Epilogue: I dwell in possibility

Auteur: Rain

Disclaimer: Shaman King ne m'appartient pas, et les chansons non plus. Y'a que l'ordre des mots qui est à moi.

Note: J'ai eu beaucoup de mal pour la chanson - elle était décidée dès le début, et après je me suis rendu compte que Mistrals gagnants était tellement la chanson de ce chapitre. Donc je vais laisser Renaud refermer cette fic et je vous donne deux chansons pour le prix d'un chapitre.

Pour le titre, c'est le nom d'un poème d'Emily Dickison. C'est une femme assez obscure, mais je l'adore, et je vous conseille d'essayer si vous pouvez !

Merci à Corporal Queen pour toute son aide dans le scénariotage, dans les délibérations musicales, dans la flamme qui a créé cette fic. Sans toi, CQNA n'aurait pas existé.

Merci à Koba54 pour ses théorisations tour à tour sinistres, hilarantes, terribles, tristes, belles... la fic que tu écrivais à travers ces théories n'est pas CQNA, mais c'est une très belle fic aussi, quelque chose que j'aurais peut-être aimé lire xd


Epilogue: I dwell in possibility

But someone's gotta be the lighthouse

And that someone's gotta be me

Little Wanderer (Death Cab for Cutie)


« Relevez vos tablettes et préparez-vous à l'atterrissage, » prévint l'hôte de l'air en passant près d'eux. Jeanne n'avait pas abaissé la sienne, alors elle se contenta de jeter un coup d'œil à travers le hublot. Sous eux s'étendait, massif et pourtant en apparence inoffensif, l'océan des nuages. Il neigeait sur la ville en-dessous d'eux, ce qui était suffisamment rare pour que ses voisins de devant n'arrêtent pas d'en parler, excités comme des enfants. L'idée la faisait vaguement sourire. Au Canada, la neige, c'était un inconvénient; en Italie, un petit miracle. Même si elle était assez inquiète à l'idée que cela ralentisse les transports...

Sans regarder, la jeune femme remit ses écouteurs anti-bruit et regarda le journal étalé sur ses genoux. Les corrections ne faisaient jamais autant de bruit que les arrestations spectaculaires, alors elle était assez contente de voir un encadré dans la page des faits divers. Il n'y avait pas de photo de Rackist, mais Reiheit la fixait de son regard hargneux.

Pendant ses cinq ans d'absence, quelqu'un – Hao, supposait-elle – avait œuvré assez hardiment pour faire libérer Rackist. Il n'avait pas fait que prendre ce qu'elle avait caché parmi les fleurs des tombes; il avait fait ouvrir la tombe de Marco et en avait sorti un Reiheit vociférant. Jeanne ne savait pas comment, mais il était parvenu à obtenir de l'ancien mafieux qu'il aille se rendre au commissariat en avouant le meurtre de Marco, son ancien chef de famille. Rackist – sans doute qu'il avait été 'visité' lui aussi – avait alors expliqué qu'il avait voulu préserver la réputation de Marco et éviter qu'on enlève leur fille à leur famille. Tout cela s'était produit quelques mois après son départ pour le Canada; maintenant, quatre ans et demi après, on laissait enfin sortir le faux mafieux, et un vrai criminel prenait sa place.

Finalement, la vérité n'éclaterait pas. D'autres mensonges avaient recouvert les anciens, et ils resteraient probablement, parce qu'ils convenaient à tout le monde. Est-ce que c'était ça, la « vérité » telle que le monde l'entendait? Le mensonge qui permettait au plus de monde de dormir tranquille? L'idée la dérangeait encore. Elle n'aimait pas l'idée que quelqu'un aille en prison à sa place, même si ce quelqu'un était visiblement dangereux.

Lentement, la jeune femme replia le journal et le rangea dans la poche avant de son sac à dos. Deux ans après, c'était toujours le même sac, les mêmes lanières rafistolées. C'était une partie de sa Maison, quelque part, la dernière partie qui avait survécu à son enfance. L'inchangé au milieu du changeant, l'ancre dans la tempête.

L'avion toucha le sol et l'estomac de Jeanne accepta enfin de se calmer. Une fois les secousses de la décélération passées, on leur indiqua qu'ils pouvaient rallumer leur téléphone, et bientôt celui de la jeune femme vibra.

Meene. « J'espère que tout va bien et que tu vas trouver ce que tu cherches. Je ne te demande pas de me pardonner, mais je suis désolée de ne pas avoir pu être ce dont tu avais besoin. »

Jeanne contempla le texte un moment. Quelques heures auparavant, Meene et Kevin l'avaient quittées à l'aéroport, le visage barré du même sourire un peu bête des amoureux enfin seuls. Ils étaient beaux, et ils étaient gentils, et elle ne voulait plus jamais les voir.

Avec un soupir, elle écrivit un message en retour. « Je suis bien arrivée. Bonne chance avec Kevin. » Elle commença à écrire « au revoir. » L'effaça. « Adieu? » Ca marchait un peu mieux, mais ce n'était pas ça non plus. Alors elle effaça tout. « J'irai bien, » mit-elle à la place. « Sois heureuse. » C'était ça, l'important.

Bientôt elle était descendue de l'avion et se dirigeait vers la sortie. Elle avait pris une petite valise en plus de son sac, pour les vêtements et les objets dont elle avait absolument besoin, mais elle n'eut pas besoin de l'attendre; quelqu'un l'avait déjà récupérée. Elle le remarqua tout de suite, malgré le terminal bondé; les gens semblaient instinctivement lui laisser de la place.

Sans hésiter, Jeanne s'arrêta devant lui. Il semblait s'être presque assoupi sur sa canne.

« Bonjour, Hao. »

Les yeux du brun se rouvrirent immédiatement, et il eut ce sourire de lézard qui l'avait tant mise mal à l'aise. Se redressant, il la regarda sous toutes les coutures. Elle profita pour en faire de même, mais il n'y avait pas grand-chose de changé: c'était les mêmes chaussures de luxe, le même costume faussement simple, les mêmes traits enfantins. « Cela faisait longtemps. Ton voyage s'est bien passé? »

Elle acquiesça et regarda autour d'eux. L'aéroport ne semblait pas avoir tellement changé non plus. Ils avaient repeint les murs de verts à orange, la voix préenregistrée parlait dans plus de langues, mais les choses restaient les mêmes. « Merci de vous être occupé de Rackist.
- Mais c'est mon rôle, de m'occuper de la ville et de ses occupants, » répondit le lézard. Il ne se levait pas.

« Et puis vous deviez un service à Marco, c'est ça? »

Le sourire s'agrandit. « Tu lis bien, dis-moi. Tu as raison, cela dit; si ses petits camarades n'avaient pas été en train de faire dans leur pantalon, j'aurais pu intervenir plus tôt. Je crois que je leur faisais peur. »

Apparemment – selon les informations que Jeanne avait pu glaner sur les réseaux – il n'y avait pas qu'aux anciens membres de la famille qu'il faisait peur. Même la police s'inclinait devant le démon de la pègre. Mais elle, elle ne se sentait pas inquiète. C'était peut-être une erreur, mais elle sentait qu'il était de son côté, et c'était plus qu'elle ne pouvait le dire pour la plupart des gens de son entourage. « On a souvent peur des miroirs, » souffla-t-elle en se souvenant des explications balbutiantes des anciens mafieux. « Enfin. Ils sont partis.
- En effet, » acquiesça le brun. « Tu ne comptes pas les revoir. » Ce n'était pas une question.

« Je ne les connais pas. Et je n'ai pas beaucoup d'énergie, alors je vais juste me concentrer sur la personne que j'ai envie de connaître, » expliqua-t-elle en bougeant les mains dans ses poches.

« Et tu as bien raison, » fit Hao en se relevant, la main sur la poignée de sa valise. « Il est sorti ce matin, mais je sais où il est. Je t'emmène? »

Jeanne eut un début de sourire. « Je vous suis. »


De son pas sûr et mesuré, le grand brun guida Jeanne jusqu'au parking du dépose-minute. Une voiture les attendait; le brun posa la valise dans le coffre et ouvrit la porte arrière à sa passagère. Sur la banquette, la jeune femme trouva une enveloppe brune pleine de documents. « Pour vous deux, » expliqua le brun alors qu'il se glissait sur le siège avant.

Jeanne s'était d'abord arrêtée sur les cheveux du conducteur, verts criards, avant de pouvoir se reconcentrer sur le brun. Cela lui prit quelques secondes. « M-merci.
- J'aime faire les choses bien, » continua Hao. La voiture se mit en route, et ils laissèrent l'aéroport derrière eux. « Maxwell faisait les choses bien, lui aussi. »

Jeanne glissa l'enveloppe dans son sac. La matière du papier cartonné faisait chanter ses doigts, et elle resta un moment à en profiter. « J'en suis sûre. »

Le trajet se fit tout en douceur. Jeanne n'était plus aussi malade en voiture, mais elle soupçonna le brun d'avoir aussi œuvré pour qu'elle soit le plus à son aise possible. C'était le genre de choses qu'il semblait comprendre dans son idée de comment « faire les choses bien. » Comme il ne parlait pas, elle ne parla pas non plus; elle se contenta de regarder à travers la vitre. La ville avait changé. Il y avait de nouveaux bâtiments, moins de terrains vagues. Au loin, elle distingua la colline. Elle au moins n'avait pas changé; pas de champignons bétonnés sur ses flancs, rien que du vert.

« J'ai acheté les terrains, » expliqua Hao. « La ville voulait en faire des HLM, mais je pense que c'est important de garder des espaces respirables dans une ville pareille. Tu ne crois pas?
- S-si, » Jeanne parvint à souffler. « C'était aussi ce que pensait Marco.
- Un visionnaire, vraiment. » Le ton d'Hao était comme las, mais il souriait dans le rétroviseur. Elle lui rendit son sourire avant d'apercevoir la maison de Meene. Mais... ce n'était plus sa maison. Les murs n'étaient plus à la même place, et ils n'étaient pas de la même couleur. Le jardin carré avait disparu au profit d'un fouillis d'herbes folles, et la jeune femme remarqua en passant une espèce de grand chien blanc qui faisait le fou derrière le portail.

« La maison a brûlé quelques nuits après ton départ. Je n'ai pas pu récupérer tes affaires, donc j'ai bien peur qu'elles aient disparu. Mais la famille qui a tout retapé est assez agréable. Je crois que tu avais rencontré Datura Nau et sa compagne? »

Jeanne ouvrit des grands yeux. « Elles sont toujours là? »

Hao acquiesça alors qu'ils laissaient la maison derrière eux. « Oui. Je crois que Lilirara attend même un enfant pour elles deux, si tu veux bien le croire. »

Jeanne se retourna pour regarder la maison alors qu'ils tournaient au coin. L'idée que les deux femmes vivaient là maintenant, qu'elles vivaient heureuses et ensembles, lui réchauffait le cœur. C'était une bonne fin pour cette maison de silences et de disputes. C'était une bonne fin pour cette vie-là. La grille du cimetière apparut à sa gauche, et la voiture ralentit. Puis elle s'arrêta complètement.

Jeanne regarda ses compagnons. Hao regardait quelque chose sur son téléphone. Le chauffeur ne regardait rien. C'était elle qu'ils attendaient. Et elle... Elle, elle s'appliquait à respirer correctement.

Cinq ans. Cinq ans, plus dix ans. Rackist avait quarante-neuf ans lorsqu'elle l'avait vu libre pour la dernière fois. Elle lui avait volé quinze ans de sa vie, avec son crime. Quinze ans de vie et un compagnon plus cher que tout. Evidemment, elle le savait déjà en montant dans l'avion, elle le savait en atterrissant en Italie, elle le savait en suivant Hao. Mais maintenant qu'il était de l'autre côté du mur, qu'elle n'avait plus qu'à faire quelques pas pour le rejoindre, ça devenait vertigineux. Quinze ans. Il devait la haïr, non?

« Vous pensez qu'il m'en veut? »

Elle n'avait pas voulu parler à voix haute, mais elle l'avait fait. Le chauffeur ne réagit pas; Hao, après une seconde, tourna son visage de profil pour l'observer. Il avait l'air un peu bizarre, tout d'un coup. Les angles de son visage étaient plus durs, plus coupants, comme un oiseau de proie. Jeanne avala sa salive et soutint son regard. Puis il cassa leur échange, et elle put respirer.

« S'il t'en voulait, il ne serait pas allé en prison pour toi. Allez, princesse, va-t'en, » et sa voix était lointaine tout d'un coup, plus féroce. Jeanne ne demanda pas son reste et s'extirpa de la voiture sans un mot.

L'air froid l'enveloppa immédiatement, et elle enfonça ses mains dans ses poches. Le chauffeur sortit de la voiture et, sans un mot, lui tendit sa petite valise. Elle voulut le remercier, mais il ne la regardait même pas. Elle hésita à aller voir Hao, pour le remercier encore, lui dire au revoir. Mais, sans sortir du véhicule, le brun fit passer une main par sa fenêtre, et lui fit signe de disparaître. Sans plus hésiter, la jeune femme se retourna et prit la direction du portail.

Ils avaient rajouté des piques sur le haut des murs et du portail, observa-t-elle avec un pincement au cœur. Mais elle n'avait pas besoin de l'escalader aujourd'hui, alors ce n'était pas trop grave.

La neige avait été nettoyée au-dehors, pour éviter qu'on glisse, mais le cimetière lui-même était tout endormi de blanc. Rares étaient les empreintes de pas dans l'allée. La jeune femme devait donc porter sa valise à bout de bras. Par réflexe, elle alla aussi chercher un arrosoir. Sans personne pour s'en occuper, son rosier avait dû dépérir et s'éteindre. Mais porter l'arrosoir lourd lui faisait du bien; elle ne risquait pas de s'envoler avec toutes ses affaires.

Rackist l'attendait auprès de la tombe de Marco. Il avait déblayé les alentours de la tombe, faisant un petit monticule de chaque côté de la dalle. La pierre et la neige étaient de teintes si semblables qu'on ne savait pas bien où l'une laissait place à l'autre; le monde entier semblait fait de blanc désormais, comme par l'œuvre d'une gomme géante.

Sur ce fond immaculé, le vieil homme s'étirait comme un arbre dessiné au feutre. Il avait quitté l'habit de prisonnier, et avait retrouvé sa cape noire. Où était-ce une nouvelle? Le tissu semblait frissonner, chatoyer dans le vent, et il n'avait pas retrouvé de chapeau. Cela faisait à peines quelques heures qu'il était sorti de prison, et déjà il aurait été difficile de l'imaginer derrière la petite vitre de la salle de visites. Il faisait plutôt penser à un poète un peu perdu, cherchant l'entrée des enfers pour y chercher son camarade perdu, ou absorbé dans une discussion invisible avec l'homme dans la tombe. Elle continuait de s'approcher, et distinguait désormais ses traits. Ils étaient tordus par la tristesse, et Jeanne se rappela des photos dans le bureau de la bibliothèque. Il avait l'air tellement amoureux de Marco, tellement paisible et heureux auprès du jeune idiot qui n'était pas si idiot qu'il en avait l'air. Et elle, elle lui avait pris cet idiot.

Il entendit le crissement de la neige sous ses pieds, et leva les yeux vers elle. Jeanne se figea. L'acier des yeux de Rackist semblait moins dur que dans ses souvenirs, comme poli, brillant. Elle était une intruse; elle n'avait pas le droit d'être là, entre celui qui vivait et celui qui était mort. L'émotion la prit à la gorge, empêchant les mots de sortir. Son cerveau s'emplit de crachin criard. Sentant les larmes monter, Jeanne leva les mains et signa, « je suis désolée, je suis désolée. je suis... »

Rackist eut un sourire amer, et se détourna de la tombe. Il avait l'air formidable, cet homme, grandi par les épreuves. Elle l'avait traité si horriblement, sans se fier à son jugement une seule seconde, sans accepter d'imaginer qu'il avait ses raisons. Il aurait bien eu le droit de la rejeter, de lui dire de s'en aller. Ils n'étaient pas liés par le sang, et ils n'étaient plus liés par les lois. Elle était fille de personne, et lui n'avait plus d'enfant. Il fallait probablement qu'elle s'en aille...

Le sourire de Rackist s'adoucit, et il se pencha vers elle. Reconnaissant l'invitation, Jeanne se précipita dans ses bras, et le laissa la serrer contre lui. Ils restèrent l'un contre l'autre un long moment, sans mot, sans bruit, sans mouvement. Puis Rackist lui tapota la tête et se redressa.

« J'ai appris tout ce qui s'était passé en mon absence. Et je sais qu'il serait content de savoir ce que tu as fait, » souffla-t-il doucement. Ce n'était pas très intelligible, mais elle comprit quand même, et elle garda sa main serrée autour de celle de l'ancien prêtre. « Il serait content de savoir tout ce que tu as fait. Tu as bien grandi, » et cela il le signa en parlant, faisant pleurer Jeanne de nouveau.

Ils restèrent encore là un moment. L'arrosoir abandonné s'était vidé contre la tombe, révélant un bout de terre et un rosier encore vivace. Sans se poser de questions, Jeanne s'autorisa un sourire.

Lentement, sans se lâcher, père et fille s'éloignèrent vers l'entrée du cimetière.


Derrière eux, vacillant avec les flocons de neige, un vague fantôme s'assit sur le bord de la tombe, le dos au vitrail. Il avait les cheveux blonds et les yeux bleus, comme l'innocent héros des contes, mais comme le vitrail on lui voyait à travers.

« Voilà, je peux enfin considérer qu'on est quittes, » souffla une voix à son côté. Le héros tourna la tête, et sourit. Jeanne et Rackist étaient trop loin pour entendre ou même voir Hao, appuyé contre le pilier du vitrail.

« Merci, » dit le fantôme.

Hao ne sembla pas réagir. Il avait une main sur une oreillette sombre qui recouvrait son oreille, et il ne regardait rien. « Ne ris pas. Je prends mes promesses au sérieux, moi, même quand elles concernent des gamines insupportables.
- Tu exagères un peu, » souffla le fantôme. « Elle est loin d'être insupportable. »

Hao s'avança pour faire face à la tombe. Sans toucher à l'arrosoir, il se pencha vers la pierre. On ne remarquait presque pas les ailes gravées, vu toute la neige qui s'y était accumulée. « J'espère qu'ils iront bien, » dit Marco.

« Hmm? Oh, ils s'en vont. Ils ont des billets pour la France, Maxwell y avait une maison calme. Nouveaux noms, nouveaux passeports, avec leur argent ils ont tout pour recommencer une vie normale. J'ai fait les choses bien. »

Marco sembla rire. Où était-ce le vent?

« Ça y est, je ne les vois plus, » continua Hao. « Oui, il est temps de partir. Pour tout le monde. » Il ne touchait plus vraiment son oreillette. Marco le regardait d'un œil curieux, mais Hao fixait le portail, alors il le regarda aussi. Le brouillard neigeux était tel qu'on ne voyait que du blanc de l'autre côté de la grille. Oh. Oui, pour lui aussi, il était temps, sans doute. Mais Rackist et Jeanne pouvaient encore avoir besoin de lui... s'il se passait quelque chose...?

« Mais oui, ils iront bien, » fit Hao avec impatience en s'avançant dans l'allée. « Ils ont toute une vie pour se retrouver. »

Et c'était déjà pas mal, au fond. Oui, c'était même déjà bien.

Au loin,

Jeanne riait.


A m'asseoir sur un banc, cinq minutes avec toi
Et regarder le soleil qui s'en va
Te parler du bon temps qu'est mort et je m'en fous
Te dire que les méchants c'est pas nous
Que si moi je suis barge, ce n'est que de tes yeux
Car ils ont l'avantage d'être deux
Et entendre ton rire s'envoler aussi haut
Que s'envolent les cris des oiseaux…

Mistrals gagnants (Renaud)