Chapitre 7 : Une première journée

« C'est fini Harry, tu peux te rhabiller. Severus, est-ce que vous pouvez me faire un peu de thé ? fit Madame Pomfresh. »

Harry observa un instant les deux adultes s'éloigner avant d'obéir et de commencer à se rhabiller. Il entendit la porte de la cuisine se fermer et retourna s'asseoir sur le canapé. Toute cette situation était étrange. D'une part, c'était agréable d'être ici, où tout le monde semblait vouloir prendre soin de lui. Mais d'autre part, Severus était contraint dans cette situation, et un peu par sa faute à lui. Tout comme les Durlsey avaient été contraints de s'occuper de lui pendant des années. Sa « nouvelle vie » promettait d'être bien, mais Harry ne savait pas tout à fait ce que cela signifierait sur le long terme, et il n'y était pas du tout habitué. Aussi avait-il du mal à trouver sa place.

Maintenant qu'il était assis sur ce canapé, il ne savait vraiment pas quoi faire. Il sentait que Severus ne voulait pas qu'il envahisse sa vie, ou qu'il touche à quoi que ce soit chez lui. S'il avait été chez les Dursley, il ne devrait pas être assis sur le canapé, il devrait avoir une serpillière dans les mains et être en train d'astiquer le sol. Mais l'homme qui vivait dans cet antre ne semblait pas vouloir qu'on ose ne serait-ce que déplacer un grain de poussière. Aussi, l'immobilité semblait être une position convenable… bien qu'embarrassante.

Quand la porte de la cuisine s'ouvrit à nouveau, un bon quart d'heure plus tard, l'infirmière semblait plus fatiguée que jamais, et Severus plus fermé et plus dur qu'avant. Il lui lança un regard étrange.

« Au revoir, Severus. Je vous laisse quelques potions, les indications pour les utiliser sont sur ce parchemin.

- Très bien, Poppy. Je vais commencer à préparer les commandes que vous avez faites dès ce soir, j'ai un petit laboratoire ici. Mais je ne pourrais les terminer que Lundi. Au revoir.

- Au fait, le Professeur Dumbledore m'a demandé de vous dire qu'il passera demain dans la matinée, fit l'infirmière en jetant une poignée de poudre de cheminette dans l'âtre.

- Très bien. »

Il y eut une nouvelle gerbe de flammes vertes quand la vielle femme s'avança dans les flammes et Harry regardait encore la cheminée avec admiration lorsqu'elle disparut.

« Reste pas assis là, sur le canapé. Vas donc t'amuser dans ta chambre. »

Harry sauta aussitôt sur ses pieds et fila. Seulement, une fois arrivé dans la pièce qui serait dorénavant sa chambre, il ne savait trop quoi faire. Il prit le temps de bien l'observer, ce qu'il n'avait pas pu faire la veille. Il n'avait pas réussi à trouver l'interrupteur, la nuit s'était faite bien trop sombre au moment où la soirée s'était terminée, et il avait pour seule source de lumière la bougie qu'avait laissé Severus. C'est pour ça qu'Harry avait été réveillé tôt ce matin même, les lumières s'étaient allumées toutes seules dans le couloir, comme par magie. Ou plutôt sûrement par magie. Il avait pu bien observer autour de lui, et il n'y avait pas un interrupteur ni une ampoule dans le couloir, le salon ou la cuisine. Tout ce qu'il avait pu voir était quelques bougeoirs disposés un peu partout, et c'étaient eux qui s'étaient allumés tous seuls.

Maintenant, il pouvait voir qu'il n'y avait qu'un lit et une grande étagère vide dans sa chambre qui était certainement aussi grande que celle du Dudley. Le papier peint sur le mur avait vieilli, et la pièce était assez poussiéreuse dans son ensemble, comme si elle n'avait pas vraiment servi depuis très longtemps.

Il n'y avait rien à faire dans cette chambre à part du ménage, et Severus lui avait démontré par A + B que ses tentatives d'aides ménagères s'étaient avérées ridicules depuis le début. Harry s'assit donc sur le lit et découvrit au bout de quelques instants un sentiment qui lui était jusqu'alors inconnu. Il s'ennuyait vraiment. Cette grande chambre était plus vide et plus morne que son placard, et il n'y avait même pas une araignée avec qui discuter un peu.

.oOo.

Severus lut avec attention les différentes notes que lui avait laissées Poppy. Il n'avait pas vraiment besoin de se presser pour la plupart des potions. S'il était vrai que l'état de santé général d'Harry était préoccupant, une potion préparée trop rapidement ou avec des ingrédients de trop mauvaises qualités pouvait être bien plus dommageable que ce que l'on croit. Il aurait donc tout le temps de commencer les bases des potions de soin pendant le weekend qui venait et de les terminer lundi, avec les ingrédients de première qualité dont était remplie sa réserve.

Il chercha brièvement un vieux livre gallois, traitant des potions de soins pour lésions internes et se cala confortablement dans son fauteuil, près du feu. Il faisait si bon chez soi…

Il laissa son esprit dériver de sa lecture pour glisser sur l'avalanche d'évènements qui venaient de se produire. Hors de chez les Dursley, Harry était en danger, et il ferait tout ce qu'il était possible de faire pour le protéger. Seulement, il ne se sentait pas prêt à assurer l'éducation d'un enfant. Bordel de merde, Dumbledore et Pomfresh avaient osé aborder avec lui la question de l'adoption. S'occuper du gamin était une chose, devenir père en était une autre. De temps à autre, son esprit revenait à sa lecture, mais il avait toujours l'impression de relire le même paragraphe sur les effets du matériau du chaudron sur l'efficacité de l'élixir de régénération musculaire qui permettrait de combler une petite partie des carences dont souffrait Harry.

Ce ne fut qu'une heure et demie plus tard que Severus émergea d'une lecture perturbée mais enrichissante, rappelé à la réalité par de basses considérations biologiques et un estomac criant famine. Il reposa son livre et se rendit devant la chambre de Harry. Il remarqua qu'il était assis sur son lit, sans rien faire… Étrange.

« Harry, il est deux heures, tu n'as pas faim ?

- Si, Monsieur.

- Pourquoi tu n'as rien dit alors ? »

Harry ouvrit puis referma la bouche. Plusieurs fois.

« Je ne sais pas, Monsieur. »

Harry suivit l'homme jusque dans la cuisine. Il ne portait plus ces robes noires qui virevoltaient dans son sillage, ce qui le rendait un tout petit peu moins impressionnant. Mais la différence se remarquait à peine.

Severus commença à préparer leur repas immédiatement, et Harry restait planté là, au milieu de la pièce, les bras ballants et ne sachant pas quoi faire. Il savait que l'homme refusait qu'il fasse quoi que ce soit. Il commençait à bien le comprendre, mais il n'arrivait pas à se défaire de l'idée selon laquelle ce n'était juste, dans sa position, de rester là sans bouger.

« Harry, tu veux bien regarder dans le placard, là, à côté de l'évier ? Il y a un bocal dans lequel j'ai rangé le riz basmati. Passe-le moi. Fais attention. »

Harry s'exécuta joyeusement. Il chercha parmi les différents bocaux qui contenaient tous des pâtes, de la semoule et… du riz. Il y avait trois bocaux devant lui, il prit celui du milieu et le tendit fièrement à Severus. Il pouvait enfin faire quelque chose, et quelque chose d'utile en plus !

« Tu sais pas lire une étiquette, c'est du risotto… lança Severus avec sa voix réservée aux Poufsouffles lents d'esprits.

- Non, Monsieur. Désolé, Monsieur. »

Severus s'arrêta dans ses mouvements, un peu choqué.

« Tu ne sais pas lire ? Ah, c'est vrai que tu n'allais pas à l'école… Bon, remets ce bocal à sa place et regarde bien. »

Harry obéit.

« Tu vois les grains de riz dedans ?

- Oui, Monsieur.

- Eh bien ils sont un peu ronds et bombés, plus que le riz normal, tu vois ?

- Oui !

- Le riz basmati, lui, est plus long en général. »

Harry posa cette fois-ci le bon bocal sur le comptoir.

« C'est bien Harry, fit Severus en se reconcentrant sur sa casserole. Est-ce que tu sais compter ?

- Euh… Oui.

- Vas-y compte, jusqu'à cinquante. »

Severus nota avec satisfaction que si Harry ne savait pas lire, il était tout de même assez débrouillard pour ne pas avoir fait de faute.

« C'est bien, le félicita Severus, et tu connais ton alphabet ?

- Euh…

- Essaye de le réciter, allez.

- A, B, C… F… G… L… N… »

Severus se pinça l'arête du nez. Là, il allait avoir du travail.

« C'est bon Harry. »

Severus couvra sa casserole et sortit la sacoche de potions que Pomfresh lui avait laissé. Il en posa trois sur le comptoir, comme l'avait indiqué l'infirmière sur son parchemin.

« Tu dois prendre une gorgée de chacune de ces potions avant de manger. »

.oOo.

Ils mangèrent en silence. Dumbledore pouvait avoir de bonnes idées, certes. Il ne lui viendrait pas en tête de contester ce point… Mais bon sang, il avait pensé à l'adoption de l'enfant sans même penser à son éducation. Comment allait-il faire ? Il allait habiter à Poudlard pendant toute l'année, et il était hors de question pour lui de vivre autre part que dans ses appartements de fonction. Il était Directeur de Maison, et avait des responsabilités. Il ne se voyait pas devoir traverser le parc de Poudlard tous les soirs et tous les matins pour aller « au travail », et encore moins à chaque fois que Rusard ou un collègue le dérangerait le soir, ou un élève de Serpentard… Il ne pouvait pas laisser Harry seul. Il était peut-être autonome chez les Dursley, mais il fallait qu'il veille sur son état de santé maintenant et… Et il lui faudrait trouver un précepteur ? Au pied levé ?

Severus s'embourbait dans ses pensées.

Avant qu'il ne retourne à ses lectures et Harry dans sa chambre, il se proposa à lui apprendre à lire. Il ne put manquer de remarquer des étoiles dans les yeux d'Harry, ces yeux verts qui lui faisaient tant penser à Lily…

Malgré son jeune âge, Harry était assez prometteur. Sans doute qu'il tenait ça de sa mère… Pendant une heure entière, Severus fit un petit cours à Harry pour lui apprendre comment lire et à quoi pouvait servir l'alphabet, comment prononcer les lettres et associer leur son à leur image. Jamais Harry ne laissa perturber, il ne le prit jamais à avoir le regard dans le vide où à regarder autre part. Mais il savait qu'il ne fallait pas se laisser berner par les jeunes enfants. Il n'y avait pas beaucoup de différence entre ce Harry de six ans et ses premières années en cours de potions, passé une heure, tous avaient du mal à se concentrer.

Il décida donc de faire une grande pause et de se remit à sa lecture. Quand il en émergea à nouveau, la lumière de cette journée d'hivers avait beaucoup baissé et Harry s'était endormi sur le canapé. Il le réveilla doucement et décida de lui faire faire le tour de son jardin. Histoire d'il s'aère un peu l'esprit. Tout en se promenant autour du Manoir, avec un Harry bien emmitouflé dans un pull qui lui arrivait aux chevilles, Severus l'interrogea sur ce qu'il avait appris un peu plus tôt. Harry avait l'air très enthousiaste. C'était la première fois qu'on s'occupait ainsi de lui, et Harry aimait ça.