Séduire pour attirer à soi. Se mettre en valeur. Se distinguer des autres. Devenir unique. Et surtout pour être aimé.
« Séduction »
Il vagabonda à droite, à gauche. Il assista à la séance drague de Georges, qui ne passa pas inaperçue : Draco avait éclaté d'un rire cristallin si fort et brusquement qu'il en avait mis la main devant la bouche, comme si ça l'avait échappé et qu'il avait honte de s'être donné ainsi en spectacle. Cela ne l'empêcha pas de continuer à pouffer plus discrètement. Il en était rouge et avait les yeux humides de fou rire. Il était si mignon, si adorable ainsi. Harry en avait le cœur qui se serrait à la fois en le voyant ainsi, et également en sachant qu'il n'en était pas la cause.
Georges et Draco ne se quittaient presque pas. Le roux avait réussi là où tous avaient échoués, et c'est lui qui l'aurait dans son lit cette nuit. Salaud… Hermione avait raison, il fallait se faire remarquer. Mais Harry n'avait rien de plus que Cormac… Il était doué au Quidditch ? Olivier aussi, et sa meilleure amie semblait croire qu'il n'avait aucune chance, lui non plus. Il n'était pas spécialement intelligent, ni beau, ni doué dans une quelconque matière, à part dans son métier d'Auror qui ne l'avançait à rien dans cette situation. Mais il n'était pas non plus stupide, moche, et incompétent. En fait, il était normal. Tellement banal. Harry aurait du être content de cette réalisation, lui qui avait toujours rêvé de normalité. Mais à cet instant, il voulait redevenir l'élu, l'idole, celui qui n'avait qu'à apparaître pour être le centre de toute l'attention. Peut-être que c'était ce que ressentait Malfoy en ce moment ? Vouloir redevenir normal pour que plus personne ne vienne le voir pour lui parler, lui serrer la main, alors qu'il n'avait rien fait d'autre qu'être tombé malade et être condamné à mourir dans la folie.
Harry eut une boule au ventre. Il venait de réaliser que Draco devait se sentir vraiment mal à l'aise dans cette soirée. Georges devait être sa bouffée d'oxygène. Peut-être même qu'il voulait redevenir le petit con que tout le monde détestait et craignait en même temps ? Tout pour ne pas être le centre de l'attention à cause de sa beauté, mais plutôt parce qu'il en était simplement l'organisateur… Harry avait ressentit ça. Il était devenu célèbre parce que ses parents étaient morts pour lui. Draco était une célébrité parce qu'il allait mourir. Quelle horreur ! Pas étonnant qu'il ait besoin du roux pour le faire rire !
Alors c'était ça la réponse ? Ce qui les différenciait tous les deux des autres, c'est qu'ils savaient ce que l'autre avait vécu ou vivait ? Harry s'en serait bien passé. Il aurait affronté un nouveau Voldemort avec plaisir si ça pouvait lui donner le sens de l'humour. Ou n'importe quel autre talent. Tout cela le mettait mal à l'aise. Une angoisse montait dans son ventre jusque dans sa gorge. Si c'était bien cela la réponse, il ne se sentait pas d'aller aborder le blond pour le soustraire aux blagues de Georges et l'attrister avec des paroles qui ne feraient que lui rappeler sa condition… Ce ne devait pas être ce à quoi pensait Hermione, c'était impossible. Cependant, il devait en avoir le cœur net.
A quelques mètres de là, il la vit qui se tenait près d'un buffet, en grande conversation avec le Professeur Filius Flitwick, dans une superbe robe de haut mage bleu nuit, ornée de perles et d'éclats de saphir. Il était le seul à maintenir la tradition des chapeaux pointus, et il avait parfaitement assorti le sien à sa tenue. Harry vint se poster près d'elle, s'intégrant aisément à la discussion. Il était question de sortilèges de défense interdits. Certains des boucliers étaient bien plus simples et rapides à utiliser, mais avait l'inconvénient d'être également des boomerangs pour les magies d'attaques qui repartaient alors dans n'importe quelle direction. Ainsi, n'importe qui d'autres pouvait être touché : un ennemi, mais aussi un civil ou un allié. Il y avait aussi un sortilège de désarmement qui faisait exploser la baguette de l'adversaire si puissamment qu'elle arrachait des doigts à la victime, et parfois la main. Pour le jeune Auror, s'intégrer à cette conversation était enfantin. Il en connaissait un rayon sur le sujet. Et il avait la particularité d'être un passionné de magie noire, loisir très rare en ces temps d'après-guerre. Il savait donc parfaitement avoir des informations inconnues d'une très grande majorité. Alors il profita d'une légère pause pour parler d'un enchantement de magie noire particulièrement fourbe : au premier abord, il est parfaitement semblable au Patronus. Même formule, même effet. Cependant, il était créé avec des images mortelles, des envies de mort terrible. Et le Patronus reproduit exactement ce que le sorcier a imaginé en le créant. Le descendant de gobelin était impressionné et nota avec application les informations données. Après avoir fait preuve de quelques minutes de politesse supplémentaires, Harry demanda s'il pouvait voler Hermione quelques instants. Il n'attendit pas la réponse polie du Professeur, qui pourtant donna son accord, et tira la brune un peu plus loin.
- « J'ai trouvé, dit-il la mine sombre.
- Ah… ? fit Hermione, prise de court et dubitative. Cela n'a pas l'air de te ravir ?
- C'est la célébrité.
- Pardon ? s'étonna-t-elle.
- Je sais ce qu'il doit ressentir en ce moment, expliqua-t-il en relevant le regard vers elle, entre l'affirmation et l'accusation. Qu'il soit autant demandé alors qu'il est simplement malade… Et personne ne le sait en plus. Ca doit être horrible. Comme lors de mon arrivée, quand tous me félicitaient pour quelque chose que je n'avais pas vraiment fait, dont j'ignorais tous les tenants et aboutissants… et qui avait causé la mort de mes parents. »
La jeune fille resta interdite quelques instants, et se mordit violemment la lèvre inférieure. Elle eut l'air soudain gênée et triste. Elle aurait dû y penser avant, mettre des mots sur ce quelque chose dont elle se doutait sans vraiment l'admettre. Son ami venait de le faire à sa place… D'une façon, cela l'obligeait à se confronter à la réalité, et peut-être finirait-il par abandonner ? Elle ne pouvait de toute façon plus rien faire, elle avait déjà tout tenté. Mais cela ne l'empêchait pas d'être triste face à l'air déconfit du brun, et à ce rappel de son propre passé jamais cicatrisé. Elle avait maintenant l'impression de marcher sur des charbons ardents. Malgré tout, elle avait dit qu'elle allait l'aider, alors elle le ferait. Et ce, même si elle ne savait pas vraiment dans quelle situation elle était en train de se fourrer. La médicomage inspira donc longuement, tentant de taire cette petite voix qui lui disait qu'elle allait faire une énorme bêtise…
- « Mince, Harry… soupira-t-elle d'un air peiné. Je ne pensais pas à ça…
- Ce n'est pas ça alors ? demanda Harry avec beaucoup d'espoir.
- Si, si, ça pourrait… Je veux dire, c'est une réponse possible… Mais c'est tellement triste. On ne séduit pas quelqu'un en le faisant pleurer, voyons ! Je n'avais pas du tout pensé à ça… Je me doutais que tout cela devait le déranger, tous ces prétendants. C'est pour ça que je voulais que tu te distingues d'une autre façon. Alors c'est justement ce genre de conversation qu'il faut éviter.
- Mais alors à quoi tu pensais ? interrogea le brun, très intéressé et plein d'espoir d'avoir enfin la bonne réponse.
- Ce dont Draco a besoin ce soir, c'est d'oublier sa maladie ! Et justement, tous tes concurrents le lui rappellent sans même s'en apercevoir. Pourquoi ? Parce qu'ils l'approchent à cause de son physique. Et ce physique est dû à sa « semi-divinité ».
- J'avais compris, Hermione… Mais dans ce cas, je nage. Je suis tristement banal, et je n'ai pas un sens de l'humour très développé. Mon seul talent, c'est de m'attirer les ennuis. Et comme tu me l'as si bien dit, il n'a pas vraiment besoin de ça ce soir.
- Je ne t'ai pas demandé de chercher un talent caché, que je sache ! Alors je reformule, une fois de plus, ma question : qu'est-ce qui fait que Draco est un personnage important dans ta vie, et ce depuis ta rencontre avec lui ?
- C'est une plaisanterie ? C'est évident !
- Dis-le !
- Parce que c'était un petit con !
- Exactement !
- Tu te fiches de moi ? Tu crois que c'est en le traitant de petit con que je vais arriver à le draguer ?
- Je croyais que tu voulais le connaître, l'approcher, être important pour lui, non ?
- C'est un essai pour apprendre à ne pas uniquement me servir de mon physique pour séduire, je vous l'ai déjà dit. Je dois donc parvenir à l'approcher. Ca, c'est la technique. Mais le but final, tu le connais parfaitement : je veux le mettre dans mon lit. »
Hermione soupira. Harry ne changerait-il donc jamais ? Elle devait sans cesse se rappeler qu'elle avait promis de l'aider, même si l'envie de l'envoyer sur les roses se faisait sentir. Pourquoi faisait-elle ça exactement ? L'espoir que Harry change ? Ou celui que son meilleur ami puisse rendre Draco heureux pour les derniers jours qui lui restent ? Ah oui : le blond voulait devenir ami avec le brun. Et ce dernier ne pense qu'au sexe… Ne lui restait plus qu'à savoir comment Draco allait se débrouiller avec ça… C'était un grand garçon, il pouvait bien gérer cela tout seul, non ?
- « Bon, cela ne règle pas le problème, souffla pour la énième fois la médicomage en se massant les tempes. Je t'explique : ce qui fait de vous des personnes à part l'un pour l'autre, c'est votre passif. Pour lui, tu ne seras jamais n'importe qui. Tu étais, es, et resteras son ennemi d'enfance, tout comme il l'est pour toi !
- Génial ! Je retourne à la case départ : je croyais être devenu une connaissance, et tu veux me faire retrouver le statut d'ennemi ?! Et en quoi ça va m'aider ? On nage en plein délire !
- Harry, ce que tu es buté ! s'énerva-t-elle, à bout de patience. On y est encore jusqu'à demain si tu ne fais pas d'effort ! On tourne en rond ! Essaye de voir les choses de son point de vue !
- C'est-à-dire ? »
Hermione inspira longuement et réfléchit intensément… Comment expliquer cela à une tête de bois comme lui ? Il pouvait être si futé et sournois avec les criminels, et totalement idiot et incompétent pour tout ce qui touchait le relationnel ! Comment était-ce possible ? Le faisait-il exprès ?
- « Très bien… commença-t-elle en prenant un ton professoral. Draco est revenu, tout sourire, tout gentil, et surtout très beau. Vous vous êtes revu et avez parlé amicalement. Pour Draco, vous n'êtes pas encore des amis, mais vous n'êtes plus du tout ennemis. A côté de ça, il y a tous ces hommes qui rampent à ses pieds. Tu es un homme toi aussi, et si tu te mets à le séduire de façon classique il va penser que tu es comme eux. Surtout que contrairement aux autres, tu connais sa condition : la raison de son apparence, sa vie raccourcie et le pourquoi de son retour en Angleterre. Cela va beaucoup le décevoir et grandement l'attrister. Il n'aura plus aucune confiance en toi et tu te retrouveras directement dans la catégorie « nuisibles ».
- Sympa…
- Mais un nuisible singulier. Pour lui, tu seras comme les autres alors que tu ne l'as jamais été. Tu as toujours été quelqu'un d'important pour lui, son ennemi d'enfance et celui avec qui il veut le plus se lier d'amitié pour ne pas avoir de regret. En ce moment pour lui, tu es unique. Et c'est ce qui te distingue des autres. Il te faut garder cet avantage.
- En gros, je suis au pied du mur. Je ne peux pas tenter quoi que ce soit, ça lui mettrait la puce à l'oreille. J'ai les mains liées.
- Pas si tu le surprends ! Tu peux agir sans qu'il comprenne que tu cherches à le conquérir.
- C'est-à-dire ?
- Il te faut être différent, avoir une bonne raison pour l'approcher. Parce que vois-tu, Draco est sur la défensive. Plus encore en ce moment où tout un tas d'hommes lui tournent autour : le moindre mot que tu prononceras pourrait allumer son alarme « attention, homme en rut » ou « attention, nouvelle drague bancale ». Une fille ou un garçon qui se fait constamment abordé peut tout prendre très mal, ou de la mauvaise manière. Une simple question anodine pourrait signifier pour lui une approche en vu d'une séduction. Donc, as-tu une bonne raison de lui adresser la parole ?
- Euh… lui dire que les shorts lui vont très bien ?
- Mauvais.
- Qu'il est en beauté ce soir ?
- Très mauvais. Tu le fais exprès ?
- Qu'il a de belles jambes ?
- Harry… L'alarme clignote ! Attention à l'homme en rut !
- D'accord. Que le buffet est délicieux et que je voudrais le nom du traiteur ?
- Hum… Pas mal. Mais comme il est sur la défensive, il attendra la suite avant d'allumer son alarme. Donc dès qu'il t'aura répondu, tu dis quoi ?
- J'engage une conversation ! Je demande… euh… si ce traiteur fait dans les anniversaires ? Parce que je voudrais l'engager pour le mien ?
- Ton anniversaire est passé… »
Voyant son ami au bord de la crise de nerfs, Hermione se posa des questions. Est-ce que tous les hommes pouvaient se mettre dans cet état quand ils voulaient mettre une fille dans leur lit ? Seraient-ils prêt à tout pour une seule nuit avec une créature de rêve ? Pourquoi ne pas laisser les choses suivre leur cours naturellement, trouver une personne avec qui ils s'entendaient bien, et se caser tranquillement avec elle, comme cela avait été le cas avec Ron ? Etait-ce simplement pour le sport ? Pour pouvoir dire « je l'ai eu ! » ? Cela avait de quoi la mettre dans une rage folle. Elle pensait que Harry n'était pas comme ça, mais le voir dans cet état lui prouvait le contraire.
Finalement, pour ne pas s'énerver inutilement comme elle se retenait de le faire depuis un bon moment, elle s'imagina sous les traits de Cyrano de Bergerac, séduisant la jeune demoiselle pour l'imbécile tourtereau incapable. Avec une différence notable : elle n'était pas amoureuse de Draco, comme l'homme au long nez l'était de Roxanne… Elle ricana intérieurement et décida de relever le défi. Elle en parlerait à Ron un peu plus tard pour qu'ils parient sur qui l'emporterait : Georges et son humour, ou Harry aidé de l'ingénieuse Hermione. Une bouffée d'adrénaline l'envahit.
- « Ressaisis-toi et écoute ! Je vais te dire ce que tu dois faire… »
Harry soupçonnait fortement que Hermione voulait qu'il abandonne purement et simplement, car son stratagème n'en était pas vraiment un : « comporte-toi en ami ». Elle disait que c'était un simple moyen pour faire évoluer leur relation d'anciens ennemis se retrouvant, en amitié naissante. Ce qui était déjà un pas en avant vers l'objectif séduction. D'après Hermione, il fallait d'abord se charger d'endormir la méfiance avant de faire quoi que ce soit. Par conséquent, le brun devait se faire violence, oublier sa libido, et agir comme un homme pas du tout intéressé souhaitant simplement renouer contact. Et l'Auror avait beau dire à sa meilleure amie que cela allait paraître louche, puisqu'il n'avait pas du tout agit ainsi les trois soirs de bricolage à l'appartement de Malfoy, elle ne voulait rien entendre. C'était sa seule chance, qu'il se débrouille…
Il doutait fortement que cela fonctionne. Comment cela se pourrait-il ? Et puis comment s'y prendre au juste ? Bon sang que tout devenait compliqué… Harry se sentait pris au piège. Il avait voulu simplement draguer le blond et advienne que pourra. Mais Hermione s'en était mêlée, se contredisant toujours d'avantage et clamant que c'était tout à fait logique. Un coup c'était, « ne l'approche pas ». Ensuite, « il faut que tu saches ce que tu veux de lui ». Puis, « arrête d'agir comme un crétin et comporte-toi normalement avec lui ». Finalement, c'était « ne l'approche pas ». Enfin, « distingue-toi des autres, réfléchis à ce que tu pourrais faire de différent ». Suivi de, « ne le rends pas triste, ça ne marchera pas ». Et encore, « il est sur la défensive, trouve une bonne raison pour l'approcher ». Pour terminer, « oublie tout, agit normalement, comme un ami ». Harry se sentait l'âme d'une girouette que le vent Hermione s'amusait à orienter selon son humeur. Ce qu'il ne savait pas, c'était que ledit « vent » se sentait exactement de la même façon.
Il n'avait rien décidé. Hermione lui disait toujours ce qu'il devait faire et comment il devait penser. Même lorsqu'il s'était en quelque sorte rebellé en persistant à vouloir Malfoy, et qu'il voulait juste une astuce, elle parvenait à l'obliger à oublier ses envies… Tout cela sous couvert d'obtenir ce qu'il voulait. Mais Harry avait plutôt l'impression que c'était elle qui avait ce qu'elle souhaitait. Il ne savait même plus quoi penser. Il ne savait plus ce qu'il voulait vraiment. Elle avait tout pris en main, et il était sa marionnette. Harry voulait simplement tenter sa chance comme les autres, et tant pis si ça ne marchait pas, il aurait au moins essayé. Mais non, Hermione voulait absolument qu'il fasse comme elle lui avait dit, alors qu'au début elle ne voulait même pas qu'il l'approche. C'était à se taper la tête contre les murs. Il était réduit à l'état de poupée dans ses mains. Il en venait même à penser que c'était Hermione qui séduisait Draco par son intermédiaire.
Draco avait débarqué dans sa vie, et tout chamboulé… C'était purement et simplement hormonal pourtant. Mais cela avait réussi à lui mettre la tête à l'envers. Libido en vrac et cerveau en bouilli, Harry ne se contrôlait plus ni ne réfléchissait. Il n'était qu'un homme après tout. Et s'il avait échoué auprès de Malfoy, il n'en aurait pas fait toute une histoire. Il n'aurait pas plongé en pleine dépression, seul son égo aurait été touché. Il se serait juste enfermé chez lui avec Sebastian et Déméter, histoire de reprendre un peu plus confiance en lui, et il aurait tout oublié. Il était simplement attiré physiquement. Ah, les hormones… Et si on mêlait les cellules grises avec, ça devenait un vrai bourbier ! Harry se mit à détester Hermione et ses plans machiavéliques. Elle se jouait de lui, il en était certain. Et lui, guidé par ses hormones, obéissait joyeusement. C'était vrai ! Quand on ne savait pas qu'une séduction était vouée à l'échec, on tentait et advienne que pourra ! Tant pis si on échouait, tant mieux si on réussissait. C'était pile ou face, et c'était tout ! Clair, simple, concis. Mais une fois que l'on annonçait clairement l'issue avant même d'essayer, cela vous coupait l'herbe sous le pied. Et, bien sûr, on voulait réussir ! Alors on changeait de tactique. Et c'était là que les ennuis commençaient… On se mettait à réfléchir un peu trop. On demandait conseil. Et ce qui était simple et sans prétention devenait un plan détaillé, calculé, minuté… Un vrai stratège de guerre ! On finissait par être obsédé par la réussite, et on en oubliait l'intention de départ. Hermione aurait pu écrire un mémoire sur ces stratagèmes de séduction. Harry pourrait en écrire un autre sur leurs méfaits…
Mais voilà, il était cuit. Il ne pouvait plus rebrousser chemin. Il avait en tête la victoire, et le simple fait de s'imaginer Malfoy allongé sur ses draps blancs lui donnait envie de préciser son plan d'attaque pour qu'il soit parfait. Il voulait réussir. Il le voulait ! Lui, cet être devenu hors d'atteinte par les explications et les manigances d'Hermione. Et plus il semblait inaccessible, plus Harry voyait l'image de son corps blanc se mêler à la blancheur de sa literie. Le tableau se dessinait parfaitement dans son esprit : la douce lueur rosée de l'aube caressant sa peau d'albâtre, faisant étinceler ses longs cheveux d'or blanc. Sa jambe nue légèrement relevée, frôlant doucement sa jumelle avec sensualité. Les bras gracieusement posés sur l'oreiller, jouant avec le satin de ses longs doigts. Un sourire mutin, des dents mordant les belles lèvres vermeilles, un regard coquin d'un gris presque blanc… Des promesses de luxure… Oh oui !
Ca le rendait fou. C'était un cercle vicieux. Il était pris au piège ! Et il savait que maintenant, s'il échouait, il déprimerait. Un échec pour quelque chose qui n'était pas calculé ni travaillé, ce n'était rien. Mais pour un plan préétabli, minuté, peaufiné… c'était une catastrophe ! Une grande déception. Cela signifierait pour lui qu'il n'aurait jamais personne, puisqu'il était incapable de séduire quelqu'un, même avec l'intelligence de Hermione. Qu'il n'était qu'un incapable, puisqu'il aurait échoué même avec l'aide de ses cellules grises. Et ces cellules grises avaient été testées et approuvées de nombreuses fois ! Donc, ce n'étaient pas elles qui devaient être remises en question, mais lui !
Harry plongeait déjà dans une grosse déprime rien qu'à penser à tout cela. Il haïssait Hermione, de tout son être pour l'avoir mis dans ce pétrin. Pourquoi ne pouvait-il pas simplement s'incruster dans la conversation entre Georges et le blond, et faire l'intéressant ? Qu'est-ce qui lui avait pris de demander de l'aide ? Mais après tout, c'était ce que préconisait sa meilleure amie après tout. Faire l'intéressant en moins… Alors que devait-il dire ? Comment oublier son attirance qui pourtant se rappelait sans cesse à lui, et qui le submergeait dès que la créature de rêve se trouvait devant lui ?
Il s'approcha de Draco. Il était accoudé au bar circulaire installé au centre de la Grande Salle, un peu plus en amont de la fontaine de Punch-à-pomme. Il avait un sourire resplendissant sur le visage, illuminant tout son être. Harry avait l'impression d'être devant un ange tant il était lumineux. Georges, à ses côtés, semblait invisible. Pourtant, c'était lui, la source de ce beau sourire. Harry avançais pas après pas, le stress montant de plus en plus. Il devait trouver quelque chose à dire, et vite ! Comment faire en sorte que son fantasme personnifié croit un mensonge aussi grossier que son désintérêt pour ce corps merveilleux ? De quelle manière pourrait-il étouffer dans l'œuf le moindre doute à ce sujet ? Comment ? Comment ? Comment ?...
- « Salut Georges, fit Harry en s'interposant entre eux, sans adresser un seul regard au blond.
- Euh… Salut Harry, répondit Georges, visiblement étonné qu'il ignore la beauté blonde. Quoi de neuf ?
- Je voulais te demander, commença-t-il avant de laisser un léger silence s'installer, le temps de rapidement trouver une idée tout en se fustigeant intérieurement pour son comportement si similaire aux trois autres soirées précédentes. Te demander… continua-t-il à réfléchir… Au sujet de ses barbe-à-papa flambées ! termina-t-il tout à coup en se redressant, heureux d'avoir enfin trouvé une suite et plein d'espoir d'être un peu moins ridicule. Tu m'as bien dit qu'elles ne brûlaient pas vraiment ?
- Euh… non… bredouilla le roux, complètement interloqué par les paroles du brun. Mais… euh… Pourquoi tu m'en parles maintenant… ?
- Tu les as soumis à des tests rigoureux ? poursuivit Harry qui avait l'imagination qui partait au galop. Parce que je ne voudrais pas que tu ais des ennuis avec le Ministère… et c'est les Aurors qui seraient chargés de venir te questionner au moindre souci.
- Oui, oui, répondit rapidement Georges, qui commençait à se demander si les Aurors n'avaient pas parlé de ses marchandises en mal et qui sentait la peur s'insinuer doucement, même s'il n'avait rien à se reprocher. T'en fais pas pour ça, je les ai testé moi-même, comme d'habitude. D'ailleurs, Draco, continua-t-il en se penchant pour voir le blond derrière Harry, un large sourire aux lèvres à l'idée de pouvoir encore entendre le magnifique rire de cette beauté. Il faudra que je te montre les photos que j'ai prises après m'être brûlé le visage ! Ce n'était pas encore au point, et je me suis retrouvé à Saint Mangouste. Heureusement, j'avais appliqué une lotion anesthésiante au cas où, donc je n'ai pas eu mal. Mais la tête que j'avais ! C'était à mourir de rire ! Et…
- Ah ! coupa Harry alors que Draco recommençait à rire timidement. J'ai vu ces photos. C'est vrai que c'est drôle. En sachant que tu n'as pas eu mal, naturellement. On ne te reconnait pas. Tu appliques souvent cette crème quand tu fais des tests ?
- Euh… oui, bredouilla Georges qui ne comprenait pas qu'on puisse snober ainsi Draco et ne savait plus vraiment de quoi il était question puisque le brun ne parlait plus des barbe-à-papa flambées. C'est moi qui l'ais créée. D'ailleurs, reprit-il en se penchant à nouveau vers le blond, ça aussi ça m'a causé pas mal de dégâts sur la figure ! J'ai eu des boutons si gros que…
- Et cette crème ? l'interrompit à nouveau Harry, qui ne voulait ni voir ni entendre Malfoy au risque de craquer face à cette merveille : il se retenait déjà de lui sauter dessus. Elle peut s'appliquer sur tout le corps ou juste le visage ? demanda-t-il du tac au tac, ne sachant même pas pourquoi il posait cette question.
- Euh… tout le corps, répondit Georges, complètement sonné, et se demandant sérieusement si Harry était fou ou aveugle pour ne pas avoir vu que Malfoy était là, vu qu'il semblait vouloir résolument l'ignorer.
- Tu la vends ? insista l'Auror qui pressait son cerveau pour trouver une logique à ses paroles.
- Je… ne sais pas encore… bafouilla le vendeur qui jetait des coups d'œil à droite et à gauche.
- Parce qu'elle pourrait être très utile pour les Aurors, assura fermement Harry, si fier d'avoir trouvé cette idée vraiment brillante qui n'était pas fausse du tout : cela pouvait effectivement être très profitable. Peut-être qu'à Saint Mangouste, ils en auraient besoin aussi. Tu devrais en parler à Hermione, ça peut l'intéresser.
- O…K… termina le roux en fronçant les sourcils, se demandant si le brun se moquait de lui ou si ces deux corps de métier pouvaient réellement en avoir besoin.
- Bon, j'y vais, fit enfin Harry, pressé de s'enfuir à toutes jambes. Il y a Ron qui m'appelle, ajouta-t-il comme excuse, bien que son collègue soit hors de vue. Si c'est encore parce que Kingsley veut que je parade devant un personnage important, je le tues ! Je déteste ça ! »
Et il s'en alla. Comme une fleur. Ou plus exactement en trottinant de temps en temps pour se dépêcher. Sans un regard vers l'objet de ses désirs… Vite, vite, être le plus loin possible. Il était mortifié de honte. Comment en était-il arrivé là ? Que lui était-il passé par la tête ? C'était ainsi qu'il voulait devenir son ami ? En l'ignorant ? Mais quelle mouche l'avait donc piqué ?! Il était si stupide ! Il se serait donné des claques s'il n'était pas en public et qu'il ne craignait pas qu'on le prenne pour un fou. En s'approchant, il n'avait pensé qu'à trouver un sujet de conversation qui aurait fait croire qu'il n'était pas intéressé par le blond. Quoi de plus logique qu'il ait donc abordé Georges et non Malfoy ? Puis il s'était senti si intimidé ! Tous ses rêves charnels étaient près de lui. Si près qu'il avait senti sa chaleur dans son dos. Cela le rendait fou, il n'était pas arrivé à penser à autre chose qu'à sa peinture mentale d'un bel ange alangui dans la lumière matinale. Il avait perdu tous ses moyens, et devait réfléchir à ce qu'il allait dire ensuite. Harry était persuadé que Georges l'avait pris pour un dément. Et que dire de Malfoy ! Il avait du le juger grossier et blessant.
Cependant, en y réfléchissant, cela devait intriguer Malfoy. Lui qui avait plutôt l'habitude qu'on le congratule et chante des odes à sa beauté. De cette façon, Draco s'intéressera à lui… peut-être ? Mais comment pouvait-on séduire en ignorant, ça n'avait aucun sens ! Hermione lui avait expliqué sa théorie, qu'il avait du mal à ingérer : « On séduit une personne en se comportant d'une façon différente des autres. Par exemple, une fille timide sera tout de suite charmée par une personne qui l'écoute. Quelqu'un qui adore la compétition et être le numéro un partout adorera celui qui parviendra à le battre, comme pour relever un défi. Et une personne comme Draco, qui a l'habitude qu'on le séduise, se rapprochera instinctivement de ceux qui ne tentent rien. » Harry n'avait rien trouvé à redire, mais il était certain qu'il existait des exceptions… Ce n'était pas possible de pouvoir tout expliquer de cette façon ! Et l'amour dans tout cela ? « L'amour vient après, une fois qu'on prend le temps de s'intéresser à quelqu'un et d'apprendre à le connaître. Au début, il faut attirer l'attention », avait répondu Hermione. Mais il n'empêchait que Harry restait sceptique… Cependant, cette théorie pouvait s'appliquer dans sa légère improvisation, non ? Il n'avait effectivement rien tenté. Donc il avait encore toutes ses chances selon la thèse de sa meilleure amie. Malgré tout, il avait l'impression qu'il se berçait d'illusions…
Une fois fondu dans la foule, il traina des pieds jusqu'à trouver ses deux meilleurs amis. Il se demandait comment il allait annoncer son échec cuisant… Et comment il allait prier pour connaître un moyen de s'en sortir. Il grimaça à cette pensée. Il devenait vraiment impotent face à Malfoy… C'était inhumain l'effet qu'il lui faisait. Jamais personne ne l'avait rendu ainsi, d'une façon aussi extrême.
Harry trouva le couple de jeunes mariés en grande conversation avec Seamus, Dean, Horace Slughorn et Aurora Sinistra. En le voyant arriver, la mine si basse, Hermione modifia son expression initialement joyeuse par un air à la fois inquiet et sceptique. Ron, à ses côtés, plissa immédiatement les yeux avant de les diriger vers le bar pour distinguer son frère et le blond qu'il ne parvenait pas à voir. Mais aucun des deux ne cherchèrent à quitter le groupe de discussion, et tous accueillirent le brun avec joie. Ils parlaient justement de Draco Malfoy et vantait sa soudaine gentillesse. Dean racontait comment Seamus lui cherchait le moindre petit défaut pour se mettre en valeur, mais n'avait pas trouvé grand-chose. Un nez trop pointu, un corps trop maigre, des cheveux trop longs… Qui veut exposer sa richesse comme avant avec des tenues hors de prix… Ses minauderies devant les hommes pour les aguicher… Il avait même émit l'hypothèse qu'il devait faire exprès d'être aussi agréable pour se faire aimer et obliger les gens à oublier le passé. Tous levaient les yeux au ciel : son nez était parfait, il était mince mais pas maigre, tant que ses cheveux ne trainaient pas au sol leur longueur allaient bien. Il avait offert des vêtements tout aussi hors de prix, il n'exposait donc pas sa richesse pour se faire valoir. Il ne minaudait pas mais se montrait assez poli pour ne pas envoyer balader tout le monde qui se montrerait trop insistant. Et sa théorie était trop ridicule pour qu'ils tentent une argumentation inverse. L'irlandais boudait.
- « Allons mon chéri, tenta son concubin en le prenant par la taille. Tu es magnifique. C'est simplement que Malfoy semble… hors compétition. Je ne suis même pas certain que ce soit humainement possible d'être aussi beau. Il a dû lui arriver quelque chose. Et ce qui est certain, c'est que cela a trait à la magie. Vous n'êtes pas d'accord ? »
Tous acquiescèrent, et les trois seules personnes qui connaissaient la vérité se sentirent obligées d'en faire autant. Le point positif était que Seamus arrêta de faire la moue pour embrasser son cher et tendre. Horace ne tarissait pas d'éloge sur le beau blond, allant même jusqu'à clamer qu'il était parmi ses élèves favoris. Un mensonge éhonté puisqu'il ne l'avait pas convié à son petit club de futurs célébrités lors de leur sixième année. Mais personne n'osa le contredire tant il semblait fier de « son petit élève ». Aurora, quant à elle, affirma qu'elle n'avait jamais eu de problème avec lui puisqu'elle s'occupait rarement de ce qui pouvait se passer en dehors de ses cours. Hors, Draco Malfoy avait toujours été un élève studieux dans toutes les matières, se retrouvant perpétuellement à la seconde place, devancé par Hermione Granger. Cela le mettait d'ailleurs en rogne très souvent.
- « Ah ça ! N'en parlons pas ! s'exclama Theodore Nott qui vint s'insérer dans leur cercle d'autorité, un sourire mesquin aux lèvres. Il nous énervait tous à cause de ça. Dans le dortoir, il criait et cassait tout ce qui pouvait lui tomber sur la main pour se défouler. Naturellement, il mettait un sort de silence avant, pour que les autres Serpentards n'entendent pas qu'il pouvait de temps en temps se laisser aller comme tout le monde. Il n'y avait que Blaise, Pansy, Millicent, Vincent et Grégory qui savions. Mais les deux filles assistaient rarement à ces moments de folie furieuse, même si elles venaient parfois nous aider à le calmer. Et cela recommençait à chaque fin de trimestre, parfois à la remise même d'un devoir. Ou encore quand il recevait une lettre de son père qui lui signifiait à mots couverts qu'il ne serait fier de lui que quand il serait premier de la promotion. Heureusement qu'il battait tout le monde haut la main en potion. Enfin, sauf en sixième année… On va dire que ce n'était pas sa meilleure année celle-ci…
- Mouais, grimaça Seamus, pendu au bras de son compagnon. Il n'avait les meilleures notes en potion que parce qu'il était le chouchou de Rogue. Et comme par hasard, lors d'un changement de professeur dans cette matière, il s'était fait détrôné !
- Cela ne l'a pas empêché de ne pas être premier en Défense Contre les Forces du Mal lorsque Rogue en était l'enseignant, contrattaqua Hermione. Et puis il est vrai qu'en sixième année il était… plutôt occupé. Les notes n'étaient plus du tout sa priorité. Et puis son métier n'est-il pas la preuve qu'il est doué dans ce domaine ?
- Ce n'était pas très surprenant, renchérit Theo, heureux que la jeune femme ait pris la défense de son ami à sa place. Rogue lui donnait des cours dès qu'il fût en âge de tenir une louche. Il a toujours adoré ça et dévorait tous les livres traitant du sujet. Entre un don certain pour cet enseignement, la pratique régulière, l'apprentissage très tôt, et la passion… Tout était réuni pour qu'il devienne un maître dans l'art. Je crois que si Rogue était encore vivant, il aurait été très fier à la fois de son filleul et de son jeune élève qui l'a sans aucun doute détrôné.
- J'aimerais beaucoup discuter avec lui de son travail au Centre de Potionologie de Moscou, sourit Horace. Mais il est tellement demandé que je n'ai pas eu l'occasion de l'approcher une seule fois ! Et maintenant qu'il rit avec Georges Weasley, je n'ai pas le cœur de les déranger. Ils ont l'air de tellement s'amuser tous les deux. Et puis, je ne veux pas perturber les projets du jeune Weasley, termina-t-il en gloussant.
- Et toi, Theodore ? questionna Harry qui ne souhaitait pas que la conversation dévie vers le possible futur couple. Tu n'étais pas très attiré par les études si je me souviens bien.
- Quelle horreur, non ! singea-t-il l'outrage, son sourire toujours aux lèvres. Quelle infamie de tous nous enfermer dans une pièce pour nous marteler des informations jusqu'à ce qu'on les apprenne par cœur. J'ai toujours trouvé ça barbare.
- Vous auriez préféré être ignorant ? fit Aurora en levant un sourcil incrédule.
- Je pense que la connaissance doit se mériter. Il faut la vouloir pour l'acquérir, et donc se montrer un minimum curieux. Pourquoi obliger des enfants à savoir des choses dont ils ne se serviront jamais plutôt que de se concentrer sur ce qu'ils veulent et aiment ? C'est stupide !
- Vraiment ? insista Sinistra qui commençait à sourire d'amusement face à cet argument ridicule. Vous pensez donc que tous les enfants savent ce qu'ils veulent faire plus tard ? Vous pensez qu'il est inutile d'élargir au maximum ses connaissances ? Libre à eux d'oublier ou perfectionner par la suite. Et beaucoup ne chercheraient à rien savoir du tout, se prélassant dans l'ignorance… Comment faites-vous pour concilier tout cela ? Comment peut-on trier les enfants qui méritent de savoir, ceux qui ne veulent que certaines informations, et peut-on réellement laisser les autres rester incultes ? N'avez-vous pas la notion d'une certaine « culture initiale » que tout un chacun doit avoir pour avancer dans la vie ? Et l'égalité alors ?
- Calmez-vous madame, rit franchement le châtain. Je comprends très bien ses arguments pour les avoir entendu des centaines de fois de la bouche de Blaise. Il se trouve juste que certains enfants ne peuvent pas apprendre de cette manière. Pour ma part, j'avais toujours des notes exécrables et eu mes ASPICs de justesse grâce à la ténacité de mes amis qui refusaient de me voir échouer. Mais une fois dehors, j'ai enfin commencé à comprendre l'utilité de tout ce savoir, et ai tout réappris par moi-même. A présent, je peux faire un Patronus corporel, lire la carte des étoiles et interpréter les signes, réaliser un Antidote contre un venin quelconque, transformer un objet en récipient pour faire cuire mes pâtes, ou encore exécuter un Aguamenti sans avoir à m'y reprendre à trois fois. De ma part, cela relève du miracle.
- Il est bien trop compliqué de varier l'enseignement pour s'adapter à chaque élève, persista la Professeur d'Astronomie. Mais je suis ravie que vous ayez enfin trouvé votre voie. »
Pansy arriva à cet instant et demanda de quoi ils parlaient. Harry, Ron et Hermione profitèrent de ce moment pour s'éclipser en s'excusant, prétextant avoir faim. Ils se dirigèrent vers le buffet pour prendre quelques amuse-gueule, et la jeune épouse interrogea immédiatement son ami.
- « Alors ? Tu as réussi ? Tu n'avais pas la tête de quelqu'un content de lui… Quelle bourde as-tu encore fait ?
- Comment peux-tu être si certaine que j'ai forcément fait une gaffe ? se renfrogna le brun en enfournant un toast de calamar au gingembre.
- J'ai tort peut-être ? le provoqua-t-elle en piquant une saucisse caramélisée enrobée de graines de citrouille.
- Non… »
Harry inspira une grande bouffée d'oxygène et se lança dans son court récit. Hermione se prit la tête entre les mains avant qu'il ne finisse, et Ron le coupa régulièrement pour demander le détail de la conversation. Il maugréa que le Bureau des Aurors allait devoir faire une demande de la lotion anesthésiante pour son frère à présent. Il s'attendait à se faire enguirlander par la comptable, une sorte de pitbull répondant au doux nom de Malicia Eville. A la fin, aucun des trois n'osa parler. Ron le fixait avec un air de pitié qui agaçait le brun, tandis que la médicomage gardait résolument le regard fixé sur une châtaigne fourrée au Whisky-Pur-Feu. Elle avait la mâchoire contractée et les sourcils froncés, clairement mécontente. Cependant, elle se réfrénait pour ne pas vexer ou mettre en colère son ami.
- « Bon… finit-elle par dire, articulant difficilement ces mots. Ca peut marcher…
- Tu crois ? espéra Harry un peu piteusement.
- Oui… soupira la jeune femme à contrecœur. Ce n'est pas du tout ce que j'aurais préconisé, mais bon… Pourquoi pas si tu n'arrives pas à faire autrement… Mais c'est tout de même extraordinaire ! éclata-t-elle finalement, n'en pouvant plus, dans de grands gestes théâtraux. C'est si insurmontable pour toi d'être agréable avec Draco ? C'est impossible d'être son ami ? C'est soit un amant, soit un ennemi pour toi ?
- C'est juste que son physique me bloque complètement ! tenta de se justifier le brun. Près de lui, il me met dans tous mes états, j'ai le corps qui entre en ébullition. Alors se montrer agréable sans qu'il pense que je le séduis, c'est effectivement compliqué dans ces conditions ! »
Hermione soupira, ravalant toutes les répliques qui lui passaient par la tête. Soit, admettons. Ne restez plus qu'à conjuguer avec cela. Cela pouvait sérieusement marcher, mais elle n'aimait pas ça du tout. Au lieu de devenir son ami, il pourrait redevenir son ennemi, de manière gentillette tout de même. Et le pire, c'est que cela pourrait vraiment fonctionner ! Elle n'en revenait pas qu'elle allait cautionner cela. Non, non, et non, elle n'aimait pas ça ! Mais voilà, les dés étaient jetés. Premièrement, elle lui avait promis son aide. Deuxièmement, elle venait de parier avec Ron sa réussite. Et elle ne voulait pas perdre. Il allait lui falloir faire avec, et elle le déplorait.
- « Très bien, alors tu vas continuer à l'ignorer, lui ordonna-t-elle.
- T'es sûre ? ne put s'empêcher d'intervenir Ron, interloqué que l'ignorance puisse être un moyen pour charmer.
- C'est faisable, consentit à dire la jeune épouse en des gestes énervés. Il va falloir que tu ailles régulièrement le voir et parler à son interlocuteur mais pas à lui. Mieux encore, si tu pouvais amener ailleurs son compagnon de conversation pour laisser Draco seul, ça serait parfait.
- Mais c'est dégueulasse ! s'offusquèrent Harry et Ron.
- C'est toi qui l'as cherché, Harry ! s'indigna Hermione qu'on puisse la juger détestable dans ces circonstances. Ne me cherche pas tu n'as pas vraiment ton mot à dire maintenant. Tu dis toi-même ne pas pouvoir faire autrement. Alors vas-y ! Mais fait-le jusqu'au bout. Ou alors tu laisses tomber.
- Tu crois encore pouvoir gagner, chérie ? sourit sournoisement le roux. Je t'autorise à revenir sur ta décision et je baisserais ta punition, si tu veux.
- Hors de question ! Je maintiens que cela peut marcher !
- De quoi vous parlez tous les deux ? s'étonna le brun.
- On a parié, expliqua le jeune époux hilare. Si Draco part avec Georges, Hermione devra réaliser un de mes fantasmes.
- Et si c'est avec toi, Ron m'a promis un mois entier à faire la vaisselle ! »
Et ça s'appelait des amis ! Harry leva les yeux au ciel. Ces deux là avaient pris l'habitude de se lancer des paris parfois abracadabrants, sans jamais miser de l'argent. Quand ils ne parvenaient pas à faire valoir leur volonté dans la vie de couple ni n'arrivaient à aucun compromis, ils gageaient leurs envies. Le perdant n'avait rien à dire, mais les règles étaient strictes. Il fallait des limites dans le temps voir des quantités bien précises, que le gagnant ne profite pas de sa victoire indéfiniment. A la fin du gage, si jamais le lésé manifeste l'envie de remettre en jeu les mêmes mises, le précédent vainqueur aura un handicap quelconque. Une fois, la jeune médicomage avait réussi à remporter trois paris d'affilée. Ron avait du faire le ménage façon moldue trois fois pendant un mois. Quant à Hermione, elle n'eut plus à ranger les vêtements de Ron qui, dès ces événements, en devenait presque maniaque. Harry avait beaucoup rit.
Mais là, ils se servaient de lui pour régler leurs problèmes de couple. C'était assez exaspérant. L'avantage était que Hermione avait un intérêt personnel à ce qu'il ramène bel et bien Malfoy chez lui. Cela le rassurait, et lui redonnait confiance en ses conseils, ou plutôt ses ordres. Elle lui agrippa le bras pour lui chuchoter à l'oreille la prochaine étape. Elle ne voulait pas que son mari puisse, par hasard, tricher en informant Georges des intentions du brun. Même si grosso modo il savait ce qui allait se passer.
Harry en était sûr : Malfoy allait le détester. Même si son alarme rouge « attention dragueur en vue » ne clignoterait pas, l'ampoule verte « c'est un possible sex-friend » ne s'allumerait jamais. Il était déprimé, mais sa meilleure amie avait raison : il n'avait qu'à s'en prendre à lui-même. Il se demanda s'il était réellement incapable de se montrer gentil envers le beau blond. Près de lui, il se sentait comme un enfant timide face à la plus belle fille de l'école. C'était un sacré handicap ! Peut-être même qu'il n'aurait jamais pu tenter de le séduire, un peu à la manière d'un alpiniste devant une montagne infranchissable. Il se sentait ridicule, pitoyable, affligeant… C'était revenir à l'époque où, devant Cho Chang, il était si maladroit qu'il en était devenu risible. Draco Malfoy semblait avoir le don de le faire revenir à Poudlard, le faire régresser à l'état du petit garçon malingre qui manquait de confiance en lui. Alors quand il le vit, toujours en compagnie de Georges mais également de ses amis Serpentards, une boule se forma instantanément dans son ventre.
Il attendit pour voir si son cœur pouvait se calmer. Il en profita pour observer, l'air de rien avec sa coupe de Poiré. Le roux semblait s'intégrer parfaitement aux serpents et parvenait même à faire sourire légèrement le stoïque Blaise. Harry trouvait cela injuste que le Langue-de-Plomb se montre amical envers le vendeur de Farces et Attrapes, alors que celui-ci le séduisait ouvertement. C'était flagrant ! Le brun, lui, n'avait pas le droit à un tel traitement de faveur. Et s'il s'approchait, nul doute qu'il allait être mal accueillit… Sans compter que Zabini avaient de fortes chances de découvrir la supercherie si Harry n'était pas suffisamment subtil… Une autre source de stress. Harry se demandait si finalement il n'allait pas abandonner quand il jeta un coup d'œil vers le beau blond… Non, il ne pouvait pas laisser tomber sans avoir essayé. Qu'importe la réussite, il fallait qu'il fasse de son mieux pour ne rien regretter. Parce qu'avec une bombe pareille sous les yeux, il serait profondément crétin de renoncer.
Une grande goulée d'air, finir l'alcool cul-sec, poser le verre, lisser son vêtement, remettre ses fameuses lunettes de soleil… Il était prêt. Il avança d'un pas conquérant, son discours bien choisi durant son examen visuel. Finalement, c'était plutôt une providentielle coïncidence, puisqu'il aurait été plus difficile de trouver à nouveau une autre excuse pour converser avec Georges. Il se devait simplement d'agir le plus naturellement possible, mais ne pouvait pas non plus montrer son trouble envers le blond pour que son stratagème « j'attire l'attention en me distinguant des autres par l'ignorance » fonctionne. Harry se dit que le mieux était de ne pas trop réfléchir et se lancer à corps perdu. Après tout, agir avait toujours été son point fort, que cela soit contre Voldemort que pour son métier d'Auror.
Il s'approcha d'eux en souriant, sans s'arrêter une seule fois ni faire mine d'arriver là par hasard. Ne pas instaurer le doute, tous devaient penser qu'il venait pour une raison précise qu'il allait leur dire, et surtout pas pour un autre objectif. Il salua d'abord tout le monde d'un sourire, et posa les questions d'usage et de politesse en prenant bien garde de ne pas regarder le blond. Ce ne devait pas paraître suspect puisqu'il en faisait de même depuis quelques jours. Est-ce que tous passaient une bonne soirée, s'ils avaient pu revoir des amis ou connaissances, ou encore connaître des personnes auparavant juste aperçues. Apparemment seuls leurs camarades de maison et les Professeurs les avaient approchés, à part Georges. Dès que Draco parlait, Harry faisait exprès de poser tout de suite après une question à une autre personne. Combien de temps avaient-ils mis pour organiser une soirée aussi monumentale, qu'elle était vraiment réussie, qui était le traiteur embauché, etc. Finalement, le brun avoua enfin la prétendue raison de son incrustation dans leur cercle. Il était très fier de son petit effet : tourner autour du pot pour faire croire désirer leur compagnie pour le plaisir uniquement, usage dont personne n'était dupe mais faisait mine de réellement le penser, le tout endormait forcément la méfiance… A part peut-être pour Blaise, il devait donc se montrer le plus convaincant possible.
- « Dis-moi, Zabini… fit-il, faussement hésitant, aidé pour ce jeu d'acteur par son stress augmentant graduellement. J'ai entendu une rumeur qui ne me plait pas beaucoup tout à l'heure.
- Une rumeur ? s'étonna le Langue-de-Plomb, suspicieux.
- Il semblerait que j'ai un collègue Commandant qui veuille faire une descente chez toi pour vérifier qu'il n'y a aucun artefact de magie noire…
- Quoi ?! s'indigna le noir, hors de lui. Mais pourquoi ?!
- Je n'en ai aucune idée, c'est Ron qui a entendu ça hier. Une discussion de couloir qu'il a intercepté par hasard. Je ne sais même pas qui en serait chargé, ni si c'est véridique. Si il faut, c'est juste des « on dit » qui sont totalement faux. Mais au cas où, je préférais te prévenir. Je n'ai jamais vraiment aimé qu'on s'en prenne à quelqu'un sans vrai raison. Si jamais cela se fait vraiment, je lancerais moi-même une enquête sur le Commandant ou le Chef de Section qui viendra inspecter ton domicile.
- Et pourquoi tu ferais ça ? demanda Theo, ricanant. Un élan d'altruisme tout ce qu'il y a de plus héroïque ?
- Mais non voyons ! protesta Pansy en tapant sur le bras de son ami châtain, lui faisant renverser un peu de son Whisky-Pur-Feu sur le sol, qu'il regardait étalé sans expression avant qu'un elfe de maison passe pour nettoyer en une seconde. Tu ne te souviens pas lorsque Potter a été obligé d'enquêter sur moi au moment où Garrick m'avait nommé comme son héritière professionnelle ? Il a été très correct et est allé se plaindre auprès de Kingsley pour perquisition abusive. Bon, ça n'a pas fait suite, puisque c'était plutôt une vérification de routine pour une ancienne Mangemort qui obtient un statut d'importance. Devenir le principal fabricant des baguettes pour les sorciers et surtout pour les enfants entrant à Poudlard, n'est pas une fonction négligeable… Et Potter a aidé Blaise aussi ! C'était en 2004 je crois ?
- Oui, approuva le noir en sirotant sa flûte de Pétiampagne d'un air désintéressé malgré son énervement dû à l'annonce de l'Auror encore présent. C'était très douteux et après avoir été obligé d'obéir, il a porté plainte auprès de Shacklebolt contre son propre Chef de Section qui a été rétrogradé au rang de Lieutenant en guise de punition. Potter ne s'est pas vraiment fait des amis avec cette histoire… Ce que je ne comprends pas, c'est justement pourquoi ils voudraient refaire une perquisition chez moi après l'énorme scandale qu'a suscité la première ? Ca n'a pas de sens.
- Je n'en ai aucune idée, insista Harry en ce demandant si ce n'était pas un peu trop énorme finalement, sachant qu'il avait inventé cette histoire de toutes pièces, et qu'il devait rapidement trouver un subterfuge supplémentaire. Je ne sais pas, peut-être que… réfléchit-il intensément. Peut-être qu'ils pensent que si je ne participe pas personnellement à ce genre de missions, je n'irais pas protester au sommet de la hiérarchie ? tenta-t-il, conscient que c'était très mince. Bref ! termina-t-il pour couper court aux spéculations. Je voulais juste te prévenir, c'est tout. Je répète : c'est peut-être totalement faux. Fais juste attention. »
L'Auror sentit que le Langue-de-Plomb avait eu beaucoup de mal à le remercier, mais le fit tout de même. Il salua tout le monde et s'en alla. Il osa jeter un regard vers le beau blond pour la première fois depuis son arrivée dans leur groupe. Celui-ci fixait le brun d'un air inexpressif, comme s'il attendait quelque chose de lui. Et dès que leurs yeux se croisèrent, il lui sourit timidement. Harry s'empressa de partir sans lui retourner la pareille. Il ne vit pas le visage attristé que prit alors Draco.
Le brun se maudit et se traita de vrai salopard. Il faisait peur à Zabini, le menaçait indirectement d'une enquête, uniquement pour attirer l'attention d'une créature de rêve. Pouvait-il être plus loin de son état de héro ? Jusqu'où pourrait-il aller pour les beaux yeux de Malfoy ? Il devait se rattraper, et vite ! Il fit immédiatement demi-tour, cherchant une excuse tout à fait innocente pour se racheter, au moins pour sa propre conscience morale. Ses réflexions furent facilitées par le fait qu'il ne pensait plus au bel ange mais plutôt aux trois Serpentards, victimes sans le savoir de sa technique de séduction singulière.
- « Au fait ! fit-il d'un air avenant, se replaçant à côté de Blaise, face à Pansy. J'ai failli oublier, s'amusa-t-il tout seul, heureux de pouvoir peut-être faire une bonne action. Hermione et Ginny m'ont demandé de savoir si tu voulais bien leur signer un autographe sur l'un de tes livres qu'elles ont acheté, Theo. C'est possible ?
- Sérieusement ? s'étonna le châtain qui était loin de penser que les deux lionnes pouvaient aimer ses romans à ce point. Un autographe ?
- Elles n'ont pas l'ouvrage avec elles, naturellement, rit le brun. Ca serait plutôt pour savoir si elles doivent les apporter la prochaine fois… Comme je devais venir parler à Zabini, elles voulaient que j'en profite pour te le demander.
- Bin… ok. Pas de problème… bredouilla Theo qui n'arrivait pas à se remettre de sa surprise, ce qui fit beaucoup rire la jeune brune Serpentard qui savait son ami très rarement stupéfait et même toujours blasé par son cynisme.
- Et toi, Pansy, ajouta Harry, faisant presque sursauter la brune qui se demandait ce qu'il pouvait bien lui vouloir, se pointant elle-même du doigt comme s'il s'était trompé de personne. Tu continues toujours de chanter dans des soirées ou tu as arrêté pour te consacrer aux baguettes ?
- Euh… ça… dépend ? hacha-t-elle à la manière d'un élève qui ne connaissait pas la bonne réponse à la question de son professeur. Pourquoi ?
- Parce qu'on voulait venir voir un de tes concerts, mes amis et moi, ricana Harry comme si c'était évident. Tu nous tiendras au courant du lieu et de la date du prochain ? »
Il partit définitivement après qu'elle eut acquiescé sans comprendre ce qui lui arrivait. L'Auror ne vit pas le sourire attendri d'un blond ravi. Lui-même était également aux anges. Il en oubliait presque son erreur précédente avec Zabini. Il espéra de tout son cœur que le Langue-de-Plomb n'avait rien de vraiment illégal chez lui. Mais il avait cru comprendre qu'il avait tellement peur d'un renvoi abusif à cause de son passé qu'il faisait bien plus d'efforts que tous les autres pour être irréprochable. Harry ne pouvait s'empêcher de penser que c'était lui qui avait fait quelque chose d'illégal avec sa menace. Il avait peur que cela puisse lui retomber dessus. Cependant, il avait bien précisé qu'il s'agissait de bruits de couloirs et qu'il pouvait très bien ne rien se produire. Avec un peu de chance, il n'aurait pas besoin d'instaurer une réelle rumeur qui pourrait très bien mener à des événements et actions immaîtrisables et non désirables. Il devait juste tenir au courant Ron, qui était celui censé avoir entendu les rumeurs. Il s'empressa d'aller le lui dire. De même qu'à Hermione et Ginny pour les autographes, ce n'allait pas être un problème puisque celles-ci adoraient effectivement les fictions policières de Nott, et tous ses amis pour aller assister à un concert de la jeune chanteuse.
Il les trouva avec le fantôme de Cuthbert Binns, Professeur d'Histoire de la Magie. Le roux avait l'air de s'ennuyer à mourir et vit en Harry l'arrivée du messie. Il l'entraîna avec lui plus loin, demandant à sa femme de les rejoindre plus tard. Elle n'avait pas l'air très contente d'être ainsi abandonnée, mais acquiesça avant de poursuivre son débat sur les Gobelins avec Binns. Ron lui demanda des détails que Harry ne voulait pas lui donner pour ne pas avoir à se répéter quand Hermione les rejoindrait. En attendant, ils se restaurèrent en rejoignant Olivier, Marcus, Angelina, Katie, Alicia, Miles, Ginny, Terrence et Roger, les anciens joueurs de Quidditch de Poudlard dans les différentes maisons. Sans surprise, ils ne parlèrent que de sport. Le roux préférait nettement ce sujet !
Quand Hermione arriva au bout de quelques minutes, ils s'exilèrent tous les trois, avec une Ginny curieuse, dans un coin. Le brun leur raconta tout dans le détail, craignant un nouveau reproche de ses amis pour ce qui était le cas Zabini. Mais au contraire, la brune était enchantée.
- « Mais c'est parfait ! s'exclama-t-elle d'un air autant surpris que joyeux de son idée. C'est exactement ce qu'il fallait faire. Non seulement tu as ignoré Draco pour parler à Blaise, alors qu'ils savent tous à quel point vous ne vous appréciez pas, mais en plus tu t'es mis en valeur de la plus belle des façons !
- Comment ça ? ne put s'empêcher de demander Harry qui ne voyait dans cette idée qu'une menace absurde loin d'être nécessaire, voire potentiellement dangereuse.
- Déjà, tu fais preuve d'une intégrité tout ce qu'il y a de plus honorable en allant le prévenir. De plus, cela rappelle que tu as déjà fait cela à deux reprises pour les amis de Draco : Blaise et Pansy. Dont, pour le premier, cela a abouti à une punition pour ton propre supérieur ! Tu étais allé jusqu'à t'en prendre à ton chef, te mettant dans une situation plutôt risquée. Bon, tout le monde sait que tu ne craignais pas grand-chose au vu de ton statut de héro, mais tout de même. Se dresser contre la hiérarchie n'est pas négligeable. Tu pouvais t'attirer des ennuis, te créant des ennemis. Sans compter que cela pouvait te donner la réputation d'un « défenseur de Mangemorts » ou du moins de Serpentards, en contradiction avec ton rôle de Survivant. Ceci, ils le savent tous très bien. Et pour Draco, cela te place sur un piédestal, ou presque. Ca ne veut pas dire qu'il te vénère ou quoi que ce soit, mais te met au moins en valeur. Et après, tu en rajoutes sur ton amicalité envers les Serpentards, et surtout ses amis, en demandant un autographe à Theo ou promettant d'assister à une représentation musicale de Pansy ! Tu te présentes comme un saint défenseur des opprimés quels qu'ils soient, sans te soucier d'un possible prix à payer, et qui ne se limite pas à les défendre mais aussi de s'intéresser à eux.
- Avec tout ça, tu n'as pas adressé une parole ou même un regard vers Malfoy, alors personne ne doit se douter de tes intentions, sourit Ginny devenue soudainement joyeuse à l'idée d'avoir une dédicace de son auteur préféré sans même l'avoir demandé. Non, franchement, c'est plutôt bien joué. Après, est-ce que ce sera suffisant ?
- Elle a raison, affirma Ron toujours sceptique sur la réussite de ce stratagème et qui ne voulait pas perdre son pari. Ce n'est pas de cette façon qu'il va te tomber dans les bras.
- Et pourtant, sourit malicieusement la médicomage. Il y a le danger de la perquisition chez Blaise ! Draco ne peut pas l'ignorer, c'est son meilleur ami. Il va peut-être venir lui demander d'étouffer cette rumeur ou de chercher si elle est vraie ? Ou encore de faire en sorte qu'il n'y ait plus aucune descente chez lui ?
- Et s'il ne fait rien ? demanda le roux. Je ne vois pas pourquoi il penserait pouvoir faire quelque chose après tout ?
- Pour la simple et bonne raison qu'il veut être ami avec Harry, il veut se rapprocher de lui et celui-ci persiste à l'ignorer. Au bout d'un moment, il va forcément trouver un prétexte pour aller lui parler, et Harry lui a servi cette raison sur un plateau d'argent. C'est un peu comme s'il lui avait tendu la main, l'air de rien.
- T'es sûre de toi, là ? questionna Ginny, qui ne savait pas trop vraiment quoi en penser. Tu penses que Malfoy veut à ce point devenir ami avec Harry ? Pourquoi ?
- Au début, c'est surtout pour mourir sans regret, connaître et se lier d'amitié avec tout le monde, surtout les personnes avec qui il ne pouvait pas dans sa jeunesse, dû à sa famille et les idéaux de celle-ci. Maintenant, je pense sincèrement que la résistance de Harry, qu'il l'ignore sans cesse, font que cela devient un défi. Plus encore depuis notre rencontre par hasard sur le Chemin de Traverse où il pensait que tout se passait bien et qu'ils pourraient bien s'entendre. D'ailleurs en parlant de ça, Harry… Qu'est-ce qui a changé ? Ca se passait bien pourtant quand il t'a suivi dans l'Allée des Embrumes avec Theo ?
- C'est simple : j'avais comme objectif de le mettre dans mon lit et voulais le séduire de façon classique. Je voulais lui tendre une sorte de petit piège en lui demandant de venir au Manoir Malfoy avec moi, et même s'il m'intimidait par son physique de rêve, il me fascinait tout autant. Mais il y a eu l'histoire du livre des Horcruxes, puis tenter d'interroger Blaise la terreur du Ministère qui ne me porte pas dans son cœur et qui ne supporte pas que je drague son meilleur ami… Donc je ne devais plus rien tenter, et ça m'a bloqué. Et maintenant que je sais ne plus pouvoir rien extorquer à Zabini, j'ai l'impression que cette soirée est un peu ma dernière chance… et toi, Hermione, tu m'as mis des millions d'informations dans la tête toute la journée. Je ne savais plus ce que je voulais, finalement je le veux trop, puis il y a le stratège pour l'attirer dans mes filets… Bref, je ne suis vraiment pas à l'aise dans cette histoire ! Voilà tout ce qui a changé… »
Ses trois interlocuteurs restèrent silencieux quelques instants… La jeune brune, particulièrement, n'aimait pas du tout se sentir un peu honteuse. Elle ne trouvait pas qu'elle avait à se reprocher quoi que ce soit. Elle avait fait ce qui était juste, rien de plus. Elle arrêta brusquement l'ange qui passait en assurant à nouveau que le beau blond viendrait de lui-même discuter avec son ancien ennemi d'enfance.
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Du côté des Serpentards, les conversations allaient bon train. La colère de Blaise était légèrement retombée pour laisser place à de l'incompréhension face à la mise en garde de Potter. Pourquoi ? Il avait déjà subi une telle inspection, quel était l'événement qui avait provoqué une telle décision ? Cela sortait de nulle part. Il y a toujours un fait quelconque pour engendrer une telle action. Mais lequel ? Et il avait beau faire partager ses doutes à ses amis, personne ne trouvait de réponse. Pansy insista en répétant que l'Auror l'avait prévenu qu'il ne s'agissait que de bruit de couloir, que ce n'était pas forcément vrai. La question était alors : qu'est-ce qui avait provoqué cette rumeur ?
- « Tu n'aurais rien fait de particulier qui pourrait susciter l'inquiétude ? demanda Georges, tout aussi étonné que les serpents.
- Non, je ne vois pas… Et pourtant je fais très attention.
- C'est peut-être cette réserve dont tu fais preuve, proposa Theo qui jouait avec un cure-dent.
- Je fais ainsi depuis huit ans, alors pourquoi maintenant ? s'offusqua Blaise qui se vexait vraiment d'être ainsi soupçonné alors qu'il était sans doute plus irréprochable que plus de la majorité des sorciers.
- Tu ne peux pas demander à Potter et Weasley de t'aider ? proposa Draco en faisant tourner son Punch-à-pomme dans le verre. Vu qu'il a déjà agi contre ce genre de pratiques abusives envers les anciens Mangemorts, peut-être qu'il voudra bien faire quelque chose ?
- Hors de question que je leur demande quoi que ce soit ! fit fièrement le noir, qui voulait garder sa dignité et se débrouiller tout seul. S'ils veulent intervenir, qu'ils le fassent. Mais moi, je n'irais pas quémander leur assistance. De toute façon, les Aurors peuvent bien venir, je les accueillerais avec du thé et des scones. Je n'ai rien à me reprocher.
- Il y a le risque qu'un des perquisiteurs voue une haine très forte envers nous et dissimulent de fausses preuves ! insista Pansy, réellement inquiète pour son ami. Tu n'as pas peur de ça ? A chaque fois que ce genre d'actions auroresques a lieu, il y a ce danger.
- Ca, je ne pense pas, ricana Blaise. Ils ont un peu trop peur de moi pour me flouer ainsi. Je suis connu pour avoir des yeux partout, puisque je suis au courant de tout ce qui se passe au Ministère, même les intrigues les plus secrètes. Je les entends élaborer les théories les plus farfelues pour savoir comment je fais, c'est hilarant. Donc non, je ne pense pas qu'ils s'aventureraient à ça. »
Cela ne sembla pas rassurer la jeune femme qui n'insista cependant pas. Blaise décida de changer de sujet pour ne pas s'appesantir, et demanda si Theo s'était senti flatté de la question de Potter pour un autographe. Le châtain grogna et se noya dans son Whisky-Pur-Feu pour ne pas avoir à répondre. Il voulait démontrer qu'il s'en moquait, mais tous savaient qu'il était ravi, tout bouffi d'orgueil que même des Gryffondors estimaient son travail. Draco souriait doucement. Si son meilleur ami ne voulait pas bouger, il réfléchit à s'en occuper lui-même. Il chercha des yeux l'Auror brun, envisageant d'aller le voir. Et s'il pouvait par la même occasion lui arracher une parole à son intention, agréable si possible, il ferait d'une pierre deux coups. Cependant, le Langue-de-Plomb connaissait très bien sa princesse. Il s'approcha de lui pendant que Pansy, Theo et Georges plaisantaient, ou plutôt Theo ricanait cyniquement.
- « Je t'interdis d'aller voir Potter », lui chuchota-t-il à l'oreille.
Draco ne savait pas vraiment s'il devait être scandalisé par l'ordre évident de son meilleur ami, s'il devait être surpris et honteux qu'il ait pu comprendre ses intentions si facilement, ou dubitatif des raisons qui l'avait poussé à lui dire cela. Il n'osa rien dire, gardant en tête qu'il devait avoir une petite conversation avec lui.
Le blond resta avec ses amis, même si Georges tenta plusieurs fois de l'amener plus loin pour un tête-à-tête. Le roux avait fini par être obligé de partir, appelé par ses propres relations un peu trop souvent. Il promit de revenir, mais Draco ne pensait plus qu'à Potter et Blaise. Il voulait parler aux deux et devait commencer par le second. Cependant, il attendait l'occasion…
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Harry s'impatientait. Il doutait de plus en plus fortement des affirmations passées de sa meilleure amie. Malfoy ne venait pas. Et plus le temps passait, moins il y avait de chances qu'il s'approche. C'était un échec. Ron jubilait : il était certain d'avoir gagné son pari. Mais c'était sans compter sur Hermione qui n'avait pas donné son dernier mot.
Voyant qui ne se passait rien de ce qu'elle avait prévu, elle alla voir Harry pour lui dire de retourner auprès de Draco une troisième fois. Il fallait donc trouver une raison, chose un peu plus compliqué vu qu'il aurait paru louche de revenir. Effectivement, il était allé voir les Serpentards pour une raison précise qu'il avait mentionnée après un peu de politesse et était reparti immédiatement après, prouvant qu'il n'avait pas spécialement envie de rester avec eux. Alors la jeune médicomage annonça qu'elle et son mari allaient l'accompagner.
Et c'était ce qu'ils firent. Ron avec moins de bonne grâce, redoutant les manigances de sa femme. Lui et son meilleur ami ignoraient totalement ce qu'elle allait dire. La jeune femme s'arrêta non loin pour discuter avec le groupe de discussion le plus proche des quatre Serpentards : le Professeur de Runes Bathsheda Babbling, l'ancien Premier Ministre Cornelius Fudge, la vieille Griselda Marchebank, Kingsley Shacklebolt, et le vieux Elphias Doge. Harry n'avait pas du tout envie de s'approcher d'eux, car il redoutait ce qui se produisit : ils les accueillirent un peu trop chaleureusement et concentrèrent toute leur amabilité sur le Survivant. La conversation dévia vite vers feu le Directeur Albus Dumbledore. Et aucun des trois Gryffondors ne souhaitèrent aborder la mort de celui-ci, puisque Draco Malfoy y avait joué un rôle important et se trouvait assez près pour tout entendre. Ils se concentrèrent avec insistance sur sa vie et leurs jeunes années à l'école de Magie.
Ce qu'ils n'avaient pas prévu, c'est que Pansy et Theo s'incrustèrent dans la conversation pour donner leur point de vue sur le grand personnage. Avis étonnamment positif : ils avouaient s'être moqué de lui mais avec beaucoup de légèreté. Nott, qui avait fait quelques séjours dans son bureau à cause de ses résultats scolaires déplorables, racontait qu'ils riaient beaucoup lors de leurs entrevues alors que le Directeur avait été censé le disputer ou au moins le convaincre de travailler plus sérieusement. Il lui avait même avoué trouver le jeune garçon vif et ouvert d'esprit. Dumbledore avait été persuadé que l'écrivain n'aurait aucun problème dans son futur professionnel. Comme d'habitude, le vieil homme avait eu raison. Cependant, au grand damne des trois lions, Blaise et Draco restèrent à l'écart.
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C'était le blond qui avait empêché son meilleur ami de rejoindre le cercle près d'eux, à la suite de Theo et Pansy.
- « Maintenant, tu vas m'expliquer pourquoi tu ne veux pas que j'aille parler avec Potter, chuchota discrètement Draco, un soupçon de colère dans ses yeux gris perle. Je t'avoue ne pas trop apprécier que tu me donnes des ordres, comme ça.
- Ok, du calme, je ne voulais pas t'offenser, tu me connais, se dépêcha de répondre Blaise qui avait toujours eu la peur viscérale de se disputer avec sa princesse. Je voyais bien ce que tu comptais faire, c'était clairement visible je te connais trop bien pour l'ignorer. Il fallait que je t'en empêche rapidement et ne pouvait pas me lancer dans les détails.
- Maintenant tu peux, fit le blond en croisant les bras et se redressant fièrement. Alors explique.
- Déjà, je te l'ai déjà dit, je ne veux pas de l'aide de Potter. C'est hors de question, je me débrouillerais tout seul, je l'ai toujours fait, et je ne vois pas pourquoi je devrais m'encombrer d'un Auror. Tu sais que je déteste ce corps de métier, que je porte pas le Survivant dans mon cœur, et que lui demander assistance ferait que j'aurais une dette envers lui ! Pour moi, c'est inadmissible.
- C'est stupide de prendre des risques uniquement pour une raison aussi futile ! s'emporta Draco, inquiet pour son ami, se refrénant cependant pour continuer à murmurer. Pansy a raison, si jamais cette perquisition à lieu, un Auror un peu trop zélé peut parfaitement apporter de fausses preuves contre toi ! Tu ne peux pas prendre cette affaire à la légère.
- Deuxièmement, poursuivit le Langue-de-Plomb pour le couper dans ses arguments. Je soupçonne cette histoire d'être une invention fantasque et tordue de Potter.
- Quoi ? fit le blond, abasourdi et choqué.
- On l'a dit tout à l'heure : il n'y a absolument aucune raison pour qu'il y ait une telle action auroresque contre moi. Au contraire, mon patron Redwood m'adore depuis presque trois ans maintenant. Jamais il ne cautionnerait une telle chose ! C'est d'ailleurs aussi parce qu'il s'est emporté contre la précédente enquête sur ma vie alors que j'étais encore étudiant et qu'il m'avait déjà repéré, que le Chef de Section qui avait organisé tout ça. Déjà, j'avais été victime des vols anti-Mangemorts comme plusieurs autres, et en plus de ça je devais subir les Aurors. De tels comportements l'avaient mis en rage, et c'est Redwood qui avait commencé l'accablement contre cette perquisition. L'intervention de Potter était la goutte d'eau qui a mené à la punition du Chef de Section. Le Chef du Département des Aurors avait agi pour moi alors que je n'étais qu'un étudiant encore, imagine donc sa réaction si cela se renouvelle maintenant que je suis sous ses ordres directs ? Kingsley Shacklebolt ne prendrait jamais un tel risque, c'est tout bonnement impossible !
- Tu en déduis donc que ce ne peut être qu'une invention de Potter ? demanda Draco, toujours sceptique malgré les arguments percutants de son ami. Mais il a dit que c'était des bruits de couloir et que ce n'était pas forcément vrai. Il est aussi possible que c'était donc une rumeur sans fondement mais que Potter a préféré t'avertir au cas où. De quel droit tu l'accuses d'une invention ?
- Parce qu'il est évident que tu lui plais beaucoup, Draco, ricana Blaise. Ce serait faire preuve d'une bêtise profonde que de le nier. Hors, il n'a rien tenté depuis le début de la soirée alors qu'il est connu comme étant un coureur de jupons et de pantalons.
- Je te rappelle qu'il m'a ignoré les trois soirs où on a bricolé mon appartement, bougonna le blond, qui savait bien que son ami avait raison mais ne voulait pas croire qu'il ait pu aller aussi loin.
- Princesse, voyons, poursuivit le noir avec amusement. Tu sais très bien que je ne l'aime pas, que je n'aime pas du tout qu'il cherche à te séduire, et il le sait très bien alors qu'il voulait m'interroger. Il ne pouvait pas se permettre la moindre tentative. Mais maintenant, il peut ! Alors pourquoi ne fait-il rien ? »
Il laisse planer un silence pour que Draco puisse prendre le temps d'en arriver à la même conclusion que lui. Il savait son ami très intelligent, mais également de mauvaise foi. Il ne voulait pas que l'Auror, avec qui il voulait devenir ami, puisse être en quelque sorte coupable d'une certaine menace contre son meilleur ami. Par conséquent, il pouvait nier avec force la moindre accusation. Il fallait le mettre devant les faits pour qu'il ne puisse plus tourner la tête et ignorer ce qui le dérangeait. Ce fût exactement ce que fit Draco. Et il en vint au même résultat que son ami…
- « Il ne peut y avoir pensé tout seul, dit-il la mort dans l'âme.
- La femme Weasley anciennement Granger, je pense.
- J'imagine, oui… C'est complètement tordu cette histoire… soupira le blond en se passant la main sur le visage. Venir me tourner autour pour volontairement m'ignorer et attirer mon attention… Et dire des choses pareilles justement pour me faire aller lui parler par moi-même… Cette histoire ne tient qu'à un fil ! C'est retors et fantasque à un point que cela avait peu de chance de fonctionner.
- Il semblerait qu'ils te connaissent mieux que tu ne le crois, puisque tu allais effectivement parler à Potter si je ne t'avais pas arrêté.
- Mais tout de même ! C'est abracadabrant ! Comment en est-il arrivé là ? Je serais pourtant ravi de discuter avec lui, même s'il est hors de question de lui accorder plus. Il n'a pas besoin de tout ça pour avoir toute mon attention, c'est grotesque. Ils ne me connaissent pas si bien que ça on dirait.
- Que comptes-tu faire maintenant que tu reconnais la vérité ? demanda Blaise sincèrement curieux, en se rapprochant de lui à la manière d'un conspirateur.
- Et bien je ne vois pas pourquoi je m'opposerais à une manigance si extravagante, puisqu'elle m'ouvre la possibilité d'enfin converser avec Potter. »
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Enfin, Zabini et Malfoy rejoignirent le cercle de conversation. Harry ne put empêcher un petit sourire de fleurir sur ses lèvres que ne manquèrent pas de noter les deux arrivants, ce qui lui valut un léger coup de coude de Hermione qui confirma les soupçons des deux Serpentards. Le Langue-de-Plomb profita de la fin du récit de Theo pour ajouter que le Directeur Albus Dumbledore l'avait également convoqué plusieurs fois après le retour de Voldemort. Il tenait au courant le vieil homme des bavardages de ses camarades de Maison, mais surtout de la façon dont il comptait protéger ses amis. Tous furent étonnés. Draco ajouta alors qu'effectivement, lui aussi avait vu plusieurs fois le Directeur durant ces deux années noires qu'étaient ses cinquième et sixième années d'études. Il le voyait avant, moins souvent cependant, pour parler principalement de ses études et du rôle qu'il voulait avoir dans l'avenir. Albus Dumbledore voulait le convaincre d'obtenir un statut haut placé dans le gouvernement du Ministère que Draco ne souhaitait pas. Le vieil homme lui disait posséder une ouverture d'esprit et une intelligence fine dont le Ministère avait cruellement besoin, et que sa noble naissance pouvait lui permettre d'avoir facilement en ayant la reconnaissance de ses pairs. Au retour du Seigneur des Ténèbres, c'était surtout pour connaître les agissements de celui-ci et de son propre père. Mais lors de la dernière année, il y avait eu peu de rendez-vous, dont le dernier qui avait marqué l'adolescent qu'il était : Draco lui avait avoué, dans tous ses états, la mission confiée par le Mage Noir. Le Directeur s'était contenté de sourire en lui disant de ne pas s'inquiéter. Il ne l'avait plus revu, et avait été complètement perdu. Ce fût bien plus tard qu'il avait appris que l'homme était de toute façon mourant et qu'il souhaitait que ce soit le Professeur Rogue qui le tue à la place du jeune garçon.
Harry était choqué. Malfoy avait donc bel et bien prévenu Dumbledore. C'était une révélation pour lui, et il en oublia tout le reste. Il demanda des détails, ne se rappelant plus du tout qu'il devait ignorer le beau blond pour sa conquête. Draco était aux anges.
Les discussions multiples et diverses reprirent cependant, et minuit approcha à grands pas. Les convives partirent petit à petit, la Grande Salle se vida progressivement. Ron découvrait à quel point Theo pouvait être passionnant dans ses paroles. Il se révéla à lui comme un homme dont les relations et comportements humains n'avaient plus beaucoup de secrets. Le châtain s'amusa même à mots couverts de révéler la technique discutable de Potter pour courtiser Draco : « Quoi de mieux que de priver un ange de vénération pour que celui-ci vienne s'en offusquer », dit-il pour illustrer un récit ancien au sujet d'une courtisane qui voulait séduire un roi, tout en regardant alternativement blond et brun. Ron et Hermione changèrent rapidement de sujet pour aborder celui du mariage, alors que Harry rougissait et que Draco souriait.
Quand finalement le couple de jeunes mariés manifestèrent l'envie de se retirer, leur meilleur ami les accompagna jusqu'à la gigantesque porte d'entrée. Les quatre Serpentards qui souhaitaient rester jusqu'au départ de tous les invités, les saluèrent amicalement en ne les suivant que jusqu'à la porte de la Grande Salle.
- « Bon, et bien je crois que c'est fini, s'attrista Harry qui pensait ne plus jamais avoir l'occasion de revoir le beau blond à moins de le harceler, optique qu'il commençait à prévoir de plus en plus sérieusement.
- Mais non, tu verras ! Il va venir te voir pour un tête-à-tête, et en profiter pour te demander d'intervenir au sujet de Blaise. Et alors, Draco finira par te demander de but en blanc ton comportement avec lui en prenant pour exemple ce qu'il s'est passé les trois soirs précédents.
- Et je réponds quoi au juste ? grogna le brun qui commençait à en avoir vraiment assez de ces intrigues.
- Tu éteins définitivement l'alarme rouge en disant ne pas savoir de quoi il parle, ou quelque chose du genre ! Improvise, tu as l'air d'être doué pour ça. Et là, tu auras le champ libre pour le séduire dans les règles, sans faire ton lourd !
- Oui, bien sûr… ironisa Ron qui ricanait à moitié, sachant que de toute façon il n'avait pas gagné son pari puisque Georges était parti seul. Il sera très convaincant, naturellement !
- Ne l'écoute pas, Harry, fais-moi confiance, répliqua la jeune femme, optimiste à l'idée de gagner et voir son époux faire enfin la vaisselle pendant un mois. »
Harry ne put rien répondre, car il vit lentement, comme au ralenti, Draco s'approcher le lui. Il était tellement adorable, tout timide. Harry se sentit perdre ses moyens. Ses deux amis s'empressèrent de lui faire la bise pour partir et les laisser seuls. Ils s'éloignèrent en faisant des signes amicaux de la main au beau blond. Le brun se sentait un peu perdu devant une telle beauté, et se répétait inlassablement les mots de Hermione pour ne pas faire de gaffes. Le bel ange se plaça près de lui pour regarder les deux Gryffondors partirent le long de l'allée encore éclairée de lanternes multicolores. Ils restèrent silencieux quelque temps, se délectant de l'air frais qui manquait à l'intérieur surchauffé et rendu humide par les nombreux sorciers qui s'étaient rassemblaient. Draco tendit une coupe de punch-à-pomme à son compagnon de fin de soirée.
- « Harry, fit la voix douce de l'apparition angélique. Je peux te parler ? »
Harry attendit patiemment que celui-ci prenne la parole, lui esquissant un signe de tête pour l'inciter à parler. Merlin, qu'il était adorable ! Il ne savait visiblement pas comment lui dire ce qu'il voulait. Ce qu'il ne savait pas, c'était que le blond jouait la comédie. Il usait de son apparence qu'il savait enjôleuse et adorable ainsi. Il voulait que le brun en perde son latin pour le rendre vulnérable et plus enclin à agir comme lui le souhaitait. Puisque le Héro des Sorciers s'était réfugié dans la manipulation, il ne voyait pas pourquoi il ne jouerait pas le jeu, lui aussi ! Les yeux baissés, il se triturera les doigts en se mordant ses lèvres… Harry avait envie d'y planter ses dents à lui ! Il était tellement envoûté qu'il n'entendit pas Draco parler.
- « Pardon ? se reprit-il. Tu disais ? »
Draco sembla avoir suivit son regard vers ses lèvres… Et mince ! se dit Harry. Tout était foutu ! Il l'avait vu regarder ses lèvres, et il allait comprendre que le brun souhaitait l'embrasser… Parce qu'il souhaitait effectivement plaquer sa bouche vorace contre celle si suave, rouge et pulpeuse qui se trouvait devant lui, semblant le narguer par sa teinte et sa brillance propre à un fruit juteux et délectable. Il était trop impatient, et son simple regard pouvait rendre à néant tous ses efforts de la soirée… Mais une idée germa. « A moins que… »
- « Tu devrais pas faire ça, dit-il, soudain bien plus sûr de lui.
- Faire quoi ? demanda Draco, curieux de ce que pouvait encore inventer son interlocuteur.
- Te mordre la lèvre. Tu vas saigner, et ça fera mal dès que tu souriras. Je le faisais aussi, avant, mais j'ai vite arrêté.
- Ah... ne put que répondre le blond, interloqué par cette excuse risible et peu crédible. »
Harry était certain que le subterfuge avait fonctionné, puisque Draco se passait un doigt sur les lèvres pour vérifier qu'il ne saignait effectivement pas. Ce dernier se sentait obligé de le faire pour rendre plus plausible son comportement, même s'il savait pertinemment ne pas avoir une goutte de sang.
- « Tu voulais me dire quelque chose ? attaqua Harry, ragaillardi.
- Euh oui… Je voulais te demander si tu ne pouvais pas faire quelque chose pour Blaise, murmura Draco en singeant l'embarra et l'inquiétude, sachant qu'il avait l'autorisation de son ami pour cela puisqu'il le lui avait demandait quelques minutes plus tôt en vue de sa manigance. Pour la descente… Je sais que c'est présomptueux de ma part de te demander ça, vu notre relation d'avant… Mais tu as de l'influence, je l'ai bien compris tout à l'heure avec le récit de mes amis sur tes actions précédentes pour eux. Et puis avec Georges, plus tôt, tu disais que Shackelbot, ton patron, te demandais souvent de te présenter devant des personnes importantes… Ce doit être une conséquence de ton statut de Sauveur, rit-il soi-disant nerveusement. Cela doit te peser tout ça…
- Euh… oui… »
Le brun ne savait quoi répondre. Pour lui, c'était Draco qui était censé baragouiner ! Pas lui ! Harry devait être sûr de lui, et répondre quelque chose. Il ne s'était pas du tout attendu à des paroles aussi franches et directes. Il tenta de se rappeler à nouveau les paroles de Hermione, mais n'arrivait pas à trouver une réponse. Elle avait oublié quelque chose… Oui, sa meilleure amie avait oublié une équation à rentrer dans son schéma : elle ne connaissait pas Malfoy ! Du moins, pas celui qui était devant lui. Et donc prédire ses réactions étaient impossible ! Elle avait certes déduit qu'il lui demanderait d'intervenir en la faveur du Langue-de-Plomb, mais pas du tout l'humilité dont il faisait preuve et cette sorte de révérence qu'il lui témoignait. Cela rendait bien plus difficile le mensonge.
- « Je comprends maintenant ce que tu devais ressentir, continua Draco en voyant que le brun ne répondait pas, avec un sourire triste, enfonçant le clou le plus profondément possible. Être le centre de l'attention pour quelque chose dont on y est pour rien… C'est vraiment dérangeant. »
Non, non, non ! Harry se sentait fondre devant lui. Surtout lorsqu'il sortait de telles phrases ! A ce moment précis, si Malfoy lui demandait de décrocher la lune, danser la lambada, ou tuer un nouveau mage noir, il le ferait sur le champ ! Draco réussissait à merveille, bien plus efficacement que l'Auror dans sa manipulation honteuse.
- « Ah ! Non pas que je sois aussi populaire que toi, ou que tu n'ais rien fait de spécial ! se dépêcha de préciser Draco, se délectant du malaise qui s'inscrivait petit à petit sur le visage de son vis-à-vis. Tu as quand même détruit… celui qui nous faisait du mal à tous. Tu nous as vraiment sauvés. Je parlais plutôt de l'époque de Poudlard… Et j'en profite pour te dire que je m'en veux de tout ce que j'ai pu te dire à l'époque… Je m'en excuse… Ce n'est pas une raison mais, je ne pensais pas ce que je disais… Cela n'excuse rien, mais je tenais à te dire que j'étais désolé… »
Il re-triturait ses doigts, re-mordillait sa lèvre en baissant les yeux… Il arrêtait soudainement de malmener sa lèvre et passa un doigt pour vérifier qu'il ne saignait pas… Draco calculait chacun de ses gestes, faisant bien attention aux réactions de son interlocuteur. Intérieurement, il était euphorique, car Harry montrait clairement l'embarras recherché. « Et en plus, il fait attention à ce que je dis et tiens compte de mes conseils. Il va m'achever », pensa effectivement Harry, maudissant son comportement et les conseils stupides d'Hermione. Le blond prenait un malin plaisir à ce jeu, même s'il savait tout cela dangereux et futile. Il était tout de même un peu gêné d'agir ainsi, car c'était utiliser sa maladie et cautionner, d'une certaine manière, les agissements des hommes envers lui. Puisqu'il usait de son physique pour faire tourner la tête de Potter, alors il n'avait rien à reprocher à ceux qui souhaitait le courtiser bien qu'il était malade et condamné. Il détestait cela tout en s'amusant comme un fou. Cette contradiction était dérangeante.
- « T'en fais pas pour ça, c'est du passé, réussit à dire Harry, se félicitant de maîtriser le son de sa voix.
- Merci, » sourit Draco, hypocrite.
Après cette courte séquence émotion, Malfoy mima à nouveau l'embarras…
- « Donc… Est-ce que tu pourrais… faire quelque chose… pour Blaise ? bredouilla-t-il, se révélant un acteur hors pair. Tu vois, il fait toujours très attention à être le meilleur, et ne donner aucun motif à son supérieur pour le renvoyer. Il a vraiment peur que son passé lui soit jeté à la figure et réduise tous ses efforts à néant. Il aime beaucoup son travail et… non pas qu'il ait quoi que ce soit chez lui qui pourrait le faire renvoyer, non ! Blaise est réellement irréprochable. Mais… ce sera forcément dans son dossier… Et il y a déjà beaucoup trop de négatif dedans… Il n'a jamais voulu être Mangemort, tu sais ? C'était ça, ou la mort de sa mère. Alors… On s'est retrouvé tous les quatre à subir la même pression, et nous nous sommes serrés les coudes… se retrouva-t-il à dire bien moins faussement, se rappelant la réalité de leur vie à cette époque terrible. Je jouais au petit prince, mais c'est Blaise qui tenait vraiment les rênes avec nous. Sans lui, Pansy, Théo et moi, nous serions morts. Il est comme un grand frère pour nous. Alors… savoir qu'il va subir une descente… S'il-te-plaît, je ferais n'importe quoi pour toi en échange… Est-ce que tu veux bien m'aider ? Ne serait-ce que parler à M. Shacklebolt ? »
Et maintenant, il le suppliait ! Harry aurait fait n'importe quoi pour lui, même s'il avait adopté le ton arrogant ou utilisé la menace. Le brun fondait devant son air si vulnérable.
- « D'accord, répondit-il enfin. Je vais… essayer…
- Oh merci ! » s'exclama Draco.
Il allait se jeter à son cou, mais Harry recula instinctivement. Il se sentait déjà suffisamment mal. S'il avait senti ses bras autour de lui, il aurait vomi son dégoût de lui-même. Draco stoppa son geste, embarrassé de ce refus visible, se demandant s'il n'en avait pas trop fait. Cette fois-ci, il se gratta le lobe de l'oreille. Ses tics le rendaient tellement craquant aux yeux de l'Auror ! Draco ne s'en rendit pas compte. Il bredouilla un merci, hésita un instant, et tourna les talons, tête basse. Il pensait avoir échoué. Mais en réalité, Harry avait envie de pleurer… Il avait l'impression d'être un monstre ! Il n'eut pas le temps d'esquisser le moindre geste que Draco se retourna vers lui, prit d'une nouvelle résolution.
- « Tu sais Harry… Je peux t'appeler Harry ? marmonna-t-il, se demandant s'il se montrait sans gêne d'être aussi familier, s'il en faisait encore trop.
- Euh… oui, balbutia Harry qui se demandait depuis quand Malfoy demandait sa permission pour l'appeler d'une façon ou d'une autre…
- Je voulais juste te dire que j'ai beaucoup aimé la façon dont tu te comportes avec moi. »
Et bam ! Encore un inattendu. Harry ne savait plus où se mettre. Draco était conscient de jouer avec le feu. Il devait jouer la subtilité et la fausse naïveté. En même temps, il se demanda jusqu'où il pourrait aller tant Harry sembla dupe de tout et n'importe quoi. Alors il fit mine de croire que Harry ne comprenait pas de quoi il parlait, alors il enchaîna…
- « Oui… Je… Tu sais, avec ma transformation bizarre, le comportement des gens a changé… Même celui de personnes que je croyais connaître. Ils ont tous tenté… d'une façon ou d'une autre, de me séduire… Cela peut sembler présomptueux de ma part de dire ça, mais c'est vrai. Du coup, je fais très attention à la façon dont les gens m'abordent. Même Georges. Il me fait rire et j'adore ça, mais je sais très bien qu'il ne m'aurait jamais approché, ou qu'il aurait continué à me détester, si je ressemblais toujours à celui que j'étais auparavant. Beaucoup n'aurait même pas cherché à me connaître, à savoir que je ne suis pas vraiment celui que j'ai semblé être avant de partir en Turquie. C'était comme… un jeu d'acteur avant… C'était pour protéger ma famille de… du Lord… »
Il s'arrêta un instant, grandiloquent, comme pour se recueillir. Très théâtral, il vérifiait sans cesse si Harry y croyait toujours. Et en réalité, c'était le cas : le brun croyait voir des images du passé défiler dans les yeux gris perle. Alors que le blond était simplement un acteur digne d'un oscar.
- « En fait, tu ne vas pas me croire, mais Georges m'a fait plusieurs allusions… ajouta-t-il, se demandant de plus en plus à quel point son interlocuteur pouvait être naïf. Comme quoi il aimerait bien me montrer telle ou telle chose dans son appartement. Je crois qu'il voulait m'amener chez lui ce soir. »
Harry se sentit brusquement l'envie de décapiter Georges.
- « Mais je ne suis pas si stupide que cela, rit-il ingénument, souhaitant en rajouter une couche. Les coups d'un soir, je ne supporte pas ça. Ca me dépasse. Je crois que je suis plutôt un romantique. »
Est-ce qu'il se rendait compte qu'il donnait des armes à Harry pour sa technique de drague futur ? Pas vraiment. L'objectif de Draco était de tuer dans l'œuf toute envie sexuelle de Potter, lui faire comprendre qu'il ne coucherait jamais avec lui.
- « C'est ridicule, je sais. Je suis conscient qu'avec ma nouvelle condition, je n'aurais plus le droit au grand amour… Mais je divague ! Ce que je voulais te dire, c'est qu'avec toi je n'ai pas eu, même une seule fois, l'impression que tu voulais me séduire comme les autres. Et j'apprécie beaucoup. Ca fait du bien de voir qu'il y a encore des hommes comme toi qui ne s'arrêtent pas seulement sur le physique. Même s'il est vrai que l'autre jour au café, j'en ai eu l'impression » rit-il.
Harry allait se tuer dès qu'il rentrerait chez lui.
- « C'est rafraîchissant. Et merci encore pour Blaise, ajouta-t-il bien que Harry n'ait absolument rien promis, l'obligeant à tenir un quelconque engagement. Si tu as besoin de quoi que ce soit, dis-le moi, je ferais tout ce que je peux pour toi. Et aussi… »
Toujours aussi théâtral, Draco marqua une pause. Il fit mine d'être embarrassé et de chercher ses mots, comme s'il n'osait pas. Harry avança le buste inconsciemment, près à recevoir une quelconque confidence.
- « Est-ce que… tu voudrais bien venir boire un verre avec moi un jour ? Rien que tous les deux ? »
Harry était-il en train de rêver ? Il avait l'impression de voler, en plein rêve. De son côté, le blond se demandait encore si c'était trop. Car il pensait sincèrement son invitation : il voulait revoir le brun pour enfin pouvoir poursuivre une conversation plus vraie. Il espérait qu'il allait accepter, même s'il y avait peu de chance qu'il refuse, et surtout qu'il ne pense pas qu'il s'agissait d'une entourloupe comme le reste.
- « Juste en tant qu'amis, précisa-t-il après quelques secondes de silence. Je… Tu es quelqu'un de vraiment étrange, et c'est facile de se confier à toi. On se sent tout de suite en confiance avec toi. Je sais, je suis un peu bizarre… ne put-il s'empêcher de compléter, inquiet de sa surenchère tout autant que le brun puisse le repousser. Mais je n'ai pas l'habitude de parler… plutôt d'écouter. En fait, je ne parle de moi qu'à Blaise, Théo et Pansy. Et encore… poursuivit-il le plus sincèrement possible, montrant sans le vouloir cette franchise sur son visage, rendant tous ses discours plus véridiques encore. Ce n'est pas facile d'aborder certains sujets, comme ma maladie… Mais avec toi, c'est différent. Et puis, je… J'ai envie de te connaître. Après tout, on ne s'est jamais vraiment connu tous les deux. On ne faisait que se disputer sans aller chercher plus loin. Mais les choses ont changé, et nous avec. Alors… Si tu en as envie, bien sûr… Appelle-moi. »
Et il lui tendit un bout de papier, avec un numéro de téléphone. Le temps que Harry regarde ce qu'il y avait d'écrit pour savoir s'il s'agissait d'une blague, Draco était parti précipitamment. Il devait avouer qu'il pensait que ce papier lui dirait « Haha ! Je t'ai bien eu gros crétin ! Tu crois que je n'ai pas vu ton petit jeu ? Tu croyais avoir mon numéro ? Dans tes rêves, connard ». Mais c'était bien un numéro… Un 06… Le numéro de portable personnel de Draco…
Que penser de tout cela… Ce n'était pas comme Hermione l'avait prévu… Non, c'était mieux que ça… Il avait agit comme un enfoiré, et il avait eu ce cadeau merveilleux… Que pensait-il ! CES cadeaux. Ses paroles, son visage embarrassé, ses tics, ses joues rouges… et ce superbe papier blanc froissé où s'étalaient à l'encre bleue dix chiffres griffonnés à la hâte… L'écriture de Draco… Ronde, aérienne, délicate : à son image.
Hermione avait raison en un sens… Quelqu'un qui reçoit de l'attention de tout le monde se rapproche des gens qui l'ignorent. Et une personne timide et secrète aime les gens qui savent écouter. Draco était bel et bien une personne qui avait certes parlé bien volontiers pour se vanter durant son enfance, il n'en restait pas moins qu'il était en profondeur un garçon livrant moins facilement son intimité et sa nature réelle.
Harry ne pensait pas être quelqu'un qui écoute avant ce soir-là…
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Note d'intention :
Ce chapitre-là fût sans doute moins complexe à réécrire que le précédent, puisque j'avais la droite ligne déjà tracée, et les pirouettes sont venues toutes seules au fur et à mesure. Je précise tout de même que ma « leçon de drague » n'est pas une science, et n'est pas à prendre en compte. Je rappelle que ceci est une fiction. Donc si vous voulez des leçons de séduction, ne piochez pas ici ! C'est une possibilité de réussite, j'ai déjà vu faire ça en vrai (pas seulement dans les séries où j'ai vu cette « leçon » plusieurs fois), et certaines fois, cela a marché, d'autres fois, non. Bon, là je m'égare.
Ce qui a fait que j'ai mis tant de temps à écrire… bin c'est parce que je me suis téléchargé tous les « Secrets d'Histoire » présentés par Stéphane Bern… PASSIONNANT ! J'adore l'Histoire, et j'ai appris des tas de choses, même si j'en savais d'autres. Je vous conseille cette émission. Je n'ai malheureusement pas trouvé l'épisode sur Nostradamus… Si vous le trouvez, faites-moi signe !
Je m'égare encore. J'avais dans l'idée d'ajouter à nouveau de nouvelles anecdotes. Sachant qu'il s'agissait d'une soirée de retrouvailles sans activité particulière autre qu'un groupe de musique (que j'ai ajouté tardivement… j'avais oublié l'estrade prévu à cet effet dans le récit, il m'a fallu revenir plus tard pour mettre les musiciens sur scène). Par conséquent, il n'y a que des conversations et des navigations de groupes en groupes. Il devait donc y avoir tout un tas de bavardages, et je me devais d'en retranscrire quelques uns par dialogues ou indirectement dans un paragraphe. Dont ce rappel à la mémoire d'Albus Dumbledore, inévitable lorsqu'il y a tant de personnes âgées l'ayant bien connu dans le cercle. Elphias Doge, on l'oublie souvent alors qu'il était un membre de l'Ordre du Phénix. Me direz-vous « il est pas mort ? » et bien j'ai cherché et non ! Il n'y a aucune mention de mort au sujet de ce vieux monsieur. Et pourquoi il y a Cornelius Fudge ? Et bien lui non plus n'est pas mort (officiellement du moins, même si avec l'attaque du Ministère par les Mangemorts au début de la septième année rend un décès plausible). Et puis il a tout de même été Ministre de la Magie, même si son mandat ne fût pas très glorieux.
Pourquoi j'ai fait en sorte que Draco ait prévenu Dumbledore sur la mission confiée par Voldemort ? Aucune idée. Je ne pourrais pas vous répondre, je me suis juste dit que le Draco que je vous présente ici n'aurait jamais pu ne rien avouer… Et pourtant, il avait de bonnes raisons pour ne jamais rien dire. Je n'ai pas de réel argument… Ce que je voulais le plus malgré tout, c'était lever un peu plus le voile sur Theo : cynique, vif d'esprit, spécialiste du comportement humain, et un cancre pendant sa scolarité. Mais tout de même reconnu par ce bon vieux Albus qui a toujours raison.
Dans la version précédente, c'est Hermione qui lui dit dès le début d'ignorer, voir même de se montrer quelque peu méchant. Mais je voyais finalement mal Hermione conseiller une telle chose. Pirouette et salto arrière ! C'est plutôt Harry qui cafouille ! Avec le pari qui s'est ajouté, elle ne veut pas perdre et fait donc avec les moyens du bord. Même si c'est à contrecœur. Je voyais tellement bien Harry ne plus savoir quoi faire ! Mais il fallait répondre à la question : « ça allait bien sur le chemin de traverse ? qu'est-ce qui a changé ? ». Je crois avoir répondu quand Hermione le demande à Harry. Au début, je ne savais pas trop, mais finalement c'était plutôt logique.
Draco n'est pas censé comprendre le subterfuge de Harry. Il devait aller le voir de lui-même, sans aucune intervention de Blaise. C'est dans le chapitre suivant qu'on comprend normalement qu'il avait agi en sachant parfaitement ce que faisait Harry avec lui. Cependant, cela arrivait comme un cheveu sur la soupe. Il fallait expliquer pourquoi il avait joué le jeu alors qu'il aurait pu s'offusquer. Ma maigre explication n'était pas suffisante. Et puis il fallait suivre un peu Blaise dans cette histoire, que l'on sait maintenant farouchement opposé à un rapprochement entre sa princesse et l'Auror. Mais partagé avec le fait que Draco veut devenir ami avec lui, et Blaise veut qu'il soit heureux… Compliqué pour lui. Il était évident qu'il allait découvrir le fin mot de l'histoire et qu'il ne pourrait pas le cautionner. Que Draco se rapproche de Potter, ok, mais que celui-ci intrigue de cette manière, c'était pour lui inacceptable. Il se devait d'agir et de prévenir son ami. Après, il ne pouvait plus faire grand-chose, et laisse sa princesse libre de décider avec toutes les cartes en main.
Le chapitre précédent était extrêmement long, et celui-ci beaucoup plus court… Qu'à cela ne tienne ! J'ai pris un peu la fin du précédent pour le mettre au début de celui-là ! haha.
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Je vous laisse ici, je pense avoir dit tout ce que je voulais, ou presque. J'essais de me réfréner pour ne pas plomber ces notes, car je pourrais parler indéfiniment…
J'en profite pour remercier tout le monde, même ceux qui commentent pas. Je suis là pour faire plaisir aux gens avant tout en leur fournissant de la lecture, et espérer que cela plaise. Ensuite, pour progresser, et cela passe par la pratique, autant que les commentaires.
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Sur ces bonnes paroles un peu mièvres, je ne vous retarde pas plus…
Merci à tout le monde, et je vous dis…
A BIENTÔT !
