Chapitre 4 (II) : le tribunal de Valinor

Personnages inventés : Aurélie Leclair, Ibdes, Navenzu, Aias, Awóndë.

Termes (et nom) inventés : Lostasendir, Lóminipsin, Mynari, Rosegasu, Ymplase, Iquenar (nom de Pallando en Valinor), Moryaru, Onaril (nom d'Alatar en Valinor), truifender,fraldath, Clirsonë Fumé,Verbana ignae.


Pendant ce temps, au Cercle du Destin, les Valar s'étaient installés sur leur trône. Eonwë les avaient tous rassemblés dès qu'Irmo eut senti la présence d'Olorin et d'Aurélie sur l'Ollorë Mallë.

Les Aratar, les huit Valar les plus puissants, siégeaient au fond de la salle, comme à chaque audience officielle. En entrant dans la salle, le visiteur ne pouvait être que frappé par la majesté de Manwë et de Varda trônant au milieu entourés par les six autres Aratar. Ulmo, Namo, Nienna se situaient à la droite de Manwë et Oromë, Aulë et Yavanna à la gauche de Varda. Vana s'était assise à coté de sa sœur ainée Yavanna, comme Nessa et Tulkas. Vairë, Estë et Irmo s'étaient installés au côté de Nienna.

Eonwë et Awóndë gardaient l'entrée. Certains Valar commençaient à s'impatienter. C'était le cas de Nessa, de Tulkas et d'Aulë. D'autres appréhendaient le moment, comme Nienna, Manwë, Yavanna et Namo. Varda, Ulmo et Oromë étaient plus compatissants. L'atmosphère fut tendue lorsque les deux visiteurs arrivèrent.

Le plafond est tellement haut ! remarqua Aurélie dès son entrée. Le Maia et la jeune fille suivaient un long couloir bordé de colonnes et de niches.

Ils arrivèrent à une grande salle circulaire surmontée d'un dôme. Aurélie s'arrêta à peine quelques pas après l'entrée et demeura figée. Elle fixait les Valar trônant face à elle. Aurélie paraissait terrifiée. Orolin esquissa un radieux sourire à l'assemblée, mais il perçut le malaise d'Aurélie, comme les Valar d'ailleurs. Il s'apprêtait à lui demander si tout allait bien quand la jeune fille s'écria :

—Des géants ! Aaaaaaaaaaah !

Aussitôt, Aurélie prit ses jambes à son cou et rebroussa chemin en hurlant, laissant tous les Ainur estomaqués.

Eonwë et Awóndë n'eurent pas le temps de retenir cette petite mortelle devenue hystérique. Aurélie disparut dans le couloir d'entrée. Cependant, la porte qui l'avait menée au cercle du Destin s'était refermée directement après son passage. Elle ne pouvait donc pas repartir.

Il' n'y avait plus rien à part une forêt de colonnes et de pilastres qui s'étendaient devant elle à l'infini.

Aurélie est décidément imprévisible. se dit Olorin en poussant un soupir, mais il commençait à s'y habituer. S'il n'y avait pas eu quatorze Valar qui attendaient, la situation aurait pu être comique. Le Maia étrangla le fou rire qui commençait à le secouer en voyant l'air médusé des "Puissants". Il espérait que cette réaction ne laisserait pas une mauvaise impression aux Valar, car Aurélie, bien qu'excentrique –faute de trouver de meilleur mot-, ne méritait pas tant de sévérité et d'intransigeance.

Eh bien, Cirdan avait raison en disant que les entrainements créent bel et bien des liens. Je ne la connais pas depuis longtemps, mais je me fais déjà du souci pour elle. se dit le Maia.

—Mais, tu te fais très vite du souci pour tout le monde Olorin. C'est dans ta nature, lui répondit une voix féminine que l'interpellé reconnut facilement.

Nienna avait écouté ses préoccupations, comme à son accoutumée. Ce n'était pas de la curiosité qui la motivait, mais un réel intérêt pour les problèmes d'autrui.

"La Miséricordieuse" prêtait également attention aux inquiétudes des Enfants d'Eru et leur envoyait des conseils, personnellement ou par ses Maiar. Olorin adressa un sourire à Nienna ; était-il vraiment si prévisible ? Un léger toussotement attira l'attention de l'assemblée.

—Peut-être faudrait-il s'occuper de cette pauvre mortelle et la calmer un peu ? suggéra Ulmo.

—Oh ! Ah oui. C'est vrai. Je m'y attèle tout de suite, déclara Olorin en s'éclipsant.

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Une fois le Maia sorti, un long silence s'installa dans l'assemblée. Chacun d'entre eux analysait la réaction de l'humaine, car bien qu'elle ne leur ait rien dit encore, son non-verbal était révélateur.

—Par Eru ! Pauvre enfant… Elle a eu peur de nous. dit Nienna.

—C'est peut-être déjà un signe d'un mal dormant en elle. insinua le champion, Tulkas.

Namo semblait approuver, car il fit un léger signe de tête à ces paroles.

— Balivernes ! s'exclama Ulmo.

Les autres Valar le regardèrent un peu perdus.

—De tous les enfants d'Iluvatar, les humains sont les plus facilement impressionnables. Cela fait des millénaires que j'essaie de communiquer avec eux. Ils ont vite peur. Les elfes ont une compréhension du monde différente d'eux. Les humains n'ont pas cette sensibilité, poursuivit Ulmo, le Seigneur des eaux.

—C'est vrai. Notre père a toujours vu les humains et les elfes comme différents.

—Peut-être…Mais, à mon avis, Ulmo, je ne crois pas que les inonder soit une bonne prise de contact….fit remarqué Oromë, en pensant à la manière de communiquer très particulière de son comparse qui voyait la montée des eaux comme un signe de bienveillance envers les Eruhíni.

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Tandis que les Valar continuaient à débattre, Olorin filait à travers le dédale de colonnes du vestibule. Là, il trouva Aurélie toujours paniquée, mais épuisée par ses émotions. Il vit son "fae" (10) frissonner ; ce n'était pas très bon signe. Olorin plaça une main rassurante sur le dos de la jeune fille.

Il y a beaucoup trop de colonnes ici et elles se ressemblent toutes ! Je crois que je me suis perdue… se dit Aurélie.

Ensuite, elle sentit une main se poser sur elle. Olorin l'observait. En dépit de sa réaction décalée, Aurélie ne décela aucune trace de blâme sur les traits du maia.

—Est-ce que ça va ? demanda Olorin avec hésitation.

Aurélie le fixa un instant avant de pointer du doigt l'hypothétique direction du Conseil.

—Gigabla…bafouilla la jeune fille.

Olorin sentit un léger embarras. Il aurait dû prévoir que les Conseils officiels ne se faisaient pas avec un "fâna" alternatif et que les "Puissants" seraient par conséquent sous l'apparence la plus représentative de leur fonction. Leur taille était supérieure à celle d'un enfant d'Iluvatar. Olorin aurait dû se souvenir de ce détail et rassurer Aurélie ; il avait été envoyé pour cela après tout.

—Lors des conseils, les "Puissants" ont leur fana des jours primordiaux. Ils ont un peu près l'apparence qu'ils avaient lorsqu'ils sont venus pour la première fois en Arda, expliqua Olorin, J'ai oublié de t'en parler, admit-il.

Aurélie ne dit rien, mais fit la moue.

— Dis-moi Olorin, ... Cela t'arrive souvent de guider des gens à Valinor et chez les Valar ?

—Euh... Oui. C'est arrivé assez souvent. Pourquoi ?

—... C'était, il a un sacré bout de temps alors...

Je crois que je peux me permettre ce genre de remarques. De toute façon, il en ramassera des biens pires avec les nains et le hobbit. se dit Aurélie.

Les sourcils d'Olorin s'affaissèrent et il plissa les lèvres. Cependant, il ne dit rien. Aurélie se contenta de lui offrir son plus beau sourire espiègle.

—Viens les Valar t'attendent !

Pendant ce temps-là, le débat se poursuivait.

—On devrait peut-être changer de taille ? S'enquit Vana, l'épouse d'Oromë.

—C'est contre la procédure...Rouspéta Namo.

—Est-ce vraiment si grave ?

—Ce serait peut-être une bonne chose de le faire ? Tenta Estë.

Manwë écoutait ses comparses, mais ne s'était pas encore prononcé. Décrypter les pensées de l'Ancien Roi n'était pas toujours aisé ; il était comme le vent qu'il contrôlait et personnifiait, léger mais parfois changeant. Manwë voyait les choses de manière optimiste et voulait voir le bien en chacun. Cependant, il lui arrivait souvent de réviser son opinion à propos de tout. Sa nature légère et parfois aussi des mots doux de son épouse, le poussaient à accorder de nouvelles chances à ceux qui le déçoivent.

Manwë allait annoncer sa décision ; l'assemblée s'était tue pour l'écoute. Toutefois, aucun ordre ne vint et pour une simple raison : Olorin était déjà revenue avec Aurélie.

Cette fois, la mortelle osa se tenir au milieu de l'assemblée. Olorin resta derrière elle, tentant d'avoir l'air le plus rassurant possible.

Aurélie regarda chaque Vala, toujours aussi impressionnée par leur taille et par leur Majesté. Elle en détailla certains, mais n'attarda pas son regard sur eux.

Est-ce impoli ou inapproprié de fixer un des Valar ? se demanda-t-elle, appréhensive et incertaine du comportement à adopter.

Aurélie finit par poser les yeux sur Manwë, le roi des Valar. Elle réalisa que les "Puissants" n'avaient pas tous la même opinion d'elle ; Namo la toisait. Ulmo et Oromë l'observaient avec bienveillance, tandis que les autres semblaient dubitatifs. L'irritation d'Aulë était palpable, mais impossible à dire si elle lui était destinée. Aurélie appréhendait les questions que les Valar avaient pour elle. Ce fut finalement Varda qui prit la parole, coupant la tentative de Namo.

—D'où viens-tu ?

Aurélie fut submergée par le doute et la peur.

—De Sainte-Hélène-La-Dorée.

Brièvement, le lieu où elle avait grandi lui apparut à l'esprit. Aurélie réfléchissait comment elle décrierait cet endroit aux Valar quand une voix résonna dans la salle ;

—Je ne parviens pas à reconnaître ce lieu. conclut Manwë.

Tandis que les "Puissants" continuaient à questionner la jeune fille, Aurélie faisait l'effort colossal pour ne pas laisser dériver ses pensées. Elle avait, en vérité, une certaine appréhension envers leurs réactions, s'ils apprenaient son secret. Elle ne venait pas d'Arda.

Cependant, cette constante concentration épuisait la mortelle ; les Valar étaient très inquisiteurs. Nul ne nota de changements chez l'humaine, hormis Olorin qui commençait à se soucier du teint de plus en plus blême d'Aurélie.

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Ibdes attendait devant la porte depuis trois-quarts d'heure déjà. Je dois retourner auprès de ma malade ! Mithrandir ne se rend pas compte à quel point son état est précaire !

Visualisant parfaitement les remontrances que le magicien pourrait lui faire, la guérisseuse prit sur elle et entra dans la pièce. Elle y trouva un Gandalf plongé dans une transe profonde. Mais, ce ne fut pas ce qui l'interpella le plus. Posant son regard sur la petite humaine, elle étrangla un hoquet de stupeur quand elle vit le teint cadavérique de sa patiente.

—Par les Valar ! S'exclama-t-elle en se précipitant au chevet de la pauvresse.

Ibdes prit le pouls de l'humain, utilisa une décoction à base d'athélas, mais cela semblait vain.

Dame Uinen, qu'adviendra-t-il de cette petite ? Je n'arrive pas à la sauver de la froideur de la mort ! Y a-t-il quelqu'un qui a ses compétences ?! Lord Elrond certainement, mais il est trop loin. Qui d'autre ? Dame Galadriel. Et, aussi Lord Glorfindel…

La guérisseuse assimila peu à peu la situation et l'option qui lui restait.

Lord Glorfindel… Mais, je ne pourrais pas lui pardonner ce qu'il a fait. Il m'a brisé le cœur il y a des siècles. J'ai cru que j'allais mourir de chagrin et rejoindre les Halls de Mandos…(11)

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Tandis qu'Ibdes était prise par son dilemme, Pallando était revenu avec une recette pour un remède qui pourra neutraliser le poison du Loup. La manière employée par le magicien bleu pour se rendre si vite d'un endroit à un autre resterait un mystère pour chacun. Certains pensaient qu'il était capable de voyage à la vitesse de sa pensée. Ce fut une surprise pour les deux seigneurs elfes de le croiser dans les couloirs.

—Eh bien. Maître Pallando, ne deviez-vous pas vous rendre auprès d'Alatar ?!

—J'en reviens déjà, répondit le mage bleu, fier de l'étonnement qu'il vit, Ce n'est pas le moment de faire une randonnée à cheval ! Aurélie doit prendre cet antidote au plus vite. Plus nous attendrons, plus son fae sera vulnérable et se détachera de son corps ! Alatar m'a procuré une recette pour un contrepoison.

Il se précipita, avec Glorfindel et Cirdan sur ses talons, dans la salle de Soin. Ils y trouvèrent une Ibdes profondément perturbée, un Gandalf en transe et une Aurélie fiévreuse et pâle.

La guérisseuse et le seigneur elfe détournèrent le regard en se voyant, l'un et l'autre pour une raison différente. Pallando se hâta d'approcher le chevet de la jeune fille et d'un simple coup d'œil, comprit ce qu'il se passe.

Non?! Il ne l'a quand même pas fait…Pas d'un état aussi précaire.

D'un ton sérieux, il s'adressa aux autres :

—Dame Ibdes, prenez ce parchemin. Vous y trouverez de quoi préparer le contrepoison. Vous aurez besoin de toute l'aide nécessaire et possible pour le concocter et lire les instructions, car elles sont dans un dialecte quenya ancien.

—Je vous remercie de votre confiance, Romestamo. J'aiderai Dame Ibdes à traduire les écrits. répondit Cirdan. Mais, vous, que ferez-vous ?

—Gandalf s'est montré imprudent en emmenant l'esprit d'Aurélie. Il s'est servi du Chemin des rêves de cette manière par le passé, pour conseiller l'un des fils d'Elendil en l'amenant auprès des "Puissants" sous sa forme spirituelle. Cependant, un corps sans esprit n'est pas assez fort pour faire face à la maladie et aux blessures. Le fae brûle et sustente le corps, mais seul, ce dernier ne peut pas exister. Comme Aurélie est une humaine, le lien entre son âme et son corps est d'autant plus fragile, car celui-ci est éphémère. Elle risque d'en mourir. Je dois arrêter tout cela avant que cela ne soit trop tard et que nous la perdions pour de bon. Je vais emprunter moi-même le Chemin des rêves et ramener l'esprit d'Aurélie.

—Mais, à votre avis, pourquoi Gandalf a-t-il pris un tel risque ? Cela ne lui ressemble pas de jouer avec la vie des autres…

—Je l'ignore. J'ai besoin de calme pour me concentrer.

—Nous serons dans la pièce à côté en train de préparer la décoction.

Une fois la porte fermée, Pallando soupira.

Je sais pourquoi tu as pris cette décision, Olorin. Tu en as vraisemblablement reçu l'ordre par un émissaire de Manwë. Et, tu as probablement hésité avant d'accomplir ta tâche. Ce que je ne comprends pas cependant, c'est pourquoi tu n'as pas recontacté ses Majestés pour leur exposer la situation. Je crois que ta fidélité aveugle envers l'Ancien Roi t'a poussé à trancher sans imaginer les conséquences. Mais, je ne peux pas te reprocher ta loyauté, car j'ignore comment j'aurais réagi si Oromë en avait attendu autant de moi.

Pallando se sépara de son enveloppe corporelle et se lança sur la piste d'Olorin. Il était à nouveau Iquenar, un des meilleurs chasseurs de la garde d'Oromë. Ses connaissances de la

Cynégétique lui permettait de traquer presque n'importe quelle cible. Grâce à cela, il eut vite fait de retrouver la trace du magicien gris et d'atteindre dans le Cercle du Destin.

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Au même moment, les Valar continuaient leur interrogatoire. À leur avis, il ne s'agissait que d'une simple formalité, qu'ils poursuivaient dans un souci de bien faire. Intrigués, déconcertés par les réponses de la mortelle, ils voulaient cependant rendre un jugement adéquat. Certains semblaient se rassurer, d'autres voyaient leur crainte s'intensifier et les autres, encore, appréciaient le potentiel de la jeune humaine.

Aurélie, quant à elle, éprouvait de plus en plus de difficultés à tenir ces esprits inquisiteurs hors de sa mémoire. Certains de ses souvenirs lui étaient pénibles ou embarrassants. Pour elle, le divin n'était qu'un concept abstrait sur lequel se reposer pour réaffirmer ses valeurs éthiques. D'une certaine façon, pour Aurélie, la "divinité" existait parce qu'on lui rattachait des vices et des vertus. Comme elle ne pouvait vérifier l'implication du divin dans la Création du matériel, elle se gardait de donner tout avis à ce sujet. Mais, elle avait un avis bien tranché sur ceux qui croyaient.

Olorin, de plus en plus interpellé par l'état d'Aurélie, la fixait et voulut plus d'une fois interrompre les "Puissants", mas son respect des règles et du protocole le retenaient. Il débattait avec lui-même de la marche à suivre, n'osant pas exprimer ses tracas. Son regard passait en revue chacun des Valar. Le visage de Manwë était neutre, mais ses yeux laissaient percevoir sa concentration. Varda écoutait attentivement, mais ses traits montraient la bienveillance qu'elle ressentait envers les femmes fortes d'Arda. Et, c'est probablement comme cela qu'elle voyait Aurélie. Ulmo avait l'air réjoui. Iluvatar seul savait ce qui se passait dans sa tête. Oromë, terrible au premier abord, tenait son menton entre ses doigts, signe de son intérêt. Il semblait trouver des qualités à cette jeune personne. Lui-même traquait les monstres créés par Morgoth et Sauron. Il avait donc un certain respect pour ceux qui débarrassaient Arda de leur présence ou qui leur résistaient. Bien qu'Aurélie n'ait pas tué le Loup elle-même, elle lui avait tenu tête. La jeune femme avait également aidé un cheval, animal que le chasseur affectionnait particulièrement et avait introduit en Arda. Yavanna, quant à elle, ne se sentait pas apaisée du tout, malgré le sourire rayonnant qu'elle affichait. Cependant, la manière dont elle tordait le pan de son manteau d'apparat montrait sa tension. Les inquiétudes de Yavanna ne trouvaient pas de réponse et elle ne comprenait pas pourquoi ses pairs se satisfaisaient de si peu. Ne fallait-il pas confondre la jeune fille et la forcer à révéler le mal se trouvant en elle ?

Un autre Vala n'était pas non plus convaincu. Le doute de Namo ne diminuait pas. La résistance qu'il ressentait quand il tentait d'accéder aux souvenirs d'Aurélie intensifiait son malaise. Qu'avait-elle donc à cacher qui ne puisse pas être vu pour la Cour ? Fomentait-elle quelque manigance ?

Olorin remarqua les sourcils froncés du juge et réalisa à quel point cette situation le troublait.

Namo n'était pas content de la tournure que prenait l'interrogation. Aucune des réponses de la jeune fille ne le contentait.

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Pendant ce temps, Pallando, arrivé par le Chemin des rêves à Valinor, traversa le grand hall du Cercle du Destin et se retrouva devant les deux gardes, Eonwë et Awóndë.

Voir le capitaine de la garde d'Ilmarin et Commandant des armées des Maiar de Manwë garder une porte était une nouveauté pour Pallando. Pourtant, Eonwë accomplissait cette tâche avec dignité. Le capitaine de la garde s'adressa à lui dès qu'il vit Pallando :

—Iquenar. Voilà une surprise. Cela fait deux cents ans que nous n'avons pas eu de nouvelles…Pas depuis le dernier rapport.

Cela faisait tellement longtemps que Pallando n'avait pas entendu son nom valarin et salua son interlocuteur.

—Eonwë. Je ne t'ai pas vu en personne depuis la Guerre de la Grande Colère. Comment va Nornorë ? demanda tout de même l'archer d'Oromë, car il ne voulait pas se mettre le Commandant à dos et préférait que ce dernier le laisse passer de son plein gré.

Une ombre passa sur le visage d'Eonwë. Ce dernier avait perdu pas mal de soldats durant la Guerre de la Grande Colère à la fin du Premier Âge. Même si les Maiar n'expérimentaient pas la Mort réelle, ils étaient cependant soit renvoyés auprès d'Eru ou hantaient les lieux de leur trépas. Cependant, il était rare qu'ils reviennent en Arda.

—Nornorë va mieux. Il a pu panser ses plaies. Mais, il reste encore chez Estë.

Nornorë (12) était un émissaire de Manwë qui faisait la liaison entre Manwë et son commandant Eonwë. Manwë ne participait que très rarement aux batailles. La Guerre de la Grande Colère fut une exception (13). Cependant, le Roi des Valar ne bataillait pas sur le même front que son bras droit. C'était pour cette raison qu'il avait besoin d'un agent de liaison.

—La blessure que lui a infligée Sauron le fait toujours souffrir. Les Terres Immortelles ont déjà bien atténué sa souffrance. Tu sais bien que les maux atteignant les Maiar ne sont pas les même que ceux des Eruhíni. Les elfes changent de corps et guérissent avec l'aide de Namo, Estë et Nienna. Les Hommes partent d'ici. Mais, pour nous, seule une grâce d'Eru peut nous aider.

—A t'entendre Eonwë, on croirait que tu reproches au Père son manque d'action…intervint Awóndë.

—Ce n'est pas cela. Nous acceptons ce sort. Mais, je ne peux retenir ma compassion envers ceux qui sont blessés et qui pour des raisons que j'ignore doivent continuer à souffrir. Celebrian, la fille d'Artanis que l'on appelle maintenant Galadriel, a perdu toute joie de vivre. Si Elrond a pu guérir les blessures de son corps, ses séquelles psychiques restent encore profondes. répondit Eonwë.

Pallando vit dans l'orientation que prenait cette discussion l'occasion d'entrer dans le vif du sujet.

—A propos de blessure… depuis combien de temps les "Puissants" questionnent Aurélie ?

Cette demande semblait venir de nulle part. Eonwë fit son travail et ne divulgua pas plus que ce qui lui semblait anodin.

—La notion de temps n'est pas la même, ici, Iquenar. Je ne saurais pas te dire combien de temps cela ferait pour un humain. Mais, je pense qu'ils y sont depuis un certain temps.

—Il faut que j'entre.

—Tu n'y penses pas. Et les ordres ? lança Awóndë.

Pallando ignora complètement cette intervention. Il savait que c'était Eonwë qu'il devait absolument convaincre. A un moment, il avait pensé forcer l'entrée. Cependant, cela n'arrangerait pas la situation. Eonwë était un fin combattant, avec plusieurs millénaires d'expérience, qui aurait vite fait de maitriser Pallando, malgré la vitesse de ce dernier.

—Tu ne réalises pas ce qui se passe. Aurélie est très fragile pour l'instant.

—Les Humains sont tous réputés pour leur fragilité qui leur vient de leur mortalité, Iquenar. Mais, ce voyage ne devrait pas avoir plus d'impact que cela. expliqua Awóndë.

—Oui. Je suis certain que les "Puissants" savent ce qu'ils font et que tout ce passera pour le mieux. Merci pour ta visite, Iquenar. Cela m'a fait plaisir de te revoir. dit Eonwë.

Pallando ne prêta pas attention aux paroles du capitaine, bien que le remerciement de ce dernier le touchait. Le temps lui manquait.

—Eonwë ! Écoute-moi. Aurélie a été blessée pendant une expédition dans les Montagnes bleues. Par un Loup-garou.

Ces paroles furent suffisantes pour interpellé le Commandant qui posa son regard perçant sur lui.

—J'étais là, Eonwë, et Olorin aussi. Je sais que les ordres sont les ordres. Mais, la situation risque de déraper très vite. J'ai vu Aurélie à Mithlond. Son corps et son esprit ne peuvent pas rester plus longtemps séparés. Même les connaissances de l'Art de la Guérison de Glorfindel et des Teleri ne parviendront pas à faire un miracle ! Je dois passer !

L'expression du Capitaine était indéchiffrable tant elle était un mélange de plusieurs émotions qui luttaient en lui. De l'incompréhension, de la culpabilité s'opposaient à son sens du devoir.

Finalement, Pallando perdit patience, écarta Eonwë de son chemin et passa la porte.

Le Capitaine ne fit rien pour l'en empêcher, bien qu'il en avait largement les moyens. Lorsqu' Awóndë s'avança pour arrêter Pallando, Eonwë posa une main sur son épaule et ainsi le retint.

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À Mithlond, Cirdan avait terminé de traduire les anciennes notes de Galon, le sage Teleri qui avait créé l'antidote au venin de Loup. Malgré les millénaires, le parchemin était toujours lisible. Galon était un des rares avoir pu encore rencontrer le roi Thingol de son vivant.

Glorfindel et Ibdes étaient tendus tous les deux. Les deux elfes ne s'appréciaient pas du tout.

Ils préparaient les ingrédients pour la décoction dans un silence le plus total. On entendait juste le mortier qui pilonnait les racines de Mynari et le hachement rapide des feuilles d'Athelas et de Rosegasu.

Cirdan regarda alternativement ses deux cadets murés dans leur silence. Il roula des yeux ; cette conduite était ridicule chez des elfes de cet âge. Glorfindel est celui qui le décevait le plus : un elfe aussi ancien et sage ne devrait pas se comporter comme elfing (14) qui faisait la tête. Cirdan comprenait la colère qu'Ibdes ressentait envers Glorfindel, mais il trouvait que ce sentiment la dévorait et qu'elle devrait passer à autre chose.

Ibdes lança un regard au coin à Glorfindel. Elle sentait sa rage bouillir en elle.

Mon père nous a présentés l'un à l'autre ; je m'en souviens.

Cirdan se taisait, mais son regard parlait pour lui.

Ibdes finissait de concasser ses graines d'Ymplase et fit glisser la poudre obtenue dans un récipient plus grand. Elle fusillait Glorfindel du regard. C'était probablement inconscient de sa part. Après tout, Ibdes était devenue guérisseuse et son professionnalisme n'avait jamais été ébranlé.

Elle avait rencontré Glorfindel pour la première fois après la Dernière Alliance. Glorfindel y avait participé, comme Elrond, à cette époque héraut du Haut-Roi des Noldor Gil-Galad. A la mort du souverain, tué au combat par Sauron lui-même, Elrond emmena avec lui les survivants noldor.

Si les deux seigneurs elfes s'étaient croisés à la cour de Gil-Galad, c'était sur les champs de bataille que naquit l'amitié d'Elrond et de Glorfindel. Cette dernière se développa pendant leur recherche d'un lieu propice à l'établissement d'une cité. C'était durant leurs escapades à cheval en compagnie d'une petite escorte que le site d'Imladris fut trouvé. Nichée dans une vallée, la cité méritait bien son surnom en langue commune : Fondcombe.

Les Noldors rejoignirent ce havre de paix protégé par la magie des elfes et les cours d'eau qui l'entouraient. Parmi ceux-ci se trouvaient des savants, des maitres-artisans et des artistes. Elrond était déterminé à faire d'Imladirs un endroit de connaissances et de beautés.

Parmi ces savants, le père d'Ibdes, poète très apprécié à la cour de Gil-Galad, s'installa à Fondcombe et réalisa quelques vers pour le seigneur des lieux.

Il écrivit également une ode à la Bruinen que Lindir, ménestrel en chef et maître des réceptions (15), mit en musique.

Sa fille et son épouse l'accompagnèrent au domaine. Ce fut là qu'Ibdes poursuivit son apprentissage de l'art de la guérison. Elle se souvenait encore de sa première rencontre avec Glordindel.

J'allais à la bibliothèque rapporter des ouvrages d'herboristerie quand je l'ai rencontré au détour d'un couloir. Ses cheveux étaient d'un or chatoyant, ses yeux brillant comme des saphirs et sa voix semblable à de la musique. Il tenait un large livre sous le bras.

Ils ont commencé par des échanges polis et des conversations anodines. Ibdes découvrait ses sentiments pour lui et Glorfindel semblait éprouver de l'attachement pour elle. Ils allaient se fiancer. Cependant, la veille de l'échange des anneaux de fiançailles, Glorfindel annonça qu'il ne pouvait pas se lier à quelqu'un.

Après tous ces bons moments passés, je ne comprends pas pourquoi il ne m'a pas donné plus d'explications. Être à Fondcombe m'est devenu insupportable et je suis venue vivre ici à Mithlond.

Ibdes continua de touiller dans sa mixture sans remarquer le regard désolé que Glorfindel posait sur elle tandis qu'il râpait de l'écorce de sureau.

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Chaque Puissant posa ses questions. En ce moment, Aurélie répondait à la dernière question d'Oromë.

—Je me demandais : pourquoi avoir secouru ton cheval quand tu aurais pu simplement fuir ?

—Elle avait besoin d'aide. Je n'aurais pas pu la laisser là.

Cette réponse semblait convaincre et plaire au Seigneur de la Chasse et des chevaux. Il voulait en savoir plus également sur cette "Bête" qu'Aurélie avait rencontrée et la technique qu'elle avait employée pour lui tenir tête. Après tout, Oromë pourchassait les sbires de Morgoth et de Sauron depuis des millénaires ; c'était donc tout naturel qu'il s'y intéresse.

Il fut cependant interrompu par une question venant de Yavanna. "Le Chasseur" se renfrogna. Décidément, Yavana avait toujours le don de l'énerver. Avoir épousé la sœur de cette dernière, ne rendait pas les choses plus faciles non plus.

Aurélie, de son côté, avait de plus en plus de mal à se concentrer. De petits points noirs commençaient à danser devant ses yeux, lui semblait-il. Néanmoins, la jeune femme dissimula son malaise le mieux qu'elle put.

—Cela suffit ! Retentit une voix, visiblement agacée, Vous tournez tous autour du problème ! Es-tu, oui ou non, affiliée à Morgoth, mortelle ?

Les autres Valar fixèrent "Le Juge" qui avait perdu son sang-froid. Si Varië se cachait le visage dans les mains, se demandant où avait disparu la patience de son mari, ses paires s'interrogeaient sur le bon sens de cette question. Qui allait répondre "oui" (16)?

Cela avait également effleuré l'esprit de la jeune magicienne, mais cette dernière n'osa rien dire de peur de s'attirer des ennuis inutiles.

—Namo, reprends-toi ! S'exclama Manwë, réalisant que la situation dérapait.

Cependant, Mandos ne se calma pas, au contraire. Il laissa entrevoir un peu de sa véritable puissance. Tout s'obscurcit et les yeux du Juge brillèrent comme deux étoiles dorées.

Impossible à dire si c'était cette situation éreintante, la pression que les Valar exerçaient sur elle, ou son état de faiblesse actuelle, mais ce surplus d'émotions en était trop pour Aurélie qui finit par s'écrouler, inconsciente.

La porte s'ouvrit avec fracas à cet instant précis dévoilant un Pallando sous sa forme de Maia.

—Arrêtez cela ! Hurla Pallando.

Revoir un de ses anciens serviteurs fit l'effet d'une électrocution à Namo qui retrouva ses esprits.

—Vous allez finir par la tuer !

Olorin soutenait la jeune fille inconsciente et observait la scène de loin. Manwë, choqué, se leva de son trône. Namo, quant à lui, reprenait contenance et passa une main sur son visage.

—Il faut qu'elle regagne Mithlond au plus vite ! Son corps est de plus en plus faible. Et, sans fea, elle ne survivra pas ! En parlant, Iquenar prit la jeune fille dans ses bras.

Et le jugement ? Quelle était la décision des Valar et de leur souverain ?

—Le Conseil est ajourné. décréta Manwë, signifiant ainsi à Iquenar qu'ils pouvaient tous se retirer.

Le mage bleu ne se fit pas prier : accompagné d'Olorin, il quitta aussitôt la salle, emportant Aurélie avec eux.

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Pendant ce temps, la potion était prête. Tous les ingrédients avaient été remués dans de l'eau frémissante. Les trois elfes avaient regagné le chevet d'Aurélie. Ibdes avait envoyé une elfe infirmière auprès de la jeune fille pour vérifier son état de santé et prendre régulièrement son pouls.

Glorfindel prit la parole :

—Damoiselle Ibdes…Je. Pour ce qui est arrivé autrefois.

La guérisseuse le lui lança un regard. Je ne supporterais pas d'entendre cela maintenant. J'ai peur de ce qu'il me dira. Je préfère éviter cela en ce moment.

—Il y a plus important. Une enfant des Hommes est en train de mourir. répondit Ibdes balayant ainsi toute possibilité de poursuivre le sujet qu'elle redoutait. Et, cela marcha.

—Vous avez raison. répondit l'ancien Seigneur de la Maison de la Fleur d'Or.

Cirdan observait les deux magiciens. J'espère qu'ils reviendront vite. La vie de cette enfant ne tient plus qu'à un fil maintenant.

Pour lui facilité la tâche, Glorfindel redressa la jeune fille pour aider Ibdes à lui faire ingurgiter le breuvage.

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Au même moment, Iquenar et Olorin s'engagèrent sur le Chemin des rêves. Laissant tomber toute retenue, le Chasseur lança :

—Qu'est-ce qui t'a pris Olorin de l'amener ici dans cet état ?!

—Que voulais-tu que je fasse d'autres ? C'était un ordre direct de Manwë lui-même. On ne peut pas se permettre de douter d'eux ni de nos alliés. Surtout, quand il semblerait que l'Ennemi tente de revenir…

—L'Ennemi ? Mais qu'est-ce que tu me chantes encore ?! D'où tu tiens cette idée ? lâcha Iquenar, perplexe.

—Tu sais très bien de qui je veux parler, Pallando. De celui qui jadis façonna un anneau de pouvoir pour contrôler tout Arda !

—Et d'où, par Valacirca (17), te vient cette supposition ?! Ne me dis pas que c'est à cause du Loup…

—Et si c'était l'annonce de son retour ? Un présage du réveil du Mal en Endor ?

—Arrête avec tes hypothèses ! Et ce n'est vraiment pas le moment !

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Les deux Maiar arrivèrent enfin. Ils voyaient distinctement Aurélie et les elfes qui l'entouraient. Ces derniers étaient nimbés d'un halo lumineux, caractéristique propre aux Premiers nés que l'on ne pouvait voir que lorsque l'esprit se trouve dans un "état" intermédiaire. Les magiciens s'empressèrent de faire glisser l'esprit d'Aurélie dans son corps afin qu'il ravive la vitalité de ce dernier.

— Donnez-lui la potion. Vite ! ordonna Gandalf.

—Ah!

Sa brusque prise de parole fit sursauter le Seigneur Teleri, plongé dans ses tracas. Malgré le regard noir qu'il lança aux magiciens, ces derniers l'ignorèrent. La guérisseuse fit avaler le remède à la jeune humaine. Les Maiar murmuraient une litanie en valarin, que Glorfindel récitait en ancien quenya. En effet, la langue natale des Ainurs était quasiment imprononçable pour les Eruhini. La chambre fut imprégnée d'une douce atmosphère, nourrie par les auras combinées d'Olorin, d'Iquenar et…de Glorfindel. En effet, l'elfe deux-fois-né, par son sacrifice, avait gagné un pouvoir unique.

Les paupières closes de la jeune fille frémirent. Où suis-je ? Qu'est-ce qui m'arrive ? se demanda la demoiselle, tirée des méandres de l'inconscience. À travers les cils de ses yeux entrouverts, Aurélie vit des traits délicats, un nez droit, des yeux d'un bleu profond et pur ainsi qu'une longue chevelure semblable à des fils d'or ondoyants. Le regard de cet être reflétait toute sa profonde sagesse et sa bonté.

—êtes-vous un ange ? demanda innocemment la jeune fille dans un chuchotement avant de refermer les yeux.

Cette petite phrase toute candide aurait bien amusé et fit sourire le Seigneur elfe, s'il avait pu la comprendre. Cependant, dans sa fatigue, Aurélie avait parlé dans la langue maternelle de sa mère. Ce qui laissa Glorfindel s'interroger : qu'est-ce que cela veut dire "Tenshi" ?

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Bien que la séance fût ajournée, tous les Valar restèrent à leur place assis dans leurs trônes au Cercle du Destin.

Manwë, toujours debout, se tourna vers Namo, attendant une explication pour son comportement impulsif de tout à l'heure. "Le Juge" ne perdait jamais son impassibilité et encore moins devant un Eruhini. Luthien, la belle, fut la seule à avoir pur arracher au Seigneur de Mandos une émotion. Comme aucune justification ne vint, Manwë dut en demander une :

—Namo, que signifie ceci ?

L'interpellé répondit enfin :

—Je ne sais pas mon Seigneur… J'ai perdu patience. Aucune des réponses de cette mortelle ne m'a convaincue.

—Moi non plus. renchérit Yavanna.

—Heureusement, qu'il s'agissait d'une projection spirituelle et pas de son vrai corps…Elle aurait pu avoir un arrêt cardiaque avec ton énervement, Namo. plaça Ulmo avant que "Le Juge" ne puisse développer.

—Personnellement, je n'ai pas senti une once de méchanceté chez cette humaine. Ce n'est pas un agent du Mal. Les ayant chassés pendant longtemps, je peux en reconnaitre un quand je le vois ! Intervint Oromë.

—Ses réponses étaient toutes sincères. dit Nienna.

—Avez-vous remarqué que ses pensées nous étaient voilées ? C'est quand même suspect ! protesta Namo.

—Allez savoir. Les Eruhini ont une telle pudeur concernant leurs souvenirs. L'osanwë quenta (nda: "Télépathie") des elfes les rendent plus réceptifs à ce type de contact. Les Atani n'ont jamais vraiment connu cela. Ils sont tellement plus craintifs aussi…

—Les seuls Hommes à avoir développé une capacité semblable étaient les Numénoréens. Mais, leur île a sombré. Seuls les gens d'Elendil ont survécus. observa Varda.

N'étant pas vraiment sûre de ce que sa souveraine avançait, Estë prit la parole pour rappeler quelques faits importants :

—Ces talent on été perdus par les Hommes. Le sang de Numénor a presque disparu de la Terre du Milieu. Il ne reste que l'héritier d'Isildur, le fils d'Arathorn. Ce serait étrange…d'assumer que cette mortelle ait un lien avec Numénor.

—Ce qui est d'autant plus étrange qu'elle nous a parlé de lieux indéfinissables. Leurs noms ne correspondent à rien. Je suis de près toutes les inventions et les créations conçues en Arda. Mais, cette statue dont elle a parlé ne me disait rien…

Aulë faisait référence à la "Dona d'aiga", la "femme d'eau", une statue d'un artiste espagnol placée dans le port de Sainte-Hélène-la-Dorée.

—Peut-être a-t-elle réellement perdu la mémoire comme Nowë (nda: Cirdan) le pense ? émit Vana.

—Ou peut-être est-elle atteinte d'une forme de folie ? suggéra Tulkas.

—Elle n'en avait pas vraiment l'air…désapprouva Nessa.

Manwë aimait entendre l'avis de ses paires avant de prendre une décision. Cependant, le maître des vents avait la sensation qu'un élément lui manquait.

—Elle est courageuse et pourrait être une alliée bienvenue contre Sauron et les créatures de Morgoth. avança Oromë, le Chasseur.

—Oui. Mais, elle est aussi très secrète…On ne sait rien d'elle en vérité. s'inquiéta Yavanna.

Les Valar se turent, attendant le verdict de Manwë.
—Je vais me retirer sur le plus haut somment du Tanequitil afin de réfléchir à la question. Peut-être que notre père pourra me porter conseil. proclama-t-il et quitta le Cercle du Destin

Manwë s'installa dans son pavillon de méditation. Il regrettait parfois la diminution de ses pouvoirs lorsqu'il entra en Arda. En effet, les Valar s'étaient liés au Monde lorsqu'ils créèrent ce dernier. Depuis, ils devaient y demeurer jusqu'à sa fin. Cependant, les Valars avaient pleinement accepté de voir leur pouvoir se restreindre pour contribuer à l'œuvre de leur père, Eru. De ce fait, ils perdirent également contact avec les autres Ainur restés en dehors des confins du Monde auprès d'Iluvatar.
—Si j'étais plus puissant, j'aurais déjà pu éclaircir cette situation.
—Tu l'es bien assez comme cela, mon fils ! Et ces pensées ne te correspondent pas du tout...
Manwë n'eut aucun mal à reconnaitre la voix qui venait de retentir dans son être.
—Père !? Je… Votre présence m'honore…

—Mais, Manwë, je suis toujours là… Je te sens soucieux.

—Oui. Cette humaine, elle a perturbé la Musique du Monde et il n'y a aucune trace d'elle nulle part. Il se peut qu'elle soit maléfique…

—Oh. Elle n'est pas maléfique. Et, sa présence a une raison d'être.

—Mais…et le reste ?

—Manwë, quand vous êtes venus, ensemble et de votre plein gré, en Arda, vous avez renoncé à connaitre les actions réalisées en dehors d'Ea. Je te rappelle qu'Arda, le Monde, n'est qu'une petite partie de mon Œuvre.

—Je...Pardonnez-moi, père.

—Non. Non. Manwë, je ne suis pas contrarié. J'essaie de t'expliquer. Je vous ai tous créé avec une parcelle de mon esprit. Cela vous a pris du temps pour trouver l'harmonie entre vous et pour que vous réalisiez que vous faisiez partie d'un tout. Même maintenant encore, vous ne savez pas voir l'entièreté des choses. Ea est le mot que j'ai choisi pour désigner la création. Mais, cela ne veut pas dire que la création se limite à cela.

Même si Manwë n'était pas sur de comprendre ce qu'Iluvatar voulait dire, il ne posa pas de questions et resta focalisé sur le sujet qui le préoccupait.

—Que dois-je faire avec cette mortelle différente des autres ?

—Oh. Elle fait partie d'un projet qui rendra mon œuvre plus saine pour les successeurs, les Atani. déclara Eru.

Avant que Manwë ne puisse poser d'autres questions, la présence divine se retira, laissant le Roi des Valar et d'Arda dans l'incertitude. Mais, en même temps, il se sentit soulagé ; son père avait bel et bien inclus Aurélie dans ses desseins.

Cependant, un doute émergea en lui et au fur et à mesure, il comprit ce que son père voulait lui dire. Cela allait être de nouveau un sujet pour un nouveau débat entre les "Puissants". Manwë parvint à formuler ses suspicions dans une phrase toute simple.

Elle ne vient pas d'Arda. conclut-il.

Notes et explications de l'auteure :

(1) Fana : forme physique tangible employée par les Ainurs pour leur permettre d'interagir avec le monde matériel. Tolkien mentionne également que les Ainur n'en ont pas besoin et s'en défont comme si c'était un vêtement.

(2) L'intégration du fae (l'esprit/âme) est inspirée de la mythologie gréco-romaine et plus particulièrement de l'iconographie des sarcophages romains, où les âmes étaient intégrées dans les corps humains par la déesse Athéna. J'ai décidé d'attribuer cette fonction à Namo, afin d'élargir les activités du Vala. Ensuite, j'ai ajouté Nienna et Manwë, la première donnant les émotions (le pathos) et le second donnant le souffle de vie.

(3) Manir : esprits de l'air ; Suruli : esprits des vents. Ils sont présents dans les premières versions du Legendarium. Tolkien n'a jamais précisé s'il avait décidé de garder ces idées ou pas puisque c'est son fils, Christophe, qui a publié le Silmarillion à titre posthume. Je trouvais cela bien de les faire apparaître en tant que membres de la Cour de Manwë.

(4) J'ai décidé de mettre quelque mot en "telerin", comme des titres ou des appelation. Cependant, Tolkien a peu développé le telerin qui est resté à l'état de brouillon. J'ai créé des mots en me basant sur le quenya et le sindarin.

(5) C'est une langue imaginaire, dont les intonations sont supposées refléter le Mal. Je l'ai baptisée le Moryaru. Le manque de traduction dérangera peut-être certain(e)s, mais sachez que c'est voulu et mûrement réfléchi, car c'est le ressenti d'Aurélie qui est mis en avant.

(6)Toffingedge est un lieu important dans la vie de mon personnage, Aurélie, qui a marqué un tournant décisif dans sa manière de voir les choses. Cependant, cela sera développé ultérieurement.

(7) le sukiyaki est une sorte de fondue japonaise où l'on cuit des fines tranches de viande et des légumes dans un bouillon composé de vin de riz, de saké, de sauce soja et du sucre. Aurélie a des origines japonaises par sa grand-mère.

(8) Ibdes ne considère pas Aurélie comme une gamine. Il y a une certaine bienveillance derrière cette appellation et il faut considérer le fait qu'elle est une elfe immortelle d'un millénaire.

(9) Lorien désigne à la fois le Vala Irmo, le lieu où il habite ainsi que la forêt de La Lorien où vivent Galadriel et Celeborn.

(10) l'esprit ou l'âme selon Tolkien.

(11) Dans "Laws and Customs among the Eldar", Tolkien explique que les Eldar, ou les elfes, peuvent mourir de chagrin, mais je reprendrai ce point en détail plus tard.

(12) Nornorë fait parti des Maiar perdus, c-à dire qu'il a été inventé par Tolkien, mais que ce dernier a décidé à un certain moment donné de laisser tomber ce personnage. Dans ce cas-ci, Nornorë a été recycler sous la forme d'Eonwë, l'émissaire et escorte de Manwë. J'ai décidé d'en faire un personnage à part entière.

(13) En fait, Manwë n'a jamais combattu dans le Silmarillion. Il laissait cette fonction à Eonwë. Je me suis dit que comme la Guerre de la Grande Colère était une des plus importante bataille contre Morgoth, j'allais un peu faire quelques changements. Le Manwë de ma fic a donc combattu lors de la dernière bataille contre son frère déchu.

(14) Un elfing est un enfant elfe, mais vu que ce terme est fort utilisé dans les fanfictions, je ne l'ai pas ajouté dans le texte même.

(15) Dans le livre, Lindir est surtout un ménestrel. Dans les films, il est assez difficile de savoir quelle est sa fonction exacte. Pour moi, c'est Erestor, l'intendant et non Lindir, d'où ce titre de maître des réceptions qui s'accorde mieux avec son côté artistique.

(16) C'est un petit pied-de-nez de ma part à toutes les séances d'interrogation dans les films, les livres etc. où ce genre de questions revient. Sérieusement, quelle personne sensée va répondre "oui,je suis le meurtrier" etc. qu'il soit innocent ou pas ?

(17) nom d'une constellation aussi appelée la "faucille des Valar" créée par Varda "comme un défi à Melkor". Je trouvais cela pas mal d'en faire une locution interjective.


Voici qui clôture cet arc "première rencontre avec les Valar". Le prochain chapitre sera un peu plus calme, plus dans l'esprit des premiers chapitres. Il donnera l'occasion d'en apprendre plus sur Aurélie, de revoir Heniril et Saevel, ainsi que de se diriger vers la quête d'Erebor. Thorin sera aussi de la partie comme Gandalf, Glorfindel et les Valar (faut bien qu'ils prennent une décision...)

Comment avez-vous trouvé les Valar et Eonwë ?

N'hésitez pas à me laisser un commentaire pour me le dire ou pour me donner votre avis sur la fic. :)

A la prochaine !