Clarke se retourna dans les draps en cherchant à l'aveuglette le contact du corps chaud qui était censé se trouver à côté d'elle. Ne rencontrant qu'un espace vide et froid, elle maugréa faiblement et se décida à ouvrir les yeux.
La chambre était toujours plongée dans la pénombre, mais elle n'eut pas à trop plisser les yeux pour se rendre compte de l'évidence : Lexa n'était plus là.
Elle se redressa dans le lit avec difficulté, comme sa tête était encore lourde de sommeil et ses paupières paresseuses. Il faisait encore nuit au vu de la couleur du ciel visible à la fenêtre. Pas de réveil ni de téléphone portable à proximité, mais Clarke estimait qu'il devait être trois-quatre heures du matin, voire à peine plus. Et Lexa manquait, et ce depuis longtemps, semblait-il, puisque son côté du lit était complètement froid. Sur ces réflexions confuses dignes du plus grand Sherlock Holmes, Clarke se frotta les yeux et se décida à se lever.
Après avoir attrapé la veste la plus chaude qu'elle avait pu trouver parmi le tas qui recouvrait le fauteuil de la petite chambre, elle se mit en quête de Lexa. Pieds nus sur la moquette, elle sortit de la chambre silencieusement et traversa le couloir. Des portes fermées ou entrouvertes sortaient de faibles ronflements, signe que tout le monde dormait encore. Elle descendit les escaliers à petits pas en songea qu'elle serait beaucoup mieux au chaud dans le lit. Mais elle ne voulait pas y retourner sans la brune.
En bas, les restes de la soirée jonchaient le sol et quelques meubles ; bouteilles vides et verres à moitié pleins sur les tables, jeux de cartes, manettes et portables éparpillés dans tous les coins, et surtout, ça et là, quelques corps endormis recroquevillés sur le canapé, et même un par terre. La chaîne hi-fi n'avait pas été éteinte, mais était arrivée à la fin de la playlist. Tout était paisible.
Elle continua sur la pointe des pieds, passant rapidement en revue tous les visages ou touffes de cheveux qu'elle apercevait et qui ne pouvaient être ceux de Lexa, et se dirigea vers la cuisine grande ouverte.
Il n'y avait pas plus de lumière par ici, mais elle avait le vague sentiment qu'elle touchait au but. Et en effet, sur la terrasse accessible par la grande baie vitrée de la maison, une silhouette familière était recroquevillée dans une couverture et faisait face au jardin.
Oubliant le froid, elle ouvrit celle-ci et se glissa dehors. En passant derrière la chaise de Lexa pour s'en prendre une autre, elle passa la main dans ses cheveux emmêlés et la sentit appuyer doucement la tête contre elle. La blonde s'enfonça dans la chaise qu'elle avait collée à l'autre, et posa le menton sur ses genoux nus pour contempler à son tour le paysage nocturne qui semblait tant absorber Lexa.
« Je n'arrivais pas à dormir.
- Exactement comme moi, quand tu disparais au milieu de la nuit. »
A cette réponse, Lexa tourna la tête vers elle, et son expression s'anima aussitôt :
« Mais tu vas avoir froid ! »
En effet, Clarke ne portait qu'un pyjama court et le manteau emprunté plus tôt, et elle commençait à le sentir jusque dans ses os. Lexa s'empêcha de se dépêtrer de l'épaisse couverture et la jeta sur elles deux. Reconnaissante, la blonde s'autorisa à étendre ses jambes, et reprit :
« Lexa, quelque chose ne va pas ? »
Légèrement surprise, celle-ci lui adressa un regard étonné, puis la rassura avec un sourire :
« Si, si, tout va bien. Je ne pouvais vraiment pas dormir.
- Je bougeais encore trop, c'est ça ? ou...
- Mais non, ne t'inquiète pas, l'interrompit-elle en posant sa main sur son épaule. Je suis complètement déréglée, c'est tout. »
Cette soirée entre amis marquait la fin d'une période de travail intensive pour elle et Clarke le savait bien. Elle allaient enfin pouvoir sortir un peu plus souvent, après leurs examens.
Le pouce de Lexa caressait doucement sa joue. Elle était si attentionnée dans ce genre de moments que Clarke était persuadée qu'elle n'avait quitté le lit que pour éviter de la réveiller en se retournant trop à la recherche du sommeil. Elle-même sentait de nouveau ses paupières se fermer, à cause de cette nuit vraiment trop courte. En plus, avec ce petit courant d'air...
« En fait, j'ai vraiment trop froid. Tu retournes dormir avec moi ? »
La brune répondit par un sourire et se leva en dissimulant un bâillement.
Quand elles se glissèrent de nouveau dans le lit, Clarke se pelotonna contre elle et se laissa enlacer avec bonheur. En se rendormant presque instantanément, elle aurait juré que Lexa en faisait de même, nichée dans son cou.
Cette fois, ce furent des bruits confus de voix qui les réveillèrent presque en même temps. Un rayon de soleil brûlait déjà la tempe de Lexa, qui poussa un gémissement endormi en se cramponnant à Clarke, qui, elle, gigotait déjà. Sa prise l'étouffait et elle avait des fourmis dans les jambes. « Paye ton réveil romantique », songea-t-elle en sentant un début de mal de tête gagner son front.
« Lex, laisse-moi respirer. »
L'intéressée grogna sans bouger alors qu'elle essayait d'écarter ses bras.
« Lexa, reprit-elle plus doucement, persuadée qu'elle était toujours endormie.
- Mmh...
- Lexa.
- Non. »
Sa réponse n'avait plus rien de quelqu'un d'endormi. Clarke se retourna vers elle comme elle pouvait et remarqua son sourire taquin.
« Sérieusement, Lex, j'étouffe ! »
Avec un grognement, elle la laissa rouler sur le côté, mais pour mieux se couler sur elle par surprise. La blonde ne put s'empêcher de rire, immobilisée de nouveau.
« Ma vessie va éclater. »
Surtout que Lexa reposait de tout son poids à cet endroit précis. Celle-ci répondit d'une voix enrouée, tout en commençant à embrasser paresseusement les endroits accessibles de sa clavicule :
« Moi aussi. »
Mais elle ne bougeait pas de sa place pour autant. Alors que la blonde allait protester une nouvelle fois, elle la fit taire d'un baiser autoritaire. Elle était d'humeur particulièrement câline ce matin, comme put le remarquer sa copine en sentant ses mains baladeuse et son oubli total de l'haleine du matin. Une caresse plus insistante se glissa sur son ventre, à laquelle elle répondit en enroulant ses jambes autour de Lexa. Tant pis pour les toilettes.
« J'ai beaucoup trop envie de toi... »
Quand elles sortirent de la chambre une vingtaine de minutes plus tard, après un détour obligé par les toilettes, elles croisèrent Anya qui leur sourit d'un air entendu. C'était l'amie d'enfance de Lexa, légèrement plus âgée qu'elle, mais tout aussi compétitive. Ce matin ressemblait pourtant à une sorte de défaite heureuse, avec ses cheveux ébouriffés et ses cernes lourdes.
Clarke repensa au moment où elle était partie se coucher et où elle l'avait aperçue parmi les derniers survivants d'un énième jeu d'alcool, toujours prête à botter les fesses du premier qui la défiait à Just Dance.
« Bien dormi ? » croassa-t-elle en faisant une pichenette à Lexa en passant.
Elles hochèrent la tête avant de descendre à la cuisine, où les autres s'étaient déjà rassemblés, attirés par une odeur bienvenue de café et de thé. Nyko, Lincoln, Luna, Caris, Atohl... Tout le groupe d'amis de Lexa, dans lequel Clarke avait été acceptée plusieurs mois plus tôt déjà, étaient là, en plus ou moins bon état après la beuverie de la veille. Si Nyko leur adressa un clin d'oeil, aucun ne leur fit de réflexion ou d'allusion. On ne leur avait pas réservé une chambre isolée avec un lit double pour rien.
« Un chocolat, Clarke ? Ou tu préfères une aspirine ? » demanda Luna en posant son verre.
C'était la seule à avoir un air à peu près frais et dispo.
« Je vais juste prendre un verre d'eau, merci. Je meurs de soif. »
Elle ignora les regards malins que s'échangeaient Atohl et Nyko et que Lexa fit cesser en leur donnant une petite tape à l'arrière du crâne, et se servit un verre. Sa migraine naissante avait étrangement disparu. Elle sourit.
En se retournant, elle remarqua que tous les regards étaient braqués sur elle, sauf ceux de Lexa et Atohl, qui se chamaillaient dans leur coin.
« Qu'est-ce qu'il y a ? On a fait du bruit ? »
Ils avaient déjà plaisanté sur leur comportement peu discret, mais elle ne savait jamais vraiment si ce n'était que de l'humour, malgré ce que lui répétait Lexa.
« Non, pas cette fois, poupée », lança Anya en entrant avec un peu plus de vêtements que quelques minutes plus tôt.
Clarke s'était bien intégrée à leur petit groupe, mais elle était toujours un peu gênée à l'idée de les déranger. Ce qu'elle ne savait pas, c'était que ceux qui l'appréciaient le plus le montraient justement par ces petites piques au second degré comme celles qu'Anya lançait constamment à Lexa. Lincoln lui avait dit une fois que Lexa n'était pas en reste, mais elle l'avait rarement vue aussi bagarreuse que Lincoln le prétendait. Si elle ne se doutait pas qu'elle changeait de comportement en sa présence (« parce qu'elle est accro », lui avait glissé Atohl dans le dos de l'intéressée), elle aurait du mal à le croire.
Luna roula des yeux en voyant les garçons et Caris chuchoter d'un air surexcité.
« Ils ont parié à votre sujet, hier soir.
- Parié sur.. ? demanda Lexa en se servant nonchalamment un jus d'orange.
- Hier soir ou ce matin ? dit Caris en se tournant vers Clarke.
- … ou les deux ? » lança un Atohl complètement réveillé.
Clarke allait demander de quoi ils parlaient, mais elle comprit à la dernière question. Elle faillit s'étrangler avec son eau.
« Ça va, ça va » rassura-t-elle Luna qui s'était précipitée pour lui taper dans le dos.
Elle partit dans un grand éclat de rire :
« Et qu'est-ce que vous avez parié ?
- Vingt, mais c'est pas la question. Hier soir ou ce matin ? Répéta Caris, visiblement attentive.
- Vingt ? Vingt quoi ?
- Pardon ?! Vingt dollars ? Intervint Lexa.
- Nyko, t'es d'accord avec moi, c'est frais, tout ça. Moi je penche pour ce matin. »
Une joyeuse cacophonie emplissait désormais toute la cuisine, provoquant des grimaces du côté de ceux qui subissaient le contrecoup de la soirée. Chacun y allait de son hypothèse, à l'exception d'une Lexa faussement outrée, et de Clarke qui riait aux éclats devant cette scène.
Un peu plus tard, en rangeant la maison à moitié ravagée, Clarke souriait encore jusqu'aux oreilles, surtout lorsqu'elle voyait passer Lexa armée d'un sac poubelle et son air légèrement grognon. Elle n'aimait pas trop ce genre de remue-ménage autour de leur relation, même si la blonde était persuadée qu'elle avait largement de quoi se vanter de ses talents au lit.
Elles avaient réussi à s'en sortir en refusant catégoriquement de répondre ou même de donner un quelconque indice, et ils avaient fini par abandonner, en apparence du moins, parce que Clarke aurait juré entendre Caris et Anya se rappeler en chuchotant le déroulement des faits de la nuit. Elle, ça l'amusait plus que ça ne la gênait. Mais ça ne semblait pas être le cas de la jolie brune qui vidait la table basse de ses bouteilles vide devant elle.
En passant jeter quelques gobelets, Clarke déposa un baiser sur sa joue, qui eut au moins le mérite de dérider son front.
Elles continuèrent ainsi à ranger le salon au rythme de la radio que Lincoln avait rallumée après le petit déjeuner et contre les protestations étouffées d'Atohl.
En croisant Luna et son air éternellement sérieux pour aller chercher un balais, Clarke se sentit appelée :
« Par contre, chuchota Luna avec un air soucieux, il va falloir que tu sois franche avec moi sur un point. »
La blonde sentit tout de suite que quelque chose n'allait pas. Elle se sentit inquiète.
« Bien sûr, sur quoi ? »
Luna s'assura d'un coup d'œil que personne ne les écoutait et ménagea un silence avant de se pencher vers elle :
« C'était bien hier soir, hein ? »
Le soulagement et le comique de la situation lancèrent Clarke dans un nouveau fou rire. Même Luna s'y était mise, avec son expression de sévérité parfaitement maîtrisée !
Elle secoua la tête, toujours riant, en signe de dénégation, et la vit prendre un air déçu devant son refus de répondre. Mais en s'éloignant avec son balais pour s'occuper de la cuisine, la blonde lui jeta avec un sourire :
« Perdu ! »
Elle put l'entendre murmurer un « zut » de dépit.
