Bon dimanche à toutes et à tous !
Alors ces cadeaux ? Terminés cette fois ? Personnellement, je n'ai plus que les paquets cadeaux à faire ! ^^
Pour le chapitre précédent, peu de reviews mais toujours autant de lecteurs... Est-ce ma fiction qui plaît moins où les lecteurs qui sont moins généreux à l'approche de Noël ? (curieux ça). Je ne le dis pas parce que je n'aime pas particulièrement ça, comme tout le monde, mais si les commentaires négatifs sont inutiles, les critiques constructives font avancer alors si ça ne vous plaît plus, dîtes-moi au moins pourquoi...
Bonne lecture ! :)
CHAPITRE VII - CASSANDRA
Ce fut quand la cloche du village sonna neuf coups qu'Harry consentit à ouvrir un œil. Il gémit devant l'afflux de lumière. Ils s'étaient endormis tellement vite qu'ils n'avaient pas pris le temps de fermer les volets.
Ils avaient retrouvé Crystal dans la nuit et elle les avait conduits dans sa petite voiture jusqu'à un village sorcier paisible. Il n'avait pas retenu le nom, trop fatigué par les heures de voyage. Il avait rapidement entraperçu une grande maison blanche et bleue et entendu le bruit des vagues avant de suivre la jeune femme jusqu'à une grande chambre faîte de trois lits simples. Il s'était laissé tomber sur le premier qu'il avait atteint et s'était endormi comme une masse. Ron et Hermione l'avaient imité et Anton avait eu droit à une chambre bien plus petite, mais pour lui seul.
Il s'étira, faisant craquer son dos et fit basculer sa jambe par-dessus le lit. Il attrapa ses béquilles et se leva doucement, assurant son équilibre. Une fois debout, il prit le temps de vérifier le fonctionnement de tous ses muscles et prit une grande inspiration. Tout allait bien.
Il s'assura que Ron et Hermione dormaient paisiblement et sortit de la chambre sans faire de bruit. Il regarda autour de lui, ses lunettes de guingois n'aidant pas à améliorer sa vision défectueuse. Il cligna des yeux en avançant lentement dans un couloir fait de bois clair, quelques tableaux représentant la mer lui faisant envie. Il n'avait jamais eu l'occasion d'aller à la mer avec les Dursley.
En tournant à l'angle du couloir, il tomba nez à nez avec Crystal qui, surprise, recula d'un pas en poussant un léger cri. Harry recula précipitamment et perdit l'équilibre. La jeune femme et ses réflexes lui évitèrent une belle chute qui n'aurait pas manqué d'ameuter tout le couloir endormi.
Il lui adressa un sourire reconnaissant et l'examina curieusement. Il ne l'avait jamais vue habillée ainsi. Elle portait sa tunique blanche en matière fluide et légère d'inspiration grecque et un collant noir qui lui arrivait à mi-mollet. Des chaussettes blanches étaient glissées dans ses chaussons pelucheux d'un rose criard.
Si Harry haussa un sourcil amusé en voyant les chaussons voyants, il blêmit quand elle lui tendit un chausson identique pour son pied nu. Il fit une grimace et l'enfila. Voilà qui était élégant. Il avait un pantalon de lin, un maillot de corps blanc et une chemise bleue et un pull en laine était posé sur ses épaules, les manches attachées sur son torse.
Et dans son pied, le magnifique chausson rose.
- Bonjour Harry, as-tu bien dormi ? Demanda Crystal en bonne hôte, faisant attention à parler à voix basse.
- Très bien, merci beaucoup. Et toi ?
- Parfait, comme d'habitude. Viens, je vais te présenter à ma grand-mère, on va aller prendre le petit déjeuner sur la terrasse.
Harry hocha la tête et suivit lentement la jeune femme à travers une salle à manger ouverte sur une baie vitrée. La libraire passa par la baie vitrée pour aller sur la terrasse et se retourna en tendant une main vers Harry au cas où il tomberait.
Ils arrivèrent finalement sur une vue sublime. Harry en resta bouche bée. Le spectacle était majestueux.
C'était une terrasse qui donnait directement accès à la mer Égée. Elle était faite de bois clair et avait un toit fait de lattes du même bois chaleureux. Sur l'entrée de la terrasse, une grande table rectangulaire de bois usé accueillait huit fauteuils blancs. Deux lanternes dont les vitres étaient respectivement recouvertes d'étoiles de mer et de coquillages blancs décoraient la table.
Sur la gauche de la terrasse, un grand arbre aux feuilles vertes ombrageait délicatement deux chaises longues blanches dont l'assise était en toile textilène et le soutien en aluminium, exactement le même genre que les chaises. De petites marches en pierres recomposées rosées menaient à une grande piscine rectangulaire aux bords arrondis. Au fond, derrière la piscine, un haut portillon dépassant le muret blanc d'un mètre de hauteur était en forme d'arche blanche aux portes bleues et menait à la plage.
Un petit bout de jardin se tenait sur la droite, l'herbe rase et des rosiers blancs bordant le muret. L'endroit était superbe et le fait d'être dans un village magique grec montait la température ambiante à vingt trois degrés. Le ciel était bleu et le soleil matinal brillait doucement, sortant de la mer.
Harry huma l'air salé avec délice. Il n'avait jamais connu ça et c'était terriblement agréable. Il regarda sur la table de la terrasse avec surprise. Elle était encombrée de bols blancs, de verres, de cuillères, de couteaux, de viennoiseries, de jus de fruits, de boissons chaudes, de pain croustillant, de beurre, de confiture, de miel et de pâte à tartiner.
Il ouvrit de grands yeux surpris. Même à Poudlard, ce n'était pas aussi riche ni aussi appétissant. Assise dans une chaise en bout de table, une vieille dame au visage recouvert par la fumée qui s'échappait de la longue pipe de bois qu'elle fumait le fixaient, ses yeux presque aveugles d'un noir profond scintillant à travers le nuage blanc.
Un « O » parfait de fumée s'échappa de sa bouche et elle posa sa pipe dans le cendrier, secouant sa vieille main ridée pour chasser la fumée. Harry finit par distinguer un visage buriné, terriblement marqué par le temps. Ses lèvres fines formaient un léger rictus. Quelques tâches brunâtres apparaissaient dans son cou doré. Elle était entourée de nombreux voiles de couleurs chatoyantes qui masquaient n'importe quel vêtement qu'elle aurait pu porter. Et dans son dos, une immense et épaisse natte d'un blanc pur touchait le sol tant elle était grande.
Harry, impressionné par l'aura majestueuse de puissance tranquille qui s'échappait de la vieille femme, ne put que murmurer :
- Bonjour madame, merci de nous accueillir chez vous.
- De rien, mon enfant, c'est naturel. Je voulais vous parler de toute façon.
Harry haussa les sourcils, surpris. Cette voix était un enchantement. Elle aurait pu soulever des foules si elle l'avait voulu, il en mettrait sa main à couper. Avant qu'il n'ait pu demander des explications, il remarqua Anton, assis à la gauche de la vieille dame. Il lui adressa un sourire amical et s'assit à côté de Crystal, au milieu de la table.
Un bruit de cavalcade retentit soudain. Ron et Hermione, débraillés, pantalons enfilés à la va-vite, tee-shirts à manches longues blancs et pull gris. Le regard affolé, ils se jetèrent sur Harry, manquant de faire basculer son fauteuil.
- HARRY ! Tu vas bien ? S'exclamèrent-ils en chœur.
Le jeune garçon resta un instant perplexe avant d'entreprendre de rassurer ses amis qui s'étaient inquiétés de ne pas le voir près d'eux à leur réveil. Harry se racla la gorge pour faire taire leurs inquiétudes de maman poule et annonça :
- Les amis, je vous présente madame Cassandra Vasilis, la grand-mère de Crystal.
- Bonjour madame, c'est un plaisir, dit gentiment Ron en se frottant l'arrière de la tête, gêné de s'être donné en spectacle devant ce petit bout de femme impressionnant.
- C'est un honneur de vous rencontrer madame, salua Hermione en inclinant le buste avec respect.
Elle avait beaucoup entendu parler de Cassandra Vasilis, la seule voyante dont les prédictions s'étaient toujours avérées justes.
- Bonjour jeunes gens, je suis contente de vous rencontrer, enfin. Et appelez-moi Cassandra.
- Au fait Ron, je ne savais pas que tu étais roux… Et toi Harry, tes yeux ont toujours étés de cette teinte particulière de vert ? Interrogea curieusement Crystal, mettant les pieds dans le plat avec un talent tout particulier.
Les deux garçons se figèrent. Ils étaient tellement dans le brouillard qu'ils n'avaient pas pensé à leurs déguisements. Et en plus, ils en avaient perdu l'habitude pendant ce mois avec Anton.
- Et bien, c'est-à-dire que…
- Oh peu importe... Nous parlerons de tout ça après le p'tit déj', éluda la jeune femme en souriant avec détachement.
Elle savait que les adolescents lui avaient caché des choses, elle en ignorait juste la teneur. Elle les servit selon leurs désirs, très timides et hésitants pour Harry. Ron prit deux croissants avec un chocolat chaud et un grand verre de jus d'orange, Hermione, elle, mangea deux tartines de pain beurré à la confiture et but un verre d'eau et Harry grignota un bout du deuxième croissant de Ron dans une tasse de chocolat chaud avec un verre de jus de fruits et sous le grognement étouffé de Ron, finit par prendre un petit pain au chocolat.
Anton les regarda faire avec un sourire attendri, sirotant sa tasse de café. En un mois de temps passé avec eux, il s'était attaché à ces gosses. Ron et sa protection farouche pour tout ce qui touchait à Harry ou Hermione. Hermione et sa manie de calmer ses amis quand ils partaient trop loin quel que soit le sujet. Et Harry et sa patience d'ange, son don de se faire aimer de presque tout le monde, sa force intérieure et son amour profond pour ses amis.
Le petit déjeuner se termina et les trois adolescents ainsi qu'Anton se rendirent dans la salle de bain pour prendre une bonne douche et se brosser les dents. Puis, ils revinrent sur la terrasse d'où Cassandra n'avait pas bougé.
Une fois bien installés, le soleil matinal réchauffant doucement leurs corps, Harry prit la parole, ayant pris le temps de se concerter avec Ron et Hermione et ayant demandé un avis objectif à Anton sur ce qu'ils pouvaient lui révéler :
- Crystal, je suis désolé que nous t'ayons menti, mais nous ne savions pas si nous pouvions te faire confiance.
- Chouette ! Ça veut dire que vous le savez maintenant ? S'enquit-elle, en sautillant.
- Pas plus qu'avant, répondit Ron, mais on s'est concerté et on a suivit notre instinct pour finalement nous décider pour l'entière vérité.
- Magnifique, s'exclama-t-elle avant qu'un coup de pipe de sa grand-mère sur la main ne la fasse se rasseoir en grimaçant.
- Bon. Tout d'abord, est-ce que vous connaissez un peu le monde magique anglais ?
- Je suis très au courant de tout ce qui se passe en Angleterre, Harry Potter, annonça Cassandra en ricanant.
- Qu-… Je ne devrais même pas être étonné que vous connaissiez mon nom, soupira Harry.
- Je t'ai reconnu à cette fameuse cicatrice. Tout le monde sachant un peu ce qu'il s'était passé en Angleterre ses treize dernières années à forcément entendu parler de toi, Harry.
- Foutue célébrité, marmonnèrent Harry et Ron en chœur tandis qu'Hermione roulait des yeux.
- Hem… Excusez-moi, intervint Crystal en levant une main timide, mais je peux savoir de quoi vous parlez ? Je ne connais rien à l'Angleterre moi.
- Et c'n'est pas faute d'avoir essayé de te mettre du plomb dans le crâne, bougonna la vieille femme en formant des petits nuages ronds en fumée.
Harry suivit les nuages du regard, fasciné et la vieille femme s'amusa à dessiner d'autres formes géométriques pour ramener cette étincelle de plaisir enfantin dans le regard vert si terne. Hermione, Ron et Anton entreprirent de faire un récit complet des vingt dernières années du monde magique anglais.
Une bonne heure passa et finalement les trois conteurs se turent, le récit terminé. Crystal se tourna vers Harry, les yeux brillants de compassion, d'admiration et de fascination :
- Alors comme ça, tu as résisté à un sortilège mortel ?
- C'est vraiment tout ce que tu as retenu ? S'étouffa Ron.
Une heure d'explications pour ça ?! Le rouquin soupira bruyamment alors qu'Harry fronçait les sourcils. On oubliait bien trop souvent quelqu'un dans cette équation. Il ne vit pas le regard de Cassandra s'aiguiser brusquement à son expression. Il rata aussi l'expression d'intense satisfaction passer brièvement sur le visage ridé quand il prit la parole. Hermione par contre, ne le manqua pas du tout et plissa les yeux. Qu'est-ce que la voyante mijotait ?
- Je suis navré de te contredire, mais je ne suis pas celui qui a « vaincu » Voldemort. Dumbledore m'a toujours dit que l'amour gagne contre tout. Et même s'il n'a pas arrêté de mentir pour tout et rien, là, il était sincère. Et je crois également que tant qu'on a cette capacité d'aimer, on peut toujours prendre le dessus sur nos ennemis.
- Où veux-tu en venir ? Interrogea la vieille femme, un sourire prédateur sur ses lèvres.
- Ce que je veux dire, c'est que si Voldemort a disparu pendant toutes ces années, ce n'est pas uniquement grâce à moi. J'ai sans doute une part de responsabilité là-dedans, même si j'ignore laquelle, mais tout le monde a tendance à oublier que mes parents se sont sacrifiés pour ça. Dans « Grandes noirceurs de la magie » il est écrit que la seule chose plus puissante que la magie noire c'est l'amour. Et que le sacrifice par amour est le sortilège le plus puissant au monde.
- Tu as lu un livre de magie noire ? Harry, as-tu perdu l'esprit ?! S'écria Hermione en se levant d'un bond.
- Excuse-moi d'avoir cherché à savoir pourquoi j'avais survécu à ce sortilège ! Dit Harry en serrant les poings.
Ron frotta le dos de son ami le plus délicatement possible en assassinant Hermione du regard. Et c'était lui qu'on traitait d'impulsif ?
La jeune fille se rassit piteusement. Ne pouvait-elle pas réfléchir avant de parler ? Elle se targuait pourtant d'être plus calme que les garçons.
- Excuse-moi Harry, j'ai juste été surprise, se justifia-t-elle.
Le garçon hocha la tête, les lèvres serrées et prit une grande inspiration pour reprendre le contrôle de ses émotions. Il se mordilla la lèvre un instant et conclut :
- Tout ça pour dire que si je suis vivant, c'est grâce à mes parents et pas parce que j'ai un quelconque pouvoir.
Crystal hocha la tête et la vieille femme étouffa une exclamation excitée. Sa petite fille la regarda, surprise et ses yeux se vidèrent un instant alors qu'une vision lui venait.
- Oh.
Elle s'humecta les lèvres, le regard décidé. Elle se leva et fit face à Harry, une détermination farouche brillant dans son regard couleur lagon. Elle lança ses cheveux blonds en arrière et posa un genou à terre, solennelle :
- Harry.
- O-Oui ? Balbutia le petit sorcier, stupéfait. Qu'est-ce qui lui prenait ?
- Je viens de recevoir une vision du futur. C'était assez vague, je n'ai pas eu d'images, juste des sensations et une certitude.
- Une certitude ? Interrogea Ron.
- Je sens que ce Voldemort va revenir bientôt, avant la fin de l'année. Tu ne pourras pas l'empêcher, personne ne le pourra. Et peut-être réussiras-tu à le vaincre, mais pas tout de suite… Et je sais que pour ce faire, tu auras besoin de nombreux alliés. Anton est le premier. Je serais la deuxième.
- Et Ron et moi ?
- Vous êtes et serez plus que des alliés, intervint Cassandra. Vous êtes son énergie vitale. Vous êtes ce qu'Harry a de plus précieux. Sans vous, il n'est rien. S'il vous perd, il perd son âme. C'est pour cette raison que vous devez devenir plus forts vous deux.
- Qu'est-ce que vous voulez dire ? Murmura Harry, terrifié.
Même si cette femme était une voyante, ce dont elle parlait était réellement effrayant. Elle avait parfaitement su déchiffrer le plus profond de son cœur. Il savait déjà depuis longtemps qu'il tenait énormément à ses amis et que sans eux, il n'aurait plus de point d'ancrage avec le monde magique. Mais est-ce que ça valait la peine de les entraîner dans une future bataille contre Voldemort juste par désir égoïste de les garder près de lui ? Il ne pouvait pas leur demander quelque chose d'aussi dangereux. Il avait l'habitude d'être seul quand il était enfant, il supporterait bien la solitude maintenant aussi. Ils devaient s'éloigner de lui.
- Même si tu les forces à partir, ils te rejoindront quand même par tous les moyens possibles, expliqua l'ainée du groupe. Et pour te rejoindre, ils se mettront en danger. Alors autant pour ta santé mentale que pour leur santé physique, tu dois les laisser rester à tes côtés. L'amour vainc tout, n'est-ce pas ? Quand tu es avec eux, ton aura respire l'amour que tu éprouves pour tes amis. Ensemble, vous serez plus forts. Ils sont et seront tes piliers.
- Mes… Mes piliers ?
La prophétesse hocha solennellement la tête et Harry acquiesça à son tour après de longues minutes de réflexion. Il avait compris. Ses amis lui étaient effectivement indispensables.
- Harry, je peux voir ta fameuse cicatrice ? Demanda Crystal pour rompre le moment qui se faisait embarrassant.
Le garçon échangea un regard avec Ron qui lui adressa un sourire confiant, les yeux brillants d'affection. C'était la première fois qu'il ressentait un tel attachement à une personne. Bien sûr, il aimait ses parents, ses frères et sa petite sœur et même Hermione, mais rien de comparable à cette chaleur qui naissait dans son cœur en regardant les yeux et le visage doux d'Harry. C'était comme si les deux garçons étaient connectés, liés par quelque chose de plus pur qu'une amitié d'école.
Les yeux de la vieille dame scintillèrent un peu plus alors qu'elle suivait le déroulement des pensées du rouquin en regardant ses yeux bleus inquiets et affectueux.
Harry finit par relever la mèche de cheveux qu'il aplatissait toujours par habitude et Crystal et Cassandra poussèrent un cri horrifié. La vieille dame psalmodia des phrases de protection en grec ancien en chutant au sol sous la surprise et Crystal recula le plus loin possible d'Harry, tremblant de tous ses membres.
Le petit brun fut choqué. Généralement, en voyant sa cicatrice, on était soit fasciné, soit méprisant devant le symbole qu'elle représentait. Mais jamais qui que ce soit n'en avait eu peur.
- Euh…
Hermione prit les choses en main. Même choquée par la réaction des deux grecques, elle s'était reprise beaucoup plus rapidement que ses deux amis et qu'Anton.
- Anton, relevez Cassandra. Ron, reste avec Harry et je m'occupe de Crystal.
Tous s'exécutèrent machinalement. Anton se précipita auprès de la voyante et la redressa doucement en essayant de la calmer et Hermione alla voir la jeune demi-vélane et lui frotta les bras pour qu'elle s'apaise. Ron, lui, se mit devant Harry pour le protéger de la vision des femmes.
Cassandra reprit ses esprits la première et s'appuya pesamment sur le bras de l'ancien briseur de sorts qui la fit lentement avancer jusqu'au petit Gryffondor tétanisé par le choc.
- Harry, comment te sens-tu ? Demanda-t-elle, ses yeux perçants fixés dans le regard vert, semblant chercher des réponses.
- C-C-Ce serait plutôt à m-moi de vous poser la q-question.
- Réponds juste par oui ou par non, ordonna-t-elle en pointant son vieux doigt bronzé entre ses deux yeux, son aura majestueuse rayonnant autour d'elle.
- J-Je vais bien.
- Est-ce que tu as mal quelque part ?
- Oui.
- Où ?
- Ma jambe gauche et-
- Non, je veux dire as-tu déjà eu des douleurs inhabituelles qui n'avaient aucune raison d'exister ?
- Ah… Euh… Oui. M-Ma… Ma cicatrice, hésita-t-il ayant peur que ça déclenche une nouvelle crise.
- Quand as-tu eu mal, décris-les moi tous.
Harry, Ron et Hermione se regardèrent, incertains. Est-ce qu'Harry allait se souvenir de tous ces moments ? En fait, le jeune garçon ne parvint à se souvenir que de trois moments en particulier.
- Hmm… Si je me souviens bien, la première fois que j'ai regardé mon professeur de potions. J'ai pensé que c'était parce qu'il me détestait.
- Était-il seul ?
- Non, il y avait le professeur de défense contre les forces du mal avec qui il parlait.
- Le professeur… Celui qui avait Voldemort greffé derrière la tête ? Intervint Anton avec une grimace.
- Oui, celui-là même. Sinon, j'ai eu mal pendant ma retenue dans la forêt interdite.
- Raconte, ordonna Crystal en s'approchant, toujours blême et évitant de poser ses yeux sur le front découvert d'Harry.
- Et bien, j'étais en retenue pour avoir fait échapper un dragon de l'école que le garde-chasse élevait en cachette et notre retenue à eu lieu dans la forêt interdite.
- Notre ? Releva Cassandra, les sourcils froncés.
- Et bien… J'étais avec Hermione pour libérer Norbert, Neville nous a surpris pour nous prévenir, je ne me souviens plus de quoi et Malefoy a débarqué en prévenant un professeur. Du coup, nous nous sommes retrouvés tous les quatre en retenue dans la forêt interdite. J'étais en binôme avec Malefoy. On a avancé dans la forêt pour rechercher une licorne blessée et on est tombé sur une silhouette qui buvait le sang de la licorne qui était morte.
- Il buvait son sang ? Murmura Crystal, horrifiée par le sacrilège.
- Oui. Et dès qu'il s'est tourné vers moi j'ai eu mal.
- D'accord. Ensuite.
- En deuxième année, quand je me suis retrouvé face à Voldemort adolescent qui était en train de reprendre vie grâce à un journal intime en puisant dans la force vitale de la petite sœur de Ron qui écrivait dedans, rien que le fait de le voir m'a fait souffrir.
- Ensuite ?
- C'est tout ce dont je me souviens. Si, parfois, quand je fais des cauchemars sur la mort de mes parents, j'ai mal, mais c'est le moment où j'ai hérité de cette cicatrice, alors je suppose que c'est normal.
- Une douleur n'est jamais normale, gronda Anton en lui donnant une légère pichenette sur l'oreille.
Cassandra se laissa tomber sur le siège à côté d'Harry, tournée vers lui. Elle reprit sa pipe et en tira de grosses bouffées de fumée pendant qu'elle réfléchissait, entourant son visage d'une brume gris foncé. Crystal tapota l'épaule d'Harry en signe d'excuse pour sa réaction et s'assit en face de lui. Ron prit place sur l'accoudoir du fauteuil d'Harry, Hermione s'assit à côté de Crystal et Anton s'appuya contre une des colonnes qui soutenaient la toiture.
- Bien. J'ai besoin de plus de précisions, grommela-t-elle en soufflant des éclairs d'irritation de sa pipe.
- J-Je répondrai à toutes vos questions, décida Harry.
- Tout d'abord, es-tu sûr que c'est la vue du professeur de potions qui t'a fait mal et pas celle de celui qui avait Voldemort derrière la tête ?
- Certain. J'avais déjà rencontré le professeur Quirrell avant et ça ne m'avait rien fait. Juste une sensation bizarre. Mais je ne connaissais pas l'existence de Voldemort à cette époque.
- Peu importe. Ta cicatrice est apparue quand Voldemort a essayé de te tuer, c'est ça ?
- Oui.
- On peut donc en conclure que ta cicatrice a un lien avec Voldemort lui-même. Probablement qu'elle te fait mal quand tu es à proximité de ce mage noir. Par conséquent, ton professeur serait un ancien serviteur de Voldemort…
- J'étais là lors des procès des mangemorts supposés, dit Anton, donne-moi le nom de ton professeur.
- Rogue, fit Ron en reniflant, *Slap* Tché ! Le professeur Rogue !
Harry et Hermione se prirent une pichenette sur l'oreille également et grognèrent en fusillant Ron du regard qui leva les mains en signe d'excuses. Anton avait récemment décidé que pour apprendre à parler convenablement, ils avaient besoin de plus de persuasion. Alors punir les trois si l'un faisait une faute était une manière radicale d'accélérer leur apprentissage.
Anton fouilla sa grande mémoire avec patience. Il avait déjà entendu ce nom là, il en était sûr. Restait à savoir s'il pouvait l'associer aux Mangemorts, ces partisans de Voldemort dans les années soixante-dix.
- Ça y est, je me souviens de lui. Il avait effectivement accusé d'être un mangemort. C'est un Mangemort du nom de Karkaroff qui l'a dénoncé pour éviter la prison à vie à Azkaban. Et c'est Dumbledore qui l'a innocenté.
- Karkaroff ? S'exclama Harry.
- Rogue est un mangemort ? S'écria Ron.
- Dumbledore l'a innocenté ? Cria Hermione.
Anton les regarda et se concentra sur Harry. Autant les cris des deux autres n'étaient pas étonnants, autant celui d'Harry avait de quoi surprendre :
- Tu connais Igor Karkaroff, Harry ?
- Un peu oui ! C'est le directeur de l'école de Durmstrang !
- C'est vrai qu'il s'appelle comme ça ! C'est l'enfoiré qui t'a mis un quatre à la première tâche !
Anton sentit la lassitude le prendre. A quel point Dumbledore était-il inconscient pour amener deux mangemorts dans son école ?
- Est-ce qu'on peut avoir des précisions sur ce procès ? Interrogea Hermione.
- Karkaroff avait vendu Rogue et Augustus Rookwood qui travaillait au ministère avec moi contre une réduction de peine. Dumbledore qui siégeait au jury est intervenu en disant que Rogue avait bien été un mangemort pendant un temps mais que maintenant, il n'était pas plus mangemort que lui. Comme les sorciers avaient plus foi en la parole de Dumbledore qu'en celle du ministère, ils l'ont cru innocent et il a été acquitté.
- Je vois. Donc Dumbledore croit en Rogue, marmonna Ron avant de se prendre une double pichenette sur les oreilles.
Il poussa un léger cri, imité par Harry et Hermione. Harry frotta son oreille et marmonna :
- Par contre, ça signifie aussi que le professeur Rogue a vraiment été un mangemort. Personnellement, je crois en la présomption d'innocence mais j'aimerais savoir ce qui l'a fait changer d'orientation. Qu'est-ce qui l'a poussé à devenir mangemort et qu'est-ce qui l'a poussé à quitter Voldemort ?
- Revenons au sujet principal mon enfant, soupira Cassandra en continuant, nous avons établi que ta cicatrice te fait mal en présence de quelqu'un qui a un lien avec Voldemort. Donc, ce Rogue a un lien avec Voldemort. Très bien. On pourrait également supposer que ta cicatrice a un lien avec le sort mortel que ce mage noir t'a jeté quand tu étais bébé.
- L'Avada Kedavra ?
- Exactement. Je suis surprise que vous connaissiez ce sort alors que vous n'avez que quatorze ans les enfants, fit-elle suspicieusement.
Hermione renifla avec mépris. Elle en voulait toujours à Maugrey d'avoir fait souffrir Harry et Neville. Aussi, ce fut elle qui expliqua avec une colère palpable :
- C'est Alastor Maugrey, notre professeur de Défense Contre les Forces du Mal qui nous a enseigné ces sorts en début d'année.
- Il vous les a enseignés ? Répéta Crystal, stupéfaite.
- Enseignés et fait subir plus précisément. Il a testé le sortilège de la Mort et le sortilège Doloris sur des araignées mais nous a fait tester le sortilège de l'Impérium. Seul Harry a sut complètement le maîtriser.
- Peut-être mais cet espèce de cinglé *Slap* Ouch ! Ce cher professeur me l'a lancé quatre fois ! Et il a traumatisé Neville !
Anton et Cassandra échangèrent un regard consterné. La meilleure école de sorcellerie du monde était tombée bien bas si le directeur autorisait les professeurs à lancer des sortilèges interdits et dont la plus petite utilisation équivalait à une condamnation à vie à Azkaban, sur des jeunes élèves. Même pour une soi-disant sensibilisation de la part d'un ancien auror paranoïaque, c'était un peu trop.
- Êtes-vous sûrs que cet homme est bien Alastor Maugrey dit Fol-Œil ? Demanda Anton.
Il avait connu l'auror quand il était au sommet de sa puissance et se souvenait d'un vieil homme aigri et méfiant mais pas d'un inconscient qui mettrait la sécurité d'enfants en jeu.
- Dumbledore semble en être persuadé. Et aucun moyen de le vérifier, soupira Ron.
- J'ai entendu Malefoy se demander si ce n'était pas du Polynectar qu'il buvait dans sa fiole tout le temps, ajouta Hermione, mais ce ne sont que les élucubrations de Malefoy. Difficile d'en faire grand cas.
- Je ne suis pas sûre de vouloir savoir comment vous connaissez la seule potion métamorphe qui existe, grogna Crystal en soufflant.
Hermione et Ron échangèrent un regard gêné et décidèrent de garder cette information pour eux. Harry resta silencieux un moment. Il savait qu'il avait un moyen de vérifier si Maugrey était vraiment lui-même, mais il ne se souvenait plus duquel. Il savait que la réponse se trouvait dans sa troisième année. Quelque chose qui ne mentait jamais. Il eut un sursaut :
- La carte !
- La carte ? Répétèrent-ils tous avant que le regard d'Hermione ne s'illumine.
- Mais oui, la carte ne ment jamais !
Ron frappa de son poing dans sa paume de main en comprenant. Les trois autres restèrent perplexes. Le rouquin fit soudain la grimace :
- Harry, la carte est restée dans nos valises, en Albanie.
- Flûte. On ne peut pas aller la chercher maintenant, tant qu'on ne sait pas si Rogue et Dumbledore sont encore là-bas.
Une nouvelle pichenette le fit grimacer douloureusement.
- Explications, gronda Anton en croisant les bras.
- On a une carte magique héritée de mes frères mais qui avait été créée par le père d'Harry et ses amis. C'est une carte qui permet de voir toutes les personnes, les passages secrets et les moindres recoins de Poudlard.
- Elle est si formidable ?
- L'an dernier, elle m'a montré le nom de Peter Pettigrow, le traître qui a vendu mes parents à Voldemort, et le professeur Lupin, un autre ami de mon père et l'un des créateurs, m'a dit que la carte ne mentait jamais.
- Ce qui veut dire… ? Poussa la prophétesse, impatiente.
- Le professeur Lupin m'a également dit que la carte ne se laissait jamais tromper par des déguisements comme le Polynectar ou par des capes d'invisibilités. Par conséquent, si le professeur Maugrey n'est pas celui qu'il prétend être, la carte pourra nous le montrer et nous le prouver.
Cassandra réfléchit une seconde. Ces derniers temps, ses visions avaient été centrées sur Harry et ses deux amis. Elle savait qu'ils avaient un énorme pouvoir. Les deux plus âgés en temps que soutien d'Harry et ce-dernier avait le pouvoir de vaincre Voldemort. Parce qu'elle était certaine qu'il serait de retour avant la fin de l'année et qu'Harry serait le seul à pouvoir éradiquer ce mage noir définitivement.
Elle prit sa décision en une fraction de secondes. Elle savait que Crystal viendrait rapidement à s'engager auprès du trio sous serment magique s'il le fallait. Sa petite fille était tout ce qui lui restait et pas question qu'elle s'en aille loin d'elle. Elle allait aussi aider ces enfants à faire changer les choses dans le monde sorcier.
- Rien que le fait qu'ils aient le livre de Merlin en leur possession était une preuve suffisante pour qu'elle les aide.
- Je prends le commandement des opérations. Il va falloir être organisés jeunes gens, on va avoir beaucoup de choses à faire, ordonna-t-elle avec sérieux.
Le trio se consulta du regard et jeta un coup d'œil à Anton qui hocha la tête avant que Ron ne dise :
- On vous écoute.
- Crystal, tu vas retourner en Albanie avec Hermione et vous allez récupérer les valises. Deux filles passeront nettement plus discrètement qu'une fille et deux garçons. Vous pourrez passer pour des sœurs si vous vous tenez suffisamment proches et complices.
Même si Hermione n'était pas à l'aise à l'idée d'être séparée des garçons, la main d'Harry qui se crispa sur la sienne la décida :
- Très bien mais je veux pouvoir rester en contact avec Ron et Harry en toutes circonstances.
- C'est entendu. Crystal, avant de partir, tu vas aller avec Hermione dans le magasin de communication à l'angle de la rue d'Héphaïstos. Je pense que tu trouveras ton bonheur en la matière.
Les deux filles acquiescèrent. Crystal ne pensa même pas à discuter. Elle avait l'habitude de suivre les ordres de sa grand-mère à la lettre mais jamais sans demander d'explications. Et là, elle avait tout ce dont elle avait besoin. Les communicateurs étaient pour que le trio se contacte n'importe quand et l'Albanie était pour cette fameuse carte magique qui leur permettrait de savoir qui mentait sur son identité dans l'école anglaise.
Cassandra claqua des doigts devant le visage de sa petite fille adorée et continua :
- Vous deux, dit-elle en pointant Ron et Anton du doigt, vous allez partir pour le mont Olympe. Là-haut vous pourrez vous débarrasser de ce sortilège et ensuite, vous reviendrez. Quant à nous, dit-elle avec un sourire carnassier en regardant Harry, on va se plonger dans l'étude de ta cicatrice et dans d'autres petites choses.
Harry frissonna. Il n'était pas vraiment rassuré à l'idée de rester seul avec la voyante. La dernière fois qu'il s'était retrouvé seul avec une illuminée, elle avait perdu l'esprit et fait une prophétie qui s'était réalisée le soir même. Alors très peu pour lui.
- Quand partons-nous ? Demanda Ron en pressant l'épaule de son ami.
Il n'aimait pas plus l'idée d'être séparé de ses amis que les deux autres mais il fallait qu'ils prennent sur eux pour le moment.
- Vous vous séparerez… Ce soir et vous vous retrouverez après demain dans la matinée, fit Cassandra, la voix un peu lointaine.
Harry soupira et une question lui vint à l'esprit :
- Savez-vous quand et comment nous pourrons rentrer en Angleterre ?
C'est vrai que c'était leur question principale à la base. Une fois que le sortilège posé sur le cœur de Ron serait ôté, ils n'auraient plus qu'à trouver le moyen d'empêcher Dumbledore de relancer un sort du même genre et ils pourraient rentrer à Poudlard.
Cassandra s'assombrit, de même que Crystal et Anton se redressa, attentif. La vieille dame leur lança un regard peiné et expliqua le plus doucement possible :
- Mes chers enfants, vous ne rentrerez pas tout de suite chez vous.
- Quoi… ? Mais mes parents…
- Et mes frères et ma sœur, ajouta Ron, la voix tremblante.
Harry baissa les yeux. Il n'était parti que depuis quelques semaines et Poudlard lui manquait déjà. Ça avait été le premier lieu qu'il avait pu considérer comme sa maison. Et les Weasley étaient un peu comme sa famille. Mais il n'était pas comme Ron ou Hermione, lui. Il n'avait pas de famille qui l'attendait. Sirius était en fuite et il doutait qu'il soit innocenté un jour.
- Qu'est-ce que vous voulez dire par « pas tout de suite » ? Quand rentrerons-nous ? Et pourquoi nous ne pouvons pas rentrer maintenant ? Attaqua-t-il alors qu'Hermione se frottait les yeux pour s'empêcher de pleurer.
- Mes enfants… Il n'existe aucune façon d'empêcher un homme de lancer un sortilège sur un enfant. Le seul moyen existant, c'est d'attendre que cet enfant devienne majeur pour qu'il puisse se défendre en cas d'une autre tentative.
- Attendez… Vous voulez dire qu'on ne pourra pas rentrer tant que nous ne serons pas majeurs ? S'exclama Hermione.
- Non mais c'est pas grave si Dumbledore me relance le sort ! Tant pis ! Hermione doit revoir ses parents et Harry doit rentrer à Poudlard ! Et moi, je veux revoir mes frères et ma sœur ! S'exclama Ron et se levant d'un bond, prêt à sacrifier il ne savait quoi pour revoir sa famille.
- Je suis désolé mais ce sortilège à déjà bien endommagé ton cœur, intervint Anton.
- Qu'est-ce que vous voulez dire ?
- Ce que je veux dire Ron, lui expliqua Anton, c'est qu'à chaque minute qui passe, ce sortilège affaiblit ton cœur. Quand je te l'enlèverai, tu auras sûrement des séquelles irréversibles et si jamais Dumbledore te le relance, tu en mourras très certainement. Voilà pourquoi je suis d'accord avec Cassandra sur le fait que vous ne pourrez pas rentrer tant que vous ne serez pas majeurs.
Le trio se tut, terrifié. Harry serait le dernier d'entre eux à avoir dix-sept ans. Le trente-et-un juillet de l'année 1997. Ils ne pourraient pas rentrer avant deux ans et demi ?
- Mais qu'est-ce qu'on va faire pendant tout ce temps ? Demanda Hermione d'une petite voix.
Ils n'étaient que des gosses, bon sang. Ils ne devraient pas avoir à fuir pour sauver leurs vies à leur âge. Ils avaient quatorze ans ! A leur âge, ils devraient s'inquiéter de leurs cours, de leurs amours et de leurs amitiés, faire une vraie crise d'adolescence avec caprices à la chaîne ! Ou encore médire sur leurs professeurs et leurs parents ! Mais pas ça !
- Quand vous rentrerez, vous devrez combattre Voldemort, vous le savez.
- Oui, Crystal nous a dit qu'il reviendrait à la fin de l'année.
- Non, j'ai dit qu'il reviendrait avant la fin de l'année, en début d'été j'ai l'impression, murmura la jolie jeune femme.
- Ce n'est pas la question, gronda sa grand-mère en fronçant les sourcils, ce que je tiens à vous rappeler, c'est que vous êtes faibles.
- Faibles ? Répéta Hermione, un peu indignée.
- Oui faibles. Même si tu es la meilleure élève de ton année, vous êtes juste trop faibles pour faire face à un adulte, un professeur spécialisé ou pire, à Voldemort ou Dumbledore. Et ce n'est pas avec le programme dispensé dans les écoles magiques européennes que vous allez pouvoir évoluer. Et ça, tous les adultes le savent.
- Attendez, vous voulez dire qu'on ne nous apprend rien ? Demanda Harry.
- Si, vous apprenez deux, trois petites choses utiles, mais rien de concret. A la fin de votre parcours d'études, vous ne serez absolument pas au niveau des autres écoles mondiales. Pourquoi croyez-vous que les écoles européennes sont si bien protégées et cachées aux yeux des autres ? Demanda Anton.
Cassandra ne leur laissa pas le temps de réfléchir à une explication tordue et répondit à leur place :
- Pour la simple et bonne raison que si jamais une autre école décidait de les attaquer, ils seraient écrasés en moins d'un mois. Par contre, les professeurs des quatre écoles européennes sont rudement puissants et leurs directeurs ont une puissance énorme.
- Pour le directeur Dumbledore, je veux bien croire qu'il soit puissant, avoua Harry, mais madame Maxime et le directeur Karkaroff sont-ils si puissant que vous semblez le penser ?
- Karkaroff est un ancien mangemort et rien que ce fait dissuade quiconque de l'attaquer, Olympe Maxime est une demi-géante, peu importe à qui elle veut faire croire le contraire et son physique est suffisamment imposant pour qu'on la laisse tranquille et Dumbledore est effectivement très puissant. Quand à Arès Kostas, le directeur de l'école de magie grecque, c'est quelqu'un d'intelligent qui a compris il y a un peu plus de vingt ans qu'ils ne gagneraient rien en affaiblissant volontairement les élèves. Aussi a-t-il pris modèle sur l'école asiatique et celle de Salem, aux États-Unis et a commencé à apprendre des choses utiles aux élèves en modifiant le programme. Mais il est encore bien loin des autres.
- Alors pourquoi dit-on que Poudlard est la meilleure école de sorcellerie au monde ? Demanda Crystal, aussi surprise que les adolescents.
- Parce que l'Angleterre est le berceau de la magie et que les enfants qui y naissent sont plus puissants que n'importe où ailleurs. C'est pour ça qu'elle est considérée comme telle même en tenant compte de l'apprentissage désastreux qu'on dispense aux élèves, répondit Cassandra.
- Pour en revenir à la première question, que vont-ils devoir faire pendant ces deux ans, grand-mère ?
- Ils vont devoir devenir plus forts. Et pour ça, je vais chercher divers moyens avec ce cher Harry. Êtes-vous prêts, les enfants ? Vous aurez certainement à mettre vos vies en jeu plus d'une fois et vous serez probablement confrontés à des problèmes bien plus grands que ce que vous n'avez jamais imaginé.
- Oh… Est-ce que c'est ça que Merlin entendait par « changer le monde » ? Demanda Hermione.
- Pas exactement, dit Crystal. Ce que vous ferez vous permettra de débarrasser le monde de Voldemort, pas de changer ce même monde. Les changeurs ont toujours fait des choses d'envergure. A vous de voir de quelles manières vous voulez changer les choses.
Le trio échangea un regard choqué et demanda la permission de se retirer pour réfléchir. Ils se réfugièrent dans la chambre et se terrèrent les uns contre les autres. Ce qu'on leur demandait leur donnait le vertige. Ils étaient des enfants et on leur demandait de grandir sans passer par la case adolescence.
Ils allaient devoir passer deux ans sans voir leurs amis, leurs familles et tous ceux qu'ils appréciaient pour sauver leurs vies. Pour Ron, nul doute que Dumbledore essaierait de le contraindre sous sortilège une nouvelle fois et si c'était le cas, le rouquin mourrait. Pour Hermione, rien que le fait qu'elle ait aidé les garçons seraient suffisant. Et si Voldemort revenait vraiment, il commencerait par s'en prendre aux enfants nés de moldus et Hermione serait sur la liste. Quant à Harry, Voldemort chercherait à le tuer dès qu'il serait revenu parmi les vivants.
- Harry, tu devrais chercher un moyen de revenir d'entre les morts. Parce que jusqu'à preuve du contraire, c'est impossible de ressusciter ou même d'échapper au sort de la Mort.
- Je sais Hermione. Toi, essaies de voir pour cette histoire avec l'apothicaire. Est-ce qu'il nous a volontairement trahis ou est-ce qu'il serait prêt à nous aider pour la suite ?
- La suite ? Demanda Ron.
- Les potions, expliqua Harry, même si Hermione est extrêmement douée en potions, on ne trouvera pas forcément d'endroits où en faire et certaines resteront trop compliquées. Et si ce vieux a été le maître de Rogue, il est forcément excellent en potions.
- C'est vrai que Rogue est considéré comme le plus jeune maître des potions du monde magique, avoua Ron avec réticence.
Faire un compliment à Rogue, même quand le concerné était absent n'était pas forcément son moment favori de la journée.
L'apothicaire de la Ville aux Enchantements serait, avec un peu de chance, plutôt bien disposé à leur fournir des potions, quel que soit l'endroit où ils allaient devoir partir pour s'entraîner. Parce qu'ils avaient bien compris que la Grèce n'était qu'une étape, comme l'Albanie.
Soudain, on toqua à la porte. Ron se leva pour aller ouvrir pendant qu'Harry et Hermione reprenaient contenance et se redressaient convenablement.
- Oh… Euh… Salut Crystal, on peut t'aider ? Demanda Ron plus ou moins poliment.
- Je m'inquiétais pour vous, ça fait trois heures que vous êtes enfermés là-dedans. Vous voulez en parler ?
- Non, c'est gentil mais ça ira, répondit fermement Harry en s'aidant des montants des lits pour se mettre debout, Hermione lui tendant ses béquilles.
- Tu ne me fais toujours pas confiance, n'est-ce pas ?
Crystal fut peinée, mais pas surprise par la réponse d'Harry :
- La confiance que je te porte est modérée Crystal, je suis désolé. Même si mon instinct me hurle que tu es quelqu'un de bien et que tu ne nous trahiras pas, je ne te connais pas et j'ai un peu de mal avec le fait de te parler de quelque chose qui me concerne profondément.
- Si ce n'est que ça, je vais faire en sorte que tu puisses me faire entièrement confiance.
La jeune femme s'avança et s'agenouilla face à Harry, comme précédemment dans la matinée, solennelle. Elle mit une main sur son cœur, saisit celle d'Harry avec l'autre et prononça des mots décisifs :
- Moi, Crystal Vasilis jure en ma vie, mon nom et ma magie de tout faire pour aider Harry Potter et ses amis jusqu'à l'accomplissement de leur périple, de garder tous leurs secrets et d'être leur amie. Que je meure si je trahis.
Une lumière dorée sortit de la poitrine de la jeune femme, à l'emplacement du cœur et se dirigea droit dans la poitrine d'Harry, au même emplacement. Elle pulsa doucement, accordant leurs battements de cœur et s'étendit un instant à Ron et Hermione qui se sentirent liés à la demi-vélane. La sensation s'estompa et tout redevint ordinaire, une légère chaleur persistant dans leurs quatre poitrines, à l'endroit où le serment de fidélité de la jeune femme reposerait à jamais.
Harry tituba sous le choc et recula, tombant sur le premier lit à sa disposition, ses béquilles tombant par terre avec fracas.
- C'était quoi ? Demanda Hermione en se massant la poitrine.
- Un serment de fidélité, répondit Ron, les yeux brillants.
Les deux qui avaient eu une enfance moldue le regardèrent sans comprendre. Ron sourit à Crystal et expliqua :
- C'est une magie très ancienne. A la base, les chevaliers l'utilisaient pour prêter serment et jurer fidélité à leur roi. Pareil avec les guerriers et leurs chefs. C'était quelque chose de très précieux et d'indéfectible, impossible à briser ou à contourner. Et le mieux, c'est que ce serment ne pouvait être accompli que si la personne qui le prononçait était sincère.
- C'est une des seules magies qui était pratiquée sans catalyseur et qui l'est toujours. Parce que c'est quelque chose qui vient du cœur, précisa Crystal, vous trois, vous aviez déjà fait un serment de fidélité entre vous, inconsciemment. En m'engageant auprès de toi, Harry, je me suis également engagée auprès de Ron et d'Hermione et de toutes les autres personnes qui te jureront fidélité dans le futur. C'est un moyen imparable de s'assurer de la confiance que tu peux offrir à quelqu'un.
- Harry, Crystal, en faisant ce serment, vient de nous assurer qu'elle ne nous trahirait jamais et qu'elle nous aiderait en toutes circonstances. C'est un gage de certitude absolue.
Harry et Hermione se regardèrent un instant. Un serment de fidélité ? Voilà qui devrait leur être utile plus tard. La jeune fille écrivit soigneusement les mots choisis par Crystal dans un coin de sa mémoire et Harry hocha la tête, acceptant le serment.
- Mais, si jamais quelqu'un d'autre fait ce serment, qu'est-ce qu'il se passera pour toi ? Demanda-t-il, curieux.
- Je serais immédiatement au courant, dit-elle en souriant. Tu te souviens de l'impression de chaleur et de ma présence dans ton cœur ?
- Oui, elle y est toujours mais c'est bien plus faible.
- Cette présence restera pour toujours à cet endroit là, te rappelant que tu peux croire en moi. Et si quelqu'un d'autre fait ce serment, j'aurais une nouvelle chaleur dans mon cœur symbolisant cette personne qui restera. C'était un moyen très pratique de reconnaître ses alliés jadis. Si deux chevaliers qui ne se connaissaient pas se croisaient, immédiatement, ils savaient, au fond d'eux même, s'ils avaient juré fidélité au même roi ou non.
- Donc, par exemple, si Anton jure fidélité à Harry, supposa Hermione, on va garder une trace du serment d'Anton dans notre cœur à tous les trois et toi aussi tu le ressentiras, c'est bien ça ?
- Exactement. Dans mon cœur, Anton sera défini comme un allié.
Soudain plus détendus, les trois jeunes décidèrent de sortir de leur grotte et de se mêler au commun des mortels. Ils avaient un moyen de faire confiance aux gens maintenant. Ce serait moins oppressant. Bien sûr, ils ne devraient pas abuser de ce serment de fidélité. Jurer sur sa magie, sa vie et son nom était quelque chose d'extrêmement puissant qu'il ne fallait pas prendre à la légère. Mais en cas d'extrême urgence, ils auraient un moyen de confiance.
Ils retournèrent s'asseoir autour de la table, où le déjeuner était mis et s'installèrent en remerciant Cassandra pour le repas. Ils avisèrent ensuite les tranches de jambon blanc et les betteraves rouges sans sauce posées sur la table et Crystal gémit. Elle avait oublié que sa grand-mère ne savait pas cuisiner.
- Grand-mère…
- Quoi ? Je n'ai jamais su faire et ce n'est pas parce qu'on a des invités que je vais miraculeusement y arriver ! Ronchonna la vieille femme en éteignant sa pipe.
- Alors laisse Harry cuisiner s'il te plaît ! Je t'avais dit qu'il avait fait un truc super bon quand j'avais mangé avec eux… S'il te plaît, s'il te plaît, s'il te plaît…
- Stop ! Ça va, ça va, laisse-le cuisiner, grommela-t-elle pour la faire taire.
Crystal sauta de joie. C'était la première fois qu'elle allait bien manger chez elle. Avec Ron, ils allèrent dans la cuisine et investirent le réfrigérateur avant de revenir les bras chargés. Harry s'excusa maintes fois auprès de la prophétesse pour l'indélicatesse de Ron et de Crystal et Anton et Hermione se retinrent de se regarder pour ne pas éclater de rire.
Quant les deux fauteurs de trouble revinrent, Harry ne se priva pas de leur faire entendre tout le bien qu'il pensait de leur action, tout en cuisinant rapidement un truc potable entre deux marmonnements furieux et quelques coups de couteau un peu trop puissants pour n'être qu'innocents.
- Entre nous, souffla Crystal à Ron, je veux bien subir la colère d'Harry plutôt que de manger encore une fois la cuisine de ma grand-mère.
- J'ai entendu, brailla la concernée en se renfrognant.
Ils finirent par passer à table après s'être excusés platement auprès de Cassandra et d'Harry. Le jambon et les betteraves s'étaient transformés en salade composée à la vinaigrette, toute simple. Œufs durs, jambon, reste de pâtes, betteraves et salade, le tout légèrement assaisonné.
- Juste parfait, soupirèrent les deux goinfres, approuvés discrètement par les trois autres.
Le repas se termina et Ron et Crystal furent désignés pour la vaisselle alors qu'un thé chaud et un café bien serré étaient servis accompagnés de petits gâteaux que Crystal avait ramené lors de son dernier voyage en Albanie.
Une fois tous installés, Harry, Ron et Cassandra avec du thé et Crystal, Anton et Hermione avec du café, la discussion reprit avec Crystal qui fit une annonce sans prendre de gants :
- Grand-mère, tu dois savoir que j'ai fait un serment de fidélité à Harry et par extension à Ron et à Hermione.
La fumée de la pipe forma un nuage de désappointement et Hermione songea que Crystal aurait eu une place toute désignée à Gryffondor.
- Je dois apprendre autre chose d'aussi capital ? Demanda-t-elle, l'air de ne pas y toucher.
Le trio réfléchit un instant, Crystal et Anton aussi, mais rien ne leur vint. Anton se racla la gorge et annonça :
- Pour plus de sécurité, je vais également prêter serment. Même si vous n'en demandez pas tant et je le sais, si jamais il m'arrive quelque chose, je veux ne pas pouvoir révéler vos secrets et je suis humain, j'ai un taux limité de résistance à la douleur.
- Vous pensez que ce sera si dangereux ? Blêmit Ron.
- Aucune idée, mais je connais suffisamment les méthodes de torture de Voldemort pour ne pas vouloir y goûter. Alors dans le doute et dans le cas où quelque chose m'échapperait, il vaut mieux que je prête serment.
Les trois anglais se concertèrent un instant du regard avant de se mettre d'accord et d'acquiescer à la proposition d'Anton. L'homme se leva et alla face à Harry, s'agenouillant devant lui, lui prenant une main, posant l'autre sur son cœur :
- Moi, Anton Ime, jure en ma vie, mon nom et ma magie de tout faire pour aider Harry Potter et ses amis jusqu'à l'accomplissement de leur périple, de garder tous leurs secrets et d'être leur ami. Que je meure si je trahis conclut-il.
La même lumière dorée apparut, reliant Harry et Anton et s'étendant brièvement à Ron et Hermione. Un halo doré entoura Crystal durant un instant avant de disparaître. Une chaleur remplie de la présence d'Anton demeura dans leurs cœurs, les faisant tous sourire.
L'homme se releva et céda sa place à Cassandra qui s'agenouilla avec beaucoup de difficulté. Foutu cérémonial.
Elle fit la sourde oreille aux protestations d'Harry et des deux autres et prononça d'une voix puissante :
- Moi, Cassandra Vasilis, jure en ma vie, mon nom et ma magie de tout faire pour aider Harry Potter et ses amis jusqu'à l'accomplissement de leur périple, de garder tous leurs secrets et d'être leur amie. Que je meure si je trahis.
Encore une fois, la lumière dorée relia Harry et Cassandra et entoura durant un instant les corps de Ron, d'Hermione, de Crystal et d'Anton d'une lueur d'or avant de disparaître.
- Pourquoi… ? Murmura Harry, ne sachant pas très bien ce qu'il ressentait devant autant de preuves de confiance.
- Pour que tu ne doutes plus, répondit simplement la prophétesse en se relevant difficilement et en allant s'asseoir dans son fauteuil.
Le garçon en eut les larmes aux yeux et ses meilleurs amis lui sourirent, les yeux étrangement brillants aussi. Anton se frotta les mains, étrangement excité. Ce genre de choses, ça lui plaisait :
- Bien. Maintenant que nous sommes entre alliés, conversons.
- Conversons ? Répéta Crystal, surprise.
- Oui. Si je récapitule bien, nous avons deux buts.
Harry, encore un peu mal à l'aise avec cette idée de « nous » acquiesça en se faisant violence. Ron lui pressa l'épaule et Anton compléta à l'intention de Crystal, toujours perdue :
- Le premier est de battre Voldemort quand il sera revenu. Le second est d'empêcher Dumbledore de faire du mal à qui que ce soit encore. Et pour faire tout ça, il va nous falloir pas mal d'organisation.
- Comment ça ? Interrogea Harry, étonné.
- Lors de la guerre contre Voldemort dans les années soixante-dix, il y avait trois camps. Le camp Voldemort, le camp du ministère avec les aurors et le camp de Dumbledore, le créateur de l'Ordre du Phénix. C'était censé être une organisation secrète mais tout le monde la connaissait.
- Que faisait le camp de Dumbledore ? Demanda Ron, et qui en faisait partie ?
- Le camp de Dumbledore combattait les mangemorts et Voldemort. Quant à ses membres, pour la plupart, leur identité était jalousement gardée mais quelques uns étaient quand même connus. Dumbledore, tes parents Harry, les Londubat, plusieurs membres de la famille Bones, Marlene McKinnon et les Prewett. Quasiment tous morts de la main des mangemorts.
- Qui est encore vivant ? Demanda Ron.
- Les Londubat.
Harry s'assombrit. Il avait depuis longtemps compris qu'il était arrivé quelque chose aux parents de Neville en voyant que la seule famille dont il parlait était sa grand-mère.
- Qu'est-ce qu'il est arrivé aux parents de Neville ? Pourquoi ne vit-il qu'avec sa grand-mère maintenant ?
- Des mangemorts les ont torturés jusqu'à la folie. Ils sont actuellement internés à Ste Mangouste. Ce Neville est votre ami ?
- Oui, c'est un camarade de classe et un très bon ami. C'est grâce à lui que nous avons gagné la Coupe des quatre maisons quand on était en première année, se souvint Harry avec un sourire affectueux.
Hermione et Ron acquiescèrent et le garçon finit par sursauter :
- Les Prewett ? Fabian et Gideon ?
- Tu les connais ?
- C'étaient les frères de Maman, elle refuse toujours d'en parler.
- Navrée de vous interrompre, interrompit Crystal, mais on pourrait revenir à ce qui nous intéresse ? Je suis sincèrement désolée pour tes oncles Ron, mais il y a plus important pour le moment.
- C'est vrai, pardon, fit Ron avant que ses yeux ne se fassent plus sérieux, nos deux buts, donc. Où voulez-vous en venir ?
- Si Voldemort revient, il y-
- Hum hum !
- Quand Voldemort reviendra, se corrigea-t-il avec une grimace, on peut être sûrs qu'il y aura une guerre, encore plus terrible que la première, plus destructrice et plus dangereuse, parce que personne ne s'y attendra. Pour le moment, nous sommes les six au courant. Et nous devons nous préparer. Cette fois, on ne pourra pas compter sur Dumbledore parce qu'on ne pourra pas lui faire confiance.
- Anton, quand vous dîtes « nous » vous incluez-vous dedans ? Demanda Hermione, surprise.
- Évidemment, pourquoi ?
- Parce que si ma mémoire est bonne, vous aviez dit être parti en exil pour faire amende honorable à toutes les choses horribles que vous et vos collègues aviez créées au département des mystères. Et en combattant avec nous, vous sortez de votre retraite.
- Je suis décidé à faire amende honorable. Et si je peux vous aider, je considérerais que c'est quelque chose de suffisamment louable pour pardonner mes fautes passées.
Hermione acquiesça, convaincue et Anton continua donc :
- Je disais qu'on ne pourra pas faire confiance à Dumbledore. Du coup, il faut qu'on soit suffisamment organisés pour résister à Voldemort.
- Je suis d'accord, ajouta Harry dont le cerveau travaillait activement, il nous faut plus de force et plus d'alliés.
- Nous devons devenir un groupe suffisamment puissant pour résister à la fois à Vous-Savez-Qui et à Dumbledore si on prend le pire scénario où Dumbledore serait un véritable ennemi et que nous devions nous battre sur deux fronts, continua Ron, une stratégie se dessinant lentement dans sa tête.
- Commençons déjà par définir nos alliés sûrs et potentiels, intervint la jolie blonde en sortant une feuille pendant qu'Anton et Cassandra ensorcelaient la terrasse avec soin pour être sûrs de ne pas être entendus.
Harry, Hermione, Ron et Crystal s'organisèrent, les deux filles baissant les murs de toile de la véranda pour être dans un espace confiné et Ron s'assit plus convenablement sur une chaise à côté d'Harry. Anton s'assit en bout de table, Cassandra à l'autre bout et Hermione et Crystal de l'autre côté, dos à la baie vitrée.
Hermione prit la feuille de Crystal pour noter tout ce qui se dirait lors de cette première réunion, fébrile à l'idée de comploter contre de si grandes et puissantes organisations. Ron et Harry échangèrent un sourire avec elle, dans le même état d'excitation.
- Commençons donc, entama Hermione, par faire une liste de toutes les personnes qu'on connait qui pourraient nous aider.
- On peut éliminer les professeurs de Poudlard et les membres du ministère, dit Anton alors que Crystal notait les deux groupes différents sur sa feuille qui comporteraient les noms des personnes à qui ne pas faire confiance.
- Dumbledore est évidemment exclu, continua Harry, mais je pense qu'on pourrait chercher dans les élèves de Poudlard, toutes maisons comprises.
- Toutes maisons comprises ? Répéta Ron avec une grimace.
- Ouais Ron, toutes maisons comprises, dit Harry avec un sourire. Tu te souviens que tu m'avais dit que tous les sorciers qui avaient mal tourné étaient à Serpentard ?
- Oui, et alors ? J'ai peut-être été un peu sectaire, mais on avait onze ans, Harry. A cet âge là, c'est soit tout blanc, soit tout noir.
- Je sais et j'aurais réagi comme toi à ta place. Mais Peter Pettigrow était à Gryffondor… Et j'ai failli être réparti à Serpentard, avoua-t-il avec un sourire tranquille.
Ron hésita une seconde à hurler et soupira en décidant d'écouter Harry, qui avait le chic pour faire preuve d'une grande sagesse sur un sujet sur lequel on ne l'attendait pas :
- J'ai fini par comprendre que la maison ne reflétait pas le futur d'un élève. Je veux dire, on nait tous semblables et seule notre éducation permet au Choixpeau de choisir notre maison pour les sept prochaines années. Après, ce ne sont que les préjugés des autres qui nous façonnent.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? Demanda Hermione, les sourcils froncés. Elle n'aimait pas du tout ce qu'Harry semblait vouloir insinuer.
- Quoi ? Tu n'as pas remarqué ? S'étonna l'adolescent alors que les cinq autres ne comprenaient pas.
- De quoi tu parles ?
- Je pensais que tu l'avais remarqué Hermione. Je veux dire regarde la maison Serpentard. Au début ce sont des enfants, quand ils arrivent à Poudlard. Ils ne sont pas destinés à devenir des mages noirs où à être mauvais ! Et pourtant, ils finissent par le devenir plus ou moins. Et pourquoi d'après toi ? Parce que tout le monde le dit.
- Qu'entends-tu par là ? Demanda Anton.
- Ce que je veux dire, c'est que parce que tout le monde dit qu'ils vont devenir mauvais, ils finissent par le devenir. Si quelqu'un est persuadé que tu vas finir par devenir quelqu'un de mauvais, peu importe à quel point c'est faux, ça finira par arriver, parce qu'il n'y aura personne pour croire en toi et parce que tu n'auras plus envie de te battre contre ça, surtout quand tes aînés te montreront qu'eux aussi, ils ont abandonné. C'est vicieux. On te dit que tu vas devenir quelque chose et pendant sept ans, tu es formaté pour le devenir vraiment. C'est ça que je veux vous dire. Les Serpentard ne sont pas mauvais.
- Je comprends Harry, fit Ron, sincèrement désolé d'avoir de tels préjugés contre cette maison.
- Et je veux sincèrement croire qu'ils pourront encore rester des gens biens tant qu'il y aura quelqu'un pour croire en eux. Et s'il n'y a que moi, alors je serais cette personne, clama-t-il, les yeux brillants de détermination.
- C'est très beau tout ça, mais ça vient d'où cette séparation entre les maisons ? Demanda Crystal, après un silence méditatif.
- D'après mes souvenirs du ministère, expliqua Anton, sous Armando Dippet, l'unité entre les maisons n'était déjà plus encouragée mais c'est sous Dumbledore qu'il y a eu cette scission. Depuis juste avant la guerre, lors de la montée au pouvoir de Voldemort.
- Donc… Ce serait à cause de Vous-Savez-Qui indirectement. Parce qu'il a décidé de dominer le monde où je ne sais quoi d'autre… D'ailleurs, qu'est-ce qu'il veut au juste ? Bref, parce que Vous-Savez-Qui a fait sa crise et qu'il a été à Serpentard, Dumbledore a décrété que Serpentard voulait dire mauvais ? C'est pas un peu exagéré ? S'écria Ron, stupéfait.
Harry, ébahi par tout ce que ça impliquait ne put qu'hausser les épaules. Hermione secoua la tête avec désapprobation sous les manigances de Dumbledore. Anton leur expliqua :
- Ce que Voldemort prônait, c'était que le monde sorcier soit uniquement réservé aux sorciers de sang « pur ». Les sangs « mêlés » et les nés de moldus n'avaient, d'après lui, pas leur place dans le monde magique.
- Et on doit tenir tête à ce genre de propos ? Soupira Harry, songeant que la tâche était rudement compliquée. Si mes souvenirs sont bons, la dernière fois que quelqu'un a décrété la suprématie d'une race sur les autres, il y a eu plus de soixante millions de morts. Pas vraiment une réussite selon moi. Même si c'était des moldus, l'idée était la même. Et la bêtise humaine est identique que ce soit chez les moldus ou chez les sorciers.
- Soixante millions de morts ? S'étouffèrent Ron et Crystal.
- Oui, on voit ça à l'école moldue. Ça s'appelle la Seconde Guerre Mondiale. C'était un allemand qui croyait en l'idéologie d'une race suprême, globalisa Harry.
Hermione précisa :
- En gros, pour lui, il y avait une hiérarchie entre les races. D'abord, tout en haut de l'échelle, venaient les aryens. Les « fondateurs de culture » qui alliaient l'esprit grec et la technique germanique, la noblesse quoi. Comme les Sangs-Purs. Toujours selon lui, il y avait ensuite les « porteurs de culture ». Une race viciée par le métissage, salie. Comme les Sangs-mêlés. Et enfin, les « destructeurs de culture », les Juifs. Soit, les nés de moldus. Tu vois le rapprochement entre Hitler et Voldemort ?
- Je vois même très bien, souffla Crystal, effarée.
- C'est quoi un juif ? Demanda Ron.
- Ce n'est pas une race ou quoi que ce soit du même genre, corrigea Harry, être juif est une religion. Ce racisme envers les juifs à commencé vers le moyen-âge avec les guerres de religions. Chrétiens contre juifs.
- Et lesquels avaient raison ?
- Personne, c'est juste une histoire de point de vue, répondit Hermione en haussant les épaules. La religion c'est ça. Une histoire de croyance. La plupart des sorciers croient en l'existence d'un Merlin tout puissant. D'autres en Morgane. Et d'autres encore en bien d'autres personnages. Personne n'a raison ou tort, chacun à son avis.
- Cet homme, Hitler, quand il était sans emploi, sans maison et devenu clochard, a vécu dans une sorte d'asile pour personnes sans domicile fixe et c'est là qu'il a lu des propos antisémites sur les juifs dans les journaux. Toute sa haine et sa colère se sont portées sur les juifs. Et c'est de là que vint son obsession de la race suprême et son idée de purification du judaïsme, raconta Cassandra sombrement.
La vieille femme était admirative. Rares étaient les personnes suffisamment vives d'esprit pour faire le lien entre l'idéologie de Voldemort et celle d'Hitler, surtout à quatorze ans.
- Et tu ne sais pas le pire, Ron ? Hitler avait une grand-mère juive et s'en cacha jusqu'à la fin ! Fit Harry avec un pauvre sourire.
- Attends… Il reniait ses propres origines ?
- Exactement. Un peu pathétique, non ?
- Tu m'étonnes. Et dire que V-V-… Tu-Sais-Qui a essayé de faire de même et qu'il tentera de recommencer quand il sera revenu… Ça fait vraiment très peur. On doit l'en empêcher, Harry.
Crystal secoua la tête et la pipe de Cassandra la recouvrit de fumée sous la préoccupation. La voix de la vieille femme retentit quelque part dans le nuage :
- Mettons de côté le sujet Voldemort pour le moment et concentrons-nous sur les élèves de Poudlard qui pourraient nous aider. Votre maison à vous trois d'abord. Qui y a-t-il et est-ce que oui ou non ils feraient de bons alliés ?
- Fred et Georges, mes frères ainés, dit tout de suite Ron, Harry et Hermione acquiesçant derrière.
- Qui sont-ils ?
- Des jumeaux. Très farceurs et peu respectueux des règlements mais très loyaux. Ils ont seize ans et ont déjà créés toutes sortes d'inventions, expliqua Hermione.
Cassandra et Anton hochèrent la tête et Crystal donna également son accord. Hermione rajouta donc le nom des jumeaux sur la liste potentielle de personnes à contacter.
- Vous avez d'autres idées avant qu'on ne continue la liste dans l'ordre des maisons ? Demanda le briseur de sorts.
- Ils s'étaient mis d'accord pour décider à l'unanimité. Hermione, Ron et Harry sortirent les vieilles listes qu'ils avaient faîtes quelques semaines auparavant et dirent chacun leur tour :
- Moi, j'avais noté Padma Patil de Serdaigle, Justin Finch-Fletchley de Poufsouffle et Katie Bell de Gryffondor. Ce sont trois personnes sérieuses et intelligentes, qui pourront être d'une grande aide dans les recherches.
- Peut-être pour les recherches ou la communication des renseignements, mais pas pour la collecte, grommela Cassandra.
- Au moins Padma, c'est une de mes plus proches amies et je sais qu'elle pourra être une excellente alliée, j'ai confiance en elle, argumenta Hermione.
- D'accord, vendu pour la miss Patil. Suivant !
- Moi, j'ai noté mes frères, Fred et Georges qui sont à Poudlard, mon frère Perçy qui est au ministère et Olivier Dubois qui est un gardien de Quidditch et qui du coup est amené à voyager beaucoup dans le monde, dit Ron.
Harry et Hermione échangèrent un regard. Ron avait pensé à tout. Une personne dans chaque camp. Poudlard, ministère et en voyage dans le monde. C'était vraiment un génie pour la stratégie. Hermione lui adressa un sourire admiratif et Anton commenta :
- Bien pensé mais reste à savoir à quel point nous pourrons leur faire confiance. Ton frère Perçy est très impliqué dans le ministère d'après ce que tu m'as dit. Il pourrait perdre son emploi en nous aidant. Est-ce qu'il sera prêt à prendre ce risque ? Pareil pour Dubois.
- Je ne peux pas en être sûr…
- Nous aviserons alors. Harry, à qui avais-tu pensé ?
- Euh…
Le garçon hésita. Était-il bien sage de leur révéler les deux noms de sa liste qui n'étaient pas ceux des jumeaux ? Personne ne connaissait ses liens avec l'un et l'autre les ferait hurler. Il soupira et se décida :
- Terry Boot et Draco Malefoy.
- Que… ?
- Oh ?
- Harry… Tu es sûr que ça va ?
- Un Malefoy ?
- Et c'est qui ceux-là ?
Harry regarda les personnes dans l'ordre de leurs exclamations. Hermione était très choquée et avait la bouche grande ouverte, oubliant de la refermer. Cassandra avait les yeux qui scintillaient s'attendant visiblement à un coup de génie de sa part. Ron était très sceptique et avait croisé les bras en réfléchissant sérieusement à ce que son choix impliquait. Anton avait une moue renfrognée, apparemment le nom Malefoy ne lui plaisait pas. Et Crystal était égale à elle-même et attendait les explications avant de se décider, tout en piochant dans les gâteaux secs sur la table avec gourmandise.
Ron fut le premier à se reprendre et adressa à Harry un sourire de maniaque, toutes les lumières de son cerveau s'étant allumées :
- Autant pour Boot, je ne saisis pas mais pour Malefoy, c'est du génie ! Il va juste falloir réfléchir à la manière de l'aborder.
- J-J'ai déjà pensé à un moyen, répondit timidement Harry.
- Tu penses sérieusement qu'on peut faire confiance à Malefoy, Harry ? Demanda Hermione d'une voix étranglée.
- Dans une certaine mesure au début, oui et je pense qu'il pourrait devenir un allié de poids par la suite.
- Je n'ai pas confiance en la famille Malefoy, Harry. Lucius Malefoy était un mangemort reconnu, même s'il a simulé avoir été contraint par le sortilège de l'Impérium de participer aux massacres de Voldemort, dit Anton sombrement.
- Lucius Malefoy était un mangemort ? Répéta Ron avec un sourire rusé. Mais c'est parfait ça. Ça arrange bien nos affaires, n'est-ce pas Harry ?
- Oh que oui, sourit le garçon en écho à son ami.
- D'accord, récapitulons, ordonna Cassandra : tout d'abord Fred et Georges Weasley, Padma Patil, Justin Finch-Fletchley, Katie Bell, Perçy Weasley, Olivier Dubois, Terry Boot et Draco Malefoy. Nous sommes d'accord ?
Tous acquiescèrent et la vieille femme conclut :
- Laissons-nous la journée de demain et les deux nuits qui l'entourent pour réfléchir à toutes nos options et tout ce dont nous allons avoir besoin. Crystal, tu vas prévenir tes voisins que tu fermes boutique pendant un temps indéterminé pour aider ta grand-mère. Vous trois, préparez vos affaires pour deux jours, sauf toi, Harry. Discute avec tes amis et prends un peu de temps pour eux et ensuite, tu viendras m'aider en cuisine. Anton, je vous suggère de prendre un peu de repos,. Le sortilège que vous allez briser vous demandera beaucoup de force. Rrrrrompez !
Ils se séparèrent tous en prenant des directions différentes, réfléchissant à un avenir qui se dessinait lentement.
.
Pendant ce temps, à Poudlard :
Une silhouette solitaire était assise dans sa salle commune, une jolie salle bleutée et chaleureuse aux murs recouverts d'étagères remplies de livres de tous genres et de tous sujets. Recroquevillée dans un fauteuil confortable près du feu, la silhouette soupira dans le vide de la nuit, inquiète :
- Mais où est-ce que tu es passé Harry ?
La voix était douce et masculine. Le jeune garçon soupira une nouvelle fois, attendant une réponse qui ne venait pas. Qu'est-ce qu'il s'était passé ? Harry avait-il été kidnappé ou est-ce qu'il avait délibérément fuit ? Et dans le dernier cas, pourquoi ne l'avait-il pas encore contacté ? Dans quoi avait-il encore mis les pieds ?
Il finit par se lever pour rejoindre son dortoir après avoir avisé l'heure tardive. Même si le temps semblait s'être arrêté pour lui, la vie continuait et il avait cours demain. Il eut une dernière pensée à l'intention du Gryffondor disparu et s'envola dans les étages, le cœur lourd.
A suivre...
