chapter 7:
HAPPY BIRTHDAY
Je suis réveillée en sursaut par l'hymne du Capitole, qui semble résonner dans toute l'arène. C'est un peu comme une casserole qui tomberait sur le carrelage d'une pièce vide, mais en plus mélodieux.
Tous les soirs à minuit, ce même hymne est diffusé dans l'arène, en même temps que le sceau du Capitole qui est affiché dans le ciel. Puis finissent par arriver les visages des tributs morts en ce premier jour des jeux, eux aussi projetés sur le ciel qui en est illuminé. Vient le visage de cette fille du District 13 dont ma flèche avait transpercé le crâne quelques heures auparavant. Je me remémore la scène une fois de plus, son sourire quand elle a levé sa hache sur moi, ce moment où j'ai décoché une flèche de mon carquois. Si je ne l'avais pas tuée, quelqu'un d'autre s'en serait chargé. Et ce serait probablement moi qui serais morte à cette heure. Finnick avait raison quand il a dit que c'était ce qu'il fallait faire. Cependant, je dois me mordre l'intérieur de la joue pour m'empêcher de pleurer. Il y a deux semaines de ça, je n'aurais pas imaginé un instant que j'allais devoir tuer qui-que-ce-soit.
Je ferme les yeux en me blottissant dans les bras de Finnick. Je viens de me souvenir que j'étais toujours dans le sac de couchage avec lui. Il se contente de m'étreindre doucement en posant son menton sur ma tête.
Quand j'ouvre les yeux pour la seconde fois, le soleil est déjà levé sur un ciel joliment rosé. Il doit probablement être artificiel, comme toutes les choses autours de moi.
Bien que mes yeux aient du mal à rester ouvert tant je suis fatiguée, je ne pense pas que je pourrais me rendormir, à présent. Je dois me lever. Littéralement nez-à-nez avec Finnick et son bras enroulé autour de ma taille, m'en-aller faire une ballade ne sera pas une mince affaire. Je commence par enlever doucement son bras pour me libérer de son étreinte, espérant qu'il ne se réveille pas. Sinon, il insisterait pour venir avec moi. Mais j'ai besoin de me retrouver seule, juste un moment, bien que tous les yeux de Panem doivent être rivés sur moi. Ceux de Finnick s'ouvrent lentement. Je fais mine de me recoucher en enlevant son bras de moi pour de bon puis je plante un baiser sur son front.
- Rendors-toi, je lui souffle d'un doux sourire.
Il semble obéir et ne se fait pas prier pour refermer ses magnifiques yeux émeraude. Je sors en vitesse du sac de couchage et m'étire longuement. La chaleur de la journée d'hier n'est pas tout à fait revenue, amis la nuit glaciale ne semble du moins plus qu'avoir été un mauvais rêve.
Nos gardes semblent, eux, avoir abandonné la surveillance de notre camp improvisé. En effet, Ian et Honey sont assoupis, leurs têtes appuyées l'une contre l'autre. Je souris. Puis, je fouille un instant dans le sac du blond pour y attraper l'un de ses nombreux couteaux. Je jette mon propre sac sur mon épaule, attrape mon carquois et mon arc, puis me dirige un peu plus loin dans la forêt, par là où Ian a posé ses collets. Il semblerait qu'ils soient tous vides.
Soudain, une idée me traverse la tête. Et si un tribut me trouvait là, seule ? S'il était armé ? Ian et Finnick se retrouveraient seuls. Seul, avec la promesse qu'il devait me protéger, pour Finnick.
Je prends le couteau d'Ian et découpe un morceau de ma chemise. Je veux leur laisser un message, si jamais ma promenade tournait mal.
En prenant le bout du fil de l'un des collets, je me pique le doigt – je ne vois pas de quel autre moyen je peux me servir pour écrire sur le tissu. Une goutte de sang ne tarde pas à perler sur mon index, teintant le fil de fer de rouge que je répands doucement sur le morceau de ma chemise pour former la première lettre de mon message. Il me faut une dizaine de minutes pour parvenir –certes difficilement, mais plutôt lisiblement- à écrire en lettres capitales « N'ABANDONNE-PAS ». Pour Ian. Pour Finnick.
Enfin, je fourre le bout de tissu dans une poche de mon sac, le laissant dépasser un peu pour qu'il soit visible. Même si je meurs, l'un d'eux pensera bien à prendre mon sac – nous ne pouvons pas nous permettre de gâcher la nourriture qu'il contient. Et il lira en conséquence mon message.
Je jette un coup d'œil aux immenses arbres autour de moi, jetant mon sac sur mon épaule. Il doit bien y avoir quelques bestioles que je pourrais abattre pour le petit déjeuner, là-dedans.
- T'étais où ?! hurle Ian d'un ton quasi-affolé, levant ses bras.
- Je chassais, je réponds posément tout en brandissant mon butin.
- Quatre écureuils ? fait-il en baissant d'un ton, soupirant légèrement. Et mes collets ?
- Ils ont rien attrapé, tes collets.
Il soupire une nouvelle fois. Au moins, nous avons quelque-chose à manger.
- On pensait qu'il t'était arrivé quelque-chose, grommelle Finnick en me fixant.
Je lève mes yeux sur lui puis reste silencieuse un instant.
- Désolée, je souffle avant de commencer à m'occuper des écureuils.
Les jours suivants se déroulent de façon presque monotone : une routine commence à s'installé malgré les quelques coups de canons que nous pouvons parfois percevoir. D'après ce que j'ai retenu, il semble que les tributs les plus forts soient toujours en vie –parmi ceux-là je compte naturellement Posy, Neil et Diams bien qu'une poignée d'autre survivants soient toujours dans l'arène. Je pense qu'ils sont restés à la corne d'abondance, ou aux alentours. Du moins je l'espère.
Quant à notre petite troupe, nous continuons de longer la rivière depuis notre entrée dans l'arène, nous ne sommes pas encore sortis de la forêt, bien qu'elle ne se fasse de moins en moins dense. Les nuits, elles, sont toujours aussi glaciales, à la grande différence des journées où la chaleur est étouffante. Et Ian et Honey nous laissent toujours le sac de couchage, à Finnick et moi.
Je me pose lourdement sur une grosse pierre, soupirant. La journée vient seulement de commencer, le soleil n'est pas levé depuis longtemps. Pourtant, le peu de nourriture que nous mangeons et les mauvaises nuits de sommeil fatiguent d'autant plus que nous n'arrêtons quasiment jamais de marcher.
- Joyeux anniversaire ! entonne Ian d'un grand sourire.
Je reste là à le fixer longuement, mes yeux probablement écarquillés. Mon anniversaire ? Je n'y avais même pas pensé. Le 2 avril. Cela signifie que nous avons déjà passé une semaine ici.
J'esquisse un infime sourire en guise de réponse. Il se contente d'élargir le sien en reprenant.
- Je t'aurai bien fait un cupcake, si j'avais eu les ingrédients, mais...
Il hausse les épaules en levant les bras. Il avait l'habitude de me cuisiner des cupcakes à chacun de mes anniversaires.
- Un cupcake ? Pourquoi ? lance Honey d'un air curieux avec un grand sourire.
- Pour l'anniversaire d'Eden, rétorque gentiment Ian.
- Le quoi ? s'exclame Finnick qui vient d'arriver.
- On est le 2 avril. Sourit le blond.
- Oh. Oui. Le 2 avril. Bien-sûr.
Il fixe le sol un instant puis relève subitement la tête en même temps que son index.
- Oui, je me souviens ! (Il rit en se frottant la nuque) Enfin, je le savais. Bien-sûr que je le savais.
Mes pieds se soulèvement du sol quand il lui prend l'envie de me serrer sans ses bras.
- Joyeux anniversaire, susurre-t-il.
Je souris en l'étreignant à mon tour, attendant patiemment qu'il me ramène au sol.
Mon attention se porte soudain sur les petits bips émis par un parachute argenté qui tombe du ciel. Je glisse des bras de Finnick pour aller l'attraper. Quand il s'ouvre, j'y découvre un cupcake rose, surmonté d'une sorte de crème et d'une petite cerise.
Mon visage se décompose. Je réalise que c'est probablement mon dernier anniversaire. Au fond, peut-être que je l'espère.
- C'est quoi ? questionne Finnick en s'approchant de moi.
- Un cupcake, répond Ian en regardant par-dessus mon épaule, esquissant un petit sourire.
Nous partageons le gâteau, Ian me réservant la plus grosse part. Puis nous reprenons le chemin, suivant la rivière comme à notre habitude. Quand nous nous arrêtons, le ciel est teinté d'orange et de rose, le soleil se couchant sur la plaine que nous pouvons maintenant voir comme nous avons enfin quitté cette interminable forêt. Le temps fraichit déjà. Je pose mon sac au pied d'un arbre, remarquant Finnick qui s'est assis sur le sien, adossé à un autre arbre. Je m'approche de lui, remarquant qu'il me détaille longuement du regard. Je m'assieds sur ses jambes en esquissant un léger sourire qu'il me rend.
- En fait, t'es plutôt lourde tu sais ? fait-il d'un air taquin.
- Chut ! (Je lui fais une pichenette sur la tête en riant légèrement.)
Un silence s'installe, pendant que j'observe Ian et Honey se mettre en place pour monter la garde, dos à nous.
- Tu as passé une bonne journée d'anniversaire ? reprend-t-il cette fois avec un sourire plus doux dessiné sur ses lèvres.
- J'ai déjà vu mieux, disé-je en baissant les yeux.
Le silence s'installe une nouvelle fois, quelques instants.
- On dirait qu'il va falloir que j'améliore tout ça.
Il pose sa main sur ma nuque, se penchant doucement vers moi avant de frôler mes lèvres des siennes. Il me laisse à peine le temps d'écarquiller les yeux qu'il approfondit son baiser, me les faisant refermer mécaniquement. Je sens mes pommettes rougir tandis qu'il commence à caresser mes cheveux, ne tardant pas à déplacer sa main vers ma taille. Un intense fourmillement se fait sentir dans ma poitrine, accompagnant mon cœur qui bat à tout rompre. Ou peut-être s'est-il arrêté, tout comme le temps qui semble figé. J'aimerai qu'il le soit vraiment. Que quand j'ouvre de nouveau mes yeux, je sois de retour à la maison. Au château. Que tout ça n'ait été qu'un mauvais rêve. Un très mauvais rêve. Mais le temps ne s'arrête pas, et quand je rouvre mes yeux, je peux les plonger dans ceux de Finnick. Toujours d'un vert éclatant. Je peux détailler chaque recoin de son visage, chaque tache de rousseur et chaque mèche rousse-cuivrée qui tombe sur son front. En y regardant bien, je peux même voir cette lueur de tristesse qui brille là, tout au fond de son regard. Cette lueur de peur, aussi. Je redoutais de les voir un jour dans ses yeux. Tout un tas de pensées, de souvenirs me traversent l'esprit. Nos journées passées sur le terrain vague ou bien dans les rues du District. Dixie, elle aussi, finit par me traverser l'esprit. Oui parce-que je ne suis pas la seule à avoir eu le droit de goûter aux baisers de Finnick. Dixie Innerlock y a même eu le droit avant moi. A l'époque étrange et pour moi relativement perturbante où Finn avait décidé qu'il voulait une petite amie. Et où cette blonde aux yeux olive lui avait apparemment tapé dans l'œil. C'était il y a presque un an, maintenant. Je n'étais alors plus qu'une sorte de concentré de haine envers Miss-Innerlock et de jalousie, très étrangement. Qui plus est que le Beau rouquin avait aussi décidé de passer tout son temps avec elle et, en conséquent, de me laisser seule à ma jalousie. Mais vint un jour où il finit par lâcher cette fille, comme par miracle.
- Je te laisse donc sans voix. Sourit Finnick en reprenant son air taquin bien que tendre, me tirant de mes pensées.
Je lui plante un bref baisé sur la bouche accompagné d'un petit sourire comme toute réponse.
Quand je me réveille, ma tête est posée sur le torse de Finnick. Il a probablement attrapé la couverture avant que le froid ne revienne. Je ne me souviens pas d'avoir essayé de m'endormir hier soir comme j'en avais l'habitude ces dernières nuits. Mes paupières se sont fermes d'elles-mêmes pour me laisser à un sommeil sans rêves. Mais sans cauchemars, au moins.
Depuis le premier soir dans l'arène, les cauchemars envahissent mes nuits. Sans cesse. Je vois Ian et Finnick mourir, me voit poursuivie par des mutations génétiques...
Je frissonne à ce souvenir. Finnick ouvre les yeux et me sourit. Il me caresse la joue. Je lui rends son sourire, puis me relève doucement avant de l'embrasser sur le nez. J'attrape un morceau de viande séchée pour l'avaler. Pour le moment, nous n'avons pas manqué de rien si ce n'est d'autres couvertures pour Ian et Honey.
Les autres ne tardent pas à se lever à leur tour, mangent eux aussi un morceau, puis nous reprenons la route le long de la rivière qui semble se ramifier au fur et à mesure que nous avançons. Les arbres et la végétation en général commencent eux aussi à se faire rare bien que la forêt ne soit pas si loin.
- Oh, regardez ! lance Ian d'un air presque émerveillé en pointant un papillon du doigt.
Il se pose sur l'épaule du blondinet, de sorte qu'on puisse l'observer d'un peu plus près. Il est d'un bleu électrique, et flanqué de deux longues antennes qui s'enroulent sur elles-mêmes. Ses ailes sont parsemées de quelques taches noires et leur forme rappelle les lames des couteaux d'Ian plutôt esthétique.
Le papillon reste immobile quelques instants puis s'envole en quelques battements d'aile. Ian pousse un petit cri de douleur en portant sa main au visage.
- Qu'est-ce qu'il y a ? Je lance en enlevant doucement sa main de sa joue, y découvrant une petite coupure. Le genre d'égratignure qu'on se fait avoir un rasoir.
- Comment tu t'es fait ça ? je reprends.
- J'en sais rien, je...
Une masse bleutée lui coupe la parole en s'approchant dangereusement de nous, accompagnées de bruissements d'ailes qui bourdonnent dans mes oreilles. Cette nuée de papillons bleus venant tout droit de la forêt ne tarde pas à atteindre notre petit groupe sous nos yeux ébahis.
- Courez ! hurle Finnick.
- Mais c'est seulement des pap-
Ian n'a pas le temps de terminer que son visage et ses bras se couvrent de petites coupures au même rythme que les insectes volent tout autour de lui. Il pousse un hurlement de douleur alors que je l'attrape par le poignet pour prendre mes jambes à mon cou.
A chaque aile de papillon qui frôle ma peau ou même mes vêtements, une coupure s'y forme instantanément.
Les ailes de ces papillons sont des rasoirs.
