Chapitre 6 : Crise
Shannon était sortie de l'infirmerie à 7 heures 32, exactement, après un dernier contrôle effectué par Mme Pomfresh, laquelle pestait contre l'inconscience de Dumbledore qui autorisait la sortie d'une élève resté inconsciente durant 2 semaines.
La jeune Serdaigle trouvait aussi que le directeur était inconscient mais c'était plutôt d'avoir accepté qu'elle revienne étudier ici. Il était certain que personne d'autres n'était au courant, pas même le corps professoral de Poudlard.
Non pas que ça la dérange, ça la soulageait même, elle aurait eut du mal à supporter les regards inquisiteurs et les mines inquiètes. Sans compter qu'on la dévisageait assez après son absence sans motif connu.
Lorsqu'elle entra dans sa salle commune, il y eut un silence. Les rares élèves qui s'y trouvaient la scrutèrent mais elle ne prononça pas un mot, pas même en passant auprès de Keiko, son ancienne meilleure amie. Shannon monta les quelques marches qui la séparait de son dortoir et poussa la porte. Un cri retentit, l'une de ses camarades pestait contre le courant d'air frais qui était entré en même temps que la bleue et argent.
Rien ne pouvait l'ébranler, elle traversa le lieu sans prêter attention à celles qui partageaient le dortoir avec elle depuis 6 ans, et se saisit de vêtements propres dans sa valise.
- Shannon ? Murmura Marcy, l'une des filles.
Sans êtres des amies, les deux filles étaient de bonnes camarades. Et voir que Shannon les ignoraient avait quelque chose d'étrange.
L'autre fille, celle qui avait crié et se prénommait Zooey, posa sa main sur l'épaule de Marcy, comme pour la réconforter. Elles en avaient parlé de nombreuses fois durant les deux semaines qui venaient de s'écouler. Contrairement à Keiko, aucune des deux n'étaient au courant de ce qui était arrivé à la famille Hartley durant l'été, et en voyant que Shannon n'était pas avec la jeune eurasienne lors du banquet, elles lui avaient posé quelques questions.
Auxquelles elle avait répondu avec circonspection. Depuis la rentrée, toute sorte de rumeurs circulait sur le compte de Keiko et de Shannon. Et aucune n'était tendre.
Mais en voyant avec quelle application, Shannon ignorait l'eurasienne, tout le monde se rendit compte que les rumeurs les plus durs étaient encore loin de la réalité.
- Je ne suis pas d'humeur, Marcy.
La jeune fille brune quitta le dortoir avec brusquerie, passant à la salle de bain pour se changer.
Encore quelque chose qui perturbait les deux filles. Les jeunes femmes se côtoyaient depuis si longtemps qu'elles avaient pris l'habitude de se changer les unes devant les autres, ça ne les dérangeaient plus.
Mais Shannon n'agissait plus comme avant. Et elles ne savaient pas pourquoi.
D'ailleurs, la brunette ne se serait changée devant elles pour rien au monde. Trop de cicatrices, ça n'aurait fait qu'amplifier les ragots et multiplier les interrogations.
Il ne fallut que quelques minutes à la jeune fille pour prendre sa douche, enfiler des vêtements propres, une robe de sorcière, et nouer ses longs cheveux bruns en une queue haute qui laissait son visage dégagé.
Elle s'examina dans le miroir qui lui faisait face et secoua la tête, elle avait des cernes sombres et le teint bien trop pâle. Décidément, il fallait faire quelque chose. Elle considéra rapidement les options qui s'offraient à elle. Aller en cours comme ça, mais ça, ce n'était pas une option, c'était une façon supplémentaire d'attirer l'attention et ça ne la tentait pas ; ou bien tenter de masquer cette horreur, seule option envisageable.
Shannon sortit rapidement de la salle de bain, traversa le dortoir plus rapidement encore, et commença à fouiller dans sa valise. Le temps passait, elle ne trouvait pas ce qu'elle cherchait et sentait les regards interrogateurs de ces camarades dans son dos. Tout ça contribuant à la rendre furieuse, la recherche de sa trousse à maquillage se solda par une pagaille incroyable et la jeune fille abandonna tout par terre lorsqu'elle mit enfin la main sur ce qu'elle cherchait.
C'était un cadeau de sa mère. Une trousse à maquillage complète, que l'adolescente n'avait jamais utilisée jusqu'ici. Elle fonça dans la salle de bain, claqua la porte et ouvrit la pochette.
Shannon passa du fond de teint sur son visage, ça camouflait parfaitement son teint cireux, étala un peu de fard à joues sur ses pommettes, souligna ses yeux marrons de crayon khôl et de mascara noirs. Elle avait l'air plus vivante qu'à son arrivée dans le dortoir.
En quittant la salle de bain, elle remarqua que Marcy et Zooey étaient parties. Bon débarras, songea t'elle en saisissant son sac de cours. Elle considéra un instant le foutoir qui était toujours par terre. Bof, les elfes étaient là pour nettoyer après tout.
Shannon regarda l'heure et se mit à courir. Elle avait cours de Défense Contre les Forces du Mal dans moins de 2 minutes, et comme de juste, c'était un étage en dessous !
Cours ! Ne sois pas en retard ! Ne sois pas trop rapide ! Mais cours !
C'était quelque chose qu'elle n'avait pu ignorer depuis qu'elle était devenue un monstre, cet été. Sa transformation s'était accompagnée d'une rapidité hors-norme, ce qui la gênait quand, comme maintenant, il y avait des spectateurs à sa course. Sinon, c'était l'une des rares choses qui lui plaisait.
Lorsqu'elle arriva dans sa salle commune, elle la découvrit déserte, ce qui n'était pas un mal, par contre les couloirs étaient pleins d'élèves. Lesquels n'eurent pas le temps de se formaliser des coups de coude qu'elle distribuait avec ferveur parce qu'elle avait déjà disparu derrière une tenture. Elle longea divers corridors, emprunta plusieurs passages secrets et descendit trois escaliers avant d'en remonter deux, tout ça pour arriver une demi-seconde après que la sonnerie eut retentit. Merde !
- Miss Hartley ! Nous sommes honorés de voir que vous nous accorderez votre présence pour aujourd'hui, le ton persifleur du professeur lui était habituel, Mr Humble, un homme grand et sec, l'utilisait toujours. Allez vous asseoir, vous avez déjà manqué assez de cours.
La jeune fille ne lui accorda pas un regard, qu'il se mette ses petites remarques assassines là où elle pensait. En passant devant les Maraudeurs, elle remarqua Keiko assise auprès de Remus mais ne dit rien. L'un comme l'autre était haïssable, pensa t'elle, au moins, ils étaient bien assortis.
Les rares places qui restaient étaient toutes au fond de la classe, mais pour une fois, ça ne dérangeait pas l'adolescente qui s'installa sans accorder un regard à son voisin de table, un gryffondor boutonneux.
Avec une profonde application, elle sortit ses affaires, dont deux rouleaux de parchemin, deux plumes, une pour l'encre noire, l'autre pour l'encre rouge, les deux flacons d'encres précédemment citées, et son nouveau livre de sortilèges.
Puis, son regard fut inexorablement attiré par l'éclat joyeux du bandeau bleu électrique que Keiko portait dans sa lourde chevelure noire. Shannon l'avait toujours envié à ce sujet. De son point de vue, Keiko Chang était l'une des plus belles filles de l'école, ses traits harmonieux étaient soulignés par sa peau laiteuse et les reflets bleutés de ses cheveux rappelait définitivement la couleur de ses yeux. Grande et mince, elle était musclée par le Quidditch, et même sa fine musculature était enviable.
Avec Remus, ils feraient un couple détonnant, songea avec amertume la jeune fille. Lui même était très élégant. Sec à en sembler décharné, mais musclé, son torse zébré de cicatrices était on ne peut plus attirant comme le constataient toutes les filles de Poudlard dès lors que quelques rayons de soleil signalaient le commencement de l'été.
Et Shannon, aussi distante paraissait-elle, avait eu un faible pour lui. A une autre époque. Avant que, sans le savoir, il les sépare, Keiko et elle. Une amitié détruite pour un adolescent. Pour un regard couleur chocolat pailleté d'ambre.
Un ennemi.
Celui qu'elle devait détruire pour son propre bien-être.
- Miss Hartley ? Pouvez-vous répéter ce que je viens de dire, je vous prie ?
L'homme qui se dressait devant elle était un vrai sadique ! Ce gars détestait les Serdaigle, il y avait de quoi se demander pourquoi … Il avait ptet été recalé chez les Poufsouffle par le Choixpeau ? Au fond, ça n'aurait même pas étonnée la brunette.
- Navrée, monsieur, je ne me sens pas très bien, répondit Shannon avec un air maladif.
- Comme c'est pratique ! Écoutez-moi bien, jeune fille, si vous ne vous mettez pas au travail, vous n'assisterez plus à mes cours, c'est bien clair ? Je ne suis pas un jouet entre vos mains, bernez qui vous voulez mais vous ne m'aurait pas.
On parie ? Songea avec cynisme l'adolescente. Allez, dans ces cas-là, il n'y avait rien à faire ! Elle hocha la tête comme une bonne petite fille, et Mr Humble désigna vaguement quelqu'un pour l'emmener à l'infirmerie. Une silhouette se leva à la périphérie du regard de Shannon mais elle n'y prêta pas attention, ramassant avec soins ses affaires, tandis que l'autre patientait, plus ou moins patiemment, d'ailleurs.
- Bon, c'est bon ? Grogna entre ses dents la jeune femme qui l'attendait.
Shannon, ferma un instant les yeux, s'appuyant tout à coup sur la table qui lui servait de bureau. Evans. Décidément, c'était son jour de chance ! Cependant, il fallait qu'elle se remonte le moral, ça aurait pu être Lupin ou Chang. En se souvenant de la façon dont le Gryffondor l'avait soulevé, tel un fétu de paille, la Serdaigle sentit la colère sourdre dans ses veines. Son cauchemar était pire que celui du Maraudeur.
- Ça va ? Questionna Evans en voyant l'étrange réaction de son ex-amie, par pur réflexe elle posa sa main sur le bras de l'autre qui s'écarta brutalement.
- Ne pose plus jamais les mains sur moi, articula t'elle clairement. La Serdaigle avait cependant prit soin de ne pas parler assez fort pour être entendue de quelqu'un d'autre que de la rouquine. Celle-ci se saisit du sac de Shannon et le jeta sur son épaule, puis la devança vers la sortie de la salle.
Les deux filles quittèrent la salle en silence. Suivies des yeux par de nombreux regards scrutateurs dont cinq particulièrement affutés. Potter, Chang et Lupin, aucuns de ceux-là n'étaient surprenant. Qu'à cela ne tienne, car il y avait également ceux de Peter Pettigrow et de Sirius Black. Ce dernier semblait d'ailleurs très absorbé par l'étroite silhouette de la brune, au grand désespoir de Peter et de deux jeunes filles qui se tenaient derrière la table qu'il partageait avec son meilleur ami.
Le côté obscur de la séduction, sans doute !
Lily marchait en silence, devançant de quelques pas sa camarade. Mais l'autre ne faisait rien pour remédier à ça. Elle pensait. A la réaction de Mrs Pomfresh, lorsque celle-ci la verrait revenir, à celle de Dumbledore lorsqu'il l'apprendrait.
Mais il ne pouvait savoir qu'une fiole ne suffirait pas. Que ce qui la rongeait de l'intérieur avait besoin de ce liquide.
-Pourquoi est-ce que tu ignores Marcy et Zooey ? Interrogea soudain Evans.
Apparemment, elle n'en pouvait plus de tenir sa langue, songea en elle-même l'impertinente Hartley.
-Je veux dire, que tu en veuilles à Keiko, je peux le comprendre, après tout elle t'a abandonné. Que tu m'en veuilles est également légitime. Mais aux autres ? Que t'ont-ils fait ?
-Rien, répondit l'autre d'une voix atone.
Lily laissa passer un instant de silence. Elle réfléchissait aux raisons qui pouvaient exister pour que sa camarade se coupe du monde de manière si déterminée.
-A quoi t'attendais-tu au juste, Evans ? Tu croyais peut-être que je te sauterais dans les bras ? Dumbledore m'a dit que c'était toi qui étais allé le voir. Je ne sais pas ce que tu sais ou ce que tu imagines, et je ne tiens pas du tout à le savoir. Ce que je sais en revanche, c'est que si tu étais resté tranquille, à l'heure qu'il est je serais morte.
Un monstre en moins en ce bas monde !
Le silence assourdissant que causa ses paroles ne fut rompue que par les bruits de pas des deux filles. Le dallage glacé résonnait sous leurs pieds tandis qu'elles longeaient le couloir
du 3 ème étage, empruntant un escalier qui bougeait seul et les amena sur le palier suivant.
-Je ne comprends pas ta fascination pour la mort. Tu as perdu tout ceux que tu aimais, je le sais, mais il y a le reste du monde. Tu ne penses pas à ceux qui pensent à toi, se contenta de dire la Gryffondor avant de pousser la porte de l'infirmerie.
La phrase était nette, concise. Elle n'appelait pas à une réponse. De toute évidence, Shannon n'en aurait pas faite.
Ce que Lily n'aurait pas l'occasion de savoir puisque l'infirmière leur fonça dessus à peine étaient-elles entrées.
-Je le savais ! S'exclama-t-elle aussitôt. Je l'avais bien dit à Dumbledore ! Tu n'étais pas en état de sortir, mais enfin, c'est incroyable ! On n'écoute jamais les avis médicaux, ici !
Et blablabla … Fais-ci, ne fais pas ça, assieds-toi sur le lit, enfile ça, retourne en cours … etc. Autant de blablatage qui rendait déjà Shannon malade. Mrs Pomfresh lui donnait le tournis à force d'aller de part et d'autres. Elle se saisissait d'un flacon, le posait sur une table, en prenait un autre pour le ranger, avant d'en sortir un troisième et …
Et au fond, tout ça n'avait pas vraiment d'importance. Ce n'était qu'un vulgaire emportement humain. Ce serait vite réglé.
Plus vite qu'avec Dumbledore qui entrait déjà dans l'infirmerie.
Il y avait de quoi se poser des questions au sujet de cet homme. Était-il véritablement un être humain, d'abord. Nul n'était en si excellente santé à son âge, ni mieux informé de ce qui se passait dans le monde entier comme dans cette école. Ou alors, il avait peut-être des espions. Shannon trouva l'idée intéressante. Maintenant qu'elle n'avait plus rien à perdre, elle allait pouvoir se pencher dessus.
-Ah ! Vous tombez fort bien, professeur ! Miss Hartley est de nouveau dans mon domaine, comme je l'avais prédis !
Foule de mots se poursuivant les uns les autres. Se cognant les uns aux autres.
Deux voix se mêlant. Étourdissement.
Étrange sensation.
Membres en coton. Tête vide.
Faux. Pleine de cris. Hurlements de terreur. De joie. De haine.
Souffrance. Aigüe. Psychique. Physique.
Morsure. Sensation de dents s'enfonçant dans la chair. Sa chair.
Bouche ensanglantée.
Yeux révulsés.
Crise convulsive.
-Fermez la porte, Pom-Pom, ordonna le directeur d'une voix sans réplique. Ce n'était que le début de la crise. Mais ça, il ne pouvait pas le savoir.
Suite confuse de voix, de cris, d'appels et d'ordres, de gestes indistincts.
Odeur métallique. Goût de rouille. Sang.
Quelqu'un avait fait couler du sang dans sa bouche.
Elle avait soif. Soif de ce sang, cet appel auquel elle résistait depuis sa création.
Repos si proche. Inaccessible. Inconscience. Perte de connaissance bienfaitrice.
-Enfin, Albus ! C'est de la folie de la garder ici ! Et encore davantage avec le jeune Lupin … Imaginez un peu ce qui se passera un de ces jours … Lorsqu'ils perdront le contrôle, fit l'infirmière en contemplant Dumbledore qui étalait de l'essence de dictame sur la plaie qu'il avait au bras droit.
-Je leur fais confiance. Ça n'arrivera pas.
-Il y a des vies en jeu ! Vous ne pouvez pas faire courir un danger inconnu aux élèves de cette école. Le jeune Lupin est dangereux une fois par mois, mais elle, fit l'infirmière en désignant la silhouette entre les draps blancs, elle l'est tout le temps.
Le directeur contempla la couche de fine peau qui venait de se former là où quelques minutes plutôt il y avait une longue estafilade. Il s'était volontairement mutilé, pensant calmer la Serdaigle en donnant à son corps ce qu'il demandait.
-Vous êtes trop soucieuse. Il ne se passera rien Pom-Pom. Maintenant, laissons la se reposer en paix.
L'homme aux longs cheveux argentés s'en fut, tournant avec application le dos à sa plus grande source de curiosité. Mrs Pomfresh eut plus de mal à se détourner du problème qui était actuellement allongé dans un des lits de son infirmerie.
Mais bientôt, la porte menant au couloir claqua, la clé tourna dans la serrure, les bruits de pas s'éloignèrent, et les yeux de Shannon s'ouvrirent.
