NB : Dernier chapitre. Merci à tous ceux qui m'ont lu et m'ont ou vont me laisser des reviews. Je n'ai pas l'intention d'écrire à nouveau sur ce personnage, mais ne jamais dire jamais. Toutefois je compte bien lui permettre de faire une apparition dans mon autre fic en cours d'écriture.
Kervana : Oui, mais c'est totalement fortuit. le 6ème chapitre est en réalité le 1er texte que j'ai écrit sur Scabior il y a de ça des années, à l'époque sur un RPG. Je n'avais jamais lu ni vu "Le Parfum", j'ai vu le film juste après avoir posté mon texte car on m'avait fait la même remarque, et effectivement la ressemblance était troublante. D'ailleurs, avant de poster ici, j'ai remanié mon texte car la version originale était encore plus proche du Parfum.
La rafle.
Les arbres s'enchaînent dans mon champ de vision. Je slalome entre les troncs, aussi rapidement que mes jambes me le permettent. Dans la pénombre de cette aube naissante je cours, guidé d'avantage par mon flair que par ma vue. Les fuyards sont encore à quelques centaines de mètres devant nous, je le sens à leur odeur à peine perceptible à cette distance. Ils ne ralentirons pas, ils sont bien trop effrayés pour ça. La vie, la mort, la plus belle des motivations. Et c'est pour ces courses-poursuites, résumés de l'existence toute entière, que je respire encore.
Je défile dans la végétation d'un bois trop bien connu à force d'en sonder les moindres recoins à la recherche de mes proies. A chaque fois je me sens comme transporté par mes plus bas instincts. Mes instincts, tout ce qu'il me reste. Rejeté, bafoué, insulté. J'étais un misérable vaurien, une bête traquée, rebut de la société qu'il fallait anéantir... avant qu'elle ne vous anéantisse. Des années à fuir, se cacher, vivant misérablement. Une solitude insupportable. J'ai eu beau aimer, je n'ai pas reçus en retour. Ni d'elles, ni d'eux.
Oh bien sur, je l'avais sans doute mérité. Il n'y a pas de place pour un meurtrier. Le crime perd de son passionnel quand il se répète. Alors j'étais finalement devenu ce qu'ils voyaient, un simple tortionnaire sans sentiment, un amas de chair vivant sur le fil du rasoir. Je n'avais plus ni buts, ni attentes, que celui de jouer au fléreur et au doxy, jusqu'au jour où le piège se refermerait à jamais sur ma tête une nouvelle fois. C'est que j'ai bien cru finir mes jours à Azkaban jusqu'à l'évasion des Mangemorts qui me permit de me faufiler hors des murs à mon tour.
Je cours encore à m'en étouffer. Je m'en rapproche, je les sens d'avantage malgré mes difficultés croissantes à lever ma cage thoracique pour inspirer l'air qui me mène inexorablement jusqu'à eux. J'ai l'impression que mes poumons se déchirent. Je me souviens de ma mère et de son dernier regard. Non ce n'est pas moi qui ai ôté la flamme de ses yeux, même si l'on dit que le chagrin que je lui faisais porter à précipité son déclin. Je me revois monter discrètement à la fenêtre de sa chambre pour n'y trouver que la pénombre et une odeur de chair pourrissante que je ne connaissais déjà que trop bien. Comme j'ai regretté à ce moment là de n'être rien d'autre qu'un minable fou. Comme j'aurais aimé animer ses yeux d'autre chose que du chagrin, et être à ses côtés pour lui tenir la main lors de son dernier souffle. J'ai essayé, juste après. J'ai essayé de me tenir à carreau, d'être quelqu'un de bien, mais c'était sans espoir et sans avenir. Je n'avais déjà plus rien.
Il ne reste plus que quelques pas à parcourir sur la plaine. Je dois tenir, il n'y a pas d'issue, ils ne peuvent m'échapper. C'est une fuite en avant qui ne peut que les conduire entre mes mains, pour qu'ils finissent comme moi, désertés de toute humanité. Car c'est bien ce que je suis. Avec le souffle de ma mère, ma propre raison de subsister s'était anéantie. J'ignorais encore que les choses s'apprêtaient à changer, que quelqu'un allait s'élever, et redonner un rang aux êtres comme moi. Et c'est ainsi, par une histoire que tous connaissent déjà, que mes talents furent remarqués, presque appréciés, ou tout du moins employés. Pour la première fois depuis des années, on me sauvait de mon errance et de ma mélancolie. Bien sur, à leurs yeux j'étais toujours un chien galeux, et les proies que je leur ramenais n'était pas payées à leurs justes valeurs. J'étais exploités oui, mais j'avais une place, un rôle à jouer. Pour le meilleur et pour le pire.
Et les femmes ? Ah les femmes... Elles étaient toujours terrorisées, pleines d'appréhensions face à mon approche. En même temps, la crainte que je suscitais et le respect que me témoignaient mes compagnons me rendait attrayant. Pauvre, souillé par des litres de sang, mais à l'abri des fureurs des sorciers à la marque, et suffisamment sans peur pour être rassurant en ces temps troublés. Pour la première fois, quelques unes ont partagé ma couche sans que je les contraigne ou n'ai besoin de les embobiner. Je me souviens comme leurs odeurs étaient délicates. Le parfum d'une femme qui s'offre de son plein gré est si grisant, tellement meilleur que ce que j'avais connu jusqu'alors, presque aussi bon que le goût acide de la peur qui remonte de ses pupilles en cet instant, et s'échappe par tous les pores de sa peau tandis que son corps s'étale sous mon poids. Je les ai rattrapé.
J'observe les yeux de ma victime qui deviennent de plus en plus exorbités au fur et à mesure que son corps vient à manquer d'oxygène. C'est à son tour de suffoquer. Elle n'a plus de baguette, confiscation du ministère, c'était presque trop facile. Je laisse son compagnon aux mains de mes sbires et prend plaisir à récolter ses larmes avec ma langue. Comme pour toutes les autres, j'inscris l'expression de panique contenu dans ses rétines au fond de mon cœur. Je n'ai pas l'intention de la tuer, morte elle ne vaut plus rien. Pas pour moi.
Je ne crois plus en rien, je n'ai confiance en personne. Je profite de chaque inspiration , elle sera peut être la dernière. Je ne vis que pour ces instants de liberté où mon cœur tambourine fort dans ma poitrine et où mon souffle fait souffrir chaque recoin de mon corps. Je ne vis que pour ces moments où mon reflet dans leurs yeux me prouve mon existence. Des courses effrénées, des vies gâchées, des blessures au corps et à l'âme qui n'ont plus aucune importance. Je suis encore vivant.
