Merci à Aventurine-san et Joky pour vos reviews. j'espère avoir répondu à tout le monde.

Bonne lecture


7

La première semaine de Harry à Sydney avait été morose. Charlie n'avait pas été très présent à cause de son travail de vétérinaire, laissant à son nouveau colocataire le soin de visiter la ville, seul.

Libre, il avait donc arpenté les rues, guidé par un plan que le rouquin lui avait donné. Il avait passé plusieurs heures à déambuler, faisant les magasins et regardant également les appartements à louer. Harry n'arrivait pas à se faire à celui de Charlie, il ne se sentait pas chez lui. Il n'était pas chez lui. Ce pays n'était pas le sien.

Et puis il y avait Jake Turner. L'homme était gentil mais sa présence n'avait pas été prévue par Harry qui avait du mal à l'accepter. Il ne disait rien parce que Jake avait plus sa place dans cet appartement que lui-même. Jake était le compagnon de Charlie alors que lui n'était qu'un intrus.

Il vit le week-end arriver avec une certaine appréhension, parce qu'il verrait le couple en permanence et que cette idée était assez dérangeante, d'autant qu'il n'avait aucune envie de les entendre une troisième fois se faire mutuellement du bien.

Harry dormait mal depuis son arrivée, il entendait donc tous les bruits venant de la pièce d'à côté. Il ne disait rien, pour ne pas gêner davantage Charlie lorsqu'il lui posait la question.

Le vendredi soir, la sonnerie de l'entrée résonna dans l'appartement. Le couple était rentré une heure plus tôt et se bécotait dans le canapé. Leur invité avait décidé de fuir dans sa chambre, là où il passait le plus clair de son temps. La sonnette les interrompit et de là où il se trouvait, Harry put entendre une petite voix d'enfant.

Charlie avait-il omis de lui dire qu'ils avaient de la visite ? Il aurait pu les laisser pour la soirée, histoire de ne pas les déranger un peu plus.

Une voix de femme s'incrusta dans la conversation. Froide, peu aimable.

– Tu pourrais arrêter de tripoter ton... copain devant ta fille, Jake, ragea la femme, faisant froncer les sourcils de Harry.

Sa fille ? Jake avait une fille ? Il avait été en couple avec une femme ? Charlie devait être au courant puisqu'il avait l'air de faire rire la gamine en question. Harry se retint de sortir pour assister au spectacle et tenter de comprendre ce qu'il se passait.

Le brun n'écouta pas plus, déterminé à ne pas se montrer plus indiscret qu'il ne l'était déjà. Sauf que c'était plus fort que lui. Les murs étaient peu épais et les voix portaient, de plus en plus fort. Jake et l'interlocutrice mystère – la mère de la fillette sans doute, donc l'ex de Turner – se disputaient.

Il enfonça ses écouteurs dans ses oreilles et mit de la musique avant de fermer les yeux, allongé sur son lit.

Lentement, le sommeil le prit. Ses nuits courtes venaient d'avoir raison de lui, jusqu'à ce que quelqu'un lui arrache presque ses écouteurs.

– Hé ! bredouilla-t-il en se redressant soudain. Charlie ?

Le rouquin se tenait devant lui, l'air inquiet.

– On passe à table, tu viens ?

– Pas très faim, merci.

Autant ne pas s'incruster un peu plus.

– Je vais sortir un peu, ajouta-t-il avant que Charlie n'ait le temps de dire quoi que ce soit. J'aurais dû te prévenir mais... je crois que je me suis endormi.

Il se leva rapidement, enfila ses chaussures et quitta la chambre sans voir le regard stupéfait de son hôte. Son pull prestement mis sur ses épaules, le jeune homme s'en alla de l'appartement, passant la porte avant que quelqu'un ne puisse le retenir.

Habitué des balades, Harry se promena dans la ville, flânant dans les rues éclairées. Sydney ne dormait jamais. Armé d'un portefeuille, il dénicha un petit traiteur et acheta quelque chose à emporter qu'il dévora à belles dents quelque part à Waterloo Park où passaient quelques promeneurs.

Son téléphone sonna mais Harry ne répondit pas, sachant parfaitement qui tentait de le joindre. Il n'avait que quelques numéros dans son répertoire, dont Charlie et comme tous ses autres contacts étaient en Angleterre, il ne pouvait s'agir que du dernier.

– Non, Charlie, ne compte pas dessus, je ne décrocherai pas.

Il termina son repas sur le pouce et quitta son banc pour reprendre sa promenade nocturne. Moins de trois minutes plus tard, Harry était de nouveau devant une devanture d'une agence de locations. Les appartements étaient hors de prix pour quelqu'un qui n'avait pas d'argent.

Deux longues heures plus tard, Potter prit le chemin du retour et se retrouva trop vite à son goût devant l'appartement de Charlie. Ce dernier lui avait donné une clef, lui permettant ainsi de rentrer et sortir à sa guise, être autonome.

En entrant dans le séjour, il trouva un Charlie seul, les lumières éteintes sauf une, celle juste à côté du canapé. Canapé dans lequel le rouquin était installé.

– J'espère que ta soirée s'est bien passée, fit Weasley un brin froidement.

– Je suis allé me promener, répondit Harry en retirant son pull qui, au final, n'avait servi à rien puisqu'il faisait bon dehors – l'été en plein mois de décembre, c'était assez perturbant.

– Faut qu'on parle tous les deux.

Il n'aimait pas la tournure que prenaient les événements. Il aurait bien voulu rentrer sans voir personne, comme une petite souris, et aller directement au lit, comme cela, pas de question avant le lendemain matin.

– À partir de lundi, tu ne m'auras plus sur le dos, Charlie. Je vais dormir à l'hôtel et me chercher un appartement.

Il dérangeait. Encore. C'était pour cela que Charlie voulait lui parler.

– La ferme Harry et pose tes fesses ! ordonna le vétérinaire dans un chuchotis crachoté pour ne pas réveiller tout le monde. Tout de suite !

Lentement, Potter vint s'installer sur le pouf, se faisant l'impression d'être un enfant qui se faisait réprimander.

– Mettons les choses au point gamin, il est hors de question que tu dormes ailleurs qu'ici ! Clair ? Alors tu cesses tout de suite de vouloir te prendre un appartement ! J'ai de la place chez moi ! Je suis désolé de ne pas avoir été présent cette semaine, de t'avoir...

– Charlie...

Il aurait voulu lui dire que ce n'était pas grave, qu'il était assez grand pour se débrouiller tout seul et que son hospitalité était gentille, sauf qu'il voulait un endroit à lui, ne pas être une charge. Chose qu'il était sans conteste.

– Quoi ? ! Écoute, continua l'homme, ne lui laissant aucune possibilité de réponse.

– Non, toi écoute-moi. Tu... c'est adorable tout ce que tu fais. La chambre, l'appartement, la clef, tout ça ! J'apprécie tout ce que tu as fait cette semaine. M'incruster, si tu avais été seul, ça m'aurait posé moins de problèmes que maintenant. J'ai l'impression de déranger. Tu es en couple avec Jake et... je débarque dans votre vie. J'aurais su qu'il vivait presque ici, je ne me serais pas imposé comme ça. Je n'ai pas mon mot à dire, Charlie. Rien du tout, parce que je ne suis pas chez moi. Donc j'accepte tout. Je ne veux pas dire que c'est un gros sacrifice, attention. Vous avez votre vie et j'ai le sentiment d'être un intrus. Alors je vous laisse tranquille.

Charlie se prit la tête entre les mains et soupira.

– Mon Dieu que tu es bête ! Je ne me souvenais pas de toi comme étant si timide.

– Les gens changent, répliqua son interlocuteur.

– Ils s'améliorent en temps normal. Toi, c'est l'inverse. Il s'est passé quoi avec ton ex ?

– Rien, fusa la réponse.

Harry n'avait aucune envie d'en parler. Vraiment aucune.

– D'accord. Je comprends. Harry, reprit Charlie doucement. Tu dois saisir que tu es chez toi dans cet appartement. J'ai accepté ta présence, pas par obligation mais par choix. Quand les parents m'ont parlé vaguement de ton histoire et qu'ils m'ont dit que tu avais besoin d'un toit pour quelques temps, j'ai dit oui ! Alors c'est vrai que Jake n'était pas prévu pour eux. Ni même Prue...

– C'est ça le problème, Charlie. Je suis pas... prévu dans le programme non plus. Je sais que si je te dis que je suis une charge, tu vas m'en coller une alors je ne le dirais pas.

– Donc ? Tu préconises quoi ? Vu ton état, tu ne peux pas rester seul.

– Ne cherche pas, Charlie, juste... laisse-moi. Tu en fais déjà beaucoup. Fais comme si je n'étais pas là.

C'était probablement la meilleure solution, en en attendant une autre.

– Jusque là ça a marché, n'est-ce pas ?

– Non. Je vis en colocation avec une souris et ça ne me plaît pas. Jake a l'impression que c'est de sa faute si tu évites tout le monde. Mon but, en acceptant ta venue, ce n'était pas que tu t'enfermes dans un mutisme et que tu t'isoles. C'était que tu ailles mieux. Je sais que j'aurais dû être plus présent...

– Tu as un travail et donc des horaires. Tu as une vie, un petit ami et donc des « obligations », fit Harry en mimant les guillemets. Quand tu as débarqué ici, tu n'avais pas d'aide. Tu as réussi à t'en sortir seul. Je veux bien accepter ton toit, ta chambre d'ami mais pas le reste. Vis ta vie.

– Quoi que j'en dise, tu n'en démordras pas, hein ?

– Non.

Parce qu'il avait besoin de cette solitude. Depuis sa rupture, il avait été entouré. Très. Trop pour parvenir à accepter pleinement le fait que Drago et lui, c'était du passé. Harry ne comptait pas revenir avec son ex. c'était fini. Bel et bien terminé. Sauf qu'il n'avait pas eu l'occasion d'y réfléchir, de faire le point avec lui-même.

– Bon, alors je te laisse tranquille, déclara Charlie, une pointe de déception dans la voix.

– Je suis désolé, Charlie.

– Pas autant que moi. Bonne nuit.

Il s'éclipsa dans sa chambre, refermant la porte. Harry se sentit encore une fois misérable. Et puis il se leva pour aller se coucher. Nulle trace de l'enfant. À moins qu'elle ne soit pas restée pour la nuit, de même que Jake. Peut-être qu'à cause de lui, ils étaient allés ailleurs, chez Turner par exemple.

Le brun se rendit compte qu'il n'était pas seul. Un chat, celui de Charlie était présent sur son lit. Capitaine Pirate. Un matou noir avec de grands yeux jaunes. La première fois que le rouquin lui avait présenté la bestiole, Harry avait cru à une farce. Personne de sain d'esprit n'appellerait son chat de la sorte. Et pourtant, Capitaine Pirate était bel et bien son nom, même si tout le monde disait Capi.

– Alors mon minou, tu squattes ma chambre ?

En général, l'animal était dans celle de Charlie, disparaissant toute la journée pour ne revenir que de temps en temps, se remplir le ventre de croquettes et d'eau ou pour aller dans sa litière.

Un miaulement lui répondit.

Harry n'avait jamais été un adepte des chats. Il n'aimait pas trop les animaux.

– Bon, sache Capi, que je ronfle. Il paraît. Et je bouge. J'espère que ça ne te dérange pas.

Parler à un chat était stupide. Et pourtant, il le faisait.

Après un brin de toilette, il se coucha et eut la surprise de voir Capi se lover sur son ventre pour ronronner dans son cou. Le bruit apaisant détendit Harry qui ferma les yeux et sombra rapidement dans le sommeil pour être réveillé par des rires d'enfants.

Il ouvrit difficilement les yeux et une fois ses lunettes prestement posées sur son nez, il vit qui était le coupable. Une petite fille avec des cheveux châtain et de grands yeux marrons. Elle avait une fossette sur ses joues roses et rebondies. Elle était belle comme un cœur.

– Prue ! l'appela Jake en déboulant dans la chambre. Désolé, elle voulait absolument voir Capi et...

– Ce n'est pas grave.

C'était surprenant, nota Harry mentalement. Surprenant que ce chat soit resté avec lui toute la nuit alors que la porte était entrouverte.

– Tu es qui ? s'enquit la gamine, ses mains dans son dos.

– Harry, répondit Harry en se redressant, le chat sautant au pied du lit.

– C'est toi l'ami de Charlie ? Je m'appelle Prudence Cooper.

– Enchanté de te connaître, Prudence.

La fillette rigola derrière sa main.

– Tu as un drôle d'accent, tu sais. Comme Charlie.

– Toi aussi, tu en as un.

Prudence s'installa à ses côtés et lui sourit. Elle ne devait pas avoir plus de sept ou huit ans mais elle semblait à la fois si jeune et si mature.

– Il vient du même pays que Charlie ma chérie, expliqua Jake. D'Angleterre. Tu te rappelles où c'est, l'Angleterre ?

– En Europe ! C'est le pays qui ressemble à un lapin ! s'exclama fièrement Prudence.

Les deux hommes se regardèrent, surpris. Un lapin. Harry n'avait jamais noté ne serait-ce que la moindre ressemblance avec un lapin.

– On a vu ça avec la maîtresse à l'école. Et même que la capitale c'est Paris !

– Non mon cœur, tu confonds avec la France, la reprit Jake. Celle de l'Angleterre, c'est Londres.

– Tu es sûr ? bouda l'enfant peu convaincu.

– Demande à Harry. Je crois qu'il es plus à même de répondre. Ou alors à Charlie.

Prudence tourna ses grands yeux vers lui, l'air tellement désireux d'avoir raison que durant un instant, Harry se demanda s'il devait mentir ou non. Mais le mensonge ne servirait à rien. Si elle venait à découvrir la supercherie, elle lui en voudrait. Quant à lui, ce serait renier ses origines.

– Jake a raison. C'est Londres, la capitale de mon pays.

– Charlie a dit qu'il nous y emmènerait. Un jour. Mais je crois qu'on n'ira jamais. Parce que papa a trop de travail et que Charlie aussi.

– Prue ! Ça suffit ! Laisse Harry tranquille et va te laver les mains, on ne va pas tarder à manger.

La fillette se leva du lit après avoir planté un baiser sonore sur la joue mal rasée de Harry et s'enfuit de la chambre, laissant Jake et son invité seul à seul.

– Désolé pour Prue. On lui a dit de ne pas rentrer...

– Je sais, elle cherchait Capi. Ce n'est pas grave, je te l'ai dit. C'est ta fille ?

Il voulait juste faire la conversation, briser la glace même s'il n'était pas à l'aise. Pour l'heure, Harry se faisait l'impression d'être trop curieux.

– Oui. Je l'ai eue avec sa mère, Maggie Cooper. On a été mariés trois ans avant que... que j'accepte que j'étais gay. On a divorcé et maintenant... j'ai la garde de ma fille un week-end sur deux et la moitié des vacances. Sa mère me déteste et espère à chaque fois qu'elle vient déposer sa fille ici, trouver quelque chose pour obtenir la garde complète de Prue. Je peux comprendre qu'elle ait du mal à digérer l'affaire. Si elle m'avait quitté pour une femme, j'aurais peut-être réagi pareil. Je l'aurais mal pris, mais de là à vouloir trouver la moindre preuve compromettante... Enfin bref, je ne sais pas pourquoi je te dis ça. Charlie me charge de te demander si tu veux manger avec nous. Il a trop cuisiné. Comme d'habitude.

L'estomac de Harry gronda, répondant à sa place.

– Tu as le temps de prendre une douche avant de venir. On peut t'attendre. Si tu veux.

– C'est gentil, sourit Harry.

Il aurait bien voulu dire que non, il préférait les laisser en famille. Sauf que cette fois, il n'en avait aucune envie.

– File gamin.

Moins de quinze minutes plus tard, Harry se tenait devant la petite tablée. Une assiette avait été mise pour lui entre Charlie et Prue.

– Heureux de te voir, Harry.

– Salut.

– Assieds-toi, exigea Prudence. Charlie cuisine très bien, tu verras. Sauf quand il fait un rôti à la menthe. Ça, c'est pas bon.

– Comme celui de Molly ? s'écria le brun qui avait déjà l'eau à la bouche à la mention du fameux rôti à la menthe façon Molly Weasley.

– Exactement comme celui de maman.

– Oh non, encore un qui aime le rôti à la menthe, se lamenta Jake. Comment peut-on apprécier ce genre de chose ? Les Anglais, vous avez des goûts épouvantables.

– Je ne parlerai pas de tes goûts en matière de nourriture, mon chéri et encore moins tes capacités en cuisine. Figure-toi qu'avant de me rencontrer, cette nouille arrivait à faire brûler un œuf sur le plat et qu'il croyait que les pâtes se cuisaient seules, sans eau. Une horreur. J'ai dû jeter la casserole.

– Moque toi, rétorqua Jake. Je me suis amélioré.

– Oui, il met de l'eau dans la casserole, mais il oublie que ça a un temps de cuisson et qu'il ne faut pas laisser ses pâtes dans l'eau sinon c'est immangeable.

– Et toi, Harry, tu cuisines ?

– Disons que je sais faire des pâtes. Mais je doute cuisiner aussi bien que Charlie, répliqua Harry avant de goûter la salade de pommes de terre.

Il parvenait à se débrouiller. En général, c'était Drago qui le faisait.

Pendant le reste du repas, il écouta Prudence babiller à propos de l'école, de ses journées avec maman, les week-ends avec sa maman et ceux avec son papa. Le nouveau copain de sa mère, Charlie qui la faisait rire. D'ailleurs le rouquin s'était amusé à parler avec son accent pour la faire rigoler.

Harry passa un bon moment avec eux même s'il se sentit de trop quand il fut temps de débarrasser. Jusqu'à ce que Prudence lui prenne la main et l'attire à ses côtés par terre, devant la télévision.

– Tu restes longtemps ici ? Et pourquoi tu es là d'ailleurs ?

– Chérie, n'embête pas Harry avec tes questions.

– Mais je veux savoir, papa ! Alors Harry !

Prudence était adorable mais elle ressemblait vaguement à Ginny, la jeune sœur de Ron, qui, en tant que benjamine, pouvait se montrer véritablement peste.

– Je... je resterai autant que Charlie acceptera ma présence chez lui.

Il jeta un coup d'œil vers le rouquin qui lui sourit, satisfait de sa réponse.

– Pourquoi tu es venu ?

– C'est... compliqué, Prue, fit Harry.

– Je suis grande, tu sais. Les grands disent toujours que c'est compliqué pour que les petits ne comprennent pas. Comme je suis grande, tu peux me dire. Je ne suis pas stupide.

– Personne n'a dit que tu l'étais, Prue. C'est juste que... je pense que tu es encore trop jeune pour que je te raconte.

– Allez ! S'il te plaît.

Comment devait-il réagir si elle le regardait avec ces grands yeux enjôleurs ? Comment le pouvait-il ?

– Pourquoi c'est toujours des histoires de grandes personnes ? Hein ?

Le jeune homme ferma les yeux. Il avait du mal à savoir ce qu'il voulait, s'il désirait en parler, surtout à une enfant. Déjà que pour lui, y repenser était douloureux alors le dire avec des mots.

– C'est difficile ma grande. J'étais amoureux de quelqu'un qui disait m'aimer aussi. Sauf que cette personne m'a blessé.

– Elle t'a tapé ? La maîtresse dit qu'il ne faut pas, que c'est mal. J'ai tapé Michael une fois et j'ai été punie. C'était pas juste, il m'a tiré les cheveux et lui, il n'a rien eu.

– Ta maîtresse a bien raison. Sauf que pour moi, cette personne ne me tapait pas. Elle disait des choses méchantes qui m'ont fait mal.

– Ton papa et ta maman ne l'ont pas grondé ?

Harry éclata de rire. L'innocence d'un enfant était adorable. Dommage que certains la perdaient en grandissant ou devenaient de véritables monstres.

– Non. Ils n'ont pas pu. Ils ne savaient pas parce que je ne voulais pas leur en parler. Mais quand ils l'ont su, ils étaient tristes, parce qu'au final, je n'allais pas bien.

– Si ton amoureuse te faisait du mal, pourquoi tu es resté alors ? Tony, mon amoureux, il m'a tiré les cheveux, j'ai dit que c'était plus mon amoureux.

– Parce que je l'aimais, Prue. Et par amour, tu fais parfois des bêtises.

– C'est nul d'être amoureux alors, conclut Prudence en croisant ses bras.

Harry en convenait aisément. Être amoureux, c'était nul. C'était pour cette raison qu'il désirait ne plus jamais aimer.

0o0

Le week-end avec la fillette passa rapidement. Prudence était adorable et affreusement tyrannique du haut de ses sept ans. Elle avait exigé de passer la nuit du samedi au dimanche dans la chambre de Harry. Jake avait eu gain de cause en la forçant à se coucher dans un lit d'appoint plutôt qu'avec le jeune homme.

Elle avait également voulu s'installer à ses côtés à chaque instant, du réveil au coucher, faisant une crise parce qu'elle devait aller dormir bien avant lui. Jake avait soufflé à Harry qu'il avait une nouvelle amoureuse. Ces simples mots avaient fait sourire le brun qui avait eu l'air gêné. Elle ne pouvait pas s'amouracher de lui. Il avait au bas mot quinze ans de plus, c'était un peu beaucoup. Mais si cela amusait le père, ce n'était donc pas inquiétant. Il ne connaissait pas grand chose aux enfants, ayant juste eu le temps de voir son neveu qui était tout petit et qu'il n'avait pas voulu prendre dans ses bras par peur de le casser.

Et puis il fut l'heure de se séparer. Maggie, la mère de Prue débarqua juste après le dîner. Elle regarda d'un œil mauvais le jeune Potter qui aidait sa fille à mettre son gilet parce qu'il ne faisait pas chaud dehors. Le soleil avait laissé place à des nuages et le fond de l'air était frais en ce début de soirée.

– Au revoir Ryry, pépia la fillette en passant ses bras autour du cou de son nouvel amoureux.

Elle lui déposa un bisou sonore sur les deux joues et lui fit un sourire désarmant. Elle allait en faire tomber des garçons quand elle serait plus grande.

– Au revoir ma belle.

Maggie lui adressa un nouveau regard noir et décampa sans demander son reste avec la petite. Une fois la porte d'entrée fermée, Harry interrogea du regard le couple qui était resté loin l'un de l'autre, évitant ainsi de relancer l'éternel sujet de la sexualité de Jake.

– Ne t'inquiète pas pour mon ex. Ça fait quatre ans mais elle ne digère toujours pas et espère un peu que ce n'est qu'une passade. Mon homosexualité je veux dire.

– Enfin, quatre ans, rétorqua Charlie sombrement. Elle devrait bien se douter que tu sais ce que tu veux ! De toute manière, elle est pénible ton ex. Toujours à se mêler de ce qui ne la regarde pas, à savoir ce qu'on fait tous les deux. La prochaine fois, on l'invite quand on s'envoie en l'air ?

– Charlie ! s'écria Jake, les sourcils froncés.

Harry aurait bien voulu fuir ou mieux encore, n'avoir jamais posé la question. Même s'il ne l'avait pas fait. Cette discussion ne le regardait pas. Elle devenait presque trop intime pour lui.

– Quoi ? ! C'est vrai ! C'est limite si elle nous demande pas si on a mis une capote ou alors qui se fait prendre. Je veux bien qu'elle en ait gros sur la patate mais il ne faudrait pas non plus qu'elle glane des infos et qu'elles les retourne contre nous parce que tu as eu le culot de la larguer à cause de ton orientation ! C'est ce qui s'est passé avec Dan ! Vous êtes sortis combien de temps ensemble ? Deux ans et demi ? Et elle a réussi à vous faire rompre. Tout ça parce qu'elle a fait sa fille toute gentille toute mignonne et que vous vous êtes fait avoir ! Il est hors de question qu'elle fasse pareil avec nous !

– Charlie !

– Quoi Charlie ? Il n'y a pas de Charlie qui tienne ! Elle doit se faire une raison quant à votre divorce !

– On a eu une fille ensemble !

– Et alors ?

– Bon sang, Charlie ! rouspéta Jake. C'est la mère de ma gamine !

La discussion tournait en dispute. Harry hésita un instant entre rester et filer en douce dans sa chambre ou hors de l'appartement si le couple décidait de se réconcilier sur l'oreiller.

– Oui, et alors ?

– Tu es borné ou tu le fais exprès ? !

– Ni l'un ni l'autre. Mais je te retourne la question ! D'accord, vous avez un passé ensemble. Mais ce n'est qu'un passé ! Maintenant, tu construits ton avenir ! Avec moi ! Elle vit encore dans le passé et ne veut pas tourner la page ! Regarde-toi, quand tu as rompu avec Dan, elle a cherché à te reprendre, te séduire. Comme si tu pouvais avoir changé d'orientation entre temps ! Alors peut-être qu'elle ne veut pas que tu retrouves un petit ami pour que tu sois heureux mais tu t'en fiches ! Ton seul lien avec elle, c'est Prue ! Le reste, ça n'a pas d'importance ! Qu'elle soit encore en colère contre toi ? D'accord ! Qu'elle se mette entre toi et tes amants, hors de question ! Si tu avais été encore hétéro, elle ne l'aurait pas fait ! Elle t'aurait laissé tranquille. Elle fait juste ça parce que tu aimes les hommes.

– Tu...

– J'ai tort, c'est ça ?

Jake se frotta les yeux et Harry lui fit une grimace désolée, navré qu'il était d'avoir lancé le sujet.

Charlie ne lui laissa pas l'occasion de répondre. Il quitta son poste pour s'enfermer dans la chambre.

– Je..., commença Harry.

– Ne t'inquiète pas, c'est un peu toujours la même rengaine avec Charlie. On a cette discussion assez souvent. Dans un sens, il n'a pas tort. Maggie ne supporte pas le fait que je sois gay et que j'aie demandé le divorce. Ça faisait longtemps que je le savais plus ou moins. Je n'avais jamais vraiment mis de mot sur ce que je ressentais pour les hommes. Je me suis marié avec Maggie, parce que c'était dans l'ordre des choses. Je veux dire, c'était une femme et qu'un homme... normalement un homme se doit d'épouser une femme. Et puis, au final, je me suis rendu compte que je regardais plus les hommes et que... je te passe les détails.

Harry hocha la tête, un peu gêné mine de rien.

– Cinq ans après notre mariage, trois ans après la naissance de Prue, j'ai demandé le divorce. Quelques semaines après, je rencontrais Dan. Et après notre rupture, six mois après, j'ai fait la connaissance de Charlie.

Lui ne connaissait pas ces soucis. Il avait su qu'il était gay avant de sortir avec une fille.

– Au moins, toi, tu as été honnête, fit Harry d'un air morne.

– Oh.

Potter ne voulait pas vraiment se confier, surtout à un inconnu. Il ne savait d'ailleurs pas pourquoi il avait dit une telle chose. Ce n'était pas dans ses habitudes de se livrer ainsi.

– Je sais depuis longtemps que je suis gay. Depuis que j'ai... seize ans. Quand j'ai vu un camarade de classe dans les douches. Il avait de belles fesses et j'ai craqué sur son physique masculin. Les filles ne me faisaient rien. Je n'ai pas eu de relation avant de rencontrer Marcus. Enfin pas vraiment. J'ai couché avec une fille à quinze ans, ça s'est arrêté là. On est resté huit mois ensemble lui et moi. C'est lui qui est venu me voir et m'a proposé de sortir avec lui. Au début, je ne voulais pas vraiment. Et puis, il m'a séduit. Ça a duré huit mois. C'était bien. J'étais amoureux. Pas lui. Il s'est fichu de moi pendant tout ce temps. Parce qu'à la fin, il m'a dit que nous deux c'était fini mais qu'il était en couple avec une fille, ça faisait deux mois qu'il me trompait.

– Avec une fille ? releva Jake, surpris.

– Tu as bien entendu. Il se tapait celle qu'il voulait. Tout ça, notre mise en couple, c'était uniquement un stratagème pour la rendre jalouse.

L'Australien le regarda avec de grands yeux étonnés.

– Tu rends jaloux une fille avec une autre fille, pas un mec. C'est débile !

– On est bien d'accord. C'est pour ça que je ne me suis douté de rien. Jusqu'à ce qu'il me sorte ça. Deux mois après, je tombais sur Drago. On a emménagé ensemble un mois plus tard. On est resté un an, jusqu'à ce que je décide de rompre ou plutôt de partir parce qu'il me détruisait lentement. Là encore, je l'aimais. Pas lui. Parce qu'il ne pouvait pas m'aimer.

– Il en aimait un autre ?

– Non. J'aurais bien aimé cependant. C'est ce qu'on appelle un pervers narcissique.

Parler de cela lui fit étonnamment du bien. Plus qu'il ne l'aurait cru. Cela ne faisait que quinze petits jours qu'il n'était plus avec lui et aussi surprenant que cela puisse paraître, il se remettait assez bien. C'était le reste qui n'allait pas. Ce qu'il était devenu.

Une loque.

– Un ?

– Pervers narcissique, répéta Harry. Comment définir ça ? Le PN, c'est une personne qui va tout faire pour te détruire afin de vivre. Ma meilleure amie les compare à des sangsues qui te vident de ton énergie. À des vampires qui se nourrissent de ta force pour faire ressortir ta faiblesse. Au début, ils sont adorables, ils te séduisent et quand tu es bien entortillé autour de leur doigt, ou ferré comme un poisson, ils remontent la ligne lentement pour t'étouffer, te couper de tout et te garder pour eux. Comme ça, tu ne peux plus te libérer de leur emprise. Quand tu tentes, ils redeviennent tendres, doux et sont aux petits soins. Mais c'est pour mieux te rabaisser par la suite. Ça recommence encore et encore. Comme ça, tu restes avec eux, parce qu'ils te font culpabiliser si tu oses partir. Et puis, quand tu y parviens enfin, ils tentent de te joindre, de te menacer, juste pour te faire peur et t'inciter à revenir. C'est pour ça que je suis parti ici. Parce que Drago aura moins de risques de venir.

– Je l'attends de pied ferme ton ex, répliqua Charlie, accoudé au mur.

Il avait dû apparaître sans que personne ne s'en aperçoive. Harry se mordilla la lèvre Que Jake soit au courant, c'était une chose parce que c'était un inconnu. Mais que Charlie le soit également l'embêtait. Parce qu'il ne voulait pas qu'on le juge. Qu'on le prenne pour un idiot, ce qu'il était, assurément.

Plus les jours passaient et plus il se demandait comment il avait pu se laisser avoir, être aussi aveugle.

– De toute manière personne ne lui donnera ton adresse et je pense qu'il ne fera pas le déplacement. Parce que s'il a les moyens financiers, il n'a pas le temps.

Harry l'espérait fortement. Du moins, il espérait ne pas le voir débarquer à l'appartement. Selon toute vraisemblance et comme l'avait assuré Hermione la veille lorsqu'il l'avait eue au téléphone, le blond allait se chercher une nouvelle proie maintenant que Potter n'était plus disponible.

Ce fait lui avait fait mal au cœur. Drago pouvait donc passer d'une personne à une autre sans le moindre scrupule. Harry en avait eu la preuve en mettant son ex devant le fait accompli lorsqu'il avait appris que le jeune homme avait couché plus d'une fois avec Pansy. Cependant, savoir qu'il avait eu une liaison et apprendre qu'il s'était déjà remis était différent. Le brun avait encore du mal à s'y faire.

– Un jour tu tomberas sur un garçon qui t'aimera et que tu aimeras, assura Charlie en venant les rejoindre.

– C'est ce que mon père dit aussi. Sauf que j'ai donné mon cœur deux fois et les deux hommes l'ont piétiné sans la moindre pitié.

– L'amour, c'est dur. Ça fait mal autant que cela peut faire du bien.

Charlie entoura ses épaules avec affection.

– Il a raison, tu sais. Tu ne peux pas tomber que sur des gens qui veulent te détruire. Il y des gars bien dans ce monde. Tu en trouveras un.

– Comme dirait maman, ajouta Charlie, chaque crapaud a sa crapote. Le reste, c'est à toi de tirer les leçons du passé. Maintenant, à toi de construire ton avenir. Mais ne t'arrête pas sur ces deux échecs. Va de l'avant. C'est gonflé de ma part de te dire ça, surtout que je n'ai pas vécu ce que tu as vécu. Mais... je pense que ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. Ces deux personnes t'ont blessé, seulement, tu vas t'en remettre, tu vas te relever. Parce que tu es Harry Potter et que c'est ce que tu as toujours fait. Ne ferme pas ton cœur.


À suivre