- LA BESTIA -
CHAPITRE 5
Portland - 20 octobre 2014
Les visites au Saint James Hospital n'étaient autorisées qu'à partir de 8h00 le matin. Les détectives Burkhardt et Griffin débarquèrent peu avant l'heure autorisée. Le sergent Drew Wu, de service ce matin-là, avait dû partir directement au commissariat. Ils avaient quitté tard la caravane, tentant une dernière fois de trouver des indices sur le Wesen auquel ils pensaient avoir à faire. Sans grand succès, il fallait bien l'avouer.
Nick aurait voulu aller voir Trubel dès que possible mais l'infirmière au téléphone lui avait bien précisé qu'elle ne serait accessible aux visites extérieures qu'à partir du lendemain matin. Ayant fait chou blanc, tous les trois décidèrent d'aller cueillir quelques heures de repos avant de repartir pour une nouvelle journée d'enquête contre la montre. Car Nick en était certain, le tueur en série pouvait très bien être déjà à la recherche d'une nouvelle victime. Et vu l'état des pistes à leur disposition, tout nouvel indice était le bienvenu !
Lorsqu'ils arrivèrent au secrétariat du service de réanimation, trois individus patientaient déjà depuis un bon quart d'heures. De dos, Nick reconnut les silhouettes familières de Monroe, Rosalee et Josh. Ces derniers se retournèrent à l'arrivée des policiers.
Monroe était un Blutbad. Un Wesen que les contes de fées avaient immortalisé sous les traits du Grand Méchant Loup. Nick et lui s'étaient rencontré dans des circonstances, disons… particulières et ce qui au début semblait être un antagonisme naturel (imaginez donc, un Blutbad et un Grimm dans une même pièce, et vivants de surcroit ! Inconcevable !) s'était révélé être une amitié franche et profonde. Monroe lui avait permis de mettre un pied dans ce monde insoupçonné des Wesens tandis que Nick passait comme Alice, de l'autre côté du miroir. Tous deux avaient traversé bon nombre d'épreuves, où parfois chacun avait frôlé la mort mais ils avaient toujours été là l'un pour l'autre, tout Blutbad et Grimm qu'ils fussent. Leur relation avait même permis à Monroe de rencontrer l'amour de sa vie en la personne de Rosalee Calvert, une jeune femme douce mais aussi une Fuchsbau déterminée qui n'avait pas son pareil dans l'herboristerie et la connaissance du monde des Wesen. Nick avait même été témoin du marié lors de leurs épousailles (mouvementées certes) qui avaient eu lieu quelques mois auparavant.
- "Nick ! Vous voilà ! Merci de nous avoir prévenus hier soir !" s'exclama Rosalee après l'avoir serrée dans ses bras. Son mari, Monroe serra la main d'Hank avant de terminer par Nick par une accolade chaleureuse.
- "C'est une sacrée bonne nouvelle, n'est ce pas ? Qu'elle se soit réveillée !" affirma-t-il.
- "Oui ! L'infirmière m'a dit qu'elle était hors de danger, hier." Confirma le Grimm. "Josh est-ce que ça va ?"
Le jeune homme paraissait pâle et plus perdu que d'habitude.
- "Oui, oui ça va. Je suis juste un peu… stressé par tout ce qu'il se passe. Et puis je n'aime pas les hôpitaux… Après ce qui est arrivé à mon père…"
Hank et Nick ne comprenait que trop bien. Aux portes de la mort, Rolek Porter avait traversé tout le pays au printemps avec son fils pour rentrer en contact avec Nick. Le vieil homme, Grimm lui aussi, avait réussi à rester hors des combats toute sa vie, ce qui ne l'empêchait pas de voir les Wesen lorsque ceux-ci perdaient le contrôle de leur apparence. Josh quant à lui avait été gardé toute sa vie dans l'ignorance. Ils avaient été poursuivis par des Hunjägers qui avaient failli avoir eu raison d'eux, justement dans cet hôpital de Portland. Ce n'était donc pas étonnant que ces murs rappelaient à Josh de bien mauvais souvenirs.
- "Je vais aller chercher un café à la machine !" annonça Monroe. "Vous voulez quelque chose ?" demanda-t-il en interrogeant du regard les nouveaux arrivés.
- "Non merci Monroe, ça va aller." Répondirent-ils en choeur.
Tandis que le Blutbad s'éloignait dans le couloir à la quête de la machine à café, Josh commença à s'impatienter et tapota d'un mouvement de doigts impatients sur le comptoir.
"Elle en met du temps à revenir, cette infirmière !" s'exclama-t-il.
Rosalee posa une main maternelle qu'elle voulait apaisante sur l'épaule du jeune homme.
Nick et Hank se rapprochèrent de la Fushsbau qui leur demanda à voix basse.
"Vous avez du nouveau ?"
"Oui et non. D'ailleurs nous aurons sans doute besoin de ton aide !" répondit le Grimm.
"Bien sûr ! De quoi as-tu besoin ?"
Nick s'apprêtait à lui répondre lorsque l'infirmière en chef tant désirée choisit ce moment précis pour faire son apparition.
"Vous venez pour Theresa Rubel ?" s'enquit-elle.
"Oui, nous sommes les détectives Griffin et Burkhardt de Portland PD" fit Hank en montrant son badge.
"Oui, venez, je vous emmène à sa chambre." Finit l'infirmière avant de se diriger vers le couloir des chambres sans attendre qu'on ne la suive. Cela révélait une longue habitude dans les allées du l'hopital.
Rosalee resta derrière et encouragea les trois hommes à suivre l'aide soignante d'un geste de la main.
"Allez-y, on vous rattrapera avec Monroe !" chuchota-t-elle.
Après quelques couloirs qui tournaient à n'en plus finir, l'infirmière s'arrêta près de la chambre 319. Elle frappa à la porte et passa la tête.
"Theresa Rubel ? Vous avez des visiteurs ce matin."
Elle laissa entrer les visiteurs mais annonça aux intéressés que le Docteur Hooten avait demandé de ne pas trop épuiser la patiente qui s'était réveillée depuis trop peu de temps.
Nick, Hank et Josh rentrèrent dans la chambre et attendirent que la jeune femme en blouse blanche se retire.
Trubel gisait sur un lit médicalisé, l'air encore bien mal en point mais elle avait les yeux ouverts et tentait de sourire. C'était un bon début. Sa tête était encore enturbannée par un bandage, reliquat de son passage sur la table d'opération. Elle avait également un bras dans le plâtre, des blessures recousues un peu partout sur le corps et de sacrés ecchymoses sur le visage.
"Hey Trubel ! Te revoilà parmi nous !" S'exclama Hank avec joie
"Content de te voir réveillée !" surenchérit Nick.
La jeune Grimm tenta un timide sourire qui lui plus mal que ce qu'elle voulait bien montrer. Josh, la voyant ainsi se liquéfia sur place et se jeta à son chevet.
"Je suis tellement désolé, Theresa ! C'est… C'est ma faute si tu es dans cet état-là. Si j'avais fait le plein ce jour-là, tu…" Sa voix se brisa dans un sanglot qu'il tenta de contenir.
"Ça va Josh. Ce n'est pas ta faute." Réussit-elle à articuler d'une voix rauque.
L'on frappa brièvement à la porte qui s'ouvrit pour laisser entrer le couple de Wesen. Monroe avait apporté un bouquet de fleurs jaunes dans lequel était planté un petit message souhaitant un "prompt rétablissement", sans doute acheté à la va-vite dans la boutique au rez-de-chaussée de l'hôpital.
"Hey Trubel ! Et bah dis donc ! Il ne t'a pas loupé dis-moi !" s'écria le Blutbad, arrêté par un coup de coude discret dans les côtes de la part de sa femme qui lui faisait les gros yeux.
"Heu… j'veux dire…" reprit-il en tentant de se rattraper aux branches.
"T'inquiète, Monroe ! C'est plus impressionnant que ça en a l'air !" répondit-t-elle "C'est ce que les médecins me répètent en tout cas ! Ils disent tous que j'ai eu beaucoup de chance et saluent - "les facultés régénératrices de mon système immunitaire"- je cite."
Nick se rapprocha du lit de la blessée et posa une boite de chocolats qu'il pensait ferait plaisir à sa comparse Grimm. Il prit une chaise et s'assit pour se mettre à la hauteur de la jeune femme.
"Trubel, on est tous ravis que tu t'en sois sortie." Commença-t-il. "On s'est vraiment fait un sang d'encre, surtout après une agression aussi violente !"
Theresa hocha de la tête mais fronça les sourcils. Décidément, il allait falloir qu'elle limite les mouvements de caboche. Mine de rien avec le choc crânien qu'elle avait subi, il n'était pas étonnant qu'elle ait encore des effets secondaires désagréables. Sans compter tous les médicaments qui transitaient dans son corps à ce moment précis et la mettaient dans un état second.
"Tu n'as pas l'air en très grande forme et tu as sans doute besoin de te reposer, alors je vais faire vite." Déclara Nick qui souhaitait recentrer la conversation et aller au but pour laisser Trubel se reposer. "Nous avons besoin de ton aide, Theresa. Tu es la seule à avoir vu l'agresseur et à en être sortie vivante. Peux-tu nous dire ce que tu as vu ce soir-là dans la station service ?"
Trubel se redressa légèrement sur son oreiller et tenta de se concentrer. Les autres visiteurs se rapprochèrent instinctivement.
"Hmm… Donc on est arrivés à la station avec Josh." Ce dernier hocha de la tête comme pour confirmer ses dires. Trubel reprit en parlant lentement : "Il est sorti ensuite pour faire le plein et c'est moi qui suit aller régler au comptoir. Il n'y avait personne dans le magasin. Du moins au premier abord. Les rayonnages étaient renversés, les chips et bouteilles de coca éclatées par terre… Et cette odeur de sang. De fauve."
"Du coup j'ai pris ma machette sans réfléchir, en me disant que peut être le Wesen était encore là."
"Et c'était un Wesen ? Tu en es sûr ?" demanda Nick.
"Qu'est ce que ça pouvait être d'autre ? Tu l'as vu toi aussi Josh, non ?" Elle se tourna vers le jeune homme en quête d'approbation. Sa tête lui tourna tant qu'elle porta une main à son front.
"Je l'ai à peine vu." Répondit l'intéressé. "Il a filé dès que je suis arrivé !"
"Donc tu es rentrée dans la station service qui était sans dessus dessous." Tenta de récapituler Hank. "Et que s'est-il passé ensuite ?"
"J'ai vu le sang par terre. Une trainée écarlate qui menait au fond du magasin. Et c'est là que je les ai trouvés. La fille, elle était adossée à un frigo du fond, décapitée" fit-elle avec une moue de dégoût. "Sa jambe gisait non loin d'elle. Et lui était penché au dessus."
"A quoi ressemblait-il ?" questionna Monroe.
"Ce n'était pas un Blutbad. Ni un Hundjäger, ni un Lowën. En tout cas ça n'en avait pas l'air ! Il y avait un truc de … bizarre. Comme s'il y avait un halo autour de lui. Comme… un effet de chaleur. Je n'avais pas attention à ça sur le moment ! J'avais mis ça sur le compte de l'éclairage du magasin mais maintenant que j'y repense… Oui comme une espèce d'auréole autour de lui."
La jeune blessée dut faire une pause pour se remettre. La tête lui tournait de plus en plus et elle se tint les tempes qui commençaient à marteler.
"Doucement. Prends ton temps Trubel." Dit Nick en tentant de l'apaiser.
"Ça va aller. Il me faut juste quelques secondes." Elle empoigna son verre d'eau et but lentement avant de reprendre : "Je pense que c'était un Wesen canidé. Il avait le poil rougeâtre et une raie noire qui commençait dans la nuque. Ses oreilles étaient plutôt longues. Je ne sais pas quel type de Wesen c'était."
"Que faisait-il ?" interrogea Hank. "Il… s'occupait de la victime ?"
"Il ne se nourrissait pas en tout cas. Il… il lui croisait les bras sur le torse" expliqua-t-elle en mimant le geste. "Et il parlait à voix basse."
"Que disait-il ?"
Trubel se tourna vers Nick qui avait posé la question et fronça les sourcils, essayant de se souvenir.
"Je ne sais pas… Ce n'était pas de l'anglais en tout cas. Mais il répétait la même phrase en boucle. Et il faisait un truc bizarre."
"C'est à dire ?"
"Il… traçait une ligne blanche autour de sa tête. Enfin… là où devait se trouver sa tête."
"Oui avec du yaourt, selon le labo." Précisa Hank.
"Et puis après, il s'est retourné, il s'est énervé et m'a foncé dessus. Et je me suis défendue. On s'est battus. Il essayait de me viser la gorge. Et puis Josh est arrivé à ce moment-là. La bête a chargé vers moi, je suis tombée en arrière et je me suis cognée la tête par terre. J'ai perdu connaissance peu après."
Rosalee avait l'air scandalisée alors qu'elle apprenait les détails de l'affaire. Elle cachait sa bouche de sa main, sous le choc de l'annonce. Josh prit la suite du récit :
"Oui ! J'ai attrapé un truc qui trainait par terre pour la lui jeter dessus et j'ai juste vu la créature bondir et s'enfuir par la baie vitrée. Et vu que Theresa saignait de la tête et avait perdu connaissance, je ne m'en suis pas occupé."
"Tu as bien fait, Josh." Rassura Nick. "Tu n'aurais sans doute réussi qu'à te faire tuer."
"Tu as pu voir de près à quoi il ressemblait donc. Tu pourrais nous en faire un dessin."
"Hmm oui je suppose. Ce ne sera pas du grand art mais bon…" Répondit la Grimm.
"Ce sera mieux que rien ! Il n'y avait rien de particulier quand vous êtes arrivés dans la station service ?" interrogea Hank.
"Non pas vraiment." Répondit Josh. "Il y avait une voiture sur le parking et c'est tout. Rien vu d'autre."
"La Toyota de la victime. L'agresseur n'est pas venu en voiture, donc." Observa Hank.
"C'est étrange pour une station service sur l'autoroute." nota Nick.
Les policiers hochèrent tout deux de la tête. Un silence s'installa dans la chambre d'hôpital. Theresa se recala contre son oreiller.
"Je pourrai sortir quand d'ici ?" demanda-t-elle. "Je préférerai ne pas m'éterniser ici trop longtemps…"
"Je vais aller demander au médecin. Ils auront peut-être quelques contrôles de routine à faire avant de te laisser repartir. Profites-en pour te reposer." S'écria Nick en se levant. Il posa une main fraternelle sur l'épaule de la petite brune. "On ferait mieux de te laisser dormir un peu. Je repasserai ce soir pour voir comment tu vas."
"Nous viendrons aussi !" rajoutèrent Rosalee et Monroe.
Trubel sourit.
"Bien. Allons-y alors." S'exclama le policier. "Nous avons un Wesen à retrouver."
"OK. On va te laisser alors ! Nous repasserons ce soir." conclut Rosalee avant de se diriger vers la sortie, suivie par Monroe et Josh qui lança un dernier regard à la blessée avant de passer la porte devant Hank. Nick était le dernier à rester dans la chambre.
"Repose-toi, hein ?"
"Oui promis.", répondit Trubel en tentant un sourire.
"Ok. Je vais voir le médecin et je t'appelle dans la journée si nous avons des nouvelles."
"Hu hu" répondit-elle en hochant la tête.
Nick sourit et se dirigea vers la porte.
"Nick ? Une dernière chose !"
"Quoi ?" dit-il en se retournant.
"Le Wesen… Quand il était penché sur la victime…"
"Oui ?"
"Je… je crois qu'il pleurait."
oOo oOo oOo
Monroe, Josh et Rosalee rejoignirent la coccinelle du Blutbad sur le parking de l'hôpital après avoir parlé rapidement avec les deux inspecteurs. Le docteur Hooten qui s'occupait de Trubel avait annoncé à Nick qu'ils allaient la garder encore deux jours pour faire une batterie de tests et s'assurer que son problème neurologique s'estompait de façon satisfaisante. Elle était tirée d'affaire mais la convalescence allait demander un peu de temps.
Cette affaire semblait bien compliquée. Ils n'avaient pas de piste, mis à part qu'il s'agissait d'un Wesen. Pas d'empreinte, pas d'enregistrement vidéo, pas de voiture sur laquelle lancer une recherche de plaque… Le seul témoin de l'attaque était à l'hôpital et ils venaient de la voir ! Et en plus, ils n'avaient rien trouvé après leurs heures de recherche dans les parchemins de la caravane.
Hank et Nick allaient devoir retourner au commissariat pour reprendre leur enquête et continuer à éplucher les documents du FBI qu'ils avaient bien voulu leur faire parvenir.
S'étant concertés pour se relayer au chevet de Trubel le temps qu'elle obtienne son bon de sortie, ils se séparèrent sur le tarmac et tandis que les policiers se dirigeaient vers le commissariat, le couple de Wesen accompagné de Josh reprit la route vers leur domicile.
Monroe était au volant, tandis que Rosalee laissait son regard errer par la fenêtre.
"Elle a été salement amochée, dites donc !" observa Monroe en brisant le silence qui régnait dans l'habitacle.
Josh se ratatina à l'arrière de la voiture.
"Ce n'est pas ta faute, Josh." Le rassura Rosalee qui avait anticipé son mouvement dans le rétroviseur.
"Si ! Si j'avais fait le plein avant, comme j'étais supposé le faire, elle ne serait pas dans cette chambre d'hôpital !" répliqua le jeune homme, se sentant coupable de ce qui était arrivé à sa compagne de route.
"Si vous n'étiez pas passé par cette station service et que Trubel ne s'était pas battue avec le Wesen, on n'aurait jamais su à quoi il ressemblait !" appuya Monroe, tentant de le faire relativiser.
"Tu n'as rien vu du tout ?" redemanda Rosalee. "Même quand tu es rentré dans le magasin et qu'il était en train de se battre avec Trubel ?"
"Hmm mis à part que c'était un Wesen aux poils roux ? Non pas que je me souvienne."
"Il n'y a pas quelque chose de bizarre que tu aurais noté ? Remarqué ? Je ne sais pas moi… une odeur étrange ? Un bruit bizarre ? " insista Monroe.
"Je ne crois pas… Hmm" Il fronça les sourcils, se replongeant dans des souvenirs qu'il avait pensé avoir rangé dans la catégorie "non pertinent" "Maintenant que tu le dis, quand je suis rentré dans le magasin de la station service, il y avait une paire de chaussures à l'entrée. Comme si quelqu'un s'était déchaussé avant de rentrer. Une paire de mocassin marron ou orange foncé. Vous voyez ? Et je suis persuadé ne pas l'avoir vu lorsque je suis ressorti après avoir appelé Nick et l'ambulance. Je n'y avais pas prêté attention mais maintenant que j'y repense, c'était assez étrange."
"Et puis…" continua-t-il avant s'arrêter dans sa phrase.
Rosalee et Monroe l'observèrent par le rétroviseur intérieur. Josh avait toujours l'air concentré, comme en connexion avec des réminiscences profondément enfouies.
"Et puis il y avait ce bruit quand il a bondi dehors. Comme des cliquetis. Non comme des grelots en bois. Vous voyez ? Des grelots billes en bois qui s'entrechoquent. J'avais trouvé ça incongru sur le moment et puis j'étais juste pétrifié par ce que je voyais."
"Tu es sûr ? Un bruit de bois ?" répéta Rosalee en se retournant vers leur passager arrière.
"Oui" confirma le jeune homme. "Comme ces petits jouets pour enfants ou ces breloques fait en véritable bois de l'Amazonie qu'on trouve dans les magasins de bobos qui sentent le patchouli !"
"Hmm" Rosalee reprit sa place et semblait perdue dans ses pensées à son tour. "Serait-il possible que… ?"
"Ça te dit quelque chose ?" demanda Monroe.
"Oui, je… Je crois. Il faut qu'on rentre. Je dois chercher dans mes papiers."
La coccinelle prit la direction de la voie rapide qui les menaient rapidement vers le quartier où les deux Wesen avaient élu domicile.
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CHAPITRE 5 - Bis
27 Juin 1765 - Saint Chély d'Apcher
Cher Monsieur de la Baer,
Comme je m'y attendais, les père et fils Denneval se sont faits remplacer. Il semblerait que sa Majesté fût fortement désappointée par leur absence de résultats, et l'outrecuidance de leurs discours, d'autant que leurs actions (ou plutôt inactions, m'est avis) ont fortement déplu aux seigneurs locaux. Le Marquis de Morangiès ne cesse de se plaindre depuis plus d'un mois au syndic Lafont de leur attitude arrogante et de leurs résultats fort décevants. Il faut croire que le message n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd puisque le Sieur Robert François Antoine de Beauterne, porte-arquebuse du roi et son ami proche est arrivé à Saint-Flour il y a une semaine. Sa suite n'est pas aussi impressionnante que celle des Denneval lorsqu'ils ont foulé la terre du Gévaudan mais je doute que la fausse modestie de son entourage soit de meilleur augure pour les pauvres populations qui sont encore sous le joug de cette abomination !
Les Denneval n'ont pas encore eu l'ordre de repartir à la capitale mais cela ne m'étonnerait pas que cela arrive dans les mois ou semaines qui viennent ! De Beauterne a accompagné les louvetiers pendant leurs chasses mais il y a semble-t-il eu des sujets de friction car le ton est monté quant aux méthodes employées qui ne sont pas du tout du goût de Beauterne. Ce dernier a l'intime conviction qu'il ne s'agit que d'un très gros loup alors que les Denneval ont fini par céder à l'idée qu'il était impossible que ce ne fusse qu'un loup.
De ce point de vue-là, je ne suis pas mécontente que les Denneval aient perdu l'aval de sa Majesté car ils auraient été dangereusement sur la piste de notre Wesen. Au moins avec de Beauterne qui ne cherche qu'un leu, nous aurons les coudées franches pour nous occuper de cette affaire à notre manière, avec discrétion ; sans qu'il nous traîne dans les pattes !
Je garde toujours un œil sur ce Chastel et son fils qui réapparaissent de façon régulière mais sporadique lors des chasses organisées par les Denneval. Ceux-ci ont tendance à agir en solitaire, ne se mélangeant pas au reste de la battue, ce qui fait qu'ils sont plus difficiles à surveiller. Ils ont toujours aussi mauvaise réputation auprès de tous les gens que j'ai pu croiser, le père comme le fils mais pour différentes raisons.
Je me pose la question, peut être saugrenue à savoir si ce sont des Grimm ou non. Leur attitude, cette… aura qui les enveloppe comme un sinistre présage. Je ne sais pas. Je ne peux être catégorique, il ne s'agit que d'une intuition. Mais le caractère du fils ne colle pas avec celle de son paternel et je n'arrive pas à le cerner, outre le fait qu'il est peu loquace et qu'il y a quelque chose chez lui qui paraît totalement en dehors de notre réalité. Avec ses breloques qu'il a rapporté de ses voyages qui lui donne un aspect dépareillé et hirsute, il faut croire qu'il a laissé une partie de son âme dans une galère des pirates barbaresques où il aurait été emprisonné quelques années auparavant d'après ce que j'ai pu entendre. Et Dieu sait ce qui a pu se passer dans les cales sombres et humides de ces funestes bateaux qui infestent notre Méditerranée !
Je ne sais pas où vont nous mener ces investigations et ces remplacements incessants mais j'espère, pour le Salut et la tranquillité du peuple de Gévaudan que nous mettrons rapidement la main sur cette Bête ! Même si je me rapproche d'elle et de sa piste, je peux le sentir, elle ne cesse de nous échapper comme si elle avait deux temps d'avance sur nos actions !
Je vous prie de croire, Monsieur, à l'expression de mes honnêtes et respectueuses salutations.
Antonine de Sainte Arthaud
