Coucou chers vous tous !
Ce chapitre, essentiellement centré sur Severus et Harry, marque un tournant majeur dans leur relation. J'espère que je n'ai pas été trop mélodramatique et que ça vous plaira. A vous de juger !
Ci-dessous, petit extrait de « My Life » de JJ. (BO du jeu Battlefield 3). J'adore cette reprise et je trouvais que ce couplet illustrait parfaitement bien ce chapitre :
Dear Lord, you took so many of my people
I'm just wondering why you haven't taken my life
What the hell am I doing right?
What the hell am I doing right?
A présent, bonne lecture…
Les masques tombent, se brisent et se dévoilent
.
Vêtu d'un simple pantalon noir et d'une chemise de même couleur, Severus se versa un grand verre de whisky pur-feu afin d'honorer le proverbe qui disait : après l'effort, le réconfort ! Et Dieu sait à quel point cette journée avait été éprouvante.
Il en avait déjà assez de cette maison. Il trouvait plus agaçant encore de tomber systématiquement sur un rouquin à chacun de ses pas. Il en était même arrivé à se demander ce qui pouvait être le plus pénible : la compagnie des Weasley ou bien celle des Mangemorts ? Sincèrement, le match était serré ! Et combien de temps allait-il devoir obéir à Dumbledore et rester prisonnier de cette maudite demeure ? A cette question, il ne put s'empêcher de penser à Black. Non mais quelle ironie ! Il avait pris un malin plaisir à railler son ennemi d'enfance sur son inactivité et sur sa "cachette" et voilà qu'il se trouvait dans la même situation à présent. Cette comparaison le fit frémir de dégoût.
L'ex-espion leva le verre qu'il n'avait toujours pas bu et pris le temps de contempler longuement le liquide ambré, un sourire satisfait sur son visage. Au moins ce soir, il était tranquille et rien ne pourrait troubler cet instant de paix. Il porta le verre à sa bouche lorsqu'un hurlement retentit, en provenance de la chambre du garçon.
Severus s'y précipita, baguette à la main, et ouvrit la porte sans aucune délicatesse, prêt à avada-kedavrariser l'intrus sur le champ, fan ou pas cette fois-ci.
« Mais qu'est-ce que… » commença-t-il après avoir éclairé la pièce.
Ses yeux s'agrandirent de stupeur devant la scène qui se déroulait devant lui. Il eut tout juste le temps de s'écarter, évitant ainsi un éclair rouge.
Potter était acculé dans un coin de la chambre, visiblement mort de peur. Un miroir était brisé, des meubles renversés, de la fumée sortait même d'un fauteuil ou plutôt de ce qui en restait. Un véritable champ de bataille! Des Petrificus et des Stupéfix proférés par le garçon volaient à travers la pièce, sans sembler toucher leur cible.
« Hominum revelio ! » lança rapidement Severus, incertain quant à ce à quoi il avait affaire.
Mais rien. Pas d'ennemis cachés ou invisibles. La pièce était bel et bien vide et Potter continuait à hurler et à lancer des sorts à l'aveuglette.
« Mais bon sang, à quoi jouez-vous, Potter ? » aboya Severus, furieux de s'être déplacé pour une fausse alerte.
Pour toute réponse, un nouvel éclair frôla l'ex-Mangemort. A ce rythme, le garçon allait finir par les tuer tous les deux. Severus se décida à stopper cette comédie qui ne l'amusait pas du tout en commençant par désarmer, à l'aide d'un Expelliarmus, l'insupportable gamin. Ensuite, il le découperait en morceaux !
Sans son moyen de défense, Harry hurla de plus bel. Il se laissa glisser au sol, gémissant et protégeant son visage de ses mains. Il semblait lutter contre des ennemis fictifs et les suppliait de lui pardonner.
« Vous vous croyez drôle, Potter ? Arrêtez-ça, immédiatement ! » ordonna Severus d'un ton froid et dur, les bras croisés sur son torse.
Harry hurla de nouveau lorsque, emprisonné dans son hallucination, il sentit une main squelettique l'attraper.
« Je vous ai dit de cesser ça, Potter ! Vous êtes tout à fait ridicule maintenant ! » Mais cette fois, il y avait une légère trace d'inquiétude dans la voix de l'homme.
Prenant conscience que quelque chose n'allait vraiment pas, Severus s'avança rapidement et tenta de relever Harry qui se débâtit en criant de plus bel. Le garçon tremblait de tous ses membres, sa respiration était saccadée, une sueur froide parcourait son corps. Severus ne comprenait plus ce qui se passait. Le garçon était légèrement chaud mais certainement pas au point de provoquer un tel délire. C'était surement autre chose.
« Potter, calmez-vous et regardez-moi ! C'est moi, Snape, regardez-moi ! » cria-t-il vainement pour se faire entendre du garçon.
« Je suis désolé. Je ne voulais pas… tout est de ma faute, suis désolé… » gémit Harry sans toutefois relever la tête.
Severus le força à le regarder et, grâce à ses talents de legilimens, il put enfin voir à travers les yeux terrorisés du garçon. Il faillit tomber à la renverse lorsqu'il entra dans son esprit.
Harry était encerclé par des espèces d'inferi qui l'agrippaient, le griffaient, le torturaient. Parmi eux, il reconnu certains visages. Toutes des victimes innocentes de Voldemort, dont… Lily. Ce n'était plus la belle et douce jeune femme dont il était tombé amoureux, mais une immonde créature décharnée, les yeux emplis de haine et éjectés de sang qui répétait d'une voix cruelle, tout comme les autres :
« Tu m'as tué. Tu aurais dû mourir à ma place, tu nous as tous tué ! »
« Harry… » murmura Severus, à la fois choqué par cette vision d'horreur et ébranlé par ce que ressentait le garçon en cet instant.
Il connaissait le Survivant, le Golden boy, l'Elu, le Sauveur… Mais il n'avait jamais vu Harry Potter aussi vulnérable, aussi anéanti.
« S'il vous plaît, ne me laissez pas avec eux... dites-leur que je suis désolé... je suis tellement désolé… » suppliait inlassablement Harry, agrippé désespérément à la chemise du plus âgé.
« Potter, écoutez-moi ! Ce n'est pas réel, vous m'entendez ? Rien de tout ceci n'est réel. Ils ne sont pas là. Vous êtes en sécurité. » assura fermement le maître des potions, ses deux mains encadrant le visage d'Harry pour capter toute son attention.
Mais Harry ne semblait pas convaincu. La fréquence de son pouls en témoignait. Le garçon était en tachycardie et hyperventilait. La situation commençait à devenir critique.
Alors sans réfléchir, Severus lança un « Protego » sur Harry et lui. Il ne servait à rien de tenter de convaincre le jeune homme alors autant entrer dans son jeu macabre pour l'aider à s'en sortir.
« Voilà, ils ne peuvent plus nous atteindre. » expliqua-t-il d'une voix catégorique et en regardant le jeune homme droit dans les yeux. « On va sortir d'ici et ils ne pourront pas nous suivre ni nous faire du mal, c'est compris ? »
Harry jeta un regard affolé autour de lui. Les cadavres se tenaient à un mètre de distance, incapables de les atteindre davantage. Le jeune homme acquiesça et se laissa entraîner par son professeur hors de la chambre. Les cadavres s'écartaient sur leur chemin, une lueur malsaine dans les yeux.
« Tu ne pourras pas toujours nous échapper, Harry ! On te retrouvera… et tu devras payer ! » fut la dernière phrase qu'il entendit avant que la porte ne se ferme.
Arrivés dans la chambre de Snape, Harry se laissa choir par terre. Genoux et mains au sol, il semblait désespérément chercher l'air qui apparemment lui refusait ses faveurs.
« Je… peux plus … respirer ! » haleta-t-il, pris de panique. Son visage reflétait la douleur et la peur.
« Bien sûr que si, Potter. Vous devez simplement vous calmer et respirer normalement! »
Le ton aurait dû être autoritaire, rassurant, mais Severus ne parvint pas à cacher la nervosité qui en émanait. Ils étaient seuls, Harry continuait de suffoquer et la vérité, c'est qu'il ne savait pas quoi faire pour l'aider et le calmer. Il n'était pas Mme Pomfresch ou Molly Weasley ! Severus se sentait tout simplement impuissant et il détestait cette sensation.
L'image de Lily, sa Lily, lui revint en force en mémoire. Il n'avait pas pu la sauver. Il l'avait perdue. Mais il ne pouvait pas laisser cela se reproduire.
Severus s'assit alors par terre, appuyé contre le mur, les jambes bien droites. Il plaça Harry entre celles-ci, de manière à ce que le dos du jeune homme repose sur son torse. Il posa sa main sur le buste du garçon comme s'il cherchait à ne plus faire qu'un avec lui, comme s'il voulait faire correspondre leurs deux respirations, tandis que l'autre main tenait fermement le bras du jeune homme.
Il commença doucement à parler à l'oreille du garçon, même si pour l'instant Harry était bien plus concentré sur l'air qui lui faisait défaut plutôt que sur les mots qui ne semblaient avoir aucun sens pour lui. Ses bras avaient pris appui sur chacune des jambes de Severus et ses doigts serraient de toutes ses forces le tissu noir du pantalon, comme pour extérioriser sa souffrance et sa peur. Sa poitrine se soulevait rapidement et laborieusement.
Finalement, au bout de quelques minutes qui semblèrent durer une éternité, les doigts d'Harry commencèrent à se décrisper. Il ne comprenait toujours rien aux murmures continus, mais la voix profondément calme et la respiration lente de l'homme l'apaisaient. Il se sentait en sécurité.
« …couper la racine de façon à en extraire le jus. Ajoutez ce dernier au fur et à mesure et laissez bouillir en remuant six fois dans le sens d'une aiguille d'une montre… » continuait sans relâche Severus, d'une voix aussi calme que possible.
Severus ne savait pas quoi dire pour apaiser quelqu'un, il n'était pas doué pour ça. D'habitude, il faisait tout le contraire que ce soit à Poudlard ou aux assemblées du Seigneur des Ténèbres. Alors en désespoir de cause, il avait fait la seule chose qu'il maîtrisait : réciter la préparation d'une potion ! De toute façon, ce n'était pas les mots qui comptaient.
Une demi-heure après, Harry avait retrouvé une respiration quasi normale. Severus se dégagea doucement, laissant un Harry encore bouleversé se recroqueviller sur le sol et poser sa tête sur le rebord du lit. Severus revint s'agenouiller près du garçon et lui fit boire plusieurs potions. Il épongea ensuite son visage moite de sueur à l'aide d'un gant humide et l'enveloppa dans une couverture pour qu'il cesse de trembler. Les gestes du professeur étaient à nouveau automatiques, professionnels. L'homme avait retrouvé toute la maîtrise de soi.
Harry se laissa faire tout ce temps. Il avait repris contact avec la réalité mais il ne pouvait s'empêcher de rester bloqué sur ce qu'il avait vu. Ça avait eu l'air si réel. Il avait été véritablement terrifié. Pourtant, il faisait un effort considérable pour ne pas pleurer et laisser ses émotions le submerger. Il ne devait pas craquer. S'il versait ne serait-ce qu'une larme, il savait qu'il ne pourrait plus jamais s'arrêter.
Il n'avait pas honte de se retrouver dans une telle position de faiblesse, surtout devant son ancien professeur honni et ennemi. Il était trop vidé pour cela. La seule chose dont il avait conscience, c'est qu'il n'y avait pas que son masque qui était brisé. Lui aussi l'était.
Severus s'assit sur une chaise à proximité du jeune homme de dix-sept ans. Il avait également retrouvé un visage impassible mais ses yeux étaient moins froids qu'à l'accoutumée.
« Comment vous sentez-vous ? » demanda-t-il simplement.
Harry se contenta d'hocher la tête, refoulant les sanglots qui menaçaient de sortir.
« Je suis désolé. Je ne sais pas ce qui s'est passé. » parvint-il enfin à dire à voix basse.
« Inutile de vous excuser, Potter. Vous avez eu une violente hallucination due au stress, ce qui a provoqué une crise de panique. » expliqua le plus âgé. Severus hésita une seconde avant de poursuivre. « C'est assez courant après un traumatisme… »
« Je ne suis pas traumatisé ! » s'écria brusquement Harry. « Je vais bien ».
« Pas d'après ce que j'ai vu, Potter. » répondit Severus d'une voix blanche.
Harry secoua la tête, les yeux fixés sur ses pieds.
« Je vais bien » répéta-t-il pitoyablement plus pour lui-même, comme s'il cherchait à s'auto-persuader.
« Vous avez souvent ce genre d'angoisse ? » interrogea Severus.
Harry pensa aux terribles cauchemars qui le réveillaient pratiquement toutes les nuits, à la boule qui avait élu domicile au fond de sa gorge, à la crise cardiaque à laquelle il avait échappé lorsqu'il avait confondu Georges avec Fred… Alors de nouveau, il secoua négativement la tête.
« En avez-vous parlé à quelqu'un ? » questionna de nouveau Severus, difficilement convaincu de la bonne foi du garçon.
Le silence de celui-ci parla de lui-même.
Stupide Potter ! pensa Severus en se pinçant l'arrête du nez. Il fixa de nouveau le jeune homme prostré par terre avant de reprendre d'un ton péremptoire :
« J'ignore où vous êtes allé chercher ces absurdités, Potter, mais vous n'êtes aucunement responsable des pertes occasionnées durant la guerre, est-ce bien clair ? »
« Je… je ne veux pas parler de ça. » murmura Harry. Sa voix tremblait légèrement et sa respiration commençait à devenir erratique. Severus préféra ne pas insister… pour l'instant.
« Vous ne le direz à personne ? » demanda doucement Harry, quelques minutes après s'être calmé. L'inquiétude était malgré tout perceptible dans sa voix.
« Je ne crois pas qu'il serait judicieux de cacher votre état, Potter. » déclara Severus.
« Mais… mais je vais bien et ça ne se reproduira plus ! » garantit Harry, effrayé à l'idée de devoir affronter le regard compatissant et inquiet de ses amis et de la famille Weasley. Il n'avait pas changé d'avis. C'était son problème et il ne voulait pas déranger les autres avec.
« Permettez-moi d'en douter, Potter. » répondit froidement l'ex-Mangemort.
« Mais ce n'est pas juste ! Je n'ai rien dit, moi, j'ai gardé votre secret ! » s'écria Harry.
Il vit le visage de Snape se crisper mais il était bien plus angoissé que le sorcier le trahisse plutôt qu'il ne le tue pour avoir osé aborder ce sujet tabou.
« S'il vous plaît » ajouta-t-il plus doucement.
Severus ouvrit la bouche pour lancer une de ses répliques cinglantes mais il dut se raviser devant ces yeux verts qui le suppliaient. Il finit par déclarer forfait.
« Je ne dirai rien, Potter » assura-t-il. « Parce que ce n'est pas à moi de le faire, mais à vous. Même si vous refusez de l'admettre, vous n'allez pas bien et le mieux serait d'en parler à votre entourage. Et le plus tôt possible ! »
« J'ai votre parole ? » demanda Harry qui s'était visiblement arrêté à la première phrase de l'homme.
« Seriez-vous plus rassuré si je vous faisais un serment inviolable ? » interrogea Snape, sa voix dégoulinante de sarcasme. « Je n'étais pas sérieux, Potter ! » ajouta-t-il vivement en voyant la lueur intéressée dans les yeux du garçon.
Après quelques minutes de silence, Severus se leva avant de s'adresser au jeune homme :
« Vous devriez aller vous rafraîchir un peu. Vous faites peur à voir. Vous pouvez vous lever ? »
Harry fit un signe de tête affirmatif mais le fait qu'il reste affalé par terre sans aucune dignité le contredisait. Severus soupira et se dirigea vers la salle de bain la plus proche.
Remplissant un verre d'eau, il maudit les autres occupants des lieux qui ne s'étaient pas rendu compte de la détresse cachée de Potter, oubliant volontairement de s'inclure dans le lot. N'avait-il pas lui-même enfoncé le clou en disant au garçon qu'il aurait mieux fallu que Lily s'écarte ?
Non Severus, pensa-t-il en tentant de chasser ce mauvais souvenir, reste concentré sur cette abominable bande de rouquins et la Miss-Je-Sais-Tout-Sauf-Quand-Mon-Ami-Va-Très-Mal ! Eux, ils étaient constamment aux côtés du garçon. Ils auraient dû percevoir les symptômes de stress post-traumatique auquel Potter était visiblement sujet. Il se serait fait un plaisir de leur jeter leur aveuglement au visage à leur retour… si seulement il n'avait pas fait cette stupide promesse de se taire. Avait-il bien fait d'ailleurs ?
Potter ne pouvait pas garder tout cela pour lui. Severus était bien placé pour savoir qu'une telle tension, une telle culpabilité pouvait détruire un homme aussi efficacement que le plus vil des maléfices. Et Harry, lui, n'était qu'un jeune homme. Severus espéra que le garçon aurait le bon sens de demander de l'aide à son entourage avant de se rappeler qu'il s'agissait d'un Gryffondor et de Potter qui plus est !
Soudain, une conversation, qu'il croyait anodine sur le coup, lui revint en mémoire :
« Mais le Seigneur des Ténèbres est mort pour de bon. Il n'y a plus aucun danger ! Qui plus est, les Mangemorts ont trop peur de s'attaquer à celui qui a détruit leur maître, et avec les arrestations qui s'allongent jour après jour, ceux qui restent n'oseront même pas sortir de leur cachette !
_ Il existe des dangers bien plus redoutables, Severus, et j'ai peur qu'Harry ne soit confronté à l'un d'eux. »
Même dans la mort, Dumbledore restait le plus perspicace d'entre eux. S'était-il douté que son protégé souffrirait de l'après-guerre ? Et si oui, il ne comptait tout de même pas sur lui, Severus Snape, pour venir en aide au garçon perturbé ? Il n'avait pas les compétences, il n'était pas psychomage ! Qui plus est, Potter et lui avaient un passé commun beaucoup trop lourd. Sept années à se mépriser ne pouvaient pas s'oublier d'un coup de baguette de magique !
De retour dans la chambre, il constata que Potter s'était finalement endormi, vaincu par l'épuisement. Avec les potions qu'il lui avait fait avaler, il devrait avoir une nuit complète et réparatrice. Le regard de Severus se posa sur la table, où son verre de whisky pur-feu l'attendait toujours patiemment. Il prit le verre et resta contempler le garçon qui dormait paisiblement. Les traits de James Potter, mais l'innocence de Lily !
« Qu'est-ce que je vais faire de vous, Potter ? » soupira-t-il avant d'avaler son verre d'une traite.
OOOOO
Harry s'étira longuement dans son lit avec un bâillement à se décrocher la mâchoire. Il n'avait jamais aussi bien dormi depuis des lustres. C'était agréable de ne pas se réveiller brusquement en sursaut ou en hurlant à cause de… Une seconde !
Harry se redressa vivement, le souvenir de la soirée précédente lui revenant de plein fouet. Son cœur rata un ou même deux battements quand il repensa à l'incident qui l'avait presque tué mais surtout, de la manière dont il avait agit avec Snape. Il n'oserait jamais plus regarder le sorcier en face. Il avait été ridicule et s'était montré si faible. Il avait terriblement honte.
Il jeta un coup d'œil affolé autour de lui. Il était de nouveau dans sa chambre et à sa grande surprise, tout semblait normal et en bon état. Le miroir était entier, chaque meuble était parfaitement à sa place… Il n'y avait plus la moindre trace d'un quelconque affrontement avec des revenants imaginaires. Comme si rien ne s'était passé.
Le lit voisin était vide. Harry jeta alors un coup d'œil à la montre posée sur sa table de chevet. 11h ! Et il n'avait jamais autant dormi. Après s'être douché, Harry retrouva ses amis dans le salon, avec une légère appréhension. Et si Snape l'avait trahit ? Et pourquoi ne l'aurait-il pas fait ?
« Hey ! Salut marmotte ! Enfin debout ! » l'accueillit Ginny avec un doux sourire.
Harry sentit une certaine tristesse chez la jeune femme. Ça avait dû être éprouvant hier soir au cimetière. Harry s'en voulait de ne pas être plus présent pour Ginny, de ne pas pouvoir la consoler et la soutenir plus dans ce terrible deuil. Il avait pris ses distances avec elle, ne pouvant pas assumer une relation dans l'état où il se trouvait. Elle l'avait évidemment remarqué et apparemment accepté. Ginny l'avait toujours attendu et l'attendrai encore. Jusqu'à ce qu'il soit prêt.
« J'ai voulu aller te réveiller quand j'ai vu que tu ne descendais pas pour le petit-déjeuner mais Snape a surgit de nulle part et il nous a interdit de le faire ! » s'indigna Ron. « Il doit se croire encore à Poudlard et penser qu'il peut nous punir pour notre manque de ponctualité. Désolé vieux ! »
Harry remercia mentalement son professeur mais ne prit pas le risque d'expliquer à ses camarades pourquoi l'homme avait bien fait. Cette nuit de sommeil avait été un cadeau du ciel !
« Ce n'est pas grave. De toute façon, on ne va surement pas tarder à déjeuner ». Le jeune homme se mordit légèrement la lèvre avant d'oser demander, le plus désinvolte possible : « Hum, quand vous êtes rentrés hier soir… il n'y a rien eu d'anormal ? Est-ce que Snape a dit quelque chose ? »
« Non pourquoi ?» demanda Hermione. « On est rentrés assez tard et le professeur Snape, _elle avait bien accentué le titre_ n'est pas sortit de sa chambre. »
« Oh ! Non pour rien. Juste pour savoir. On fait une partie de cartes ? » proposa Harry avec un sourire soulagé.
Tandis que Ginny distribuait les cartes, Harry observa attentivement ses amis. Rien ne semblait indiquer qu'ils avaient eu connaissance des évènements de la soirée. Snape avait gardé son secret.
OOOOO
Ils étaient à présent assemblés à table pour le déjeuner. Comme d'habitude, Harry faisait semblant de s'intéresser à une conversation inintéressante. Comme d'habitude, on parlait pour ne rien dire. On parlait surtout pour se prouver qu'on était encore vivant, avait-il finit par comprendre. Soudain, un silence envahit la pièce. Harry leva les yeux et vit Snape s'attabler, nullement embarrassé par les réactions qu'il avait suscitées. C'était la première fois que l'homme daignait prendre son repas en leur compagnie, d'où le choc.
« Severus, je suis content que vous vous joigniez enfin à nous ! Un peu de gratin ? » s'exclama joyeusement Arthur Weasley, le premier à se remette de sa surprise.
Quelques minutes plus tard, les habitants avaient retrouvé l'usage de la parole, les plats passaient de main en main. Harry demanda à Ron s'il pouvait lui faire passer la salade mais Snape devança le rouquin en faisant léviter celle-ci jusqu'au jeune homme. Les yeux verts restèrent ancrés quelques secondes dans ceux de son professeur.
« Merci » dit doucement Harry.
Severus hocha faiblement la tête avant de se résoudre à écouter sans enthousiasme le monologue du patriarche de la famille Weasley, au sujet de dieu sait quelle invention moldue ! Severus avait parfaitement compris la signification de ce « merci », qui n'avait rien à voir avec le plat de salade.
Cela faisait une bonne vingtaine de minutes que le repas durait. Harry grignotait bien plus qu'il ne mangeait et voir son assiette à ce point remplie le consternait. Il jeta un coup d'œil à ses amis qui semblaient absorbés par leur discussion :
« J'ai trop hâte de les voir ! Ça va bientôt faire un an et ils m'ont tellement manqué ! » disait Hermione sans pouvoir cacher son excitation.
Durant la guerre, Hermione avait pris soin de tenir sa famille loin du danger en les envoyant en Australie. Elle n'attendait que la confirmation de Kingsley Shacklebolt qu'il n'y avait plus aucun danger pour pouvoir les retrouver.
Harry profita donc de leur inattention pour faire disparaitre discrètement, à l'aide d'un informulé, la majorité du contenu de son assiette. Plutôt fier, il releva la tête avec un demi-sourire mais celui-ci disparut immédiatement lorsqu'il vit deux yeux noirs braqués sur lui. Snape ne dit pourtant rien. Son visage était indéchiffrable. Il se contenta de regarder fixement le jeune homme, les deux mains croisés sur son menton. Harry ne savait plus où se mettre.
OOOOO
Deux jours étaient passés. Deux jours au cours desquels Severus avait observé attentivement chacun des gestes de Potter. Deux jours qu'il voyait le garçon continuer de faire semblant de sourire, d'aller bien. Stupide Potter ! se dit-il _ pour ce qui semblait être la énième fois _ en levant à nouveau les yeux de son journal.
Harry était installé sur le sofa, face à Ron, et était profondément concentré sur son imminente défaite aux échecs, ce qui ne tarda pas à arriver.
« Echec et mat » s'écria le rouquin victorieux. « Tu veux ta revanche ? »
« Non, je crois que j'ai eu mon compte pour aujourd'hui. » soupira Harry d'un air las.
« Tu as l'air épuisé ! » remarqua Hermione. Elle avait lâché l'épais livre qu'elle avait dans les mains pour dévisager son ami d'un air réprobateur.
C'est parce que je le suis! se retint-il de répondre.
« Tu as du mal à dormir ? » insista-t-elle.
« Hum, peut-être. Un peu. Je réfléchis trop, je pense. Vous savez, à propos de ce que je vous ai dit… sur Voldemort… » mentit-il. Son masque avait peut être éclaté devant Snape mais il était hors de question qu'il se montre faible devant ses amis.
« Harry ! Il ne reviendra pas ! »
Ron avait attrapé les épaules du brun pour lui dire ça les yeux dans les yeux, en articulant distinctement chaque mot.
Harry se força d'éclater de rire avant de remercier son ami pour son intervention salvatrice et promit de se reposer plus. La vérité, c'est qu'il ne dormait pratiquement plus, ayant trop peur des cauchemars qui l'attendaient. Et il ne voulait pas attirer d'avantage l'attention de Snape en lui demandant des potions de sommeil. Déjà que celui-ci semblait le surveiller. Harry avait tout fait pour éviter l'ex-espion depuis le "petit incident" mais l'homme trouvait toujours un moyen de se trouver à proximité, l'air de rien. La preuve en est ! pensa-t-il en jetant un coup d'œil discret à l'homme planqué derrière son journal.
La maison était pratiquement vide depuis peu. Bill, Percy et Arthur Weasley donnaient un coup de main au Ministère, afin d'accélérer la mise en place du nouveau gouvernement. Charlie avait accompagné Georges pour mettre de l'ordre dans l'entreprise de ce dernier, même si Georges n'avait plus vraiment le cœur de tenir le magasin de farces et attrapes sans son jumeau.
Ginny entra dans la pièce et remit une enveloppe à Harry. Etonné, le jeune homme l'ouvrit pour lire la missive qui lui était adressée.
« Quelque chose ne va pas ? » s'inquiétèrent ses amis en remarquant la soudaine pâleur du jeune homme.
« Non, non… tout va bien. C'est une lettre d'Andromeda Tonks. Elle…elle me félicite pour la défaite de Voldemort et…elle m'invite à venir voir Teddy quand je le souhaite. » parvint-il à dire, se forçant de rester calme devant les autres, en dépit des battements frénétiques de son cœur.
« Oh ! C'est une bonne nouvelle, Harry ! Tu es son parrain après tout. Je suis si triste pour lui. Dire qu'il grandira sans ses parents…» Trop bouleversée, Hermione ne put finir sa phrase et se blottit dans les bras de Ron.
« Oui. Rémus et Tonks auraient été des parents formidables. » ajouta tristement Ginny. « Mais Teddy aura la chance d'être entouré de gens qui l'aiment… »
Harry, lui, s'était mit à trembler sans pouvoir se contrôler. Il revoyait les corps inertes de Rémus et de la jeune Aurore. Bientôt, d'autres flash-back défilèrent dans sa tête : du sang, des cris, des pleurs... C'était lui qui avait provoqué tout cela. Tout était de sa faute !
Il se leva brusquement et prétexta vouloir aller chercher quelque chose dans sa chambre, pour s'enfuir le plus rapidement possible.
Severus n'avait pas raté une miette de la réaction du garçon. Il plia lentement et soigneusement son journal avant de se lever avec un soupir exaspéré.
Deux jours. C'est le temps qu'il avait décidé d'accorder au garçon. Et il avait été suffisamment patient.
OOOOO
Harry tentait vainement de reprendre le dessus lorsqu'il entendit la porte claquer derrière lui. Il se retourna pour découvrir Snape, les bras croisés sur son torse.
« Bien. Je crois qu'il est temps qu'on ait une petite discussion, vous et moi, Potter. » dit celui-ci.
Harry déglutit péniblement. Redoutant le sujet que l'homme voulait aborder, le jeune homme tenta de se défiler :
« Hum, c'est-à-dire que les autres doivent m'attendre, alors… »
« Alors ils attendront. » coupa fermement Severus.
Oubliant ses penchants gryffondoresques, Harry fit la seule chose qui lui paraissait sensée à ce moment-là. Il se précipita sur la poignée de la porte qu'il tira désespérément, avant de s'apercevoir qu'elle était bloquée.
« Mais qu'est-ce que vous faites ? Ouvrez la porte ! » s'écria le jeune homme affolé et pris au piège.
Puisque qu'un simple « non » lui répondit, il tambourina et cria de toutes ses forces, espérant qu'une âme charitable le délivrerait de cette dangereuse situation.
« J'ai également insonorisé la pièce, Potter. » se contenta de dire Severus, ruinant les derniers espoirs du jeune homme.
« Ouvrez la porte s'il vous plaît, Monsieur. » demanda poliment Harry qui s'était retourné pour faire face à l'homme.
« Dites-moi d'abord pourquoi vous êtes sorti précipitamment du salon, Potter. Pourquoi vous vous êtes mis à trembler ? Pourquoi vous cacher de vos amis ? Et pourquoi vous prétendez aller bien ? »
Severus bombardait le jeune homme de questions _visiblement rhétoriques _ sans prêter cas à ses supplications sur le fait d'ouvrir la porte désespérément close.
« Je ne veux pas parler de ça. Je vous ai dit que je ne voulais pas en parler. » se plaignit Harry, d'une voix à peine plus forte qu'un murmure.
« Vous culpabilisez d'être vivant, d'avoir survécu contrairement à d'autres. Vous vous croyez responsable de toutes les familles détruites… »
Les questions avaient laissé place à des affirmations.
« Ouvrez la porte ! » exigea fermement le jeune homme.
« Vous vous interdisez d'être heureux alors que vous avez toute la vie devant vous à présent… » poursuivit le plus âgé, inflexible.
« Mais taisez-vous à la fin! Taisez-vous et ouvrez cette maudite porte ! » hurla finalement Harry, le visage crispé par la rage.
« Pas avant que vous ne m'expliquiez pourquoi vous êtes assez stupide pour vous croire responsable de tous les malheurs qui arrivent sur cette terre, Potter! » siffla froidement Severus. « C'était la guerre, il y a eu des victimes. C'est regrettable mais vous n'avez rien à voir dans ça alors cessez d'agir comme un idiot, c'est clair !»
« Et en quoi ça vous regarde ? » cracha Harry d'un ton venimeux. « Je ne suis plus un enfant, je ne suis plus un élève et vous n'êtes même plus vraiment professeur qui plus est ! Je n'ai pas de compte à vous rendre Snape, alors fichez-moi la paix ! »
« Je reste un adulte, ce que vous n'êtes pas encore malgré ce que vous pouvez penser, Potter. Alors surveillez votre ton ! » gronda Severus.
Mais en dépit des apparences, Severus était plutôt satisfait de voir le jeune homme commencer à se rebeller. Le Potter qu'il connaissait n'était pas tout à fait mort en fin de compte.
« Pourquoi faites-vous ça ? Pourquoi vous ne me laissez pas tranquille ? » demanda Harry qui tournait en rond, comme un lion en cage. Un lion particulièrement énervé.
« Parce que vous n'êtes qu'un idiot ! Vous croyez pouvoir vous en sortir en cachant votre douleur et vos sentiments… »
Harry l'interrompit en éclatant d'un rire sans joie.
« Si je me rappelle bien, c'est vous qui disiez qu'il n'y avait que les idiots qui portaient fièrement leur cœur en bandoulière, non ? Et que ceux qui étaient incapables de contrôler leurs émotions étaient des faibles ? »
« Sauf que vous ne contrôlez rien du tout, Potter ! » s'énerva l'ex-espion, exaspéré que le gamin se serve de ses propres mots contre lui. Et puis là, il n'était pas question d'occlumencie ! « Le souvenir des victimes de la guerre vous hante. Avouez-le, vous avez des angoisses, des cauchemars, des flash-back et même des hallucinations si je me souviens bien ! Vous cherchez constamment à fuir le sujet et vous fuyez même vos proches ! Vous croyez maîtriser vos émotions mais vous ne faites que les dissimuler aux autres. Et croyez-moi, ça finira par vous détruire ! »
« Mais qu'est-ce que ça peut bien vous faire à la fin ? Vous me détestez ! Vous me haïssez même ! Vous auriez été heureux si je n'avais jamais existé ! Vous vous en fichiez même que Voldemort me tue bébé, du moment qu'il épargne ma mère, je l'ai vu ! Alors en quoi ça peut bien vous concerner maintenant? » hurla Harry avant de poursuivre d'une voix basse mais cruelle. « Ah oui c'est vrai, j'oubliais ! Vous êtes sensé me protéger…en souvenir de votre chère Lily ! »
Avant qu'Harry n'ait le temps de s'en rendre compte, Severus s'était précipité et l'avait agrippé au col, ses yeux noirs ancrés dans les siens. Pourtant, lorsque le sorcier parla, sa voix était étrangement calme et il n'y avait aucune haine dans son regard:
« Premièrement Potter, vous m'avez toujours exaspéré et énervé, je vous l'accorde. J'ai détesté votre ressemblance avec votre im… avec votre père, mais cela ne veut pas dire que je vous ai haï personnellement, en dépit des apparences. Deuxièmement, vous n'étiez que la progéniture de James Potter à mes yeux, alors oui, votre vie m'importait peu, à ce moment là. Je n'étais qu'un idiot à cette époque et je ne peux malheureusement pas effacer cette partie de ma vie. Et troisièmement, j'ai effectivement juré devant la tombe de ta mère que je te protègerais quel que soit le danger et ce, jusqu'à mon dernier souffle s'il le faut. Et je compte bien tenir cette promesse… que tu le veuille ou non. »
Harry avait écouté l'homme avec la peur au ventre, persuadé de vivre ses dernières secondes. Mais il ne s'était certainement pas attendu à une telle déclaration. Il y avait une telle sincérité dans la voix de l'homme. Jusque-là, la colère l'avait aidé à se protéger, à ne pas craquer et à faire face à Severus. Mais la colère s'était envolée, ses yeux le brûlaient et sa gorge était horriblement nouée.
Alors n'en pouvant plus, Harry enfoui son visage dans ses mains et éclata en sanglot. De longs et déchirants sanglots. C'était toutes les larmes qu'il s'était efforcé de retenir depuis son réveil à l'infirmerie qui coulaient à présent. Il pleurait pour tous ses amis disparus, tous ceux qu'il n'avait pas pu sauver et pour tout ce qu'il avait vu et surtout vécu depuis tant d'années.
Severus avait vu les barrières du jeune homme s'effondrer une à une. Il y avait une telle douleur dans ces pleurs, un tel découragement. Alors il fit la dernière chose à laquelle il s'attendait. Il posa son bras en guise de réconfort sur l'épaule du garçon en larmes qui, à ce contact, plongea doucement dans les robes du sorcier. Après une seconde d'hésitation, Severus serra Harry contre lui, conscient que leur relation ne pourrait plus jamais être la même désormais.
A suivre…
L'explication entre Harry et Severus n'est pas finie, (elle a à peine commencé en fait, ils n'ont fait que briser la glace !), mais j'ai préféré coupé ici car je trouvais le chapitre trop long déjà.
En tout cas, j'espère que vous avez apprécié et je serais heureuse d'avoir vos impressions!
