Chapitre 7 – Trois

- Pourquoi tu ne m'as rien dit ?

La voix de Charlie n'était que douleur. Je me serrai davantage contre lui et pris une profonde inspiration. Je ne voulais pas que ma voix se brise, une fois de plus.

- Je voulais te faire la surprise. Te l'annoncer de vive voix.

Mais tout était venu trop tard. Je serrai les dents avant de poursuivre d'une petite voix :

- Ne m'en veux pas, s'il te plait.

- T'en vouloir ? Merlin, Polly, ce n'est pas de ta faute ! J'aurais juste voulu être là pour ne pas que tu souffres seule... Regarde-moi.

Il me releva la tête et essuya les larmes qui glissaient sur mes joues :

- Je quitte la réserve de dragons de Roumanie et revenir en Angleterre. Pour que nous soyons ensemble. Pour que tu ne sois plus seule.

J'ouvris la bouche, stupéfaite.

- Tu ne peux pas faire ça ! Je sais combien tu aimes ton travail là bas...

- Je t'aime encore plus. De toute façon, ça ne sert à rien de marchander. Je présenterai ma démission à mon retour.

- Je pourrais moi, venir en Roumanie, m'entêtai-je.

Il fut secoué d'un rire silencieux :

- Ça ne te plairait pas. Je sais combien tu es attachée à tes amis, à ta famille et surtout à l'Écosse – ne le nie pas ! Non, c'est moi qui reviens au pays. Ce sera pour le mieux. Le Ministère possède une Reserve de Dragons au Pays de Galles.

J'enfouis ma tête contre lui, mal à l'aise.

Charlie se sacrifiait pour moi, et je n'aimais pas ça.

oOo oOo oOo

Je remontai la pente, non par envie, mais par nécessité. Avoir Charlie à mes côtés m'aida beaucoup. Pour la première fois, je l'avais pour moi seule presque cependant, puisque nous nous voyions le soir, en rentrant du travail.

Même si la cohabitation fut au début un peu étrange (après tout, nous avions vécu séparément à Poudlard, lui, dans la tour des Gryffondors, moi dans la salle commune des Poufsouffles), je m'y fis assez rapidement.

Je ressentis cependant un léger malaise de la part de June. Non pas à cause de Charlie, mais vis-à-vis de moi.

Elle avait été un réel soutien durant mon épreuve, mais je ne pus m'empêcher de voir qu'elle prenait ses distances. Je crus au début qu'elle s'effaçait au profit de mon petit ami, mais je sentais poindre sa méfiance.

Lorsque j'en parlai à Charlie, il poussa un soupir – ce qui m'étonna :

- Je crois qu'elle a des doutes... Sur ce que nous sommes.

- Quoi ? Mais j'ai pris toutes mes précau... Oh.

Je me serais donné des baffes. Il n'avait pas pu échapper à June que la Magie transpirait dans ma chambre. Elle avait dû voir les Gazettes du Sorcier qui trainaient au sol, mon mur rempli de photos de Poudlard, ma peluche en forme de Vif d'Or voleter, mon balai posé dans un coin, et surtout ma baguette magique sur ma table de chevet.

- Misère... Que dois-je faire à ton avis ? marmonnai-je.

- Parle-lui, je suis sûr qu'elle sera compréhensive.

Annoncer à June Travers que la magie existait revenait presque à avouer à un moldu que la Terre était ronde et que les avions pouvaient voler.

- Je le savais, dit-elle comme une évidence.

Elle garda ensuite le silence pendant deux heures, comme choquée par cette révélation, avant de me regarder droit dans les yeux en m'annonçant que ça expliquait « beaucoup de choses quand même » :

- C'est à dire ? demandai-je, les sourcils froncés.

- Les clefs qui disparaissent ! finit-elle par dire.

- Ah... Euh oui, ce sont des choses qui arrivent.

- Du coup, c'est quoi le quiddiche ? J'ai lu ce mot dans ta chambre. Je pensais que c'était de la drogue de synthèse.

La rencontre de deux mondes : je passai ma soirée à raconter ma vie de sorcière à June. Je parlai du Chemin de Traverse, de Poudlard, de Pré au lard, du ministère de la magie, du Quidditch, du métier de Charlie, du musée. Elle pleura pour de bon quand je lui révélai que les licornes existaient vraiment et me supplia de lui montrer un tour de magie. Je lui fis promettre de ne jamais dire à quiconque ce que je venais de lui dire et elle me regarda en souriant :

- Polly, les gens pensent que je suis une folle sur pattes. Tu penses vraiment qu'ils m'écouteront si je leur dis que Poularde existe ?

- Poudlard.

- Nom d'un petit pois, j'aurais tellement aimé aller à Poularde ! soupira-t-elle en se laissant tomber sur le canapé.

- Poudlard. Tu aurais fait une merveilleuse sorcière, ajoutai-je en souriant.

Et une super Poufsouffle.

oOo oOo oOo

La première épreuve du Tournoi donna de grosses frayeurs à Charlie.

Lorsqu'il rentra à la maison tard dans la nuit, il me raconta combien il avait craint pour les champions, en particulier pour le jeune Potter.

- Quatorze ans ! On ne laisse pas un gamin de quatorze ans défier dragon ! Et figure-toi qu'il a eu affaire au Magyar ! Je savais qu'on n'aurait jamais dû la choisir.

Il s'installa lourdement sur le lit et retira ses chaussures tout en maugréant. Je glissai mon marque-page dans mon roman et lui massai les épaules pour le calmer.

- Croupton est un imbécile, grimaça-t-il. Je ne sais pas encore quelle sera la prochaine épreuve, on ne m'a rien dit, mais s'ils ne mettent pas le holà, il risque d'y avoir un mort.

- Tout est sécurisé, tentai-je de le rassurer. Ça n'ira pas jusqu'à là, Dumbledore y veillera. Et sinon, à part Potter, comment ont été les autres champions ?

- La petite Française s'en est plutôt bien sortie. Celui qui a pensé à un sortilège de conjonctivite, c'était Krum, mais il m'a rendu mon Boutefeu chinois fou furieux. Potter a été admirable : il a pensé à utiliser son balai ! Ron ne me mentait pas en disant qu'il était très bon... Ton Diggory en revanche...

Je levai les yeux au ciel : c'était reparti ! Charlie était de très mauvaise foi envers mon ancien attrapeur et n'avait d'yeux que pour Harry Potter.

Qui, je le rappelle, avait outrageusement triché pour participer au Tournoi.

Le lendemain, les journaux ne parlaient que de la confrontation Potter/Magyar, encensant le jeune héros au détriment des autres. Vexée de ne voire nulle part mentionné le nom de Diggory, je me décidai de lui envoyer une petite carte d'encouragement par hibou, pour lui souhaiter bonne chance.

Je réglai la somme de trente-deux noises et sortis de la Poste Sorcière, remontant sur mon nez mon écharpe aux couleurs de Poufsouffle.

- Trois noises pour votre destin, ma petite ! Ça vous dit ?

Une sorcière m'accosta. Elle était vêtue d'un long manteau bariolé, d'un large chapeau pointu, d'une paire de bottines défraîchies, et d'une paire de lunettes qui lui mangeait son visage. Elle tendit vers moi ses mains, un large sourire aux lèvres :

- Trois noises, trois noises ! répéta-t-elle.

- Non merci madame, répondis-je poliment en essayant de la contourner.

- N'es-tu pas intéressée par ton futur ? Un mari, des enfants, une carrière ?

- Croyez-moi, j'en connais un rayon sur le futur, maugréai-je.

Je réussis à m'éloigner d'elle pour rejoindre mon musée, que je l'entendis distinctement dire :

- Salut à toi, Polly McBee, celle qui va voyager dans le temps !

Je m'arrêtai net, et me retournai, stupéfait. Mais comment...

- Qu'avez-vous dit ?

La sorcière eut un sourire et me tendit innocemment sa main :

- Trois noises, mon petit chat, répéta-t-elle.

J'hésitai un instant avant de pester, et de fouiller au fond de mes poches pour trouver quelques pièces que je plaçai dans sa main. La sorcière mordit dedans, contente, et m'agrippa la main, qu'elle observa sous toutes les coutures :

- Ah ah ah ! s'exclama-t-elle. Trois, trois, trois !

- Quoi trois ?

Elle enferma ma main dans la sienne et me força à me pencher vers elle.

- Trois enfants tu attendras, trois fois ta main il demandera, trois Poufsouffles tu enterreras, trois fois ta vie tu le reverras, trois fois de voyager tu refuseras... Trois, trois, trois !

Je récupérai ma main, mal à l'aise. Mais la sorcière n'en avait pas terminé avec moi. Elle agrippa mon manteau, m'empêchant de partir.

- Tu ne peux pas changer le futur ma petite. Tu t'y casseras les dents.

Je reculai, mi- effrayée, mi en colère. La sorcière fit une pirouette en éclatant de rire et s'inclina devant moi en une profonde révérence. Puis, elle me gratifia d'un clin d'œil avant de se tourner vers ses nouvelles victimes, un couple de vieux sorciers.

- Trois noises, trois noises pour votre avenir !

J'en profitai pour disparaître, mal à l'aise.

Par principe, ceux qui avaient le don du troisième œil étaient des incompris de la société, et il était d'usage de ne pas prêter attention à leurs fabulations.

Pourtant, je ne cessai de remuer dans ma tête ces funestes paroles. « Trois Poufsouffles tu enterreras ».

Pourquoi avais-je si peur ?

oOo oOo oOo

Les premières neiges de décembre virent arriver Orazio d'Aprile dans la capitale anglaise. Mon ami n'avait pas changé : à peine un pied dans la capitale anglaise qu'il prévoyait déjà de conquérir le cœur des petites Anglaises.

Le professeur Malcolm, qui avait en charge les cours d'anthropologie à l'Université, leva les yeux au ciel sans doute commençait-il déjà à regretter d'avoir pris Orazio comme assistant.

Hélas, à peine le temps de dire bonjour que le professeur et mon ami transplanaient sur le Chemin de Traverse pour prendre possession de leurs quartiers au Chaudron Baveur, où ils restaient quatre jours pour la conférence.

Je ne pus voir mon ami que dans la soirée, attablée devant un hamburger du Hibou Fringant.

Orazio était en première année de ses GRIFFONS (Grade Relativement Intéressant sur les Fondations Fantastiques et les Origines Naturelles des Sorciers), et m'avoua combien il peinait.

- Et puis, ce n'est pas la même chose senza di te (sans toi). Tu ne peux pas savoir combien je m'ennuie. À proposito (au fait), il n'est pas là, ton Carlos ?

- Charlie ? Non, hélas, soupirai-je. Il est reparti en Roumanie pour quelque temps encore. Mais il revient pour les Fêtes de fin d'année.

- Peccato (dommage). J'aurais aimé le rencontrer.

- Pourquoi ? demandai-je, soupçonneuse.

- Tu n'arrêtes pas d'en parler, McBee ! J'aimerais voir de mes yeux celui qui a volé ton cuore (cœur) !

- Qu'est ce que tu peux en dire des bêtises, m'exclamai-je en rougissant.

Pas de Charlie donc, mais Orazio tint à rencontrer personnellement mes amis. Il déploya tout son charme à l'encontre de Tonks et de Rose, qui y furent sensibles, mais ne rencontra pas le succès envers Bonaparte, qui n'apprécia pas que « l'autre mangeur de pasta » s'empresse auprès de sa fiancée.

Orazio voulut aussi connaître les Nullos dans leur fameuse boutique.

Manque de bol, ce jour-là, William Swann avait lui aussi décidé de faire un détour chez les Nullos.

J'ignorai ce que Charlie avait dit à Swann, mais lorsque je fis les présentations, ce dernier regarda d'un air méfiant l'italien. Comme à son habitude, celui-ci ne remarqua rien et fut enchanté de rencontrer tout mon petit monde :

- Gli amici di Polly, sono i miei amici, déclara-t-il en serrant la main des Nullos.

- Il a dit quoi ? demanda Hastings en fronçant les sourcils.

- Que les amis de Polly sont aussi mes amis, répondit Orazio.

- Bah voyons, grommela Swann.

- Et tu viens d'où exactement ? s'enquit Kenway, fasciné par la belle assurance d'Orazio.

- D'Italie. Dis, tu écoutes quand on parle ? le sermonna Fey.

- Excuse-moi, mais l'Italie, c'est grand comme ma botte quand même ! s'agaça Kenway, pas mécontent de sa blague.

- Je viens de la belle Firenze, répondit Orazio. Vous devriez venir, amici miei ! La dolce vita, le soleil d'Italie... Mes parents tiennent une boutique de confiseries sur le Ponte Vecchio.

- Ooooh, soupirèrent les Nullos à l'unisson.

- Vous ne parlez même pas un mot d'italien ! gronda Swann, qui suivait la conversation les bras croisés.

- Bien sur que si ! se piqua Kenway. Mama mia, spaghetti, Milan AC. Et toc.

Ah, mes Nullos ! S'ils n'existaient pas, il aurait fallu les inventer...

- Bon, c'est pas tout ça, mais nous, on a un programme chargé. On doit encore aller voir Big Ben, et...

- Quoi ? s'écria Will.

- Quoi, quoi ?

- Qui va voir Big Ben et tout le tralala ?

- Moi et Orazio, pourquoi ?

- London by night, n'est-ce pas eccitante (existant) ? Renchéris Orazio.

- Non, ça ne l'est pas ! gronda Swann en reposant le comics qu'il avait dans la main. Je viens avec vous.

- Pardon ? Will, je suis une grande fille, je peux...

Swann m'attrapa par le bras et m'entraina à l'écart, sous les yeux étonnés d'Orazio.

- Mais qu'est ce qu'il te prend ? protestai-je.

- Je ne lui fais pas confiance, à ton soi-disant « ami ».

- Will, je l'ai côtoyé pendant trois ans, je sais à quoi m'en tenir ! Je t'assure qu'il a autre chose à faire que d'atteindre mon honneur.

- C'est ça ouais ! Avec ses yeux de biche enamourés et son sourire cajoleur, tu es en train de tomber dans le panneau, McBee !

- Non, mais je rêve ! Dis donc, Swann, si Orazio t'a tapé dans l'œil, tu n'as qu'à lui demander un rencart ! m'énervai-je.

Swann rougit violemment et bafouilla :

- Non, mais quoi ? N'importe quoi McBee. C'est juste que j'ai promis à Charlie que je veillerais sur toi, et je le ferai ! À partir d'aujourd'hui, je serai ton chaperon. Donc je viens. Point Barre. Un rencart... Non, mais qu'est ce qu'il ne faut pas entendre !

William Swann m'accompagna donc à tous mes déplacements avec Orazio. Mais, au lieu que la situation ne me porte sur les nerfs, les deux garçons eurent le mérite de me faire rire, à toujours s'embrouiller pour un rien. Will se voulait être mon chevalier servant, me protégeant contre cette brute d'italien. Orazio, lui, s'amusait à tourner Swann en bourrique, flirtant très outrageusement avec lui, au grand dam de ce dernier.

Le mercredi soir eut lieu la fameuse conférence sur « les Théories de la Magie dans les traditions anthropologiques anglaises », qui se tenait au sein même du ministère de la Magie. Près de deux cents personnes étaient conviées, le professeur Malcolm étant une sommité dans le milieu.

Swann regretta aussitôt d'être venu :

- Je t'avais dit que ce serait très cérémonial ! m'exclamai-je en le voyant tirer sur sa robe de sorcier, mal à l'aise.

- Mais je croyais moi qu'il s'agissait d'un cours, répliqua-t-il, grincheux.

- Tu as lu le programme au moins ?

- Je suis venu t'accompagner !

- Tu n'étais pas obligé, tu sais.

- En tout cas, c'est rassurant de voir qu'au moins un de nous deux n'a pas mis ses baskets, soupira-t-il.

Pour l'occasion, j'étrennai une longue robe de sorcière bleu nuit et j'avais même fait l'effort de coiffer ma chevelure hirsute. Swann avait quant à lui passé une vieille robe par dessus son jean et son tee-shirt.

- Ooh regarde ! il y un buffet ! s'exclama-t-il en me prenant par le bras.

Je me demandai qui accompagnait qui.

Nous croisâmes ainsi le professeur Dumbledore, qui hésitait entre les toasts à l'Hippogriffe et le tartare de dragon.

- Mr Swann ! Miss McBee ! Quelle heureuse surprise !

Nous étions ravis de revoir notre ancien directeur, qui me paraissait être un peu fatigué (en même temps, avec le Tournoi...).

- J'ai appris que vous travailliez avec Donald, miss McBee ! J'espère qu'il ne vous malmène pas trop !

- Disons que je suis heureuse de pouvoir compter sur le sortilège d'agrandissement, confiai-je, en souriant.

- Et vous, Mr Swann, dans quelle branche vous êtes-vous spécialisé ? Vous devriez essayer les tartines de Salamandre, un pur délice !

Swann déglutit péniblement sa bouchée et s'éclaircit la voix pour annoncer qu'il avait choisi d'être Magicozoologiste.

- Oh ! Je vous souhaite alors beaucoup de plaisir dans votre profession ! Ainsi que... tous mes vœux de bonheur, peut-être ?

Il me fallut plusieurs minutes pour comprendre que Dumbledore croyait que moi et Swann étions... ensemble.

- Oh Merlin, non ! Beurk ! m'écriai-je, gênée, sous le regard outré de Swann.

- Je pensais pourtant que... excusez un vieillard qui n'a plus toute sa tête...

Je l'assurai que ce n'était rien. Quelqu'un demanda alors à tous de rejoindre leurs places et Dumbledore, après nous avoir salués, rejoignit la cohorte, nous laissant derrière.

Swann en profita pour me donner un coup de coude :

- Comment ça « Merlin, non, beurk » ? Quelle spontanéité, je te remercie !

- Désolée, c'est sorti tout seul.

- Je ne suis pas si répugnant que ça d'abord !

- Roooh, ça va Swann, tu ne vas pas bouder ! J'ai dit que j'étais désolée.

- J'ai eu mon petit succès à Poudlard, moi, madame ! On aurait très bien pu finir ensemble si Weasley n'avait pas jeté son dévolu sur toi !

- Il faut que je te remercie pour ça ? m'exclamai-je, agacée. Je ne te supportais pas à Poudlard.

- Tu ne sais pas ce que tu as loupé, ma petite !

- Tu vas pas faire ta drama queen maintenant ! soupirai-je. Allez, avance, où on va être en retard !

Swann bougonna dans sa barbe, les poings enfoncés dans les poches de sa robe, et j'étais prête à parier qu'il enverrait un hibou à Charlie pour lui raconter comment j'avais osé refuser ses avances imaginaires.

- Madame, Monsieur, avez-vous vos invitations ? demanda le sorcier chargé des entrées de la conférence.

Je lui tendis mon parchemin. Le sorcier la lut et hocha la tête :

- Mr et Mme McBee, sièges quinze et seize, allée B.

- On n'est pas ensemble, gronda Swann en dépassant l'homme. Plutôt me faire empaler par un Eruptif que d'épouser cette mal coiffée.

Le sorcier me lança un regard outré :

- Laissez, il fait sa crise de la vingtaine, soupirai-je. Swann, attends-moi, s'il te plait.

oOo oOo oOo

Je fus triste de voir partir Orazio au bout de ces quatre journées. Il me promit de revenir plus souvent et plus longtemps. Mais son départ annonça une arrivée que j'attendais avec impatience : celle de Charlie pour les fêtes de fin d'année.

June partit dans sa famille dans le Sussex, et j'avais bataillé ferme avec mes parents pour passer Noël avec mon petit ami, seuls dans l'appartement (moyennant quoi nous avions obligation de déjeuner le lendemain chez eux. On ne gagne pas à tous les coups).

J'avais décoré ma petite maison aux couleurs de Noël et un petit sapin ornait un coin du salon. J'avais même relevé le défi de concocter un petit dîner, qui plut beaucoup à mon Gryffondor (en même temps, tout le monde est capable de faire des lasagnes, un petit coup de baguette en plus).

À minuit pile, j'offris à Charlie mon cadeau, contente d'avoir trouvé une idée autre que des chaussettes. Il finit son verre de vin des elfes et prit l'enveloppe que je lui tendis. Il décacheta l'ouverture et sortit un bon que j'avais fabriqué de mes mains. Je vis ses yeux s'écarquiller quand il comprit de quoi il en retournait :

- Un tatouage ? Tu es sérieuse ? Tu m'offres pour de vrai un tatouage ?

- Oui, à la condition que ce soit mon prénom sur ta fesse droite.

Il éclata de rire et je sentis des papillons voleter dans mon ventre.

- Ma mère va te tuer, dit-il. Mais vraiment, j'adore ton cadeau. Mais je suis vraiment obligé de me tatouer Polly sur les fesses ?

À son tour, il m'offrit son cadeau, qu'il sortit de sa poche, un peu gêné. Mon cœur manqua un battement quand je vis la petite boite. Il la tint serrée dans sa main et me regarda, un peu rougissant.

- Ça va être énormément cliché, mais quelle importance ?

Il se leva, mit un genou à terre devant et ouvrit la petite boite. Une bague était posée sur son écrin bleu nuit.

- Polly, veux-tu m'épouser ?

J'hésitai entre éclater de rire ou de sanglot et optai pour le rire :

- Oh oui, Charlie Weasley, je veux bien t'épouser !

Il me passa la bague à doigt tandis que je luttai contre les larmes, puis m'embrassa avec beaucoup de douceur.

- Elle te plait ?

- Elle est magnifique ! confirmai-je en admirant le petit diamant briller.

- J'imagine qu'on pourrait se passer de dessert ? demanda-t-il, très innocemment.

- C'est si gentil demander, comment résister ?

Sur le Chemin de Traverse, juste à l'embranchement de l'Allée des Embrumes se tenait un tatoueur, Abraxas Perlimpinpin. À l'aide d'une encre magique et de sa baguette très effilée, il donnait vie à ses dessins.

Charlie demanda avoir un dragon sur son épaule gauche, un Noir des Hébrides. Patiemment, Abraxas dessina un œuf et y insuffla de la magie. Fasciné, Charlie ne quitta pas la baguette du sorcier pendant l'opération.

- Voilà, dit Abraxas, une fois le travail terminé. Il devrait éclore d'ici deux à trois jours. N'oubliez pas vous tartiner de crème une fois que le dragon montrera le bout de son museau, ils ont tendance à cracher du feu quand ils naissent.

- Ne vous inquiétez pas, je suis éleveur de dragons, sourit Charlie, heureux son tatouage. Il est beau, hein ?

- Bof. J'aurais préféré sur la fesse, soupirai-je.

oOo oOo oOo

La nouvelle année fut fêtée avec un gout amer. Charlie repartait le lendemain en Roumanie, me laissant, une nouvelle fois, seule en Angleterre.

Les semaines qui suivirent furent atroces : la routine s'installa très rapidement. Les journées passaient à l'allure d'un veracrasse et se ressemblaient toutes. L'ennui commença à se faire ressentir au musée. Le même schéma journalier se profilait encore et encore : je me levais au son strident du réveil, transplanais jusqu'au musée, déjeunais le midi sur le pouce, organisais les visites ou archivais le bric-à-brac trouvé par le professeur Gelert, rentrais à la maison, dinais devant la télé en compagnie de June et allais me coucher pour recommencer le lendemain.

Mon travail avait perdu l'attrait de la nouveauté et, au fil des semaines, j'en vins à me demander si j'avais fait le bon choix professionnel.

Je découvris que je n'étais pas quelqu'un qui pouvait faire mécaniquement toujours faire les choses. J'enviais Tonks qui partait régulièrement en mission pour le compte du bureau des Aurors, Rose toujours en vadrouille pour ses articles sur le Quidditch vus à travers le monde, les Nullos qui bouillonnaient d'idées sur leur boutique, ou Charlie, toujours en adoration devant ses dragons.

Je regrettai sincèrement de ne pas avoir, moi aussi, plus d'aventures dans ma vie, et il m'arrivait souvent de songer à démissionner pour trouver autre chose de plus exaltant.

- Tu es sûre de toi ? me demanda Charlie par une froide soirée de février.

Agenouillée devant la cheminée de mes parents, je venais d'exposer mes envies à mon lointain fiancé.

- Charlie, je m'ennuie ! m'exclamai-je. J'ai besoin de bouger, d'être sur le terrain !

- Demande à ton patron de te laisser l'accompagner lors de ses ventes aux enchères ou je ne sais quoi !

Je levai les yeux au ciel, exaspérée par sa réponse.

- Quelle riche idée, pourquoi n'y avais-je pas pensé ? raillai-je.

- Polly, je sais que c'est compliqué, mais tu as besoin d'un travail ! Pour le moment, ça ne te plait pas, mais tu trouveras un autre métier dans lequel tu t'épanouiras, j'en suis sur !

C'était si simple à dire ! Je préférai changer de sujet avant de m'énerver :

- Quand reviens-tu ?

Il soupira. J'aurais dû choisir une autre conversation.

- Pas avant le mois de mai. On va accueillir une portée de Vert Gallois et mon chef m'a demandé de rester encore un peu.

Je fus déçue de sa réponse. Cela faisait déjà la deuxième fois qu'il repoussait la date de son retour. Je baissai la tête et fis mine d'essuyer une trace de suie sur mon pantalon afin qu'il ne voie pas les larmes me monter aux yeux. Je vis le solitaire briller à mon doigt et une bouffée de tristesse m'envahit.

- Je vais revenir, Polly, je te le promets, me dit Charlie d'une voix douce.

Je pris une profonde inspiration pour chasser ma mélancolie et me forçai à sourire pour cacher mon mal-être :

- Au fait, tu as vu ? Potter et Diggory sont à égalité ! Le gagnant sera de Poudlard, pas de jaloux comme ça !

- Tant que ce soir un Gryffondor, moi, ça me va, se moqua Charlie.

- Ton Potter est un gamin comparé à mon Diggory.

- Qui a passé avec succès les deux premières épreuves.

- Pfff ! Un coup de chance, voilà tout ! Bouh ! À bas Potter !

Nous nous disputâmes gentiment sur l'éventuel vainqueur de la troisième tâche qui avait lieu en juin, chacun arguant les qualités de son champion.

- De toute façon, Potter le remportera.

- Je te parie dix gallions que ce sera Diggory.

- Pari tenu !

oOo oOo oOo

Je fis un mauvais rêve, dans lequel je croyais que quelqu'un construisait autour de moi un mur de briques.

Je me réveillai en sursaut, un peu perdue, et entendis dans le couloir des bruits de voix.

Je jetai un coup d'œil à mon réveil qui indiquait une heure du matin.

Je repoussai mes couvertures pour voir ce qu'il se passait. Au même instant, la porte s'ouvrit sur Tonks, pâle et à la chevelure hérissée.

- Que se passe-t-il ? m'affolai-je en voyant son visage ravagé par les larmes.

- C'est Cédric... Oh Polly ! Il a été assassiné par Lord Voldemort !


Mes Chers Petits Nullos,

Vous l'avez compris, on passe au chose sérieuse dans le prochain chapitre. Il sera publié le lundi 8 mai: notez le dans vos agendas!

Bon, je suis extrêmement en retard dans les réponses aux reviews, mais je ne vous oublie pas!

Merci à vous me suivez, je vous adore!

Un immense merci également à AppleCherry Pie qui prend toujours son temps pour corriger mes chapitres!

J'ai une dernière question à vous poser avant de poursuivre l'écriture du chapitre 8: avec qui vous pensez que Polly finira sa vie.

J'aimerais en effet avoir votre opinion sur la question!

A très bientôt mes loupiots!

Dr Citrouille