Eyma
Le néant disparut et Orlando reprit lentement conscience. Il percevait encore son coeur battre dans son crâne, mais la douleur de cette violente migraine diminuait à mesure qu'il recouvrait ses esprits.
Le jeune acteur entrouvrit les paupières, mais ne bougea pas. Il mit un certain temps à se souvenir de ce qui lui était arrivé. Quelques images lui revinrent à l'esprit: l'étendue d'une ville achalandée, une foule de piétons marchant sur les trottoirs et des voitures prises dans les embouteillages. Puis, il se rappela son agent, dernière personne à qui il s'était adressée avant de s'évanouir.
« Al... »
Orlando avait murmuré son nom, pensant qu'il était peut-être encore à ses côtés.
Personne ne répondit à son appel. L'acteur ouvrit les yeux davantage et se redressa un peu, s'appuyant sur ses coudes. Il constata que rien autour de lui était familier: plus de murs grisâtres, plus de grandes fenêtres, plus de bureau et plus de Al. Seule une brume épaisse l'entourait.
« Où est-ce que je suis? »
Orlando pensa d'abord que cette brume n'était que le résultat d'un esprit encore trop embrouillé pour y voir clair. On l'avait sans doute amené à l'hôpital ou peut-être se trouvait-il encore dans le bureau de Al. Afin de s'éclaircir les idées, il porta une main à sa tempe et massa un peu son crâne engourdi. Mais... même une fois qu'il eut la tête moins lourde, la brume demeura telle quelle. Il semblait que ce brouillard était bien réel et il n'y avait rien ni personne dans les environs qui pouvait lui expliquer où et pourquoi il se trouvait dans cet abîme.
Le jeune homme tenta de se lever sur ses jambes. Il tituba légèrement, mais parvint à se tenir debout.
Son mal de tête s'était enfin dissipé, mais l'aspect étrange de cet endroit ne l'aidait pas du tout à mettre ses idées en place. Il conserva tout de même son calme et décida d'interpeller son agent encore une fois.
« Eh oh! Il y a quelqu'un? Al? ... AL! T'es là?! »
À première vue, Orlando était vraiment seul dans les parages.
Premier réflexe qu'il eut; tâter sa pochette arrière de jean, en quête de son portable. Il ne trouva rien. Il se rappela alors qu'il l'avait laissé sur le bureau de Al...
Al...
Orlando était inquiet, certes, mais pas pour lui-même, bizarrement. Il s'en faisait plutôt pour son agent. Que lui était-il arrivé?
Soudain, il sentit quelque chose s'agripper à son jean. Il fit volte-face, appréhendant ce qui s'était accroché à lui. Sa méfiance fut de courte durée, car il se retrouva nez à nez avec une petite fille, apparue de nulle part. Celle-ci, pour attirer son attention, avait légèrement tiré sur son pantalon. Orlando s'étonna de la voir littéralement apparaître alors qu'il se croyait seul.
« Bonjour Orlando. »
Ce bonjour fut accompagné d'un large sourire et de yeux pétillants. L'enfant ressemblait à n'importe quelle autre petite fille ordinaire. Elle portait une petite robe légère, rayée blanche et bleue. Elle était coiffée de deux nattes, attachées par deux jolis rubans blancs. On aurait dit qu'elle s'apprêtait à aller passer des vacances à la plage. Orlando fut intrigué que cette petite sache qui il était. Se pouvait-il que ce soit une fan? Peut-être que oui... Cela expliquerait pourquoi elle était au courant de son nom. Mais... Que faisait cette petite fille dans les parages? Sa présence dans un tel lieu était presque insensée.
«Que fais-tu ici? Tu es toute seule? »
L'acteur fut surpris par ses propres paroles. Il s'en faisait pour cette enfant alors qu'il était lui-même perdu et désorienté.
« Je suis Eyma. »
La voix de la petite fille était enjouée et légère, mais, fait étrange, elle résonnait en écho.
Vu son sourire jovial, elle semblait loin de s'inquiéter d'être dans cet immense brouillard.
« Je ne suis pas toute seule, tu sais. Tu es avec moi. »
Orlando haussa un sourcil. Même si elle n'était qu'une enfant, Eyma paraissait en savoir beaucoup à propos de ce lieu étrange.
« Est-ce que tu sais où nous sommes? »
La petite lui tendit la main.
« Je ne peux pas t'expliquer maintenant. Il faut rejoindre les autres. Tu viens avec moi?
-Les... Les autres?
-Oui. Eux aussi ils se posent des questions, comme toi. Il vaut mieux faire vite sinon ils vont finir par s'entretuer. Viens. »
Orlando ne savait pas du tout de quoi cette petite fille parlait.
Il eut l'impression qu'il n'avait pas repris la totalité de ses esprits. Ou peut-être que c'était une blague? Orlando avait beaucoup de copains très enclins aux farces et attrapes. On l'avait probablement amené ici pour lui jouer un mauvais tour. Il était sûrement victime d'une de ces émissions de télé qui s'amusent à prendre au piège des personnalités connues. Et cette petite était sans doute une jeune actrice engagée pour lui jouer la comédie afin de lui faire croire qu'il devenait fou. Oui. Tout s'expliquait à présent. Enfin... Pas tout. Rien n'expliquait pourquoi il avait été atteint d'une énorme migraine. L'avait-on drogué? Peut-être que ce brouillard et Eyma étaient le fruit de son imagination. Après tout, sa migraine avait pu lui affecter sérieusement le cerveau. Ou peut-être rêvait-il, simplement?
« Non, Orlando. Tu n'es ni victime d'une farce ni en train de rêver. »
L'acteur fixa la petite, surpris qu'elle ait deviné à quoi il songeait.
« Tu voulais t'exiler, n'est-ce pas? Ta vie te paraissait lourde depuis quelques temps... Je crois que je peux t'aider. »
Le jeune homme fut abasourdi. Comment pouvait-elle savoir ça? Orlando avait pris conscience de ses tourments, mais n'en avait glissé mot à personne. L'avait-elle espionné? Non. Impossible...
Orlando dévisagea cette petite personne, cherchant une réponse à ses questions à travers ses deux grands yeux. Il y avait quelque chose d'inhabituel dans ce regard; on pouvait y voir son propre reflet. Et derrière la gaieté de ces yeux pétillants se trouvait une sorte de profondeur que Orlando n'arrivait pas à se décrire. Une profondeur ou plutôt… un savoir. Elle avait connaissance de certaines choses qui allaient au-delà de sa compréhension. Et cette petite semblait le connaître plus qu'il ne se connaissait lui-même et c'était assez flippant. D'autant plus flippant qu'il ignorait comment il arrivait à percevoir tout ça chez cette gamine inconnue.
Eyma se mit à rire.
« Hihihi! Ne t'inquiète pas! Accompagne-moi et tu vas comprendre. »
Orlando hésita quelques instants, puis finit par prendre la petite main tendue vers lui. Aussitôt, son malaise disparut. Il se sentit mieux et la crainte que tout ça ne soit qu'une moquerie s'évanouit. Ces doigts délicats et ce regard sans malice le rassuraient. Il se sentait... serein. Eyma ne paraissait pas lui jouer la comédie. Elle était sérieuse malgré ses petits rires et son caractère spontané. Il ne savait pas trop pourquoi, mais il avait confiance en elle. Était-ce dû à cette petite main rassurante ou à ce regard profond? Il ne la connaissait pas ni ne savait d'où elle provenait, mais il choisit de l'ignorer et de simplement se laisser guider.
Le jeune homme se laissa donc entraîner, comme un grand frère suivant sa petite soeur pressée de lui montrer une nouvelle découverte. Ils marchèrent dans le brouillard quelque temps. Orlando ignorait où Eyma l'emmenait, mais à ce moment précis il s'en fichait. Lui faire simplement confiance semblait la chose la plus logique et allant de soi. Il était de plus en plus étonné. Non pas par la situation étrange dans laquelle il se trouvait, mais plutôt par ses propres réactions. En temps normal, un endroit pareil l'aurait troublé et effrayé. Il savait que tout autre homme normal ne devrait pas réagir si sereinement. Un brouillard pareil aurait vraiment dû l'inquiéter davantage... Mais voilà. Cette petite main dans la sienne oblitérait toute méfiance et angoisse.
«Tu sens un grand vide hein?
-Quoi? Mais...
-Il fallait pas cacher aux autres que tu te sentais mal. Eux, ils croient que tu es heureux. Faut que tu arrêtes de jouer plein de personnages parce que tu oublies ta propre identité. C'est pas bien. »
Quoi répondre à ça? Eyma le conseillait sur la manière qu'il menait sa vie? C'en était presque incroyable que de tels propos sortent de la bouche d'une petite fille. Pourtant, ce qu'elle venait de déclarer avait du vrai. Malgré les apparences, cette petite possédait une étrange maturité. Il ignorait qui elle était, mais lui, sans avoir rien fait de particulier, il se sentait comme un livre déjà ouvert. Quelle curieuse impression que celle d'être lu par une simple enfant...
Orlando se perdit dans ses réflexions sur sa mystérieuse compagne, mais il sursauta quand soudain la fille hurla tout en marchant :
« Hey! Ça suffit vous deux! Ça alors! J'ai l'impression d'avoir deux gamins comme recrues! »
Orlando regarda autour d'eux. Il n'y avait que du brouillard.
« À qui cries-tu comme ça? »
La petite tourna la tête vers lui, mais ne cessa pas de marcher.
« Oh, pardon. Je voulais pas te faire peur! »
Elle rit encore une fois.
« Hihihi! »
Le rire résonna partout et nulle part.
« Tu ne peux pas les voir, ils sont encore trop loin pour toi. Ils se chamaillent alors je leur ai dit de se calmer un peu.
-Mais... Qui se chamaille?
-Les autres recrues. J'avoue que c'est de ma faute. Je les ai taquinés un peu. J'étais curieuse de les observer réagir par eux-mêmes à la situation! Hihihi! Mais, je n'aurais pas dû les laisser seuls. Ils vont devenir complètement fous si on arrive pas bientôt!
-De qui parles-tu, donc? Quelles recrues?
-Tes alter ego. »
Orlando abandonna l'idée de comprendre. Les réponses que Eyma donnait à ses questions ne l'éclairaient pas du tout.
Celle-ci pressa le pas et le jeune acteur fut obligé de faire pareil, car la petite ne lui lâchait pas la main. Bientôt, Orlando perçut deux ombres à travers la brume. Il semblait bien que d'autres individus se trouvaient non loin.
La petite s'arrêta brusquement, à une dizaine de mètres des silhouettes. Sa main quitta celle de l'acteur et aussitôt ce dernier ressentit un étrange froid traverser sa colonne. La sérénité qui l'avait envahi à son contact disparut et il sentait le frapper de plein fouet cette angoisse et cette méfiance légitimes qu'il aurait dû éprouver plus tôt.
« Oh oh... Ça se gâte. Ils croient que nous leur voulons du mal... » murmura Eyma à son compagnon.
Orlando entendit une voix crier, provenant de l'une des deux silhouettes cachées dans la brume.
« Montrez-vous! » cria une voix masculine.
« D'accord! » répondit Eyma, tout bonnement.
La petite fille leva les bras dans les airs et le brouillard commença à s'écarter. Orlando comprit que Eyma avait la possibilité de contrôler à sa guise ce climat étrange. Elle n'était vraiment pas qu'une simple petite fille comme les autres. D'autant plus qu'elle avait repéré bien avant lui les deux ombres. Possédait-elle un don de clairvoyance quelconque? Si c'était le cas, cela la rendait encore plus mystérieuse.
Orlando oublia néanmoins Eyma durant un instant, curieux de savoir vers qui il avait été conduit. Le brouillard s'était dissipé, formant un cercle vide à l'intérieur duquel se trouvaient les deux individus ainsi que Eyma et Orlando. Ce dernier put enfin voir distinctement les gens que la petite fille avait surnommés recrues.
Les yeux du jeune homme s'écarquillèrent et sa bouche resta entrouverte.
« Mais... Mais ... C'est... »
Aucune phrase éloquente ne pouvait sortir de sa bouche, sa surprise était trop grande. Les individus ressemblaient en tout point à deux des personnages qu'il avait interprétés par le passé, Legolas et Will. Ils portaient les mêmes vêtements, les mêmes accessoires et possédaient les mêmes traits physiques que lui. Orlando crut d'abord que ces hommes étaient des sosies engagés pour faire la promotion de ses films, mais la ressemblance était trop parfaite, trop vraie.
Will et Legolas semblaient également surpris de la présence d'Eyma et Orlando. Mais leurs visages questionneurs se transformèrent vite en visages emplis de méfiance et de mépris. Ils étaient tous les deux armés et, apparemment, Orlando et sa compagne étaient leur cible.
« Qui que vous soyez, n'approchez pas davantage! » lança celui qui ressemblait à Will.
« La Puissance... La Puissance que je ressens provient de cette petite fille! » dit l'autre à son allié.
Orlando était totalement désemparé. Est-ce que Eyma lui avait menti? Avait-il commis une erreur en la suivant?
Cela ne pouvait pas être la réalité. Il fallait que ce soit un coup monté ou un rêve. Ce Legolas et ce Will lui ressemblaient trop pour que ce soit vrai.
« C'est quoi cette plaisanterie?! » dit-il à son petit guide.
Eyma porta un doigt à ses lèvres, incitant l'acteur à rester silencieux. Orlando n'ajouta pas un mot, mais demeura tout de même suspicieux.
La petite fille fit quelques pas en avant. Elle chercha à aborder calmement l'elfe et le forgeron.
« Il ne faut pas me craindre » dit-elle, toujours joyeuse. « Je suis loin d'être ...
-Un pas de plus et je tire! » interrompit Legolas, arc bandé.
Eyma ne tint pas compte de cet avertissement. Elle continua à s'avancer vers eux, toujours en souriant. Orlando regardait la scène de loin, un peu inquiet. Il ignorait si tout cela était un rêve ou les conséquences de son esprit devenu fou ou un énorme coup monté, mais ce Legolas ne pouvait quand même pas tirer sur une enfant! Que fallait-il faire? Rester silencieux comme Eyma lui avait demandé ou essayer de raisonner ledit elfe? Cette petite fille n'était pas une enfant ordinaire, mais elle ignorait peut-être le danger qu'elle courait. Après tout, un enfant c'était, d'habitudes, de nature naïve et pas toujours conscient de la gravité de certaines situations...
Orlando réfléchissait trop et n'agissait pas.
Legolas n'hésita pas à mettre à l'oeuvre son avertissement.
Le missile fut décoché.
« Eyma! NON! »
Il se précipita vers la petite pour la pousser, la protéger... Il était peut-être fou ou victime d'une blague, mais fallait-il rester les bras croisés pour autant? Ce n'était qu'une enfant après tout et, jusqu'ici, elle n'avait rien fait de mal pour mériter de mourir.
Hélas, la trajectoire de la flèche fut trop rapide. Eyma était déjà atteinte. Orlando fut paralysé durant un moment, abasourdi, à quelques mètres de la petite fille. Il regarda la flèche plantée dans sa poitrine, horrifié. Eyma n'eut d'abord aucune réaction. Seul son sourire disparut de son visage.
Que pouvait faire Orlando? Enlever la flèche? Il ne savait pas trop, mais il devait faire quelque chose! Il voulut s'approcher à nouveau d'Eyma qui s'était finalement affaissée au sol, mais une lame se plaça soudainement juste sous son menton. L'homme qui ressemblait à Will le menaçait de son épée.
« J'ignore qui vous êtes, mais vous subirez le même sort si vous osez faire un seul mouvement.
-Idiots! Ce n'est qu'une petite fille! Comment osez-v...
-Silence! » cria l'elfe.
Legolas observa les alentours, totalement inconscient du meurtre qu'il venait de commettre. On aurait dit qu'il guettait ou qu'il attendait que quelque chose se produise. Orlando grinça des dents. Qu'il soit un rêve, un acteur ou une vraie réplique du personnage de Legolas, il éprouvait de la haine envers lui. Et ce pseudo Will Turner lui semblait aussi méprisable.
« Rien n'a changé... » déclara Legolas, déçu.
« Vous vous attendiez à quoi? » rétorqua le forgeron.
« Après avoir tué l'auteur de cette mascarade, l'envoûtement était censé se rompre de lui-même... Enfin, là d'où je viens, la sorcellerie fonctionne de cette manière.
-Qui vous dit que c'est bel et bien un envoûtement?
-Cela ne peut être un rêve comme vous le prétendiez. »
Legolas pétrifia du regard Orlando, toujours sous l'emprise de Will. Il s'avança vers lui et l'étudia quelques secondes. Cet homme n'était pas armé et aucune aura maléfique n'émanait de lui. Pourtant, il accompagnait cette petite mesquine. Il devait sûrement, lui aussi, avoir de mauvaises intentions.
« Vous! Quel est votre nom, humain ?
-Or... Orlando. »
Will abaissa son épée, devinant le malaise de l'acteur.
« Il a l'air inoffensif...
-Il ne faut pas se fier aux apparences. » répliqua l'elfe.
« Mmh... Peut-être avez-vous raison pour une fois, très cher farfadet...
-Le temps n'est plus aux plaisanteries... Dindon... »
Pendant une fraction de seconde, Orlando fut presque amusé par le comportement de ses assaillants, mais leurs regards noirs dirigés sur lui eurent tôt fait de l'inquiéter.
« Seriez-vous son complice? » demanda le forgeron en désignant le corps inerte d'Eyma.
« Hein? Non, mais je...
-Délivrez-nous de cet enchantement! » ordonna Legolas, impatient.
« Quel enchantement? Je n'y suis pour rien moi! »
L'elfe le prit par le collet.
« Mensonges!
-Vous avez cherché à protéger cet être perfide qui se joue de nous! Vous ne pouvez qu'être de mèche avec elle! » lança Will.
Orlando se demandait bien pourquoi ces faux personnages l'injuriaient et l'accusaient sans fondement. Mais, ce qui était encore plus incompréhensible c'était de s'en être pris à Eyma de manière si lâche. Peu importe si c'était une blague. Peu importe si leur tenir tête signifiait sa propre fin, il n'allait pas se laisser intimider ainsi. Surtout après avoir commis un acte aussi inacceptable.
« J'ai cherché à la protéger parce que ce n'est qu'une enfant innocente! Je ne sais pas qui se joue de vous, mais ce n'est pas elle!
-Cette fille dégage une énergie puissante. Elle est plus qu'elle semble être.
-J'avoue qu'elle est mystérieuse, mais ce n'était pas une raison pour l'abattre si sauvagement! Qui es-tu pour t'attaquer ainsi à une enfant?! Pourquoi prends-tu l'apparence de Legolas?! »
L'elfe desserra sa poigne, étonné.
-Je ne prends l'apparence de personne: je suis Legolas. Et comment savez-vous mon nom?
-Tu n'es pas Legolas. Ce personnage noble n'aurait jamais assassiné une simple enfant! »
Orlando repoussa violemment le bras qui tenait son collet. Legolas lâcha prise, encore plus étonné; cet homme possédait une force similaire à la sienne...
L'acteur tourna la tête vers le forgeron. Celui-ci brandit son arme encore une fois. La pointe de l'épée raflait sa gorge, mais cela n'empêcha pas Orlando de déferler sa colère en le regardant droit dans les yeux.
« Et toi, qui que tu sois sous ce costume, tu es loin de représenter le véritable Will Turner! »
William le dévisagea. Il savait qui il était?
« Comment pouvez-vous savoir mon nom? Nos routes ne se sont jamais croisées auparavant!
-Tout va bien Orlando. Faut pas leur en vouloir... »
L'elfe, le forgeron et l'acteur interrompirent ce qui allait bientôt devenir un véritable affrontement. Ils se retournèrent tous les trois dans la même direction, là où gisait Eyma. Celle-ci s'était relevée, tout naturellement. Les trois jeunes gens restèrent immobiles durant un moment, consternés. La petite fille avait toujours la flèche plantée dans sa poitrine, mais ne s'en souciait guère. Elle souriait à nouveau et ne paraissait pas du tout souffrir.
« J'ai été surprise, c'est la première fois que je suis transpercée par une flèche! Hihihi! Ça fait bizarre... »
Eyma empoigna le missile et le retira de son corps, comme on retire une écharde d'un doigt. La plaie se referma aussitôt, sans laisser aucune trace de sang.
« Non... Ce n'est pas possible. Je suis dans un rêve. Il ne peut pas y avoir d'autres explications plus plausibles! » dit William, complètement sous le choc.
« Voilà donc pourquoi l'enchantement n'a pas été rompu: elle n'était pas morte. » déclara Legolas, cherchant un moyen plus efficace pour supprimer cette adversaire.
« Eyma... Je... C'est irréel... Je dois être fou. » balbutia Orlando, désemparé.
Eyma s'approcha d'eux en leur souriant toujours. En un mouvement presque synchronisé, les trois hommes se méfièrent et firent un pas en arrière. Legolas et Will jetèrent un bref regard vers l'acteur tout en restant aux aguets. Ils pensaient à la même chose: pourquoi ce Orlando se méfiait à présent? Était-il un complice, oui ou non?
« Irréel? Mmh... Et vos maux de tête, eux? Ils étaient bien réels ceux-là, n'est-ce pas?Alors, pourquoi pas tout le reste aussi?»
