Disclaimer : Rien n'est à moi (sauf quelques personnages que vous verrez apparaître au fur et à mesure), tout est à J.K. Rowling.

Pairing : Je ne sais pas encore. A priori, aucun qui ne concerne Harry. Un léger soupçon de DM/HP, mais vraiment en arrière-fonds.

Résumé : La guerre avait tout détruit, le monde sorcier n'existait plus. Il avait perdu tant d'amis qu'il n'attendait plus que sa propre mort. Enfin, tout ça c'était jusqu'à ce qu'Hermione ne lui explique son plan complètement fou. TIME TRAVEL.

Avertissement :Plusieurs choses ne collent pas aux livres de notre chère J. Ainsi la scolarité d'Harry et la poursuite de la guerre ne sont pas les mêmes que dans les romans. De même, les âges des personnages ne sont pas toujours respectés (Lucius a bien six ans de plus que les Maraudeurs mais Narcissa a le même âge qu'eux et non pas cinq ans de plus). Mais, SURTOUT, l'époque est différente c'est-à-dire que j'ai situé le présent d'Harry dans notre présent à nous. Son voyage dans le temps se passe donc dans les années 1984 et non pas en 1974. Plusieurs petites autres choses que je vous laisse le plaisir de découvrir au fur et à mesure.

Remerciements : Vous avez été nombreux à m'envoyer de jolies et gentilles reviews alors je vous dis à tous MERCI ! Je n'ai répondu à personne pas par manque d'envie mais par un énorme manque de temps (partiels toussa, toussa) alors rapidement merci à : yuuhmm, Mini-Yuya (c'est vraiment très gentille de ta part, je remonte doucement la pente), AEIO10, K.S, Scpotter, Kaori Jade, Niris, Philou et Etrelley. J'espère que vous apprécierez tous ce nouveau chapitre !

Et surtout, un ENORME remerciement à ma beta, Lily Elebore Michaels !

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Chapitre 6 : Le prix de l'obéissance

You say you want a revolution
Well, you know
We all want to change the world
You tell me that it's evolution
Well, you know
We all want to change the world
But when you talk about destruction
Don't you know that you can count me out
Don't you know it's gonna be all right
all right, all right

You say you got a real solution
Well, you know
We'd all love to see the plan
You ask me for a contribution
Well, you know
We're doing what we can
But when you want money
for people with minds that hate
All I can tell is brother you have to wait
Don't you know it's gonna be all right
all right, all right
Ah

ah, ah, ah, ah, ah...

You say you'll change the constitution
Well, you know
We all want to change your head
You tell me it's the institution
Well, you know
You better free you mind instead
But if you go carrying pictures of chairman Mao
You ain't going to make it with anyone anyhow
Don't you know it's gonna be all right
all right, all right
all right, all right, all right

(The Beatles Revolution)

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Lucius sortit de l'antre de la cheminée en époussetant négligemment le col de sa robe de sorcier. L'atrium se remplissait progressivement de fonctionnaires ministériels. Il fit quelques pas pour sortir du chemin et se mit sur le côté. Son père ne devrait pas tarder à arriver. Quand il avait quitté le manoir, Abraxas Malfoy était en pleine conversation avec sa femme et Avery, étrangement silencieux, un de ses collègues mangemorts. Lucius ne les avait pas interrompus. D'autant plus que le sujet du débat était lui-même. Sa mère s'opposait à ce que son si petit Lucius exécute une mission pour le Lord et demandait à ce qu'un autre Sang-pur soit envoyé mais son père refusait catégoriquement parce qu'il considérait que c'était là un bon moyen pour son fils de faire ses preuves et que son succès ne pourrait qu'affirmer la place des Malfoy aux côtés du Lord. Ce à quoi sa mère avait répondu qu'il pouvait tout aussi bien échouer. Lucius n'avait pas voulu entendre la fin et était parti en avance au Ministère.

Depuis quelques mois, il occupait un poste d'assistant de direction d'un des ministères les plus importants du gouvernement. Il ne parvenait jamais à se souvenir de l'intitulé exact du ministère en question et il devait avouer qu'il ne faisait pas beaucoup d'efforts pour s'en souvenir. De toute manière, sa position n'était que temporaire. Son père lui avait dit qu'il s'agissait là d'un moyen pour faire croire aux autres que les Malfoy étaient une famille comme les autres et que la discrétion du poste de Lucius lui permettrait de faire quelques petites recherches pour le Lord s'il en avait besoin. Ce qui était apparemment le cas aujourd'hui. Il avait ajouté en murmurant, et Lucius ne l'avait entendu que parce qu'il tendait l'oreille à tout ce que son géniteur disait, que de toutes manières, le ministère ne tiendra pas encore bien longtemps. Lucius avait alors fait le rapprochement entre les plans qu'il avait trouvé dans le bureau de son père et qui déterminait les accès tant d'entrées que de sorties du bureau du Ministre et sa petite phrase mesquine. Aussi, Lucius prenait son mal en patience en attendant qu'Abraxas ait décidé, avec l'approbation du Lord, de tuer le Ministre.

Il en était là de ses pensées quand l'homme arriva enfin. Il paressait tendu et Lucius ne pipa mots pour ne pas subir son courroux. Lorsqu'il ne pouvait se laisser aller parce qu'il était en public, sa colère froide était pire que tout. Lucius ne voulait surtout pas affronter le regard colérique, calculateur et méprisant de son père qui le considérait alors moins qu'un moldu. Abraxas Malfoy était tout en style et classe et la canne surmontée d'une tête de mort qu'il utilisait sans arrêt ne faisait que renforcée cette image. Lucius aurait aimé être au moins à moitié aussi fascinant que lui et il faisait tout pour lui ressembler. Il s'était fait la promesse que, quand il aurait son âge, il serait tout aussi distingué et que –par Mordred- lui aussi aurait une canne !

Son père s'avança sans se préoccuper des autres sorciers qui arrivaient et se trouvaient sur son passage, les dégageant simplement d'un coup de canne derrière les cuisses. Lucius savait qu'Abraxas n'en avait pas réellement besoin mais qu'elle apportait un petit plus à son aura de mage puissant et sombre. Ils se dirigèrent vers l'ascenseur et, sans attendre, appuya sur le bouton qui les mènerait à l'étage du Premier Ministre. Enfin, les portes s'ouvrirent et ils en sortirent prestement. Ils n'avaient pas échangé un seul mot et Lucius n'était pas non plus certain de vouloir le faire. Le bureau du ministre était précédé par celui de sa secrétaire et le Lord passa devant elle sans s'arrêter. La jeune fille ne se donna même pas la peine de le retenir, habituée à ses entrées sans discrétion.

- Abraxas ! Quelle bonne surprise ! Je ne vous attendais pas !

- Nobby, mon ami. Je voulais vous faire la surprise.

Le ministre de la magie, Nobby Leach, éclata d'un rire profond et chaud. Lucius estima qu'avec un tel rire, une telle confiance en soi et un visage si expressif, l'homme devait être un ancien griffondor. Il leur proposa de s'installer et Abraxas saisit un siège de velours rouge comme s'il lui appartenait. Ils échangèrent des banalités que Lucius écouta avec attention. Il ne le savait pas encore mais cette capacité à écouter tout ce qui était dit sans jamais perdre son attention ainsi que sa rapidité de réflexion lui serait très utile dans le futur. Finalement, les deux hommes abordèrent le sujet principal.

- Abraxas, nous nous connaissons trop bien pour nous prêter encore longtemps à ce petit jeu. Que ce passe-t-il ?

- C'est-à-dire…Son père choisit ses mots avec soin, il fallait savoir les manier pour pouvoir manipuler un homme sans que celui-ci ne s'en rende compte. Tu n'es pas sans savoir que Pré-au-Lard a été attaqué il y a deux jours.

- En effet. Je sais aussi que c'est un des professeurs de l'école qui a fait fuir Voldemort.

Lucius admira le visage blanc de son père. Nobby et lui le connaissaient trop bien et il était évident que si Abraxas laissa transparaitre sa fureur, le ministre se refermerait aussitôt et ne lui donnerait pas les informations qu'il souhaitait. Alors qu'il aurait fermé le poing à s'en faire blanchir les jointures et serrer la bouche jusqu'à ce que ses lèvres ne deviennent que de fines lignes blanches, Abraxas gardait une attitude ouverte mais inquiète. Lucius remarqua quand même que son père s'était sensiblement tendu.

- Oui, c'est pour lui que je viens. La fiancée de mon fils nous a fait part des aptitudes magiques et physiques de son professeur.

C'était un mensonge éhonté et Lucius se retint de hurler sur son père. Il ne voulait pas qu'on mêle Narcissa à cette histoire !

- Je dois dire que je suis assez inquiet, Nobby. Cet homme semble être apparu de nulle part et j'ai peur que…

Nobby avait un air grave. Il connaissait le penchant d'Abraxas pour la magie sombre mais il savait aussi à quel point la famille Malfoy était fière. Il lui était impensable qu'un tel homme puisse s'agenouiller devant un autre, même si c'était un Lord noir se prétendant descendant de Serpentard. Aussi, pour lui, l'inquiétude d'Abraxas était vraie et il cherchait réellement à savoir si le nouveau professeur de la fiancée de son fils n'était pas un danger. Nobby sortit un dossier d'un des tiroirs de son bureau.

- Ne t'inquiètes pas, ce n'est pas un mangemort. J'ai examiné son dossier. C'est un homme tout à fait normal. Si on n'a jamais entendu parler de lui c'est tout bonnement parce qu'il n'était pas en Angleterre.

- Vraiment ? Abraxas ne cacha pas sa surprise.

- Vraiment. Ses parents sont décédés quand il était jeune et il a été confié à un autre tuteur. Dès qu'il a eu quinze ans, il l'a emmené faire le tour du monde. Il a profité du fait que le ministère commençait à peine à se remettre de Grindelwald pour se faire la malle en toute discrétion. Et puis, honnêtement, même si on avait été au courant, je ne suis pas sur que nous aurions pu ou voulu faire quoi que se soit pour lui. Le garçon est parti visiter les pays d'Afrique ! Au nom de Gaïa, quel individu emmènerait son pupille visiter des pays en guerre ! On m'a dit qu'il était aussi allé en Europe Centrale ! Merlin, avec la situation de l'époque ? Un suicide oui ! Aujourd'hui ce serait probablement différent parce que la situation est plus calme. Surtout si ce moldu, Gorbachav ou quelque chose comme ça est élu. Il est proche de Nekrassov, le second homme du gouvernement sorcier. Tous les deux, ils pourraient rouvrir le pays. Mais à l'époque…

Abraxas n'ajouta rien, intégrant les informations qu'il venait de recevoir.

- Il ne serait donc pas mangemort ?

- Il y a peu de chance. Je pense qu'il a touché à différentes magies en fonction des pays qu'il a visités mais comme il n'était pas en Angleterre, il est peu probable qu'il se soit allié avec Voldemort et qu'ils aient monté un plan incongru qui les aurait menés à faire semblant de s'affronter à Pré-au-lard. Lucius, tu peux rassurer ta dulcinée, je ne pense pas qu'elle risque quoi que ce soit. Dis lui simplement de faire attention à ses réflexes. Les endroits dans lesquels il est allé étaient en conflit, il a donc du développer certaines capacités de défense. Dis lui de ne pas le provoquer même si je ne pense pas que Narcissa Black soit ce genre de demoiselle.

Il lui fit un sourire encourageant et Lucius grinça des dents pour ne pas lui dire une grossièreté. Narcissa était au dessus de Nobby Leach, elle lui était supérieure tant au niveau magique qu'en terme de relations humaines. Lucius ne supportait pas qu'on parle d'elle. Elle était trop bien pour les trois-quarts des hommes qui lui en parlaient. Il savait qu'il était un peu trop fou d'elle et que cela pourrait lui jouer des tours mais il avait du mal à trouver un certain sens rationnel quand on parlait d'elle. Il était tombé fou amoureux dès le premier regard et il avait du harceler son père –en tout bien tout honneur, un Malfoy ne harcelait personne, encore moins un autre Malfoy- pour que celui-ci accepte de défendre l'idée de son fils de changer de fiancée. Il avait beau respecter Bellatrix, il ne l'aurait pas épousé pour tout l'or du monde et son père s'était probablement dit que quitte à épouser une Black, son fils pouvait bien épouser celle qui lui plaisait. Bellatrix avait cependant été très vexée et en échange de cet affront, Abraxas Malfoy avait du offrir plusieurs cadeaux somptueux à la famille de la jeune fille pour racheter l'humiliation faite par son fils. En toute honnêteté, la famille Black en avait été plus que ravie : elle gardait le jeune Malfoy dans son arbre généalogique et en plus gagnait certains avantages nés de la vexation de leur fille.

Lucius sentit que Nobby Leach croyait que si son père était venu lui parler de Reece, c'était par amour paternel, parce qu'il le lui avait demandé. Il aurait aimé le détromper mais cela n'aurait pas facilité les plans d'Abraxas. Aussi, il courba l'échine, remercia le ministre d'un coup de tête solennel et demanda à pouvoir quitter la pièce afin d'aller travailler. Son père acquiesça, approuvant ses manières de Lord et Nobby y concéda bien volontiers. Le garçon quitta la pièce en un fluide mouvement de cape et retourna sur ses pas. Il reprit l'ascenseur et s'arrêta au niveau de la justice magique, juste en-dessous de l'étage du Premier Ministre.

Son directeur travaillait en effet en relation avec le département de la justice magique et Lucius avait donc accès aux dossiers des sorciers ayant eu des démêlés avec la Justice. Comme il était plutôt affable, il parvenait aussi à obtenir les dossiers de certains autres individus qui auraient aidé la justice. Lord Voldemort comptait ainsi sur lui pour se procurer le dossier d'Eden Reece. Lucius s'installa à son bureau et commença à traiter les dossiers les plus urgents. Il était encore relativement tôt et son patron n'arriverait que plus tard. Lucius comptait profiter de son absence lors de la pause déjeuné pour aller fouiller discrètement dans les dossiers du ministère des affaires intérieures. Pour chaque nouvelle naissance, une déclaration de nativité devait être envoyée au ministère qui constituerait le premier document officiel du dossier du nouveau-né. Il serait plus tard complété par les déclarations de majorité, le sorcier majeur devant demander sa carte d'électeur, ses déclarations de déménagement, de d'achat ou de location d'un appartement ou d'une maison, ses condamnations, ses diplômes etc.

Lucius devrait examiner chacun d'eux pour vérifier de leur véridicité et en apprendre plus sur Reece. Mais cela devrait attendre midi. Lentement et sans grande envie, Lucius remplit plusieurs dossiers.

Le ministère reprenait à peine une forme régulière. Les moldus avaient connu la Seconde guerre mondiale de 1940 à 1945. Hitler avait été terrible et l'Europe entière était passée sous son joug. Évidemment, l'Europe entière sauf l'Angleterre. Lucius ne s'y connaissait pas réellement en histoire moldue mais il avait vu à quel point ces sous-hommes avaient détruit son monde. Gaïa était la mère magie et il considérait qu'elle était partout dans la nature. Ce que les moldus avaient fait avec leurs technologies violait les principes sacrés posés par la Magie elle-même. Lucius ne comprenait pas qu'ils puissent créer un monde aussi mauvais. Ne s'en rendaient-ils pas compte? L'Angleterre luttait comme elle pouvait contre l'envahisseur allemand mais n'était que peu touchée. Il y avait eu quelques bombardements mais peu de morts. Le monde sorcier aurait pu en être satisfait si à la place d'une guerre déclarée avec l'Allemagne, il n'y avait pas eu Grindelwald. L'homme était un puissant Seigneur noir qui avait conquis presque tout le pays avant d'être arrêté par son ancien ami Albus Dumbledore. Sa politique avait eu tant de partisans que le ministère entier était dirigé par lui, dans l'ombre. Lorsque Dumbledore l'avait arrêté, il avait fallu lutter contre chacun d'eux. La corruption avait été partout et beaucoup avait tenté de fuir leurs responsabilités. Le problème ne fut résolu qu'il y a presque dix ans.

Beaucoup avaient rejoints Nurmengard où séjournait Grindelwald et il était ironique de voir que l'homme qui l'avait construit était emprisonné là-bas. L'une des plus grandes peurs de Lucius était que Lord Voldemort suive le même chemin. Il était fier de voir son père lutter pour ses idées mais il n'était pas certain d'en approuver la manière. Mais avait-il seulement son mot à dire ?

Alors que le monde moldu pansait ses blessures et entrait dans la guerre froide, l'Angleterre sorcière venait à peine d'arrêter son mage noir. Lorsqu'elle avait fini de réparer les dégâts causés par l'homme, la guerre froide était déjà bien entamée. Lucius se souvenait, il y a déjà quinze ans, il en avait six, que le Royaume-Uni avait du défendre militairement, contre plusieurs autres pays, ses colonies, ses intérêts fondamentaux ou simplement soutenir les Etats-Unis. Dans le monde sorcier, on avait tenté de reprendre les échanges avec les pays frontaliers mais la France ne voulait rien entendre. Le président sorcier était un proche de De gaulle qui refusait catégoriquement de se rapprocher de la « perfide Albion » comme il le disait via des accords tels que la Communauté Européenne. Le sorcier refusait donc que le pays rentre dans l'Union Sorcière pour la démocratie que l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, le Luxembourg, la Belgique, le Danemark et les Pays-Bas avaient ratifiée. Elle avait avec chacun de ces pays des accords d'échange de marchandises mais elle le payait au prix fort avec des frais de douanes exorbitants. Le pays avait du faire autrement. Il ne pouvait pas se lier à l'Union Sorcière Russe Républicaine qui était totalement isolée à l'instar de l'Union des Républiques socialistes soviétiques et avait donc du se tourner vers les Etats-Unis Sorciers d'Amérique ce qui avait absolument ravi, Jackson Moore, le président.

Que Reece ait pu voyager autant sans être inquiété étonnait Lucius qui avait du mal à y croire. Sa nationalité ne favorisait pas non plus son intégration dans l'Etat qu'il visitait. Le monde sorcier était encore réticent à traiter avec l'Angleterre tant le souvenir de Grindelwald était vivace.

Aujourd'hui, cela allait mieux. L'Angleterre avait fait ses preuves et la France avait fini par accepter son adhésion à sa communauté, dix ans auparavant. Le pays avait cependant marqué son originalité en refusant d'adhérer à plusieurs projets développés par les institutions de la communauté et en montrant que ses faveurs allaient vers l'autre côté de l'Atlantique. Ses échanges n'avaient alors fait que croître augmentant sensiblement le pouvoir d'achat des sorciers. Ils n'avaient pas eu à faire face aux différents chocs pétroliers de 1973 et 1979 n'utilisant pas la même énergie que les moldus et il n'y avait donc pas eu de polémique comme cela avait été le cas aux Etats-Unis notamment. Le Royaume-Uni retrouvait peu à peu sa position d'antan et la déchéance progressive de l'empire russe ne faisait que la favoriser. Tous les Etats sous domination russe ne rêvaient que de s'en défaire mais sans pour autant passer sous influence américaine. L'Union Européenne paraissait plus attractive mais pas nécessairement plus bénéfique pour eux. Ils souhaitaient néanmoins la rejoindre espérant pouvoir s'inscrire dans le sillage de l'Angleterre et affirmer une position identique. Le schéma était pratiquement le même pour le monde sorcier. Lucius savait que l'Union Sorcière Russe Républicaine devait faire face à une fuite de ses meilleurs sorciers vers les pays plus ouverts ainsi qu'à une pénurie de matière première. Sa chute était bien plus rapide que celle moldue et Lucius sentait que Nekrassov qui prônait un rapprochement avec le bloc de l'ouest ne tarderait pas à réellement prendre le pouvoir. Le monde moldu ne devrait pas tarder à suivre. Lucius avait lu que le bloc Est avait boycotté les Jeux Olympiques moldus quelques mois auparavant et il avait jugé cela stupide. Les sorciers russes ou sous domination russe avaient de plus en plus accès aux produits occidentaux vendus par exemple et qu'ils ne pouvaient avoir dans leurs propres pays ce qui ne faisait que favoriser la rancœur, la colère et la frustration. Lucius avait parié avec Narcissa que ce renversement de situation aurait lieu dans les mois à venir. La jeune femme, plus prudente, envisageait un rapprochement est-ouest dans les années à venir.

Finalement, à force de repenser au passé, la matinée de Lucius fila. Son directeur quitta son bureau en lui souhaitant un bon appétit et le jeune blond s'aperçût qu'il ne l'avait même pas entendu entrer. Il ne se leva de son siège qu'après avoir eu la certitude que l'homme avait définitivement quitté les locaux. Lentement, il remit sa robe en place et se dirigea comme si tout était normal vers la pièce qui l'intéressait. Pour avoir été récemment consulté tant par le ministre que par le directeur des aurors, le directeur de la brigade magique et le directeur du bureau de la justice magique, le dossier d'Eden Reece était entreposé non loin mais à l'abri des regards. Quand il entra dans la salle, celle-ci était vide et une vague de froid le saisit. Tout y était métallique : la lumière, les casiers de rangement et même l'air. Le bureau de la jeune fille qui s'occupait de gérer l'accès aux dossiers était rempli de plusieurs papiers que Lucius, d'un regard, jugea inintéressant. Cependant, alors qu'il allait se diriger vers le fond de la pièce pour examiner les dossiers rangés à la lettre R, il entrevît une petite boîte au pied du bureau, pratiquement cachée par lui. Il se baissa, saisit l'objet et sortit l'ensemble de son contenu.

Ouvrant la première pochette, il découvrit l'acte de naissance d'Eden Reece. Le garçon était né un 31 juillet 1959 à Norwich d'un père anglais et d'une mère française décédés des suites d'une maladie inconnue probablement liée aux bombardements de Nagasaki. Le médecin, sur l'acte de décès des parents, indiquait que ceux-ci étaient présents, à l'époque, à presque 150 kilomètres de la zone bombardée et qu'ils avaient donc été soumis aux radiations. On supposait que cela avait pu affecter leurs métabolismes.

Dans ce cas, pourquoi cela n'a-t-il pas affecté Eden Reece ?

Le second papier ajoutait que le garçonnet, de 6 ans à ce moment, avait été confié à son tuteur, un ami de la famille dont le nom n'était pas indiqué mais qui se faisait appelé « Le luchador ». Il n'y avait pas non plus de photos. L'enfant avait semble-t-il grandi dans la même ville qu'il avait toujours connu, dans la même maison qu'il avait toujours habitée. Lucius grogna quand il remarqua l'absence d'indications pourtant fondamentales : quelle était l'adresse de ladite maison ? Quel était le vrai nom du tuteur de Reece ? Le reste était plutôt vide. Une simple demande de renouvellement de papier d'identité mais rien d'autre. On ne savait pas quand ni où était réellement parti le jeune professeur. Un autre papier dévoilait les résultats d'examen aux ASPICS de l'homme, tout à fait excellent il se devait de le souligner. Mais c'était tout. Lucius se demanda combien d'autres dossiers étaient aussi vides que celui-ci. Il n'avait rien d'appris de plus que ce qu'il ne savait déjà et leur véracité n'était pas à prouver. Tous les sceaux étaient là, y compris les signatures nécessaires d'hommes aujourd'hui décédés. Lucius soupira. Il ne voulait pas être à la place de son père quand il allait devoir apprendre au Lord que le manque d'information dû à la situation politique des années précédentes empêchait tout approfondissement. Il aurait bien voulu vérifier à Norwich si quelqu'un connaissait les parents de Reece, prouver leur existence et celle de leur fils ou même son tuteur mais la ville avait été détruite lors d'une attaque de mangemort neuf mois auparavant et presque personne n'avait survécu si ce n'est une enfant d'une dizaine d'année, bien trop jeune pour répondre à ses questions.

Rageur, il se retint de passer une main dans ses cheveux et souffla fortement pour expirer sa colère. Tout était là. Le papier jauni, les coins cornés, l'encre bleue baveuse.

Bleue ?

Lucius cessa de respirer. L'encre bleue n'était utilisée que depuis cinq ou six ans au ministère. Certes, cela ne signifiait pas que les papiers étaient faux mais cela avait créé un doute suffisant dans son esprit. A l'époque où Reece était né, l'encre noire était majoritairement utilisée. Certains usaient de la bleue mais ils étaient en minorité. Cela avait du passer inaperçu aux yeux des autres sorciers qui avaient examiné ces papiers : c'était probablement dû à une panne d'encre noire. Mais pour que tous les papiers soient remplis en bleu…Lucius avait comme un doute. Et pour cela, il connaissait la bonne personne. Dans un sourire machiavélique, il sortit. Il prit l'ascenseur et se dirigea vers l'Atrium.

- Carter !

L'individu se retourna vers lui et se figea en voyant la personne qui l'avait interpellé.

- Lu-Lucius…

- Carter, j'espère que tu n'as rien de prévu, je t'invite à déjeuner.

Il vit clairement l'homme déglutir difficilement. Carter hocha la tête et le suivit. Pour ce qu'il avait à faire, Lucius préférait aller dans le monde moldu. Ils prirent la cabine téléphonique et, une fois dehors, Lucius saisit l'homme par son bras puis le plaqua contre le mur d'une ruelle sombre non loin.

- J'ai besoin de renseignement. Qu'est-ce que tu sais sur les papiers de Reece ?

- Je…je ne vois pas…De quoi tu parles ?

- Tu sais très bien de quoi je parle.

Il raffermit sa prise sur son bras, son autre main se collant au cou de Carter. Il était terrifié, transpirant comme un cochon ne sachant que lui répondre. Lucius exultait. Il avait raison. Les papiers de Reece étaient faux, cela se voyait sur le visage de l'autre.

- Je te laisse très exactement trois secondes pour me dire ce que tu sais sinon je pourrais très malencontreusement te livrer au Lord.

Carter travaillait au ministère mais il connaissait les dessous de chaque fonctionnaire. Ceux qui se droguaient, ceux qui buvaient, ceux qui détournaient de l'argent, qui avaient travaillé avec Grindelwald. Ceux qui, comme son père, étaient des mangemorts. Il savait donc très précisément quel sort lui serait réservé s'il ne parlait immédiatement.

- Trois. Deux.

- Non ! Non ! C'est bon ! Je te dirai tout !

Lucius relâcha sa prise.

- C'est un pote qui a fait les papiers. C'est quelqu'un à qui il en devait une…Tu peux pas comprendre ! Il pouvait pas refuser ! C'était pour un gamin, un mec arrivé d'on ne sait où. Il était important pour'l'type qui demandait les papiers ! Y devait l'aider à faire ch'ais pas quoi ! Alors mon pote, il a fait, et gratuitement en plus, tu comprends. L'homme c'tait quelqu'un de bien. C'l'a étonné le premier !

Le jeune Malfoy fronça les sourcils. Qui pouvait donc bien être aussi important qu'un faux-monnayeur fasse son travail gratuitement ?

- Le nom !

- Je peux pas ! Lucius, j't'jure que si j't'le dis, je me fais tuer ! J'ai juré que ça d'vait rester secret !

- Carter, un nom, maintenant, répliqua-t-il en resserrant brutalement le cou de l'homme.

Il ne pouvait presque plus respirer.

- Dum'dore !

- Quoi ? Il lui laissa de quoi reprendre son souffle.

- Dumbledore ! L'homme qui voulait les faux-papiers, c'était Dumbledore !

Lucius se détacha brusquement de Carter. Impossible.

- Tu mens !

- Non, non je te jure ! C'est pour ça que mon pote l'a fait gratuitement ! Je veux dire…c'est Albus Dumbledore ! Le plus grand sorcier au monde !

Lucius était sonné. Il avait du mal à reprendre ses esprits. Mais pourquoi ? Pourquoi ?

- Est-ce que tu sais le vrai nom de Reece ?

Carter nia violemment. Ne pouvant se retenir, il se passa une main dans les cheveux. Reece était-il donc si important que Dumbledore lui-même prenait des risques pour lui ?

- Va-t-en. Et si tu en parles à qui que ce soit, je te tue.

Carter hocha la tête si fortement que Lucius vît le moment où il allait s'assommer contre le mur. Il courût aussi vite qu'il le pût vers la cabine téléphonique ne reprenant ses esprits que quand il fût sur d'être seul à l'intérieur. Lucius, lui, resta étourdi dans la ruelle.

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Sa journée venait de finir et il n'avait rien fait. La seule pensée que Dumbledore ait pu demander les faux-papiers le mettait dans un tel état d'excitation et de nerfs qu'il ne parvint à rien faire. Heureusement, il voyait Narcissa ce soir. Il devait se rendre au café de Madame Pieddodu pour un rendez-vous amoureux. L'ambiance n'était pas celle dont raffolait Lucius mais la gérante était si souvent émue par de belles histoires d'amour qu'elle gardait bien volontiers le secret d'une rencontre non-autorisée en pleine semaine. Lucius savait ainsi qu'elle ne dirait à personne –comprendre les professeurs de Poudlard- qu'il était venu voir sa fiancée. Ils devaient se voir à 19 heures mais dans l'état dans lequel il était, il était déjà là dès 18h30.

Il n'osait pas montrer son impatience en déambulant devant le café aussi il ne faisait que piétiner. Enfin, Narcissa arriva. Lucius retint son souffle. Elle était vraiment belle.

Quand il l'avait vu pour la première fois, Narcissa avait sept ans et lui-même treize. Son père avait jugé qu'il était assez grand pour le remplacer lors de certaines réunions et la mère de Narcissa avait jugé que la jeune fille était suffisamment grande pour qu'elle fasse sa première apparition publique. Elle avait profité de son anniversaire pour organiser une grande fête réunissant toutes les familles de sang-pur. Abraxas avait été pris par une réunion avec le Ministre et avait donc demandé à son fils de le représenter. Lucius avait mené son rôle à la perfection. Il savait que d'ici quelques années, il allait devoir épouser Bellatrix aussi, il comptait se faire bien voir de sa future belle-famille. Mais quand il avait vu Narcissa…Ses grands yeux bleus si expressifs et ses cheveux blonds si doux. On aurait dit de l'or. Elle portait une robe de sorcière bleu nuit avec des motifs cyans de style celtique, au sens moldu du terme. Lucius avait immédiatement succombé. Par rapport à elle, Bellatrix n'était rien. Ses cheveux noirs charbons encadraient un visage sec et émacié. Même en pleine santé, elle ressemblait à une tête de mort et ses yeux étaient aussi noirs que son âme, Lucius le savait. Son corps était filiforme, trop sec et fin pour une jeune fille.

Il avait tenu la soirée ne montrant en rien son désordre intérieur mais dès qu'il était rentré chez lui, il avait supplié son père de changer sa fiancée. Au bout de quelques jours, il avait accepté.

Plusieurs années plus tard, quand Lucius et Narcissa s'étaient retrouvés, la jeune fille avait alors onze ans et lui dix-sept, elle lui avait avoué qu'elle aussi avait été troublée. Elle ne savait pas qui il était avant que sa mère ne le présente et elle avait senti son cœur se serrer en sachant qu'il était le fiancé de sa sœur. Il était si beau…Elle n'avait pas osé en parler à sa mère ni à Bellatrix mais Andromeda, d'un an plus jeune qu'elle, l'avait remarqué. Elle avait promis de garder le silence mais cela ne l'avait pas empêché de la taquiner quand elle le pouvait. Et quand Walburga avait annoncé à sa fille que Lucius Malfoy avait demandé à changer de future épouse…Gaïa soit louée, elle en avait presque sauté de joie. Bellatrix ne l'avait heureusement sue que quelques jours plus tard et Narcissa était heureuse de ne pas avoir été à ses côtés quand elle l'avait appris.

Aujourd'hui, Narcissa était resplendissante. Ses cheveux étaient toujours aussi blonds et lui atteignaient pratiquement le bas du dos. Ses yeux bleus étaient soulignés par un trait de crayon noir et un peu de mascara et ses lèvres pulpeuses étaient rougis par un peu de rouge à lèvres. Sa robe d'écolière ne cachait que mal les formes de la jeune femme et Lucius ne pouvait plus attendre de découvrir son corps nu sous le sien, sa poitrine opulente, son bassin tentateur…Elle se jeta dans ses bras et Lucius ne pût s'empêcher de l'embrasser jusqu'à perdre haleine. On disait les Serpentards froids et distants. On pensait les Malfoy sans sentiments. Merlin comme ils avaient tords ! Lucius, quelles que soient ses convictions, les ferait toujours passer après Narcissa, quoi que cela lui en coûte.

Ils s'étreignirent encore quelques minutes puis Lucius la relâcha. Le sourire éclatant qu'elle lui lança lui fit oublier toutes ses interrogations. Ils entrèrent dans le café où la propriétaire les accueillit avec un sourire ému. Elle les fit s'installer et leurs donna la carte. Une fois que Narcissa eut choisi, il passa commande pour eux deux.

- Alors, que se passe-t-il Lucius ?

Il la dévisagea étonné.

- Pourquoi devrait-il se passer quelque chose ?

- Lucius, je te connais, il y a quelque chose qui te tracasse.

Il soupira. Il avait pensé que le plaisir de retrouver sa compagne lui permettrait d'oublier ce qu'il avait appris mais ce n'était pas le cas apparemment. Madame Pieddodu leurs apporta leurs entrées. En quelques mots, Lucius résuma la situation.

- Impossible ! Lucius, tu es sur que…

- Oui, les papiers sont faux.

- Et…Dumbledore… ?

- Oui, aussi.

- Mais…Pourquoi ? Reece ou quelque soit son nom est-il si important que ça ?

- Je ne sais pas…Je ne sais vraiment pas…Et dire que je dois prévenir mon père…

Lucius pinça ses lèvres. Narcissa avait cessé de manger.

- Tu vas vraiment dire à ton père que les papiers de Reece sont faux ?

- J'y suis obligé. Il me l'a demandé pour le compte de…Enfin, tu sais de qui.

Narcissa acquiesça. Elle semblait toujours tracassée.

- Et tu es obligé de lui dire que c'est Dumbledore qui les a demandés ?

- Et bien…Je pense que je pourrai omettre de transmettre cette information. Mais pourquoi le ferais-je ?

Narcissa prit une bouchée de son plat. Elle la dégusta en réfléchissant. Lucius lui prit la main.

- A quoi penses-tu ?

- Lucius…tu n'es plus à Poudlard donc tu ne te rends pas réellement compte mais…Reece est vraiment quelqu'un d'exceptionnel. Que ce soit sa véritable identité ou non, il lutte contre les préjugés entre les maisons et entre les magies sombre et blanche…Je n'aimerai pas qu'il s'arrête. Il est le seul professeur compétent que nous ayons eu depuis bien longtemps…

Elle se détacha de lui et remit une de ses mèches de cheveux derrière l'oreille.

- Si il vient à apprendre que les papiers de Reece sont faux, il pourra lui faire payer son insolence de la dernière fois…Et si Dumbledore n'est plus là parce que tu lui auras dit que c'est lui qui a demandé les faux papiers, alors il n'y aura plus personne pour défendre Reece et lui permettre de rester…

- 'Cissa, tu te rends bien compte que cet homme lutte contre le Lord ? Il termina sa phrase dans un chuchotement indistinct.

- Et est-ce que c'est une si mauvaise chose ?

Lucius la dévisagea effaré.

- Est-ce que tu te rends compte de ce que tu viens de dire ?

Son chuchotement était pressant et il regardait tout autour de lui pour vérifier que personne d'autre n'avait entendu les paroles de sa compagne.

- Luc'…Je partage tes idées, tu le sais. Mais…je ne suis pas certaine que la méthode de ton père et de ses amis soit la bonne. Je te jure que tu ne te rends pas compte de la portée des paroles de Reece. Il est logique, clair et impartial. Tout le monde l'écoute et même Potter et sa clique semblent y être réceptifs ! Et tu sais comment ils sont ! Si quelqu'un qui pensait comme nous adoptait la même méthode que Reece, on aurait beaucoup plus de partisans et moins d'opposants !

- Enfin, 'Cissa, c'est insensé…

- Je te jure que non. Les paroles de Reece font mouche à chaque fois. Il est dur mais il est suivi. Black n'arrête pas de nous dévisager Reg' et moi depuis quelque temps. Et je suis presque sûre qu'il observe aussi Severus. Potter a un comportement changeant : un coup il est neutre et retient ses camarades de nous attaquer et un autre, il est le premier à faire des blagues. Reece le fait réfléchir et il ne sait plus comment se positionner !

Lucius avait du mal à croire ce qu'il entendait. Il vérifia que sa compagne n'avait pas bu d'alcool pour être certain qu'elle ne délirait pas. Peut-être était-elle soumise à une potion ou à un sort ? Il savait cependant que ce n'était pas le cas. Quand il l'avait embrassé tout à l'heure, son haleine était fraîche et normale et non pas sucrée ou acide à cause d'une potion d'obéissance ou de contrôle mentale. Et ses yeux n'étaient pas vitreux à cause de l'Imperium.

- Tu penses réellement que Reece peut nous aider ?

- Peut-être pas nous aider nous mais en tout cas, il peut faire changer les mentalités. Et si les mentalités changent…on pourra faire passer plus de nos projets : des cours d'adaptation au monde magique pour les sangs-de-bourbe pour leur apprendre nos rites, des lois pour empêcher les moldus de dévoiler notre secret quand ils ont des enfants sorciers…

Sa phrase se termina sur un murmure. Lucius savait qu'elle n'avait pas totalement tord. Une autre guerre serait terrible pour le monde sorcier. Contrairement aux moldus après la guerre, les sorciers n'avaient pas connu de baby-boom après Grindelwald. Le taux de natalité était toujours aussi bas et de près de deux millions de sorciers dans les années 1900, on en était aujourd'hui à quelques cinq cents mille sorciers. Si une autre guerre éclatait, beaucoup mourraient et la population sorcière serait encore plus réduite. Narcissa savait comment Lucius fonctionnait et elle comprit vite où son raisonnement l'avait mené.

- En plus, le Lord, elle le marmonna du bout des lèvres, sanctionne chacun de ses partisans avec des sorts de douleur et je n'ai pas envie de suivre quelqu'un qui me maltraiterait. Et il attaque les moldus ! Mordred, on dirait un gamin qui donnerait des coups dans une fourmilière ! Je sais que les moldus et leurs inventions sont mauvaises pour nous mais on peut s'infiltrer dans leurs gouvernements et les manipuler pour qu'ils se concentrent plus sur la protection de notre monde.

Lucius ne lui répondit pas. Ce qu'elle lui disait remettait en cause tout ce que son père lui avait appris, les valeurs qu'il lui avait inculquées. Était-il raisonnable qu'il fasse ce qu'elle lui demandait ?

- Je crois que j'ai besoin d'y réfléchir.

- Je sais, elle lui sourit. Tu as encore du temps avant de dire à ton père ce que tu as trouvé, non ?

Il hocha la tête. Ils terminèrent leurs repas en parlant d'autre chose. Narcissa lui raconta ses discussions avec Regulus et ses tentatives désespérés de faire admettre à Severus que son obsession pour Potter et Black n'était pas saine. Elle lui parla aussi de Bellatrix, qui, au fil des mois, devenait de plus en plus étrange. Lucius savait que Narcissa adorait sa sœur et qu'elle était donc polie dans le choix de ses mots mais pour avoir vu Bellatrix deux mois auparavant il pouvait dire qu'elle devenait complètement folle. Son adoration pour le Seigneur des Ténèbres était telle qu'elle ne vivait plus que pour lui. Et elle ne l'avait encore jamais rencontrée en personne !

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.

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La semaine que son père lui avait accordé pour faire ses recherches se terminait et Lucius savait qu'Abraxas l'attendait dans le salon de leur manoir. Il vérifia qu'il était parfait dans le miroir du couloir attenant à sa chambre. Sa cape, sa robe, ses cheveux, son teint, tout était en ordre. Il ne devait pas montrer sa peur et encore moins son inquiétude. Il ne savait pas encore s'il allait suivre la demande de Narcissa.

Il marcha comme un automate jusqu'à la pièce où son père l'attendait et allait pour entrer quand il entendit parler.

- Incapables ! Tous ! Je ne peux pas croire que vous n'ayez rien trouvé ! Endoloris !

Lucius se figea. Un homme hurla. Son cri était si déformé par la douleur que Lucius ne pût le reconnaître. Les cris cessèrent et il distingua le bruit de pas rageurs foulant le plancher tout comme un corps s'affaissait sur le sol. Il reprit son souffle et frappa trois coups. Le silence se fit de l'autre côté de la pièce. Finalement, on lui ouvrit et Lucius reconnut son père. Sans changer d'expression, il le salua et tenta de ne pas remarquer la longue estafilade qui divisait son visage et partait de son oreille droite jusqu'à son nez. De l'autre côté de la pièce, évanoui, Lucius reconnût Avery Senior. Enfin, debout près de la fenêtre donnant sur les jardins du manoir, le Lord. Lucius ne le dévisagea pas plus que nécessaire, peu à l'aise et ne voulant pas indisposer l'homme. Du coin de l'œil, il vit Nagini, le seul et unique ami du mage, Lucius pouvait le jurer. Il s'avança jusqu'au milieu de la pièce et s'agenouilla.

- My Lord.

- Lucius, lui répondit-il tout en se détournant de son observation.

Le jeune Malfoy ne leva pas la tête.

- J'espère que tu as de meilleures nouvelles que ton père et Avery.

- Je le crois Mon Seigneur. Puis-je parler ?

Il l'y autorisa et s'approcha de Nagini. Lucius ne se redressa pas.

- J'ai étudié les papiers d'Eden Reece. Ils sont remarquablement bien faits mais pour un œil observateur, il y a quelques défauts. Comme j'avais un doute, je me suis renseigné auprès de certains de mes contacts. Les papiers de Reece sont tous faux Maître. Ils sont authentiques pour un œil peu exercé c'est pourquoi personne ne s'en doutait. Mon contact me l'a certifié. J'ai donc cherché à me renseigner sur l'identité de la personne qui avait demandé ces documents mais malheureusement je n'ai rien trouvé. L'inconnu s'est camouflé sous un sortilège de discrétion et portait un glamour si bien qu'il était méconnaissable. Je pense cependant qu'il s'agit d'un homme à qui l'ami de mon contact était extrêmement redevable car il a fait les papiers gratuitement Monseigneur.

Voldemort fit un demi-tour si brutal que Lucius crût qu'il allait se tordre le cou.

- Gratuitement tu dis ?

- Oui Maitre.

- A qui devait-il une telle dette ?

- Je ne sais pas Monseigneur.

Lucius sentit ses barrières d'Occlumencie être attaquées et il les baissa légèrement. Il montra les souvenirs qu'il avait mais se garda de montrer les passages où Carter lui parlait de Dumbledore. Le Lord se détourna et s'assit près de Nagini qui se colla à lui. L'homme, enfin la chose qu'il était devenue –ses expériences avec la magie noire l'avaient déformées au point de lui en faire perdre son apparence humaine- semblait pensif.

- C'est du bon travail Lucius. Je suis content de voir qu'au moins un Malfoy sait faire correctement son travail.

Lucius ne voulait pas savoir quelle mission son père avait raté et il lui fallût toute sa volonté pour ne pas se tourner vers lui et le dévisager.

- Tu peux disposer Lucius, j'ai à parler avec ton père.

Il approuva d'un petit signe et sortit de la pièce. La porte se refermait quand il entendit le Lord lui demander d'appeler des elfes pour venir chercher Avery Senior ce qu'il fit immédiatement. Dès qu'il fût sur que ni son père ni le Lord ne viendrait quérir sa présence pour le reste de la soirée, il se précipita vers sa cheminée personnelle. Il était clair que Voldemort allait demander à son père ou à un autre de ses hommes de vérifier ce que Lucius lui avait dit et il était évident que Carter dirait la vérité, trop terrifié pour faire le contraire. Lucius devait donc assurer ses arrières. A cette heure-ci, Lucius savait que Carter devait être dans ce bar miteux qui avoisinait le ministère et qui mélangeait tant moldus que sorciers. Il s'y pressa. Mais qu'est-ce qui lui avait pris ? Mordred, il espérait que Narcissa ne lui mettrait pas en tête d'autres idées aussi folles parce qu'il ne voulait pas risquer sa vie !

Quand il arriva, il aperçût Carter en pleine discussion avec un autre homme, plus discret que Lucius ne connaissait pas. Les deux hommes semblaient sur le point de partir. Ils avaient passé la porte et terminaient leur conversation en remontant tranquillement la rue. Quand ils passèrent devant une ruelle un peu plus sombre et surtout beaucoup moins fréquentée, Lucius les stupefixa. Il réveilla seulement Carter après lui avoir jeté un silencio.

- Legilimens.

Il entra dans l'esprit de Carter qui n'était protégé par aucune barrière, un véritable jeu d'enfant. Il remonta les souvenirs de l'homme et ne s'arrêta que lorsqu'il trouva ce qu'il cherchait. Carter discutait avec un homme que Lucius reconnût comme étant l'homme avec qui il discutait et qu'il avait stupéfixé. Il remonta un peu dans la mémoire de Carter et ce qu'il vit lui confirma que l'inconnu à ses côtés était celui qui avait rencontré Dumbledore et qui avait fait les faux-papiers. Soulagé, il sortit de l'esprit de Carter. La perte des deux hommes ne serait pas si grande, d'autres les remplaceraient.

- Impero.

Lucius savait que les légicomages trouveraient vite le sortilège de contrainte d'esprit sur Carter mais ils ne sauraient pas qui l'aurait lancé. Quant à Voldemort, il y avait peu de chance qu'il pense que Lucius soit le coupable, après tout, il l'avait bien renseigné quelques minutes plus tôt, non ? De plus, il ne penserait pas non plus à Dumbledore qui n'usait jamais de sortilège impardonnable mais peut-être plus à Reece. Cela ne ferait qu'encourager la haine du Lord envers l'inconnu. Il ordonna à Carter de tuer son ami puis de se tuer lui-même et il se retourna sans attendre qu'il fasse ce qu'il lui avait ordonné. Il entendit Carter bouger, faire quelques mouvements puis pousser un hurlement de douleur avant de s'écrouler. Lucius retint un sourire vainqueur.