Chapitre 7 : Séductions

« Quel drôle de couple n'est-ce pas ? »

OSCAR : comment ?

BERNARD : oui… Anjeline et Victor…

OSCAR : pourquoi dites-vous cela ? Vous avez l'air troublé. Qui est cette femme ? Sa fiancée ?

BERNARD : sa fiancée ? Oh oh non… On dit que Madame Odaves est la veuve d'un militaire, un colonel je crois… mais devenir la femme de Victor, j'en doute…

OSCAR surprise : Ne l'aime-t-il point ?

BERNARD : je pense que si mais Madame Odaves n'est pas réellement une femme qu'on … épouse

OSCAR : vous voulez dire qu'elle est sa …

BERNARD : oui, vous avez deviné. J'aime beaucoup Victor mais je ne peux m'empêcher de m'interroger sur sa relation avec Anjeline. Il y a quelques semaines, je l'ai aperçue à la caserne, elle attendait Victor.

OSCAR : Est-ce dérangeant ?

BERNARD : promettez de ne rien dire à mon ami

OSCAR : bien entendu

BERNARD : je l'ai entendu faire des avances au lieutenant de Victor !

OSCAR : comment ?

BERNARD : vous m'avez bien compris, elle a joué le même jeu qu'avec vous. Vous avez du vous rendre compte que Victor est à l'abri du besoin, comme on dit, mais on dit également que cette belle dame, aime aussi se serrer dans les bras d'hommes plus jeunes et disons « vigoureux », comme le lieutenant. Permettez moi un conseil, Oscar… Méfiez vous d'elle : vous êtes jeune, vous attirez sans conteste le regard des dames et vous êtes à la tête d'une des plus grandes fortunes, à ce qu'on dit…

OSCAR : merci Bernard de votre sollicitude, mais j'ai appris il y a quelques années que même si on peut faire confiance à quelques personnes, on ne peut réellement compter que sur soi. Sachez que je vous suis gré de votre attention.

Oscar tendit sa main vers le journaliste qui la serra bien volontiers. Il était étonné par la fausse innocence qui semblait émaner du jeune homme. Il paraissait si candide, si naïf et pourtant cela semblait être une façade… la vie ne l'avait pas épargné, lui non plus…

……………..

« Pourquoi avez-vous parlé ainsi à Oscar Jarjayes ? »

ANJELINE : comment ?

VICTOR : oui, je vous ai vu vous coller à lui, tel un ours autour d'un pot de miel…

ANJELINE : seriez vous jaloux mon ami ?

VICTOR irrité d'être pris en faute tel un enfant capricieux : c'est que … vous paraissiez si

ANJELINE se collant outrageusement à lui : voyons mon chéri, vous savez que seule votre présence à mes côtés m'importe… je me permettais d'être simplement aimable avec notre hôte. Croyez vous vraiment que je puisse être attirée par un jeune homme à peine sorti de l'adolescence, si jeune que son visage est aussi doux que la peau d'un nouveau né ? Réfléchissez mon ami…

VICTOR qui s'en voulait à présent d'avoir été si soupçonneux : pardonnez moi, je tiens beaucoup à vous, vous le savez…

ANJELINE en l'embrassant délicatement : je le sais, Victor, je le sais.

La belle brune passa ses mains autour du cou son amant pour approfondir son baiser ; malheureusement pour le capitaine de police, le regard de sa compagne restait fixé sur ce jeune homme blond dont le tumulte des yeux bleus l'attirait tel un abysse profond.

……………

La soirée se déroulait sans aucune anicroche. La musique vibrait dans le grand salon où les partenaires se détendaient au rythme des différentes danses. Certains hommes, dont Bernard, s'étaient retirés dans le grand bureau adjacent autour d'un verre de cognac, discutant de sujets aussi diverses que la politique ou les affaires étrangères. Enfin, un boudoir avait été aménagé pour accueillir les dames et jeunes demoiselles qui souhaitaient s'isoler entre elles pour parler chiffon et dentelle.

Oscar, en tant qu'hôte attentionné, se faisait un devoir de rendre visite à chaque invité afin de s'assurer de la réussite de leur soirée. Il fut accueilli à grand renfort d'alcool dans le bureau des hommes, alcool qu'il refusa poliment prétextant un travail qui l'attendait en fin de soirée, mais participa activement aux sujets, s'informant par là même des dernières tendances politiques.

Après un long moment parmi ces politiciens, le jeune homme se rendit dans le boudoir, demandant la permission d'y pénétrer et put apercevoir les regards illuminés, presque convoiteurs, de certaines dames présentes… et surtout certaines jeunes filles célibataires qui se mirent à glousser entre elles. Oscar faisait de son mieux pour se quérir auprès de chacune du bon déroulement de leur soirée. Il s'appliqua à baiser la main de chaque participante, réprimant ses envies de fuite devant certaines trop entreprenantes à son goût et d'autres qui tremblaient comme des feuilles mortes à son approche. Une fois sa tâche effectuée, il lui restait à présenter ses hommages dans le grand salon auprès des personnes qu'il n'avait pas encore eu l'honneur de rencontrer.

A son retour dans le salon de danse, le jeune héritier devint la cible de toute femme esseulée par son cavalier, en quête d'un jeune et beau partenaire de danse. Il se fit un devoir de saluer chacune d'elles mais resta un instant stupéfait quand une dame s'approcha de lui, le sourire rayonnant, la main tendue comme une invitation à la fête. Anjeline venait à sa rencontrer et ignorant toute convenance, invitait Oscar à danser.

ANJELINE : me ferez vous l'honneur de cette danse, Oscar ?

OSCAR : mais je pensais que le Capitaine Girodelle était votre cavalier

ANJELINE : c'était le cas, mais malheureusement me voilà seule… ses affaires extérieures l'ont contraint à se retirer. Il m'a demandé de l'excuser auprès de vous

OSCAR : je suis navré qu'il ait du s'absenter si précipitamment.

ANJELINE : alors, laissons Victor à sa chasse au brigand et amusons nous !

Oscar ne voulait en aucun cas être entraîné par cette « croqueuse » sur la piste de danse. Déjà que le fait de tenir la main d'une femme lui demandait un effort alors le fait de savoir que cette femme se colle à son corps la rebutait plus que tout. Oscar savait que si elle acceptait cette invitation, elle donnait gage aux avances d'Anjeline… Et si elle découvrait son secret. impossible de prendre ce risque. Elle cherchait un moyen poli de se défiler quand Alfred vint à sa rencontre d'un pas précipité. Saisissant l'occasion, Oscar s'éloigna de ce corps de diablesse pour porter son attention sur son ami.

OSCAR : Alfred, qui a-t-il mon ami ? Vous paraissez bien pressé !

ALFRED : Monsieur, je viens d'apprendre qu'un de vos bateaux a été attaqué !

OSCAR : comment ?

ALFRED : oui, Monsieur, c'est LE bateau qui devait arrivé ce soir…

OSCAR comprenant le message de son ami : très bien mon ami… je vous suis.

Oscar se tourna vers la dame, lui prit la main et la baisa imperceptiblement.

OSCAR : veuillez me pardonner ma chère, une affaire de la plus haute importance requiert ma présence.

ANJELINE : je comprends… j'espère que cela n'est que partie remise.

Oscar quitta ses invités et se dirigea vers son bureau privé, dont Alfred ferma la porte à clef après la jeune femme.

De son côté la dame brune restait seule parmi les invités, ruminant un « oui ce n'est que partie remise » et se mit en quête d'un compagnon pour le reste de la soirée.