Publié le 02/01/2017
Avec un léger retard par rapport à ce qui était annoncé, mais mieux vaut tard que jamais !
Bonne année à tous, et bonne lecture :)
Il était venu seul, il montait Araka un cheval qui n'avait jamais été monté par une autre personne que le Néta, Eoniel. Le mage se présenta devant le roi, et demanda à s'entretenir seul avec lui. Il avait le visage fermé, la froideur de son regard créait une distance. À Sumir cet homme long aux cheveux de neige, vêtu d'un habit bleu nuit n'était pas apprécié, beaucoup de rumeurs et d'histoires mystérieuses circulaient à son égard depuis qu'il était apparu soudainement du sud oriental.
Dans le bureau du roi, Merniel déclara d'une voix grave.
- Ici est né un peuple à la volonté immuable ainsi s'appelle-t-il, mais le monde, lui, change, et si votre royaume ignore ce fait, il ira à l'encontre de grandes déconvenues.
- Seigneur Merniel, je ne comprends pas un seul mot sortant de votre bouche, épargnez moi votre complaisance habituelle, l'humeur n'y est pas, dit le roi, grinçant.
- Nulle complaisance en moi Seigneur, je me fais messager de mon maître et je viens accomplir mon devoir.
« Le mal que nous avons tant combattu et si bien repoussé puise sa force dans des choses bien plus obscures que le vivant. Un jour, mon ami, il nous faudra prendre les armes comme nous ne les avons jamais prises, pour sauver le peu de pureté qu'il reste sur Arda. » Ainsi étaient les mots du seigneur Eoniel pour vous il y a 36 ans. Apprenez qu'ils sonnaient comme une prédiction
- Ungoram ?
Merniel sembla surpris que ce nom sorte de la bouche du roi juste, son visage se tordit de dégoût, il en était presque effrayé.
- Non ! dit-il sévèrement. Une guerre se déroule à l'ouest, entre un ennemi d'une grande puissance qui cherche à s'emparer d'une partie de lui, jadis perdue, et une alliance a été formée pour le contrer. Bien que cette dernière ait gagné une grande bataille, les hommes d'orient dont le peuple d'harud, plus nombreux et plus féroces, sont appelés par leur maître pour livrer une guerre d'une plus grande ampleur encore.
Le Roi lui demanda quelle était la gravité de cette nouvelle et jusqu'où elle pourrait s'étendre. Il lui répondit que l'ennemi, avec cette aide, écraserait à coup sûr l'alliance de l'ouest, et qu'il n'avait sûrement pas l'intention de s'arrêter au massif de Coridane.
- Le massif nous a toujours protégés des ennemis, dit le roi, il faudrait être fou pour songer à le traverser par les montages, surtout de l'ouest ou des jours et des nuits nous séparent en largeur comme en longueur, nul occidental n'a jamais réussi à traverser le Coridane sans notre consentement. Ils se perdraient et mourraient dans les sanctuaires de brume s'ils passaient par les sommets du massif.
- Nous courrons un grand danger, la plus grande menace qui ait jamais pesé sur les Efïron est en marche, et, si nous n'agissons pas rapidement, le royaume entier court à sa perte. Le massif de Coridane est enchanté pour les vivants mais certains enchantements peuvent facilement être défaits par d'autres.
- Quelle est la demande d'Eoniel, dans ce cas ? Que propose-t-il ? Demanda le roi. Je suppose qu'il ne vous a pas envoyé en ce lieu en vain. Dit-il sèchement
- Il faut que toutes les régions s'unissent pour aller soutenir Nirassa, vos alliés du sud, contre le peuple d'Arud. Ils menacent de violer le traité de non-agression qui avait été conclu, car Nirassa a refusé de leur livrer deux Elfes exilées, une femme et un nouveau-né, les coutumes des Nirassa leur interdisent de déroger aux règles strictes de la protection et de l'hospitalité des innocents demandant l'asile. Une menace a été prononcée par le Sulkal, Ammar seigneur d'Arud, mettant fin à douze mille années de cohabitation pacifique.
Ellon Ahn avait le regard plongé dans ses pensées, cette nouvelle ne l'étonnait pas, Nirassa avait toujours été en proie à la convoitise des peuples orientaux mais avait maintenu sa neutralité par le commerce de son savoir-faire et de ses connaissances, mais il redoutait le conflit depuis longtemps. Pour autant, il ne pensait pas que la grande menace viendrait du sud, il craignait surtout les Orcs, pour cela il avait renforcé en moyens et en soldats la région du nord, redoutant plus l'invasion des Baruk-Hai, peuple gris des Orcs, ou le fléau contagieux qui avait entraîné la mort de sa femme et la maladie de sa fille.
Il avait laissé la surveillance de ses alliés orientaux aux Nains qui entretenaient d'excellentes relations diplomatiques et commerciales avec les Nirassa. Les Nirassa étaient un peuple pacifique qui ne possédait qu'une poignée de soldats tout au plus, assez pour maintenir l'ordre, nullement pour affronter une bataille.
- Eferion ne lève pas le sabre sans une menace valable. Vas dire à ton maître qu'il m'a convaincu, que nos cousins protègent des réfugiés est louable mais cela ne suffira pas à envoyer mon peuple mourir sans plus d'explications. Je dois réunir les tribuns des Nétalions et leurs Néta. Je sais que mon devoir envers ce royaume vient et j'exercerais mon pouvoir si la situation l'exige, mais nous devons convaincre le tribunat d'aller au sud. J'enverrai demain à l'aube des messagers. Rejoignons-nous dans vingt jours à Krestos.
- Le Seigneur Eoniel, de son côté, rassemble déjà ses forces, il est à portée des nains. Le plus opportun serait de passer, s'ils l'acceptent, par le passage souterrain du Khilam Dun, dit Merniel. Vous devez convaincre le tribunat, les Nétalions doivent s'unir rapidement.
- Je ferais de mon mieux, il m'est possible de lever une armée et de me trouver au pied du Coridane en deux mois, quand à convaincre les nains de risquer la guerre pour deux vies, c'est une autre affaire. Ils ont toujours voulu faire preuve d'indépendance vis à vis des conflits des royaumes voisins, bien qu'ils commercent avec les Nirassa. Nous laisser le passage les exposerait bien plus que tout autre, dit le roi, qui semblait ne pas vouloir mêler les nains à ce triste sort qu'est la guerre.
- Cela est nécessaire. Je vais entamer des pourparlers avec le roi Drahin Pierre pied, dit Merniel, il devra m'écouter. Si nous devions prendre le chemin des crêtes par les montages, ou par la mer d'Abiram, nous arriverions trop tard, une source m'indique que les armées ennemies se préparent, et il n'est plus question que de quelques mois avant que le dénouement de cette terrible marche ne se concrétise. L'ouest doit tenir et pour cela il faut protéger Nirassa et empêcher le peuple d'Arud de renforcer l'ennemi.
Les deux hommes détaillèrent ensuite la marche précise à suivre lors des jours et semaines suivantes, puis se séparèrent solennellement. Merniel n'avait pas terminé sa mission de messager, il devait prévenir les Néta, et le roi avait maintenant un conseil de guerre à réunir.
Comme ils l'avaient prévu, au vingtième jour étaient réunis à Krestos les trente-huit tribuns de chaque Nétalions. Eferion avait 19 grandes villes représentées chacune par deux tribuns nommés à L'Agorum, vaste édifice elliptique ou les membres du tribunat étaient assis en estrades cycliques. Seul le désigné par le premier tribun appelé au centre avait le droit de prendre parole. Les cinq ambassadeurs étaient Sharin pour Orion, le neveu du roi Nain Grindhal pour Ayaris, le troisième fils du Néta d'Aquillion Ushindi Hunt, l'ambassadrice Shelby Ir pour Generis et Galem Ir fraîchement élu par le Roi Ellon pour Nemerion, et les deux conseillers d'état étaient Nessari et son frère, le prince Aaron Ahn, tous étant présidés par le premier tribun du conseil, élu par le tribunat, qui était chargé de veiller à l'équité et de distribuer la parole. Les Seigneurs d'Eferion aussi avaient été convoqués par le roi, cela faisait des années qu'ils n'avaient été tous réunis dans la même pièce. Drahin Pierre Pieds qui avait été convaincu par Merniel de laisser le passage en son royaume et de participer à cette guerre, Harzem Ir, Néta de Generis, grand et majestueux à l'allure des premiers elfes, le puissant Eoniel, seigneur d'Orion et le sévère Kanysha Hunt, vieux maître du royaume du nord, d'Aquillion, siégeaient dans la partie réservé aux invités de marque.
La majorité des différents ambassadeurs et conseillers, une fois la situation et les dangers encourus clairement exposés, accepta de déclarer l'état de guerre. Toutefois, la plupart des membres du tribunat émirent une forte résistance. Le danger à l'ouest leur paraissait trop lointain pour nécessiter de risquer la vie des Efïron. Le tribunat acceptaient l'idée de défendre Nirassa même si le fait de risquer la vie de milliers d'Efïron les divisaient, ils reconnaissaient en majorité qu'il fallait défendre ce principe cher à leur royaume mais réfutaient la notion de servir de rempart pour l'ouest et minimisaient le danger représenté par l'ennemi tant craint par Eoniel. De plus, ils se méfiaient du fait que la nouvelle soit arrivée au palais royal par le biais de Merniel, son caractère antipathique et ses manières rudes et cavalières avaient donné de lui une bien mauvaise image à Sumir. On le disait éloigné des préoccupations du peuple, de par sa nature et son goût du secret. Les débats s'envenimaient, d'arguments en arguments, d'explications en réfutations, aucun accord ne semblait se projeter à l'horizon, ni les Néta ni même le roi n'avaient le droit à la parole dans L'Agorum, ils n'étaient qu'invités, seuls leurs ambassadeurs qui étaient leur voix le pouvaient. Le roi Ellon Ahn chuchota longtemps dans l'oreille de Galem. Puis Galem demanda la parole au président du conseil. Il l'appela au centre de L'Agorum
- Membres du tribunat, c'est avec le plus grand respect que je vous demande humblement la parole, dit Galem.
- La parole tu as, prononça en cœur le tribunat habitué à ce rite avant tout discours.
Il prit quelques secondes pour regarder autour de lui comme pour puiser une inspiration chez tous ces hommes et femmes vêtus du même long habit rouge et or d'usage pour siéger au tribunat, un rappel aux Efïron qu'ils n'étaient qu'un et qu'ils défendaient le même but, Eferion.
- J'ai eu autrefois la fierté d'être le plus jeune tribun à siéger ici parmi vous, vous est moi sommes d'un même coté, dit Galem, semblant prendre son temps pour parler, le poing fermé. Je suis à l'image de mon peuple et de ma race, je suis né à Generhis parmi les gens des arbres, là est ma maison, j'ai grandis à Nemerion, ai éclos parmi vous avec l'ardente envie de servir un peuple et d'élever sa voix pour qu'on l'entende, là est mon foyer. J'ai étudié a Orion, là est mon école, chevauché à Ayaris et servi à Aquillion pour faire mes armes, là est mon pays. Je vous le dit, amis, frères et sœurs, nous avons fleuri la paix et avons servis l'amour, là était notre destin et nous n'avons jamais failli. Mais dois-je vous rappeler qui nous sommes et qui il est ? Nous sommes des Elfes nés dans la nuit étoilée effrayés par un seigneur des ténèbres désirant notre part de liberté, l'avons-nous cédée ? Nous sommes aussi des Hommes, nés au crépuscule en pays d'Hildorion, berceau des Premiers Hommes, nous somme issus d'un peuple qui a refusé de prendre part à des guerres qui ne les concernaient pas, et pour cela on leur fit la guerre, ont-ils reculé ? Ces hommes que nos pères ont été sont de Nirassa, quand Hildorion est devenu Narjiiba, ce désert, nos aïeuls en sont partis mais eux sont restés pour construire cette cité. Nous sommes de sang mêlé, chaque partie de notre être a dû se battre pour cette paix et cet amour que nous chérissons tant, nous sommes de sang mêlé d'hommes qui ont eu droit à l'asile et la protection des hauts Elfes, voilà qui nous sommes. L'autre question est, qui est-il, celui qui a enseigné à nos aïeux, les a guidés loin de la sécheresse de Narjiiba, celui qui a protégé nos terres de l'ennemi, nous a aidé à bâtir nos maisons, notre histoire, nos singularités. Il a veillé ici de génération en génération, nous a accompagné sans jamais dicter notre destin, il était là le premier jour ou Eferion est née, Eferion ne serai jamais née sans lui. Peu importe la nouvelle d'un individu errant, ne le sert-il pas ? Peuple d'Eferion, il est l'ancien, le premier gardien d'Eferion, la première voix de notre roi. Celui qui s'est battu pour la paix, celui qui nous offrit la paix. Nous devons nous lever contre Harud qui nous a trop longtemps menacé et menacé nos cousins alors qu'ils accomplissent une cause noble qui est celle de la générosité, qui est celle de l'hospitalité, celle du courage de ne pas renier ses valeurs et d'acheter une paix à n'importe quel prix, nous devons nous lever contre la tyrannie et l'oppression des êtres qui ne se rassasient pas du gain et du pouvoir car ils nous enlèveront à notre tour la terre et la liberté, ainsi le gain et le pouvoirs se nourrissent . Gardez-vous d'être à l'abri Efïron, gardez-vous de fermer les yeux contre le tyran et l'oppression des affamés ou priez les Valar de donner l'aide que vous même ne donnez pas. Rappelez-vous de notre premier fondement, frères et sœurs, dit Galem, véhément. La paix sans pour autant qu'elle le soit à tout prix, la paix sans pour autant qu'elle le soit à tout prix... A ces mots Galem retourna s'asseoir dans un silence ému et le tribunat lui répondit par ce même silence.
Le tribunat vota à une très faible majorité la guerre. Tous avaient les mots de Galem en tête, peu des Efïron avaient donné leur voie en étant totalement convaincus, mais ils avaient en eux l'effort de compassion, la raison aux bons arguments et la capacité d'aller au-delà de leur personne, cela faisait leur grandeur, et, malgré les désaccords, leur altruisme les poussait à ne jamais lever les armes entre eux. À la dissolution du conseil de Krestos, le Néta de Generhis, Harzem Ir quitta l'Agorum en conversant avec son fils cadet.
- Quel discourt, on dira qu'à Krestos est né un grand orateur, Galem de Nemerion, dit Harzem Ir avec dérision
- Ai-je dit une chose qui vous aurai déçu, père, ne pensez-vous pas cette guerre de grande nécessité ? dit Galem, doit-on laisser un peuple qui n'a pas d'armée se faire massacrer ?
- Une guerre n'est jamais nécessaire mon fils, n'apprendras tu donc jamais ? Tu as fait le jeu de ton roi, voilà pourquoi il t'a nommé si promptement comme Ambassadeur, pour être un pion à la voix mielleuse. Ainsi tu emmènes par tes doux mots tout ton peuple à une mort certaine. L'ouest n'a jamais mérité la rédemption. S'il n'y avait eu ces montages il n'y aurait plus d'Efïron depuis longtemps. Nous allons combattre un ennemi pour en protéger un autre. Tu aurais dû demander l'évacuation de Nirassa, j'aurais donné des terres pour protéger ce peuple et ces deux Elfes. Mais la guerre, mon garçon, tu ne l'as jamais connue comme moi, quand il a fallu éloigner les malandrins de nos frontières et chasser naguère les féroces d'Arud. Tes mots seuls ne sauraient la rendre plus belle.
- Que faites-vous de l'ennemi qui siège au-delà de nos terres et qui menace de tous nous engloutir ?
- Il a toujours été là bien loin de nos terres. Jadis dans sa pleine puissance sa ruse n'a jamais passé nos frontières, aucun risque qu'il puisse y arriver aujourd'hui, sa splendeur éteinte. L'Ancien n'a que mépris pour ces peuples de l'ouest mais sa faiblesse est de croire encore en leur salut, il aurait pu seul détruire cet ennemi puissant mais il eut pitié et le laissa par négligence retourner à ses mensonges nocifs. Retiens Galem, ceci est une guerre pour la satisfaction d'un seul, Eoniel D'Orion, et, avec tout le respect que je dois à mon roi, il est beaucoup trop aveuglé par sa superbe. Tu t'en rendras compte tôt ou bien trop tard. Vas rejoindre Nemerion, Generhis prendra les armes par fidélité mais son cœur n'y est pas.
Quelques semaines plus tard, Ellon Ahn, menant les préparatifs de guerre d'une main de fer, rassembla aux porte de Nemerion une armée organisée et prête à voyager. Il fit venir sa famille et Galem dans le campement installé là provisoirement pour se préparer au départ. Il convoqua sa fille dans la tente royale isolée de tous. Le fait de partir en guerre pour une longue période, et de ne pas savoir s'il allait en revenir, lui avait fait remettre en question ses affirmations catégoriques.
- Mon enfant, nous étions en discorde, mais voilà qu'il faut qu'elle cesse. J'ai eu envers toi des mots durs. Pardonne un père qui exige de ses sujets une tolérance qu'il ne pratique pas.
Il mit ses deux mains sur les épaules de Nessari comme pour la regarder encore et dit en souriant :
- Lisilaë mon épouse m'en a fait grand reproche. Elle t'aime, le sais-tu ? Elle a toujours voulu te donner l'affection que ta mère n'a pu te donner sans jamais essayer de la remplacer, elle a apporté grande douceur dans le cœur d'un homme qui n'a de cesse de pleurer son grand amour elle ne s'en est jamais plainte, je l'en remercie pour cela. Je te la confie comme je te confie ton frère. Quand à tes souhaits je te les accorde, si Eoniel a tes faveurs et que tu as les sienne alors qu'il en soit ainsi, je ne m'y opposerai pas. Quand à me succéder il n'en est plus question, mais le peuple ne le comprendra pas. Même si ton frère a beaucoup de choses à apprendre, il deviendra roi. Je libérerai Galem de son obligation d'alliance et pour ne pas le déshonorer il sera nommé premier conseiller du roi si je ne reviens pas, et il ne participera pas à cette guerre, il a déjà accompli son devoir envers Eferion. Il a les capacités pour soutenir ton frère Aaron dans les affaires du royaume et a beaucoup œuvré pour le servir avec loyauté. A mon retour je scellerai vos vœux avec Eoniel d'Orion, nous avons échangé longuement à ce sujet à Krestos.
Ainsi, après avoir annoncé ses décisions au royaume et avoir donné ses dernières préconisations avant de rejoindre les portes d'Ayaris, le Roi Juste fit ses adieux à sa cour, sa famille et son peuple. Longtemps on chanta ce jour tant la tristesse était grande.
L'armée de fantassins de Nemerion arriva dix jours plus tard au sud, à Ayaris, aux portes du royaume Nain de Kadune. Ils traversèrent le plat pays de Nemerion aux plateaux agricoles et aux villages fermiers jusqu'à la ville de Tobis dans la région d'Orion ou ils firent une halte pour réunir les troupes et s'octroyer une journée de repos. Ils arrivèrent à destination trois jours plus tard, en royaume nain. Un vaste campement y était établi pour la réunification.
L'armée de Nemerion avait rejoint la cavalerie d'Orion menée par Eoniel, les archers de Generis menés par le chef des armées Jaden Ir, frère de Galem et son père le Néta Harzem Ir. L'armée lourde d'Aquillion, plus nombreuse que toutes les autres réunies, était-elle à un jour de Kadune. Les chefs se réunirent dans une grande tente pour converser de la stratégie à utiliser. Les armées d'Eferion étaient équipées d'armures légères, harmonieuses et à la fois solides, elles avaient été façonnées avec un métal venus des mines des nain de Khilam Dun appelé Mitvorn, métal rare d'une étonnante légèreté et d'une solidité presque invincible.
Les différents dirigeants s'étaient réunis dans la tente de commandement pour finaliser les préparatifs de guerre. Le roi prit la parole en premier :
- Les éclaireurs d'Aquillion nous informent qu'ils seront sur place dans quelques heures, il nous faudra deux jours pour traverser Khilam Dun et treize jours de plus pour le désert de Narjiiba. Aux portes du désert l'armée des Nains nous attend pour rejoindre Nirassa, dit Ellon Ahn. Il faudra évacuer les habitants de Nirassa avant tout dans le désert reculé. Un campement y sera établi.
- Vous savez qu'il est encore temps de revoir nos positions, Roi Ellon, vous n'ignorez pas ma réticence à prendre part à cette guerre, quelle que soit l'issue elle nous affaiblira, qui gardera le Nord des Orcs ? Dit Harzem.
- Le vieux Néta, dit Eoniel, comme il l'a toujours fait. Des troupes sont restées à Aquillion et elle sera renforcée
- Je connais votre réticence, mon ami, à cette guerre, dit Ellon, ainsi j'ai décidé que vous ne pouviez y prendre part.
- M'insultez-vous car j'ai fait preuve de franchise! dit Harzem dans l'incompréhension
- Non mon ami, au contraire, je ne puis m'assurer que la vie du vieux Néta d'Aquillion soit assez longue pour appuyer ou conseiller mon fils avant sa pleine maturité et depuis quelque années il s'est éloigné de la capitale, vous, vous avez ma confiance et j'aime votre honnêteté. Trop de jeunesse est à la tête de ce royaume, il faudra l'accompagner de sagesse. Jaden votre fils vous représentera à mes côtés, j'ai parlé mon ami, dit Ellon d'un ton strict qui ne pouvait que clore la conversation.
Quelques heures durant les chefs de guerre discutèrent de l'organisation à venir, puis on annonça l'arrivée de l'armée d'Aquillion, qui de par son grand nombre assura le moral des troupes des autres Nétalions. Le vieux Néta qui avait appuyé la décision du roi de protéger Nirassa, envoya ses trois enfants le représenter en cette guerre, Ushindi Hunt, le cadet, connu pour son esprit de stratège et son éloquence, Kordun, l'aîné, pour sa puissance et sa vaillance, et le benjamin Ardun pour sa camaraderie et sa capacité à fédérer ces hommes, ils étaient de grandes personnalités à Nemerion et très aimés de leur père. Les trois solides fils du vieux Néta Kanysha étaient renommés dans tout le royaume pour avoir bien gardé les montages du nord et renforcé la cohésion et la richesse d'Aquillion. Leur père insista pour envoyer ses trois enfants malgré la réticence du roi Ellon, qui estimait qu'une lignée devait être maintenue et qu'un des fils devait rester pour cela. Le vieux Néta, lui, pris cela pour un affront, ne voulant pas priver de la gloire d'un retour triomphant l'un de ses enfants.
Harzem Ir prit congé et quitta la grande tente, son fils le raccompagna aux portes du campement.
- Jaden, mon fils, tu prends pars à une folie dont je ne saurai te soustraire, mais j'ai foi en ta vaillance. Ton devoir est de revenir, ton Néta te l'ordonne. Ne laisse pas Generhis sans successeur, ne laisse pas un père désespérer d'avoir élevé un enfant si prometteur en vain. Dit Harzem avec crainte et émotion.
- Il restera toujours Galem pour vous succéder, si je ne reviens pas. Occupez-vous de ma famille et de mes gens. Je ne peux hélas vous faire cette promesse mon père, mais soyez sur que je vous honorerais sur le champ de bataille, on se rappellera de la maison de Bois Iris. Dit Jaden, rassurant
- Les échecs de ton frère sont la conséquence de mes erreurs, lui avoir confié une mission trop lourde pour ses épaules est mon grand regret. Il était promis à sceller notre famille à la première lignée, il a mis toute son attention à la politique plutôt que d'honorer le rang de sa famille. Il est mon fils mais il est d'avantage l'enfant d'Ellon Ahn. L'amour que j'ai pour lui ne peut entacher ma lucidité. Mon conseil ne l'intéresse pas. Il préfère les protocoles à notre forêt, la sophistication de la capitale, les femmes et l'hydromel à la beauté de la nature et des choses simples. Je ne reconnais pas un enfant de Bois Iris en lui.
- Galem est bon, il vous a fait honneur en sacrifiant son enfance auprès des siens pour vous contenter. Sachez vous en rappeler. Il vous sera fidèle, il est l'un des nôtres soyez en assuré, dit Jaden.
Après ces mots Harzem fit des adieux pudiques à son fils et quitta le campement avec sa garde rapprochée.
Le lendemain, à l'aube, alors que les armées levaient le camp, une troupe armée de lances étincelantes en rang et silencieuse de soldats accompagnés de Merniel et de son second Daril Sol attendaient aux portes de la cité des nains. Il était environs cinq cent hommes.
Leurs armures au métal noir et argent étaient confectionnées avec une grande minutie, ils étaient couverts d'un casque argenté épousant harmonieusement leurs têtes et couvrant la nuque ainsi que leurs joues et leur nez, laissant ainsi seuls leurs yeux et leur bouche découverts. Une cuirasse noire raffinée aux motifs d'argent les protégeait des épaules jusqu'aux jambes, par-dessus un pantalon noir en cuir tanné. Leurs bustes étaient protégés par une fine cotte de maille sur mesure de couleur noire et argent faite d'un rare métal inestimable tombé du ciel venu d'Orion appelé Galvorn, si malléable qu'il était aussi fin qu'un tissu et plus solide que le diamant, elle était recouverte par un épais gilet bleu brodé au dos de fils d'argent à l'effigie d'une demi-lune caractéristique de leur ordre. Ils portaient sur leur dos un grand bouclier rond argenté, ainsi qu'un sabre élaboré au long fourreau noir, qui, quand ils le brandissaient, luisait d'un éclat aveuglant, avec un de ses cotés dentelé au plus proche de la main, lui donnant un aspect féroce.
Ils étaient la garde blanche, un ordre secret très peu connu des Efïron, on doutait de leurs nombre et parfois même de leur existence. Peu d'informations étaient connues d'eux, ils étaient source de mille fantasmes et de hauts faits héroïques pour les enfants d'Eferion. On les savait disciplinés, résistants et surtout aussi silencieux que des ombres. Ushindi Hunt d'Aquillion dit la première fois qu'il les vit : "Ainsi Merniel l'azurite montre ses manigance en plein jour"
Ils traversèrent tous durant deux jours les hautes grottes de Khilam Dun pour se retrouver aux portes du désert de Narjiiba. Ces grottes, creusées des millénaires auparavant par un pouvoir ancien, étaient d'une telle hauteur que le regard des personnes qui les traversaient, si elles le levaient vers le ciel, ne pouvait en percevoir la fin. Les puissants piliers soutenant le passage, taillés à même la pierre, étaient de la même couleur anthracite que la roche. Ils s'élevaient vers les hauteurs des grottes en torsades, jusqu'à former des arcs, leur base éclairée tout d'abord par des flambeaux ardents se fondant dans l'obscurité insondable des hauteurs. Les portes de ces grottes, dont le nombre était inconnu des Efïron, étaient contrôlées par les nains, qui en gardaient jalousement l'accès.
Alors les peuples d'Eferion prirent chemin pour la guerre sans visage, ainsi l'avait nommée Harzem Ir, le majestueux Néta de Generhis une fois rentré en son Nétalion.
