Origine : Gundam Wings

Disclaimer : Les personnages principaux ne sont pas à moi, mais à leurs auteurs respectifs. Quand on voit la vie que je leur fait mener, c'est pas plus mal...

Genre : Angst, UA, et un poil de shonen ai pour le moment

Couples : 2+1, 1+2 et 3x4

Remarques : J'ai essayé de poster ce chapitre dès qu'il a été fini, mais FFnet refusait d'uploader mon fichier T_T, alors je m'excuse auprès de celles à qui j'avais dit qu'elles auraient la suite avant minuit hier, mais là, c'est vraiment indépendant de ma volonté...

Je ne ferais plus de pronostics sur la longueur de cette fic… Mais je vous rassure, je connais déjà la fin. C'est juste que j'ai beaucoup de choses à dire avant ça.

Ah, autre chose, je m'essaye ici à un peu de guimauve, mais comme je suis normalement une handicapée des sentiments, j'espère que ça sera crédible. Si ce n'est pas le cas, n'hésitez pas à me faire part de vos remarques, j'en tiendrai compte pour les chapitres suivants.

Update : Chapitre corrigé ! Rien de transcendant, juste quelques fautes d'orthographes qui trainaient et un souci de mise en page...


Chapitre 7 : Awoken beauty

J'étouffe un bâillement. Il est tard et je n'ai pas quitté le chevet de Heero depuis le milieu de l'après-midi. Le docteur Poe m'a trouvé un lit de camp pour que je puisse rester ici avec un peu plus de confort. Je pense que je ne vais pas tarder à aller me coucher.

Heero s'est réveillé deux autres fois. La première n'a pas duré longtemps, juste le temps de se tourner sur le côté et de m'agripper la main un peu plus fort, comme s'il avait peur que je m'envole.

La deuxième fois, il est resté éveillé une petite heure, ce qui m'a permis de lui expliquer ce que j'ai entrepris pour obtenir sa garde, incluant les tests que doit lui faire passer Quatre. Lorsque je lui ai demandé s'il était d'accord avec tout ça, il a hoché la tête une fois. Je lui ai ensuite ré-expliqué ce qui s'est passé depuis ce matin.

À un moment, une infirmière est venue vérifier que tout allait bien. Après avoir pris sa tension et sa température, elle a sorti une seringue. Lorsque Heero l'a vue, j'ai cru qu'il allait me broyer les phalanges. Je ne sais pas pourquoi, mais la constatation qu'il avait peur des piqures m'a fait bêtement plaisir, peut être parce que ça le rendait un peu plus humain.

Lorsque je lui ai dit que ça n'allait pas lui faire mal, il a levé un sourcil sceptique. L'infirmière a confirmé qu'elle n'allait pas le piquer lui, mais sa perfusion, tout en joignant le geste à la parole. Sa poigne s'est alors relâchée et il a repris son expression habituelle.

Je lui caresse légèrement les cheveux et tente une fois de plus de récupérer ma main, que Heero n'a pas lâché malgré qu'il se soit endormi depuis plus de deux heures. Cette fois-ci, il accepte de me la rendre. Je peux donc aller me coucher, enfin.

.

Je me suis fait virer de la chambre ! Et par Quatre en plus (1)! Ce qui a bien fait rigoler Wufei… En plus j'ai même pas pu faire la grasse matinée à cause des infirmières qui sont venues nous apporter le petit déjeuner à 9h ! Un dimanche matin ! J'étais d'une humeur massacrante alors j'ai décidé d'aller préparer mes affaires dans mon appartement en vue de mon prochain déménagement.

Je n'avais pas emmené grand chose, j'en ai donc fait le tour en moins de deux heures. J'ai fini mes cartons ainsi que mon ménage et maintenant, je suis calme. Je peux retourner à l'hôpital sans avoir envie d'étriper mon meilleur ami.

Lorsque j'arrive dans le couloir de la chambre de Heero, Wufei est en train de faire des recommandations à un autre agent de police. Je me rends compte qu'il va partir et lui laisser sa place de garde. Lorsque je lui en demande la raison, il me répond, sarcastique :

- Tu sais, je ne trouve pas autant d'attrait que toi à rester à l'hôpital. Et puis, Xia He m'attends, je lui ai promis que l'on irait au zoo cet après-midi.

- Alors file en vitesse. Et tu lui feras un gros bisou de ma part.

- Je n'y manquerait pas. Et tu vas avoir intérêt à venir la voir maintenant que tu es libéré de ta mission. À demain Maxwell.

- Ouais, à demain.

Je le regarde partir, puis je rentre dans la chambre. Heero est en train de dessiner. Il est tellement concentré qu'il ne m'a pas entendu. Je m'approche lentement et je lui fait un grand "Bouh!" mais il se contente de me jeter un vague coup d'œil. Je me laisse tomber sur la chaise en soupirant :

- Pff, c'est pas drôle, t'as même pas sursauté. Alors, ça c'est bien passé avec Quatre ?

- …

- Je lui demanderais. Tu sais où il est ?

Haussement d'épaules. Il y a du progrès, maintenant, il répond de temps à autres, en hochant la tête ou en faisant un mouvement. Mais bon, on peut pas dire que nous ayons de longs dialogues.

- Wufei est parti au zoo avec sa fille. C'est un ange, cette petite. Elle s'appelle Xia He, en chinois, ça veut dire Lotus d'été. Elle va avoir cinq ans dans un mois et je suis bien content d'avoir fini ma mission à temps pour sa fête d'anniversaire. J'espère que tu pourras venir également.

Je le vois se tendre imperceptiblement, je ne sais pas si c'est la perspective de voir la petite fille ou si c'est la projection dans l'avenir qui lui fait peur, alors j'enchaîne aussitôt :

- Mais bon, maintenant, le plus urgent, c'est que tu te rétablisses. Tu permets que je te regarde dessiner ?

Hochement de tête. Je m'installe donc un peu mieux, c'est à dire que je retourne la chaise et me mets à califourchon dessus, pour pouvoir poser mes bras sur le dossier. Il se reconcentre sur son carnet. C'est vrai qu'il a l'air plus expressif lorsqu'il dessine, ses sourcils se froncent puis se relâchent, sa bouche fait une petite moue lorsqu'il réfléchit... Il est adorable.

Il me jette un coup d'œil en coin, puis un autre, un peu plus long. Son crayon s'arrête et il semble réfléchir. Finalement, il doit avoir pris une décision, puisqu'il tourne la page et commence un autre dessin.

Au fur et à mesure, un très très léger sourire en coin apparaît sur son visage. Par effet miroir, je ne peux pas m'empêcher moi-même d'arborer un sourire bien plus large que le sien, même si je ne sais pas ce qui le fait réagir ainsi.

N'empêche, je dois avoir l'air fin, à sourire comme ça sans raisons. Depuis qu'il a commencé ce dessin-là, il me jette fréquemment des petits coups d'œil. Ce n'est quand même pas moi qu'il dessine, non (2) ?

Quelqu'un toque à la porte, me faisant sursauter et presque tomber de ma chaise. J'avais oublié que le monde ne se résumait pas à Heero, son carnet et moi... Je me lève en soupirant et vais ouvrir la porte. Quatre est sur le seuil et me dit qu'il aimerait me parler, d'un ton qui suggère que c'est important. Je préviens Heero que je vais avec Quatre mais que je vais revenir, puis je sors en refermant la porte derrière moi.

Quatre me mène au bureau du docteur Poe. Cette dernière me salue puis nous incite à nous asseoir. Quatre prend la parole.

- Je préfère vous mettre également au courant de mes résultats, docteur Poe, ça vous permettra peut être de mieux le soigner, ou du moins, de mieux réagir.

- Il ne t'a pas posé de problèmes pendant les tests ?

- Ne t'en fais pas Duo, il a été très coopératif. Mais j'ai quand même dû les adapter, parce qu'il ne sait ni lire, ni écrire. Quant à son refus de parler, je pense que ce n'est plus volontaire.

- Comment ça ? Vous voulez dire qu'il a oublié comment faire ?

- Pas tout à fait, docteur Poe. Je pense plutôt que c'est un blocage psychologique. Ça fait 7 ans qu'il ne parle plus parce qu'un chien n'a pas besoin de parler. Je suppose qu'il se l'est tellement répété que tant qu'il sera persuadé de n'être qu'un chien, il ne parlera pas. Il faut que vous expliquiez à vos infirmières que bien qu'il ne parle pas, il n'est pas attardé et elles n'ont pas à lui parler comme à un enfant, comme elles l'ont fait ce matin.

- Je crains d'avoir du mal à leur faire comprendre. Deux des trois infirmières en charge de ce service ont travaillé en pédiatrie avant, et elles ont gardé ce type de comportement avec tout le monde...

- Pourriez-vous affecter seulement la troisième aux soins de Heero ?

- Je vais voir ce que je peux faire.

- Merci. Bon, pour le profil psychologique, il est évident qu'il n'est pas idiot. Au contraire, il est presque aussi intelligent que toi, Duo. Je n'ai pas pu lui faire passer le test de QI complet, mais je pense qu'il doit avoir une note d'au moins 120.

- Tu veux dire qu'il était parfaitement conscient de ce qu'il faisait ?

- Non Duo, juste qu'il a une grande capacité d'apprentissage et de réflexion. Ensuite, je lui ai fait passer des tests de personnalité. Eux m'indiquent qu'il n'a aucune notion de bien et de mal. Il a également des difficultés avec les sentiments. Bref, au niveau émotionnel, je dirais qu'il a le niveau d'un enfant de 5 ans, peut être moins.

- Est-ce suffisant pour le déclarer irresponsable mais non dangereux ?

- C'est un bon début. Mais il faut que j'en sache plus sur son conditionnement. Je lui demandé et il a pris son carnet. Je suppose qu'il va me dessiner ce qui s'est passé. Mais peux-tu me dire ce que tu sais, avec précision (3) ?

- Son entraînement a duré 6 ans, de 6 à 12 ans. C'est la seule chose que je sais.

- Et comment réagissait-il quand tu l'as connu ?

- Je ne l'ai vu que dans l'arène de Treize. Dans sa cage, il était toujours assis en tailleur sur la paillasse et il regardait par terre, sauf la dernière fois où il me regardait. Il ne bougeait pas, une vraie statue. Et quand il combattait, c'était un peu pareil. J l'amenait au centre de l'arène avec une laisse, il avait le visage baissé. Quoi que fasse son adversaire, il ne bougeait pas tant que J n'avait pas donné l'ordre : "Heero, attaque". Là, il esquivait ou bloquait les coups et en rendait d'autres, sans jamais tenter de tuer. Il ne donnait des coups mortels que lorsque J criait : "Heero, tue-le". Une fois le combat terminé, il revenait à une station debout, avec le visage baissé. Et il n'en bougeait pas tant que J ne lui avait pas remis sa laisse pour le ramener à sa cage.

- Ça ressemble à un conditionnement. Et que faisait-il s'il était blessé ? Il frappait plus fort ?

- Non, il ne changeait rien. Lors du premier combat que j'ai vu, son adversaire lui a explosé l'arcade sourcilière. Il n'a pas grimacé, n'a pas essuyé le sang qui lui coulait sur la tempe et n'a pas changé de style de combat. J'avais vraiment l'impression qu'il portait un masque.

- Et que faisait-il quand il avait l'ordre de tuer ?

- J'ai vu trois mises à mort. Au moment où l'ordre tombait, son visage prenait une expression dure et glaciale. Il a brisé la trachée du premier, explosé le cœur du deuxième et brisé les cervicales de la dernière, toujours moins d'une minute après l'ordre.

- Vous êtes sûr que l'on parle de la même personne ?

Le docteur Poe semble abasourdie. Je confirme que c'est bien Heero qui les a tué puis reporte mon attention sur Quatre. Il se mordille la lèvre inférieure, signe de très grande réflexion chez lui. Il relève lentement les yeux et me dit :

- Il faut que j'aille voir le docteur J, il n'y a que lui qui puisse me dire précisément ce qu'il a fait. Tu crois que je peux lui parler ?

- Je demanderais à Lady Une demain. Si je l'appelle pour ça un dimanche, elle va me raccrocher au nez. Tu crois que tu vas réussir ?

- Ne t'en fais pas Duo. Je peux déjà démontrer qu'il n'est pas responsable de ses actes, et avec les témoignages adéquats, on peut montrer qu'il n'est pas dangereux. Je veux voir J pour avoir une idée de comment lui enlever son conditionnement.

- Quels témoignages ?

- Et bien, le tien d'abord, puis celui de sa nourrice, Francine c'est ça ?

- Je suis pas sûr qu'elle soit sa nourrice, mais bon...

- Bref. Docteur Poe, voudriez-vous également témoigner ?

- Bien sûr. Et je pense que l'on peut aussi compter sur les infirmières.

- Bon, je pense que nous avons fait le tour. Duo, je t'aiderai à entamer les démarches de mise sous tutelle demain. Docteur Poe, merci de nous avoir écouté.

- De rien.

Nous retournons ensuite dans la chambre de Heero. Je reprends ma place à califourchon sur la chaise, Quatre reste debout à côté de moi. Heero a plié les jambes et posé son carnet sur ses genoux. Sans relever les yeux ni arrêter de dessiner, il nous tend quelques feuilles. Je les prends et les regarde, Quatre se penchant par dessus mon épaule pour les voir en même temps que moi.

Les dessins n'ont pas la précision des autres. Il a dû se dépêcher de les faire, ou bien il a préféré ne pas passer trop de temps à dessiner ces horribles souvenirs.

Le premier montre un jeune garçon en sous-vêtements, grelottant sous la pluie, attaché par une corde à son collier de cuir.

Le second représente le même garçon, assis en tailleur, le ventre creux, devant une assiette vide. Autour de lui, il y a deux soleils et deux lunes. Je pense que ça veut dire 48h.

Le troisième et dernier dessin est plus flou, les traits sont légèrement tremblés, comme si le simple fait de dessiner cela l'avait terrifié. Une femme aux longs cheveux noirs est allongée par terre, dans une mare de sang. Le jeune garçon est à genoux, un revolver dans les mains. Le docteur J est debout à côté de lui et le montre du doigt avec un air de profond dégoût sur le visage. J'ai peur de comprendre. Je relève les yeux du dessin et l'appelle avec une voix douce.

Il se tourne vers moi et regarde le dessin que je tiens à la main. Il pose le crayon et le carnet sur la table de nuit, puis entoure ses genoux avec ses bras et regarde droit devant lui. On dirait qu'il n'ose plus me regarder. Je demande, toujours doucement :

- C'est ta mère sur ce dessin ?

Il hoche la tête et commence à trembler légèrement.

- Si j'ai bien compris, le docteur J te disait que c'était toi qui l'avait tué ?

Il hoche de nouveau la tête et tremble plus fort. Je fourre les dessins dans les mains de Quatre et m'approche du lit. Heero se recroqueville encore plus, comme s'il avait peur que je le frappe. Je m'assieds à côté de lui et le prends dans mes bras. Il commence par se raidir, puis au fur et à mesure que je le berce en lui caressant le dos, il commence à se détendre très légèrement.

- Tu sais, Francine m'a expliqué que c'était J qui l'avait tué, pas toi.

Il secoue la tête, et essaye de m'échapper. Je ne le laisse pas faire et continue :

- C'est J qui l'a tué. Elle lui avait demandé de te permettre d'aller à l'école et il ne l'a pas supporté. Il lui a tiré une balle dans la tête, sous tes yeux. Tu lui a sauté dessus pour la venger ou la défendre, je ne sais pas, mais tu n'étais pas de taille contre lui. Tu avais 6 ans Heero, tu n'aurais rien pu faire.

Je continue à lui parler et à lui caresser le dos pendant quelques minutes, le temps que les tremblements s'estompent puis cessent tout à fait. Il se tourne vers moi, pour se musser contre ma poitrine. Le voir rester dans mes bras me gonfle le cœur de bonheur. Je lui demande si les deux autres dessins représentent des punitions. Il hoche la tête.

Quatre remercie Heero de lui avoir fait ces dessins et lui demande s'il peut les garder pour les utiliser dans le dossier qu'il constitue. Heero acquiesce de nouveau et Quatre nous salue. Il retourne à son hôtel pour manger un morceau (il est un peu plus de 15h), il repassera ce soir avec le repas.

Avant de passer la porte, il me jette un dernier coup d'œil et me dit qu'il va demander à ce qu'on nous monte notre repas. Je regarde autour de moi, étonné que les infirmières n'aient rien apporté à Heero ce midi. Un plateau repas intact est posé sur une desserte, je suppose qu'il n'a rien voulu manger, car trop pris dans ses dessins.

Quelques minutes après que Quatre soit parti, on toque à la porte. Heero sursaute et tente de s'éloigner de moi, comme honteux qu'on le voie ainsi. À regret, je le laisse reprendre une certaine distance, puis lance un tonitruant "Entrez !". Une infirmière passe la porte à reculons en tirant un petit chariot. Je profite qu'elle ne me voie pas pour retourner sur ma chaise.

C'est l'infirmière qui était venue s'occuper de lui vendredi, celle qui ne lui parle pas comme à un bébé. Je vois que le docteur Poe a tenu sa promesse. Elle se retourne et voit le plateau intact sur la desserte. Elle se tourne vers Heero et lui dit en fronçant les sourcils et en posant ses poings sur ses hanches :

- Monsieur Yuy, vous n'avez rien mangé ! C'est pas comme ça que vous allez guérir ! Je sais que ce n'est pas de la haute gastronomie, mais c'est mangeable.

Puis, se tournant vers moi :

- Et vous monsieur Maxwell, vous ne pouviez pas le faire manger ? Vous avez intérêt tous les deux à finir les plateaux que j'ai ramené, ou vous allez m'entendre, suis-je claire ?

Je lui fais un sourire penaud, et lui promets que lorsqu'elle reviendra, les plateaux seront tellement propres qu'elle pourra les réutiliser sans les faire passer au lave-vaisselle. Elle me rend mon sourire puis repart avec le plateau froid, non sans avoir sourit également à Heero et nous avoir souhaité un bon appétit.

Il la regarde partir, et reste quelques secondes à regarder la porte qu'elle a refermé derrière elle. Puis, il se tourne vers moi, avec un air d'incompréhension totale sur le visage. Je lui explique :

- On vient de se faire passer un savon. Ne pas manger dans un hôpital est une sacrée bêtise apparemment. Et notre punition, c'est de manger tout ce qu'on a là.

Je met le chariot entre le lit et ma chaise et je découvre les plats. Du saumon à l'oseille avec du riz blanc. Simple, mais nourrissant. Lorsque je regarde de nouveau Heero pour lui souhaiter un bon appétit, je m'aperçois qu'il est comme figé.

- Qu'est-ce qui t'arrive ? C'est la punition qui te rend perplexe ?

Il hoche lentement la tête, sans quitter le plateau des yeux.

- Tu sais, les punitions de J ne sont pas des punitions que l'on donne habituellement aux enfants, ni aux grands d'ailleurs. Ce sont des tortures. J'ai fait des tas de bêtises quand j'étais petit, mais jamais ma mère ne m'a privé de manger ou ne m'a laissé sous la pluie. J'ai été privé de desserts ou de sorties, elle m'a fait faire des lignes et des lignes, m'a obligé à faire la vaisselle ou, le pire pour moi, à rester dans ma chambre sans faire de bruit. Mais jamais, au grand jamais elle ne m'aurait puni pour me faire mal.

Il lève les yeux et me regarde. Il semble encore un peu perdu, alors j'enfonce le clou :

- Le but d'une punition, c'est de te faire culpabiliser à la hauteur de ta bêtise, pour que tu ne la refasses plus. Pas parce que tu auras peur de la punition, mais parce que tu auras compris que ce que tu as fait, c'est mal. Tu comprends ?

Il hoche de nouveau la tête, puis prend sa fourchette. Il pique un morceau de poisson puis le porte lentement à sa bouche. Son visage se crispe un peu, comme s'il pensait que cela serait mauvais. Il a l'air surpris que ça ne soit pas le cas.

- C'est une punition de finir nos plateaux, mais ça ne veut pas dire que ce n'est pas bon. C'est surtout le reproche qu'elle nous a fait qui doit nous faire culpabiliser. Nous sommes des adultes, c'est ce qui marche le mieux avec nous. Et elle nous a menacé d'un reproche encore plus sévère si on ne mange pas tout. Alors, bon appétit !

J'entame mon repas, tout en continuant à parler de mes bêtises passées, et des punitions qui allaient avec. Heero me regarde pendant quelques secondes avant de continuer son assiette. Pour finir le repas, nous avons un yaourt nature et une crème brulée en dessert.

Lorsque nous avons tout fini, j'empile les plateaux et les couverts, tout en expliquant à Heero que c'est pour qu'ils prennent moins de place, et qu'ils soient plus faciles à manipuler par la personne chargée de les nettoyer. Puis je repousse le chariot au pied du lit, pour qu'il ne nous gène plus.

Les yeux de Heero semblent se fermer tous seuls. Je le fait se rallonger et lui dit que nous allons faire une petite sieste, pour rattraper notre grasse matinée perdue. De nouveau, il me prend la main avant de fermer les yeux. J'attends qu'il se soit endormi, puis je dégage ma main tout doucement avant de me coucher à mon tour sur mon lit de camp.

.

J'ouvre lentement les yeux. La luminosité est encore forte, je ne pense pas avoir dormi plus d'une heure. J'entends un léger bruit qui provient de ma droite et que je n'arrive pas à identifier. Je tourne la tête et je vois Heero bien réveillé, dessinant de nouveau. Ce que j'entendais, c'est le bruit du crayon qui court sur le papier.

Je regarde ma montre et sursaute en m'apercevant qu'il est plus de 19h (4). Quatre ne va pas tarder revenir avec le repas du soir, et il va se moquer de moi s'il me trouve dans mon lit. Je me redresse donc et demande à Heero s'il a bien dormi. Pas de réponse, mais je m'y attendais.

Je reprends mon poste à son chevet et lui demande ce qu'il dessine. Il me jette un coup d'œil, puis me montre le carnet. C'est un gros plan de mon visage, presque fini. Je suppose qu'il l'a commencé tout à l'heure, lorsque je le regardais dessiner. J'ai la tête posée sur mes bras croisés, le visage légèrement tourné sur la droite.

- Je ressemblais vraiment à ça ?

Il hoche la tête, avec un léger sourire en coin et continue à mettre des ombres sur le visage. Il faut que je vous décrive un peu mieux l'air que j'avais à ce moment-là et dont je n'avais pas conscience jusqu'à ce que je vois ce dessin. J'ai les yeux brillants, limite avec des petites étoiles, un sourire sur les lèvres, les joues un peu roses... bref un air de profond ravissement.

- C'est ça, moque-toi de moi. C'est pas ma faute si tu es tellement mignon quand tu dessines !

Et là, c'est lui qui a les joues roses. Il est sauvé par l'entrée de Quatre. Comme promis, il nous apporte de quoi nous restaurer, sous la forme de plats chinois. Heero range son carnet, sans montrer le dessin au nouvel arrivant. Je le remercie d'un regard, je pense que Quatre aurait ri jusqu'à demain s'il l'avait vu.

Nous utilisons la desserte à roulettes pour poser les plats. Quatre a choisi un assortiment dans lequel nous picorerons ce qui nous plaît. Je demande à Heero s'il a déjà mangé chinois et il secoue la tête. Je lui fait alors un descriptif de chacun des mets tout en lui apprenant à se servir des baguettes. Pour ce dernier point, il semble qu'il s'en soit déjà servi, car il a comprit rapidement la technique et qu'il se montre plus adroit que Quatre, qui sait pourtant s'en servir à peu près bien depuis ma dernière année de fac.

Le repas est joyeux, Quatre et moi racontons à Heero des tas d'anecdotes de la fac et de nos familles respectives. Nous sommes récompensé de nos efforts à l'inclure dans la conversation par quelques petits sourires et des mouvements de têtes plus fréquents.

Lorsque nous avons tout fini, Quatre va chercher tout le nécessaire pour nous préparer un thé à la menthe dans les règles de l'art. Heero semble apprécier cette boisson, et je me fais la réflexion que je vais devoir soudoyer mon meilleur ami pour qu'il m'apprenne à en faire.

Une heure plus tard, Quatre nous laisse pour retourner à son hôtel. J'aide Heero à se remettre sous les couvertures et, selon un rituel qui commence à être bien rodé, je lui tiens la main jusqu'à ce qu'il s'endorme. Je reprends ma main, me penche pour lui faire un bisou sur le front, puis rejoins mon lit. J'ai le temps d'adresser une petite prière au petit Jésus pour qu'il me permette de vivre avec Heero, et je pars au pays des songes.

To Be Continued


(1) Ou comment éluder une partie que je ne maîtrise pas du tout : les tests d'intelligence et de personnalité... C'est pas faute d'avoir cherché des renseignements sur Internet. Mais même sur la toile, la psychologie a l'obscurité d'une cage d'escalier dans les oubliettes d'un château écossais...

(2) À votre avis ?

(3) Pour répondre à cette question, Duo va redire beaucoup de choses qui se sont passées dans les chapitres précédents. Mais c'est normal, Quatre n'a pas lu le début de la fic, lui.

(4) Je précise que l'action se passe en été, certainement mi-juillet. Duo a commencé sa mission en hiver, on va dire début décembre. Donc la luminosité est encore forte bien qu'il soit tard. En gros, Duo a dormi 3h, et cela fait une heure que Heero est réveillé.

Notes de l'auteur :

En écrivant la première partie de ce chapitre, je me suis fait la réflexion que j'aurais dû l'inclure dans le chapitre 6, car ça se passe le vendredi, et le reste du chapitre relate les événements du dimanche. Si je la réécris un jour (pour corriger quelques petites incohérences et fautes que je trouve à chaque relecture), je pense c'est ce que je ferais. Update : bin, finalement, ça me plait comme ça, alors je l'ai laissé.