C'est dans ce chapitre que l'univers de Saint-Seiya commence à prendre de l'importance.
Les signes chinois mentionnés ont été calculés par un site internet. Pour indication, le signe d'Emilia est la chèvre de métal, qui a duré du 15 février 1991 au 3 février 1992. La date de naissance de Max n'est pas donnée, mais son signe est le singe d'eau, qui a suivi immédiatement. Max est donc un peu plus jeune qu'Emily. (Et puisqu'on y est, selon SaintSeiyaPedia, Isaac est né le 17 février, en 1972 dans l'oeuvre originale, mais ici en 1992, pour concorder avec la date du récit, en 2012. Isaac a donc à peine une dizaine de jours de plus qu'elle.)
Nous avons fêté Noël puis le jour de l'An ensembles. J'hésitais à leur révéler mon anniversaire, ai fini par le faire en voyant la famille, Lian surtout, préparer la fête du Nouvel an chinois, qui tomberait cette année le 23 janvier. Ils ont réagis avec enthousiasme.
-Tu es née en quelle année, Emily? m'a demandé Lian.
-En 1992. Le 26 janvier, ai-je précisé.
-Une chèvre, a-t-elle fait avec un brin d'affection. Tu es une personne rêveuse et romantique, une artiste dotée d'empathie.
J'ai souri en silence, ne sachant dire si cette description me ressemblait ou pas.
-Max est un singe, a-t-elle précisé en voyant mon embarras.
Cette fois, j'ai osé rire.
Ils ont fait le ménage de l'appartement. Mes propres affaires rentrant dans un seul sac, je croyais ne pas avoir grand chose à faire, mais Lian a insisté. Ce t-shirt, là, je le mettais encore? Et ce jean hyper usé, ne serais-je pas mieux de le jeter? Je cédais facilement, je pouvais facilement remplacer les pièces de vêtements dont elle m'enjoignait à me défaire par des neufs. Il y avait peu d'objets auxquels je tenais vraiment: mon collier de la colonie, les lettres que j'avais échangé avec mes parents et Lukas, la petite voiture de Francois qui me servait de porte-bonheur, et puis Perseis, à présent. Après quoi il faillait ''redécorer''.
Claude apposait des vœux écrits en idéogrammes sur du papier rouge sur la porte d'entrée tandis que Max et moi découpions des symboles dans du papier pour les coller aux fenêtres et que Lian traçait des mots comme chance et bonheur en mandarin sur les portes et... Un peu partout, en fait. Le 22 au soir, nous nous sommes spécialement rassemblés autour de la petite table, dans l'appartement et non au restaurant comme d'habitude. Nous avons mangé des nouilles ramen très, très longues (un symbole de longévité), des gâteaux de riz, des raviolis, de la fondue, du poisson et des crevettes. Tous des aliments symboliques. Il était presque dix heures quand nous sommes sortis faire éclater des pétards. Je craignais que ça ne dérange les voisins, mais non, la plupart le faisaient aussi.
-C'est pour effrayer Nian, m'a dit un vieil homme avec un accent plus fort que celui de Lian. Ne t'a-t-on pas raconté l'histoire?
J'ai fait signe que non. On a entrepris de me la raconter, chacun se relayant, et parfois dans un français- ou même un anglais- plus qu'approximatif. Nian était un animal féroce, avec une tête de lion et corps de taureau, qui, il y a très longtemps, venait des montagnes, des bois ou encore de la mer une fois par hiver, s'approchant des villages pour dévorer les gens et les bêtes. Avec le temps, ou grâce à l'arrivée d'un vieil homme selon une autre version, les gens finirent par comprendre qu'il avait des points faibles; il craignait le bruit, la lumière et la couleur rouge. Dès qu'il s'approchait, ils portaient et décoraient leur maison de rouge et tapaient dans des casseroles pour le faire fuir. Depuis, on aurait perpétué ces traditions dans toute la Chine. Cette légende me fascinait.
-Tu crois qu'elle existait vraiment, cette créature? ai-je demandé à Max.
Il a haussé les épaules, riant.
-Qui sait?
Une heure plus tard, des cloches se sont mises à résonner dans le quartier. J'avais la sensation qu'elles vibraient dans ma poitrine. Nous nous sommes retrouvés dans le petit salon, donc dans ma chambre. Claude a écarté le matelas pour que personne ne marche dessus. Ils ont tenu une courte cérémonie en hommage à la mère de Max.
-Elle est morte au combat, m'a-t-il révélé avec une légère hésitation.
-Et toi? a fait Lian. Y a-t-il quelqu'un dont tu souhaite te rappeler?
J'ai fixé les chandelles disposées sur la table.
-Ma sœur Léna.
D'un geste assuré qui a du aller à l'encontre de toutes ses traditions, j'ai pris une chandelle et coloré sa flamme en violet, la couleur préférée de Léna. J'ai murmuré une ancienne bénédiction avant de souffler la chandelle.
Nous avons attendu minuit avant d'échanger des vœux. Je l'ignorais- et j'aurais du m'en douter, d'ailleurs-, mais Max et Claude parlaient un peu mandarin. Mon ami s'est obstiné à me faire dire ''Bonne année! Que tu sois en santé!''.
-Xīnnián kuàilè. Nǐ jiànkāng, ai-je réussi à prononcer correctement après presque dix minutes à essayer.
-Tu devrais le dire en russe, ce serait plus simple, s'est-il moqué sans méchanceté.
Je lui ai fait une grimace, hilare. Je ne connaissais pas un mot de russe mais je parlais très bien français, anglais, allemand et grec. S'il pouvait comprendre la dernière avec ses notions intuitives de grec ancien, j'étais prête à parier qu'il ne connaissait pas un mot d'allemand.
-Frohes neues Jahr! ai-je donc crié, littéralement ''Heureuse nouvelle année.''.
-Froes neues Iar, a-t-il tenté de m'imiter.
Je riais tellement que j'en pleurais.
Lian nous a remis des enveloppes rouges, à Max et à moi. Elles contenaient un peu d'argent. Puis nous sommes ressortis dans la rue, assister aux parades. Il neigeait doucement, j'ai libéré l'énergie qui alimentait mon sort pour un moment et discrètement détaché mon manteau. Tout était décoré et il y avait des parades: des dragons en papier mâché conduits par plusieurs personnes chacun. J'étais impressionnée par tous les moyens déployés pour cette fête. J'aurais pu rester longtemps dans cette euphorie si je n'avais pas croisé un homme par hasard. Il a percuté mon dos, je me suis retournée.
-Désolée, je...
Ma tirade s'est perdue sur mes lèvres. Le garçon balafré. Il m'a dévisagée, incrédule. Passé la surprise, j'ai regardé au delà de l'horrible marque sur sa joue. Il avait les cheveux châtains en bataille et le teint pâle comme moi. Ses yeux d'un vert perçant m'ont marquée. Je ne pouvais pas m'en détourner, et je ne pouvais que penser qu'il était plus beau en personne.
Le temps a repris lorsqu'il a esquissé un sourire comme dans mon souvenir. Je sentais derrière tout un tourbillon d'émotions mitigées.
-Emilia? Emilia, c'est toi?
Et il parlait grec ancien. Un demi-dieu?
-Oui, c'est moi.
Seule ma famille proche m'appelait Emilia. Chris et Zoe, mes parents, leur fils Francois, mes demi-frères et demi-sœurs... Et Gabriel aussi, donc.
Max a alors surgi. Il a dévisagé le garçon, puis moi.
-Tu le connais? m'a-t-il demandé.
J'ai fait signe que oui, instinctivement. Je me demandais vaguement dans quoi je m'embarquais. Pour moi, la fête était déjà finie.
Il était approximativement trois heures du matin quand nous nous sommes retrouvés tous les trois au calme, dans l'appartement. De retour à la chaleur, j'ai ôté ma veste et réitéré mon sort.
-Ne fais pas ça, m'a dit le garçon dans un français impeccable, avec un petit accent scandinave.
Il a tendu le bras vers moi et l'air a scintillé autour de nous deux. J'ai fixé les traces de sa magie avec fascination avant de tenter de les comparer. Les deux énergies étaient glaciales, mais la mienne, dans les teintes de violet, bouillonnait de mon héritage mixte tandis que la sienne, plutôt bleutée, était ordonnée, presque docile, comme une musique dont on connaitrait chaque note sur le bout des doigts. Curieuse de connaître le résultat, j'ai poussé mon aura contre la sienne.
-Ne fais pas ça, a-t-il insisté en noyant ma propre magie sous la sienne, faisant disparaître mon aura tout en me procurant le froid nécessaire. Si j'ai pu te retrouver, d'autres le feront.
-Qui es-tu? l'a questionné Max avec une pointe d'agressivité.
Le garçon a levé les mains en signe de paix.
-Je m'appelle Isaac.
-Ce n'est pas ce que j'ai demandé. Es-tu un demi-dieu?
-Un quoi? a fait Isaac, me dévisageant en écarquillant les yeux. Non, je suis un général de Poséidon. L'équivalent d'un chevalier d'or, a-t-il précisé à mon intention.
Max m'a jeté un regard incrédule. J'ai haussé les épaules pour lui faire savoir que je ne comprenais rien, moi non plus.
-Et vous, vous êtes des...?
-Max Desjardins. Fils d'Arès, s'est présenté mon ami.
-Émilie Renault. Fille d'Athéna, ai-je dit à mon tour.
Isaac m'a fixé de longues secondes, manifestement stupéfait.
-Ok, a-t-il finalement articulé. Je crois que nous avons à parler.
