Notes de l'artiste (si si…) : oui, une autre mise à jour, si vite ! La grande folie, je sais ! Et tension au summum (= sabres lasers et Télétubbies au prochain chapitre, ENFIN !)

S'il y a une chose que j'apprécie dans les contes de fées et les légendes, c'est la mythologie qu'ils permettent de construire et d'écrire. La voici enfin. Je dis « enfin » parce que perso, ça fait des SEMAINES que c'est écrit, pondu après le 2ème chapitre à 2h du matin. Oui, je me fais peur parfois.

( chamoon : le site de fanfiction n'autorisant pas les « pubs » et adresses, celles-ci ont été sucrées de ton commentaire. J'espère que tu seras parvenu(e) à voir la mise à jour quand même ! ; ) )

Bref, bonne lecture !


Chapitre 7 : Quand les nymphes peuplaient Neverland

Emma se réveilla brusquement en sentant un regard sur elle. Quelqu'un avait pénétré dans sa cabine. Elle choisit de feindre le sommeil et chercha à tâtons le poignard sous son oreiller, puis ouvrit les yeux. Maitrisant sa respiration, elle fixa l'obscurité qui emplissait encore la pièce.

Le soulagement l'envahit lorsqu'elle reconnut la silhouette de Hook et elle se redressa, le poignard toujours à la main. La voyant réveillée, le pirate stoppa son approche silencieuse et lui fit signe de le suivre sans un mot. Elle fronça les sourcils mais il avait déjà quitté la cabine. Maugréant, elle enfila ses bottes par-dessus le pantalon de toile qu'elle n'avait pas quitté depuis des jours et s'élança à sa suite.

Allaient-ils enfin parler ? Depuis la veille, le silence avait été imposé au groupe, comme un accord tacite, et cela commençait à prodigieusement l'agacer. Elle n'avait pas pour habitude de suivre sans discuter.

Elle s'était attendue à devoir le rejoindre dans les quartiers du capitaine, mais il avait pris la direction du pont. Elle le rattrapa alors qu'ils émergeaient à l'air libre.

La mer était étonnamment calme ce matin. Le roulis était léger, presque agréable, et elle inspira une grande bouffée d'air marin. Le soleil ne s'était pas encore levé, seul l'horizon rosissait et elle fronça à nouveau les sourcils : le ciel était le même que quand elle avait rejoint sa cabine, et il lui avait pourtant semblé avoir dormi plusieurs heures. Tout était trop calme.

Ce n'était pas normal.

Comme s'il avait lu ses pensées, Hook lui répondit à voix basse :

« Cela va durer. J'ai eu le temps d'effectuer mon tour de garde. »

Selon toute vraisemblance, il n'avait par contre pas fermé l'œil. Sa démarche restait alerte, mais moins qu'après une nuit de sommeil nécessaire. Elle avait suffisamment appris à lire son visage au cours des dernières semaines pour ne pas voir sa fatigue. Le khôl qu'il affectionnait ne parvenait pas dissimuler les cernes sous ses yeux.

Ils n'étaient pas les seuls éveillés. Au gouvernail, de retour au poste qu'elle affectionnait, Regina leur adressa un léger signe de tête et reporta son regard sur un point précis vers l'horizon rosé, où un amas de gros rochers se trouvait. Emma se rendit soudain compte que l'ancre avait été levée durant cette aube sans fin et qu'ils avaient probablement parcouru plusieurs lieues ces dernières heures. Ils étaient de nouveau à l'arrêt, mais elle ne reconnaissait plus la côte auprès de laquelle ils mouillaient.

L'angoisse l'envahit à nouveau. Comment leurs ennemis viendraient-ils à eux s'ils se déplaçaient ?

Elle sentit la main du pirate dans le creux de son dos, plus ferme que caressante, qui la dirigeait vers les chaloupes. Elle l'interrogea du regard tandis qu'il lui faisait signe de prendre place dans l'une d'elles et qu'il s'installait en face d'elle. Regina était maintenant à leurs côtés, mais elle ne les rejoignit pas dans l'embarcation, restant au niveau des cordages qui la retenaient. Emma comprit que tous les deux avaient au préalable décidé d'un plan quand, toujours sans échanger une parole, la Reine et le pirate entreprirent de faire descendre la chaloupe. Dès l'instant où celle-ci toucha la mer, Hook la détacha et après un dernier signe à Regina, il attrapa les rames et souqua avec force vers l'amas de rochers.

La jeune femme s'était tue durant toute la scène, choisissant de faire confiance aux deux autres, mais le silence et le secret qui entouraient leur petite expédition accentuaient sa fébrilité. Le silence depuis la veille d'ailleurs. Elle commençait à avoir la désagréable impression d'être laissée en dehors. Même Snow et David ne disaient rien, même s'il était évident pour Emma qu'ils avaient eu ces conversations silencieuses dont ils avaient le secret.

Ils ne s'étaient pas éloignés de plus de dix mètres du Jolly Roger qu'elle se tourna vers son compagnon.

« Ok, qu'est-ce qui se passe ? Où va-t-on ? »

Il laissa la chaloupe parcourir encore quelques mètres avant de lui répondre.

« Tu as dû remarquer que le soleil ne s'est pas levé. C'est ce qu'on appelle ici une aube éternelle. Elles sont rares, tout comme les créatures qu'elles attirent. Avant de quitter Neverland, pour quitter Neverland, j'avais fait une promesse à l'une d'elle, pensant que je n'aurais jamais à la tenir. »

Elle fronça les sourcils devant son air soudain grave. Puis, aussi vite que son visage s'était assombri, un sourire malicieux fit son apparition.

« Mon cœur, tu vas avoir l'occasion de rencontrer une nymphe. »

Son ton interloqué arracha un nouveau sourire à son compagnon. Il secoua la tête et continua à ramer vigoureusement.

« Oui, une nymphe, Swan. La seule qui reste encore sur l'île. »

« Parce qu'il y en avait plusieurs avant ? »

Une ombre passa de nouveau dans son regard.

« On dit qu'elles étaient nombreuses. Mais elles se sont éteintes ou ont migré quand la magie sur l'île a…changé. Calypso est la dernière. »

Calypso. Emma avait étudié la mythologie au cours de sa brève scolarité. Elle avait aimé ces histoires de héros aux quêtes sans retour, les créatures mystiques, le souffle d'aventure. Il y avait rarement de happy end dans la mythologie. Les dieux eux-mêmes étaient imparfaits, mesquins et jaloux. Si humains. De Calypso, elle gardait quelques souvenirs : Néréïde, nymphe de la mer. Belle, bien entendu. Et tombée folle amoureuse d'Ulysse, qu'elle avait retenu sept ans auprès d'elle, avant de le laisser la quitter pour rejoindre celle qu'il aimait encore. Calypso au cœur brisé…

Cette nymphe-là serait probablement encore différente.

Ils étaient maintenant arrivés au niveau des rochers. Elle regarda autour d'elle. La mer était toujours anormalement calme. L'amas rocheux auprès duquel ils se trouvaient était des plus banals malgré les reflets colorés que l'aube lui donnait.

Elle vit Hook inspirer lentement, puis il se pencha vers la mer et murmura :

« Calypso… »

Le silence lui répondit.

« Calypso, beauté, montre-toi. »

L'eau frémit légèrement derrière les rochers et le pirate sourit avec une douceur qu'elle ne lui connaissait pas.

« Je suis revenu, Calypso. Elle est avec moi, comme promis. »

Les yeux d'Emma s'agrandir et elle ouvrit la bouche. D'un geste, il lui fit signe de se taire.

Une tête émergea soudain de derrière les rochers. La jeune fille sourit timidement puis, après quelques secondes d'hésitation, nagea avec grâce jusqu'au bateau, les yeux rivés sur Hook.

Emma retint sa respiration, subjuguée par la créature. Il émergeait d'elle une aura quasi-divine. Les longs cheveux blonds flottaient dans l'eau tout autour, tressés de perles et de corail. La bouche était délicate et ourlée, les yeux d'un vert absolument surréel. Son corps n'était pas visible, caché par la mer et l'écume, et Emma se demanda un instant si comme les sirènes, elle possédait la queue d'un poisson. Elle était magnifique, à couper le souffle. Quel âge pouvait-elle avoir ? Elle donnait l'impression d'une gamine de 15 ans à peine, mais ses yeux semblaient avoir connu le début du monde.

La nymphe se trouvait maintenant au niveau de la chaloupe. Son regard quitta soudain Hook pour se poser sur Emma, qu'elle détailla avidement. La jeune femme n'osa bouger et frémit quand la créature mythique ancra ses yeux dans les siens, lui donnant la sensation de lire son âme.

Puis Calypso lui sourit soudain, révélant des dents d'une blancheur absolue. Elle émit un rire cristallin, qui paraissait déplacé sur cette île vénéneuse. Ses yeux se posèrent à nouveau sur le pirate, qui s'était accoudé au rebord de la chaloupe et laissait négligemment sa main tremper dans l'eau, caressant l'écume de ses doigts.

« Killian. » murmura-t-elle.

« Calypso. »

La créature rit à nouveau et secoua ses boucles alors que d'une pichenette, Hook venait de l'éclabousser avec douceur.

Emma s'agita dans la chaloupe, soudain mal à l'aise.

« Tu es revenu » souffla Calypso, comme hypnotisée par les yeux bleus dans lesquels elle sembla un instant se perdre.

Une ombre de tristesse passa dans le regard du pirate, alors qu'il appuyait son menton sur son bras, les yeux toujours rivés sur la nymphe. Il lui sourit doucement.

« La prochaine fois que l'aube sera éternelle… Je te l'avais promis, non ? »

La nymphe saisit soudain sa main et se rapprocha, le visage à quelques centimètres du sien. Emma retint sa respiration, n'osant cette fois plus bouger malgré – ou à cause de – la scène intime qui se déroulait devant elle.

« Tu n'avais aucune intention tenir cette promesse.» dit doucement Calypso, son doigt se posant sur la bouche de Killian quand celui-ci tenta de se justifier. « Je l'ai toujours su. Ton cœur n'a jamais été un mystère pour moi. C'est pour cela que je t'ai laissé partir. Il serait resté si noir auprès de moi… »

Emma se tendit imperceptiblement alors qu'elle sentit Hook faire de même à ses côtés.

Sur l'ébène de son cœur, la forme de ses doigts se devinait, d'un pourpre profond, encore veiné de noir.

Calypso lâcha doucement la main qu'elle tenait et se tourna à nouveau vers Emma, penchant la tête sur le côté, la bouche ouverte en une impression de ravissement qui rendit la jeune femme plus mal à l'aise qu'elle ne l'était déjà. Elle s'agita une nouvelle fois sur le banc de la chaloupe.

« J'ai tellement attendu… » souffla à nouveau la nymphe. « Elle est… magnifique. »

Emma toussota alors que Killian laissait échapper un rire léger et acquiesçait d'un signe de tête. La nymphe poursuivit, comme fascinée :

« Tellement belle. Tellement forte. Tellement… magique. »

« Hum, je… » tenta maladroitement Emma.

« Tu es ici pour tous nous sauver, je sais… »

Calypso sourit à nouveau et jeta un regard en coin à Hook.

« J'ai toujours su que tu viendrais. » reprit-elle pour Emma. « Neverland t'attendait déjà quand mes sœurs et moi étions les seules à parcourir les bois, rivières et mers de l'île. Les nuages avaient parlé de ton visage. Les arbres avaient prédit que tu serais volontaire. Les rivières avaient chanté ton courage. »

La jeune femme ne savait que dire. Elle se tourna vers Hook, espérant obtenir la réponse à des questions qu'elle ne parvenait pas à trouver. Le pirate haussa les épaules et passa sa main dans ses cheveux.

« Calypso m'a aidé à quitter ce monde, me faisant promettre de revenir la voir lors d'une prochaine aube éternelle. Je devais lui apporter la Lumière et j'ai pensé que… »

Il ne termina pas, soudain mal à l'aise.

Emma déglutit. Une légère brise souffla, faisait voleter ses cheveux blonds. Hook et la nymphe la regardaient à nouveau en silence, comme fascinés.

Sauver, encore une fois. Cela s'arrêterait-il un jour ?

La malédiction qui pesait sur Neverland était si forte. Qu'y pouvait-elle ? Quel rapport cela avait-il avec elle de toute façon. Elle voulait juste récupérer Henry…

Elle secoua la tête, se reprenant.

« Je suis… Tu.. vous pensez que je suis une… prophétie ? »

La nymphe éclata de rire à nouveau, alors que l'eau autour d'elle frémissait.

« Peut-être. Killian semble te trouver lumineuse… » dit-elle malicieusement.

Ce dernier s'était redressé et ouvrit la bouche pour répliquer, mais la répartie qui était d'habitude la sienne lui fit cette fois défaut. Le regard appuyé que lui lança la nymphe lui fit baisser les yeux et les fixer sur l'horizon, la mâchoire à nouveau serrée. Calypso lui jeta un dernier coup d'œil et soupira en secouant la tête. Elle reporta son attention sur Emma, qui observait Hook avec attention.

« Tu n'es qu'une partie d'une histoire pas encore écrite. Tu as été annoncée par plusieurs, tout comme cette aube, mais je ne peux te raconter le futur, je n'ai pas ce pouvoir. Je ne suis que conteuse... »

« Alors pourquoi… »

« Et dans un jour qui n'en finira pas de se lever, une lumière s'élèvera enfin contre le chaos, éclairant les ombres de ce qui fut brisé. Tu as un rôle à remplir ici Emma. Tu le sais. Il le sait. Neverland le sait. Je ne peux te dire comment, cependant. »

« Vous avez bien aidé Killian à quitter l'île apparemment »

A ses côtés, elle sentit le cœur de Hook rater un battement.

Killian.

La nymphe sourit à nouveau, comme insensible à la tension qui régnait.

« Je n'ai fait que lui conter des histoires. Il a su y trouver seul les éléments nécessaires à son évasion. »

« Alors vous savez tout et à nous de nous débrouiller avec ça ? Pourquoi ne pas avoir commencé par elle pour trouver mon fils, Hook ?»

Celui-ci se tourna brusquement vers Emma sous l'attaque à peine voilée.

« Parce que Calypso n'est pas omnisciente, Emma. » siffla-t-il. « Elle a vécu longtemps, vu beaucoup. Ecouté les légendes des voyageurs pour les transmettre. Mais elle n'a pas de connaissance divine de tout ce qui se passe dans les royaumes, elle n'est pas magique ainsi. Et je n'ai beau être qu'un pirate sans foi ni loi, je la respecte suffisamment pour ne pas lui avoir fait l'affront de me présenter devant elle pour lui demander de l'aide ainsi, malgré les serments brisés ! »

Emma baissa les yeux, se calmant après le brusque accès de colère qui l'avait elle-même surprise. Une boule se forma dans sa gorge. Elle le savait capable de mentir, de trahir, si cela servait son intérêt. Elle en avait fait la cruelle expérience, quoi qu'il en dise.

Elle-même, actuellement, aurait été prête à supplier, ou pire.

Et soudain, de façon inattendue, suivant un code que lui seul connaissait, il était prêt à tout sacrifier pour l'honneur.

Et dans ces moments-là, elle se sentait presque minable.

La mer se gonfla alors, portant le niveau de l'eau jusqu'à l'extrême rebord du canot. La nymphe s'appuya gracieusement le bord de la chaloupe et leur sourit à nouveau à son air d'innocence depuis trop longtemps disparue.

« Vous ne m'auriez pas trouvée. Le temps n'existe peut-être plus sur Neverland, mais celle-ci choisit ses moments. Je la sens frémir depuis quelques semaines, bruisser, mais elle se tait. Tous se taisent. Elle ne m'a rien raconté, j'ignore les raisons de ton retour Killian. Mais ce matin… »

Elle marqua une pause.

« Il s'agit de Pan, de l'Ombre, n'est-ce pas ? »

Killian et Emma acquiescèrent. Une ombre de tristesse et de regret ternit légèrement les yeux verts. Elle soupira.

« Conter cette histoire m'a si longtemps été interdit… Elle était douloureuse. Et aujourd'hui, ce matin, c'est comme si Neverland toute entière me suppliait de la partager… »

L'eau autour d'elle frémit à nouveau, tandis que le vent se levait. La nymphe chuchota :

« J'ai passé mon existence à observer tes semblables, les avertissant, sans leur dicter leurs actions pour autant J'imagine que vous trouverez les réponses que vous cherchez dans l'histoire de l'enfant… »

Alors que tout autour d'eux bruissait, la nymphe entama son récit.


L'île est le monde premier. Pure magie. Ni bonne, ni mauvaise, juste l'essence même de cette force pure. Il faut bien des origines à l'univers…

Elle a donné naissance aux autres mondes. Elle est le Centre. Mes sœurs et moi sommes… disons que nous sommes filles de cette magie. Nous avons connu le joyau que fut Neverland.

Longtemps, les voyageurs ont été nombreux ici, c'était une époque où les géants commerçaient encore avec les humains. Ceux-ci ne restaient jamais longtemps ici. Mais c'était un havre de paix. Le temps s'y déroulait, apaisant. La tribu indienne s'est installée. La nature prospérait, luxuriante, généreuse. Nous parcourions les rivières, les bois, libres.

Et puis un jour, le couple est arrivé. Et a laissé le nouveau-né au creux de l'arbre, dans cette forêt millénaire. Nul humain n'a trouvé l'enfant. Déjà, à cette époque, les voyageurs étaient moins nombreux. Puis ils ont arrêté de venir. Personne n'est revenu pour lui. Peut-être était-ce écrit…

Ce sont les animaux qui l'ont recueilli, qui l'ont nourri, qui en ont fait un des leurs. Et l'île l'a adopté. Il s'est abreuvé de la sève de ses arbres, de l'eau de ses ruisseaux. A respiré son air. S'est gorgé de magie plus qu'aucun autre humain ne l'avait fait.

Il est devenu lui-même magique.

Peut-être mes sœurs et moi-même aurions nous dû intervenir… Nous pensions ne pas devoir. Le prix à payer pour lui aurait été trop grand, nous étions trop… pures. Probablement trop insouciantes, aussi.

Peter Pan était heureux. Il ne savait pas parler, vivait telle une bête sauvage, mais il était heureux. En parfaite communion avec la nature qui l'entourait. Quasi fils de l'île.

Mais quand la nuit venait… Et les ombres.

Les peurs.

Et cette ombre, qui tous les jours le suivait, accrochée à lui. Des parents lui auraient expliqué. Il n'en avait pas. Peut-être aurions-nous dû… Cet enfant, cet être si pur et si magique, incapable de bien comme de mal, cet être avait peur de son ombre.

Les nuits étaient son enfer. Mais qui a le pouvoir d'empêcher le soleil de se coucher ?

Et c'est cela qui a tout déclenché. Qui a tout détruit.

Il avait fini par remarquer que juste avant que le soleil ne disparaisse, l'ombre qui le suivait en permanence, celle qui lui faisait peut-être le plus peur car elle était aussi là le jour, était à sa taille maximum. Et plus lui grandissait et plus son ombre grandissait aussi.

Nous aurions dû…

Un jour, Peter Pan a coupé son ombre, en espérant que l'astre ne se coucherait jamais. Que les ombres, et les peurs, ne viendraient plus.

Ce jour-là, le temps s'est arrêté à Neverland.

Mais la nuit a continué de venir. Et les ombres aussi. Et son ombre à lui le poursuivait plus que jamais. Et cette fois, même au plus noir de la nuit, elle était toujours là.

Alors un soir, juste avant le coucher du soleil, Peter Pan est parti. Cet enfant, sans sens moral et qui avait peur de son ombre, a quitté Neverland sur un navire du même bois que celui dans lequel il avait été abandonné.

Et depuis, l'Ombre parcourt les mondes à la recherche du corps qui l'a laissée derrière.


La nymphe arrêta son récit.

Alors, telle était la véritable histoire. Et la raison du chaos qui régnait ici. Encore un enfant abandonné, songea amèrement Emma.

Et cette Ombre qui recherchait son corps… Pourquoi avait-elle besoin de son fils et d'un sextant défaillant ?

« Pourquoi Henry ? »

« Henry ? »

« Son fils » grommela Hook. « Pan n'agit pas comme les autres fois, il n'a pas intégré le gamin à sa bande. Et il veut le sextant ».

Elle ne répondit pas immédiatement. Les yeux verts s'emplirent de peur.

« Alors c'est le portrait de l'enfant sauvage… » dit la nymphe d'une voix blanche. « Enfin. »

Emma la regarda, abasourdie.

« Mais il n'est pas Peter Pan. Ou Mowg – »

« Non. Mais pour l'Ombre, il est ce corps qu'elle recherche depuis des siècles et des siècles. Elle veut le récupérer. Se rattacher à lui. »

« Il a déjà une ombre ! »

« Et c'est pour cela que si tu veux sauver ton fils, tu dois l'en empêcher… »

Son cœur se serra. Son fils n'était pas à la merci de banals ravisseurs. Il était prisonnier d'une ombre sans sentiments ni moralité dont l'unique but était de fusionner avec lui. Dût-elle détruire son âme dans le processus. Emma sentit la boule se reformer dans sa gorge, la peur l'envahir.

Et elle avait encore tant de questions… Si seulement elle parvenait comprendre tout ce qui les liait… Neal avait été clair : rien n'arrivait par hasard. Il n'y avait pas de coïncidence dans leur quête. Ni dans le choix d'Henry.

Pourquoi son fils ressemblait-il à un gamin qui avait été laissé des siècles auparavant sur Neverland ?

« Et Peter Pan ? L'être de chair je veux dire. Que lui est-il arrivé ? »

La nymphe soupira.

« Je n'ai jamais quitté cette île. Et les voyageurs n'ont pas été nombreux depuis que Peter est parti. Les pirates ont raconté des histoires... Je ne sais si… Mais la magie coulait dans ses veines, un peu comme toi. Hormis qu'il n'avait aucune notion du bien et du mal. Et plus peur de rien une fois séparé de son ombre et débarrassé d'elle. »

Elle marqua une pause.

« On m'a raconté des histoires sur un sorcier puissant, une âme noire qui habite les corps, les soumet à la magie. L'âme damnée de l'enfant qu'il fut j'imagine, qui hante les mondes depuis, se nourrissant de magie. »

Une âme damnée qui recherchait toujours plus de magie…

Elle eut soudain la chair de poule. A ses côtés, Hook jura violemment et se tourna vers son navire, au loin.

« Avec quoi a-t-il coupé son ombre ? » demanda Emma d'une voix blanche.

« Avec une dague, forgée dans le même métal que le sextant qui lui a servi à mesurer son angle de coupe, afin de ne laisser aucune part d'ombre sur lui »

« Un sextant ne sert pas à – »

« Un sextant mesure des angles et aide à trouver sa position Killian… Et je n'ai pas dit que le métal de Neverland était un métal classique. Ni que le sextant ou la dague n'étaient pas magiques. »

Emma vacilla et dut s'appuyer contre le bord de la chaloupe… L'air lui manquait. C'était comme si le puzzle qui se révélait soudain à ses yeux. Tout avait été devant elle, mais jusqu'à présent, elle n'en avait pas compris le sens. Son compagnon venait de toute évidence de tirer les mêmes conclusions qu'elle.

Le Jolly Roger n'avait jamais été un vaisseau en bois banal. Le sextant si précieux aux yeux de l'Ombre. Et la dague aux pouvoirs qui…

« Rumplestilskin. » souffla-t-elle.

La nymphe haussa un sourcil.

« Il… il possède une dague. Et il accumule la magie, comme une drogue. Enfin pas lui, mais la chose qui l'habite depuis qu'il… Et il ne vieillit plus depuis des siècles… Si Peter Pan avait… s'il avait trouvé le moyen d'attacher ses pouvoirs à la dague avant de mourir, s'il avait survécu ainsi, ombre maléfique dans le corps d'hôtes innocents ? »

« Il aurait cependant dû changer fréquemment de corps, aucun être humain ne peut survivre longtemps à une telle magie. Si ton Rumplestilskin était un de ces hôtes, il n'aurait pas tenu des siècles. »

Emma ferma les yeux, avant de souffler :

« Il est le grand-père de mon fils. Qui est le portrait craché de l'enfant que fut Peter Pan. »

La nymphe la regardait, muette. Autour d'eux, la mer se mit à frémir, Neverland à s'agiter.

Rumplestilskin n'avait pas été choisi par hasard. Il était probablement le descendant de Peter Pan. Il possédait sûrement en lui une part, même diluée, de la magie de Neverland. Et le sang de Pan. Et Henry était donc…

« Ce Rumplestilskin, demanda la nymphe d'une voix tendue, où est-il maintenant ? »

« Ici. Il cherche Henry, comme nous. Il… »

« L'être sombre qui l'habite est en train de reprendre le pas sur l'homme, le crocodile revient » acheva Hook pour elle. « Je le savais, je le sentais. Trésor, il faut… »

Une cloche retentit soudain en provenance du Jolly Roger. La cloche d'alarme. Emma sentit un frisson la parcourir.

Hook jura à nouveau. A moins de trois cents mètres d'eux, une chaloupe avait été détachée du navire et son occupant ramait en direction de la côte.

« Crocodile » souffla Hook en empoignant les rames, avant de se tourner vers Calypso avec un regard désolé.

Emma observa le doux visage de la nymphe se décomposer. Elle leur fit un pauvre sourire.

« L'âme de Pan et son Ombre sont toutes deux à la poursuite de l'enfant. Elles cherchent toutes deux leur salut à travers lui.»

« Calypso… »

Celle-ci secoua la tête.

« Hâtez-vous, le temps presse. Adieu… » le coupa-t-elle.

Emma vit le pirate fermer les yeux, tandis qu'il commençait à ramer.

La voix de la nymphe retentit à nouveau :

« Killian » appela-t-elle doucement.

Les deux occupants de la chaloupe se tournèrent une dernière fois vers la créature qui s'éloignait dans les vagues.

« C'est une aube éternelle, tu sais ce qu'elles signifient ici. » sourit-elle tristement. « Quelqu'un mourra avant le lever du soleil. »

Hook acquiesça avec gravité.

« Adieu Calypso. Puissent les dieux de la mer t'accorder le repos. »

La nymphe les regarda longuement avant de plonger dans les eaux maintenant agitées. Emma se tourna cers son compagnon. Il avait la mâchoire serrée, les muscles tendus par l'effort. La chaloupe filait maintenant sur l'eau en direction du Jolly Roger.

« Hook… »

Le regard qu'il lui lança la fit taire.

Henry était en danger, plus que jamais. Car l'Ombre aurait sous peu le sextant, elle n'en doutait pas. Elle ignorait les plans de Rumplestilskin, ou du moins de la créature qui l'habitait. Mais ils devaient en effet se hâter.

Elle tenta de maîtriser sa respiration. Quelqu'un mourrait avant le lever du jour…

Au fond d'elle, l'avertissement résonnait.

Beaucoup trop prophétique cette fois…