Bonjour tout l'mooooooooonde?

Comment ça va-t-y? ^^

Et voilà le chapitre du mois de Mars. Autant vous le dire tout de suite, il m'a donné un sacré fil à retordre. Au bout de 5 pages d'écriture, j'avais mon fil rouge résumé en quelques lignes pour le chapitre et je me suis dit:"okay, maintenant, j'écris quoi? Je fais comment pour broder sur mon fil rouge et faire un truc qui tienne la route et tout?

Le - Blanc !

J'ai passé plusieurs jours sans écrire, en train de me demander ce que j'allais bien pouvoir faire.

Et là, un chat à surgi. Non, pas dans la réalité, dans l'histoire!

Et c'est devenu facile, évident, la scène s'est déroulée au fur et à mesure que je l'écrivais. Je me suis retrouvée à terminer le chapitre (soit 13 pages supplémentaires) en deux - trois jours à peine. J'écrivais dès que j'avais une pause dans mon travail et ça filait sur le clavier sans même que j'ai à réfléchir.

Sauf pour le souvenir de la fin qui m'a de nouveau fait poser pas mal de questions.

Mais bon, voilà pour l'odyssé de Gilmei! ^^

Un grand grand merci pour tous ceux qui me laissent des commentaires. Gun d'Ange, tu m'as pourri gâtée sur ce coup là! Merciiiiii

Sur ce, je vous souhaite à tous une bonne lecture.

Gros bisou et portez-vous bien!

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Chapitre 6 - Métamorphoses

Comment peut-on parler d'une norme pour une foule d'uniques?

Surtout lorsque chacun de ces uniques est un incroyable mélange.

Des facettes qui se cachent désespérément lorsqu'on veut les manifester.

Des facettes qui s'opposent dans un long combat dont on ne voit pas la fin.

Des facettes qui répondent toujours "Présent!" alors qu'on cherche à les faire oublier.

Des facettes insoupçonnées qui nous étonnent nous-même.

Des trésors et des perles et des côtés moins beaux aussi.

Peut-on être normal lorsqu'on est humain?

OoO

- 53 ans après la défaite d'Aizen -

"La tête plus droite, assouplis ta démarche, détends toi, tu es une noble, pas un soldat."

Kohana essaya d'appliquer les conseils de Soi Fon, se détendant et relevant le menton, essayant d'affecter la nonchalance d'une nantie qui avait toujours tout reçu tout cuit dans son bec sans avoir à se battre et-avec-la-cuillère-d'argent-s'il-vous-plaît.

Pendant leurs entraînements, Soi Fon abandonnait exceptionnellement le vouvoiement. Elle prétextait que cela leur faisait gagner quelques précieuses secondes. Officieusement, Kohana était l'une des très rares personnes avec laquelle l'espionne acceptait de perdre l'armure de formalité que ses origines et son entraînement avaient engrainée en elle. Se battre pour accéder à la double position de capitaine de la 2nde et chef de l'Onmitsukido alors qu'elle n'était même pas une Shihoin avait fini de marteler dans toute sa manière d'être le besoin de garder ses distances et rester constamment professionnelle.

Mais elle savait que sa lieutenante la respectait trop pour profiter de ces instants plus détendus. Malgré son erreur récente, elle lui faisait confiance sur beaucoup de points et l'appréciait réellement. Elle avait su également reconnaître son potentiel, l'avait tiré d'une situation peu enviable et s'était personnellement chargé de plusieurs aspects de sa formation. Aussi étonnant que cela puisse être, Soi Fon était plus proche de Kohana que de la plupart des membres de sa famille.

"Ne regarde pas les issues de secours. Tu es une Shiba, jauge tes adversaires et prend l'air méfiant si tu veux. Mais tu n'es pas une espionne en train de préparer son extraction."

La lieutenante marchait à pas mesurés dans la clairière, prétendant qu'il s'agissait de la salle de réception d'un manoir. Eventail en main, vêtue d'un kimono prêté par le capitaine Kuchiki, elle s'efforçait de devenir une noble. Elle aurait encore préféré imiter l'une de ces petites souris qui baisse le regard et marche à pas microscopique. C'était une manière de se cacher comme une autre et aurait permis à son entourage de la sous-estimer sérieusement. Mais une Shiba était fière et belliqueuse, insolente et sûre d'elle-même, ouvertement excentrique. Une Shiba affrontait le regard des autres et leur en remontrait en terme d'arrogance.

Pourquoi, oh pourquoi, n'avait-elle pas assommé ce gamin?

Prenant une démarche assurée sans être martiale, elle évoluait avec plus ou moins de succès dans la clairière. Des obstacles étaient posés ça et là et Soi Fon lui lançait des projectiles d'un peu partout. Elle devait tout éviter sans trébucher dans les plis de son kimono et sans riposter ni fuir.

Quelle idée de porter des vêtements pareils!

Au moins, elle pouvait dissimuler plusieurs armes dans la ceinture et les grandes manches. Mais quelle tannée pour se battre!

Cela faisait des heures qu'elle en était vêtue et les tissus lourds et encombrants finissaient par peser sur son dos blessé. Esquissant un pas de côté pour laisser passer un couteau, elle tenta d'ouvrir les épaules et de défier les arbres du regard.

Soi Fon soupira. "Non, on a l'impression que tu veux les tuer. Trouve un juste milieu." Après vingt minutes de plus, la supérieure jeta l'éponge pour la journée. "Entraîne toi seule. Je dois y aller. Rappelle-toi: défier, oui, tuer, non. Et arrête d'avoir l'air d'un animal sauvage qu'on enferme entre quatre murs."

"Oui, Capitaine."

Soi Fon l'observa un moment avant de secouer la tête. "Je t'ai rarement vu aussi mal à l'aise. C'est à l'opposé de ta personnalité et de tes talents mais nous n'avons pas le choix. Tu dois réussir cette mission. Tu as quatre jours pour trouver la Shiba que tu peux interpréter."

"Bien, Capitaine."

Sa supérieur partit sans plus un regard et Kohana se retrouva seule dans la clairière, affublée d'un des pires vêtements qu'elle ait jamais eu à porter et en train de réfléchir sérieusement aux dernières paroles de son chef. Trouver la Shiba qu'elle pouvait interpréter.

Il y avait quelque chose qui titillait son cerveau. Jusque là, elle avait essayé de se représenter Kuukaku et les Kurosaki. Elle connaissait trop peu Ganju pour le prendre comme inspiration. Mais s'ils avaient en commun leur impertinence et leur mépris des règles, ils ne représentaient pas l'intégralité des Shiba non plus. Elle essaya de se remémorer Kaien Shiba et sa femme. Tous deux avaient quelque chose de beaucoup moins belliqueux dans leur façon d'être tout en gardant une sacrée dose d'assurance. Et Yuzu était l'opposé de sa famille, mis à part le grain de folie qui se retrouvait chez tous. Elle devait tenir majoritairement de sa mère.

Elle aussi pouvait être un mélange. Garder des éléments signature des Shiba tout en y mêlant une part de sa personnalité. Quelque chose qui lui serait plus naturel. Les Shiba étaient des maîtres artificiers et d'excellents combattants pour la plupart. Elle n'aurait pas besoin de cacher sa familiarité avec les arts martiaux mais elle devrait la transformer en quelque chose d'un peu plus brutal.

La tenue de Kuukaku était tout sauf conforme aux règles de la bienséance et Kohana n'avait aucune intention de l'imiter. Mais elle n'avait pas besoin de porter un kimono aussi restrictif. Elle pourrait trouver un compromis entre tenue riche et mobilité, brisant sciemment le code vestimentaire telle une Shiba digne de ce nom.

En étudiant ouvertement les autres, ce que demandait sa mission, elle pourrait donner cet air de défi sans projeter d'instinct meurtrier. Parfait.

Lui manquait encore l'assurance pour affronter les regards de toute une salle. Comment faire? Elle n'avait pas de problèmes lorsqu'elle était face à ses espions. Elle était alors entre confrères, dans un milieu sécurisé même si elle veillait à ne jamais lâcher aucune information importante. Elle leur enseignait son savoir, leur donnait des ordres, recevait leurs rapports. Sa montée en grade progressive lui avait permis de développer petit à petit une façon d'interagir avec eux. Face aux hauts gradés shinigami, elle revêtait son masque de lieutenante, cachant ses émotions et ses pensées et se coupant de la réalité pour mieux pouvoir l'observer.

Mais elle ne pourrait pas utiliser cette façade-là avec les nobles. Ça n'avait rien d'un comportement à la Shiba et elle ne voulait pas leur donner l'impression de surveiller le moindre de leurs faits et gestes.

Quoique… les Shibas avaient une raison officielle pour leur réapparition dans le beau monde. Former des accords économiques, renouer des liens et donner des opportunités à la jeune génération, c'est-à-dire Ganju, s'il acceptait de se montrer, Ichigo et Karin. Elle ne savait pas si Yuzu serait de la partie. Elle aurait apprécié l'aura de calme que la blondinette projetait. Bien que la cadette des Kurosaki n'ait aucune énergie spirituelle, elle était curieusement immune à celles de son entourage. Peut-être par habitude des pressions démesurées émises par les membres de sa famille. C'était déjà un obstacle en moins à sa venue.

Elle pouvait prétendre être une sorte de conseillère, agissant comme les yeux et les oreilles de Kuukaku et donnant un second avis sur les contrats potentiels. Une juge de caractère. Cela expliquerait son côté plus observateur et raisonné que ses "cousins". Mais elle devrait tout de même se comporter de manière beaucoup plus bravache. Posséder la salle, considérer chaque personne de son entourage comme une cible potentielle, ajouter pas mal de mépris pour la politique, ne pas mâcher ses mots, se cacher derrière un sourire et soutirer le plus d'informations avec un peu de manipulation. Serait-ce trop peu pour une Shiba?

Elle avait au moins une sérieuse piste à explorer. Un peu de peaufinage et cela devrait faire l'affaire. En espérant que son jeu tienne le coup dans une salle remplie de prédateurs au regard desquels elle s'exposerait volontairement.

Rentrant dans le cabanon, elle commença à observer avec attention son kimono. Il avait appartenu à Rukia auparavant. Le capitaine Kuchiki l'avait subtilisé pour elle mais ce n'était qu'un prêt. Ce costume devait coûter une fortune et elle n'osait pas y apporter des retouches. Surtout que ses talents de couturières étaient quasiment inexistants. Elle pouvait rafistoler une déchirure à la va-vite ou recoudre un bouton, rien de plus.

Elle fut soudain tirée de ses pensées par un reiatsu familier. Un sourire étira ses lèvres et s'élargit lorsqu'elle vit un chat noir s'avancer avec des airs de propriétaire vers le cabanon.

"Bonjour Yoruichi-sama."

"Bonjour Kohana. Mazette, je n'ai pas l'habitude de te voir nippée comme ça!"

"Justement, je ne compte pas porter des habits pareils pour les réceptions. Je me sentirais trop mal dans ma peau et les Shibas ne sont pas réputés pour leur amour de la mode."

Le matou se mit à rire en hochant la tête.

"Haha, c'est bien vrai. Que comptes-tu faire?"

"Je n'en ai pas la moindre idée. Je n'ai pas vraiment l'habitude de compulser des magazines de mode… Quelque chose qui me permettre d'être plus à mon aise, de bouger, tout en me faisant une sorte d'armure sociale."

"Hmm, mobilité et élégance? Attends voir… J'ai peut-être une idée. File moi le kimono."

"Il appartient au lieutenant Kuchiki, je ne suis pas sûre que l'on puisse le modifier à notre guise."

"Bon, je vais trouver quelque chose. En attendant, mon petit doigt m'a dit que tu avais besoin de leçons sur la noble société que tu vas fréquenter d'ici peu." Le ton du félin n'était rien moins que moqueur. La situation l'amusait prodigieusement. Et cette mission pourrait faire le plus grand bien à Kohana en la forçant à sortir de sa zone de confort.

"En effet, mais je ne pensais pas que vous vous porteriez volontaire." Répondit diplomatiquement Kohana.

"Ha, dis surtout que tu me considères pas comme un modèle de conduite!" Répliqua Yoruichi avec un large sourire. "Et c'est justement pour ça que je suis la personne idéale."

Puis, sur un ton plus sérieux. "Écoute et écoute bien. Ces règles ont été créées au départ pour se protéger derrière des façades et des parades. Chaque code permettait d'éviter une attaque. Maintenant, le pourquoi a été oublié et c'est surtout une façon de faire le tri entre ceux qui méritent qu'on s'intéresse à eux et ceux qu'on laisse tomber, au-delà du titre et de la fortune. Mais même cela ne fait pas tout. Il y a ceux qui suivent les règles et qui seront méprisés par les autres de toute façon. Il y a ceux qui suivent les règles et qui les manipulent tant et si bien qu'elles deviennent pour eux des armes plus efficaces que ton zanpakuto. Il y a ceux qui brisent les règles et qui se retrouvent expulsés de la scène. Et il y a enfin ceux qui brisent les règles parce qu'ils n'en ont pas besoin. Ils sont indépendants et suffisamment puissants ou intelligents pour attirer à eux les courtisans tout en les choquant. Les Shiba, et les Shihoin dans une moindre mesure, font partie de cette dernière catégorie. Fiche toi des règles, utilise plutôt ton bon sens et ne laisse personne te marcher sur les pieds. Par contre, si tu vois quelqu'un censé appartenir à la première ou la deuxième catégorie et qui brise un de nos fichus rites à la noix, là, observe et prend note."

Kohana eut un petit sourire en coin. "En fin de compte, je dois donc quand même me mettre ces foutus règles en tête."

"Oh, pour ça, je laisserai notre maître de discipline se charger de ton éducation." Répondit du tac-au-tac Yoruichi avec un sourire narquois.

Kohana avait elle aussi détecté l'approche du maître des lieux et se mit à sourire en retour. Qui de mieux qu'un Kuchiki pour connaître par coeur toutes les subtilités de la cour des nobles? Du moins, tant qu'une Shihoin n'essayait pas de le sortir de ses gonds…

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Byakuya s'arrêta net en sentant le reiatsu du chat-démon. Que diable allait-elle faire chez Mumei? Il ne pouvait pas faire demi-tour maintenant. Avec leur talent de détection, elles comprendraient tout de suite qu'il voulait l'éviter. Et cela ne servirait à rien de toute façon. Si elle voulait l'énerver, elle irait le pourchasser jusque dans son bureau.

Résolu à garder son calme, il rejoignit le cabanon et en franchit la porte.

"Bya-bo! Comment va?"

Grinçant intérieurement des dents, il ignora soigneusement la manière dont elle l'avait adressé et salua Kohana avant de lui tendre un énorme grimoire.

"Merci Capitaine. Qu'est-ce que c'est exactement?"

"Un opus sur les codes de conduite de la noblesse. Vous y trouverez matière à réfléchir. Toutefois, il y a de nombreuses subtilités que vous ne percevrez qu'une fois sur le terrain."

"J'ai déjà effectué plusieurs missions de surveillance chez les nobles. Avec ça, je devrais pouvoir m'en sortir. Merci Capitaine."

"Qu'est-ce que je t'avais dit, Kohana?"

La maître espion eut un léger sourire à l'intention de Yoruichi même si intérieurement, elle ressentait une forte envie de rire. Le manuel devait bien peser huit kgs. Les Kuchiki et leurs codes!

Byakuya tourna un regard soupçonneux vers son cauchemar. Qu'avait-elle encore bien pu raconter?

"Bya-bo, que dirais-tu d'une bonne vieille partie de chat? Ça fait un bout d'temps!" Le taquina sans vergogne Yoruichi.

Byakuya se concentra pour l'ignorer et s'adressa à nouveau à la lieutenante. "Le capitaine Soi Fon m'a appris que vous vous relocaliserez chez les Shiba dans deux jours. Avez-vous besoin de quoi que ce soit d'autre jusque là."

"Cela ira, capitaine. Merci. Par contre, serait-il possible de garder l'usage de ce cabanon? Je ne veux laisser aucun document chez Shiba-sama. Le moins ils en savent, le mieux c'est pour tout le monde. Et j'aurais du mal à déménager tout ça."

Elle désignait du bras les documents et fils accrochés à travers les murs du cabanon. Utilisant les bonnes vieilles méthodes de recoupement d'information, elle avait reconverti la chambre et l'entrée en un canevas gigantesque.

"Je n'y vois pas d'inconvénients tant que cette histoire n'est pas résolue."

"Merci capitaine."

Curieusement, le chat noir avait tenu sa langue tout au long de leur échange, les observant du coin de l'oeil tout en contemplant l'impressionnant dessin que formaient les fils de couleur. Une carte de la Soul Society avait tout particulièrement attiré son attention. Kohana avait essayé de reproduire de mémoire celle qui se trouvait dans le bureau du Chef lors de sa mission échouée. Il y avait six couleurs en tout. Des symboles étranges se retrouvaient par endroits et des segments découpaient certains districts en de nouvelles formes incongrues. L'appareil photo n'avait pas survécu à l'explosion, malgré tous les efforts d'Urahara pour récupérer les données enregistrées à l'intérieur.

Heureusement, l'Onmitsukido et surtout la branche Renseignement recevaient un entraînement intensif par rapport à la mémorisation visuelle et orale. Certains travaillaient même leur odorat, leur goût et leur toucher afin d'augmenter la précision de leurs souvenirs. Kohana ne s'était peut-être pas rappelée de tous les éléments de la carte mais on pouvait se fier aux informations qu'elle avait rapporté, dans la mesure où celles-ci n'avait pas été modifiées par les comploteurs.

Des feuilles étaient reliées à certaines des couleurs avec des points d'interrogation. Une main brouillonne et impatiente avait annoté de drôles de noms: le Renard, le Frelon, l'Abeille et le Serpent.

Il semblerait que Soi Fon ne lui ait pas tout raconté. Elle pratiquait la segmentation de l'information même avec son ex-supérieure adulée… intéressant. Ayant enregistré tout ce qui pouvait l'intéresser sur les murs, elle se concentra à nouveau sur les shinigamis à côté d'elle. Bya-bo expliquait à la petite les différents évènements de la Saison et les étapes par lesquelles passaient les signatures de contrat et les accords de mariage. Kohana n'y avait assisté qu'en tant que domestique les fois précédentes et même si elle avait recueillie un nombre astronomique d'informations, la situation était bien différente suivant que l'on participait ou que l'on servait.

Une lueur narquoise jaillit dans les yeux du félin. Elle n'aurait pas osé cinquante ans auparavant, ne voulant pas réveiller de vieilles blessures. Elle était moqueuse mais pas cruelle. Mais aujourd'hui, elle savait que son ami avait fait son deuil et elle décida de profiter de la situation.

"Alors Bya-bo, le cauchemar recommence? Combien de jeunes filles vont être jetées dans tes bras par leurs propres mères cette fois-ci? J'ai lancé un pari avec Kuukaku, histoire de lui changer les idées. Ça l'aidera peut-être à avaler la pilule. S'il y a bien une personne qui déteste encore plus la Saison que toi, c'est elle. Tiens, Kohana, tu pourras l'aider à compter! Je veux un rapport détaillé et surtout, des photos!"

Ladite Kohana se mit à reproduire avec beaucoup de talent l'expression et l'attitude d'un mur tandis que les sourcils du capitaine Kuchiki se fronçaient.

Un point pour le chat!

"A moins que tu ne te décides à convoler? C'est ton clan qui serait ravi! Par contre, j'imagine déjà nos chères petites nobles délaissées en train de pleurer toutes les larmes de leurs corps en se représentant les richesses et le statut qui viennent de filer sous leurs nez. Que ce soit les mères ou les filles, d'ailleurs… "

La tension dans la pièce monta de quelques crans. Le sourire de Yoruichi s'élargit davantage si c'était possible. Elle en ronronnait presque. Plus que quelques petites mouches et il serait mûr pour une bonne vieille course-poursuite.

Kohana resta assise mais commença à reculer discrètement de quelques centimètres, en direction de la porte.

"Rhôôô, et puis j'imagine tellement les conversations à couteau tiré entre mondaines. Ces bonnes vieilles langues de vipère qui se battront en duel avec pauvre petit Bya-bo perdu au milieu d'elles. Les remarques sur la robe de celle-ci, le teint de celle-là, les couleurs absolument af-freu-ses choisies par unetelle, la disparition suspecte de l'autre pendant plusieurs mois. "Elle est partie chez de lointains parents, dit-on. Mais nous savons tousss ce que cela signifie, n'est-ce pas?" "

Kohana nota avec admiration le remarquable don d'imitation de Yoruichi malgré sa voix déformée de chat. Ce qui ne l'empêcha pas de commencer à passer l'embrasure de la porte, toujours assise. Talent à son tour admiré par Yoruichi qui avait remarqué le retrait progressif et imperceptible de la shinigami.

A vrai dire, elle avait déjà repéré ses propres points de fuite. Elle était particulièrement en forme aujourd'hui et les circonstances étaient on ne peut plus géniales. Byakuya avait porté sa main à son fourreau sans même s'en apercevoir, trop concentré à essayer de ne pas riposter.

"Et bien sûr, à chaque fois en train de te demander ton avis avec ce petit 'vous ne trouvez pas?' qui as le don de foutre des sueurs froides à n'importe quel homme. Et surtout à toi! Tiens, ça me donne presque envie d'y aller rien que pour voir ça. Ça me rappellera le bon vieux temps. A moins que je file une caméra à Kohana, ce qui me permettra de manger du pop-corn tout en regardant…"

La lieutenante jeta un regard noir au félin qui avait osé rappeler sa présence. Ça devait déjà être assez insupportable pour lui mais si en plus il se souvenait qu'il y avait un témoin!

Elle n'eut pas le temps de réfléchir davantage avant de bondir à l'extérieur par pur réflexe. Le reiatsu du noble avait explosé et elle vit bientôt un chat noir filé vers les bois avec un grand: "Attrape-moi si tu peux!"

Curieusement, le reiatsu resta à l'intérieur du cabanon. Il avait apparemment réussi à se maîtriser suffisamment pour ne pas partir à la poursuite de sa hantise. Le félin, qui s'était arrêté à quelques centaines de mètres de là, envoya quelques filets de reiatsu pour le narguer mais sans succès. Son sourire disparut et elle soupira. Raté. Enfin, à moitié raté. Elle lui avait quand même fait perdre son contrôle, et ce, en face d'une tierce personne. Une Shihoin n'est jamais vaincue à ses propres jeux!

Et c'est à moitié satisfaite qu'elle quitta pour de bon le domaine.

Kohana ne savait pas où se mettre. Devait-elle partir un peu plus loin pour s'entraîner et lui laisser l'occasion de partir sans avoir à lui parler? Devait-elle revenir et faire comme si rien ne s'était passé? Devait-elle éviter son chemin pour les dix prochaines années? Essayant de calmer les battements de son coeur affolé par la pression brutale et soudaine du reiatsu du capitaine, elle cherchait la meilleure manière de réagir et ne la trouvait pas.

Son passé l'avait laissé complètement dépourvue face aux interactions sociales normales. Elle avait dû tout apprendre à partir de zéro en arrivant à l'Académie puis à l'Onmitsukido. Un espion devait pouvoir se comporter comme une personne lambda. Les cours qu'elle n'avait pas eu besoin de recevoir en camouflage avaient été remplacés par des cours de vie sociale. Mais elle n'était pas en pleine mission, avec un faux nom et souvent un faux visage. C'était elle, Kohana Mumei, qui devait se débrouiller avec un capitaine enragé et travailler avec lui. Vraiment, Yoruichi-sama ne lui avait pas fait de cadeau en partant comme ça.

A sa très grande surprise, elle n'eut pas à décider elle-même. Le capitaine Kuchiki sortit à ce moment du cabanon et s'avança vers elle.

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Lorsque le chat-démon avait filé à toutes jambes à l'extérieur, Byakuya s'était retenu à la dernière seconde.

Elle avait raison.

Insupportablement, effroyablement raison.

Il avait limité au maximum ses apparitions lors de la Saison, ne venant que pour former des accords avant de repartir aussi rapidement que la politesse le permettait. Mais cette fois-ci, il ne pourrait pas s'esquiver aussi facilement. Le lieutenant Mumei et lui devaient mener une surveillance acérée de tous les échanges qui pourraient avoir lieu. Face à des centaines de personnes, deux observateurs étaient déjà bien insuffisants. Les Shiba et les Kurosaki apporteraient leur aide dans une moindre mesure mais ils ne savaient presque rien sur l'affaire qui les préoccupaient.

Soi Fon infiltrerait certainement la horde de domestiques avec quelques personnes de l'Onmitsukido pour ne pas rompre avec ses habitudes. Mais eux-aussi seraient laissés dans l'ignorance par peur d'une fuite.

Il n'avait pas le choix. Il lui faudrait affronter les marieuses et les aguicheuses. Un frisson parcourut toute son échine lorsqu'il réalisa l'ampleur du désastre. Le clan insistait de nouveau fortement pour qu'il se remarie. Effrayés par sa conduite lors de la mort d'Hisana puis mâtés une nouvelle fois lorsqu'il avait repris les rênes du pouvoir, ils n'avaient relancé le sujet que quelques années auparavant mais se faisaient de plus en plus insistants. Certains d'entre eux avaient certainement averti des familles alliées que le chef des Kuchiki devait se trouver une épouse.

Mais Byakuya ne pouvait se résoudre à un mariage de raison même s'il comprenait la nécessité d'assurer sa succession. Il devrait trouver une personne avec laquelle il puisse vivre en paix relative, si ça ne pouvait être une personne qu'il aimait.

En attendant, il devait d'abord et surtout trouver un rempart contre les attaques des mères cherchant à caser leurs filles. Quelqu'un qui pourrait intervenir discrètement lorsqu'il se retrouverait encerclé ou lorsque la conversation glisserait vers des sujets dangereux. Sa froideur et son ton abrupt ne réussirait pas à rembarrer les plus entreprenantes. Non, rien de mieux qu'une femme pour rembarrer ses consoeurs. Et n'aurait-il justement pas une collaboratrice dans la place?

Le lieutenant Mumei n'avait jamais évolué parmi elles comme leur égale et était d'un naturel très réservé, surtout lorsqu'elle ne pouvait se cacher derrière son statut de shinigami. Mais elle allait devoir prendre la personnalité d'une Shiba, abrasive et ne se contentant pas de demi-mots. Peut-être pourrait-elle l'aider?

Il répugnait à faire intervenir quelqu'un d'autre dans ses affaires mais Yoruichi n'avait pas exagéré la situation qui l'attendait. Il allait en faire des cauchemars. Pour sa santé mentale, mieux valait ravaler un peu son orgueil quoique cela lui en coûtât. Il travaillait depuis près de trois semaines avec elle et même si aucun des deux n'était d'un naturel amical, ils avaient atteint un certain niveau de bon entente et de respect mutuel. Il préférait encore demander son aide à elle qu'à une autre collègue. A part le capitaine Unohana, il n'aurait pas su à qui faire suffisamment confiance pour cela. Et cette dernière n'avait pas l'habitude de participer à la Saison.

Prenant une profonde inspiration et lâchant son zanpakuto, il sortit du cabanon pour se diriger vers Mumei.

Celle-ci se tenait sur ses gardes et le regardait interloquée. Il avait pu constater lui-même le handicap du lieutenant lors de leurs entraînements des derniers jours. Face à des intentions meurtrières ou simplement violentes, elle devenait livide et cherchait immédiatement à fuir. Elle connaissait ses katas et savait manier son zanpakuto mais elle était incapable de tenir tête lors d'un combat sauf si son adversaire était à distance. Son pic de reiatsu avait dû sérieusement l'affoler.

Si on lui avait dit un jour qu'une telle personne deviendrait l'acolyte de l'un des capitaines les plus rigoristes de la Soul Society, il aurait haussé les sourcils et se serait posé de sérieuses questions sur la probité dudit capitaine. Mais force lui avait été de reconnaître que le lieutenant Mumei avait peu d'égals en matière d'infiltration et d'assassinat. Elle avait réussi à gagner la plupart de leurs entraînements malgré son état d'alerte. Son intelligence, sa loyauté et son sens de l'organisation avaient dû vaincre les derniers doutes dans l'esprit de Soi-Fon. Elle aurait dû rester troisième siège mais les événements leur avaient forcé la main. De ce que Soi Fon leur en avait expliqué, la démission du lieutenant Omaeda avait été nécessaire pour consolider leur toile d'informations sur le Rukongai et Kohana s'était retrouvée à sa place sans le vouloir afin que Soi Fon n'ait pas à surveiller constamment son propre dos.

Et un an après à peine, le capitaine de la 2nde avait officiellement perdu à nouveau son lieutenant. Il se demandait comment elle arrivait à gérer la masse titanesque de travail que représentait la gestion d'une division, sans compter les troubles qui s'amassaient dans le Rukongai. Tout à ses réflexions, il avait passé plusieurs secondes à dévisager Mumei sans s'en rendre compte.

Celle-ci de méfiante était passée à l'étonnement. Elle le dévisageait en retour, se demandant si les piques incessantes de Yoruichi-sama n'avaient finalement pas réussi à l'ébranler définitivement.

"Lieutenant, j'ai un marché à vous proposer."

Oui, quelque chose n'allait pas.

"Aussi pénible que ce soit de devoir l'admettre, le chat-d… Yoruichi a raison. Je risque d'être gêné dans ma surveillance par les… marieuses des clans. J'ai l'habitude de ces interférences mais les plus entreprenantes ne se laissent pas décourager facilement. Si vous pouviez intervenir discrètement lorsque la situation devient trop hasardeuse, cela me permettrait de remplir à bien notre mission."

Les yeux de la lieutenante s'écarquillèrent. Est-ce que le capitaine Kuchiki était en train de lui demander de l'aide? Elle n'avait jamais été préparée à une situation pareille. Comment devait-elle réagir? Voyant son hésitation, le capitaine embraya.

"Je ne vous demande rien de trop. En tant que Shiba, on s'attend à ce que vous lanciez des commentaires désobligeants, voire brutaux, sans aucune gêne. Des commentaires qui pourraient détourner leur attention et renforcer votre couverture tout en me permettant une retraite stratégique."

Intérieurement, il grinça des dents. Il s'était toujours débrouillé seul et aurait volontiers continué ainsi. Mais avec cette machination contre la Soul Society, il devait pouvoir se concentrer sur des cibles bien déterminées. Ce qui serait impossible s'il devait passer chaque minute de son temps à esquiver les matrones des clan et leurs filles.

Kohana prit enfin la parole, décidée.

"Capitaine, … je ne sais pas à quel point j'arriverai à tenir mon rôle mais je ferai de mon mieux. Vous m'avez beaucoup aidé. Je vous dois bien ça."

La demande avait été extrêmement difficile. Il avait dû sérieusement ravaler son orgueil. Mais lorsqu'elle accepta, il fut surpris de constater l'énorme soulagement qui l'envahissait. Pour la première fois, il aurait un complice parmi la horde de nobles participant à la Saison. L'expérience était toute nouvelle et se prouverait certainement intéressante.

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Kohana se dévisageait face au miroir apporté par Soi Fon. Ce n'était certainement pas par esprit de coquetterie, au contraire. Elle avait pour mission de se rendre aussi méconnaissable que possible. A côté d'elle, des photos des Shiba lui servaient de modèle. Si elle pouvait imiter certains de leurs traits, ce serait encore mieux.

Le capitaine Unohana se tenait à côté, en train de compulser un vieux tome. Pour de courtes missions, l'Onmitsukido savait comment modifier un air d'un trait de crayon. Un ajout de caoutchouc dans les joues avec une bonne dose de fard déformait complètement les traits. Un peu de bourre pour paraître bouffi et personne ne les reconnaissait. Mais elle allait devoir tenir des heures sous la scrutation de personnes qui ne laisseraient passer aucun détail. Ce genre de grimage ne suffirait pas.

Le monde des Vivants recourait souvent à la chirurgie esthétique mais Kohana était mal à l'aise avec le fait de perdre son visage. Son corps était la seule chose qui lui ait vraiment appartenu de toute sa vie. Son seul repère, son seul allié. Elle répugnait au fait de devoir le modifier irrémédiablement et ne s'y résoudrait qu'en extrême recours.

Heureusement, le capitaine Unohana avait eu un trait de génie. En liant kido d'illusion et techniques des chirurgiens esthétiques glânées par Urahara, le médecin pensait pouvoir aider la lieutenante à modifier son apparence temporairement. Ce serait purement expérimental, quelque chose de jamais fait encore. Elles allaient devoir travailler de concert, le capitaine avec ses connaissances médicales et Kohana avec son talent inné pour l'illusion. Son zanpakuto avait bien râler pour la forme mais il comprenait aussi bien qu'elle tout ce que cette technique pourrait avoir d'utile et de salvateur si ça marchait.

Si.

Cette technique la forcerait à projeter constamment un léger écran de reiatsu autour d'elle. Cela n'étonnerait personne qu'une Shiba ait un reiatsu assez présent. Le véritable danger, c'était que quelqu'un reconnaisse l'énergie spirituelle d'une certaine lieutenante portée disparue trois semaines auparavant environ.

Elle allait devoir déformer son reiatsu, le rendre méconnaissable. Et c'est ce qui déplaisait particulièrement à l'âme qui partageait sa conscience. Là encore, les connaissances du capitaine Unohana s'étaient avérées inestimables. Elles avaient une chance de réussir.

"Prête?" L'interrogea Unohana.

"Mushoku, on essaye?"

"Rhâââ, je sens que ça va vite me saouler. Et en même temps, on pourrait jouer des sacrés tours avec ça... Oh et puis, on verra bien, hein. Allez, je vote pour!"

Kohana prit une profonde inspiration. "Allons-y. "

Et pendant de longues heures, détail par détail, trait après trait, le médecin et l'espionne aidée de son zanpakuto construisirent une savante illusion.

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"Mumei? Et bé, qu'est-ce qui t'a relooké comme ça?"

Kuukaku observait avec méfiance et admiration la transformation de l'espionne. Personne ne l'aurait reconnu dans sa division. Elle portait maintenant une nette ressemblance avec la chef de clan et son frère. Ses traits étaient plus durs et angulaires, sa démarche plus assuré, ses épaules plus ouvertes. On avait du mal à retrouver l'espionne pour laquelle se faire oublier était aussi simple que de respirer.

"Pour le visage, un kido d'illusion. Pour la posture et la démarche, des techniques d'infiltration et beaucoup d'entraînement." Répondit la lieutenante, mal à l'aise face à au regard scrutateur du maître artificier.

"Hmm! Va falloir travailler ta façon de parler et ton regard. C'est pas encore au point." Remarqua Kuukaku tout en la dévisageant. Maintenant qu'elle savait à quoi c'était dû, elle comprenait comment la lieutenante s'y était prise. En gardant son visage réel comme canevas, elle avait choisi de retoucher les traits qui se remarquaient le plus facilement. Découpe de la mâchoire, forme des yeux, les couleurs, la taille du front, …

"Chapeau, c'est quand même du beau boulot." Conclut-elle enfin.

"Merci Kuukaku-sama. Mais cela n'aurait pas été possible sans le capitaine Unohana."

"Je vois. Bon, à partir de maintenant, fini la Kohana Mumei. Tu es Kyoko Shiba et tu as intérêt à te comporter comme telle." La chef de clan s'approcha de la nouvelle nommée et prit un ton beaucoup plus dangereux.

"Et écoute moi bien avant que les autres débarquent.J'ai compris qu'on était dans la merde jusqu'au cou et c'est seulement pour ça que j'accepte de rompre mon propre serment. On va revenir sur scène et jouer aux paons pour que t'aies une chance de démêler les fils et de coincer les fils de chien qui nous trahissent depuis des années. Mais si jamais tu fais une erreur, une seule et que tu échoues ta mission à cause de ça, ça veut dire qu'on se sera payé toutes ces emmerdes et ces humiliations pour rien. Alors pour ta propre santé, je dirai que tu as intérêt à réussir."

Kohana était peu rassurée face aux ondes sanguinaires que projetait Kuukaku à seulement quelques centimètres d'elle. Se concentrant sur sa respiration, elle hocha rapidement la tête.

Mais malheureusement, Kuukaku avait remarqué son trouble. "Et oui, t'es plus dans l'ombre à tuer tranquillement tes cibles à distance. Les Shiba regardent leurs adversaires les yeux dans les yeux. Abandonne tout de suite ta conduite de lâche parce que sinon, tu vas pas faire long feu"

La lieutenante bouillonnait intérieurement tout en serrant les dents. Elle voulait à la fois partir loin d'ici et lui hurler dessus. En y mettant toute sa volonté, elle réussit à relever la tête et rendre son regard à Kuukaku. Mais elle n'arrivait pas à contrôler le tremblement de ses mains.

A ce moment, des bruits retentirent à l'extérieur et le reiatsu de plusieurs personnes se rapprocha de la pièce. Kuukaku s'assit à nouveau sur ses coussins comme si de rien n'était et son regard changea du tout au tout. Lorsque la porte s'ouvrit, elle était prête à accueillir sa famille.

"C'est pas trop tôt. Bon, je vous présente Kyoko Shiba. C'est une cousine au troisième degré. Elle sera avec nous toute la Saison et décidera après si elle reste plus longtemps ou pas."

Mettant en place le personnage qu'elle avait bâti, Kohana se retourna avec un sourire en coin et les salua de la tête. Si son sourire resta crispé et ses poings serrés à cause des menaces de Kuukaku, personne ne le remarqua.

Ganju et ses cousins se regardèrent entre eux. Personne n'était dupe. Lorsque Kuukaku avait annoncé sa décision, ils avaient tout de suite compris que quelque chose de grave se tramait. Elle leur avait expliqué la situation à demi-mot. Après tout, elle non plus ne connaissait pas les détails. Ils ne savaient pas qui était cette Kyoko mais ils étaient prêts à parier qu'elle n'avait pas une goutte de sang Shiba. Quoique, à bien y regarder, il y avait comme un air de famille.

"Ganju, Ichigo, Karin. Enchantée. Isshin et Yuzu ne paraîtront pas?"

"Le vieux préfère pas se montrer, sa situation est un peu particulière." Expliqua Ichigo. Elle avait déjà mémorisé les visages et les noms de chacun et donnait l'impression de les connaître. Il n'aimait pas ne rien savoir d'elle en retour.

"Yuzu nous accompagnera peut-être par moment. Elle n'a pas pu venir aujourd'hui à cause de son boulot." Précisa Karin, tout aussi méfiante que son frère.

Kuukaku claqua des mains. "Bon, c'est pas tout ça mais il nous faut un plan d'attaque. La Saison commence demain soir et ils vont tous se demander ce qu'il bien pu nous prendre de revenir foutre le bazar."

Le groupe s'assit par terre et leur chef reprit.

"Pour résumer la situation, quelqu'un essaye de changer les règles de la Soul Society. C'est pas que je me préoccupe beaucoup d'elles mais ça risque d'entraîner des massacres et une guerre civile. Pour empêcher ça, faut qu'on aille jeter de la paillette aux yeux des nobles pendant que certains iront farfouiller dans leurs affaires. Ils seront tellement occupés par notre retour qu'ils ne penseront même pas à surveiller leurs poches et leurs tiroirs. Mais il faut quand même leur présenter une sacrée raison. Et on va devoir sacrément ravaler notre orgueil pour qu'ils y croient."

Le maître artificier en profita pour jeter un nouveau regard noir vers Kyoko qui fit semblant de ne rien voir. La pause ne dura qu'un instant et Kuukaku embraya.

"Il y a une vraie raison même si je n'avais aucune envie de me jeter là-dedans."

Cette fois-ci, c'est Ichigo qui la regarda avec rancoeur.

"Oh, arrête gamin, t'aurais trouvé un autre moyen. Mais bon, comme vous le savez, Ichigo doit prouver qu'il est digne de l'héritière Kuchiki. Je vous passe les détails mais ça implique de revenir sur scène. Deuxième raison, que ceux qui nous connaissent mieux auront du mal à gober: on est en plein déclin et j'ai décidé de reprendre les affaires en main. En vrai, je n'ai aucun besoin d'eux pour faire vivre cette famille, mais il va falloir éviter qu'ils apprennent ce petit détail. Je vais monter plusieurs contrats avec des gens que je peux piffrer mais il va falloir prétendre qu'on est intéressé nous aussi par les contrats des autres. Restez à l'affût, discutez opportunités. Ichigo, noue les liens dont tu pourrais avoir besoin. Après chaque événement auquel vous assistez, je veux un rapport détaillé de ce que vous avez entendu et dit. Ne promettez rien, ne vous engagez à rien sans mon accord. Ces gens sont doués pour vous faire dire oui sans que vous vous en aperceviez. Au moindre doute, vous quittez la conversation et tant pis pour les politesses. Ichigo et Karin, vous êtes plus au moins casés donc ça devrait être bon pour vous, faut juste que vous le fassiez savoir. Pour Ganju et Yuzu, vous devrez être particulièrement attentif à ne pas vous retrouver dans des pourparlers de mariage. Je crois que j'ai tout dit. Des questions?"

"Et Kyoko, qu'est-ce qu'elle vient faire dans tout ça?" L'interrogea son frère.

"Elle va me servir d'yeux et d'oreilles et me remplacer quand j'en aurais marre de tous leurs salamalecs. Par contre, comme vous, elle a interdiction de passer le moindre accord sans mon autorisation. Ah, ça me rappelle, pour vos rapports, faites les en deux exemplaires. Un pour moi, un pour elle. Autre chose?"

Les jeunes adultes se regardèrent avant de secouer la tête.

"Bien. Et rappelez-vous, on est des Shiba. Pas des lèche-bottes. On se retrouve demain à 18 heures ici. Jusque là, occupez-vous de Kyoko et montrez-lui ce dont elle aura besoin."

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- 46 ans après la défaite d'Aizen -

La porte coulissa sans bruit pour laisser passer Ichigo. Le domestique qui l'avait escorté jusque là resta à l'extérieur et la referma tout aussi doucement.

Byakuya Kuchiki était assis au centre de la pièce, Rukia à sa droite. Ichigo n'avait jamais fait de chichis jusque là, même avec Byakuya qui aurait pu enseigner d'un regard les bonnes manières à un cochon. Mais il y a des circonstances où même les plus bravaches réfléchissent à deux fois à leurs faits et gestes.

Déglutissant discrètement, il salua le chef de clan d'une rapide inclinaison de la tête et jeta un regard à sa soeur. Celle-ci lui sourit pour l'encourager, essayant de cacher sa propre appréhension.

"Kurosaki-san." Le salua Byakuya en retour. "Asseyez-vous, je vous prie."

Lorsque le jeune homme fut installé, le noble continua.

"Vous avez sollicité une audience privée avec Rukia et moi-même. Quelle en est la raison.'

Ichigo rassembla toute sa témérité, et Dieu sait qu'il en avait, et lança d'une voix plus assurée qu'il ne l'était réellement.

"Rukia a accepté ma demande. Je viens chercher votre approbation en tant que chef de clan et seul membre de sa famille."

"C'est pas trop tôt!" résonna dans l'esprit du noble avant d'être réprimée à la vitesse de l'éclair. Il s'était souvent demandé pourquoi Ichigo prenait autant de temps à se déclarer alors qu'il passait la plupart de son temps libre avec Rukia. Il avait entendu parler de plusieurs paris dans tout le Seireitei même s'il ne s'était jamais abaissé à y prendre part. S'il se souvenait bien, son lieutenant allait remporter une belle somme.

Maintenant que la demande était faite, Byakuya allait devoir s'assurer que cette alliance ne nuise pas au clan. Et pour cela, Kurosaki aurait de sérieuses demandes à remplir. Quant au bonheur de Rukia, il ne se faisait pas trop de soucis là-dessus. Si elle acceptait toujours de côtoyer le rouquin après cinq décennies, c'est qu'elle était sûre de son choix.

"Kurosaki-san. En tant que frère de Rukia, je ne vois pas d'objection à ce mariage."

Il entendit un gros soupir de soulagement en face de lui et une respiration retenue à sa droite. Rukia se méfiait de cette distinction qu'il soulignait entre ses deux rôles.

"En tant que chef de clan, toutefois, je dois poser quelques conditions. Vous n'ignorez pas que Rukia est l'héritière en titre du clan des Kuchiki. Si jamais je n'ai pas de descendance, elle ou ses enfants devront un jour prendre ma position. Un mariage entre vous deux dans l'état des choses amènerait trop de difficultés lors d'une passation de pouvoir."

Rukia fronça les sourcils. C'est parce qu'elle s'était douté des complexités politiques qu'elle avait insisté pour qu'Ichigo fasse une demande officielle auprès de Byakuya. Son frère lui avait déjà laissé beaucoup de libertés. "Beaucoup trop!" persiflaient les langues de la famille. Il lui avait permis de faire son propre choix plutôt que de chercher une alliance avantageuse. Il faut avouer qu'il n'avait pas forcément montré le bon exemple non plus dans ce domaine-là. S'il avait pu combattre l'opposition lors de son propre mariage, Rukia, elle, était une enfant adoptée. Certains verraient le décès de Byakuya comme une occasion en or pour établir une branche secondaire à la tête de la famille plutôt que l'enfant des rues. Même si une adoption était censée donner à la personne en question un statut aussi fort et incontestable que les liens du sang.

Ichigo tenta de protester. "Ça fait pratiquement quarante ans que je fais partie du clan des Shiba et j'ai un poste équivalent à celui de capitaine dans les rangs Shinigami. Ça devrait le faire, non?"

Après quarante ans à vivre dans la Soul Society, Ichigo s'était frotté plus qu'il ne l'aurait voulu aux demandes des nobles. Il ne s'était jamais plié à leurs règles, jusqu'à aujourd'hui. Rukia n'accepterait pas de quitter son clan. Elle tenait trop à son frère et avait le sens du devoir engrainé en elle. Il allait devoir jouer leur jeu, ne serait-ce qu'en partie.

Il pensait que son grade et sa position de noble acquise à contrecoeur suffiraient. Yamamoto avait en effet décidé de former une escouade d'envoyés spéciaux pour servir de liaison entre le Monde des Vivants et le Seireitei. Ils étaient chargés de repérer les humains avec de forts reiatsus et de les protéger des hollows qu'ils attiraient tout en leur apprenant à se défendre par eux-même. Cette décision avait été une révolution pour la Soul Society mais le cas des Kurosaki et de leurs amis l'avait rendue nécessaire. Ichigo s'était retrouvé à la tête de cette escouade et rendait des comptes directement au capitaine commandant. Les stratèges avaient reconnu là une manière très habile de gérer un électron libre au beau milieu d'une organisation militaire. Un statut d'auxiliaire shinigami inversé en quelque sorte. Cela convenait parfaitement à Ichigo qui avait pu visiter ses anciennes relations autant de fois qu'il le souhaitait. Et ça lui aurait fait mal au coeur de couper les ponts aussi brutalement avec le monde des vivants.

Mais il en faudrait plus pour les Kuchiki, ce qu'expliqua Byakuya. "C'est la position d'héritière de Rukia et celle de ses enfants futurs qu'il faut protéger. C'est pourquoi vous allez devoir prouver plusieurs choses. Tout d'abord, que vous serez à même de seconder Rukia si jamais elle se retrouvait à la tête du clan. Vous devrez pour cela redorer le nom des Shiba de toutes les manières qui vous sont accessibles et convaincre Kuukaku Shiba d'en faire de même. Je ne demande pas à ce qu'ils reprennent leur ancienne position. Mais il faut que le respect qu'on accordera à vos enfants ne souffre pas de leur filiation.

Deuxièmement, afin d'éviter toute possibilité de conflit d'intérêts, vous devrez officiellement renoncer, vous et votre descendance, à hériter du clan Shiba. Il y a peu de chance qu'un tel événement se produise mais je veux écarter le plus possible d'obstacles.

Troisièmement, Rukia et vos enfants garderont le nom de Kuchiki. Et si jamais elle venait à hériter du clan, vous devrez adopter ce nom vous aussi. Voilà toutes mes conditions. Le jour où vous les aurez remplies, j'approuverai avec joie votre union."

Rukia et Ichigo se regardèrent, désespérés. La deuxième et troisième condition passaient encore, quoiqu'il puisse en coûter à Ichigo. Mais comment arriverait-il à réaliser la première?

Constatant leur air abattu, Byakuya reprit à nouveau la parole. "Je vous parle maintenant en tant que frère de Rukia et de manière non officielle. Ce que je vais vous dire va rester entre nous trois."

Ichigo hocha la tête, se demandant de quoi il pouvait bien s'agir.

"Si jamais je peux aider la famille Shiba à retrouver son influence, je le ferai."

Les yeux de Rukia se mirent à briller, cela voulait-il dire que…

"Je suis prêt à signer des accords en votre faveur tant que cela ne nuit pas à mon propre clan. Je m'engage à vous présenter aux personnes qui compte lorsque vous m'en ferez la demande. Je me propose enfin de vous éduquer aux manières des nobles afin que vous sachiez comment jouer avec et contre eux."

Elle redressa un peu la tête. Si Nii-sama acceptait de les aider, tout n'était pas perdu. Ichigo vit son mouvement et comprit que la situation était moins pire que prévue. Il reprit un peu courage. Mais comment allait-il bien pouvoir s'y prendre pour convaincre Kuukaku?