Bonjour ! :)
Cette fois, je n'ai pas oublié de publier ! X)
Un gros merci à Rinku13, Zeugma412, Petite-Licorne-Arc-en-Ciel, Destrange, Noumea et Harryliada pour vos reviews ! Ça fait toujours plaisir ! ^^
(L'univers et les personnages appartiennent à JK Rowling)
Bonne lecture !
Chapitre 7 ― Jalousies cuisantes
Madame Bibine et l'agaçante version masculine du professeur Chourave lui avaient fait perdre toute son heure de déjeuner à fouiller sa garde-robe. Par conséquent, il avait dû interrompre son analyse de potion et la reprendre uniquement en soirée, après les cours. Il devait aussi remplir son devoir de surveillance aux Trois balais, mais cette mission pouvait encore attendre. Le professeur McGonagall avait besoin de son antidote.
La potion distribuée dans trois béchers bouillonnait au-dessus d'une plaque chauffante. À l'aide d'une pipette graduée, il préleva quelques gouttes du liquide bordeaux pour les verser dans la solution d'une éprouvette. Il examinait la couleur qui virait lentement au bleu sombre, quand il entendit la porte de la pièce voisine s'ouvrir brusquement.
― Severus ? retentit la voix de Madame Bibine. Nous avons encore besoin de vous !
Severus laissa échapper un grognement d'irritation en priant Merlin de lui accorder une infinie patience. Allait-on jamais le laisser tranquille ? Il reposa l'éprouvette sur son support et sortit de son laboratoire dans un envol de cape.
― Oui ? répondit-il d'un ton redoutable.
L'homme efféminé à la Chourave était également présent. Severus remarqua la terre qui maculait les habits noirs qu'il lui avait prêtés.
― Désolé, dit-il en s'époussetant nerveusement. J'y passerai un coup de baguette avant de vous les rendre, ne vous inquiétez pas.
― Nous pensons avoir trouvé le coupable, déclara Madame Bibine en venant s'appuyer nonchalamment contre le dossier du canapé. Il nous reste plus qu'à mettre notre plan en œuvre et on découvrira si ses côtes révèlent bien ces marques noires dont vous nous avez parlé.
― Et qui est ce fameux coupable ? demanda Severus avec sarcasme.
― Sibylle Trelawney, répondirent simultanément Madame Bibine et le bouclé.
Sous le coup de la surprise, Severus réprima un ricanement. Comment cette folle pouvait-elle effectuer un maléfice aussi complexe qu'une métamorphose en homme ? À part exceller dans l'art de la fabulation, elle ne démontrait jamais aucun talent.
― Vous êtes sûrs de ce que vous avancez ? dit-il sans perdre son impassibilité.
Madame Bibine affirma d'un signe de tête, les bras croisés.
― Pomona l'a insultée hier soir, sans faire exprès, expliqua-t-elle tandis que l'homme approuvait chacune de ses paroles avec un hochement de tête. Trelawney s'est donc vengée en lui jetant ce maléfice, c'est évident. Mais bien sûr, avant de l'accuser officiellement, il nous faut des preuves. C'est pour ça qu'on a besoin de votre aide, Severus. Pomona a besoin de conseils pour séduire Trelawney.
Il y eut comme un court circuit dans le cerveau de Severus qui resta figé devant eux sans rien dire. Il n'était pas certain d'avoir tout compris. D'abord, pourquoi vouloir séduire Trelawney ? Comment se faisait-il, avant tout, qu'on puisse même désirer charmer un tel spécimen de femme ? Ensuite, par Merlin, pourquoi venir lui demander des conseils de séduction, à lui, l'homme sombre des cachots dont aucune femme ne regardait autrement que pour lui reprocher sa froideur ? Ou alors, c'était une blague. Bibine et Chourave se moquaient de lui.
― Très drôle, fit-il finalement, à voix basse.
― Nous sommes sérieuses, dit Madame Bibine avec assurance. Pour que Trelawney veuille bien se déshabiller, il faut bien la charmer, non ?
― Mais pour ça, il ne faut pas qu'elle me reconnaisse, continua Chourave d'un air mal à l'aise. Il faut donc que j'apprenne à me comporter en homme pour qu'elle n'ait vraiment aucun soupçon. Vous comprenez ?
― Non, répondit franchement Severus, dérouté et agacé à la fois. Je ne vois toujours pas en quoi je peux vous être utile. Je suis d'ailleurs très occupé, alors si vous avez besoin d'aide, allez plutôt voir Dumbledore.
― Dumbledore ne nous aidera pas, répliqua Madame Bibine. Il a peut-être la prestance qu'on recherche, mais il n'est certainement pas aussi sexy que vous.
Severus manqua de s'étouffer de stupeur. Cette fois, il dut déployer de considérables efforts pour garder son masque flegmatique.
― Comment osez-vous ? articula-t-il, insulté.
― Mais voyons ! s'exclama Madame Bibine en roulant les yeux. Ce n'est quand même pas le lac à boire, Severus. On vous demande juste quelques cours de masculinité. C'est vraiment trop vous demander ?
― Exactement, enchérit l'homme en tripotant les pans de sa redingote salie de terre. Montrez-moi seulement comment vous marchez avec virilité, comment vous vous asseyez sans vous... heu... vous les écraser et... comment vous feriez si vous vouliez séduire une femme...
― Mais oui, la base, quoi, dit Madame Bibine avec une désinvolture révoltante. Sinon, peut-être qu'Alastor...
― Cet homme n'a rien de charmant ! pesta Severus qui ne voulait pas en plus réentendre parler de ce Maugrey de malheur. C'est d'accord. Je veux bien vous donner quelques conseils de... masculinité, comme vous dites. Je vous demanderais cependant d'être attentifs parce que je ne vous consacrerai que dix minutes. C'est tout ce que je peux vous offrir.
L'homme bouclé étira alors un grand sourire sur ses lèvres, plein de féminité, qui ressemblait beaucoup au professeur Chourave. Severus grogna mentalement, regrettant déjà sa décision. Dans quoi venait-il de s'embarquer ?
― Merci beaucoup, Severus, vous êtes très aimable, dit Madame Bibine d'un ton triomphal, les yeux comme deux pépites d'or.
― N'allez pas raconter ça ensuite dans tout le château, d'accord ? menaça Severus. Je ne souhaite pas non plus être mêlé à vos plans douteux de séduction. Je comprends que vous voulez vous amuser avec Trelawney, mais soyez tout de même conscients que ça pourrait se retourner contre vous.
― Ne vous inquiétez pas, rassura Madame Bibine. Tout se déroulera selon nos plans. On commence ?
Severus expira par le nez pour se donner du courage, puis avança d'un pas vers Chourave qui afficha un sourire nerveux.
― Très bien, dit Severus. Commençons par l'assurance...
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― Vraiment, Cassandra ? Tu n'as pas de petit copain ?
― Non, répéta Minerva qui pianotait sur l'accoudoir de sa chaise, lorgnant l'horloge au-dessus de la porte. Je ne m'intéresse pas à ces choses-là. J'ai d'autres projets.
Il y avait déjà une demi-heure qu'elle subissait l'interrogatoire des jumeaux et qu'elle relatait la vie de sa nièce en y inventant les détails. À présent, ils s'attardaient sur la question du petit ami et elle regrettait de ne pas avoir réfléchi avant de s'être déclarée célibataire.
― C'est dommage, commenta Fred, toujours assis sur le bureau, qui caressait entre ses doigts la plume tachée d'encre.
Il n'avait aucunement l'air désolé pour elle. Au contraire, il semblait satisfait au plus haut point. Ses yeux brillants de lubricité entretenaient la chaleur moite dans le ventre de Minerva, autant que son frère. Ce dernier, tout près devant elle, les fesses appuyées contre le bord du bureau, ne cessait de la déshabiller du regard.
― Tu devrais peut-être en trouver un..., suggéra George, le sourire salace.
― Ou deux..., ajouta Fred. C'est toujours mieux, deux...
― Et puis, ça soulagerait tes... tensions sexuelles clairement excessives...
― Ça suffit ! s'exclama Minerva, troublée, en humidifiant davantage sa culotte. Arrêtez ça ! Comment pouvez-vous vous comporter avec autant de liberté ?
Les jumeaux échangèrent un regard dangereusement victorieux.
― C'est parce que tu le veux bien, Cassandra, répondit Fred.
― N'essaie pas de le nier, tu es tout excitée, dit George qui posa la main sur la sienne sur l'accoudoir.
Minerva fut parcourue de frissons à l'endroit où il la toucha. Ils avaient raison. Elle ne parvenait pas à contrôler ses pulsions, et cela malgré toute sa volonté d'y résister. Satanée de potion ratée !
― Qu'est-ce que vous voulez ? demanda-t-elle enfin, renonçant à toute justification. Le professeur McGonagall ne viendra pas. Vous êtes libres de repartir. Je lui dirai que vous êtes venus à l'heure et elle reportera simplement votre retenue à demain.
George resserra sa prise en s'humectant les lèvres.
― Ce que nous voulons, répéta-t-il avec un petit rire séducteur.
― Cassandra, pourquoi ne pas te retourner la question ? proposa Fred en mimant un lent coït avec la plume dans sa main. Qu'est-ce que, toi,tu veux ? Quel que soit ton souhait, tu n'as qu'à le formuler et on obéira, promis.
C'était une proposition fourbe. Minerva écarquilla les yeux en remuant dans sa chaise, sans même trouver la force de leur demander de la laisser tranquille. Ils savaient aussi bien qu'elle ce dont elle avait envie en ce moment...
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― Levez la tête, reculez la nuque, redressez les épaules et ne balancez pas les bras comme ça !
― Comment, alors ? demanda Pomona en raidissant les biceps tandis qu'elle marchait de long en large dans le bureau du Maître des potions.
― Vous ne les balancez pas, point ! s'agaça Rogue qui la suivait de son regard critique. On dirait que vous gambadez dans les prés.
― Je ne gambade pas ! protesta Pomona.
― C'est vrai, elle ne gambade pas, intervint Rolanda près du canapé. Elle fait plutôt naturelle, j'aime bien. Elle n'a tout de même pas besoin d'adopter complètement votre démarche de terreur des cachots.
Rogue lui jeta un regard polaire. Aussitôt, Pomona se précipita vers lui avant qu'il ne décide d'achever brusquement la séance d'entraînement et enchaîna :
― Et pour s'asseoir ? Je fais comment ? Comme ça, c'est bien ?
Elle contourna le canapé et y prit place devant la cheminée en tenant le dos droit pour paraître assurée. Mais comme un testicule resta coincé entre ses cuisses, elle replaça sa virilité d'un geste gêné et referma les jambes pour la tenir en place. Rogue vint se braquer devant elle, les bras croisés, et promena silencieusement ses yeux noirs sur le résultat de sa position.
― Non, dit-il après un moment. On dirait que vous vous êtes empalée sur un manche à balai.
― Ce n'est pas bien ?
― Desserrez les jambes et détendez-vous.
Rolanda, derrière le canapé, qui s'était appuyé les avant-bras sur le dossier, émit une exclamation.
― Attention à ce que vous dites, Severus, parce que j'ai des frissons, là, railla-t-elle en se mordant la lèvre.
Rogue la regarda en restant de marbre, tandis que Pomona éprouvait une sensation amère dans la poitrine. Pourquoi Rolanda continuait-elle d'agir comme ça avec le professeur Rogue ? Il n'était pas si sexy que ça. Avec sa cape et ses longs cheveux graisseux, il évoquait plutôt une chauve-souris géante.
Rogue s'abstint de répondre au commentaire de Rolanda et reporta son attention sur Pomona qui avait écarté les jambes sans pour autant se sentir plus confortable. Elle se sentait plutôt ridicule. Et provocante, comme si elle invitait Rogue à s'insérer entre ses cuisses.
― Bien, reprit-il d'un ton dépourvu d'émotion. Maintenant, avancez le bassin. Lorsqu'on est un homme, généralement, on ne s'assied pas. On s'affale. Observez.
Il se déplaça tranquillement vers le fauteuil proche, repoussa sa cape d'un geste mesuré et s'y laissa tomber en se calant contre le dossier, à l'aise. Pomona l'imita en se laissant également aller dans le canapé, mais ses genoux s'attiraient l'un vers l'autre comme s'ils étaient aimantés. Il était difficile de les tenir à l'écart, sans parler que dans son pantalon sa virilité la démangeait encore. Sans pouvoir y résister, elle se gratta l'entre-jambes en grimaçant, puis replaça tout ça sous les yeux de Rogue qui haussa les sourcils.
― C'est toute la classe que vous pouvez démontrer ? demanda-t-il.
― Ce n'est pas de ma faute si cette chose n'est pas domptable ! se défendit Pomona en lui jetant un regard irrité. Vous la mettez de quel côté, vous ?
Rogue demeura impassible.
― Quelle... importance ? répondit-il avec lenteur.
― Je ne sais pas, je cherche juste à comprendre comment vous faites, vous, les hommes, pour ne pas toujours être distraits par ça.
― L'habitude... innée.
Rogue se releva avec un bruissement de coussin et revint se braquer devant elle.
― Placez-la comme vous le voulez et n'y touchez plus, poursuivit-il. Du moins, pas devant les gens. Si vous devez vraiment y porter la main, faites-le discrètement sans que personne regarde. Bref, les bonnes manières. Tout simplement.
― Intéressant, dit Rolanda, toujours appuyée sur le dossier du canapé, le menton dans la main. Et quand vous avez une érection, vous faites comment ?
Rogue n'aurait pas eu une expression différente si elle lui avait demandé de se déshabiller. Bien qu'il gardât une expression imperturbable, ses joues rougirent légèrement et sa main se crispa sur sa cape comme s'il se retenait de la rabattre devant son ventre.
― J'estime que vos questions sont déplacées, madame, répliqua-t-il à voix basse.
― Mais non, puisque c'est pour aider Pomona.
― Ça me va, je n'ai pas besoin de savoir ça, intervint Pomona que le comportement de son amie la dérangeait de plus en plus. C'est impossible que mon machin bande pour Trelawney.
― Juste remarque, approuva Rogue.
Rolanda émit un petit rire et baissa ses yeux jaunes sur Pomona.
― D'accord, dit-elle avec une nuance de malice. Trelawney ne te charmera pas. Mais toi, tu devras la charmer, alors...
Elle regarda à nouveau Rogue, la main soutenant toujours sa tête, et proposa :
― Et si on passait tout de suite à la partie séduction du cours ? La partie la plus intéressante... Quels sont vos conseils, professeur Rogue, pour séduire une femme ? Utilisez-vous des mots doux ? Des gestes tendres ? Des regards... pénétrants... ?
Rogue déglutit en silence. Il sembla réfléchir, durant un long moment, jusqu'à ce qu'une drôle de lueur s'allumât dans le fond de ses yeux noirs.
― Absolument, dit-il d'une voix doucereuse. Je vais tout vous révéler concernant mes tactiques pour rendre une femme folle de moi...
Et il contourna le canapé, sa cape volant derrière lui, pour se diriger tout droit vers Rolanda. Le cœur de Pomona fit un bond dans sa poitrine. À en juger par la réaction de son amie, qui fit un pas en arrière, elle n'avait pas non plus prévu que Rogue se serait exécuté de la sorte. Il s'arrêta si près d'elle que son nez manqua de frôler le sien.
― Alors, pour commencer, dit-il en plongeant un regard intense dans celui de Rolanda, la proximité est primordiale pour déclencher une accélération du système cardiaque et obtenir ainsi les premiers effets désirés chez la femme. Observez, professeur Chourave, comme le rouge lui colore les joues, en cet instant, alors que je me tiens simplement là sans même la toucher. Le regard soutenu est également important. Il permet la dilatation systématique des pupilles.
En effet, à la grande stupéfaction de Pomona, Rolanda semblait dans tous ses états. Sa main s'agrippa sur le dossier du canapé, comme pour s'empêcher de se pâmer devant lui.
― Ensuite, si vous voulez lui provoquer des frissons, poursuivit Rogue, vous n'avez qu'à lui effleurer le bras, comme ça, doucement, et remonter lentement... comme ça...
Rolanda tressaillit lorsque ses doigts glissèrent dans son cou, mais elle demeura immobile à le fixer, comme pétrifiée. Rogue poursuivit sa caresse sur sa nuque, puis effleura sa joue du dos de l'index. En les regardant, Pomona se contracta de partout, comme ravagée par une émotion brûlante. Pourquoi Rolanda ne reculait-elle pas ? Pourquoi le laissait-elle faire ? Le professeur Rogue n'avait aucun droit de mettre les mains sur elle.
― Entendez-vous, professeur Chourave, comme son souffle se coupe ? murmura Rogue en baissant les yeux sur ses lèvres entrouvertes. Elle s'abandonne complètement à moi, ce qui nous amène maintenant à l'étape du baiser...
― Ne la touchez pas ! rugit brusquement Pomona de sa puissante voix d'homme.
Les mots lui échappèrent avant même d'avoir pris conscience qu'elle les avait hurlés. Rolanda et Rogue sursautèrent en s'éloignant l'un de l'autre. Pomona bondit hors du canapé, le corps secoué de tremblement.
― Je... je crois avoir tout saisi la matière, bredouilla-t-elle pour se justifier. Pas besoin d'aller plus loin.
Rogue voulut échanger un regard narquois avec Rolanda, mais celle-ci était occupée à dévisager son amie avec un sourire ému.
― Quoi ? demanda Pomona, luttant contre ses émotions ardentes. Pourquoi tu me regardes comme ça ?
― Pour rien. Merci de m'avoir sauvée de l'emprise... hum... sauvage de Severus...
― Mais oui, tu semblais beaucoup souffrir ! ironisa Pomona d'un ton plus en colère qu'elle l'aurait voulu. Le cours est terminé, j'en ai assez appris ! Merci, professeur Rogue.
Et elle se dirigea vers la porte en se retenant de faire demi-tour et d'aller frapper Rogue en plein sur sa gueule cireuse.
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Sous sa grandiose apparence de Fallusio, Filius descendit l'escalier de marbre en fixant Aurora devant les portes du hall, qui l'attendait en tortillant un pan de sa manche. Elle n'arborait pas de décolleté comme la dernière fois, mais sa longue robe dorée la rendait tout aussi ravissante.
― Bonsoir, professeur Sinistra, dit-il de sa voix profonde et caressante, une fois près d'elle. Je suis ravi que vous acceptiez de sortir avec moi ce soir.
Aurora eut un drôle de sourire énigmatique.
― Votre cousin m'a assuré que vous étiez un homme exceptionnel, répondit-elle. Alors, j'ai décidé de vous donner une chance.
― Vous ne le regretterez pas.
D'un geste galant, il lui ouvrit la porte et l'invita à passer devant lui.
Au loin, la forêt Interdite rougeoyait sous le soleil couchant. Tandis qu'ils se dirigeaient en silence vers le portail en fer forgé, Filius se délectait de marcher à la hauteur d'Aurora. Il était toujours excitant de pouvoir la contempler sous de nouveaux angles. Lorsqu'il était plus grand, elle lui paraissait plus délicate, plus fragile, plus encline à se laisser aller dans des bras protecteurs. Ses grands yeux d'ébène reflétaient la lueur du crépuscule et sa longue natte se balançait au gré de la brise fraîche. Il avait envie de lui prendre la main et de la caresser dans le creux de la sienne, mais c'était encore trop tôt. Il devait d'abord la conquérir.
― La soirée est belle, n'est-ce pas ? commenta Filius pour entamer la conversation, un peu plus tard, tandis qu'ils s'approchaient des premières boutiques de Pré-au-Lard.
― Oui, l'air est agréable, répondit Aurora. Vous venez souvent par ici ?
― Quelquefois, dit Filius avec précaution. Chaque fois que je viens rendre visite à mon cousin. Mais je ne viens pas souvent. Je suis assez occupé.
― Si je me rappelle bien, vous travaillez dans un laboratoire ?
― C'est ça.
― Qu'est-ce que vous faites dans ce laboratoire ?
Filius fit fonctionner ses méninges à la recherche d'une réponse impressionnante.
― Je travaille pour le ministère. J'examine et j'identifie des sortilèges dangereux lancés sur des objets. Ce n'est pas toujours facile et mon laboratoire se retrouve parfois en désordre, mais j'aime bien ce boulot.
― Vraiment ? s'exclama Aurora dont le visage s'illumina de stupéfaction. Où avez-vous fait vos études ?
― À Londres. J'ai suivi une formation avec Miranda Fauconnette elle-même.
― Décidément, votre cousin ne mentait pas sur votre exceptionnalité. Rares sont ceux qui peuvent se vanter d'avoir étudié avec Fauconnette. Vous m'avez l'air d'être aussi intelligent que votre cousin. C'est de famille, je suppose.
― En effet, je suis très intelligent, prétendit Filius en se recoiffant d'une main dans la brise. C'est pour ça, d'ailleurs, que mon cousin m'a demandé de venir. Il avait besoin d'aide pour mettre au point son Localisateur. J'ai su exactement ce qu'il fallait faire. Je suis plutôt fier de moi.
Ils s'arrêtèrent devant l'auberge des Trois Balais et Filius réitéra son geste de courtoisie en laissant Aurora entrer avant lui. Lorsqu'il s'avança à son tour dans l'endroit chaleureux, où quelques sorciers étaient attablés, il fut agréablement surpris de voir que tout était plus petit et plus facilement accessible que d'habitude. Il s'approcha du bar et y passa les mains en se réjouissant de le toucher sans même devoir quitter le sol des pieds. Les tabourets étaient également superbement bas, juste à la bonne hauteur.
― Je vous sers quelque chose à boire ? demanda une voix serviable.
Filius leva les yeux sur une belle raie de seins bien ronds. Madame Rosmerta, de l'autre côté du comptoir, s'était penchée devant lui, appuyée sur ses coudes. Ses épais cheveux blonds dégringolaient en boucles sur ses épaules. Filius avala sa salive et remonta le regard dans le sien pour lui offrir son plus charmant sourire.
― Je vais prendre un... whisky Pur Feu, dit-il en se retenant tout juste de commander son habituel sirop de cerise soda qui n'aurait pas fait très sérieux ni assez viril. Et vous, professeur Sinistra ? Que prendriez-vous ?
― Un sirop de cerise soda, répondit-elle et Filius resta sans voix.
― Pardon ?
― Avec boule de glace et ombrelle ? demanda Rosmerta.
― Oui, confirma Aurora. Merci.
Et pendant que Rosmerta s'éloignait vers les étagères à verres, Aurora regarda Filius en haussant les épaules.
― J'adore ça, pourquoi pas ? Qu'est-ce qu'il y a ?
― Rien... ça va...
Filius lui proposa d'aller s'asseoir en attendant les verres, puis il patienta devant le bar sur lequel il posa quelques Mornilles, en se demandant si Aurora buvait depuis longtemps cette boisson ou si c'était seulement depuis qu'elle avait commandé la même chose que lui lors de leur dernière soirée.
― Voilà, dit Madame Rosmerta en revenant derrière le comptoir.
Avec un clin d'œil, elle déposa les verres devant lui et il s'en saisit en la remerciant, avant d'aller rejoindre Aurora. Cette dernière s'était assise à une table près d'une fenêtre.
― Merci, dit-elle en prenant son sirop de cerise soda.
― Tout le plaisir est pour moi.
Tandis qu'il s'installait devant elle, Aurora but une gorgée de son verre, puis tourna les yeux vers le bar où Madame Rosmerta passait à présent un chiffon sur le comptoir. Le corps penché en avant, elle exhibait encore dans son décolleté sa généreuse poitrine qui remuait au rythme de ses gestes. Lorsque Filius s'aperçut qu'elle lui souriait, il détourna aussitôt les yeux et trempa ses lèvres dans son whisky corsé.
― Je crois que vous lui plaisez, remarqua Aurora sur le ton de la conversation.
Filius s'étouffa dans sa gorgée.
― Qu-quoi... ? toussa-t-il.
― J'en suis sûre, elle vous dévore des yeux.
Filius ramassa une serviette de table et s'essuya la bouche en regardant de nouveau Rosmerta, qui lui adressa un second clin d'œil. Serait-ce possible ? Jamais une femme ne s'était encore intéressée à lui de cette façon. Après tout, pourquoi pas ? Fallusio avait tout de séduisant, tout le contraire de ce qu'était Filius. Excité, il lui sourit en retour et elle pencha la tête en entortillant une boucle autour de son doigt.
― Voulez-vous l'inviter à notre table ? demanda Aurora d'un ton un peu sec.
― Non, mais non ! dit Filius en se raclant la gorge. Elle ne m'intéresse pas.
― Ah non ?
Avec ce même étrange sourire de sphinx, Aurora s'avança sur la table en s'appuyant sur ses coudes.
― Dites-moi, monsieur Flitwick, vous n'avez personne dans votre vie ?
Filius la regarda en serrant la serviette dans sa main. Il avait envie de lui déclarer que c'était elle qu'il aimait depuis longtemps, mais ça ne serait pas avisé de sa part, surtout qu'il était censé la connaître seulement depuis peu.
― Non, répondit-il le plus naturellement possible. Je n'ai personne dans ma vie. Mais je ne vais pas aborder cette femme pendant que j'en ai une dix fois plus intéressante devant moi.
Les yeux d'Aurora brillèrent, mais comme elle restait raide sur ses coudes, Filius n'était pas certain de l'avoir touchée. Ce serait plus facile si elle inclinait la tête en jouant avec une mèche de cheveux, comme le faisait Madame Rosmerta.
― Merci, souffla-t-elle... du compliment...
― Il n'y a pas de quoi, répondit-il. C'est la vérité.
Il y eut un bref silence entre eux, durant lequel Filius dut lutter contre la tentation de regarder de nouveau vers le bar, puis Aurora, après une autre gorgée de sirop, reprit la parole :
― Vous charmez souvent les femmes, comme ça ? demanda-t-elle. Parce que, entre vous et moi, vous êtes plutôt beau garçon. Vous devez avoir conquis plusieurs cœurs au courant de votre vie.
― Moi ? Jamais, répondit Filius un peu trop rapidement. Enfin, pas vraiment... Je... je ne m'intéresse pas beaucoup à ça. Je veux dire, je m'y intéresse, oui, parce que je suis avec vous ce soir et... je vous désire bien... heu ! paniqua-t-il. Je veux dire, je vous apprécie bien... ! Je veux dire, avec vous, c'est différent ! Enfin...
Il remonta ses lunettes en se laissant retomber contre le dossier de sa chaise, le visage caché derrière sa main. Il disait n'importe quoi. Il était en train de tout gâcher avec ses idioties. Pourquoi ne pouvait-il pas agir avec plus d'intelligence ?
― Excusez-moi...
Aurora émit un petit rire et Filius fut certain qu'elle se moquait de lui. Elle avait posé le menton dans le creux de sa main et le dévisageait à présent en plissant les yeux.
― C'est drôle, dit-elle. Vous ressemblez bien plus que je le croyais à votre cousin...
Ses paroles agirent en Filius comme une décharge électrique. Il se redressa d'un bond sur sa chaise, pressé à lui prouver qu'il n'avait, au contraire, rien d'un minable.
― Vous vous trompez, répliqua-t-il.
Mais il ne put en dire plus, car au même moment, la porte s'ouvrit et un homme s'avança vers le bar, d'une démarche désinvolte. Sa tignasse en bataille était reconnaissable entre mille. C'était ce même homme aux blagues de gobelins qui était venu la veille. Filius serra les dents. Cette brute arrogante n'allait pas lui saboter sa soirée une seconde fois.
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Pendant qu'il arpentait les couloirs, Severus ricanait en repensant à son cours de séduction. Madame Bibine avait mérité de se retrouver bouche bée devant lui. Lorsqu'on se moquait de lui, on en payait le prix. Il n'avait pas eu besoin de Legilimancie pour comprendre qu'elle avait simplement cherché à le provoquer. Personne ne s'intéressait subitement à lui de cette façon, encore moins elle.
Cependant, après avoir senti Bibine frémir sous ses doigts, il se rendait compte que le contact d'une femme lui manquait plus que jamais. C'était toujours frustrant de devoir se priver d'amour. Pourquoi la vie l'avait-elle fait si peu désirable ? Il n'en serait pas là, aujourd'hui, s'il avait plu dès le début à Lily.
Chassant ses sombres pensées, il se concentra plutôt sur le professeur McGonagall et sur les excuses qu'il devait lui faire parce qu'il n'avait pas encore terminé l'antidote. L'analyse était plus compliquée qu'il l'avait prévue, sans parler des nombreux dérangements de la part de Bibine et Chourave. Il aurait plus de temps le lendemain. En attendant, il espérait que McGonagall se montre indulgente et qu'elle se contente de lui exprimer encore une fois tout le désir, même artificiel, que la potion éveillait pour lui.
C'était plus fort que sa volonté. Même s'il la respectait trop pour profiter d'elle, il ne pouvait s'empêcher d'avoir envie de la posséder. De toute façon, elle ne pourrait pas lui en vouloir si c'était elle qui le forçait à lui céder. De plus, après une journée entière à combattre ses pulsions, elle risquait d'être fort excitante au moment de sa visite. Lui, il ne serait qu'une victime.
Mais il devait résister. Il devait rester en contrôle de ses envies quoi qu'il en soit. Il devait le faire pour elle, même s'il n'aurait jamais une autre occasion de la caresser. McGonagall avait confiance en lui et ce n'était pas le moment de ruiner leur relation pour un caprice. Il ne se pardonnerait jamais s'il venait à la perdre.
Arrivé dans le couloir de son bureau, il remarqua que la porte était entrouverte. Aussitôt, il modéra ses pas et avança silencieusement pour ne pas être entendu. Il avait la possibilité de la surprendre et il espérait malgré lui qu'elle soit en train d'apaiser ses tensions, même si dans ce cas elle aurait sûrement pris soin de verrouiller sa porte. Il avait tout de même le droit de rêver.
Sans bruit, il s'arrêta devant l'entrée du bureau, et quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'il perçut un faible gémissement ! Il n'arriva pas à le croire ! McGonagall était réellement en train de s'offrir du plaisir.
Le cœur battant, il s'adossa au mur et respira profondément pour calmer la subite érection dans son pantalon. Il était impératif qu'il réprime son excitation avant d'entrer s'il ne voulait pas commettre une bêtise. Mais les gémissements de McGonagall ne l'aidaient pas à se détendre. Mais pourquoi, par Merlin, osait-elle se toucher sans même avoir refermé sa porte ?
Soudain, il entendit le rire suave d'un garçon et ce fut comme un poignard planté dans sa poitrine. Elle n'était pas toute seule.
― Non..., s'étrangla-t-il.
À présent, il avait de la difficulté à respirer. D'une main tremblante, il poussa la porte et ce qu'il découvrit fut encore plus horrible.
Le professeur McGonagall était vautrée derrière son bureau, haletante, les yeux fermés, tandis que de chaque côté de sa chaise, une expression révoltante de perversion sur leur visage hideux de taches de rousseurs, les jumeaux Weasley posaient leurs sales mains sur elle. Son chignon était à moitié défait et sa robe, à demi déboutonnée, révélait toute l'étendue de sa gorge rougie d'émotions. Severus eut l'impression de se remplir d'eau bouillante.
― En retenue ! s'écria-t-il d'une voix vibrante de rage. Tous les deux ! Dans mon bureau ! Tous les soirs ! Jusqu'à la fin de l'année !
Tous trois sursautèrent violemment. McGonagall, sous ses traits de jeune fille, se tétanisa dans sa chaise et les jumeaux reculèrent en levant les mains à la hauteur des épaules comme s'ils n'avaient rien fait de mal.
― Ce n'est pas ce que vous croyez ! se justifièrent-ils d'une même voix.
― Dehors ! ordonna Severus, les poings serrés, qui se retenait tout juste de commettre deux meurtres. Dehors, immédiatement !
Sans plus protester, les jumeaux déguerpirent instantanément, passant si vite aux côtés de Severus que ce dernier sentit deux coups de vent agiter sa cape. Leurs pas retentirent dans le couloir, à toute allure, avant de s'évanouir dans les entrailles du château. Un silence glacé s'installa ensuite dans la pièce, s'enflant et s'éternisant. McGonagall demeurait figée dans sa chaise, sans un mot, sans même reboutonner sa robe. On aurait dit qu'elle s'attendait à être punie elle aussi, mais Severus n'en fit rien.
Silencieusement, il promena les yeux sur sa gorge découverte, les remonta sur son jeune visage dépourvu de lunettes et ses longs cheveux emmêlés qui retombaient d'un côté sur une épaule. Il se sentait étrangement vidé, comme trahi, sans savoir exactement pourquoi. C'était tout de même de sa faute si elle avait passé la journée à souffrir des effets secondaires de sa damnée potion ratée. Il fallait bien s'attendre à ce qu'elle finisse par succomber à ses pulsions à un moment ou à un autre.
― Severus..., articula McGonagall sur un ton suppliant. Je n'ai pas fait exprès... Ils sont venus sans que je les aie invités... J'ai lutté... Je vous jure que j'ai lutté...
― Je sais, dit Severus du ton le plus dénué d'émotion possible. Je comprends.
Il expira lentement l'air qui s'était accumulé dans ses poumons, puis il annonça, plus calme :
― L'antidote prendra plus de temps que prévu. Il faudra attendre encore au moins jusqu'à demain matin.
Minerva hocha la tête nerveusement.
― Il n'y a pas de problème. J'attendrai.
― Ils savent qui vous êtes ? demanda Severus.
― Qui ça... ? Ah, eux ? Non, ils ne savent pas. Ils croient que je suis ma nièce...
― Tant mieux pour vous, reprit-il froidement. Je retourne donc au travail. En attendant, tâchez cette fois de ne pas prendre mon conseil à la légère et évitez de vous montrer à quiconque sous cette apparence de jeune fille en rut. La prochaine fois pourrait être pire. Bonne soirée.
Et il s'en retourna en faisant claquer la porte derrière lui. Une boule douloureuse s'était formée dans sa gorge. Jamais il n'avait autant détesté les jumeaux Weasley qu'en cet instant.
À suivre la semaine prochaine...
