Lillyy : Je me pose plein de questions depuis ta remarque sur Renji et Ichigo ! Si tu as un exemple où leur façon de parler cloche, je suis preneuse – avec correction, pour que je me rende compte ! En tout cas, merci pour ton soutien, et je peaufine le dernier chapitre afin d'y inclure Shûhei :)


scène 7 : Le restaurant

Dans le quartier des officiers de la sixième division, on pouvait apercevoir la lumière filtrer par la fenêtre de l'un des appartements. Deux silhouettes s'agitaient à l'intérieur et les échos d'une conversation mouvementée se faisait entendre.

« Mais, pourquoi il a invité Ukitake taichô ? Je ne vais jamais oser lui parler, maintenant !
— Ichigo sera là, voyons, tu n'as rien à craindre.
— Parlons en d'Ichigo ! Pourquoi il n'a rien trouvé à dire ?
— Écoute, Renji. Qu'est-ce que tu voulais qu'il dise, alors que toi-même tu as exigé sa présence au dîner ?
— C'est possible, mais là, ça va être l'horreur.
— Mais non. Fais confiance à Ichigo. Il saura bien gérer les deux à la fois. Allez, arrête d'y penser et file sous la douche. Je prépare ton kimono. »

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Le manoir Kuchiki était en effervescence. Le maître était rentré et avait annoncé son intention de sortir pour dîner. De plus, il fallait arranger une tenue pour son invité. La vieille Harue s'affairait à diligenter valets de chambre et intendants. Les kimonos étaient sortis de leurs malles, les bains étaient coulés, les palanquins étaient préparés...

Quelque temps plus tard, dans une chambre que rien ne différenciait de ses voisines, Byakuya inspectait d'un œil critique le rendu vestimentaire d'Ichigo.

« Hum, ne possède-t-on point un kimono de la même teinte coupé dans un tissu plus fin ? demanda-t-il à la vieille Harue.
— Si fait, monsieur ».

La fidèle servante s'empressa de relayer la demande.

Trouver un kimono dont la couleur ne jurait pas avec les cheveux orange d'Ichigo avait été une réelle gageure. Mais Byakuya n'était toujours pas satisfait du résultat.

« Byakuya, il est bien celui-là, je t'assure ! râla Ichigo.
— Oserais-tu contredire mon jugement ?
— Mais je ne vois pas où est le problème ! »

Hélas, Byakuya ne se préoccupait plus d'Ichigo et examinait d'une main experte la soierie qu'on lui présentait.
« C'est parfait », décida-t-il.

Ainsi, Ichigo fut contraint de passer le nouvel habit. Quand il reparut devant Byakuya, celui-ci le regarda de pied en cap, jaugeant l'effet qu'il recherchait.
La fluidité de la soie convenait à la silhouette du jeune homme. L'étoffe tombait en suivant les formes de son corps, mettant en valeur la musculature finement développée du guerrier adolescent. En comptant sur l'imprudence d'une démarche dynamique, les pans s'entrouvriraient, révélant par un caprice de l'air, un mollet, voire même, une jambe galbée.
Byakuya hocha la tête, approbateur.

« Euh... Byakuya... Tu ne trouves pas que cela fait trop...
— C'est absolument parfait, décréta Byakuya. J'espère que tu n'auras pas l'audace de te montrer exigeant, alors que je fais mon possible pour que tu puisses paraître sous ton meilleur jour ?
— Euh, merci, Byakuya.
— Je t'en prie », dit Byakuya, avec un ton à faire froid dans le dos.

Ichigo frissonna sous la douceur de la soie. Il se sentait soudain aussi démuni qu'une biche aux abois.

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Quelques moments plus tard, aussi prêts qu'ils pouvaient l'être, Ichigo et Byakuya attendaient devant les portes du manoir que se présentent Renji et Jûshirô.

« Byakuya, je ne sais pas ce que tu mijotes, mais si jamais tu fais foirer la soirée, je saurai te le faire regretter.
— J'apprécie cette avertissement à sa juste valeur. Cependant, sache que j'ai moi-même l'intérêt de Renji en tête et que je m'emploie à faire de cette soirée une réussite.
— Pourquoi tu as demandé au capitaine Ukitake de venir, alors ?
— C'est bien toi qui as avancé l'idée d'un rendez-vous se déroulant dans les règles ? Il n'aurait point été convenable que je m'y rende non accompagné, étant donné ton rôle auprès de Renji.
— Ouais », maugréa Ichigo, peu convaincu, en haussant les épaules.

Byakuya observa le jeune homme qui s'agitait près de lui. Inviter Jûshirô avait été une bonne idée. Cela constituait un moyen parfait pour détourner l'attention. Le garçon soupçonnait avec justesse une manœuvre de sa part mais il était complètement inconscient du véritable but de son entreprise. Byakuya retint un soupir navré en constatant, une fois de plus, la naïveté du Shinigami intérimaire.

« Dis », reprit Ichigo penché sur une des quatre chaises à porteurs alignées devant eux, « il faut vraiment que je monte là-dedans ? »

Byakuya ne se donna pas la peine de répondre.

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Jûshirô et Renji arrivèrent à quelques minutes d'intervalle l'un de l'autre. Rukia avait fait du bon travail, constata Byakuya. Elle avait discipliné avec fermeté la tignasse de Renji. Ses cheveux, torsadés et roulés sur la nuque, en catogan, conservaient pourtant leur exubérance, car les pointes des mèches rouges s'évadaient de l'attache, se redressant en panache au dos de sa tête.
Cependant, bien que la transformation de Renji fût notable, Byakuya observa avec satisfaction que tous les regards convergeaient vers Ichigo.

« Ich... chigo ! »

L'exclamation pâmée de sa sœur contraria le seigneur Kuchiki. Cette anicroche dans son plan le fit grincer des dents... intérieurement. Car extérieurement, il garda un calme olympien et se contenta d'un signe de la main. La vieille Harue apparut comme par magie auprès de Rukia.

« Il ne sied point à une demoiselle de votre qualité de traîner dehors à une heure si tardive », dit-elle, traduisant, avec une assurance que la plupart des soldats de la sixième division envieraient, les pensées de son maître. La fidèle servante arracha donc Rukia à la vue d'Ichigo, et toutes deux regagnèrent le manoir.

Renji, lui, restait scotché à la vision qu'offrait Ichigo. L'énervé, le grognon, le pitre, l'attristé, le révolté, le brave, toutes ces images de lui s'effaçaient devant une nouvelle : le séduisant. Il n'y avait pas d'autre mot. Ce n'était d'ailleurs pas uniquement l'effet du luxueux kimono qu'il portait, c'était cette expression de jeune innocence, ou plus justement, de maturité sur le point de s'éveiller, qui attirait l'attention. L'adulte qu'il allait devenir serait d'une beauté remarquable .

Renji regarda Byakuya, l'esprit plein de questions. Le capitaine Ukitake s'était rapproché et lui murmurait quelques mots à l'oreille.

« Byakuya, aurais-tu élaboré une stratégie sensiblement différente de celle à laquelle nous avons pensé ?
— J'apprends vite, Ukitake-san, et j'ai eu les meilleurs maîtres en la matière.
— Je suis malgré tout désappointé. J'espérais beaucoup me rapprocher de toi.
— Il est inutile de rêver à ce qui nous est inaccessible.
— Ah, tu es aussi dur envers les autres qu'envers toi-même ! Enfin, tu peux compter sur mon appui, pour ce soir.
— Je n'en attendais pas moins de toi. »

Témoin de cet étrange conciliabule, d'où pas un son ne lui parvint aux oreilles, Renji redoubla d'inquiétude.
Lorsque Byakuya s'avança et invita Ichigo à monter dans un palanquin, il se retrouva en plein désarroi. Mais quand Byakuya tendit sa main et qu'Ichigo, aux prises avec son kimono, plein d'embarras quant à la manière de grimper dans la litière ainsi vêtu, s'y appuya, Renji fut contrarié. Enfin, s'apercevant que le regard de Byakuya s'attardait sur une peau nue découverte par une enjambée maladroite, Renji vit rouge.

Il se rua sur la première chaise à porteurs venue et s'y engouffra, furibond. Pourtant, après qu'il eût claqué sans ménagement la porte, il se calma soudain, stupéfait. Parce qu'au lieu d'avoir eu envie de hurler « Taichô, qu'est-ce que vous faites ?! », c'était « Taichô, qu'est-ce que vous lui faites ? » qui lui était venu.

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Durant tout le chemin qui emmenait les quatre hommes "Au palais de la vérité", Renji nagea en pleine confusion. À l'arrivée, il n'était certain que d'une chose : moins Byakuya et Ichigo auraient de contacts, mieux il se sentirait.

Devant la devanture du restaurant, Renji ne perdit pas de temps. Ce fut lui qui aida Ichigo à s'extraire de son palanquin.

« Merci, Renji. Faudrait qu'ils donnent des cours pour apprendre à monter et descendre de ces machins-là.
— De rien », fit Renji, en souriant des efforts d'Ichigo.

Le cœur de Renji battit plus vite. Il garda sa main dans la sienne plus longtemps que nécessaire. Il fronça les sourcils lorsqu'il s'en aperçut et la relâcha bien vite. Il respira lorsqu'Ichigo réajusta sans complexe sa tenue dont l'ordonnance avait visiblement souffert dans la manœuvre. Tant de naturel avec quelque chose de désarmant. Puis Ichigo releva les yeux vers lui, le visage franc et sérieux comme si souvent, et Renji reçut un choc.

« Je suis prêt. On y va ?
— Allons-y ».

Aussi vite que l'impression était venue, elle était repartie. Renji emboîta le pas d'Ichigo et ils suivirent Byakuya et Jûshirô qui les avaient devancés.

« Renji, ne t'en fais pas pour Ukitake. Je trouverais bien un moyen pour détourner son attention. Ça ira ? »

Renji entendit la chaleureuse bienveillance d'Ichigo envers lui. En sa compagnie, il se sentait fort.

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La table était suffisamment grande pour qu'ils y soient tous les quatre à l'aise. Elle était couverte de mets disposés avec soin, préparés dans un enchantement de couleurs, qui promettaient de combler le palais. Rukia avait réservé un salon. Ils n'y seraient plus dérangés avant longtemps.

« Bon appétit, déclara Jûshirô, brisant le premier le silence qui s'était établi.
— Bon appétit », enchaîna Ichigo, en face de lui, en se saisissant de ses baguettes, clairement affamé.

Agenouillé à sa droite, Renji ne disait mot et fixait Byakuya, de l'autre côté de la table.

« Renji, tu ne manges point ? demanda Byakuya, qui s'activait également.
— Taichô, je suis confus.
— Confus ?
— Qu'avez-vous l'intention de faire ?
— De quoi parles-tu Renji ?
— De ça », répondit Renji en désignant l'ensemble du luxueux restaurant d'un grand geste du bras, « de lui », continua-t-il en désignant du menton Ichigo.
— Ah. J'essaie de corriger une erreur.
— Quelle erreur ?
— Je regrette, Renji, d'avoir placé ma fierté au-dessus de tes sentiments. Je n'avais point compris, à ce moment-là. À présent, j'y vois plus clair.
— Je ne comprends pas.
— Je te fais mes excuses, Renji. Je n'aurais jamais dû partir, ce soir-là. J'aurais dû te laisser parler et t'écouter.
— Il y a un "mais", n'est-ce pas ?
— Ne gâchons point cette nourriture, veux-tu ? »

Ichigo y faisait honneur avec enthousiasme, commentant avec force exclamations chaque bouchée qu'il prenait, et Renji ne pouvait pas dire si cela faisait partie de sa stratégie pour distraire son vis-à-vis ou bien si, devant la succulence du repas, il avait perdu de vue la raison pour laquelle il était là.

Renji picora par-ci, par-là, avant de reprendre.

« Vous avez parlé de m'écouter.
— Effectivement, Renji.
— J'avais tellement de choses à vous dire.
— Avais ?
— Je ne sais plus où j'en suis. Je suis allé voir Ichigo, et j'étais sûr de moi, et...
— Pourquoi es-tu allé voir Ichigo ?
— Pour qu'il m'aide.
— Pourquoi lui ?
— Parce c'est mon ami.
— Tu as d'autres amis, Renji. De plus vieux amis.
— Qu'est-ce que vous voulez dire par là ?
— Pourquoi Ichigo, Renji ?
— Quoi ? Vous êtes jaloux ? »

Byakuya referma ses paupières sans rien dire. Renji tapa du poing sur la table. Ichigo, surpris, laissa retomber, sur son lit d'algues, le morceau de poisson qu'il venait de saisir. Jûshirô se contenta d'un fin sourire.

« Renji ?! s'inquiéta Ichigo.
— Je m'en vais.
— Quoi ?! Non ! protesta Ichigo en regardant tour à tour Renji et Byakuya pour comprendre ce qui s'était passé.
— Tout ça ne rime à rien. Vous aviez raison, taichô. Rien de bon n'en sortira. Ce n'est pas avec moi que vous avez envie d'être.
— Renji, calme-toi, avant de dire quelque chose que tu regretteras, conseilla Ichigo.
— Tu as vu comment il t'a habillé ?! riposta Renji.
— Ah, je le savais ! Ça fait bizarre, hein ? De la soie, carrément ! Ce n'est vraiment pas mon genre. Et en plus, c'est trop léger à mon goût. Mais, ce n'est pas grave, Renji. Il peut bien se venger sur moi du moment qu'il t'écoute. C'est ce que tu voulais, non ?
— Tu es complètement aveugle, ma parole !
— Franchement, c'est quoi ton problème ? Tu as ton rendez-vous, non ? Qu'est-ce que tu délires, encore ?
— Renji, intervint Byakuya, avant que les jeunes gens ne s'emportent encore plus.
— Taichô ?
— Pourquoi voudrais-tu qu'il se rende compte de ce que tu ne vois pas toi-même ?
— Pardon ? s'exclama Renji, de plus en plus confus.
— Byakuya, je crains qu'il ne faille être un peu plus direct, avec ces deux-là, considéra Jûshirô.
— Renji, tu m'as dit tout à l'heure que tu ne savais plus où tu en étais, rappela patiemment Byakuya.
— Je voudrais vous voir à ma place. Cela devait être vous et moi, avec Ichigo. Et puis vous invitez Ukitake taichô. Et ensuite, avec Ichigo, vous vous comportez comme si, comme si...
— Comme si j'étais attiré par lui, termina Byakuya, le plus naturellement du monde.
— Oui, confirma Renji, fronçant les sourcils de mécontentement.
— HEIN !? », s'écria Ichigo.

Ichigo dirigeait ses yeux ronds de surprise et d'incrédulité droit sur Byakuya qui, sans se préoccuper une seule seconde de l'effarement du Shinigami intérimaire, ne quitta pas Renji des siens.

« Alors, pourquoi es-tu confus ? continua-t-il.
— Ben, parce que, parce que...
— Tu m'aimes, m'as-tu dit.
— Oui.
— Alors, pourquoi es-tu confus ? Je comprendrais que tu sois jaloux. Mais, confus ? Es-tu jaloux, Renji ?
— Je... Je... »

Non, Renji n'était pas jaloux d'Ichigo et il réalisait enfin où Byakuya voulait en venir. Cependant, la volatilité de ses émotions lui faisaient peur. Il ne se comprenait plus et jetait des regards emplis de désarroi à son capitaine et à son ami.
Providentiellement, du point de vue de Byakuya, Ichigo était toujours coincé dans un état de stupeur qui le maintenait opportunément muet. C'était donc à lui que revenait le soin d'éclairer Renji. Enfin, si le noble voulait être tout à fait sincère, son propre intérêt était au cœur de cette mise au point.

« Que voulais-tu me dire qui te tenait tant à cœur ? »

Jûshirô dressa l'oreille. L'affaire était délicate. Il était curieux de savoir comment l'habile aristocrate avait prévu de s'en sortir.

« Je... Vous avez changé ma vie, taichô. Et dernièrement, je ne pouvais plus vous ôter de ma tête. Vous êtes au centre de mes journées et si vous n'êtes pas là, rien ne peut plus aller. Parfois... Ce n'est pas que je vous admire, taichô ; c'est beaucoup plus que cela. Vous faites battre mon cœur. Et le plus étrange, c'est d'avoir envie d'être si proche de vous, et de perdre complètement mes moyens lorsque c'est le cas. Il fallait que je vous le dise.
— Tu sembles avoir retrouvé tes moyens.
— C'est... vrai.
— Qu'est-ce qui a changé ?
— Je n'en sais trop rien. Peut-être parce que vous m'avez repoussé ? Je n'ai plus peur de vous perdre puisque, si on y réfléchit, c'est déjà arrivé. En fait, je n'ai plus rien à perdre.
— Alors, pourquoi es-tu confus, Renji ?
— Je... C'était réel, vous savez, ce que je viens de vous dire. Mais vous vous pointez avec Ichigo et... »

Renji se tut, rougissant, honteux, embarrassé. Il chercha sur le visage d'Ichigo comme une confirmation de la fin de sa phrase. Le jeune homme sembla se réveiller sous l'intensité de l'examen dont il était l'objet et adressa à son auteur un regard perturbé et interrogateur. Renji finit par retourner son attention vers son capitaine et lui sourire, un sourire entre l'excuse et la tristesse.

« Il est surprenant, n'est-ce pas ? comprit Byakuya.
— Oui.
— Eh ! J'suis là ! se rebella Ichigo.
— Kurosaki Ichigo ! clama Byakuya, solennel tout à coup.
— O-Oui ! tressaillit Ichigo.
— N'ai-je point rempli ce à quoi je m'étais engagé ?
— Comment tu veux que je le sache ? Je comprends rien de rien ! Renji, ça te va, comme ça ?
— Je... Taichô, pourquoi ? »

Ce que Renji lui demandait, réalisa Byakuya, ce n'était pas pourquoi il ne pouvait pas répondre à ses sentiments, mais pourquoi ceux-ci s'éloignaient de lui sans qu'il puisse les rattraper. C'était une question dénotant une telle ingénuité, une telle confiance, que Byakuya en fut ému, et la réponse qu'il donna n'eut rien à voir avec une quelconque stratégie.

« Parce que justement je t'ai repoussé, Renji. Parce qu'il fallait que je t'écoute pour que tu l'acceptes. Parce que même après t'avoir écouté, je ne réponds toujours pas à tes sentiments et que tu le sens. À présent, tu n'es plus lié par eux, tout simplement. Tu es libéré. »

En Renji, se fut comme si le voile qui avait recouvert son esprit jusqu'ici se soulevait. Lorsqu'il regarda Ichigo, les impressions de ces derniers jours revinrent en force, avec netteté. Et de cette étrange nuit qu'il avait passée sous les ponts, à Karakura, il se remémora ce fameux proverbe : "Qui recherche la lune, ne voit pas les étoiles". Dans les yeux noyés d'incertitude d'Ichigo, il voyait enfin les étoiles.

« Alors, c'est bon, Renji ? répéta Ichigo
— Oui.
— Ukitake taichô et moi-même allons nous retirer, annonça Byakuya.
— Hep hep hep hep hep ! Minute, Byakuya. Tu ne peux pas partir comme ça. J'ai le droit à des explications. Comment ça, t'es attiré par moi ? T'étais pas censé n'être attiré que par les femmes ? »

Jûshirô se mit à rire doucement, tandis que Byakuya, avec le grand sérieux, répondit :

« Renji va t'expliquer.
— Renji ?! Ah, j'y comprends rien ! Tu y comprends quelque chose, toi ? »

Sans réagir, Renji assistait en souriant au départ de Jûshirô et Byakuya, laissant Ichigo dans la plus totale confusion.

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Dehors, dans le jardin, Byakuya respirait les senteurs de la nuit avec plaisir, soulagé d'un grand poids. Il était seul. Intrigué par l'absence de son compagnon, il se retourna.
Derrière lui, à plusieurs pas, Jûshirô comptait les cloisons. Puis, Byakuya le vit s'approcher silencieusement de celle qu'il avait repérée.

« Ukitake-san, que fais-tu ?
— Chut ! fit Jûshirô. Je voudrais écouter. Tu n'es pas inquiet, toi ? Tu es certain que Renji saura se débrouiller ? »

Byakuya examina le sujet avec gravité.

« Tu penses que Kurosaki pourrait tout gâcher ? chuchota-t-il.
— Il est imprévisible, répondit Jûshirô.
— Certes », convint Byakuya, qui s'approcha à son tour.

Ils s'installèrent le plus confortablement possible.

« Ce n'est pas très gentil de l'avoir utilisé, sermonna Jûshirô, affectueusement.
— À la guerre comme à la guerre », répliqua Byakuya

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À l'intérieur, la conversation avait repris. Ignorés des deux protagonistes, les deux capitaines en suivirent discrètement le progrès.

« Donc, raconte-moi, Ichigo. Qu'est-ce que tu fricotes avec mon taichô ?
— Quoi ? Mais rien. Qu'est-ce qu'il t'a raconté ?! Je te jure : je n'ai rien fait !

[« Il se défend véhémentement. », souligna Jûshirô. « C'est bon signe », décréta Byakuya.]

— Je sais. Je plaisantais, rassurait Renji.
— C'était quoi, d'ailleurs, cette histoire ?
— Le taichô est plus intelligent que moi.
— Euh, Renji ? Tu vas bien ?
— Il est rusé.
— Tu l'aimes toujours.
— Non.

[« C'est dommage tout de même : vous auriez fait un si beau couple », se lamenta Jûshirô. « Ils iront très bien ensemble aussi », assura Byakuya.]

— Non ?! s'exclamait Ichigo.
— Je te l'ai dit. Il s'est rendu compte de quelque chose avant moi.
— De quoi ?
— Qu'il n'était pas celui qu'il me fallait.
— Ça alors ! Tu es revenu à la raison ?
— On peut le dire comme ça.
— Alors, tu vas bien aller ?
— Ça va dépendre te toi, je crois.
— De moi ?
— Mmh, tu n'es pas trop jeune, pourtant.
— Trop jeune pour quoi ?
— Est-ce que tu fais semblant de ne rien voir ?
— Je ne fais que cela, de voir ! Je vois Inoue qui pleure, toi qui te jette dans mes bras devant son nez, Ishida qui débarque et se met en colère parce qu'on l'a bouleversée, Byakuya qui nous laisse tous les deux tout seuls... Cela ne veut pas dire que j'y comprenne quelque chose.

[« Eh bien, il s'en passe des choses dans la vie de notre Shinigami intérimaire », plaisanta Jûshirô. « Et il passe à côté de toutes », considéra Byakuya.]

— Mmh, tu es peut-être trop jeune, finalement... ou plutôt trop naïf, estimait Renji. Tant pis, je n'ai pas la patience d'attendre.
— Renji ?
— Ichigo, tu es un ami fidèle et dévoué.

[« Ah, là, là ! C'est mal parti. Mentionner l'amitié maintenant, Renji, vraiment... », critiqua Jûshirô. « Je ne suis point d'accord. C'est adroit, au contraire », contredit Byakuya.]

— Qu'est-ce qui t'arrive, tout d'un coup ? C'est gênant, s'embarrassait Ichigo.
— Un peu de solennité est nécessaire de temps en temps.
— Tu es de plus en plus étrange.
— Ichigo, j'ai découvert quelque chose, ce soir, grâce au taichô.
— C'est en rapport avec sa prétendue attirance envers moi ? Brr, rien que d'y penser, j'en ai des frissons.
— Ha, ha ! Quel genre de frissons ?
— D'HORREUR, abruti !
— Ichigo, qu'est-ce que tu ferais si je te disais que tu pourrais devenir plus qu'un ami ?
— P-Plus qu'un ami ?
— J'ai développé un tendre sentiment pour toi, Ichigo. »

[« Oh ! Quelle façon élégante de s'exprimer. Je ne savais pas que Renji était d'un tel romantisme », s'enthousiasma Jûshirô. « À mon avis, c'est une erreur », déclara Byakuya.
Un silence suivit.
« Qu'est-ce qui se passe ? s'interrogea Jûshirô. On n'entend plus rien ». « Kurosaki est en arrêt sur image. Il se repasse la phrase en boucle et essaie d'y trouver une signification autre que la plus évidente », expliqua Byakuya.
« Renji va avoir bien du mal », réalisa Jûshirô. « La grandeur d'un défi ne l'a jamais fait fuir », indiqua Byakuya.
« Ah ! Ichigo réagit », constata Jûshirô.]

« Wouaah ! Mon pauvre vieux, c'est pire que ce que je croyais. Tu as pris un sacré choc ! Tu n'as pas les idées claires.
— Pour la première fois depuis bien des jours, elles sont très claires.
— Non. Non, non, non, non, non. Non. C'est impossible. Tu aimes Byakuya, hein ?
— Je l'ai aimé. Malheureusement, mon amour s'est tout doucement consumé de l'intérieur. Et toi, tu savais... Ichigo, à ton avis, pourquoi tu t'es rebellé contre cette idée, dés le départ ? Pourquoi c'est vers toi que je me suis tourné quand tout s'est écroulé ? Pourquoi tu es intervenu avec tant d'ardeur ? Pourquoi tu persistais quand même à affirmer que j'avais tord de l'aimer ? Pourquoi es-tu ici, avec moi, alors que tu n'as rien su répondre à une jolie fille comme Inoue-san ?
— Non. Non, non, non, non, non. On est amis. Entre amis, on se serre les coudes. C'est normal. Et puis, je suis un lycéen ! UN lycéen, en plus ! Pas UNE lycéenne !
— J'étais attiré par le seigneur Kuchiki. Le un fait partie de la bonne équation.
— Mais, mais... Mais non ! Tu te trompes quelque part. C'est le chagrin. Voilà, c'est tout. Ça ira, Renji. Tu verras, tu vas t'en remettre.
— Ichigo ?
— O-Oui ?
— Je crois bien que tu m'aimes aussi. »

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À l'extérieur, Jûshirô et Byakuya se regardèrent en hochant la tête, rassurés.

« Byakuya, parfois, tu me fais peur, dit Jûshirô.
— Et pourquoi donc ? questionna Byakuya.
— Tout se passe exactement comme tu l'as prévu, c'est effrayant, expliqua Jûshirô.
— Il ne s'agit là que de simples talents d'observation. Rien qui ne soit à la portée du premier venu, avança Byakuya, modestement.
— Du premier venu ?! s'étonna Jûshirô.
— À condition, bien entendu, de savoir tirer profit de ces observations à son avantage, nuança Byakuya.
— Je me disais aussi... s'amusa Jûshirô.
— Partons, maintenant. Renji a retrouvé tout son aplomb. Il ne laissera pas Kurosaki lui échapper », conclut Byakuya.

Dans le salon du restaurant, Ichigo sentait son cœur battre à une allure anormale. Et il avait chaud, beaucoup trop chaud. Il s'efforçait de ne pas penser à ce que venait de dire Renji, à ce que cela sous-entendait, et le regardait sourire, sans rien dire.

scène 7 : fin


Bon, on approche de la fin.
Byakuya s'est sorti avec brio de la conspiration amoureuse de Renji. Est-il vraiment hors de tout danger ? Que va penser Rukia de ce retournement de situation ? Ichigo va-t-il y mettre du sien, un fois passé le choc ?
Vous le saurez en lisant le prochain chapitre, intitulé : Le manoir, l'appartement de Renji, et encore le manoir.