Le soir arriva sans que je n'aie échangé le moindre mot avec l'un d'entre eux. J'avais retrouvé ce banc dans ce couloir vide. Ma position était à l'identique de la veille, seules mes pensées étaient plus sombres. Je ne réussissais plus à avoir la moindre pensée positive, j'étais tombée dans la spirale de la déprime sans chercher à garder la tête hors de l'eau.
Des idées néfastes commençaient à pointer leurs nez dans mon esprit, disparaissant avec difficulté. J'envisageais sérieusement de quitter Poudlard, quand ce n'était pas de quitter définitivement ce monde. Après tout, rien ne me manquerait et est ce que quelqu'un pleurerait vraiment mon absence ?
C'est là qu'il apparu. Petit à petit, il avait oté une cape qui le couvrait tandis que mes sanglots se faisaient de plus en plus forts. Ses yeux tristes puis ses cheveux en bataille. Il n'était pas mon ami, mais il était là, devant moi, franchement peiné par ma solitude.
- Lily…
Il s'accroupit devant moi, posant ses mains de part et d'autre. Je voyais au travers mes larmes son désarroi. Il ne savait comment gérer cette crise et je ne savais pas moi-même ce que j'attendais de lui.
- Lily…
J'avais réussi à me convaincre que je n'étais rien pour eux tous. Que je n'étais tout au plus qu'un poids pour eux. Alors le voir là paraissait si irréel !
- Lily, dis quelque chose, s'il te plait !
Sa voix était douce, tendre. Elle m'apaisait tout autant qu'elle me troublait. Et puis dire quelque chose, mais quoi ?! Je pouvais lui parler de cours, de magie et de ces trois dernières semaines mais j'en aurais vite fini !
- Parle…
J'aurais tant aimé répondre à cette supplique mais je ne savais comment commencer, que dire et surtout jusqu'où je pouvais me confier. Oserait-il se servir de mes confidences contre moi ? Après tout je ne le connaissais pas et même s'il était ami avec Remus, il me l'avait lui-même dit, nous n'étions rien l'un pour l'autre !
J'ouvris la bouche pour la refermer aussitôt.
- Lily, dis-moi au moins pourquoi tu viens ici au lieu d'être avec tes amis ?
- Parce que je les gêne !
Ca m'avait échappé. Je me mordis la lèvre comme si ce simple geste pouvait tout effacer. Je vis le choc de cette révélation dans ses yeux avant qu'ils ne reprennent cette lueur douce.
- Tu ne les gênes pas !
Il se releva et prit place à mes cotés.
- Qu'est ce qui te fait dire ce genre de choses ?
Je baissais les yeux, cherchant les meilleurs exemples pour le convaincre de la véracité de mes propos.
- Hier soir, j'ai disparu et à mon retour dans la salle commune, personne ne m'attendait !
Il eut un léger rire avant de poser sa tête en arrière contre le mur.
- Et qui te dit que je n'étais pas là, dans ce couloir avec toi ?
Je le regardais étonnée. Comment savait-il que déjà hier j'étais là ? Il devait s'agir d'un coup de bluff, et je décidais de l'ignorer.
- Parce qu'aujourd'hui aucun n'a remarqué que je n'allais pas.
- Continue.
- Parce que vous parlez de choses dont je ne me souviens pas. Je me sens perpétuellement exclue de vos conversations. Que ce soit par les paroles mais aussi par les gestes ! Je vois bien les regards qu'ils s'échangent tous entre eux. J'ai l'impression qu'ils parlent un langage secret…
Je m'arrêtais brusquement. Sous le feu de l'énervement mon ton avait monté, je m'étais placée devant lui debout. Le feu aux joues, je semblais prête à lui sauter dessus pour qu'il avoue que tout cela était vrai et qu'ils en avaient assez de jouer les gardes malades.
- C'est tout ?
- Non !
Il haussa un sourcil, m'invitant tacitement à développer.
- Même toi… Tu ne me parles pas. Y a même des fois où j'ai cru que tu m'évitais !
- Ce n'est pas ce que tu crois…
- L'ancienne Lily comprendrait peut-être, mais celle qui est devant toi… Je ne sais pas ce que je t'ai fait de mal, mais…
Je me ressaisis à temps. Avais-je vraiment envie de lui dire à quel point sa présence m'apaisait. Que je sentais le calme s'infiltrer en moi dès qu'il posait les yeux sur moi ?
- Tu ne m'as rien fait de mal, Lily…
- Alors pourquoi tout le monde baisse la voix quand ils me parlent de toi ? Pourquoi tu ne viens jamais me parler ? Pourquoi, James ?
Il ferma les yeux comme s'il se délectait de quelque chose.
- Je te l'ai déjà dit… Nous ne sommes pas amis… Et je ne voudrais pas que tu me reproches quoique ce soit quand la mémoire te reviendra.
Je m'assis à coté de lui pour lui prendre la main. Elle était si grande et si chaude dans les miennes que j'en oubliais un moment ce que je voulais dire.
- Peut être que nous n'étions pas amis avant mais j'aime bien parler avec toi. Cela me semble si simple… Avec les autres, j'ai toujours l'impression qu'ils veulent que je me rappelle de quelque chose, qu'ils attendent de moi une réaction précise à un moment précis… mais je ne peux pas. Je n'ai aucune idée de comment je réagirais en temps normal !
- Ils aimeraient juste t'aider, Lily !
- Peut être mais ils ne le font pas. Ils augmentent ma culpabilité, mon sentiment de vide. Et ça me ronge. Alors qu'avec toi… Tu ne cherches pas à ce que je me souvienne d'avant l'accident. Tu es juste… Toi.
Il ferma les yeux puis libéra sa main pour la passer dans ses cheveux.
- Qu'attends-tu de moi, Lily ?
Que voulais-je ? Qu'espérais-je de lui ? Je ne savais même pas ce que j'attendais de moi alors de lui ?!
- Ne me fuis plus.
- Pourquoi, Lily ?
- …
- Pourquoi moi ?
Je le regardais dans les yeux avant de descendre sur son nez, ses lèvres, son menton. Je regardais sa tenue légèrement débraillée puis cette cape qui lui permettait d'être invisible. Pourquoi lui ? Cette question avait autant de réponse que celle que je me posais les premiers jours de mon amnésie : Pourquoi moi.
- Je ne sais pas pour le moment mais si tu veux, je chercherais…
Il m'offrit son premier sourire de la soirée. Un sourire franc et amical qui fit battre plus fort mon cœur. J'en esquissais un à mon tour, espérant que cela ne ressemble pas trop à une grimace.
- Pas de mensonges entre nous, d'accord ? Demandais-je en tendant la main vers lui.
- A condition que tu me permettes de ne pas répondre.
- Pourquoi ?
- Parce que mes réponses pourraient t'influencer, et tu perdrais de ton libre arbitre.
- Je ne suis pas du genre à me laisser influencer ! M'écriais-je. Enfin je crois…
Je laissais un petit silence avant de demander penaude :
- Je me laisse influencer ?
Son rire résonna dans le couloir vide. Il était si vivant et si chaleureux que, bien qu'ignorant la vraie raison de son hilarité, j'eus envie de me joindre à lui.
- Oh non ! Tu ne te laisses pas faire !
- Certains ont déjà essayé de me convaincre ? Ou de me forcer à faire quelque chose ?
Il baissa les yeux. A priori mes questions l'embarrassaient et dévorée par la curiosité, je cherchais tout de même un moyen de détourner la conversation.
- Pourquoi ne faites-vous plus de blagues ?
- Nous sommes trop vieux pour cela…
- Oh…
- Tu as l'air déçue.
Je grimaçais. Devais-je lui dire l'idée stupide que j'avais eu ? Après une grande inspiration, j'osais.
- Peut-être que ma mémoire reviendrait après une farce…
- Oui, et tu m'étriperais aussitôt après !
Il riait de nouveau, perdu dans ses pensées. Mais cette fois ci, loin de me sentir exclue, j'eus l'impression de lui avoir donné une idée…
