CHAPITRE 6
S'essayer à la transgression
Le lendemain, Sakura revêtit avec délectation son uniforme flambant neuf – jupe noire plissée qui lui arrivait au-dessus des genoux, collants opaques, chemise blanche, pull gris foncé, cravate à rayures obliques bleues et bronzes, robe de sorcière noire à doublure bleue. Elle passa à peine un coup de brosse dans sa crinière rose, chaussa correctement ses lunettes rondes sur son nez et sourit de toutes ses dents à son reflet. Elle virevolta ensuite dans toute la pièce en offrant une flatterie à chaque animal qu'elle croisait, et salua également tous les êtres humains en train de se préparer – eux étant beaucoup plus ronchons qu'elle; Sasuke en particulier était comique avec ses cheveux aplatis d'un côté et ses yeux encore englués de sommeil. Elle s'arrêta de danser juste au pied du lit de Shikamaru et le secoua joyeusement pour le réveiller.
Avec la lenteur du paresseux – et comme ils étaient tous bien solidaires -, ils finirent par se mettre en retard, loupèrent l'heure du petit-déjeuner pendant laquelle étaient distribués les emplois du temps, durent donc improviser pour connaître l'emplacement de leur prochain cours et coururent en rond dans la moitié du château. Par chance, ils arrivèrent devant la bonne salle de classe juste au moment où les autres élèves y pénétraient. Toutes les maisons étant réunies à chaque cour, ils furent ainsi treize à prendre place face à… un chat doré qui les regardait depuis son perchoir – le bureau.
« Bonjour à tous ! dit-il joyeusement, et sa voix chaleureuse rappelait en tout point celle du professeur Namikaze. Bienvenue à votre premier cours de Métamorphose. »
Il sauta de son piédestal et atterrit sur ses deux jambes sous les yeux ahuris de ses élèves.
« Avant de commencer, nous allons un peu changer la disposition de la classe : je voudrais que vous vous asseyiez tous à côté de quelqu'un qui n'est pas de votre maison. »
Sakura, qui s'était installée d'autorité à côté de Shikamaru pour le maintenir éveillé, se retrouva assise à côté de Suigetsu, Sasuke à côté de Kiba, Shikamaru à côté de Deidara, Sai à côté de Kotetsu et Karui près de Genma. Ils eurent alors droit à une leçon introductive à la discipline – la Métamorphose, l'art de transformer un objet en un autre; d'animer des objets inertes ou de rendre inertes des objets animés.
Le prochain cours, Sakura le redoutait largement; c'était celui de Potions dispensé par Kakashi Hatake. Il avait lieu dans les cachots, alors c'était peu dire.
Les élèves s'assirent plus naturellement en se mélangeant les uns aux autres et tinrent sur les premières et deuxièmes rangées. Kakashi entra de manière plutôt théâtrale, à grands pas assurés en faisant claquer la porte contre le mur en pierre; il parlait déjà alors qu'il rejoignait son bureau en face de la classe sur lequel se tenait un gros corbeau noir. Sa longue cape couleur de nuit voletait derrière lui. Il ne se présenta pas : « Je suis sûr que vous connaissez déjà tous mon nom et que vous savez déjà tous que je suis terrible, déclara-t-il d'emblée d'une voix froide, assourdie par le masque qu'il portait - ce qui la rendait d'autant plus inquiétante. Pas de baguettes magiques dans mon cours, et donc pas de sortilège ridicule. »
Son timbre était gelé et pourtant, quand il se retourna, son œil libre était froissé comme s'il souriait sous son masque.
« Vous n'êtes pas trop nombreux, ça réduit les chances qu'au moins l'un d'entre vous s'intéresse à la science subtile et magnifique qu'est l'art de préparer des potions. Si jamais cette personne se présente, qu'elle sache que je peux lui apprendre à ensorceler l'esprit et à piéger les sens, comment mettre la renommée en bouteille, distiller la gloire et même paralyser la mort elle-même. »
Sakura écoutait tout cela avec émerveillement, assise au premier rang, et griffonnait frénétiquement sur son parchemin. Néanmoins, Kakashi la toisait d'un air si fermé que cela fit remonter toutes ses angoisses.
« Fermez donc la bouche, Mlle. Haruno, et cessez de prendre cet air enamouré. Vous estimez peut-être que votre célébrité vous dote de talents exceptionnels, mais je peux d'ores et déjà affirmer que vous n'êtes pas cette personne qui excellera dans mon cours. »
Le corbeau sur son bureau croassa comme pour lui donner raison. Sakura déglutit et baissa les yeux, les joues empourprées de honte. Izumo à côté d'elle la poussa gentiment du coude.
A l'heure du déjeuner, chacun était libre de s'assoir où il le voulait à l'une des quatre tables de la Grande Salle. Les première année décidèrent donc de rester ensemble. Deidara répétait une formule depuis cinq minutes en moulinant de la baguette au-dessus de son verre d'eau.
« Qu'est-ce qu'il essaie de faire ? s'enquit Sakura.
- De changer son eau en rhum, lui expliqua Choji. Il a réussi à obtenir un thé très léger tout à l'heure ! »
D'un coup, le bruit d'une explosion retentit. L'apprenti sorcier se retrouva tout couvert de suie et ses élégants cheveux blonds étaient dorénavant en bataille. Suigetsu et Mangetsu éclatèrent de rire en se tenant le ventre. Deidara, au lieu d'être déçu, eut un grand sourire aux lèvres : « C'était trop cool ! » Shikamaru, dérangé dans sa sieste, le regardait comme s'il était fou.
Tandis que tout le monde était occupé avec cela, Itachi, Shisui et Kagami s'assirent en face de Sasuke. Sakura lui serra doucement la main sous la table.
« Alors, bébé Sasuke, fit Shisui pour amorcer la conversation, tu culpabilises ? (Kagami lui asséna un violent coup de coude dans les côtes.)
- Il veut dire : est-ce que ça va ? »
Sasuke n'avait toujours pas levé les yeux, honteux, et jouait avec sa nourriture du bout de sa fourchette.
« Maman était à Poufsouffle, tu sais, lui dit doucement Itachi. Ce n'est pas grave si tu n'es pas à Gryffondor.
- C'est facile à dire pour toi ! s'énerva son petit frère. Mais qu'est-ce que papa va en penser ?
- C'est l'heure du courrier ! » cria quelqu'un dans la salle.
Des centaines de chouettes et de hiboux en tous genres envahirent la Grande Salle en lâchant des lettres ou de petits paquets à la personne destinataire. Ainsi, une enveloppe tomba dans les mains d'Itachi qu'il fit passer à Sasuke : « Vois par toi-même. On savait que tu n'oserais pas envoyer une lettre à papa et maman, alors on l'a fait pour toi. » Le plus jeune Uchiha ouvrit l'enveloppe en tremblant un peu; par-dessus son épaule, Sakura parvint à lire les mots « répartition », « fiers », « vacances », « hâte », « féliciter » - rassurée sur son contenu, elle laissa son ami aux bons soins de ses frères.
De l'autre côté, Karui avait reçu la Gazette du Sorcier et le rose demanda à le lire. Choji avait quant à lui fait l'acquisition d'une curieuse boule en verre envoyée par son père; il y avait de la fumée blanche emprisonnée à l'intérieur.
« C'est un Rapeltout ! s'exclama Genma. Quand la fumée devient rouge, c'est que tu as oublié quelque chose.
- C'est super, bafouilla Choji tandis que la fumée devenait écarlate. Mais le problème c'est que j'arrive pas à me souvenir ce que c'est. »
Les jumeaux Serpentards se bidonnèrent à nouveau.
« Il y a eu un cambriolage chez Gringotts ! s'écria Sakura à l'attention de ses amis – Sasuke, délaissé peu avant par ses frères, se tourna curieusement vers elle. Le journaliste dit que c'est l'œuvre d'adeptes de la magie noire. 'Les gobelins affirment que rien n'a été volé', lut-elle. C'est le coffre 713, celui où je suis allée avec Kisame il y a deux jours ! »
L'après-midi fut consacrée au baptême de l'air en balai – en balai magique, pas celui qu'elle avait l'habitude d'utiliser tous les jours pour nettoyer la crasse de Kankuro ! Leur professeur, Anko Mitarashi, était une femme à l'air aussi strict que complètement fou. Ils étaient répartis en deux rangées de six et sept, placées face-à-face, avec un balai standard fourni par l'école devant chacun d'eux.
« Bienvenue à votre premier cours de vol ! annonça la femme aux cheveux violets d'une voix forte. Tout le monde avance d'un pas et sa place à la gauche de son balai. »
Les élèves s'exécutèrent.
« Main droite au-dessus du balai et vous dites bien distinctement : debout ! »
Shikamaru y parvint du premier coup malgré sa voix monocorde et son balai, comme attiré par une force mystérieuse, rejoignit sa main ; Sasuke le regarda avec les yeux ronds – le sien se dandinait au sol sans se décider. Sakura aussi y arriva à son premier essai, avec Suigetsu et Mangetsu qui affichaient déjà un sourire fier de toutes leurs dents pointues.
« Avec plus de conviction ! », somma le professeur à ceux qui n'avaient pas encore leur balai en main.
Celui de Kiba se leva si abruptement qu'il le frappa en plein visage. Sai éclata de rire à côté de lui.
« Te moque pas », gémit le brun en se tenant le nez.
Quand ils y furent tous parvenus, Anko demanda de bien se cramponner au manche et d'enfourcher le balai.
« A mon coup de sifflet, vous frapperez le sol du pied, fort, vous vous élèverez un peu, puis vous redescendrez immédiatement en vous penchant en avant. Compris ? A mon coup de sifflet, 3, 2…
- Professeur Mitarashi ! la héla un homme qui accourait sur le terrain. Le Directeur requiert votre présence dans son bureau.
- Oh, zut. Attendez-moi, je reviens dans cinq minutes. Que personne ne décolle ne serait-ce qu'un orteil du sol tant que je ne suis pas revenue ! »
Suigestu et Mangetsu ricanèrent et ignorèrent complètement cet avertissement; ils décollèrent immédiatement du sol aussitôt que la chevelure prune du professeur eût disparue. Ils se pavanaient et montraient à tout le monde leur détente sur un balai, affirmant ainsi leur habitude et leur aptitude à voler. Ils tournèrent autour de leur petit groupe en les narguant, puis Mangetsu piqua le Rapeltout dans la poche de la robe de Choji.
« Rends-le-moi ! »
Mais Choji était si timide qu'il se résigna rapidement et rougit de sa faiblesse. Sakura, même si elle savait que les jumeaux n'étaient pas foncièrement méchants, fronça les sourcils face à leur malice.
« Rendez-le-lui ! cria-t-elle.
- Viens le chercher ! » la défia Suigetsu.
Mangetsu lança la boule en verre au loin. Mue par un instinct qu'elle ne se connaissait pas, la rose frappa le sol de son pied droit et s'éleva dans le ciel. Elle resta momentanément figée, surprise par la sensation nouvelle.
« Sakura, redescends, c'est une mauvaise idée, la prévint Karui.
- Je reviens tout de suite », la rassura son amie.
N'ayant pas le temps de s'extasier de sa première expérience de vol pour le moment, elle se pencha sur son balai et traça une ligne droite vers l'objet qui courait au loin. Elle traversait l'air, les pans de sa robe fouettant ses flancs, elle se grisait du sentiment. Alors que la balle allait s'écraser contre une vitre, Sakura la rattrapa juste à temps en faisant un tour complet sur son balai, comme quand elle faisait une roulade en natation avant d'atteindre le mur. Elle fit rebondir l'objet dans sa paume, fière de sa prestation. Elle ne remarqua pas Minato qui la regardait avec surprise derrière son bureau.
Elle retourna vers ses camarades, victorieuse, en brandissant la balle. Sasuke et Karui l'enguirlandèrent pour la forme, Shikamaru et Sai sourirent en coin, les autres l'acclamèrent. Choji la remercia timidement et les jumeaux firent semblant de se forcer à la féliciter : « On savait que tu pouvais le faire ! » Minato débarqua sur la pelouse en hélant Sakura. Cette dernière rentra la tête dans ses épaules, prête à se faire réprimander.
« Suivez-moi, Mademoiselle Haruno », lui intima-t-il.
Minato avançait de sa longue démarche sans dire un mot et Sakura peinait à le suivre, devant trottiner à côté de lui.
« Je suis désolée, professeur », fit-elle d'une voix de souris.
Mais il ne l'écouta guère et entra dans une salle de classe. Sakura aperçut le professeur Chojuro et entendit Minato demander s'il pouvait emprunter M. Namiashi.
« Bien entendu », bégaya l'homme au turban.
Minato revint vers elle avec l'élève en question; il était grand, brun, plutôt large d'épaules, avec une cicatrice sur sa pommette gauche qui se fronçait jusqu'à l'arrête de son nez. Il était plutôt beau, c'était intimidant, et Sakura rougit légèrement.
« Mademoiselle Haruno, voici Raido Namiashi, lui présenta le sorcier blond. Il est en cinquième année. Monsieur Namiashi, je vous ai trouvé un nouvel attrapeur ! »
Le professeur avait l'air incroyablement excité à cet instant précis, alors Sakura sut, malgré sa surprise, qu'elle ne serait pas punie aujourd'hui.
Plus tard, tandis qu'elle se dirigeait vers la Salle Commune de Serdaigle avec ses quatre amis, elle leur apprit la nouvelle.
« Aucun première année n'est jamais pris dans l'équipe de Quidditch ! s'étonna Sasuke. Tu dois être la plus jeune joueuse depuis…
- … un siècle, confirma Sakura avec orgueil. D'après le professeur Namikaze.
- Bravo, Sakura ! la félicita Shisui qui apparut sur sa gauche. On a entendu les rumeurs.
- Nous sommes batteurs pour Gryffondor, l'informa Kagami sur sa droite.
- On est impatient de t'affronter sur le terrain !
- On sera gentil, promis.
- Mais bon, c'est un sport brutal ! Quoique personne n'est mort depuis des années…
- Juste quelques disparus de temps à autres, et parfois des blessés graves. »
Ils lui tapotèrent l'épaule avant de s'en aller vers leur prochain cours.
« Ne t'en fais pas, Sakura, tu seras une championne ! la rassura Karui.
- Et si je me ridiculisais ? Je n'y ai jamais joué !
- Tu ne te ridiculiseras pas, lui assura Sai. Il semblerait que tu aies ça dans le sang. »
Il les emmena avec empressement jusqu'à la vitrine où étaient entreposés les récompenses des meilleurs joueurs de Quidditch de l'école. Dans la partie réservée aux Serpentards, il y avait un écusson doré au nom de Kizashi Haruno décerné en 1996 pour ses exploits en tant que poursuiveur.
« Je ne savais pas que mon père jouait au Quidditch…, murmura Sakura. Ni même qu'il avait été chez les Serpentards ! »
Sasuke passa un bras autour de ses épaules en souriant et l'entraîna vers leur dortoir : « Allez viens, on va fêter ça ! »
Tandis qu'ils se dirigeaient vers l'aile ouest du château, ils empruntèrent les grands escaliers. Sauf que ceux-ci décidèrent subitement de n'en faire qu'à leur tête ! Ils les conduisirent donc à un autre palier que le leur, sur lequel ils s'empressèrent de monter avant que les escaliers ne changeassent à nouveau. Shikamaru ouvrit la lourde porte en bois qui leur faisait face, elle menait sur un corridor tout en pierre à l'ambiance très glauque.
« On est au troisième étage, c'est interdit ! » s'alarma Karui.
D'un coup, un croassement se fit entendre alors qu'une torche prit feu à côté d'eux et qu'un corbeau entra par la porte restée ouverte.
« C'est celui du professeur Hatake, courez ! » s'écria Sasuke, et ils s'enfoncèrent encore plus profondément dans le couloir sombre.
Les torches s'embrasaient une à une à leur passage. Ils tombèrent sur une autre porte au fond du corridor, mais elle était verrouillée. Sai prit les choses en main et chuchota : Alohomora. La porte s'ouvrit et ils s'engouffrèrent par l'ouverture avant de refermer le battant derrière eux.
« Alohomora ? demanda Karui en haussant un sourcil circonspect.
- Livre des Sorts, chapitre 7. »
Ils entendirent la voix de Kakashi au loin : « Je sais que vous êtes là, sortez de votre cachette ! » Les cinq enfants retinrent leur souffle. Le professeur repartit après quelques secondes.
Sakura crut alors bon de faire remarquer aux autres qu'un immense chien à trois têtes dormait juste à quelques pas d'eux. Les têtes se mirent à cligner des yeux et à bailler en se redressant, c'était mauvais pour eux ! Les sorciers hurlèrent de concert avant de s'enfuir à toutes jambes. Ils poussèrent de toutes leurs forces contre la porte, jusqu'à ce qu'elle claquât dans un bruit sourd et que Sakura pût pousser le verrou. Ils détalèrent ensuite jusqu'à la Salle Commune.
« Je tombe sans me faire mal, qui suis-je ? interrogea le petit aigle sur la poignée.
- La nuit », répondit Shikamaru, essoufflé.
Lorsque la porte se fut ouverte, les cinq compères pénétrèrent précipitamment dans la salle. Arrivés dans leur dortoir, Sasuke explosa : « Mais qui est-ce qui garde ça dans une école ?!
- Tu n'as pas vu sur quoi il était couché ? demanda Sakura.
- Je n'ai pas vraiment regardé ses pattes, j'étais un peu trop préoccupé par sa tête. Il en avait trois, je te signale !
- Il était sur une trappe, donc il n'est pas là par hasard ! Il doit garder quelque chose.
- Oui, on ferait surtout mieux de se coucher avant de se faire tuer ou renvoyer », marmonna Karui en enfonçant sa tête dans son coussin pour se calmer.
