- Zoro, réveille-toi !

- Il fait déjà jour ?

- Regarde par toi-même !

Et de deux ! C'est quoi ? C'est parce que j'ai encore regardé la vigie, c'est ça ? Déjà ce matin : C'est rien je préfère être là qu'ailleurs parce que… tu es là toi. Bien que j'ai un petit doute sur ce souvenir, je veux dire, ça fait tellement pas Zoro... Je soupire et repose le couteau que j'utilisai pour découper le poisson, un peu à bout, je me frotte la paume sur le visage. De toute façon, qu'est-ce que j'en sais de ce qui est Zoro ou de ce qui ne l'est pas ? Je me retourne et me laisse glisser sur le placard d'en bas. J'ai l'impression que ses souvenirs me pompent le moral...

- Sanji ? Qu'est-ce qui se passe ? Tu ne te sens pas bien ?

- Ah Chopper... Ne t'inquiète pas, juste... un coup de fatigue...

Il s'avance de ses petites pattes, ses sabots laissant des bruits apaisant derrière lui. À ma hauteur il se laisse tomber à coté de moi, une petite moue sur son visage baissé, je le regarde de coté, un sourire en coin, nous y sommes. Depuis que je m'étais réveillé il y a quelque jour, il n'a cessé de s'inquiéter pour moi avec sa petite tête boudeuse quand il sentait que je lui mentais sur si j'allais bien ou pas et je trouve ça... mignon.

- J'aimerai vraiment que tu arrêtes de t'inquiéter Chopper... dis-je en posant ma main dans la petite touffe de sa tête, le caressant d'un air rassurant.

- Je sais mais...

- ... La vérité Chopper c'est que moi-même je ne sais pas ce qui m'arrive.

- Comment ça ?

- Tu vois, depuis que nous avons à nouveau vogué ensemble j'ai comme des... flash-back. Des bouts de ma mémoire qui reviennent et le problème c'est que je ne sais pas pourquoi je les ai oubliés mais je suis sûr d'une chose, ils concernent tous une seule et même personne. Cependant, depuis que je me suis évanoui et que je me suis réveillé suite à une sorte de crise me disais-tu, ces flash-back sont toujours là et semble plus intense, plus présent car dans chaque pièce de ce navire je suis persuadé qu'un souvenir s'y cache et cela m'effraie... cela m'effrayera jusqu'à ce qu'une personne viendra en face de moi pour me dire clairement ce qui m'arrive... et pas avant.

- Ces souvenirs... est-ce qu'ils sont... tristes ?

- Oui... certain le sont, d'autre sont... de bons souvenirs, je me vois sourire, rire, aimer chacun d'entre vous et quand il s'agit d'une... certaine personne, je ressens... un profond... bonheur...

- Sanji...

Ses sabots passa doucement sur chacune de mes joues, pourquoi ? Est-ce que je... pleure ?

- Pourquoi ? Je relève mes mains et contemple absurdement mes paumes se tâcher de larmes. J'étais heureux alors... Pourquoi ? Des souvenirs comme ça, je n'aurais... je n'aurais pas dû les oublier... Comment se fut possible ? Que s'est-il passé ?

Je sens Chopper emprisonner mon visage de ses maigres bras, n'arrivait-il plus à sécher mes larmes ? Et je n'entendis pas le bruit de katana s'entrechoquant doucement entre eux, quelque part dehors, tout proche, de l'autre coté de la porte. Je n'entendis pas ce corps qui se laissait glisser le long du mur en bois, la tête basculer en arrière, le regard plein de regret voilé de ses paupières pour les cacher au reste du monde, se frôlement sourd de bout de doigts sur une peau crispée témoin de larme si peu versées.

oOo

1201... 1202... 1203... 1227... 27 ? Mince c'était 1205, non 4 ? Fait chier, je sais pas ! Je repose mon altère, le corps en sueur, la respiration saccadée et fronce les sourcils en regardant l'horizon. Si même l'entrainement n'arrive pas à me faire changer les idées... Dans un long soupir je me laisse retomber comme une masse sur l'herbe artificielle et ferme les yeux un moment. Je savais que je n'en avais pas le droit... je veux dire de regretter tout ça, de regretter ce que j'ai fais avec ce vieux. Regretter serait le comble, un homme ne devrait jamais regretter ses actes, jamais... Je soupire une nouvelle fois et passe ma main sur mon visage, pourquoi s'en est-il souvenu de toute manière ? Est-ce que le vieux savait ? « Tout fini par refaire surface... » Oui, assurément... Cela aurai était trop facile, c'est ça ? Si tout avait continué comme si rien ne s'était passé, comme si ces moments de « nous » n'était qu'un rêve oublié, tout aurait était trop facile n'est-ce pas ?

J'ai certainement dû provoquer tous ça aussi... quand je l'ai revu, sur ce navire, dans mes bras et tellement proche... ma raison s'en est allée et je n'ai voulu qu'une chose... c'est de me rapprocher encore plus de lui, oubliant ce que j'ai fais il y a deux ans... Merde ! Je rouvre doucement mes yeux et contemple le creux de ma main. J'ai tellement envie de le toucher, de l'enlacer, de l'embrasser, de... le chérir une nuit entière ainsi que toutes celles qui suivent... Kuina, je fais quoi maintenant ?

oOo

Une lointaine mélodie de violon vient apaiser les ventres tous juste plein de nos compagnons, le froissement du torchant qu'utilise Sanji pour s'essuyer les mains laisse un silence calme dans la cuisine, maintenant dépourvu de monde, il laissa échapper un soupire. En vérité, il se sentait plus fatigué qu'il ne l'aurait cru et ne dirait pas non pour une petite sieste. Il s'adossa au mur pendant qu'il essuyant la dernière assiette, donnant un regard en coin sur un petit bout du monde extérieur. Lui aussi s'était émerveiller devant le spectacle qu'offrait le paysage, ce n'était pas tous les jours que l'on pouvait voir ça. Il avait d'ailleurs piqué une des peintures à l'huile d'Usopp, une magnifique représentation, pour l'accrocher au-dessus du canapé qui occupait un coin de la salle à manger. Tiens, peut-être pourrait-il faire sa petite sieste sur celui-ci... Il contempla une dernière fois les algues qui dansait doucement au gré de l'eau, se demandant combien de temps encore le Sunny comptait stagner ici. Le cuistot s'ennuyait visiblement, il pensait qu'il aurait besoin de se défouler un peu sur quelque chose et surtout, il aurait vraiment besoin de s'allonger sur se canapé pour piquer un somme.

Et c'est ce qu'il fit, fermant les paupières sous le poids de la fatigue, lentement, comme-ci dès l'instant où elles se fermeront complètement, quelque chose serait prêt à surgir, comme un flot de je-ne-sais-quoi, comme une explosion. Oui voilà, comme une bombe, en faite.

oOo

Un souffle chaud s'élève doucement dans l'air, né d'une respiration fiévreux, né d'un désir brûlant. Un corps qui se cambre, une tête qui bascule dans un soupir abandonné. La paume d'une main qui effleure avec plaisance cette peau sensible, le long d'une cuisse, à l'extérieur puis à l'intérieur. Des pupilles qui se voilent de ce plaisir abject aux yeux de ceux qui sont le plus proche de Dieu. Ce plaisir que l'on appelle celui de la chair. La chaleur, la soumission, la dominance... Ces muscles roses qui valsent entre elles, ces lèvres humides qui s'aiment un soir. Un bout de doigt qui redessine l'interdit de l'orifice avant d'y pénétrer pour le non retour. Cette hampe de chair et de sang qui se dresser fière et impatiente. Ces cadences de respiration saccadés qui arrête le temps. Ces souffles d'une chaude folie qui caressent d'un délicieux frisson ces corps damnés et nus. Ces deux regards qui se sondent et se font l'amour ainsi. Et le coeur qui se fait plus bruyant jusqu'à ce que les battements se confondent avec les clapotis de l'eau sur la coque.

Des oiseaux crient la beauté de l'océan et volent librement dans le ciel radieux comme de ceux dans les jours heureux. Un vent léger souffle sur les brins d'herbes berçant les voiles du Navire, les emportant dans une valse apaisante. Une vision de liberté, de pur bonheur se forme par ces éclats de rires qui s'élèvent comme une heureuse symphonie. Comme une fin qui se serait bien terminée. Il vit la chance qu'il avait d'être là, avec ce petit groupe de personnes. Revivant un moment de joie partagé avec chacun d'entre eux et en particulier un. Cette personne là. Désorienté, sans cervelle, viril, qui agit avec ses muscles et peu avec sa tête, fort, protecteur, amoureux du saké et stupide surtout. Il se vit rire et sourire avec lui. Ce bretteur qui lui cherche toujours des noises, qui accumule des bêtises presque aussi bêtes que celles de leur Capitaine et qui n'a rien d'un gentleman. Il se retrouvait en face d'un écran où se défilait des souvenirs, ses souvenirs et alors que la séquence c'était arrêtée sur le sourire moqueur d'un certain Marimo, les images de l'écran se brouillent, se perdent dans un néant de couleur insensé, essayant de former quelque chose, comme s'il s'était heurté à un problème technique anormal. Ma tête me faisait mal essayant de réparer cette anomalie et petit à petit les images se distinguent d'un simple désordre, les choses prennent forme que déjà la vidéo recommence à tourner et plus elle s'avance, plus elle s'éclaircit. Alors un flot de souvenir sortie de je ne sais où me frappent, me heurtent de plein fouet, m'enveloppent de sentiment désordonnés, la douleur, les ressenties, les révélations sont insupportables. Et j'arrête de lutter ayant la sensation que c'est ce que j'attendais.

C'est vrai, il n'avait jamais comprit quand est-ce que tout avait changé. Quand est-ce que tout avait basculé. Ce sentiment. Cet instant où il franchit cet espace, cet infime espace présent dans chaque relation et qui une fois dépassée donnait l'impossibilité d'un retourner en arrière. Ce mur qui sépare l'Amitié et... l'Amour. Se fut un sentiment beau, tellement beau, tellement bon mais tout aussi troublant et décevant. Surtout décevant car il était vraiment impossible de revenir en arrière sur ses sentiments mais lui... il avait réussi, bien qu'aujourd'hui tout refaisait surface, il avait tenté le retour en arrière. Qu'en a t-il tiré ? Une satisfaction ? Un regret ? Non, cela serait un comble. Qu'est-ce qui l'y avait poussé ? Peur ? Regret ? Lâcheté ? N'est-ce pas pareil que la peur ? Cet homme pouvait l'être, cet homme pouvait donc être lâche... Et qu'attend de moi cet homme maintenant ?

« Les choses sont mieux ainsi... »

Si même toi tu ne crois plus en tes anciennes convictions alors en quoi est-ce que moi, dois-je croire ?

oOo

En cette fin de journée, même les profondeurs de l'océan semblent accorder une importance au jour et à la nuit car aussi étrange que cela puisse paraitre le paysage s'était assombrit et de léger courant faisait avancer le Sunny aussi sûrement et aussi lentement que si c'étaient ces légères brise de vent glacial, un soir d'hiver. Quelques heures s'étaient écoulées depuis que tout le monde était allé se coucher tandis que cela faisait quelques minutes que le sommeil m'avait quitté. Deux heures quelque chose du matin s'affichait sur l'horloge en bois clair de la chambre. Et bizarrement j'ai l'impression que l'heure n'a plus aucune importance dans ce Nouveau monde où même la météo perd le Nord.

D'un oeil, je scrute la pièce et écoute les respirations régulières de mes compagnons qui dormaient paisiblement, dû moins c'est que je tentai de m'en assurer. Lentement, j'ôte la couverture pour me laissant glisser sur le bord et saute du lit aussi félinement et discrètement que possible ne souhaitant réveiller personne. Un moment je contemple mon Capitaine, dormant sur un lit au-dessus, le bras long qui pendouille jusqu'au sol, servant de monstrueux serpent au rêve de brave chevalier d'Usopp qui occupait le lit juste en-dessous et j'esquisse un sourire de la scène.

- Hey... !

Je sursaute de frayeur, une main sur le coeur et me retourne vivement vers deux pair de yeux jaune, celle-ci semble continuer à briller malgré les ténèbres qui l'entour. Et un frisson me traverse l'échine, me rappelant de ces étranges yeux rouges, c'était ici, c'était... puis insciemment je tourne la tête avec réticence vers ce canapé que même la couleur m'échappait à ce moment là... Et je vois ces deux corps, ces lèvres qui s'embrassent comme si le reste n'avait pas plus d'importance, comme s'ils venaient de céder à une force qui ne cesser indéniablement de les attirer, comme s'ils...

- Sanji...

Et je frisonne à nouveau mais pas à cause de cette voix grave, non, c'est ce souffle, ce souffle chaud que j'ai sentit remonter le long de mon cou. Je cale vivement la paume de ma main à cet endroit et me retourne vers le Marimo.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

« Sanji... » J'entre-ouvre les lèvres lorsque cette voix me semble encore beaucoup plus près. Mon nom qu'elle a susurré dans le creux de mon oreille et je regard d'un air horripilé le vrai porteur de cette voix, trop loin pour que se soit lui. Je suis vraiment devenu... fou. Celui-ci fait un pas en avant et j'en fais un en arrière, il fronce les sourcils et je secoue lentement la tête de gauche à droite. Insciemment, je continu à reculer, n'arrêtant pas de fixer ces pupilles jaunes qui faisaient de même. Brusquement je sors de ma transe en percutant le canapé avant de tomber de déséquilibre sur celui-ci et tout était comme une impression de déjà vécu.

Je rouvre lentement les yeux et vois cette silhouette dressée sur moi.

Un corps si limpide qu'elle donnerait l'impression de pouvoir disparaitre à tout moment et étrangement cette sensation m'effrayait. Son corps si triste dégageait tellement d'éphémère que mon coeur resta noué sous la contemplation. Je ne distinguais aucun relief sur son visage, pas un oeil, pas un nez, ni même le contour d'une bouche comme s'il désirait me cacher son identité mais au fond de moi, je savais déjà. Alors, lentement, je ferme les yeux. Je fais confiance à cette silhouette sans visage. Je relève ma main et la pose sur une chair chaude et bien réelle puis une caresse se forme sur cette peau chaude et ferme, ce visage et cette expression, cette tristesse.

- C'est ici... c'est ici que tout a... changé...

Je n'eu de réponse qu'un hochement incertain de la tête. Incertain ?

- Est-ce comme cet endroit de la vie où le chemin se divise en deux ? Cet endroit où tu choisis entre vivre ta vie avec quelqu'un ou pas ? Cet endroit par lequel je suis déjà... passé ?... Pourquoi... ?

- je suis désolé... 3 mots prononcé avec la même tonalité...

Mais peut-être pas ceux que j'aurai voulu entendre... Et sans que je le retienne un rire de dédain alla vibrer l'air. Il n'avait pas le droit ! Et il le savait ! Je lui lance un regard dur, lourd de reproche et la deuxième chose qu'il savait c'est qu'il le méritait. Car être désolé ne changera rien à ce qu'il a fait, car il sait que j'ai souffert et ça me fait encore plus mal, car il ne peut pas comprendre ce que j'ai pu vivre et parce que tout est de sa faute ! Mais... mais malgré tout ça, son regard me défi, me prouve que cette fois-ci il ne fuira pas, qu'il a changé. Je scrute la profondeur de ses pupilles, incertitude ? Envolée. Hésitation ? Disparu. Tout semble me dire : « Aujourd'hui, je sais ce que je veux » et ma fierté lui renvoie un « Et alors ? ». Tendre, sadique, je tapote du bout des doigts, avec impatience la peau chaude et ferme de sa joue.

- Pour qui est-ce que tu me prends Roronoa ?

TO BE CONTINUED...