HELLO désolée du retard haha, je dis qu'il n'y aura pas de pause et… voilà ce qui arrive mdr (bon, période chargée de mon côté, j'avoue) voici donc le dernier chapitre du point de vue de Kuroo, après on entame la seconde partie où Daishou est à l'honneur ;) !
Bon, ça fait un bout de temps qu'il est écrit, mais je me souviens que j'avais eu du mal à m'y mettre haha, du coup je m'excuse si ce chapitre est un peu bizarre, j'en suis pas ultra satisfaite mais bon life is life.
Attention, dans ce chapitre je vous présente Ma Technique De Drague, soyez prêts. Je vais changer tout votre petit monde haha be ready
Anyway en écrivant, j'écoutais Not Allowed de TV Girl et Eclipse de Inner Wave donc enjoy !
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vii. try, it's with there for your eyes
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Kenma passe toutes les épreuves qui mènent à la base des super-vilains avec brio, ce qui rend Kuroo à la fois fier et plutôt jaloux (même s'il se reprend : il est normal que ce soit si simple pour lui, après tout, il n'a pas eu le terrible effet de surprise que Snake et Kami lui ont réservé. Il aimerait bien le voir dans ces conditions, aussi, avec un type déguisé en serpent qui lui montre le chemin en sifflotant voilà, maintenant tu peux traverser cette échelle suspendue au moins quinze mille mètres au-dessus du sol, c'est différent). Il parcourt néanmoins l'échelle à quatre pattes, ce qui témoigne de son manque d'entraînement — Kuroo lui porte son chapeau et sa canne pendant ce temps, craignant de le voir perdre des accessoires si coûteux.
Il doit être dans les dix-neuf heures trente, une heure où ils savent d'expérience que personne ne viendra les emmerder (d'après Snake, ils ont déjà frôlé la crise une ou deux fois, lorsqu'un membre du personnel est venu se griller une clope sur le toit, mais ils ont toujours su se débrouiller pour se cacher à temps. Bien sûr, il y a, disons, quatre-vingts pour cent de chance pour que ce soit faux, mais Kuroo ne peut pas s'empêcher de s'en faire). Kenma rejoint l'autre côté avec un petit soupir épuisé (signe qu'il n'est pas si indifférent que ça face à l'épreuve du vide), qui lui rappelle un peu leurs années de lycée, et son regard lourd de fatigue à la fin des entraînements de volley. Kuroo le rejoint en quelques enjambées, et observe avec satisfaction son air légèrement impressionné : même Kenma ne peut pas résister à un hôtel de luxe, apparemment (même si ce n'est pas non plus un luxe énorme, d'accord, il y a une piscine, ça reste quelque chose d'assez incroyable).
Ni Snake ni Kami ne sont encore arrivés. Kenma observe un instant son reflet dans l'eau avec une expression qui ressemble presque à de la nervosité, réajuste son chapeau, et va directement prendre place sur l'un des transats bleus. Il regarde la ville en silence, les lueurs qui s'estompent peu à peu — il reste encore un peu de temps avant la tombée de la nuit.
— Tu as faim ? demande Kuroo. On peut commencer à préparer des pizzas—
— Je m'en fiche, répond Kenma, sans même prendre la peine de se retourner vers lui. On peut attendre les autres. La tarte aux pommes m'a calé.
— Les trois tartes, le corrige Kuroo.
— … Les trois tartes. Ouais.
Le cycle alimentaire de Kenma n'est pas aussi chaotique que son cycle de sommeil, mais n'en reste pas néanmoins terrible. Kuroo n'est pas sûr que lui offrir trois tartes aux pommes puisse servir de quelconque remède, mais ça ne peut pas faire de mal — au moins, il y a des fruits là-dedans, et de toute façon, un peu de sucre ne lui ferait pas de tort.
— Bières, alors ? demande-t-il.
Kenma acquiesce silencieusement, et Kuroo part chercher deux canettes. Il en lance une à Kenma, qui en boit peut-être le tiers en une fois, comme pour se préparer à ce qui va suivre.
— Kuro.
— Mmh ?
Il n'arrête pas de vérifier l'heure sur son portable : Snake ne devrait pas tarder. Pour être honnête, Kuroo a hâte de le revoir, avec Kami. Il a enfin trouvé des vilains assez tordus pour avoir du potentiel, ce n'est pas pour rester là à rien faire. Et même Kenma est motivé ! Un miracle !
— Tu sais que… Tu peux, genre, me parler, si tu en as envie, hein ? marmonne Kenma, avec une certaine maladresse.
Kuroo hausse un sourcil et se retourne vers lui, tout souriant.
— Qu'est-ce qui t'arrive, chaton ? rit-il. Tu as réalisé que j'étais un ami en or et tu veux te racheter pour toutes les fois où tu m'as ignoré ?
— Non, c'est juste— tu es toujours là quand ça va pas trop. Et je sais que je donne l'impression de pas vouloir être impliqué dans tes conneries, ce qui est vrai, mais— mais si tu as besoin… Tu peux me parler.
— Alors là, Kenma, je t'avoue que je vois pas du tout où tu veux en venir. Mais je suis touché, merci. Et je sais bien que je peux te parler, j'en ai pas spécialement besoin.
Kenma lui jette un regard entendu, et Kuroo sent que la discussion va prendre un mauvais départ. Il se met à réfléchir très rapidement — il peut encore éviter ça, en trouvant un sujet autre. Un jeu vidéo, quelque chose comme ça. Kenma n'est pas idiot, il risque de le voir venir mais s'il se débrouille bien, il pourra tout de même le dévier de son objectif pendant un petit bout de temps—
— Tu es sûr de ça ? reprend Kenma d'un ton légèrement fatigué.
— Mais enfin, sûr de quoi, au juste…
— Tu aimes bien faire semblant d'être un abruti, dit Kenma en faisant des sortes de moulinets avec ses bras, mais tu es plus facile à déchiffrer que ce que tu penses, tu sais ?
— C'est à propos de Daishou ? souffle Kuroo (tout est toujours un peu à propos de Daishou, a-t-il appris — à ses dépens, bien sûr).
— Pas uniquement. De Snake, aussi.
Kuroo soupire, et pour gagner du temps, ouvre sa canette avant d'en prendre une gorgée. Pas sûr que boire soit la solution idéale, mais on fait ce qu'on peut.
— Écoute, ça va, grogne-t-il. C'est stupide.
— Tu te mets à faire n'importe quoi, alors oui, c'est stupide. Offrir des roses à Daishou… Quelle idée.
— Tu peux arrêter de parler de ça, s'il te plaît ? Plus le temps passe, plus je me demande comment j'ai pu penser que ça allait fonctionner…
Il guette l'échelle, à la recherche de toute trace de Snake et Kami. Pitié, qu'ils arrivent vite, se met-il à penser. Que je puisse fuir cette conversation.
— De toute façon, tu te mets toujours à faire n'importe quoi quand Daishou est impliqué, et— et tu fais la même chose avec Snake.
Kuroo baisse la tête vers ses pouces qu'il fait tourner, évitant soigneusement son ami du regard.
— Et j'ai peur que si tu continues à faire n'importe quoi, tu— commence Kenma. Enfin, c'est pas mes affaires. Laisse tomber.
— Tu t'inquiètes pour moi ?
— Pas vraiment. Cette histoire est fatigante pour tout le monde. Mais on sait tous comment ça a tourné la dernière fois que tu as eu des sentiments pour Daishou, alors…
Kuroo soupire. Il se souvient très bien, et c'était ridicule. Une sombre époque, vraiment. Même Bokuto grince des dents quand il l'évoque.
— Bref. Ne te laisse pas encore dépasser par les évènements.
— Je vais éviter, merci.
Pour faire bonne mesure, il tend sa main pour lui tapoter l'épaule, mais Kenma se décale légèrement et sa main retombe juste dans le vide. Quelle cruauté.
Kuroo continue à fixer l'échelle, soudainement nerveux. On dirait que Kenma lit en lui comme dans un livre ouvert, et même si ça a toujours été plus ou moins le cas, il n'est pas sûr d'aimer ça. Bien sûr, ça peut être pratique de temps en temps, mais il ne faut pas non plus déconner. Et puis, il ne prendrait pas la peine d'insister si ça ne paraissait pas important, et c'est ça qui l'inquiète le plus. Ce n'est pas important. Ce n'est rien du tout, d'ailleurs. Kuroo gère.
Ils vont passer une excellente soirée, tous les quatre, et ce ne sera qu'un mauvais souvenir. Pourquoi penser à Daishou maintenant ? Il aura tout le loisir de se plaindre plus tard, pas vrai ?
Un grincement lointain le sort de ses pensées : Kami débarque avec un pas léger, sautant de l'échelle en se penchant en avant à l'arrivée, comme en attente d'applaudissements. Elle croise le regard de Kuroo et lui sourit avec malice. Puis elle aperçoit Kenma et paraît encore plus enchantée, courant presque vers lui pour lui voler son chapeau.
Sur ses talons, Snake débarque, et lance à Kuroo un regard vaguement provoquant (c'est devenu une habitude), passant une main dans ses cheveux verts avec une assurance un peu rageante. Kuroo sent sa poitrine se serrer légèrement, mais ignore la sensation. Il lui tend la main avec un air qui se veut décontracté.
— Eh bien, tu sors le grand jeu, ce soir, sourit Snake.
— Il faut bien trouver des moyens de te faire sortir de ton terrier.
— Calme-toi, Jones, tu n'es pas aussi irrésistible que ce que tu sembles croire.
— On m'a toujours dit que j'avais un petit côté bad boy très craquant, argue-t-il (sa voisine lui a dit ça, une fois, en sixième, mais le plus bad boy que Kuroo puisse faire est, genre, de laisser traîner des legos par terre pour que Bokuto marche dessus, alors il n'est pas sûr que ce soit vraiment une image réaliste). Et puis, Jones ? C'est qui celui-la, encore ?
— Le chat de Ripley. Dans Alien.
Kuroo acquiesce, sa bonne humeur reprenant le dessus.
— Tu peux m'appeler comme ça pour le restant de mes jours, Ripley est ma femme.
Snake lui rit au nez et se laisse pratiquement tomber sur le transat voisin, les mains allant automatiquement à l'arrière de son crâne. S'il n'essaye pas de discuter, c'est qu'il doit être d'accord — et comment ne pas l'être ? Il y a des choses qui sont juste universelles : aimer Ripley et détester Daishou, par exemple. Ils partagent ces deux-là, Kuroo est à peu près sûr que ça suffit à donner une bonne base à leur amitié.
— Et puis tu peux parler, reprend Kuroo. Tu es aussi sur ton trente-et-un, à ce que je vois.
Snake lui fait un clin d'œil.
— Toujours tout pour toi, chéri.
Kuroo ouvre la bouche pour lui faire ravaler son chéri, mais se reprend au denier moment, pour des raisons qui n'ont rien à voir avec la satisfaction qu'il pourrait avoir à être appelé chéri. Il décide de laisser passer. Il a ses raisons, bien sûr : cela entraînerait une dispute trop longue et pour laquelle il n'a pas l'énergie, ce serait enfantin, et puis tout le monde l'appelle tout le temps chéri, de toute façon (enfin, disons que ça arrive parfois. C'est déjà arrivé). Aucune raison de le reprendre, donc.
Il se laisse aller en arrière sur son transat et cherche un sujet suffisamment intéressant pour ne pas passer pour un abruti, mais pas trop sérieux non plus. C'est tout un art : parler de politique serait une erreur de débutant (il ne s'y connaît pas assez et c'est un terrain glissant, l'engouement y est très propice), parler de sa vie personnelle semble compromis par cette histoire d'identités sécrètes, parler du beau temps serait ridicule, parler de…
Son regard croise celui de Snake. Surpris, Kuroo détourne immédiatement les yeux, ce qui est tout sauf naturel — il se racle la gorge pour faire comme si de rien n'était, mais c'est encore pire ! Alors il laisse échapper un petit rire gêné, se retourne à nouveau vers Snake, change à nouveau de position, passe une main dans ses cheveux, grogne, se laisse à nouveau tomber en arrière, les mains masquant son visage et tout l'embarras qui va avec. Qui m'a élevé comme ça, pense-t-il, qui est responsable de ce désastre.
— Tu as terminé ? demande Snake, un sourcil si haut qu'il est masqué par sa mèche. Qu'est-ce qui t'arrive ?
Kuroo prend un air désespéré. Il peut encore tout arranger et sauver les apparences. C'est faisable.
— Je pensais à… ma sœur… Parce qu'elle est malade et… Elle a les mêmes cheveux que toi donc tu me fais penser à elle.
— Je te fais penser… À ta sœur… Qui est malade… reprend Snake avec un air dubitatif.
Kuroo ne prend même pas la peine de lui répondre, trop occupé à s'insulter mentalement. Non, ses capacités d'improvisations n'ont jamais été grandioses, mais là on atteint les bas-fonds de la médiocrité. Quelle idée. Sa sœur. Qui dit ce genre de chose.
Il jette un nouveau regard vers Snake, qui le toise déjà, toujours la même interrogation dans le regard, mais avec en plus un sourire en coin qui ne présage rien de bon. Kuroo doit se reprendre pour ne pas avoir une nouvelle réaction stupide — a-t-il toujours eu ce genre d'effets sur lui, ou c'est quelque chose de nouveau ? Non, il se fait des idées— c'est à cause de Bokuto et de son histoire de drague, c'est parce que tout le monde s'attend à ce qu'il se mette à soudainement ressentir quelque chose pour lui, qu'il se met dans ce genre d'état. Mais quand même, ce n'est pas non plus tout nouveau. Kuroo s'est déjà dit qu'il le trouvait pas trop mal, il y a eu ce petit malaise à la piscine, les mots que Kami lui a glissé quand ils ne savaient pas qu'il était là, les messages échangés, etc.
À quelques mètres d'eux, Kami et Kenma se mettent à parler à voix basse, leurs regards glissant de temps à autre vers eux deux. Kuroo leur adresse un regard qui, peu importe l'environnement dans lequel on a grandi, ne peut vouloir dire que AU SECOURS, mais Kami, cette traîtresse, sourit de toutes ses dents, l'air de dire alors, tu t'amuses bien, hein ?
— Hey— réclame Snake probablement peu enthousiaste à l'idée d'être ignoré, tu reviens parmi nous ?
Kuroo soupire, mais cette fois-ci avec un peu plus d'assurance. Ce doit être le fait de ne pas l'avoir vu pendant une semaine alors qu'ils s'étaient mis à traîner ensemble si régulièrement. Ça, combiné à son incapacité à vivre la moindre romance de façon normale (ou tout court, d'ailleurs, car la vie sentimentale de Kuroo est plutôt déserte, si on fait abstraction des quelques types qu'il s'est tapés en soirée, mais il ne pense pas que ça compte comme une expérience romantique, à vrai dire). Bref, les conditions sont de toute évidence en sa défaveur et le fait que Snake soit attirant et semble aimer en jouer n'aide vraiment pas.
— Qu'est-ce qu'il y a, grogne-t-il, on ne t'a pas donné assez d'attention quand tu étais gosse ?
— Ça mon cher, c'était très déplacé.
— Écoute, tu as l'air d'en souffrir terriblement, alors je me disais—
Les mots restent coincés dans sa gorge lorsqu'une main prend place sur sa bouche. Celle de Snake, sa peau tiède contre ses lèvres. Kuroo sent son cœur gonfler et se dégonfler sans même prendre le temps de lui faire comprendre ce qu'il se passe, un vrai matelas crevé. Tenant le gant qu'il vient d'enlever dans son autre main, Snake ne semble pas se rendre compte que cette situation est absolument horrible. Kuroo sent lentement chaque motif de sa peau s'imprimer à son contact, va jusqu'à s'empêcher de respirer pour ne pas laisser échapper un mouvement involontaire, mais bon, si monsieur semble s'en accommoder…
— Tu es vraiment trop bruyant, fait remarquer Snake. Bon, ça fait aussi parti de ton charme, je te rassure. Tout ceci est rattrapable.
Après une dernière pression contre ses lèvres, accompagnée d'un regard prolongé qui fait que Kuroo est un peu perdu, il le lâche totalement et enfile à nouveau son gant. Quel était l'intérêt de l'enlever de base, d'ailleurs ? Quelque chose du style, tu sens comme ma peau est douce ? Voilà les effets de cette crème hydratante que tu passes ton temps à moquer, mon cher Kuroo ? Rien de très mature, probablement.
— Merci, marmonne Kuroo. Je pense que je me débrouille très bien sans tes conseils.
— Tu es sûr de ça ? susurre Snake en se penchant en avant, dans une posture légèrement plus intime qu'avant, le menton reposant dans la paume de sa main.
— Comment dire non à ceci ? sourit Kuroo en désignant sa propre personne.
Étant vêtu ainsi, l'effet est certes légèrement estompé. Mais Kuroo sait qu'il n'est pas non plus un cas désespéré — il a eut sa part de confessions et de regards intéressés (bon, souvent de la part de personnes qui n'avaient pas encore eues à faire à sa personnalité, mais il y a ceci et cela). Snake ne semble pas vraiment impressionné, mais ne se gêne pas non plus pour le reluquer de la façon la plus embarrassante qui soit. De haut en bas, comme s'il était une sorte d'étagère qu'il hésitait à acheter. Enfin, une étagère un peu étrange, parce qu'on ne voit personne lancer ce genre de regard à des meubles chez IKEA, mais l'idée reste la même.
— Tu vois, le problème ne vient pas de ceci, reprend Snake, une fois son inspection terminée.
Kuroo attend une suite qui ne vient pas, ce qui fait monter sa gêne un cran au-dessus. Okay. Cette conversation a totalement échappée à son contrôle, et il n'ose même pas reprendre Snake pour lui demander le mais de la chose, déjà parce qu'il n'en a pas envie, et aussi parce qu'une part de lui a envie de croire qu'il n'y a pas de mais.
— Vous avez fini de flirter ? demande Kami en surgissant derrière Kuroo, qui fait une mini crise cardiaque. On peut parler business ?
— On ne flirte pas… grogne-t-il une fois que l'usage de la parole lui revient.
Mais Snake ne nie rien du tout et lui envoie un baiser volant, ce qui est… Une réaction inappropriée. Comment Kuroo va-t-il convaincre les autres, se convaincre lui-même, qu'il ne se passe rien entre eux si même Snake n'y met pas un peu du sien ?
Kami ne semble pas faire attention à sa réponse. Elle donne quelques coups de pieds dans des transats pour les placer les uns en face des autres à l'arrache, puis les désigne avec une théâtralité qui leur donnerait presque envie de lui donner de l'argent pour la remercier d'un tel geste. Ils prennent place tous les quatre, des expressions nettement plus sérieuses affichées sur leurs visages. Le temps des légèretés est fini, parlons affaires. C'est pour cela qu'ils sont venus, après tout.
— Mes chers amis, commence Snake d'un ton solennel (ton qu'il utilise néanmoins pour tout et n'importe quoi, ce qui lui enlève pas mal de crédibilité — mes chers amis, je vous laisse pour aller m'épiler les sourcils, mes chers amis, je tiens à vous informer que la masse informe présente sur la tête de Kuroo est désormais interdite d'accès au toit, mes chers amis, le premier qui fait la moindre remarque à propos du trou qu'il y a juste sous ma fesse gauche s'en prendra une — et oui, Kuroo lui a fait remarquer qu'il ne pouvait pas limiter une interdiction d'accès à ses cheveux, mais on ne l'a pas écouté ! On ne l'écoute jamais pour les choses importantes !). Aujourd'hui est un grand jour.
— Tu nous as dit la même chose pour l'arrivée du masseur de tête, fait remarquer Kami avec un soupir.
— Objection rejetée, grogne Snake. Le masseur de tête est magique et tu le sais.
— Magique, répète Kuroo (parce que c'est vrai ! Ce truc lui donne l'impression de ne plus avoir de problèmes, que plus jamais il n'en aura). Tu devrais essayer, glisse-il à l'intention de Kenma. Notre meilleur investissement.
Kenma hausse les épaules. Décidément, toujours dans l'exubérance, celui-là.
— Bref, reprend Snake, nous devons parler du plan.
— Le plan, répète Kami.
— Le plan ? demande Kuroo.
— Oh oui, le plan, grogne Kenma. Le plan destiné à tuer Kuzco. Le plan que tu as choisi spécialement pour tuer Kuzco ! Le plan—
— Kenma, l'interrompt Kuroo, beaucoup de mots sortent de ta bouche et ça me fait peur.
— C'est parce que tu n'as pas la référence, dit Kami. Ce qui est d'ailleurs une aberration.
Kuroo se lève et tire son transat en arrière pour la faire taire. Ça ne fonctionne pas très bien, car Snake se lève à son tour avec une moue scandalisée pour la ramener parmi eux, tout cela sous le regard fatigué de Kenma.
— Vous cherchez un plan pour faire tomber les gentils, c'est ça ? demande-t-il d'une voix morne.
— Nous avons un plan pour les faire tomber, le rectifie Snake.
— D'accord.
Il n'a pas encore décidé s'il avait envie de savoir ou pas. Ce sera probablement un truc de psychopathe, le genre qu'on veut éviter à tout prix — ne jamais se laisser entraîner là-dedans, surtout si Snake est impliqué — mais en même temps, le potentiel humoristique de l'opération doit être plutôt conséquent. Et puis c'est ce que Kuroo veut, au final, non ? Rétablir les vieilles habitudes. Avec Snake et Kami en plus, tant qu'ils sont là. Avec Snake.
— Tu n'as pas l'air très intéressé, fait Snake avec une moue boudeuse.
— Je suis intéressé, grogne Kuroo, mais pour une raison étrange il a l'impression qu'ils ne sont plus en train de parler du plan.
— On le sait bien, lui fait Kami avec un clin d'œil (encore un ! Qu'ils s'arrêtent donc !)
— Attendez, ça veut pas dire qu'on est forcément partants, hein, mais on veut bien avoir des indications, quoi. On avisera après.
Il échange un regard avec Kenma, qui hoche la tête avec un sérieux déconcertant. Un léger blanc suit cette information, pendant lequel les deux autres semblent sur le point de protester mais abandonnent. Puis Snake s'étire avec une certaine grâce, faisant passer ses bras devant son torse pour faire craquer ses doigts.
— Alors, voici ce que ça donne—
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Kuroo en est à sa troisième canette de bière, et il a de la sauce pizza plein les doigts, quand Snake accepte enfin de céder à ses demandes.
— Je ne fais ça que parce que ta menace de ruiner mon costume avec tes sales pattes me terrifie, grogne-t-il.
— Tu voulais me pousser du toit et c'est hors de question ! s'exclame Kuroo. Tu me forces à employer les grands moyens !
— De la sauce pizza sur une telle perfection ! Tout ça parce que tu as un peu peur de mourir !
Kuroo secoue la tête d'un air scandalisé et tente de prendre Kenma à parti, mais ce dernier les a déjà quittés depuis bien longtemps. Il est assis sur le rebord de la piscine, son pantalon retroussé et ses jambes à moitié dans l'eau, une console à la main.
— Avoir peur de mourir est une raison suffisante pour menacer de tacher un vêtement, annonce Kuroo.
— Pour toi, peut-être, rétorque Snake (et il y a tant de choses qui ne vont pas avec cette réponse que Kuroo décide de l'ignorer).
— Bref, on change cette partie.
Snake soupire longuement, les lèvres retroussées dans une expression un peu enfantine que Kuroo commence à connaître — qu'il a déjà vu sur d'autres visages aussi, probablement, car elle a quelque chose de très familier.
— Du coup je reprends, fait-il. Ton ami Bokuto est là et il essaye de te parler, mais tu le regardes avec une sorte de peur et de désespoir dans le regard, tu saisis ? Et tu… ne sautes pas du toit…
— Je ne saute pas du toit, insiste Kuroo.
— Avoue que ça aurait été stylé.
Kuroo secoue la tête, et emploie le ton qu'il utilise pour parler à ses petits cousins de cinq ans, pour leur expliquer que ce n'est pas bien de colorier partout sur les murs.
— Ça n'aurait pas été stylé. Bokuto aurait été traumatisé à vie, faire semblant de se suicider n'est pas drôle, et peut importe tes moyens pour me récupérer avant que je ne touche le sol, je serais probablement mort.
— Hum. Bon. Disons que tu tentes de partir et tu tombes en dévalant les escaliers. Tu peux faire semblant de te casser le bras ou un truc du genre.
— Ça me parait plus… raisonnable.
Snake hoche la tête et saisir un petit bloc note de sous son transat pour y barrer quelque chose et noter autre chose. D'une façon très professionnelle, il relit chaque point à voix haute, attendant le petit hochement de tête de Kuroo pour cocher chaque étape validée. Puis il lui adresse le plus grand des sourires et lui tend la main, scellant leur pacte. Kuroo la serre, pensant que ce doit être la pire idée de toute sa vie.
— Ceci étant fait, nous pouvons enfin profiter un peu, souffle Snake. Il reste des bières ?
— C'est la dernière, fait Kuroo en désignant la sienne, qui deux secondes plus tard se retrouve dans les mains de Snake.
Il la vide d'une traite, et la jette sur le sol avec un grognement ridicule. Kuroo lui fait un croche-pied en retour, mais Snake réussit à se rattraper en saisissant sa propre épaule, le bras rapidement enroulé autour de sa nuque. Kuroo frémit au contact soudain, et tente de garder l'équilibre en balançant son corps vers l'arrière, mais ça ne fonctionne pas des masses et un instant plus tard, ils sont sur le cul.
Le bras de Snake est toujours enroulé autour de son cou, et Kuroo sent ses joues se colorer lorsqu'il s'en rend compte, mais le contact ne dure que peu de temps puisqu'avec une exclamation embarrassée, ils se détachent légèrement l'un de l'autre. Snake s'assoit en tailleur sur le sol, comme pour dire bon, tant qu'à faire, autant rester là, et Kuroo ne trouve rien de mieux à faire que de l'imiter. Il remarque que leurs mains reposent à quelques centimètres l'une de l'autre, d'une façon plutôt inhabituelle. En fait, rien ne semble naturel dans cette situation — la proximité des mains, certes, mais aussi celle de leurs genoux, de leurs visages, même. Malgré l'obscurité envahissante, Kuroo trouve ses traits encore saisissants sous les reflets éparpillés d'un dernier souffle lumineux. Lui qui a passé toute la soirée à éviter de s'aventurer trop en terrain dangereux laisse son regard parcourir ce visage si étonnant, à moitié inventé et à moitié familier — il y a quelque chose de bizarre dans tout cela, et Kuroo ne peut pas s'empêcher de commencer à se faire des idées (il blâme Kenma et Bokuto pour ça).
Entre autres, le fait de n'avoir à découvert que le bas de son visage lui donne envie de superposer d'autres regards au puzzle. Il y a bien un visage qui revient parfois, toujours ce même visage irritable, qui semble le retrouver partout. Kuroo ignore la pensée — ce serait stupide, vraiment, et cette obsession commence à devenir bien ridicule. S'il pouvait arrêter de voir Daishou partout, il se porterait bien mieux. Il comprend bien que c'est déjà trop tard pour se faire la réflexion — preuve, Kenma est venu lui en parler ! Il ne prendrait pas cette peine s'il ne pensait pas la situation désespérée. Kuroo déteste tout ça, et donc il fait tout pour ne pas y penser, mais ça commence à bien faire.
Snake est un peu farfelu, mais il pense qu'il l'aime bien. Après tout, Kuroo n'est lui-même pas des plus ordinaires, et il a bien du mal à se voir avec quelqu'un qui recherche la banalité. Peut-être qu'il pourrait se laisser aller, pour une fois. Ce n'est pas comme avec les autres. Kenma et lui étaient trop proches pour qu'il puisse risquer de détruire ça (parce que vous pouvez être sûrs qu'il l'aurait fait), Bokuto et Akaashi étaient déjà destinés à finir ensemble quand il a eu un faible pour l'un puis pour l'autre, Sawamura est en couple depuis une éternité, Yaku pense qu'il ne l'est pas, mais c'est une erreur (il prépare des repas pour Lev quasiment tous les midis, que voulez-vous ajouter à ça), et Daishou le déteste et est détestable (le combo parfait). Snake ne rentre dans aucune de ces catégories, si on y pense bien : il est un peu emmerdant mais plus pour amuser la galerie, a visiblement eu un passé avec Kami mais elle semble continuellement les pousser l'un vers l'autre — ce qui indiquerait son célibat, probablement —, puis ils ne sont pas trop attachés pour que Kuroo se mette à paniquer pour un rien. Ce n'est pas trop mal, non ? Et si on lui fait toujours des remarques un peu déplacées, c'est peut-être qu'il est sur la bonne voie. Non ?
Il soupire, chassant tout cet amas de pensées en secouant la tête. N'importe quoi. Il se fait des idées, comme d'habitude. C'est les bières, et l'effet Kami — elle leur a dit qu'ils flirtaient et il en tire des conclusions hâtives. Kuroo ne sait même pas ce qu'il veut. C'est stupide.
— Qu'est-ce qui te fait souffler comme ça ? Tu tenais tant que ça à terminer ta canette ? lui demande Snake.
Kuroo se retourne vers lui avec une grimace.
— Ah, t'es toujours là, toi.
— Quel manque de politesse. Tu m'as foutu à terre, espèce de crétin.
— Et tu m'as entraîné avec toi, sourit Kuroo.
— Bien entendu.
Puis il y a eu ces bouts de conversation qu'il n'était pas supposé entendre, la première soirée. Sans contexte, ça ne vaut pas grand-chose, mais— ça reste une piste, non ?
— Tu es particulièrement chiant, ce soir, déclare soudainement Snake. Si une chose te tracasse, parles-en ou enterre-la quelque part.
— Tout ne tourne pas autour de toi, tu sais—
— Dans mon monde, si. Je déteste les gens qui disent ça. Ne va pas essayer de me faire croire que tu ne penses pas toujours à toi-même.
— Pas toujours, grogne Kuroo.
Snake lève les yeux au ciel et secoue légèrement la tête, comme pour dire ah, tu n'es pas prêt pour cette conversation. Kuroo s'en fiche un peu, à vrai dire. Il n'est pas particulièrement fan des longues conversations philosophiques, sauf quand elles ont lieu à quatre heures du matin et lorsque Bokuto est impliqué. Ce cher Snake semble bien trop renseigné pour être le genre de type à laisser se créer un véritable débat : ce sera juste un monologue que Kuroo tentera de couper sans y parvenir. Il déteste ça.
Snake penche sa tête sur le côté, s'exposant un peu plus à la lumière orangée d'un spot glissé sous un petit oranger en pot, juste derrière lui. Un éclat juste sur sa joue, et Kuroo fronce les sourcils.
— Tu t'es fait quelque chose au visage ?
— Quoi ?
Snake porte une main à son masque, traçant le contour de l'œil que Kuroo désigne. Ils ont retiré leurs masques au moment où les pizzas sont arrivées, mais le reste ne partira qu'au moment de la baignade (à part le masque, du moins pour Snake ou Kami).
— Juste en dessous, grogne Kuroo. Tu n'as rien à l'œil ?
Par réflexe, il porte une main à la joue de Snake, son index calé sous le menton et son pouce en bas de sa pommette. Une griffure rouge qui dépasse du masque. Snake s'immobilise complètement au contact, et Kuroo le sent déglutir, mais reste silencieux.
— Pourquoi tu me demandes si j'ai quelque chose à l'œil si c'est pour me parler de ma joue, espèce de crétin, soupire Snake d'un ton trop bas pour qu'une quelconque agressivité en ressorte.
— Désolé, c'est une habitude. Une fois, un ami à moi est tombé sur un coin de table et on a cru qu'il s'était blessé à l'œil. Du coup, dès que ça touche cette zone-là, je me mets à imaginer le pire.
— Il est tombé, ouais, lâche Snake.
Kuroo fronce les sourcils en s'empourprant. Il s'agit d'un petit mensonge, d'une histoire que Snake n'a pas besoin de connaître. Est-il si mauvais menteur que même une petite phrase comme ça peut le trahir ?
— Ça m'a légèrement traumatisé, affirme Kuroo.
— Imagine ce que ça a dû être pour lui.
— Rassure-toi, il s'en porte très bien.
— Bon, c'est l'essentiel.
Il finit par retrouver le spot que Kuroo désigne, et ce dernier écarte sa main, presque à contrecœur. Il y a quelque chose d'agréable dans sa peau, une douceur inattendue. Peut-être qu'à force d'utiliser autant de crèmes, ça finit par avoir un effet. Comme souvent, Kuroo garde une chaleur fantôme dans les doigts, qu'il se met très rapidement à maudire. Pourquoi est-ce que sa mémoire tactile prime sur tout le reste alors qu'il veut devenir mathématicien ? Il aimerait bien faire deux ou trois arrangements dans son propre corps.
— Ça doit être la marque du masque, dit Snake.
Kuroo hausse les épaules. Ça n'a pas vraiment d'importance. Snake change de position et son visage est de nouveau plongé dans l'obscurité. Il se demande à quoi il pense.
— Quand on en aura terminé avec les gentils, qu'est-ce qu'on fera ? demande finalement Kuroo, gêné par le silence.
Il faut à Snake une poignée de secondes de réflexion.
— On prendra des vacances.
— C'est pas ce qu'on fait, là ?
— Allons, ne sois pas ridicule— nous sommes en plein milieu d'une opération très sérieuse.
— Si je ne connaissais pas, je dirais que tu te payes ma tronche et que tout ceci n'est qu'un prétexte visant à combler tes pulsions malsaines.
— Eh bien, siffle Snake avec un début de sourire, c'est une bonne chose que tu me connaisses, alors.
Kuroo ne peut pas s'empêcher de passer une main dans sa nuque, évitant le regard de son interlocuteur.
— Oui, c'est une bonne chose.
Sa voix lui semble pâteuse et trop sérieuse pour le ton enfantin de la conversation. Il n'y peut rien — il aime être un peu sérieux, parfois. Pas souvent, d'accord. Ne pas être sérieux lui donne plein d'occasions de ne pas avoir à affronter la vérité, mais il y a des fois où le reste prend le dessus. Il dit régulièrement à Kenma à quel point il est important pour lui, par exemple (si on n'est jamais honnêtes, on n'arrive pas à avancer). Il serait peut-être temps de jouer cartes sur table. Attirance ou pas, d'ailleurs.
— Aww, qu'est-ce que tu nous fais, mon petit chat ?
— Rien. Juste que je m'amuse bien et—
— Et ? On n'était pas supposé se détester ou quelque chose comme ça ? sourit Snake.
— Bien sûr, et ça explique le fait qu'on se mette à partager des canettes de bières sur le toit d'un hôtel, en risquant au passage notre vie, ricane Kuroo.
Snake hoche la tête, un sourire satisfait et un peu perfide qui tranche avec la douceur qu'on peut lire dans son regard lorsqu'il se redresse, la main tendue en avant pour aller jusqu'au visage de Kuroo. Ce dernier n'ose pas trop réagir lorsqu'il passe ses doigts fins dans ses cheveux, essayant tant bien que mal de les aplatir.
— C'est quand même incroyable, qu'ils gardent cette forme comme ça, commente Snake.
— Ouais— ouais, répète Kuroo, essayant de trouver quelque chose d'un peu intelligent à répondre.
— Ils sont plus doux qu'ils en ont l'air, continue Snake.
En se concentrant bien, il arrive à sentir le bout de ses doigts contre son crâne. Le toucher n'est pas désagréable.
— Ouais, reprend Kuroo.
— Enfin, la mauvaise nouvelle là-dedans, c'est que ça te donne l'air d'un abruti, mais bon…
Kuroo hoche vaguement la tête, se rendant plus ou moins compte qu'il se fait insulter. C'est un peu trop agréable, en fait. Bokuto aime beaucoup lui caresser les cheveux, aussi, mais ça ne fait jamais cet effet-là. Ça fait longtemps que le contact de quelqu'un d'autre lui avait fait cet effet-là, en fait.
— Dis-moi, tu comptes faire au moins semblant de m'écouter ? grogne Snake en retirant sa main. Ce n'est pas drôle de t'insulter si tu ne le prends pas un peu mal, tu sais.
Retenant la petite plainte qui le démange, Kuroo cherche son regard et une répartie digne de ce nom. À la place, son regard reste accroché à sa main. Ça ne sert plus à rien de faire semblant, se dit-il. Au point où j'en suis. Il ne prend pas vraiment la peine de répondre, mais se relève dans une dernière tentative de retour à la case départ. Trouver un nouveau sujet, quelque chose d'un peu intello de préférence.
À la place, il se prend les pieds dans une serviette qui traîne par terre et tombe dans la piscine. Ce sont des choses qui arrivent.
Il sent l'eau commencer à s'infiltrer dans ses vêtements et regarde la lumière s'échapper des murs de la piscine, s'infiltrer jusqu'à la surface de l'eau. Une scène qui lui paraît presque surréaliste sur le coup tant il est surpris. Rapidement à court d'air, il donne une impulsion au sol pour remonter, sortant la tête de l'eau avec un air de chien effrayé, battant des bras pour se hisser jusqu'au rebord. Il prend une grande inspiration et se met à tousser, se sentant de plus en plus misérable. Pourquoi est-ce que ce genre de trucs n'arrivent qu'à lui ? Il ne mérite pas un si mauvais karma, il en est quasiment certain. Il retire son masque dégoulinant et commence à s'étouffer à moitié après avoir bu la tasse.
Relevant le regard, il remarque Snake et son sourire moqueur, probablement sur le point de prononcer quelque chose d'un peu méchant. Pour l'en empêcher, il sort la première chose qui lui vient à l'esprit :
— Je suis habituellement plus charismatique que ça.
Les mots que Snake s'apprêtaient à lâcher restent coincés dans sa gorge et il éclate de rire, un son qui parvient à ses oreilles avec la même douceur que le dernier souffle du vent d'été. Kuroo sait qu'il est foutu au moment où ses lèvres se déforment en un léger sourire. Pour une fois, il ne repousse pas le crépitement qui lui clignote la poitrine ; il le laisse résonner dans tout son corps et profite de la rythmique agréable de chaque battement de cœur. Il a soudainement très chaud, et lorsque Snake lui tend la main pour l'aider à sortir de l'eau, il la tient une seconde de trop.
— — —
— — —
Les faits ont démontré, dans le passé, que Kuroo n'était ni bon ni mauvais à ce qu'on appelle communément le flirt. En réalité il est plutôt mauvais, mais pour une raison étrange, son physique lui donne un air assuré (qu'il ne possède pas) donnant l'impression qu'il sait ce qu'il fait. C'est totalement faux. Kuroo ne sait pas ce qu'il fait, jamais. Même quand il choisit sa tenue le matin, il ne sait pas ce qu'il fait.
Il ne se trouve pas particulièrement attirant, sur le plan physique. Peut-être parce qu'il a entendu trop de « tu ressembles à un idiot comme ça » dans sa vie. Pourtant, encore une fois, dans la pratique, son taux de succès est plus élevé qu'on ne pourrait le penser — en soirée, sortir quelques conneries un peu absurdes le font passer pour un personnage bien énigmatique et ça a son petit effet. Il sait aussi se montrer autoritaire quand il le faut, ce qui doit sûrement jouer.
Le problème avec Snake est le suivant : il ne se laisse pas facilement impressionner. De ce qu'il en sait, Kuroo a pu tirer les conclusions suivantes : a) Snake est le genre de personne qui va titiller les autres jusqu'à leur tirer la réaction qu'il désire, il ne réagira donc pas à un quelconque ton autoritaire et remettra automatiquement en cause cette autorité ; b) Snake sait bien que Kuroo n'a aucune idée de ce qu'il fait (principalement parce qu'il ne prend même pas la peine de le cacher) ; c) Snake n'a pas non plus trop l'air de savoir ce qu'il fait mais possède une capacité à s'adapter aux situations les plus incongrues qui dépasse l'entendement (il est vrai que Kuroo se projette aussi aisément dans tout type de circonstances sans trop de problèmes, mais il a plus de mal à passer pour le plus grand des je-sais-tout). Bref, ce n'est pas pour lui un bon départ, mais pourquoi pas. De toute façon, ce n'est pas non plus désagréable. Kuroo n'a ainsi pas besoin de jouer les types cools et détachés sous le regard dépassé de Kenma.
La Technique de Drague de Kuroo est à vrai dire assez sophistiquée : il échange le plus de regards possible avec la personne qui l'intéresse et parfois se met à fixer sa bouche. Imparable. Brillant. Il devrait écrire un livre.
Ainsi, il garde ses yeux sur Snake, qui semble vibrer de malice ce soir-là. Particulièrement exubérant, il n'arrête pas de glisser des mots à l'oreille de Kami, d'essayer d'élaborer des checks complexes avec Kenma, de laisser traîner sa main près de la cuisse de Kuroo quand ils sont assis l'un à côté de l'autre. Kuroo ne parle pas énormément, à côté de ça. Il est plus calme, peut-être à cause de ce drôle d'effet qu'il ressent à chaque conversation échangée avec lui. Les mots déformés par la chaleur et les grincements des foules sous leurs pieds, ils arrivent tout de même à se comprendre l'un l'autre.
Ils commencent un jeu d'alcool avec le fond de whisky qui traîne dans le mini-frigo. Un Je n'ai jamais, quelque chose comme ça. Kuroo ne fait qu'à moitié attention à ce qu'il dit, tente vaguement de foutre la honte à Kenma en sortant quelques histoires qui en valent la peine, mais remarque avec satisfaction que rien n'échappe totalement à son contrôle.
— Je n'ai jamais offert des roses à mon pire ennemi devant toute la classe, grogne Kenma en le regardant dans le blanc des yeux.
Kuroo boit, laissant échapper un rire étranglé.
— Tu aurais dû voir sa tronche à la fin, dit-il, ça en valait presque le coup.
— Ce n'est pas ce que tu disais, l'autre jour.
De toute façon, « ça en valait presque le coup » est une expression qu'il utilise souvent dans les pires situations. Kuroo balaye l'argument d'un geste de la main, et fait signe à Kami d'enchaîner. Elle sort quelque chose qui implique apparemment Snake et une course-poursuite incroyable avec des abeilles, puis ces deux-là débordent sur des sujets qui les laissent dans une position un peu inconfortable : Kuroo n'y comprend pas grand-chose et a la désagréable impression de s'infiltrer dans une vie qui ne lui appartient pas. C'est pourtant par là que tout commence.
Sans qu'ils ne s'en rendent vraiment compte, Snake et Kami sont ailleurs. Près du mini-frigo, certainement. Les voix hors de portée. Kuroo fixe la bouteille de whisky en silence, puis croise le regard discret de Kenma.
— Ça fait un bail qu'on a pas joué à ça, hein ? fait-il.
Kenma hoche lentement la tête.
— Vu comment ça a tourné la dernière fois, aussi…
— Désolé, marmonne Kuroo.
Le regard de Kenma se fait plus insistant.
— Mais non, c'est du passé.
Cela fait des semaines qu'il n'y avait pas pensé. Deux ans plus tôt, à la même période — la naissance de l'été, l'envie de décoller du sol. À leurs débuts d'université. Daishou Suguru, un verre de vodka à la main, déclarant qu'il n'a jamais ressenti quoi que ce soit à propos de qui que ce soit dans la salle où ils sont — l'ancien gymnase d'un type de leur ancienne classe, dont il avait miraculeusement récupéré les clés. Kuroo boit, le regard lié à celui de Daishou. Ce n'est pas bien compliqué à déchiffrer, et il est à peu près sûr que Daishou sait — que tout le monde sait. Le décor change, ils sont chez Mika, son petit salon cosy parfumé au jasmin. Daishou n'arrête pas de la fixer, une grimace fatiguée mais étrangement séduisante sur les lèvres. Il se retourne vers Kuroo, le regard soudainement très sec. Dis, tu veux pas m'embrasser devant elle ? Pour voir si ça la dérange ? Toi, ça te dérange pas trop, non ? — et Kuroo sent son estomac se retourner. Il sait, pense-t-il avec effroi. Il cherche à en tirer profit. Il secoue la tête, et s'isole un peu pour téléphoner à Bokuto, trouver un peu de bienveillance quelque part. À son retour, Daishou passe avec un nouveau verre en main, et une idée mauvaise le traverse. Son regard croise celui de Kenma, qui secoue la tête d'une façon si discrète que Kuroo jurerait rêver, mais Kuroo n'écoute plus : il tend son pied et fait un croche-patte à Daishou, qui chute jusqu'à la table. Le coin. Mika débarque dans la seconde qui suit, une boîte de mouchoirs en main, comme si elle avait toujours su que ça arriverait.
— J'aurais pu vraiment le blesser, grogne Kuroo. Quel crétin.
— Mais non, c'était pas de ta faute. Tu n'y as pas réfléchi, c'est tout, argumente Kenma.
— Il a pas mal saigné, quand même.
— Tu as évité l'œil, c'est l'essentiel.
Kuroo soupire, encore révulsé par le souvenir.
— Dans tous les cas, c'était une bonne technique d'éloignement. Si tu veux savoir comment se débarrasser de tes sentiments pour quelqu'un, c'est une très excellente technique.
Kenma prend un air atterré, puis légèrement plus sérieux.
— Ah ouais ? T'es sûr de ça ?
— Je ne sais pas, admet Kuroo.
Il ne sait plus grand-chose, à vrai dire. Il est confus, en grande partie.
— Et pour Snake ?
— Je l'aime bien, je crois. Genre, vraiment bien ?
Un léger sourire prend place sur les lèvres de Kenma.
— Tu vas tenter quelque chose, alors ?
— Peut-être bien. Et ce sera une bonne façon d'oublier définitivement Daishou.
— Mmh…
Il regarde ailleurs un moment, puis revient vers lui, comme un boomerang.
— Du moment que tu nous fasses pas trop chier avec tout ça, souffle-t-il.
Kuroo s'apprête à l'envoyer bouler (gentiment, bien sûr) mais le retour de Kami et Snake récupère toute son attention. Snake s'assoit à côté de lui, plus proche encore que précédemment. Il frôle son épaule du bout des doigts d'une façon si naturelle qu'on dirait qu'il a des années d'expérience, puis offre à Kuroo le plus assuré des sourires.
— Bon, où est-ce qu'on en était ?
— — —
— — —
BYE BYE KUROO tu vas pas me manquer :D (en vrai j'adore Kuroo mais je l'ai rendu si stupide dans cette fic, pour le crack, que je pète des câbles dès qu'il faut écrire des scènes avec lui donc laissez place à notre idiot Number 2 jfdofjdo).
Mes notes pour ce chapitre étaient TERRIBLES. Je vous jure que j'avais juste écrit « flirt. Boivent. PIZZA » et c'est tout LMAO why am i even trying… Je voulais aussi caser le sombre passé de Daishou et Kuroo (donc : Daishou est un connard et Kuroo tente accidentellement de le tuer) mdr et c'est chose faite ! À propos de ça, c'est aussi inspiré de mon sombre passé puisque quand j'étais petite et que ma mère s'occupait de ma petite sœur, j'ai fait une sorte de crise de jalousie et j'ai commencé à courir partout jusqu'à me casser la gueule sur le coin de la table, du coup maintenant j'ai une cicatrice, COMME HARRY POTTER mais au coin de l'œil ;)
Le prochain chapitre est déjà terminé donc on verra quand il sera posté haha (j'ai de moins en moins de chapitres d'avance donc possible que je poste toutes les deux semaines histoire de me donner plus de temps pour avancer !)
N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé ! Bisous !
