Note de l'auteur (25 novembre 2017) : Chapitre ré-écrit

Chapitre 7

Un shot. Deux shots. Trois shots. Quatre shots. Six shots. Sirius regarda son verre, se demandant un instant s'il ne s'était pas trompé dans le nombre de shots qu'il avait bu jusque-là. Il voulut poser la question à James et Peter qui se trouvaient à côté de lui, mais il voyait bien à leur regard qu'aucun des deux ne pourrait répondre à ses interrogations.

- Je suis totalement démonté, déclara Peter.

- Pareil, dit James en s'appuyant sur le bar, j'aurais jamais dû mélanger le shot de Whisky pur Feu à ma bierraubeurre.

- T'es débile James, rigola Sirius, le mélange que le gars t'a fait cet été en boite, c'était avec des boissons moldues.

- Oh ça va, j'ai voulu essayer !

- Je sais même plus il est quelle heure, continua Peter.

- L'heure de se trouver une fille avec qui finir la soirée, allez Queudver on va sur la piste !

James attrapa le bras de son ami pour le diriger vers la piste de danse, et Sirius les regarda se faufiler au milieu d'un groupe d'étudiantes plus âgées. Sirius les aurait bien suivis, mais pour le moment, il préférait observer plutôt que d'entrer en action. Les maraudeurs se l'étaient dit quand ils s'étaient enfin réunis dans le bar après que Sirius soit entré avec Willah, ils comptaient se la coller ce soir et ne pas finir la soirée seuls.

En parlant de Willah, Sirius vit la jeune fille de l'autre côté de la salle, assise à une table avec plusieurs Serdaigles. Elle trinquait sa bierraubeurre et éclata de rire alors qu'Alex lui disait quelque chose. Sirius hésita un instant à aller les voir et s'installer avec eux. Après tout, Willah Hale lui avait plus ou moins proposé de venir prendre un verre avec elle quand ils étaient entrés dans le bar, mais Sirius avait refusé, préférant rejoindre ses amis. Peut-être qu'il aurait dû accepter. Mais son regard fut attiré par trois filles plus âgées qui rigolaient et chuchotaient entre elles en le regardant, et Sirius comprit rapidement qu'elles le trouvaient mignon.

D'habitude, Sirius n'hésitait pas à aller voir les filles qui semblaient intéressées par lui, encore plus si elles étaient plus âgées que lui. Il reconnaissait sans soucis le bracelet de l'Ecole d'Interprétariat qu'elles portaient au poignet et le maraudeur se fit la remarque qu'il trouvait toujours cela ironique que les étudiants de toute l'Angleterre viennent passer leurs soirées à Pré-au-Lard, quitte à devoir transplaner en ayant bu, ce qui était formellement interdit par la loi sorcière. Mais ce soir, Sirius n'avait pas envie de discuter avec une inconnue. Il n'avait pas non plus envie de finir la nuit avec une inconnue, et lui-même se surprit. Peut-être que finalement, il commençait à rechercher de la stabilité. Un rire, ce fut la réponse de Sirius à lui-même. C'était impossible.

- Sirius Black, le tombeur de ses dames.

Sirius leva la tête et vit Lily Evans qui s'était approchée de lui avec un sourire moqueur. Elle semblait avoir bu, mais Sirius voyait bien que son regard restait clair et précis, elle devait avoir contrôlé sa consommation et il la respecta pour ça. Lily devait bien être l'exception dans ce bar bondé d'étudiants de Poudlard et d'étudiants d'études supérieures où tout le monde enchainait les verres. Elle, elle restait lucide et l'envie lui était venue d'aller parler à Sirius, aussi surprenant eut-ce été pour elle.

- Evans, surpris de voir que tu profites de ton vendredi soir comme tout le monde.

- Les filles m'ont obligée à sortir, sourit Lily, que je sorte la tête de mes bouquins et de mes soucis selon elles.

- Dur été ? demanda Sirius par curiosité et, à sa surprise, par intérêt.

- Comme tout le monde Black, soupira Lily, quand on ne se sent pas appartenir à sa famille, c'est dur d'y retourner deux mois complets.

Lily fit un léger sourire ironique, et Sirius lui rendit un sourire doux. Il ne connaissait pas vraiment la vie de Lily Evans, ils ne se connaissaient pas tous les deux, en réalité, mais ce qui arrivait dans les anciennes familles n'était un secret pour personne. Par contre, Sirius n'avait aucune idée de ce qui pouvait se passer dans la vie de Lily, mais quand il vit le regard douloureux qu'elle cacha, il ne douta pas que ça avait son poids dans le coeur de la jeune fille.

- Enfin, pour toi, c'est terminé il semblerait, lui dit Lily.

- Pour toi aussi. A la fin de l'année, on quitte Poudlard.

- Personnellement, ça ne règlera pas mes problèmes de famille. Et puis, qui d'entre nous sera encore en vie à la fin de l'année ?

Le ton de Lily était vide, tout comme son regard qui se baladait sur la piste de danse et Sirius ressentit de la gêne. Combien de fois en six ans avait-il parlé avec Lily Evans de cette façon ? Jamais, il en était sûr, et finalement, peut-être que derrière ses airs de fille difficile, la Gryffondor était pleine de doutes et de peurs. Tout comme lui, tout comme eux tous. Cependant, il était facile de savoir quelle était la source des peurs de Lily.

- Sois pas défaitiste comme ça Evans, il ne t'arrivera rien parce que tu es de parents moldus.

- Tu sais bien que c'est faux. Et puis, ce n'est pas vraiment la question. Dans quelques mois, on quittera Poudlard, et on nous demandera de choisir un camp. Et peu importera que je sois une sang-de-bourbe ou Antonin Hale l'héritier d'une grande famille, les ennemis ne chercheront qu'à tuer.

- Mon camp est déjà choisi pour ma part, répondit Sirius en soutenant le regard de Lily, et j'ai compris une chose, c'est qu'il fallait être excellent. C'est la seule chose qui nous reste à faire, devenir suffisamment bon pour ne pas se faire tuer.

- On jurerait entendre Willah Hale.

- Hale a perdu son frère, constata amèrement Sirius.

- Et tout comme toi, ton innocence. C'est ce qui arrive quand ton père te lance un sort dans le but de te blesser non ?

La question de Lily n'attendait pas de réponse, et le cœur de Sirius se serra un petit peu en prenant conscience de ce que Lily lui disait. De tout ce qui avait pu se passer ce soir-là, c'était la chose que Sirius avait le plus cherché à exclure de ses souvenirs, le fait que son père n'avait pas hésité à lui lancer un sortilège impardonnable. Il n'avait peut-être jamais essayé de le protéger, mais l'attaquer relevait d'un tout autre registre que le jeune homme de seize ans qu'était Sirius n'arrivait pas à assimiler. Non, il n'était plus un enfant, tout comme Willah Hale qui avait perdu son frère, ou James qui avait perdu Harry, ou Remus qui vivait de plus en plus mal ses transformations. Mais il voyait bien dans les yeux de Lily, qu'elle non plus, elle n'était plus une enfant, et il n'avait pas besoin de savoir quoi pour savoir que c'était le cas. Mais finalement, se dit Sirius, ils n'étaient plus des enfants, ni elle ni lui, et il le voyait parce que, pour la première fois, ils décidaient tous les deux de passer au-delà des barrières et discutaient ensemble sans se jeter sur la gueule.

Une fille s'approcha de Sirius et Lily, et il suffit d'un regard à la nouvelle arrivante pour que Lily sache pourquoi elle était là. Elle voulait danser avec Sirius, et Lily n'avait absolument pas envie d'assister à ça, alors elle fit un sourire à Sirius qui lui rendit avant de s'éloigner. Elle vit Sirius accepter la main de la jeune fille qui lui fit un grand sourire et jeta un regard circulaire à la salle. Un peu plus loin, Alex Lamar discutait avec les filles de sa maison, totalement à l'aise entouré de filles. S'il n'était pas sorti pendant deux ans avec Lucille Desrende, Lily se serait posée des questions sur la sexualité de Lamar, qui n'était toujours entouré que de filles. Il releva la tête, se sentant sûrement épié, et rencontra le regard de Lily qui lui fit un sourire avant de se détourner pour partir à la recherche de ses amies. Comme elle s'y était attendue, la soirée n'était pas spécialement productive.


- Je crois que James est en train de te faire signe Jo, dit Willah en buvant une gorgée de sa boisson.

Joan suivit la direction dans laquelle regardait Willah et en effet, James Potter était sur la piste de danse et semblait avoir délaissé la fille brune avec qui il dansait depuis dix minutes et était tourné vers eux, faisant signe à Joan de le rejoindre sur la piste. La jeune fille répondit par un sourire et un geste de la main, signalant au Gryffondor qu'elle arrivait.

- C'est bon, lui dit Willah sournoisement, plus besoin d'être jalouse.

- La ferme Hale, répondit Joan dans un sourire alors qu'elle finissait sa bierraubeurre d'un coup et se levait pour rejoindre James.

- C'est moi ou c'est le vrai rapprochement entre ces deux-là ? demanda Alex.

- J'attends de voir combien de temps leur jeu va durer, lui répondit Willah.

- Avant qu'ils ne se mettent ensemble ? demanda Alex.

- Tu rigoles, ils ne se conviennent pas ces deux-là. Jo n'est pas assez prise de tête pour lui, James il a besoin de quelqu'un qui le cadre.

- Tout comme toi il te faut quelqu'un qui sache profiter de la vie ? continua Alex dans un rire.

Il n'attendait pas de réelle réponse de la part de son amie, Willah le savait, alors elle se contenta de lui faire un clin d'oeil, levant son verre dans sa direction avant d'en boire une gorgée. Alex répondit à son sourire par un rire, se demandant un instant si Willah était bourrée ou non. Il observa quelques secondes encore le couple que formaient Joan et James puis dériva son regard sur le reste du bar. Sirius Black dansait de manière sensuelle avec la même fille depuis vingt bonnes minutes, Louise et Remus rigolaient ensemble, assis à une table juste tous les deux. La jeune Gryffondor dut sentir le regard d'Alex car elle releva la tête et chercha quelqu'un du regard jusqu'à tomber sur celui du Serdaigle. Elle assimila quelques secondes qui la regardait, probablement à cause de la dose d'alcool qu'elle devait avoir dans le sang, et fit un sourire à Alex avant de détourner aussitôt le regard. Elle n'était pas à l'aise avec le jeune homme, qu'elle connaissait pourtant si bien.

Si Willah avait détourné la tête de la discussion qu'elle avait entamée avec deux de ses camarades de chambre, et avait vu le regard d'Alex, elle lui aurait dit de ne pas se tourmenter, Alex en était sûr. Mais c'était impossible. Voir Louise lui avait rappelé ce qu'il avait enfoui en lui ces dernières semaines, et avec l'alcool qu'il avait dans le sang, il commençait à sentir les regrets et la nostalgie l'envahir.

« Quitte à boire Alex, passe direct au stade où tu ne peux plus réfléchir plutôt que d'user tes neurones ». C'était ce que Lucille lui disait toujours quand il finissait alcoolisé et qu'il commençait à réfléchir sur la vie et ses principes, un des grands traits de caractère d'Alex. Il eut un sourire en y repensant. Il devait reconnaître que la jeune fille lui manquait souvent. Depuis qu'il avait rompu avec Lucille, celle-ci l'évitait de toute évidence, et Alex ne s'était pas senti d'aller la voir si elle, elle ne voulait pas. Il avait essayé pourtant, pendant l'été il n'avait cessé de lui envoyer des lettres, mais la jeune fille avait toujours répondu de manière assez froide et détachée. Et ensuite, ce qui était arrivé avec Antonin avait totalement détourné Alex de Lucille pour prendre soin de Willah, mais elle lui manquait, c'était vrai. De toute évidence, Alex continuait d'aimer Lucille mais jamais il ne le reconnaîtrait. Après tout, c'était lui qui avait rompu.

- Et toi, lui dit Willah en le voyant en pleine réflexion, il te faut vraiment un plan qui te changerait les idées.

- J'ai déjà dit que j'arrêtais les coups d'un soir une fois revenu à Poudlard. Ça ne m'a pas réussi cet été.

- Je préfère ne pas repartir dans la description des exploits des filles qui ont fini dans ton lit cet été, Lamar.

Alex éclata de rire, conscient que Willah avait détesté entendre ses relations d'une nuit tout l'été. Ils partageaient tout, et ça avait été naturel que Willah demande comment s'étaient passées les premières fois qu'il avait eu un coup d'un soir, lui qui n'avait pas touché une autre fille que Lucille. Et Alex lui avait tout raconté, mais plus ses coups d'un soir s'étaient accumulés, et moins Willah voulait en entendre parler, ce qui amusait encore Alex. Mais son rire fut coupé par Louise Desrende qui se planta devant lui, les mains sur les hanches et le regard mécontent.

- Qu'est-ce qu'il t'arrive mini Luce, pourquoi tu fais la fille énervée alors que tes yeux restent difficilement ouverts ?

Louise assimila les propos du Serdaigle tandis que celui-ci lâchait un rire discret. La jeune fille était en effet dans un état très alcoolisé, il suffisait de voir ses yeux pour le comprendre. Louise secoua la tête, comme si les propos d'Alex n'avaient pas lieu d'être, mais ne dit pas un mot. Elle se contenta de tendre sa main à Alex, lui proposant implicitement d'aller danser, ce que le Serdaigle accepta après avoir échangé un regard amusé avec Willah qui avait suivi la scène et qui fit un clin d'oeil à la jeune Gryffondor. Alex attrapa la main de Louise mais ne la laissa pas le mener sur la piste, ce fut lui qui prit les commandes de la danse.

- Tu voulais me dire quelque chose mini Luce ?

- Arrête de m'appeler comme ça, grommela Louise.

- T'adores ce surnom.

- Non, tu sais que je le déteste. Et puis, ça me fait bizarre de t'entendre m'appeler comme ça maintenant que tu n'es plus avec ma sœur.

- Et alors, elle et moi on est resté longtemps ensemble, tu gardes ta place dans mon cœur.

Alex avait lâché ces mots de manière nonchalante, mais au regard touché que Louise lui lança, il se rendit compte que la jeune fille ne le savait pas. Elle ne savait pas qu'Alex tenait à elle, comme quand il était avec sa sœur. Et Alex soupira, il ne comprenait pas les filles. Il ne comprenait pas pourquoi Lucille l'évitait tant, et pourquoi Louise avait le sentiment que maintenant qu'il ne sortait plus avec sa sœur, elle n'était plus personne à ses yeux. Il avait toujours considéré Louise comme sa petite sœur également, il l'avait toujours protégée et il n'avait jamais arrêté de le faire. C'était bien pour ça que Lucas Mapilo avait failli atterrir à l'infirmerie cet après-midi.

- Tu n'aurais pas dû rompre avec elle, tu l'aimes toujours.

- Et ça, mini Luce, ça ne te regarde pas.

- Si, parce que ma sœur souffre. Et que tu souffres.

- S'aimer, ça ne suffit pas Louise, pas en ces temps dangereux.

Louise soupira. Sa sœur lui avait répondu la même chose quand elle lui avait demandé pourquoi elle ne retournait pas vers Alex alors qu'il était évident qu'il regrettait son choix. Elle lui avait dit qu'avec les temps qui couraient, elle ne pouvait pas retourner vers quelqu'un qui n'était pas sûr de vouloir rester avec elle. Des propos qui mettaient Louise hors d'elle. Qu'ils essaient de se mettre dans sa situation à elle, pour voir.

- Moi, je vous trouve ridicule, reconnut Louise en se contenant. Vous n'arrêtez pas de parler des temps terribles qui courent mais je te ferais dire que vous ne quittez pas Poudlard avant un an. Quoi, tu as prévu de partir à l'étranger une fois que tu auras quitté Poudlard, et alors pourquoi tu romps maintenant avec ma sœur ? Pourquoi tu n'en profites pas tant que vous êtes en sécurité ? Vous vous aimez, et vous avez l'occasion d'être ensemble, vous devriez en profiter. Vous avez cette chance.

Au fil de sa tirade, Louise avait senti ses forces partir, et ses derniers mots n'avaient été qu'un murmure. Eux, ils avaient cette chance de pouvoir être ensemble, et ils la gâchaient. Alex, qui ne voulait pas continuer sa relation alors qu'il aimait toujours Lucille, et Lucille, qui étaient trop fière pour essayer de faire revenir Alex, ils gâchaient tout.

Mais Louise ne pouvait pas comprendre ce que pensait Alex. Il ne se considérait pas hors de danger en étant à Poudlard, et continuer de s'attacher alors qu'il partait pour l'étranger l'année d'après, il n'en voyait pas l'intérêt. Il préférait souffrir maintenant plutôt que dans un an, où les chances étaient plus grandes d'entendre que la fille qu'il aime a été assassinée. Mais ça, Alex ne comptait pas en débattre avec Louise. Face à lui, la jeune fille retenait des larmes, perdue dans ses pensées. Elle n'avait plus envie de danser, et sans un regard pour Alex, elle quitta la piste de danse, se perdant dans la foule, laissant sur place un adolescent perdu à qui on avait rappelé une nouvelle fois que le choix qu'il avait pris deux mois plus tôt n'avait semblé juste qu'à ses yeux.


- C'est pas vrai James, t'es infatigable !

James fit un sourire à Joan sans lui répondre, alors qu'il attrapait la main de la jeune fille pour la faire tourner sur elle-même. Il adorait danser, sa mère l'avait inscrit à des cours de danse étant petit, comme dans chaque famille de sang-pur, et il adorait ça. Encore plus avec Joan qui éclatait de rire à chaque fois qu'il la faisait tourner, il adorait entendre son rire.

- Surtout avec toi !

Joan répondit par un sourire alors que la musique prenait fin. James attrapa ses deux mains et se tint immobile, attendant la prochaine musique et il ferma les yeux, laissant l'alcool se faufiler dans tous les coins de son cerveau, et quand il les rouvrit, une musique douce commençait.

- Tu ne veux pas qu'on aille boire quelque chose ? chuchota Joan.

- Après cette danse.

James colla son corps à celui de Joan qui ne put que sourire alors qu'elle sentait les mains de James se faufiler sous son t-shirt pour se poser sur ses hanches. Elle passa ses bras autour du cou du Gryffondor et appuya sa tête sur son torse, se sentant définitivement en sécurité.

- Tu ne veux pas passer la nuit avec moi ?

La voix de James était rauque, et Joan sourit contre le vêtement du jeune homme. Elle adorerait dire oui, et elle n'avait attendu que James lui propose, rassurée qu'il veuille d'elle. Ce qui était ridicule, elle en avait conscience, après avoir dansé plus d'une demi-heure avec lui sans qu'il ne se lasse.

- J'adorerais, mais ce soir je suis avec Alex et Willah.

- Pourtant, vous êtes tous chacun de votre côté.

- Oui, mais on est venus ensemble, et on repart ensemble.

Joan n'avait pas besoin d'en dire plus, elle savait que James comprenait. Il savait ce qu'elle voulait dire, qu'elle était venue pour ses amis, et qu'elle voulait repartir avec eux. Alors quand James lâcha ses hanches pour la prendre totalement dans ses bras et embrassa ses cheveux en lui murmurant un « je comprends », Joan ne pouvait se sentir plus contente.

Un peu plus loin, Willah s'était assise sur un tabouret au bar, attendant que le serveur daigne lui demander ce qu'elle désirait, mais elle voyait bien qu'il était débordé. Elle avait observé quelques minutes sa meilleure amie dans les bras de James, et avait soupiré sans réellement savoir pourquoi.

- Tu sais Hale, toutes les filles qui ont joué ce jeu avec lui s'y sont brûlées les ailes.

Willah eut un sourire en ayant le sentiment qu'elle s'était finalement habituée à la voix qui s'adressait à elle en ce moment. Elle tourna la tête et vit Sirius Black qui s'était accoudé au bar à quelques centimètres d'elle, et le sourire qu'il lui fit était malicieux, ce qui fit sourire Willah.

- Au lieu de faire le malin, commande-moi quelque chose Black.

- A vos ordres, milady.

Il suffit que Sirius lève la main pour que le serveur le repère, et moins de deux minutes plus tard, le Gryffondor tendait un verre à Willah qui le regardait d'un air choqué. Elle mit la main dans sa poche, mais Sirius l'arrêta d'un geste.

- Arrête Hale, charrie pas.

Alors Willah ne sortit pas ses sous et remercia le Gryffondor. Elle sentit son cocktail et reconnut le jus de citrouille mélangé à du Whisky pur feu, et elle fit la grimace.

- Je suis censée pouvoir me lever demain, tu sais.

- Tu n'étais pas censée surtout me montrer que tu savais boire Hale ? répondit Sirius d'un ton taquin.

Il savait quoi dire à la jeune fille pour la faire réagir, ça c'était sûr. Elle défia Sirius du regard et but une gorgée de son verre, retenant la grimace quand elle vit à quel point son cocktail était dosé en alcool. A côté d'elle, Sirius ne cachait pas son sourire, il voulait qu'elle dise que son verre était trop chargé. Ça, Willah l'avait compris, et c'était bien la raison pour laquelle elle ne comptait pas le reconnaître.

- La ferme, Black.

- Je n'ai absolument rien dit, rigola Sirius.

- Quand même. Et range ton sourire à la con.

Sirius ne se retenait plus, il éclata de rire devant l'air faussement vexé de la Serdaigle. Il avait voulu lui lancer une pique pleine de sous-entendus, mais il la trouvait beaucoup trop amusante à refuser de reconnaître que son verre était trop chargé.

- Pourquoi tu ne retournes pas danser avec ton étudiante, Black ?

Sirius savait qu'elle ne lui disait pas réellement de dégager, et le temps d'un instant, il se demanda comment elle réagirait s'il passait sa main sur sa joue. Ce n'était pas l'envie qui lui manquait, mais il savait qu'il y avait des choses qui n'étaient pas à faire. Et draguer Willah Hale de cette façon n'était tout simplement pas à faire.

- Je te paie un verre, et tu me demandes de dégager ? Tu n'es pas très gentille Hale.

- Tu ne serais pas le premier à le penser, dit-elle avec un sourire ironique.

Et ça, il n'en doutait pas.

- Tu ne m'auras pas, Hale, dit Sirius avec un ton malicieux. Moi je sais que tu peux être gentille, je l'ai vu sur le Chemin de Traverse cet été, je t'ai démasquée.

Willah eut un léger rire. Elle aimait que les gens la pensent froide et distante, c'était tellement plus simple pour elle de s'éloigner des relations humaines. Mais elle devait reconnaître qu'elle aimait encore plus que les gens voient au-delà des apparences qu'elle mettait en avant telle une carapace. Une chose était sûre, même si Sirius Black ne savait pas d'une manière générale comment se comporter avec elle, il avait en tout cas compris que sa manière de fonctionner ne correspondait pas entièrement à l'image qu'elle essayait de montrer d'elle.

- Tu dirais quoi de danser avec moi plutôt, Hale ?

La phrase était innocente, tout comme le ton et le sourire de Sirius, et Willah sembla réfléchir. Après tout, ça ne lui coûtait rien de danser avec Sirius Black. Elle en entendrait sûrement parler le lendemain, mais jusque-là, le Gryffondor avait toujours été gentil avec elle, et ça ne lui ferait pas de mal de danser, elle devait le reconnaître.

- Pourquoi pas, Black.

Sirius haussa un sourcil de surprise, mais très vite, un grand sourire s'installa sur ses lèvres. Finalement, elle n'était peut-être pas aussi insensible que cela, la Hale. Elle but son verre d'une traite, ne retenant cette fois aucune grimace, et prit la main que lui tendait Sirius. Mais ils ne firent pas deux pas, qu'on vint les déranger. Deux Gryffondors de sixième année que Willah reconnut comme les deux acolytes de Louise Desrende s'approchèrent d'elle, la mine inquiète.

- Dis Hale, tu n'aurais pas vu Louise ?

- On ne la trouve pas depuis une demi-heure, elle n'est pas dans le bar, et elle est très bourrée.

Willah fronça les sourcils. La dernière fois qu'elle avait vu la jeune fille, elle dansait avec Alex. Elle n'aimait pas spécialement savoir que Louise était seule par elle-même alors qu'elle était bourrée. Son instinct protecteur avait toujours été plus développé avec la jeune fille qu'avec les autres personnes, peut-être était-ce dû à l'amour qu'Antonin avait toujours eu pour Louise, ou peut-être était-ce dû à la sincérité de la jeune fille, Willah ne savait pas, mais elle savait qu'elle ne pouvait que se lancer à la recherche de la jeune fille.

Alors elle se tourna vers Sirius qui avait compris. Il la dévisageait du regard en attendant qu'elle lui dise les mots qu'il savait déjà.

- Désolée Black, on remet la danse à une autre fois ?

- Tu veux que je vienne avec toi ? s'enquit Sirius.

- Non merci, je sais où elle est. A plus tard.

Sur ce, Willah décampa rapidement, laissant Sirius seul face aux deux Gryffondors qui lui firent des excuses pour les avoir interrompus. Sirius hocha simplement des épaules, se décidant d'aller à la recherche de ses amis. Il pouvait appeler son action un échec, un échec royal.


- Capitale du Lesotho ?

- Maseru mec.

- Putain.

Connor jura à haute voix, mécontent, tout en tendant le joint qu'il tenait dans la main à Severus qui ricanait. Il était excellent au jeu des capitales, et Connor était mauvais perdant, ce qui donnait toujours à des scènes amusantes pour Severus.

- Heureusement que Nino a eu le temps de nous montrer cette merde moldue avant de mourir, lâcha Connor sur un ton nonchalant.

Severus approuva d'un hochement de tête alors qu'il crachait la fumée de son joint et buvait une gorgée de sa pinte de bierraubeurre. Il devait reconnaître que celle qu'il buvait n'était pas mauvaise. Elle venait d'un bar qu'ils ne connaissaient pas, Connor et lui, et ils préféraient définitivement celle de l'Icare, mais aucun des deux Serpentards n'avait ressenti l'envie de croiser des têtes connues, alors ils étaient entrés dans un bar au hasard et avaient pris deux bierraubeurres à emporter pour se poser dans au parc du village où ils allaient tout le temps, pas loin de la rue des bars.

- N'empêche, reprit Severus, j'arrive pas à croire que Kare ait eu l'audace de te provoquer comme ça.

- Ouais, mais crois-moi qu'elle ne le refera pas. Maintenant que j'ai perfectionné ton Sectumsempra cet été, je me ferais une joie de l'utiliser si on m'énerve trop.

- Evite de perdre ta couverture trop tôt Connor, ou tu vas te retrouver à Azkaban avant d'avoir quitté Poudlard.

- Pas avant d'avoir tué Gatling, Sev.

Severus refila le joint à Connor qui avait perdu son regard dans le parc sombre. Steven Gatling, le mangemort au service du mage noir qui avait tué Antonin, ils avaient fini par avoir son nom. Connor avait fait la promesse à Severus que peu importait le camp de celui qui avait assassiné Antonin, il le tuerait. Et Severus savait que Connor tenait toujours ses promesses. De toute façon, Connor était un des favoris du mage noir, il savait qu'il y avait des choses qu'il pouvait se permettre. D'autant plus que l'assassinat du jeune sorcier n'avait pas été voulu par le Lord. A Connor donc de trouver une bonne raison pour ce faire.

- Nott ?

Les deux Serpentards relevèrent la tête d'un même corps, surpris que quelqu'un les reconnaisse dans ce parc, et les deux posèrent automatiquement leur main sur leur baguette qui se trouvait à la ceinture, mais en voyant qui se trouvait face à eux, ils se calmèrent. Louise Desrende se tenait devant eux, les mains dans les poches de son gilet, le regard peu présent et les traits tirés.

- Qu'est-ce que tu fous seule dans un endroit pareil, Desrende ? l'agressa Connor sans réellement le vouloir.

- Je voulais prendre l'air. J'ai marché. Et j'ai atterri ici.

- Retourne avec les autres alors Desrende, lui dit Severus d'un ton monotone.

- Antonin m'a amenée ici plusieurs fois.

La voix de Louise était vide, et Connor et Severus perdirent leur agressivité d'un coup. Elle avait perdu son regard dans le petit lac qui se trouvait face à eux, et ils voyaient bien que des larmes commençaient à se former dans ses yeux.

- Quand je bois, reprit Louise d'une petite voix, tout me ramène à lui. Il me manque.

Connor retint un soupir. La Gryffondor se retenait de pleurer, et Connor n'avait pas envie de gérer une fille en larmes, mais le regard que lui lança Severus était réprobateur, il lui reprochait d'être insensible et Connor le savait. Severus se leva et s'approcha de Louise qui releva la tête vers lui. Il garda une bonne distante, mais savait que ses mots l'atteindraient.

- Ecoute Desrende, commença Severus sur un ton calme, tu ne dois pas t'empêcher de penser à Nino. Refouler son image et son souvenir ne t'aidera pas à avancer, ça te permettra juste de te voiler la face. Alors ouais, c'est douloureux de penser à lui, tu n'as pas vu Connor les jours qui ont suivi la mort de Nino, pire qu'une gamine.

Severus ignora le grognement de Connor qui se retenait de contester.

- Mais il le faut. Tu ne peux pas effacer son image, tu te fais du mal et tu ne lui rends pas honneur.

Louise ferma les yeux alors qu'elle essayait de ravaler ses larmes. Malgré l'alcool, elle se maudit de s'être montrée faible devant les deux Serpentards. Après tout, elle avait cherché à leur montrer pendant des mois qu'elle était une dure à cuire, qu'elle était à la hauteur d'Antonin, et la voilà qui craquait juste devant eux. Mais les mots de Rogue l'atteignaient, elle savait qu'il avait raison. Celui-ci recula et se rassit, ne souhaitant pas se retrouver trop proche de la jeune fille. Il avait du mal avec le contact des autres.

A côté de lui, Connor ne lâchait pas Louise du regard. Il voyait depuis qu'elle était arrivée la lutte dans son cerveau pour ne pas pleurer, et il retenait un sourire. Connor appréciait la jeune Gryffondor pour au moins une chose, son amour pour Antonin. Mais il devait reconnaître que de nombreuses choses faisaient d'elle une bonne sorcière et une jeune fille intéressante. Mais jamais, au grand jamais, Connor Nott n'aurait fait un compliment à voix haute à un Gryffondor.

- Il est temps de rentrer auprès de tes potes Desrende, lui dit Connor, il ne fait pas bon de se promener seul ces temps-ci.

- Je sais que tu ne me feras pas de mal, Nott, affirma la jeune fille.

- Mais je ne parlais pas de moi, répondit Connor d'un ton froid. Et sache que je ne te ferai pas de mal, en effet, mais je ne te défendrai pas non plus, alors retourne auprès de gens qui le feront.

- Ecoute ce qu'il dit Louise, ce ne sont pas des paroles en l'air.

Ce n'était pas l'un d'entre eux qui avait parlé, et leur regard à tous se tourna vers la nouvelle arrivante, Willah qui s'approchait de Louise. Elle s'arrêta à côté de la Gryffondor et posa une main sur son bras.

- Tes amies te cherchent, elles sont inquiètes.

Louise hocha la tête, silencieuse, et Willah lui fit un sourire affectueux. Quand Antonin mourut, Louise avait envoyé une lettre à Willah. Elle n'avait jamais été très proche de la jeune fille, mais la Serdaigle s'était toujours montrée très avenante et affectueuse envers elle, sans que Louise ne sache vraiment pourquoi, mais elle avait toujours accepté son affection, elle qui n'avait jamais été très propre de sa sœur. Et Willah lui avait répondu avec beaucoup de gentillesse, lui disant que malgré ses airs distants et froids, elle répondrait toujours présent si Louise avait besoin de discuter. Mais Louise voulait se montrer forte, alors elle gardait tout pour elle. Et elle se faisait du mal de cette manière.

Alors Louise ne dit rien. Elle hocha une nouvelle fois la tête, lança un regard à Nott et Rogue et s'éloigna. Willah regarda la silhouette de Louise disparaître dans l'obscurité, et elle se demanda un instant si elle ne devait pas suivre la jeune fille pour s'assurer qu'elle rentrait dans le bar en sécurité, mais elle ne fit rien. Au lieu de ça, elle lança un regard froid aux deux Serpentards qui la dévisageaient.

- Un instinct maternel que tu te découvres Willah ? lui demanda Connor sur un ton ironique.

- La ferme Nott. Je suis surprise que vous ne passiez pas votre vendredi soir à pratiquer de la magie noire.

- On réserve ça pour le samedi soir, tu le sais bien.

Willah retint un sourire. Il fallait savoir qu'on ne gagnait jamais un jeu de répartie avec Connor Nott. Elle s'approcha d'eux, mais ne s'assit pas. Elle ne comptait pas rester.

- T'es devenue amie avec les maraudeurs, constata Severus.

- Ils sont amusants, répondit Willah sur un ton calme.

- Ils sont porteurs de trouble, enchaîna Severus sur le même ton.

- Vous croyez être quoi vous ?

- Je serais toi Willah, lui dit Connor, je ne traînerais pas trop avec Black. Son frère est en train d'intégrer les Jeunes Mangemorts et de ce que j'entends, il ne respirera pas trop longtemps, l'aîné des Black.

Willah retint une grimace. Elle savait que les propos de Nott n'étaient pas à prendre à la légère. Elle le dévisagea un instant, ce jeune leader de mauvais sorciers. A côté, Severus avait perdu son regard dans l'obscurité. Willah n'avait jamais eu beaucoup de mal à le comprendre, elle savait qu'il voulait faire ses preuves, se démarquer des autres. Elle savait qu'il avait également un sens de la justice qu'il ne voulait pas montrer, mais il n'approuvait pas les actions de Connor. Il restait silencieux, il observait, il ne prenait pas partie, et de ce fait, il voyait tout. Willah le savait, Severus Rogue était dangereux à sa manière.

Tout comme Connor, mais pour lui les choses étaient plus évidentes. Il était un sorcier puissant. Il se fichait de la vie des autres, pourtant il n'avait pas un instinct meurtrier. Willah n'était pas sûre que Connor adhère aux idées d'extermination de Voldemort, mais plutôt à un rejet des idées sociétales. Il ne suivait pas le chemin de ses parents, qui eux étaient fermement opposés à l'existence des enfants de moldus, mais suivait son propre chemin, celui d'un enfant rejetée par une famille elle-même rejetée de la société à cause d'idées et de préjugés. Willah savait que Connor avait une rancoeur qu'Antonin avait réussi à adoucir, mais pas à faire disparaître. Il ne pensait pas à tuer, mais il n'aimait pas être embêté.

Les deux Serpentards étaient très complexes, mais une chose avait toujours été claire. Ils ne toucheraient jamais à un de ses cheveux, par respect pour Antonin qu'ils avaient aimé. Antonin qui était arrivé avec son sourire et son refus d'être catégorisé. Il avait été envoyé à Serpentard pour son ambition, et n'avait pas hésité à discuter avec Connor le premier soir, alors que celui-ci refusait de lâcher un mot. Connor l'avait menacé, mais Antonin en avait ri. Antonin et ses idées, Antonin et ses projets. Il était une lumière que Connor avait pensée inéteignable. Une des rares fois où il s'était trompé.

- Au fait Willah, reprit Connor, tu as réfléchi à ma proposition pour la magie noire ?

- Je n'ai pas besoin de magie noire, Nott.

- Bien sûr que si, et tu le sais. Sev et moi, on fait partie des meilleurs sorciers de l'école parce qu'on la pratique. Tout comme Nino.

- Je ne pratiquerai pas la magie noire, Nott.

- Parce que tu t'arrêtes à des préjugés. Il n'y a pas de magie blanche ou de magie noire, c'est simplement une question de ce que tu en fais. Ta mère le sait, ton frère le savait. Ne te ferme pas des portes, pas dans le domaine de la survie Willah.

Willah soutint le regard de Connor qui lui souriait de manière ironique. Il la défiait, et Willah le savait, mais surtout, elle savait qu'il avait raison. Sa mère le lui avait dit, son père également, et Nott insistait, mais tout de suite, ce n'était pas ce qu'elle avait envie d'entendre. Willah avait envie d'oublier que son frère était mort, que les deux sorciers face à elle étaient relativement dangereux, qu'elle avait peur pour son avenir, et qu'elle ne savait plus où elle en était. Alors elle fit comme Louise quelques minutes plus tôt, elle ne dit pas un mot et s'en alla pour retrouver ses amies. De toute façon, cette soirée n'avait pas été une réussite dès le début.