Chapitre 7 : Pâte de fruits

Comme le lui avait conseillé Senji, Aria commençait à entrainer son fils sur les différents moyens de se protéger à l'aide de l'Air. Il arrivait déjà à déclancher des bourasques et elle tentait de lui faire construire une barrière protectrice.

- Imagine un grand mur, Sora. Un mur impénétrable. Absolument rien ne doit passer.

Le vent se déchaina autour d'eux et son fils fit de son mieux pour concentrer l'Air devant lui.

- C'est bien. Maintenant essaye d'empécher ma main d'avancer.

- Mais... et si je te faisais mal ?

- Ton vent n'est pas assez puissant pour me faire mal. Je te demande seulement de repousser ma main.

Sous les yeux de tous leurs amis venus assister à l'entrainement, Aria tendit la main vers son fils. Elle sentit une légère résistance qui toute fois n'était pas suffisante pour l'arrêter.

- Plus fort Sora.

Le visage du petit garçon se crispa, tentant de renforcer sa barrière. Mais sa mère réussit à avancer suffisament pour le toucher.

- Relache, dit-elle. Ça suffit.

- Je suis désolé maman, répondit le petit garçon déçut de ne pas avoir pu faire mieux.

- Ce n'est rien Sora. Il est tout a fait normal que tu n'y arrives pas du premier coup. Moi non plus je n'ai pas pu le faire.

- C'est vrai ?

- Mais oui. Tu veux réessayer ?

- Oui !

Alors qu'ils recommencaient, Kana arriva avec un panier de pâte de fruits. Il se jetèrent tous dessus et elle les arrêta avant qu'il n'en reste plus un morceau.

- Doucement espèces de gourmands ! Ils ne sont pas seulement pour vous. Je devais aussi en donner aux petits de l'hôpital. Mais... où est Kitai ?

- Comment on pourait le savoir ? Demanda Mikage en léchant ses doigts pleins de sucre. Qu'est-ce que tu lui veux ?

- Il ne devrait pas rester seul.

- Laisse-le donc. Il a encore du mal à faire le deuil de son maître.

- C'est justement pour ça qu'il ne faut pas le laisser seul. Il a besoin d'être entouré. De savoir qu'il peut compter sur quelqu'un.

- Je ne comprend pas pourquoi tu as accepté de t'occuper de lui.

- Si nous devions mourrir, tu voudrais que Aoi reste seul dans son coin ?

- Ce n'est pas pareil !

- Je ne vois pas en quoi. Je vais le chercher.

Kana allait partir quand soudain elle se retourna vers Sayu en lui tendant un peu de pâte de fruit conservée dans du papier.

- Pour ton beau-père, lui murmura-t-elle.

Puis elle partit chercher Kitai, laissant Mikage bouder dans son coin.

- Pourquoi elle se soucie tant de ce Kitai ? Marmonna-t-il. Dernièrement, elle n'arrête pas de me parler de lui.

- On est jaloux on dirait, remarqua Hakuren en souriant.

- Qui ça ? Moi ? Pas du tout ! C'est juste que je trouve ce type louche.

- C'est surtout parce que c'est la première fois que Kana se soucie d'un autre homme que toi.

- C'est stupide.

- C'est la vérité, approuva Aoi.

- Tu vas pas me trahir fils ?

- Désolé papa, mais là tu réagis comme un enfant gâté à qui ont a volé son jouet préféré. Tu ne peux pas lui en vouloir parce que maman est comme ça. Elle ne supporte pas de voir quelqu'un triste. C'est pour ça qu'elle est la chef de l'hôpital et que tous ses patients l'aiment. T'as pas le choix, tu dois un peu la partager.

- Ecoute ton fils, renchérit Kenta. Tu ne peux pas mettre un colier à ta femme.

- Parce que tu vas me faire croire que si Sayu faisait ami-ami avec un autre mec, ça ne te gènerait pas ?

- Je le tuerai avant qu'il ne s'en rende compte, répondit aussitôt Kenta.

- Kenta ! Le réprimanda Sayu. Tu n'es pas du tout cohérent là. Et ne donne pas d'idées bizarre à Mikage !

- Quoi ? Tu vois quelqu'un derrière mon dos ? S'inquièta-t-il.

- T'es bête ou quoi !

- En fait mon père est une excuse... se rendit-il compte avec horreur. Tu cherchais un moyen de me quitter.

- Pas-du-tout ! S'exclama-t-elle en appuyant chaque mot.

- Comment on en est arrivé là ? Demanda Hakuren dépité.

- C'est encore la faute de mon père, soupira Aoi.

- Je ne vous avais rien demandé ! S'exclama celui-ci.

oOo

Après avoir cherché un moment, Kana trouva enfin Kitai au sommet du rempart Est. Il observait l'horizon, un masque de tristesse sur le visage.

- Kitai-san ? L'appela-t-elle.

- Approchez, répondit-il sans tourner la tête vers elle.

Une fois à ses côtés, Kana se rendit compte qu'il avait le regard rivé en direction de "la jonction"... et de Valmaria.

- Votre pays vous manque ? Demanda-t-elle.

- Pas vraiment. Les miens m'ont rejeté à cause de ce tatouage. Il leur faisait peur.

- Peur ? Pourquoi donc ?

- Les Valmariens vénèrent un dieu : Nithael. Et selon la loi divine, le port de quelque marque que ce soit sur le corps, et en particulier sur le visage, est absolument prohibé. C'est un privilège réservé à Nithael dont la volonté a fait que nous naissions tous avec des cheveux blancs et des yeux rouges. Il nous est donc interdit d'altérer notre apparence physique qui est un cadeau de notre dieu. Même une femme aurait été bannie pour avoir porté ce tatouage.

- Comment ça ? "Même une femme" ?

- A Valmaria, les femmes sont considérées comme de précieux trésors. En partie car elles sont celles dont dépend la perpétuité de notre race. Et la garantie de sa pureté. Il est extrêment mal vu qu'une Valmarienne se donne à un non-Valmarien. Pire que si c'était un homme qui l'avait fait. Chez nous, les femmes sont sacrées.

- Merveilleuse culture que celle-ci, dit Kana en souriant.

- Pas tout à fait... car une femme qui désobéit aux lois sacrées est sévèrement chatiée. Même un sang pur ne pourait pas la protéger. Une personne descendant en ligne directe du tout premier Roi de Valmaria.

- Il y en a encore beaucoup ?

- Hélas non. La dernière était l'Impératrice Valéria. Ainsi que son père qui, comme vous devez le savoir, est mort dernièrement.

- Mais alors... Anri, Kira et leurs enfants seraient les véritables héritiers du trône de Valmaria ?

- Comme je vous l'ai dit, épouser un non-Valmarien est tabou. En épousant le précédent Empereur de Barsburg, Valéria-sama à renoncé à son droit d'accéssion au trône Valmarien. Ses enfants ou ses petits-enfants ne seraient jamais acceptés à Valmaria.

- En tout cas, pas tant que leurs moeurs ne changent pas.

- ça ne poura jamais changer. La culture Valmarienne est extrêmement ancienne.

- Et vous êtes toujours fidèle à cette culture ?

- Oui, bien sûr, répondit-il en lui souriant.

- ça me fait plaisir de vous voir sourire. Et je suis contente d'en avoir appris un peu plus sur vous et votre peuple. A vrai dire, nous craignons les Valmariens sans vraiment savoir qui ils sont. Et je suppose que c'est la même chose pour eux. Faire une guerre à des ennemis dont on ne sait rien... ça semble vraiment idiot. Cela prouve que seul l'inconnu fait peur.

- L'inconnu. Comme la mort ?

- Oui... comme la mort.

Kitai observa Kana pendant un moment. Celle-ci était restée silencieuse, comme perdue dans ses pensées.

- Avez-vous peur de la mort, Kana ? Demanda-t-il finalement.

Cette question la sortit aussitôt de sa réflexion. Et elle tourna un peu trop rapidement la tête vers lui.

- Comme tout le monde je suppose, répondit-elle gênée. Excepté votre maître bien sûr.

La tristesse se lut de nouveau sur le visage de Kitai et Kana s'en voulut d'avoir abordé ce sujet.

- Pardonnez-moi, dit-elle précipitament. Je ne voulais pas...

- Ce n'est rien. C'est vrai, mon maître était l'un des rares à ne l'avoir pas craint.

- J'aurais voulu savoir... Oh non, oubliez ça.

- Dites-moi.

- ... Quand vous prenez la peur de quelqu'un. Reste-t-elle en permanence en vous ? Ou finit-elle par partir ?

- Elle ne disparait jamais. Mais je peux essayer de la dominer et la mettre de côté.

- Où ça ? ...Qu'est-ce que vous ressentez ?

Kitai mit du temps à répondre et Kana eut peur d'avoir été trop loin.

- Je suis vraiment désolée... je ne veux pas vous forcer à me dire quoi que ce soit.

- Un grand froid. Si glacial que parfois je ne peux m'empécher de trembler. J'essaye d'enfermer cette peur au plus profond de moi. Mais il arrive que les autres la perçoient. C'est pourquoi on m'évite généralement. Et je ne veux pas non plus indisposer les gens.

- Je ne ressens aucun froid pourtant, répondit Kana en souriant.

- Vous vous trompez.

- Comment ça ?

Elle se rendit compte que Kitai hésitait. Visiblement, il avait peur de sa réaction face à son explication. Finalement, il soupira.

- Cessons de parler de cela.

- Comme vous voudrez.

- Qu'est-ce que vous avez dans les mains ? Demanda-t-il.

- Oh ! C'est vrai. Tenez, prenez-en. C'est de la pâte de fruit, je l'ai faite moi-même.

- Je n'avais jamais vu une chose pareille, dit-il en prenant un morceau.

- Vraiment ? Alors goûtez. C'est un peu collant, mais c'est sucré et ça vous réchauffe le coeur.

Kitai avala le bonbon sous le regard attentif de Kana qui guettait sa réaction. Puis il sourit et dit :

- C'est vrai... c'est sucré.

- C'est bon, n'est-ce pas ? Sourit-elle à son tour. Je me sens toujours mieux après en avoir mangé. Je vous en ferai souvent si ça vous plait.

- Merci.

Il l'observa en silence lui expliquer que c'était sa mère qui lui avait appris à les faire. Et il se rendit alors compte qu'à part son maître, Kana était la seule personne à avoir réussit à lui réchauffer le coeur.

oOo

Sayu se tenait devant la porte de la chambre de son beau-père, la pâte de fruit à la main. "Qu'est-ce que je fais ici ? De toute façon il ne me laissera même pas entrer..." Mais elle n'eut pas à toquer, car Mr Sunberg ouvrit subitement la porte pour sortir. Il se figea en la voyant sur le palier.

- Bonsoir... dit-elle nerveuse. Je... je vous ai apporté de la pâte de fruit. Kana l'a faite elle-même, et elle est excellente.

- J'ai horreur des sucreries.

- Ah... vraiment ? Dit-elle gênée. Je suis désolée, je ne m'en étais pas aperçue...

- Autre chose ?

- ... Non.

- Alors laissez-moi passer.

Sayu se rendit compte qu'elle lui bloquait le passage et se décala pour le laisser sortir.

- Je suis désolée, dit-elle en baissant les yeux.

Il referma la porte et s'apprêta à partir quand Sayu tangua. Il tendit aussitôt le bras pour la retenir.

- Que vous arrive-t-il ? Demanda-t-il en fronçant les sourcils.

- Pardonnez-moi, je... un petit étourdissement.

- Profitez-en pour manger cette pâte de fruits. Tachez de ne pas vous évanouir en public. Vous êtes beaucoup trop fragile.

Il la laissa seule sur ces mots. Des mots de reproche comme toujours. "Alors il n'aime pas les sucreries ? Comment ça fait que je ne sache pas ça ? On vit sous le même toit depuis 15 ans quand même ! Des étrangers... nous ne sommes vraiment que des étrangers."