Chapitre 7

PDV Harold

Cette révélation me fit l'effet d'une bombe, et son air réjoui en disant ces mots me donna des sueurs froides. L'histoire se répétait, comme pour finir une œuvre inachevée. A cet instant les dernières paroles de Drago résonnèrent, tel un écho funeste présageant le pire : " Tu ne t'en tireras pas comme ça, Grand maître des dragons... Un jour la roue tournera, et ce jour tu paieras...! ". A croire que le Karma se trompait de fautif...

" Et... C'est par vengeance que tu as attaqué Beurk ? bégayai-je.

- Je te l'ai dit, enfin ! répondit-il en ricanant. Ce n'était que par simple ennui ! Mais je dois avouer que continuer ce que mon père n'a pu finir avait quelque chose de très réjouissant… "

Je dû serrer les dents pour ne pas exploser de colère. L'entendre parler de mon village, ma terre de sang et de cœur, comme d'un vulgaire poisson grillé me répugnait au plus haut point. La main d'Astrid crispée dans la mienne me fit comprendre qu'elle bouillonnait intérieurement, luttant pour ne pas lui casser la figure. Je décidai d'essayer de reprendre la situation en main :

" Ecoute, Sarkan. Si tu veux partir en quête de ton dragon sacré c'est ton choix. Mais ne mêle pas Beurk à ça, on n'a rien demandé. On te donnera le pendentif, mais en échange libère-nous, et ne revient plus jamais dans ce coin de l'archipel. Tu as besoin de cette...clef ? Soit. Mais pas de nous, tu as déjà...Eret... Et il sait se battre, surtout pour capturer des dragons… "

En disant ces mots, je jetai un regard noir à l'homme en question. C'était finit, je ne pouvais plus le sentir ce traître. Sarkan interrompit cet échange glacial par une voix qui l'était encore plus :

" HmmHmm... Tu crois pouvoir marchander...? Dans ta position ? "

Il se mit un ricaner, une nouvelle fois, et prit un air suffisant :

" Ici, c'est moi qui fixe les règles, le petit chef pacifiste. J'aurais la clef, quoi qu'il arrive. Et détrompe-toi, vous deux vous me serez bien utiles. Car vous allez m'aider, avec ou sans votre accord. "

Ses yeux, aussi sombres que ses cheveux, associés à la pénombre ambiante lui donneraient presque un air démoniaque.

" Tu parles ! s'exclama Astrid. Jamais tu ne nous forceras à faire du mal aux nôtres !

- Il n'a jamais été question de ça enfin ma chère..., s'indigna-t-il. Vous ne serez qu'une forme de main d'œuvre, à mon service, dans la quête d'un dragon encore inconnu. Il me semble que c'est une activité que vous avez longuement pratiqué, plus jeune, avec cette histoire d'œil de dragon ou je ne sais plus quoi...

- Comment es-tu au courant ? " m'étonnai-je.

Il me sourit. Un de ceux qu'il fait quand il se sait en position de force. Le fait qu'il se joue de nous comme ça commençait vraiment à m'énerver.

" Vois-tu, quand Krogan s'est allié à Viggo Grimborn, mon très cher père à été mis au courant de l'existence de l'œil de dragon, qui lui permettrait de mettre la main sur le Roi des dragons. Tu comprends que ça l'a intéressé. Il s'est alors rapproché de Viggo pour lui soutirer des informations, mais ce dernier a cru bon de ne pas marcher dans son sens, sûrement par fierté le connaissant. A moins que ce soit sa volonté de toujours agir avec honneur, quoique ça ne lui ai été d'aucune aide. Tu ne le sais sûrement pas, mais ton ami Viggo se faisait chanter, et Drago à finit par tout lui prendre. Il ne lui restait plus que son cher honneur, et c'est aussi pour ça qu'il t'a rejoins... Enfin bref ! Là n'est pas l'objet de notre entrevue mon cher.

- Comment tu comptes trouver ton dragon du coup, demanda Harold.

- Je te l'ai déjà dit enfin, la légende ! Tout est dans la légende.

- Mais une légende n'est pas une carte, et je doute qu'ils y aient mit le nom du lieu en question vu qu'il est toujours inconnu.

- Pour des esprits éclairés comme les nôtres, nul besoin de carte ou de nom de lieu enfin. Nous avons besoin de beaucoup moins. Tu ne t'es jamais posé la question en la lisant ?

- J'en ai entendu parler mais je ne l'ai jamais lue.

- Sacrilège ! Tu m'en vois grandement désappointé…

- Mes excuses, Sarkan.

- Laisse-moi donc de la déclamer ! "

Il se gratta la gorge et prit un air grave, le regard fixé au loin, il récita :

Sous l'arbre-monde Yggdrasil

Le dragon dieu Nidhögg

Sans fin ronge les racines

Et parfois se repaît

Des défunts de Nilfheim.

La bête des Enfers

Dans son antre de feu

N'a gardé qu'une porte

Faite d'os et de sang

Afin qu'on lui apporte

Le plus fin des présents.

Cinq clefs, rondes, en or

Servent à le rencontrer

Mais jamais les élus

Deux fois n'y sont allés.

Puis les hommes égoïstes

Ne crurent pas cela juste

Refusèrent leur devoir.

Ainsi fut la sentence

Et à chaque Soleil Noir

Serait la pénitence :

Le dragon dieu Nidhögg

Se réveillerait des limbes

Pour expier leurs péchés.

Nul ne pourrait contrer

Un tel pouvoir divin

Si ce n'est être égal.

Ainsi du Valhalla

Les dieux expièrent le Mal

Seule mission de Nidhögg

Dieu serpent des Enfers.

Quand il eut finit, son regard se porta à nouveau vers nous, le sourire aux lèvres et les yeux brillants, sans doute attendait-il nos réactions.

" Eh ben… ", bafouillai-je.

Ce fut la seule chose que je trouvai à dire, et je vis sa déception à son changement brutal d'expression.

" Mon cher Harold, sache que je commence sérieusement à me demander si je ne t'ai pas surestimé.

- Ce texte ne nous dit pas où il est ton dragon, dit Astrid.

- Ne me dîtes pas que vous ne voyez pas enfin ! "

Devant notre silence, Sarkan se laissa tomber sur sa chaise et nous observa un moment, en caressant sa barbe inexistante. Il semblait réfléchir, à quoi ? je ne savais pas, et je n'aimais pas non plus le sourire qui commençait à se dessiner sur ses lèvres.

" Après tout, « l'élite vit de l'ignorance du peuple » ", finit-il par souffler.

Puis, les yeux toujours fixés sur nous, il claqua des doigts avant de nous pointer, et Eret entreprit de nous rediriger dans notre cellule. Juste avant de passer la porte, je jetais un regard à mon ravisseur, qui de son même regard malicieux me fit une petite courbette de la main.

" Bonne nuit, mon bon chef. Dormez bien ", me salua-t-il.

Et la porte se referma d'un claquement sourd, clôturant cette étrange entrevue.

PDV Général

2 jours passèrent depuis cette discussion, et sur l'île de Beurk, le temps semblait s'être arrêté.

" Qu'est-ce que tu fais ici à cette heure ? "

La silhouette fine de la femme ne bougea pas d'un cil, les pieds ancrés dans la falaise et les yeux fixés sur l'horizon. Le vieil homme approcha calmement et vint se poster à sa gauche, regardant au loin. Les premiers rayons du soleil teintaient le ciel de nuances orangées, dissimulant progressivement la lueur des étoiles.

" Regarde comme tout est si calme…, finit-elle par dire, d'une voix faible. La mer, le vent, le village… Il n'y a pas un bateau au large ou le moindre dragon à l'horizon. "

Sa voix tremblait, il la sentait fébrile, au bord de l'effondrement. Il ne savait pas quoi lui dire. Gêné il regardait droit devant, cherchant ses mots, mais elle se tourna vers lui avant. Il put alors voir ses traits tirés par la fatigue et ses yeux luisants.

" Je ne peux pas le perdre lui aussi… Gueulfor, je ne le supporterais pas ! Je ne peux pas… "

Elle fondit en larmes, et avant qu'elle ne se détourne il attrapa son bras et la regarda compatissant :

" Mais non, Valka, tu ne vas pas le perdre. Ce n'est pas la première fois que cette tête de mule s'attire des problèmes !

- Il n'a rien fait pour ça, tu ne peux pas mettre la faute sur lui.

- Oui, enfin… Ce que je veux dire, Valka, c'est qu'il en a connu des détraqués, et il s'en est toujours sortit.

- Ce n'est pas n'importe quel « détraqué », Gueulfor… "

Elle se dégagea de lui et s'éloigna, refusant la confrontation.

" Valka, ne va pas croire que tu es seule, on est tous là pour lui. Les dragonniers sont à leur recherche, et sans dragons ou destination, nos bateaux ne nous serviront pas à grand-chose… "

Fermant les yeux de chagrin Valka se retourna à nouveau.

" Je sais tout ça… Mais l'imaginer entre les mains de cet homme… ! répondit-elle lasse.

- Val', as-tu au moins dormi un peu ? demanda-t-il inquiet.

- Bien sûr que non, impossible de fermer l'œil en sachant mon fils en danger ! "

Sa voix avait une teinte sarcastique, et Gueulfor sentit toute la tristesse et l'inquiétude qu'éprouvait son amie.

" Je suis désolé, je m'inquiète aussi pour eux mais crois-moi que les dragonniers sont notre dernière chance de les retrouver, nous nous ne pouvons rien faire de plus. Notre place est sur Beurk, auprès des blessés. Il y a le village à reconstruire et…

- Oui, j'ai compris Gueulfor ! dit-elle en se détournant. J'ai compris… "

Serrant ses bras contre son corps, Valka lui tournait le dos. Le vieil homme était pris de court. Ne sachant que dire, il tenta de se rapprocher à nouveau d'elle mais elle l'interrompit :

" J'arrive dans 5 min, part devant. J'ai besoin d'être seule encore un moment… "

La discussion était sans appel. Résigné, le forgeron rebroussa chemin, après avoir jeté un dernier regard à Valka : sa silhouette affaiblie lui faisait beaucoup de peine, et il ne savait plus quoi faire pour l'aider. 3 jours que le jeune couple avait disparu, et toujours aucune trace d'eux. Les dragonniers avaient pourtant remué ciel et terre à leur recherche, mais ils étaient introuvables. Plus le temps passait, plus l'espoir s'affaiblissait, car 3 jours aux mains de Sarkan, ça ne promettait rien de bon.

oOo

Ce furent des bruits de pas qui réveillèrent Harold. Il se releva difficilement car il avait des courbatures à force de dormir à même le sol. Il se tourna vers Astrid toujours assoupie en la secouant légèrement :

" Eh, réveille-toi, quelqu'un arrive. "

Lentement elle ouvrit les yeux et se releva, au moment même où les pas s'arrêtèrent. Ils se retournèrent vers la grille, à travers laquelle ils virent, à leur grand étonnement, Sarkan. Ce dernier n'avait pas pour habitude de les chercher personnellement, c'était Eret qui s'en chargeait.

D'un geste rapide il glissa la clef dans la serrure, la déverrouilla, et ouvrit la grille en fer de Gronk avec un grincement perçant. Les Beurkiens se relevèrent pour être à sa hauteur, mais Sarkan restait là, à l'entrée, hésitant. La bouche entrouverte il semblait vouloir dire quelque chose, et les regardait tour à tour comme pour chercher une approbation. Puis il finit par dire :

" J'ai besoin de votre aide. "

Les dragonniers restèrent figés sur place. Quelque chose ne collait pas dans sa phrase : le « j'ai besoin » ou alors le mot « aide » ? Peut-être même le fait que « j'ai besoin » et « aide » soient dans la même phrase ? Non, décidemment ce n'était pas normal. Ils échangèrent un regard, l'air de dire « il est sérieux là ? » puis reportèrent leur attention sur leur interlocuteur. C'est vrai qu'il paraissait différent. Ses gestes étaient moins brutaux, moins sûrs aussi, et il se reflétait quelque chose de nouveaux dans son regard : l'incertitude.

" Euh, excuse-moi… ? Notre aide ? s'étonna Astrid.

- Non, c'est juste que…que… Non, c'est bien ça, j'ai vraiment besoin de votre aide… ", bafouilla-t-il.

Ils restèrent bouche-bée. Après tout ce qu'il avait fait, cette mise en scène du coup, il venait leur demander leur aide. C'était donc juste pour ça ?

" Ecoutez-moi, s'il vous plaît. Laissez-moi m'expliquer… "

Astrid se tourna vers Harold en le questionnant du regard sur la marche à suivre, et il lui fit comprendre qu'ils pouvaient toujours l'écouter. Sarkan entra alors dans la cellule, et commença son explication :

" Je sais que ça peut paraître totalement dingue et tordu, mais je vous promets que ce n'est pas un autre de mes plans foireux pour me jouer de vous ou je ne sais quoi… En fait, comment dire… "

Il sembla chercher ses mots, hésiter sur la formulation, mais finit par parler :

" Tout…Tout ce qui s'est passé, ce n'est pas de ma faute, ce n'est pas moi qui ai commis tout ça, je n'en suis pas le responsable…

- Et c'est qui alors, hein ? assena la jeune femme.

- Euh, c'est…, répondit-il un brin dérouté par cette intervention. C'est mon autre moi, si on peut dire… Il y a comme deux personnalités en moi, et bien distinctes. Ou peut-être même qu'il y en a plus que deux, je ne sais pas vraiment à vrai dire. Mais ce dont je suis sûr, c'est qu'une partie de moi veut votre mal, et qu'une autre veut vous venir en aide celle qui vous parle en ce moment. Cette folie est au dessus de ma capacité de jugement, et je ne peux pas choisir qui je suis. Ca peut même être très rapide, et comme ça, sans prévenir, je deviens l'un ou l'autre, je n'ai aucun contrôle sur ça, et croyez bien que ça me désole…

- Tu es en train de nous dire que tu es deux personnes en même temps ? demanda Harold, dubitatif.

- Non, pas en même temps ! C'est justement là le truc : quand une version est réveillée, l'autre dort et n'a aucun contrôle sur l'autre, elle n'en garde d'ailleurs généralement aucun souvenir. Je suis d'accord que c'est compliqué à comprendre et à concevoir, moi-même ça me dépasse, mais vous avez déjà dû vous rendre compte qu'il m'arrivait d'avoir des réactions inattendues ? "

Les deux dragonniers se regardèrent, confirmant qu'effectivement, ils s'étaient déjà fait la réflexion sur son attitude étrange.

" Si j'ai bien compris, toi, la version « gentille », tu es de notre côté c'est ça ? demanda Harold.

- Oui, tout à fait.

- Bon, très bien, alors tu vas pouvoir nous libérer !

- C'est plus compliqué que ça…

- Je ne vois pas en quoi.

- C'est que…

- Pourquoi tu nous retiens si tu prétends être de notre côté ? insista Harold.

- Parce que… Je sais que c'est encore plus incongru que ce que je viens de vous dire mais seul mon autre moi, le « méchant » du coup si vous préférez, peut contrôler les dragons comme vous l'avez vu le faire. Moi j'en suis incapable.

- C'est une blague ? s'indigna-t-il.

- Non, Harold… Sans lui, je suis tout autant enfermé ici que vous… "

oOo

" Nom d'un troll, j'en ai marre ! ", s'écria Rustik.

Fulminant, il partit s'éclipser dans le bois, laissant ses amis déconcerté. Cela faisait 3 jours, 3 jours interminables qu'ils étaient à la recherche des dragonniers sans la moindre réussite, le moindre petit indice, rien ! Et depuis hier, la fatigue collective commençait à vraiment se faire ressentir, si bien que Rustik, qui avait incroyablement tenu le coup jusque là, venait de craquer, parce que le peu de nourriture qu'ils avaient trouvé avaient été trop cuits au point d'en être immangeable, et oui, juste pour ça.

Kogne s'avança pour le rejoindre mais Varek l'en empêcha :

" Laisse-le un moment, il a besoin d'être seul. "

Elle se résigna et se rassit devant le foyer, où son frère se donnait corps et âme pour chercher de quoi manger parmi la chair calcinée des poissons qu'ils avaient oublié. « Non, non, non, non, non… Je vais trouver… », ne cessait-il de répéter. Mais il fallait se rendre à l'évidence, ils se coucheraient le ventre vide ce soir.

Kranedur finit par se résoudre, et après un moment de silence, il reprit sa mine enjouée et s'exclama qu'il allait se coucher, avant de se caler contre le corps de son dragon. L'instant d'après, on l'entendait ronfler.

" Il a de la chance, dit Varek.

- Pourquoi ? s'étonna Kogne.

- Parce qu'il arrive à enfouir ce qu'il ressent.

- Je le fait aussi !

- Oui mais bon… Laisse tomber. "

La jeune femme le vit se renfrogner mais ne le laissa pas faire, et s'accouda brusquement à son épaule d'un air inquisiteur :

" Bah alors mon petit Varek ! Ca va pas ? T'aimes pas notre petite expédition ?

- C'est pas…une simple expédition là. On est pas juste en train de chercher une nouvelle espèce de dragon, on cherche…

- …le gringalet et la tête ronde, je-eee sais ! dit-elle en roulant des yeux.

- Kogne !

- Quoi ?!

- Les appelle pas comme ça !

- Je les appelle comme je veux… "

Kognedur se décolla de Varek et il souffla, las, se taisant un instant, avant de poursuivre d'une voix mal assurée :

" Je commence à me dire qu'on va finir par arriver trop tard… "

Elle ne répondit pas mais il continua, comme un monologue :

" Chaque heure qui passe réduit nos chances et, et… je me sens si impuissant face à ça… J'ai l'impression qu'on a ratissé tout l'archipel et pourtant ? Rien ! Absolument rien… Alors qu'on est bon pour la recherche. On fait ça depuis qu'on est petit. J'ai toujours aimé la recherche. C'était notre truc, ça…à Harold et moi… En fait c'est de notre faute ! On n'a pas su les protéger quand ils se sont faits enlevés ! C'est de notre faute… On est des bons à rien… Je suis un bon à rien…

- Oh arrête ! "

Il la regarda, bouche-bée par ce qu'il vit comme du mépris.

" Déjà, arrête de dire qu'on est des bons à rien car n'oublie pas que je fais partie de l'équipe, et qu'une équipe dont je fais partie, n'est pas une équipe de loser. Y'a que mon frère qui est un loser.

- Je t'ai entendu ! ronchonna ce dernier.

- Eh bah dors, tête de mouton ! répliqua-t-elle. Donc, ensuite, tu peux pas flancher, parce que j'admets que t'es le seul à avoir un tant soit peu de jugeote ici, même si t'a tendance à parler tout seul ou à des pierres…

- Je parle pas aux pierres ! s'indigna-t-il.

- Si, je t'ai vu.

- Non !

- Oui.

- Non !

- Oui.

- Non !

- Ca peut durer longtemps votre jeu, Varek, tu sais elle est très forte, intervint Kranedur d'une voix ensommeillée. Tiens je me rappelle d'une fois où on avait joué au jeu du oui/non, et ça avait duré tellement longtemps, je me souviens j'avais la gorge toute sèche, que maman à dû nous séparer de force en nous…

- Tu peux pas la fermer et pioncer tête de yack ? le coupa sa sœur.

- Qui tu traites de tête de yack ? répondit-il en se redressant.

- Bah toi, je parle pas aux arbres moi !

- Les gars…, se désespéra Varek.

- …de toute façon, maman à toujours dit que j'étais son préféré ! dit-il d'un air fier.

- Et à moi qu'elle te disait ça pour éviter que tu pleures comme un bébé ! assena-t-elle en mimant les pleurs du nourrisson.

- C'est même pas vrai d'abord… "

Un cri strident retentit, et tous se stoppèrent net, à l'affut. Les feuillages bruissèrent, ils entendirent des bruits de pas lourds et frénétiques, puis virent une silhouette se dessiner dans la pénombre, courant droit vers eux. Varek eut le reflex d'éteindre le feu, mais au même moment la personne arriva à l'orée du bois, toujours à pleine foulée.

" Rustik ?! s'étonnèrent-ils.

- Hey ! Ouais, je…, dit-il tout essoufflé. J'ai peut-être…croisé…quelques gars…armés…et qui veulent me…tuer. Et…peut-être aussi…qu'ils sont en train de me…poursuivre. Faut…Faut partir ! Maintenant ! "

A ce moment ils virent 5 hommes à la lisière de la forêt, brandissant des sarbacanes. D'un sursaut les dragonniers foncèrent vers leurs dragons, mais furent arrêtés par les fléchettes tranquillisantes qui les touchèrent à la chaine, les plongeant dans un sommeil léthargique.

" Pas encore… ", se plaignit Varek avant de tomber lourdement sur le sol, inconscient.