Zoom zoom ! (ง ´͈౪`͈)ว

Comment a été votre été ? Moi ? Pleine de flemme, mdr.

Je vois d'ici la fin de La belle étoile. Peut-être 10 chapitres. Ou 9, au grand minimum, mais rien n'est sûr. On passe aux choses sérieuses - car je vous le dis, je n'ai plus d'idées d'obstacles pour les empêcher d'arriver à bon port - et je dois vous avouer que j'ai peur. Je suis bien du genre à précipiter les choses, et surtout les fins, alors soyez stricts, mais moelleux, messieurs-dames ! Car on est pleins d'amour.

Bonne lecture !

ヽ(๑╹ڡ╹๑)ノ


Les choses tournaient plutôt mal. Pas pour Yuuri, en tout cas. Mais Viktor, ce pauvre – ah oui ! « Pauvre », « pauvre » ! - Viktor...

Bientôt trois quarts d'heure que le Japonais attendait avec nervosité dans le hall, assis en face d'un mur qui lui donnait l'impression de s'avancer pour l'écraser, tant le couloir était petit. Il était stressé à l'idée d'être interrogé par des policiers avec lesquels l'anglais était une option inenvisageable, et le russe, encore moins. Yuuri avait paniqué, la première fois, et l'échange en devenait de plus en plus embarrassant et catastrophique. Le pire, c'est que ces messieurs semblaient avoir compris quelque chose, mais peut-être pas ce qu'il essayait d'expliquer. Alors, il se tournait les pouces, littéralement.

Ils avaient emmené Viktor dans une autre pièce, et demandé à l'Asiatique d'attendre ici. La différence de traitement était énorme – alors que, vu ses origines, Yuuri s'attendait à l'inverse. Ils avaient traité le Russe comme un malpropre, comme si c'était Yuuri qui l'avait emmené et qu'on le faisait maintenant patienter pour un verdict. Il cligna des yeux en songeant à une idée : Viktor cachait-il autre chose ? Un casier judiciaire connu des services de police ? Il secoua la tête. N'importe quoi... Il n'est pas comme ça. Pourtant, il ne le connaissait pas tellement. Il en savait bien des choses, sur sa personnalités, mais le reste ? Il n'y a pas si longtemps, il a apprit que son guide était marié à cette Anya – enfin, il ne l'a pas dit clairement, mais c'est jusque-là la théorie la plus plausible. Et c'était sans aucun doute la raison de son voyage à travers le pays : il la cherchait, et lui, il était en travers de sa route.

Il se rappela des nombreuses fois où Viktor lui avait assuré que ça ne le gênait pas de profiter de son argent... de manière modeste, évidemment. Mais Yuuri ne voulait rien savoir : il se sentait coupable d'être un tel poids dans sa mission, de ne dépendre que de lui, et surtout, d'entraver ses recherches. Il ignorait les circonstances, le pourquoi du comment, mais chercher sa femme, ce n'est pas rien. Ce n'est pas comme chercher un chien égaré. Et n'a-t-il pas également le poids et la confiance d'autres sur les épaules ? Ce Nikolaï qui restait chez lui, qui était-ce réellement ? Il y avait encore les mêmes questions, toujours, depuis tout ce temps, qui le hantaient. Il savait qu'il n'avait pas à les lui poser, et qu'en plus, le Russe ne voulait de toutes façons pas y répondre. Alors qu'est-il censé faire ?

Que faire une fois qu'il se retrouvera en face de Viktor ?

Yuuri songeait à partir. Il ne voyait pas ce que les policiers lui voulaient et encore moins à son guide. Pourquoi garder les deux ensemble, c'est la question qui le titillait et l'énervait le plus, à l'heure actuelle. Il bougea enfin un peu de sa position assise et plongea la main dans la poche, sortant la liasse de billets qu'il avait « volé » - guillemets. Parce que Viktor l'avait laissé faire... Il avait désormais l'impression de ne tenir que des petits bouts de papier sans intérêt. Qui ne l'amèneraient pas bien loin. Dire que c'est avec ces machins-là que le monde tourne. Alors que lui, il voulait seulement une vie simple. Et Viktor, retrouver sa femme.

Il sentit un goût amer sur la langue en songeant à cette dernière idée. Qui était Anya ? Voulait-elle divorcer ? Si c'était le cas, elle aurait plutôt dû se montrer suffisamment courageuse pour le faire, plutôt que de fuir... Ne fais pas comme moi... Que se passera-t-il entre eux, lorsque Viktor l'aura retrouvé ? Qu'est ce qu'ils vont se dire ? « Je t'aime », « reste avec moi », « ne me quitte plus jamais » ? Merde... Imaginer de telles choses dégoûtait Yuuri, et il n'avait aucune idée de pourquoi. Se savoir au milieu d'un mariage, ça le dérangeait... Ou alors, c'était de savoir que son guide s'occupait autant de l'un que de l'autre. Peut-être. Il n'en savait rien, et pour l'instant, le fait d'être ici le préoccupait davantage.

Il rangea l'argent dans sa poche, oubliant ce qu'il voulait en faire. Un peu plus, et il l'aurait peut-être mit à la poubelle... si messieurs les policiers ne lui rendaient pas le Russe. Qu'est ce qu'ils fichaient tout les trois, bon sang ?

Il se releva brusquement, comme tiré de sa chaise par une corde invisible, lorsqu'il entendit la porte s'ouvrir. Il vu les deux policiers sortir, mais pas de Viktor. Alors, Yuuri amorça un pas vers eux, mais les deux autres lui firent signe de la main en parlant sans qu'il ne puisse comprendre exactement – toutefois, il aperçut un effort de communication en voyant l'homme articuler.

- Il veut vous voir. Mais cinq minutes, pas longtemps.

Yuuri, cette fois, ne fit pas des pieds et des mains pour bien traduire le geste. Il les contourna et entra, avant de refermer la porte derrière lui – même s'ils n'allaient peut-être rien comprendre, il ne voulait pas d'oreilles indiscrètes. Viktor était assis à une table assez déprimante, grise et un peu sale, sur laquelle il avait posé ses bras et regardait ses mains. Il avait l'air abattu, d'une certaine façon. En même temps, ce n'est jamais marrant de se faire arrêté par la police – et pour quelle raison, bon sang ! Le Japonais n'osa pas rentrer dans son champ de vision tout de suite, mais de toutes évidences, il savait qu'il était là. Sans attendre le moindre mot de sa part, le Japonais s'installa donc en face de lui, là où l'un des deux hommes avait sûrement prit place durant tout l'interrogatoire.

Yuuri eut le courage d'essayer de le regarder dans les yeux, mais pas Viktor. La situation était étrange, alors que c'est l'Asiatique qui avait fauté et était partit avec honte – mais assumée. Un court silence suivit l'instant où il s'était assis, puis il parla sans trop savoir quoi dire ou demander :

- Alors ?

Sans doute le mot à éviter, car Viktor glissa le regard sur le côté, soit pour annoncer quelque chose de long, soit pour montrer qu'il avait surtout envie de se taire. Mais il répondit tout de même d'un ton un peu salé :

- Je vais être honnête... Quand on se fait interrogé pendant près d'une heure, on n'a plus très envie de se répéter ensuite.

Yuuri ignorait s'il devait le prendre mal, ou si c'était juste la lassitude qui répondait.

- Tu ne vas rien me dire, alors... ?

- Qu'est ce que tu veux entendre, Yuuri ? Ils cherchaient à me faire dire des bêtises, ils se sont totalement trompé sur la situation. Ils pensent que je t'ai kidnappé.

- Q-Quoi ?

Viktor soupira.

- Que je fais un genre de trafic, ou autre connerie du genre... Ils ont cru que tu étais une sorte de marchandise, puisque tu ne comprends pas le russe, que tu n'avais ni papiers, ni argent... Si je n'avais pas fuis sous leur nez, l'autre jour, c'est toi qui aurait été en tort et encore, même sans ça, j'aurais été considéré comme complice.

- Je rêve...

- C'est à moi de dire ça, fit-il en s'arrachant un « hin » moqueur. Mon fameux kidnappé m'a volé de l'argent.

Yuuri baissa la tête. Il n'osait pas lui dire que, de toutes façons, volé ou pas volé, ils seraient tombé sur la police tout les deux. Le fait que le Japonais soit d'abord arrivé seul avait sans doute renforcé un peu plus leurs soupçons. Il releva les yeux et trouva un Viktor visiblement dépassé par les événements : il avait attrapé sa tête entre ses mains, les coudes posés, et il ne voyait plus que son cuir chevelu. Pour une fois, son guide ne semblait pas savoir quoi faire, et l'Asiatique s'en sentit un peu... impuissant. C'est vrai, jusqu'ici, c'est Viktor qui faisait tout. C'est lui qui choisissait les destinations, comment procéder, et comment se sortir des situations délicates. C'est lui qui le protégeait, qui le rassurait, et qui respectait la ligne à ne pas franchir. Les rôles inversés, tout semblait s'effriter. Viktor était dans une sale position, et Yuuri, visiblement sortit d'affaires – en quelque sorte. Dans un rôle où il ne parlait pas la langue du coin et n'avait pas d'argent, serait-il capable de lui rendre la pareille ?

Cherchant une solution, le Japonais regardait alternativement la table et la tête russe, s'avouant que merde, il pouvait bien trouver un moyen de l'aider, non ? Bien sûr, dire la « vérité » à la police, ou juste mentir en disant que Viktor n'avait rien de dangereux, était à éviter. Non seulement Yuuri ne parlait pas suffisamment russe pour cela, mais en plus il n'avait aucune preuve pour les convaincre. Tout était en faveur de la fameuse histoire de kidnapping. Il chercha une horloge murale des yeux, mais dans cette pièce, il n'y en avait pas on allait bientôt le mettre dehors, non ? Et ensuite, que feront-ils ? Trouve un truc, trouve un truc ! pensa-t-il rageusement en faisant les cent pas autour de la table. Plus ça allait, plus il se forçait à trouver quelque chose. Mais la voix abattue du Russe l'interrompit.

- Laisse tomber. On ne s'en sortira pas, cette fois. Même si tu parlais bien russe, tu n'as rien à leur mettre sous la dent pour qu'ils me laissent partir.

- On va trouver !

- Non, Yuuri. Arrête. Prends l'argent que je t'ai donné et va à Saint-Pétersbourg. C'est ce que tu avais prévu, de toutes façons, non ?

- Je te l'ai volé !

- Et moi, j'ai accepté. Alors vas-y.

Yuuri le redressa en lui attrapant le col, agacé.

- Je ne m'en irai pas sans toi, Viktor !

Un peu secoué par le ton employé, l'interlocuteur ne répondit rien. Il put lire sur son visage confus qu'il était touché, mais tout de même, ça ne changeait rien à la situation. Maintenant, le Russe le regardait marcher autour de la table. Il ne rajouta rien. C'est vrai, que dire, après tout ? S'il avait osé fuir la voiture de police sur la route, c'est bien parce qu'une fois au poste, il est quasiment impossible de s'en sortir sans dommage. Le Japonais désespéra de le voir ainsi : muet, sans plus aucune idée à l'esprit pour les tirer de là.

Pour Yuuri, c'était clair : pas question de l'abandonner. Pour lui, et pour Anya. Pour Viktor également, bien sûr. Il pensait qu'il n'avait pas deviné qu'il ruminait ses idées noires, à remuer ciel et terre pour la retrouver ? Yuuri ne voulait pas le savoir dans un tribunal ou bien croupir dans une cellule, en train de regretter son voyage et le retard qu'il met pour accomplir sa mission. Ses fautes qu'il doit sûrement racheter. Sa chance de retrouver une vie normale. Tout les deux étaient dans la même situation. Ils faisaient dans l'illégalité, et ce uniquement pour vivre comme il se doit, comme n'importe qui. Alors si Viktor a été son complice jusque-là, Yuuri sera le sien.

Un des policiers ouvrit la porte sans toquer, invitant l'Asiatique à sortir. Celui-ci lança un dernier regard au Russe, à qui il hocha brièvement la tête pour lui assurer que tout allait bien – et encore, l'avait-il remarqué ?

En passant à côté des hommes – dont l'autre referma la porte – il se rappela de leur profil. Pas fichus d'apprendre l'anglais, soupçonneux pour un rien, et rustres avec les soi-disant hors-la-loi quand tout ne reposait que sur des suppositions. Et bien sûr, quand la personne portait un badge – et une arme – on ne faisait pas souvent fière allure face à cela. Ce qu'allait tenter Yuuri était risqué, autant pour lui que pour Viktor. Mais sinon, c'était quoi ? Partir à Saint-Pétersbourg sans lui, et le laisser à son triste sort ? S'il n'avait pas été là, il n'aurait jamais pu arriver à Kolomno, et il n'aurait eu l'argent nulle part. Il serait repartit au Japon après sa fraude involontaire à Moscou, et son histoire aurait prit fin. Le Russe méritait cent fois plus que lui de retrouver Anya et de rentrer chez lui – contrairement au fugueur qu'il était. Après quelques pas dans le hall, il se tourna donc vers les hommes, et inspira en fouillant sa poche. Faites qu'ils me comprennent, par pitié...

- Prenez ça.

Yuuri, qui essayait de ne pas trembler et d'articuler, leur tendit la liasse de billets. Les deux policiers écarquillèrent les yeux avant de les lever vers lui. Lancé, il alla jusqu'au bout.

- Laissez... Sortir... S'il vous plaît.

Il pria en son for intérieur qu'ils avait comprit où il voulait en venir. Soudoyer la police était énorme, autant en terme de risque que de panache. Mais en voyant ces hommes qui ne comptaient que sur la bonne impression qu'ils imposaient, encore plus que sur la façon légitime de faire, ça pouvait éventuellement marcher. C'était bien là tout les billets qu'il avait prit, il n'en avait gardé pas un seul dans sa veste. À voir les regards dangereux qu'ils lui lançaient, Yuuri se sentit blêmir. Il fallait que ça marche. Il essaya de prendre un ton un peu plus sérieux.

- Tout ce que j'ai. S'il vous plaît.

L'un des d'eux s'empara de l'argent comme un vol à l'arraché, et Yuuri ne sut s'il l'acceptait ou bien si c'était clairement un refus. Ses yeux avaient tout l'air de lui demander avec colère s'il se fichait d'eux, mais il pria encore en voyant les policiers parler entre eux alors qu'ils feuilletaient les billets. Vérifiaient-ils s'ils étaient faux ?

Après un court – mais qui lui semblait long, si long – silence, les deux policier se tournèrent vers lui... avant que celui qui tenait l'argent donna la moitié à son collègue, et que tout les deux fourrèrent ainsi leur nouveau butin dans les poches. Oh, bon sang ! L'un d'eux alla chercher Viktor, d'où il l'extirpa de la pièce, avant de le jeter presque contre Yuuri.

- Ne revenez plus, leur dit-il.

Viktor regarda Yuuri sans comprendre, mais ce dernier, craignant que les messieurs ne changent d'avis, lui prit la main pour sortir en vitesse du poste de police.

Au moins, « aux yeux de la loi », ils ne seraient plus dans l'illégalité.

####

Plus loin dans la rue, Yuuri ignorait jusqu'où courir. Il entendait le Russe l'appeler, lui dire de ralentir, ou de tourner ailleurs, mais rien à faire, l'Asiatique était trop perdu dans son plan d'évasion mal fichu pour ça. Les policiers changeaient-ils d'avis, pendant ce temps-là ? Allaient-ils les rattraper ? Cette sensation de fuite alors qu'il lui écrasait les phalanges entre ses doigts, était-ce la même qu'avait ressentit Viktor en fuyant la voiture ? Il avait l'impression de... le sauver. De lui être enfin utile. Et le pire, c'est que malgré sa panique, il en était content. Il avait tiré du pétrin sa personne et celle de Viktor. Et celui-ci tira justement son bras en parvenant enfin à l'arrêter.

- Yuuri !

L'interpellé, stoppé dans son élan, le regarda avec de grands yeux comme s'il ne comprenait pas pourquoi il l'avait arrêté. Tout les deux restèrent ainsi, essoufflés, à échanger leur regards ou bien à observer la buée qui s'échappait de leurs lèvres. Tiens, c'est vrai que c'est bientôt son anniversaire... Yuuri songea soudainement à cela, rien qu'en le regardant dans les yeux. Viktor était de nouveau avec lui. Et cette fois, il se jura de ne pas s'en séparer. S'il n'avait pas cessé de courir, c'est parce qu'il avait ce sentiment ô combien satisfaisant de l'avoir enfin. Le Russe sentit la pression sur sa main se relâcher un peu, mais aucun des deux ne reprit la sienne.

- Comment as-tu fait... ?

Avec un peu d'hésitation, mais bien parce qu'il lui devait une réponse, il tira l'intérieur de la poche qui accueillait l'argent volé. En ne voyant rien d'autre que du tissu, Viktor cligna des yeux, puis le regarda de nouveau. Mais avant qu'il ne puisse commenter quoi que ce soit, le Japonais prit les devants :

- Je sais, je sais, c'était... c'était ton argent... Je ne savais pas quoi faire, je n'avais pas d'autre solution, je... Excuse-moi, Viktor...

Enfin, leurs mains se délièrent. Viktor avait retrouvé son souffle, et il en profita pour regarder Yuuri avec une certaine – mais petite – animosité dans le regard. L'Asiatique sentit bien la rancune à travers celui-ci, et le remord que devait rendre le sien. Il baissa les yeux, comme le profiteur qu'il était toujours. Non seulement il l'avait volé, mais en plus il avait tout dépensé – et pas d'une manière tout à fait intelligente. Il n'osa plus lever le regard, conscient de sa bêtise, et craignant nouvelle représailles. Certes, il l'avait aidé, mais maintenant... c'était sans aucun doute fichu. Il lui avait dérobé plus de la moitié du porte-feuille, et avec le reste que possédait encore le Russe, ça ne faisait vraiment plus grand chose. Il s'inquiéta même du voyage : sera-t-il encore possible de prendre la voiture ?

Et même : voudra-t-il encore de lui, dans la sienne ? Finalement, Yuuri n'aurait jamais pu aller à Saint-Pétersbourg tout seul. Pas si ça impliquait de laisser Viktor entre les mains de la police pour une faute qu'il n'avait pas commise. Mais si ce dernier en avait suffisamment vu, et qu'il ne lui pardonnerait jamais au point d'arrêter leur petite aventure... alors il comprendrait. Le Japonais amorça un pas en arrière, lorsqu'une main lui agrippa le bras, avant de se retrouver serré contre un corps un peu plus grand que lui, puis entouré de deux autres bras. La tempe de Viktor était maintenant contre la sienne, car en effet, il l'enlaçait.

D'abord surpris, Yuuri se mit à rosir, perdu. Lui qui pensait que le Russe lui en voulait, apparemment, celui-ci faisait plutôt attention à ne pas paraître trop brusque. Plutôt doux, ou conciliant. Dans tout les cas, le Japonais ne se sentit pas menacé par la moindre animosité. Il lui rendit même le geste, sans trop comprendre en quel honneur. La chaleur que dégageait son guide était rassurante, et il le prit comme un signe comme quoi il fallait faire table rase. Après tout, ils n'allaient pas rester sur cette erreur, n'est-ce pas ?

- De quel pétrin tu nous as sortit... souffla enfin Viktor.

- Moi-même, je ne le réalise pas... Mais ton argent...

- Oublie l'argent. On se débrouillera avec ce qu'il nous reste.

Craintif du futur proche, l'Asiatique ne put tout de même se retenir de presser un peu plus les mains contre son dos. Il s'en voulut la seconde d'après : Yuuri devait apprendre à avancer sans son aide. Il avait pu le tirer d'un poste de police sans incident pour les suivre après, mais maintenant, voilà qu'il se sentit à nouveau minable. Que peut-être, ça n'allait pas se reproduire. Il lui restait encore ce poids sur le cœur, et il espérait qu'après avoir parlé, celui-ci s'en irait enfin.

- Je suis désolé... J'ai été stupide. Excuse-moi, pardon...

- Tu sais, rit-il avant de le regarder. Un seul des trois suffit.

- J'ai juste tellement peur que ma bêtise nous empêche d'y arriver...

- Hé... La police ne nous coursera plus. On aura sans doute besoin d'essence une fois, et... je pense bien qu'on a ce qu'il nous faut.

Il cligna des yeux.

- Tu en es sûr ?

- Certain.

- Mais... vraiment, vraiment ?

- Vraiment, vraiment.

- Pas d'entourloupe, hein ?

- Aucune.

L'excitation sur le visage de Yuuri, emportée par une certaine impatience mêlée au soulagement, trahit les traits de son visage. Et Viktor sourit en coin en voyant clairement qu'il se retenait de sauter de joie.

- Dans combien de temps ?

- Disons demain, en début de soirée ?

Et là, il s'éloigna. Yuuri, heureux de savoir qu'enfin plus rien n'allait les arrêter – supposément – se détourna de son guide et se massa le visage comme s'il venait d'apprendre avoir gagné une somme colossale d'argent. Le Russe le laissa faire, amusé par sa réaction, et tout aussi content de le voir exprimer son sentiment positif tout en faisant de son mieux pour être calme. Il était temps, mon Dieu, qu'il était temps ! Enfin, Saint-Pétersbourg ! Ils n'y étaient pas encore, mais c'est comme s'ils avaient déjà passé l'entrée de la ville. Yuuri avait hâte, tellement hâte ! Et pourtant, jusqu'ici, il n'avait cessé de s'inquiéter pour tout les obstacles possibles. Mais là, il en était sûr, convaincu, persuadé : cette fois, c'était la bonne. Il allait trouver son refuge, et atteindre son but. Avec Viktor ! Ni l'un, ni l'autre n'allait être laissé derrière !

Il revint vers lui et l'enlaça de nouveau, décollant un bref instant les pieds du sol. Qu'il était content ! Et soulagé ! Rien ne présageait directement qu'ils n'allaient pas avoir de nouveau soucis, mais après tout, qu'est ce qui les avait arrêté, la première fois ? Une panne ? Puis il a fallu qu'ils fuient la police ? Maintenant que c'était réglé, qu'il n'y avait plus de regrets derrière, pas le moindre qui puisse se coller sous leurs chaussures, tout était parfait. Il n'y avait plus qu'à grimper dans la voiture ! Yuuri se décolla à nouveau de ses bras, et fit quelques pas autour en inspirant pour ne pas perdre un peu trop la face.

Et il était tellement heureux d'être avec Viktor. Qu'il l'emmène jusqu'au bout.

Le garagiste prit peur en les voyant revenir, et dut croire sur parole les deux hommes lorsqu'ils jurèrent – avec quelle preuve ? Aucune – que la police les avait bien laissé partir. Ils retrouvèrent alors le cuir de la voiture, en plus d'un moteur qui fonctionne sans le moindre couac.

Onze heures de route les séparaient de Saint-Pétersbourg.

####

Cependant, dans le véhicule, l'adrénaline d'un voyage assuré retomba vite, car Viktor se gara dans une rue un peu déserte. Il prétextait qu'il ne voulait personne pour les déranger, et qu'inversement, il valait mieux ne déranger personne. Le Russe lui confia qu'il préférait commencer le voyage de jour, et après une bonne nuit de sommeil. L'Asiatique s'autorisa tout de même à s'en plaindre, car il se voyait déjà veiller une bonne partie de la route sous le clair de lune. Mais il n'y eut pas de mal puisque, il fallait l'avouer, ce n'était vraiment pas le moment de prendre d'autres risques. Il n'y avait pas énormément d'argent à tel point qu'il était conseillé de dormir dans la voiture, plutôt que de passer la nuit dans un hôtel ou ailleurs. Ils l'avaient déjà fait, et espéraient n'attirer l'attention trop curieuse de personne plus tard.

La dite rue devait être uniquement habitable, puisque plus personne ne traînait dehors, et il n'y avait donc rien à visiter. Pas de bar, ni de magasin, et encore moins de joli parc dont on pouvait admirer la vue. Tout ce qu'il y avait de plus beau, c'était les lampadaires qui longeaient les trottoirs. La voiture était garée entre deux d'entre eux, afin que la lumière ne perturbe pas leur sommeil – il allait falloir déjà trouver une bonne position pour dormir. Pour l'instant, le sommeil ne guettait personne. Alors il parlèrent, de tout et de rien, et surtout de rien. Ils apprenaient d'autres anecdotes sur eux, des plus stupides aux plus drôles. C'est vrai, on apprenait beaucoup de détails sur quelques aussi en partageant ce genre de bêtises. C'était d'autant plus comique quand on savait que Viktor était quelqu'un de très posé, sérieux, et tout aussi malin. Contrairement à Yuuri qui était bien souvent timide, discret, et qui n'aimait pas spécialement attirer l'attention.

C'était tout ce qu'ils savaient, « en gros », entre eux et sur eux. Bien sûr, le Japonais voulait poser la question. Les questions. Les reposer, encore, tout en sachant très bien qu'il n'aurait jamais les réponses. Pourtant, ce n'est pas comme si Viktor s'en était totalement caché. Certes, durant l'hypnose, il avait été plus ou moins forcé à révéler un peu de ses tracas, mais qu'il n'aille pas faire croire qu'il était le plus secret possible en jouant au jeu au bar ? Il y avait forcément un fond de vérité, voire peut-être toute la vérité ? En même temps, qu'est ce que ça peut me faire ? Ça n'allait l'aider en rien, dans son objectif, mais à force, Yuuri voulait savoir. Il avait honte de chercher, mais sa curiosité frustrée le poussait à prendre toute occasion qui lui permettait de mieux connaître Viktor – peu importe si ce dernier voulait bien céder ou non. L'hypnose, c'était bien pour ça. Ce n'était pas pour soigner son mal, que l'Asiatique avait insisté à ce qu'il le fasse. C'était pour le faire parler.

Je veux comprendre. Je veux savoir. Je veux savoir et comprendre Viktor. Pourquoi il fait tout ça. C'était là ce qui traînait dans sa tête depuis des jours. Parallèlement, il se doutait bien que Viktor devait certainement se questionner sur les motivations de Yuuri. C'est ce dernier qui voulait aller à Saint-Pétersbourg. Lui, il a juste prit l'occasion. Et le Japonais devrait plutôt se montrer reconnaissant de l'aider sans rien demander, en s'abstenant également... Mais c'était plus fort que lui. Et là encore, avant leur destination atteinte, il aurait souhaité trouvé un autre moyen. Savoir ce qu'il en était. Percer le secret de Viktor, et pas forcément l'aider à pleinement se soulager. Pourtant, il ne lui en voulait pas.

Il ne lui en voulait pas. Il l'a aidé, pardonné, serré dans ses bras... et là encore, il l'emmène. Jusqu'au bout.

Comment ne pouvait-il pas s'attacher à ce sauveur ?

Yuuri s'était tourné sur le côté afin de trouver une position pour dormir. Ainsi, il pouvait voir le reflet du profil de Viktor dans la vitre. Il semblait aussi pensif que serein, et Yuuri espérait vraiment qu'il n'était pas en train de ruminer sur ses objectifs. J'aimerais bien savoir à quoi tu penses, Viktor...

- Yuuri ?

- Euh, oui ?

Pendant un instant, il crut avoir parlé à voix haute, mais le Russe garda la tête posée, les yeux à moitié levés vers le plafond de sa voiture. Sa voix était calme, et loin d'être agressive, ou même pressante. On aurait même dit qu'il parlait dans son sommeil, mais éveillé.

- Pourquoi as-tu quitté le Japon ?

Finalement, lui aussi avait répété sa question. Quelle patience de fer ayant atteint sa limite avait-il pour, finalement, craquer et devenir trop curieux ? S'il lui répondait, lui aussi allait-il avoir ce qu'il désirait ?

Yuuri se repositionna dans son siège pour s'asseoir, puis se tritura les mains... Le rythme de son cœur s'accéléra, mais il remarqua qu'il était beaucoup moins régulier que la dernière fois qu'il lui avait posé la question. Tant de patience, aucun acharnement, alors que lui, il faisait presque tout pour savoir et satisfaire sa curiosité mal placée. Yuuri joua nerveusement avec son annulaire, comme si la vérité était écrite dessus. En même temps... elle aurait pu l'être.

- J'allais me marier.

Viktor ne baissa les yeux que quelques secondes après la fameuse révélation. Sans le presser, il le regarda indirectement dans les yeux, en fixant le reflet de l'Asiatique dans le pare-brise. Yuuri avait l'impression d'avoir fait craquelé un bout de la planète en avouant, et même d'avoir jeté un silence dans toute la ville. Il n'attendait pas spécialement une réponse de Viktor, mais il ne pensait pas non plus qu'il le regarderait aussi vite, même si ce n'était pas déjà dans les prunelles. Toutefois, cet échange-là fut suffisant pour qu'il continue, et pas pour le bloquer.

- Mes parents se sont toujours inquiétés de me voir aussi... seul, par moment. Je n'ai jamais eu de petite amie. Je ne leur parlais de personne, et ils ont eu peur pour moi.

Oui, les parents de Yuuri étaient adorables. De vrais guimauves, parfois. Rien de plus normal, pour eux, de prendre les devants pour leur fils, si ce dernier ne faisait rien pour assurer son propre bonheur. Que pouvait-on reprocher à des gens aussi bien quand ils voulaient faire le Bien ? Il regarda à nouveau son annulaire. Depuis sa fugue, il avait prit l'habitude de le masser, de temps en temps, comme s'il craignait qu'une quelconque bague de fiançailles n'y surgisse et s'y colle, impossible à enlever.

- Lorsque j'ai été hypnotisé... je les ai vu. La fille, et ses parents qui attendaient que je devienne leur gendre. Ils avaient organisé avec les miens notre union. Mais je n'ai pas pu... me résoudre à...

Il n'osa pas terminer sa phrase. Le reste était facile à deviner.

- Ils ne savaient pas, commenta Viktor.

- Non, personne ne savait que j'étais homosexuel, avoua-t-il. Comment aurais-je pu leur dire... Mon père, ma mère, ils... étaient très heureux pour moi. Eux, je les connaissais à peine, c'était encore plus difficile.

Il amorça une nouvelle phrase avec un « Et... » mais celui-ci resta en suspension. Il avait finalement avoué tout ce qu'il y avait à savoir, et le reste des détails était inutile. Certainement, que Viktor devait se questionner sur encore toutes ces choses : pourquoi la fugue, pourquoi un autre pays, pourquoi la Russie ? Elles allaient sans doute restées des interrogations sans réponses. Et à lui, ça lui suffisait. En tout cas, c'était suffisant pour savoir. Yuuri avait enfin parlé de ce qui l'amenait ici, et le reste, Viktor allait le laisser tranquille.

- Qu'est ce que tu vas faire, une fois là-bas ?

- Je voudrais... reprendre ma vie en mains. Je les contacterai un peu après mon arrivé, mais pour l'instant, je veux juste...

- « Être tranquille. »

Leurs regards se croisèrent. Yuuri hocha la tête après un nouveau silence.

- Toi aussi, non ?

- … Oui.

- Alors, qu'est ce que tu cherches, exactement ?

Il attendit la réponse, et observa durant ce temps-là Viktor poser une main sur le volant comme s'il s'accrochait à sa fierté pour enfin s'ouvrir complètement. Patient, cette fois, le Japonais promena son regard vers l'extérieur, sur la boîte à gants, sur la vitre et tout ses reflets, puis revint au bout d'une ou deux minutes sur Viktor. Il le regarda de la tête aux pieds. Cette main crispée, ces pieds qui tâtonnaient le plancher du véhicule, ces hanches qui s'agitaient une seconde pour trouver une position plus confortable... et ces lèvres qui se mordillaient. Viktor n'était, cette fois-ci, pas discret du tout. Il savait que Yuuri attendait ses révélations en retour, et qu'il était bien plus impatient que lui. Qu'il n'aurait peut-être pas dû avouer pour son mariage, et qu'il aurait dû refuser cette séance d'hypnose. Tout s'est produit pour que l'Asiatique, petit à petit, soit encore plus curieux qu'au départ. Mais est ce que ça le coinçait pour autant ?

- Je suis fatigué... Dormons.

L'Asiatique s'étonna presque de le voir lâcher le volant et tourner le côté, lui faisant dos, pour dormir.

- Viktor !

- Pardonne-moi, Yuuri. Mais je ne veux pas que tu me détestes.

À ce point ? Qu'avait commit le Russe pour qu'il s'en veuille autant ? Pour cacher à son protégé ce qui l'avait poussé à parcourir le pays ? Yuuri pouvait comprendre ce mutisme, ce refus catégorique et cette fois-ci bien clair à tout avouer, mais tout de même, il s'avoua qu'il était particulièrement déçu. Le Japonais non plus ne voulait rien dire, et même lui aurait pu craindre de se faire détesté et mal voir en disant sans trop de honte qu'il préférait les hommes et jamais les femmes – qui, à l'heure actuelle, dirait que c'est plus que normal comme partout ailleurs ? C'était son secret à lui, l'intimité, et en plus Viktor s'est avéré très patient et pas très joueur avec lui pour découvrir ce qu'il cachait. Yuuri pouvait-il se plaindre, maintenant, qu'il ne dise rien ?

Il voulut voir son reflet dans la vitre à laquelle le Russe faisait face, mais ce dernier cachait si bien sa tête entre les épaules et sa veste qu'il ne put rien voir. Le ton qu'il avait employé était aussi inquiet que nerveux, et même, l'aurait presque supplié de le laisser tranquille. Ce à quoi, sans rien dire, Yuuri ne répondit rien. Hormis, peut-être...

- Bonne nuit, Viktor...

Et lui aussi, comme il y a quelques instants, roula sur le côté pour retrouver sa position. Elle lui sembla tout à coup beaucoup moins confortable. Et alors qu'il pensait pouvoir s'endormir dans les minutes qui allaient suivre, Yuuri s'en trouva au contraire incapable.

Il regardait la façade qui se présentait à lui, ainsi que la fenêtre et son rideau fermé, derrière. La maison de quelqu'un qui vit normalement. Peut-être une famille, comme il le faisait, il y a bientôt un mois. Un mois... Comme ça passe vite. Il avait l'impression d'avoir fugué il y a des années. Son mode de vie avait radicalement changé en très peu de temps, et la compagnie de Viktor y était pour beaucoup également. Alors qu'il pensait voyager seul, au moins jusqu'au bout, car il n'avait bien parlé à personne au début de son voyage. Juste rapidement, une ou deux fois, pour prendre les taxis et passer divers contrôleurs. Mais sinon, de la compagnie ? Il ne s'imaginait pas en avoir, et ne réfléchissait presque pas à celle qu'il aura une fois au refuge. Viktor avait tout fait basculé. Surtout qu'en plus, il était bien plus que cela.

C'était un ange gardien. Son sauveur.

Qui l'a secouru, aidé, par tout les moyens. De ses yeux beaux, de son argent, de son sourire illuminé, de ses moyens, de sa douce voix, de sa voiture, de... absolument tout ce qu'il possédait. Matériellement et... autrement. Pourtant, il avait toute sa vie. Une femme. Une famille. Même une belle maison avec encore de la famille, et un chien. Cette belle voiture... un bon travail, des parents qui le laissaient faire, tout ce que Yuuri aimerait posséder, là, maintenant.

S'il perdait Viktor, s'il disait ne serait-ce qu'au revoir à Viktor, tout ça disparaîtrait. Et ça arrivera, de toutes façons. Il le savait depuis le début.

Mais plus le temps passait, plus il le craignait. Bien sûr, il était heureux de se savoir bientôt à Saint-Pétersbourg... mais après ? Viktor avait bien parlé de garder le contact... mais le fera-t-il ? Comment, s'il compte encore voyager ? S'il ne trouve pas là-bas ce qu'il cherche ? Ce sont des paroles en l'air, n'est-ce pas ?

Yuuri ne voulait pas y penser, mais il ne voulait pas non plus omettre de s'y préparer ou retarder l'échéance qu'il se prendra, de toutes façons en plein visage et sans prévenir.

Quitter Viktor ? Jamais. Pourtant, il n'y aura pas d'autres dénouements possibles.

« Amis », tu parles.


Chip chip (*´-`*)

Background de Yuuri, check ! Le plus gros reste à venir ! (le smiley, oui, il ne veut rien dire, c'est à titre décoratif, car noix de coco) Le chapitre est encore court, oui, car je ne pouvais définitivement pas continuer, et je n'avais plus de munitions pour broder, oh oh. J'ai très hâte de révéler la suite, oh que oui. Ecrire les spoils, ça me plaît comme pas possible - comme à peu près à tout le monde, peut-être ? Sur ce, soyez sages etbonnerentréemdr.