette voix que trop bien ! Elle se retourna brusquement pour voir son pire cauchemar sous ses yeux. David se tenait dans l'encadrement de la porte, lui coupant toute possibilité de retraite. Derrière lui, trois hommes qui semblaient avoir la tâche de surveiller le couloir.
« David… » murmura-t-elle.
Non, elle ne pouvait pas retomber entre ses mains.
« Tu ne feras rien ici ! Nous sommes dans un endroit public !
– Tu crois ça ? »
Et son sourire confiant la désarma. Non, cela ne l'arrêterait pas.
« Que dirais-tu si l'un de mes amis, dit-il en désignant les trois gorilles, restait près de ton cher papa ? Tu crois vraiment que tu ferais des esclandres ? »
Dobby ! Où était Dobby ? Seul Dobby pourrait l'aider. Mais Remus lui avait bien ordonné de n'agir qu'en cas de nécessité absolue. Et Dobby obéirait à Remus…
David s'était approché d'elle et apercevant la photo posée sur le lit la ramassa. Le double de Remus restait parfaitement immobile, comme s'il savait que celui qui le regardait était un moldu.
« Et qui voilà ? Ton nouveau petit ami ? »
Elle fixait le visage du sorcier. Elle ne voulait, ne pouvait pas regarder celui de David.
« Réponds-moi ! hurla-t-il en jetant la photo au sol. Tu n'as pas compris que tu n'appartenais qu'à moi Anna ? Tu crois vraiment qu'un vieux comme ça te mérite ? »
Elle fit un mouvement pour ramasser le cadre mais il la saisit par le poignet.
« Je ne crois pas, non… dit-il d'un ton mauvais. Dis-moi, où est-il ce nouveau copain ? Une fois que je lui aurai un peu parlé, je ne pense pas que tu veuilles encore de lui.
– Non !
– Allons, nous savons tous deux que tu vas me dire gentiment où le trouver… Sans quoi, je finis ce que j'ai commencé avec ce cher George… » dit-il en désignant son père.
Dobby ? Que faisait-il ? Pourquoi ne l'aidait-il pas ?
David approcha sa main de la prise du respirateur et elle savait qu'il ne bluffait pas dans ses menaces.
« Non ! Attends ! »
Il s'arrêta mais ne retira pas sa main.
« Où est-il ?
– 12, Grimmauld Place. Vers Camden Town… » avoua-t-elle en pleurant.