Chapitre 7: Le Marais du Meurtre

A l'abri dans la voiture, Kornelia regardait dans le vague à travers ses paupières entrouvertes. On n'aurait pu savoir si elle se rendait compte des gouttes s'écrasant sur le pare-brise ou du va et vient des essuie-glace tant elle ne bougeait pas, semblant uniquement se concentrer sur les volutes de fumée s'échappant de sa cigarette roulée vers le plafond de l'auto. Un soupir cendré glissa entre ses lèvres rouges pour rejoindre le nuage et ses mains ensanglantées ramenèrent ses cheveux détrempés en arrière pour qu'elle puisse regarder le cadavre écroulé dans le siège passager.

Elle en avait vraiment fait une cette fois ci.

Avec un frisson de dégoût immédiatement réprimé par une nouvelle bouffée de cannabis elle se rendit compte que loin de s'être calmée au fil du temps elle avait empiré. Pour la première fois elle avait commis un meurtre de sang froid qu'elle avait planifié à l'avance. Même pas à cause d'une animosité particulière envers l'homme d'une cinquantaine d'années dont le crâne avait été fendu à coups de hache, mais parce qu'il se tenait entre elle et son plan. Le plan étant... Et bien le problème était que Kornelia n'avait jamais vraiment fait un plan. D'un côté c'était bien parce que la police aurait un mal fou à comprendre le pourquoi du comment s'il n'y avait aucun raisonnement derrière la disparition de l'ex-Madame Burba. De l'autre, c'était très difficile de voir les défauts et les points faibles d'un projet de ce genre si elle ne l'avait jamais théorisé au préalable.

Kornelia poussa un petit rire gêné. Un meurtre pour cacher un meurtre pour cacher un homicide. La différence étant qu'un homicide était accidentel alors que l'assassina était voulu. Si elle avait poussé son petit ami du balcon ce n'était pas pour s'en débarrasser, mais pour s'en rapprocher. Dans l'esprit malade de Kornelia il avait paru tout à fait logique qu'il ne puisse plus aller voir sa truie s'il avait une jambe cassée. De plus il se rendrait compte de la profondeur de son amour pour lui quand il verrait la tendresse avec laquelle elle s'occuperait de lui, les extrémités auxquelles elle était prête à recourir pour le garder. Mais tout ce beau plan était partit en fumée quand ses cervicales s'étaient brisées. Détruite par sa disparition, la police ne l'avait même pas considérée comme suspecte et avait jugé que ce n'était qu'un accident. Le poids des remords l'avait conduite à tenter de se noyer dans sa baignoire après avoir ingurgité toute un flacon de somnifères, mais même après ça personne ne la suspecta. Elle avait toujours été fragile et personne ne savait qu'elle avait un mobile. Sa liaison avec la truie avait été très discrète -encore une preuve qu'il ne l'aimait pas vraiment- et si cela n'avait été pour l'anxiété constante de Kornelia elle même ne l'aurait pas su.

La cigarette fut promptement écrasée quand elle vit l'horloge digitale. Deux heures du matin. Elle avait perdu assez de temps comme ça. Avec une force probablement excessive elle empoigna le pommeau de vitesse, tourna la clé, appuya sur l'accélérateur... Et cala.

Il faut mentionner que Kornelia n'avait pas le permis.

S'allumant une deuxième cigarette elle recommença en tentant une autre méthode et cette fois si le moteur se mit à ronfler avec le chauffage. La jeune femme était trop droguée pour être importunée par le froid mais son nouvel ami avait probablement dû l'être de son vivant. Elle se tourna donc vers son compagnon de route pour entamer la conversation.

"Frileux Terrence ?" Demanda-t-elle dans son polonais natal "Je peux comprendre, moi non plus je n'aime pas ce genre de temps."

Le haut de son corps avait glissé dans l'espace normalement dédié aux jambes du passager et elle se retrouvait à devoir se pencher pour le regarder dans les yeux. De toute façon qu'elle regarde la route ou pas, ça n'allait pas changer grand chose.

"Vous me direz, c'est pas ça qui m'a empêcher de me jeter devant votre voiture mais il fallait bien que j'attire votre attention. Et puis, j'avais pas beaucoup de temps."

Cela peut sembler étrange, voir même glauque, mais la plupart des gens travaillant en contact avec les morts peuvent leur parler et rester parfaitement à l'aise. Le principe étant qu'en leur parlant comme à une personne encore vivante on ne les déshumanise pas. A force cela devenait une habitude, ce qui expliquait pourquoi Kornelia était désormais en train de faire déraper la voiture d'une rue à l'autre en taillant le bout de gras avec son propriétaire qu'elle venait d'assassiner comme si c'était la chose la plus naturelle au monde.

" Vous avez tout de même une voiture très très résistante" remarqua-t-elle après avoir frappé une bouche d'incendie " Je me demande où vous l'aviez achetée ? Enfin c'est pas non plus comme si j'avais les moyens d'en acheter une, je suis un peu serrée en ce moment. D'ici quelques années peut être mais là j'ai juste trop de choses à faire pour prendre des leçons de code, parce que non je n'ai pas le permis et oui je sais, ça se voit."

Elle fronça les sourcils en voyant une grosse chose noire rouler sur le capot et se retourna en tenant toujours le volant entre ses genoux.

"Dîtes vous croyez que j'ai renversé quelqu'un ?"

Terrence sembla lui lancer un regard sarcastique.

"Oui, bon, je sais, je vous tue vous et ensuite je m'inquiète pour un autre mais... C'est pas la même chose vous voyez ?" Elle sortit le portable de sa victime et commença a appeler les secours." Vous j'ai besoin de me débarrasser de vous parce que sinon j'irais en prison et bizarrement je n'y tiens pas trop mais lui... Oui bonjour ? Je voudrais signaler un accident sur l'île Nord de Gotham, à l'angle de Spencer vers la rue B- "Une deuxième masse noire l'interrompit en froissant le capot "Oui excusez moi, je disais à l'angle de Spencer et Burke. Voilà. Au revoir ! " Elle lui jeta son portable et vira abruptement pour s'engager sur le pont les reliant au continent, ayant pour but de rejoindre le Summerset avant la nuit. D'après les dépliants touristiques et sa petite visite préalable, le Summerset était une région très rurale se transformant lentement mais sûrement en une extension de Gotham à fur et à mesure que la ville s'agrandissait. Kornélia ne doutait pas qu'elle disparaîtrait bientôt complètement sous le bitume, et elle en fit part à son passager, mais il leur faudrait beaucoup plus de moyens pour assécher la zone marécageuse qu'était Murder Swamp. D'autant plus que d'après Diana il avait obtenu son surnom sinistre de Marais du Meurtre parce que c'était là que la Mafia enfouissait tous ses cadavres.

"Je suis sûre que vous aimerez, les marais ça peut être très joli au Printemps. J'en avais vu un en bas du château de Bratislava et, bon il était plein de moustiques d'accord mais il y avait plein de grenouilles et de fleurs et vraiment sans les insectes c'est ravissant ! Et puis prendre l'eau c'est mieux qu'être enterré croyez moi. Non pas que j'ai jamais été enterrée mais..."

Elle ralentit en passant devant une grande ferme à bestiaux. Mieux valait ne pas alerter les habitants que quelqu'un se rendait à Murder Swamp.

" … Mon père l'a été et moi je l'ai très mal vécu. Ma mère m'avait dit qu'il avait été enterré vivant. Moi j'étais trop jeune pour comprendre comment on peut mourir d'une infection à la jambe alors bien sûr je l'ai crue. Je sais pas combien de temps j'ai mis à comprendre qu'il était vraiment mort avant d'être enterré. Des années peut être ?" Kornelia rit "J'ai cru qu'elle s'était débarrassé de lui et que j'étais la prochaine sur la liste ! Il ne voulait même pas être enterré au départ vous savez ? Il voulait qu'on envoie ses cendres en Suisse pour en faire un diamant, il y a une entreprise qui fait ça là bas. Papa avait tout payé à l'avance mais elle s'y est opposée. " Elle fit une pause avant de reprendre doucement "Parfois je me demande pourquoi ils s'étaient mariés si elle le détestait tant que ça."

La polonaise garda le silence pendant quelques instants pour se concentrer sur le chemin escarpé, faisant attention à ne pas tomber trop tôt dans les eaux boueuses du marais. Il fallait qu'elle s'enfonce plus profondément dans les ténèbres pour qu'on ne retrouve jamais le corps. Ou au moins qu'on pense que c'était un travail de professionnel et qu'on y regarde pas à deux fois par peur des représailles, ce qu'elle expliqua à Terrence. Non pas qu'elle le prenait pour un idiot, il avait même plus d'expérience qu'elle, mais elle le trouvait tout de même remarquablement naïf d'être sortit de sa voiture au milieu de la nuit dans un des pires quartiers de la ville parce qu'une jeune femme visiblement troublée s'était jetée devant lui. En plus il s'était retourné quand elle avait crié 'poney' en pointant quelque chose derrière lui. Non vraiment.

"Ceci dit la prochaine fois il faudra vraiment que je trouve quelque chose de mieux à dire que Poney, ça fait pas sérieux."

Les nids de poule dans la route firent hocher la tête du cadavre.

Ayant trouvé un coin qui lui sembla adapté Kornelia arrêta, ou plutôt cala, le véhicule et sortit en un petit bond. Elle contourna pour ouvrir la porte du côté passager et empoigna le manche de la hache encore coincée dans le crâne de Terrence.

"Excusez moi Terry" L'arme se libéra avec un bruit de succion "Mais j'ai besoin de ça !"

La lame triangulaire était encore maculée de sang, de petits bouts d'os et de cervelle. Elle fit des moulinets sans faire attention aux morceaux qu'elle envoyait voler dans tous les sens. La pluie s'occuperait de les faire disparaître. Kornelia commença à sautiller d'un pied sur l'autre en basculant sa tête en arrière, souriant aux gouttes s'écrasant sur son visage. L'adrénaline montait comme une vague furieuse contre une digue. Sa respiration s'accéléra. Pour se donner de l'élan elle fit un tour sur elle même, deux et fracassa la première vitre. La vibration brûlait les muscles de ses bras mais elle continua à frapper les vitres, les pneus, le pare-brise, la carrosserie avec violence. Ses petites dents de lapin étaient serrées, ses paupières tressautaient sur ses pupilles trop larges pour que qui que ce soit puisse la croire saine, ses cheveux trempés claquaient dans tous les sens comme les ailes d'une chauve souris.

Ses genoux tombèrent dans la boue. La voiture était ruinée, la fille haletante. S'appuyant sur sa hache elle se releva et marcha vers le coffre comme un automate. Il s'ouvrit facilement. Les sacs à l'intérieur aussi. La poignée de dents fut jetée à l'eau sans une pensée. Puis elle enfonça son index et son majeur dans les orbites vides du crâne décomposé, se pencha, fit quelque pas chassés et jeta tout ce qu'il restait de sa mère contre les joncs au loin comme un joueur de bowling voulant faire un strike. Elle posa sa main contre son cœur d'un air faussement attristé en le voyant s'enfoncer dans la boue à des milliers de kilomètres du caveau familial. Ceux qui n'avaient aucun respect pour les défunts de leur vivant n'en méritaient pas plus dans leur mort. Tournant les talons au milieu d'une flaque elle repartit prendre un parpaing dans le coffre. Le véhicule n'avait été abîmé que sur la surface, l'équivalent mécanique d'une blessure superficielle. Il ronfla quand elle tourna la clé et cette fois Kornelia trembla en voyant Terrence. Il ne méritait pas ça. Il ne lui avait rien fait. Mon dieu qu'est-ce que qu'elle allait faire ? Qu'est-ce qu'elle avait fait ? Est-ce qu'elle devrait se rendre à la-

Elle prit une profonde inspiration. Non. Pas maintenant. C'était presque fini. Personne ne saurait pour l'accident parce que la seule qui savait était morte. Personne ne saurait pour sa mère parce qu'elle s'y arrangerait. Parce que Terrence était mort. Personne ne saurait plus rien. Elle pourrait vivre en paix, avec ses cadavres et ses livres et son nouveau lapin. Loin de tout ça.

"Je suis désolée," murmura-t-elle en sanglotant "je suis désolée mais j'ai... J'ai pas d'autre moyen... J'ai aucun autre moyen... Je veux juste qu'on me laisse tranquille... Si j'avais un autre... Mais j'ai pas... Je suis désolée..."

Elle laissa tomber le parpaing sur l'accélérateur.

La voiture rugit dans la nuit et s'élança, faisant un grand vol en arc de cercle qui se termina en un craquement explosif quand elle s'écrasa dans l'eau en créant un geyser, les bulles rapidement suivies par de la fumée et des étincelles dès que l'eau attaqua le système électrique. Kornelia fit quelques pas en arrière. La voiture s'enfonça lentement dans la boue. Les phares clignotèrent faiblement et s'éteignirent. Les dernières poches d'air s'échappèrent pour exploser à la surface. Le véhicule disparu enfin au milieu de son tourbillon. Il fallu encore un certain temps pour que le silence retombe sur le Marais du Meurtre. La ligne d'horizon paraissait plus claire. Alors elle s'enfuit en courant sans se retourner, les yeux fixés sur les lumières de la ville au loin.

Elle avait presque fini.

Personne ne saurait.

Personne à part elle.


Le hachoir s'abattit sur les os qui se brisèrent avec le cartilage sous la lame. Satisfaite de son entaille, Kornelia prit le couteau de cuisine pour séparer la chair plus facilement, retirant très vite de beaux morceaux de viande et de gras qu'elle mit à part. Le soleil était bien levé maintenant, même si on pouvait encore apercevoir quelques traits orangés de l'aube. La cuisine sentait bon l'huile d'olive en train de chauffer et ses boucles étaient redevenues lisses et structurées. C'était difficile de ne pas se sentir bien dans une telle atmosphère. Son petit lapin blanc se tenait au garde à vous sur le micro onde, observant les opérations. Il était tellement mignon comme ça, elle l'aurait prit contre elle si ses mains n'avaient pas été couvertes de petits morceaux de jarret de bœuf. Ce n'était pas toujours facile de le laver. Après avoir recouvert le faitout pour contenir l'odeur d'oignons elle prit tout de même le temps d'admirer sa création.

Assis sur ses pattes arrières, Kornelia l'avait figé en un air éternellement surpris et curieux. On ne voyait pas une seule suture sous la fourrure, comme d'habitude. Le museau semblait mouillé grâce à une pointe de vernis. Jusqu'ici la seule chose qui l'ennuyait avec ses petit animaux, c'était que leurs yeux de verres semblaient trop vides, trop morts. Sauf que cette fois ci elle avait fait le choix de mettre de petits miroirs derrière les facettes noires. L'effet était saisissant. Ils étaient tellement plus brillants ainsi.

"Je vois que tu as achevé le Lapin de Caerbannog."

Elle glapit de surprise en pointant son couteau de cuisine vers son colocataire appuyé contre le chambranle. Le couteau fut rapidement rabaissé avec un petit rire nerveux. Crane la mettait sur les nerfs avec ses yeux froids, surtout quand il parvenait à se poster dans son dos sans qu'elle ne le remarque.

"Oui euh... Le quoi ?"

"Une créature de Sacré Saint Graal ,un film des Monty Pythons. Il a une influence immense. Tu devrais le regarder je pense que ça te plairait."

"Non merci, je n'aime pas les serpents."

"Non c'est-" Il leva les yeux au ciel. "Peu important après tout."

L'air de rien, il mit ses mains dans son dos et commença à inspecter ce que sa colocataire faisait tandis qu'elle plongeait les carottes dans le bain de vin de table qui glougloutait joyeusement.

"Je vois qu'il y en aura assez pour deux."

"Oh oui, pour plusieurs jours. C'est plus simple pour les proportions."

Et aussi parce qu'il lui volait tout le temps de la nourriture. Elle voulait bien comprendre que c'était dans l'esprit américain d'être un peu macho, mais c'était un peu bête de ne pas apprendre à cuisiner pour cette raison. On n'avait encore jamais vu personne attraper la gale en tournant les pages d'un livre de recettes. Essayant de ne pas faire attention à sa présence elle continua à découper ses légumes. Récemment il était devenu... Bizarre. Qu'il se parle à lui même passe encore, ça elle l'avait remarqué dès le premier jour et elle s'en moquait éperdument. Ce n'était pas comme si ça la concernait. Par contre la façon dont il s'était collé à elle pour la réconforter avait été troublante. Surtout parce que jusque là il n'avait fait qu'être désagréable. Passer d'une attitude à l'extrême inverse aussi rapidement pouvait être assez suspicieux, mais elle pensait avoir la réponse, ce qui n'arrangeait pas ses affaires pour autant. Elle sentit sa main dans son dos et vit qu'il se penchait au dessus de son épaule.

"Un genre de ragoût végétarien je présume ?"

La chaleur de sa paume traversait le tissu de sa blouse. Il la laissa glisser le long de sa colonne jusqu'à sa taille.

"Oh non ! J'ai acheté un jarret de bœuf !"

Elle se glissa hors de portée en tirant le pot où elle avait mit toute la viande et le vida sur le plan de travail. Avec de grands gestes inutiles elle frappa les os à coups de hachoir. Généralement ça dissuadait les gens de s'approcher.

"C'est très dur pour le moment" cria-t-elle entre deux craquements de cartilage "mais après douze heures de cuisson ça fondra dans la bouche."

Il ne répondit pas, mais il ne se rapprocha pas non plus alors elle prit ça comme une victoire. Elle arrêta alors de massacrer son quartier de viande et le laissa tomber dans le vin avec le reste des légumes. Le gaz fut abaissé et elle passa au nettoyage. Maintenant il ne lui resterait plus qu'à aller se coucher et se réveiller à l'heure. Avec un peu de chance elle pourrait même recevoir un appel de la morgue ce soir. Ils n'appelleraient pas dans la journée, d'après ce qu'on lui avait dit le service de nuit n'ouvrait pas avant dix huit heures. Elle essuya ses mains sur son tablier en le pendant au crochet et partit chercher son lapinou, mais Crane l'intercepta sur le chemin. La polonaise était frêle, il eut seulement besoin de mettre son bras en travers de son chemin et de tordre ses doigts pour la tracter vers lui. Sauf que quelque chose n'allait pas.

"Dis moi-"

"Oh mon dieu tu es pâle !"

Il commença a lever les yeux au ciel devant cette lapalissade mais sursauta quand elle posa ses petits doigts frais contre ses joues. Il tenta de se défaire par réflexe mais elle agrippa l'arrière de sa tête d'une main. Pour quelqu'un qui voulait tant que ça la toucher Jonathan était bien farouche. Très vite il se calma, peut être était-il surpris ? C'était la première fois qu'elle initiait le contact. Ses mains caressèrent doucement la peau brûlante de sa nuque et de son visage. Celles de son colocataire trouvèrent sa taille et elle poussa son torse vers la sortie.

"Au lit !"

"Pardon ?"

"Tu es malade, va te coucher !"

"Mais qu'est-ce-"

"Écoute," le coupa-t-elle en posant un doigt sur ses lèvres "moi aussi je suis médecin je sais que c'est embarrassant mais on n'est pas immortels."

Il haussa un sourcil.

"Tu es-"

"Tu es pâle, tu as de la fièvre, tu es pas bien, alors tu vas te coucher et je vais te chercher du bouillon avec de l'eau pétillante."

Quoi que, quand elle l'avait vu revenir après avoir fait ses courses il y avait du Sprite dans un des sacs. Ça ferait l'affaire. Elle se pressa contre lui de tout son poids pour le pousser hors de la cuisine, mais il ne bougea même pas d'un centimètre. Il serra ses épaules et l'éloigna sans effort. C'était assez frustrant.

"Inutile de t'inquiéter, je vais monter si tu y tiens tant."

Satisfaite, elle le laissa tranquille et se remit au travail. Mais le répit de Jonathan ne dura pas bien longtemps. Moins de dix minutes plus tard, le son des ses talons se fit entendre dans le couloir à son grand dam. Sans même se donner la peine de frapper à la porte, il savait qu'elle devait venir après tout, elle donna un petit coup de hanche pour ouvrir. Ses mains étaient occupées par un plateau et elle avait dû coincer le lapin sous son bras. Kornelia fut contente de voir qu'il avait déjà sorti son soda. Et un livre, mais elle ne s'était pas attendue à ce qu'il aille vraiment dormir. C'était déjà exceptionnel qu'il se couche.

Elle posa tout sur sa table de chevet une fois qu'il eut poussé les papiers qui traînaient dessus. Sa chambre n'était pas très propre, ni très bien rangée et elle se retînt de faire remarquer que ça ne pouvait pas être bon pour ses bronches de respirer autant de poussière. Ce qui la gênait le plus c'était qu'il n'ait pas de fenêtre pour aérer. C'était assez bizarre de s'installer dans une pièce aussi sombre alors que le reste de la maison était vide. Enfin, se dit-elle en s'asseyant sur le bord du lit, il faisait bien ce qu'il voulait.

"J'ai trouvé des biscuits digestifs pour aller avec le bouillon."

"J'apprécie."

Son air était pourtant plus sarcastique qu'appréciateur. Elle serra un peu son bras.

Fais pas la tête, si tu te repose pas ça va empirer.

Il ne répondit pas dans un premier temps, se contentant de hausser un sourcil pour laisser transparaître son agacement.

"Puis-je dormir maintenant ?"

"Tu vas pas dormir tu vas lire."

"Dehors."

Elle éclata de rire mais fini par se lever en ramassant son animal de compagnie. Mais après quelques pas elle s'immobilisa. Il fallait qu'elle vérifie quelque chose. Par sûreté. Il n'y avait pratiquement aucune chance selon elle qu'il... Enfin il ne fallait négliger aucun détail.

"Un problème Kornelia ?" Soupira-t-il

"Non, pas vraiment."

Elle revint s'asseoir un instant et le regarda dans les yeux. Il semblait suprêmement peu concerné.

"Et bien ?"

"Tu as oublié de recoller les pages.

Son expression ne changea pas.

"Les pages ?"

"Les pages de mon album, celui sous mon lit. Tu as remballé la boîte mais tu as oublié de recoller les pages."

Il se tu une seconde avant de hocher la tête.

"Ah oui effectivement, je m'en souviens. J'y penserais la prochaine fois."

Elle sourit.

"J'aimerais s'il te plaît, c'est pas très sympa de rentrer chez moi pour voir qu'on a abîmé mes affaires."

"Je comprends."

Kornelia hocha la tête à son tour. Elle se pencha et, replaçant une des mèches noires de Crane derrière son oreille, elle l'embrassa sur la tempe. Il ne fit aucun commentaire. Sans un mot elle prit son lapin dans ses bras et sortit de la pièce, désormais certaine qu'il ne dirait rien.

Ah, l'amour.


Un grand merci à Irri, Guest et EinalemButler pour leurs reviews sur le dernier chapitre ! D'ailleurs EinalemButler a posé une question intérêssante pour tous je crois : Y aura-t-il du sexe dans cette fic ? Et bien la réponse est oui. Sur les trente et quelque chapitres il y aura deux scènes de sexe (enfin une et demi), la première au chapitre 17 et la seconde au chapitre 23. Je changerais le Rating à ce moment là. Prochain chapitre le 3 Février !

Guest (Cheschire ?) : Merci beaucoup ! Je trouve que c'est un truc cool avec la version de Murphy, il fait très Hannibal Lecter et comme on le voit juste avant qu'il mette le feu à Batman il peut faire des conclusions qui tiennent la route à partir de pas grand chose. Et pour les cafards, c'est une vraie technique d'anthropologie : on met des cafards sur les os pour les nettoyer en douceur, de la même façon que l'on met des asticots sur les plaies des grands brûlés pour les désinfecter. Kornelia était dégoûtée.

- Pour ceux qui n'ont jamais vu une carte de Gotham la ville est séparée en trois îles indépendantes du continent, quatre si on compte l'île d'Arkham. Après il y a plusieurs versions mais on retrouve les îles partout. Murder Swamp/Le Marais du Meurtre est la ha-ha-cienda de créatures telles que Solomon Grundy (un mégazombie), Swamp Thing (La Créature du Marais...Un gros tas de plantes) et parfois Killer Croc (un mégacroco).

-Il y a effectivement un marais en bas du château de Bratislava (c'est le nom du château) et il est effectivement bourré de moustiques. Devinez qui y est allée en mini jupe sans produit anti-bestioles ?

- Les pompes funèbres Suisses transformant les cendres des défunts en diamants s'appellent Algordanza.

-C'est une habitude très connue des médecins que d'ignorer leurs propres problèmes médicaux.