Bonjour à tout-e-s !

Tout d'abord, pour ceux qui suivent Nous aurions pu être Spéciaux, je suis consciente que le dernier chapitre n'a pas été posté. Il le sera la semaine prochaine. Ce retard est dû à ma fatigue (vivement les vacances) en partie.

Revenons aux Chemins Perdus... Ce septième chapitre est aussi long que le précédent... et ensuite nous reviendrons aux formats habituels, mais tout aussi intense si ce n'est plus. Ainsi que vous vous en doutez, la fin de l'année approche !

Je tiens à remercier ceux m'ayant laissé des reviews.

Aussidagility : Il est en effet difficile d'induire Hermione en erreur ^^ L'inversion des places était importante pour que Harry comprenne mieux Lucifer et pour leur relation !

J'espère que ce chapitre vous plaira !


A aucun moment, nul ne sembla se douter que les places de Lucifer et Harry Potter avaient été interverties l'espace de quelques heures. Hermione n'en fit aucune mention, et Sally-Ann se contenta de soupirer sur l'attention accrue que Lucifer avait porté à son jumeau lors de la deuxième tâche. Quelques jours plus tard, les deux frères recommencèrent à se parler en dehors des cours, puis à passer du temps ensemble, et le Poufsouffle en éprouva un soulagement dérangeant.

Un article de Rita Skeeter parut sur Krum et Hermione, et la jeune fille, qui devait déjà subir les railleries de ses camarades sur le fait qu'elle soit la chose qui comptait le plus aux yeux d'une célèbre star de Quidditch, devint d'humeur massacrante. Harry subissait son lot de moqueries, également, puisque quelques articles titraient sur son cœur brisé. Lucifer méprisait et détestait profondément la journaliste. Elle s'en prenait à ceux à qui il tenait, mentait, brisait leur réputation et dévoilait des secrets ou des rumeurs exécrables. Chacun des articles faisait grandir un peu plus sa rage.

-Laisse tomber, lui conseilla Susan. Les journaux sont un pouvoir difficile à apprivoiser et impossible à contrer dans un pays libre.

-Concentre toi sur le prochain week-end à Pré-Au-Lard, renchérit Sally-Ann. J'aimerai faire un tour chez Gaichiffon. Je crois que certains vêtements te plairont.

-Je devais y aller avec Harry, répondit Lucifer, un peu perdu.

Ils avaient décidé d'acheter tout un tas de chaussettes à Dobby en remerciement pour la Branchiflore. Il leur avait sauvé la mise. Le visage de son amie se ferma.

-Il a passé un mois entier à t'ignorer, cracha-t-elle. Parfois, Lucifer...

Elle inspira profondément, mais ses yeux brillaient de colère. Le garçon se sentit désolé, et fut tenté de lui expliquer qu'il ne voulait pas risquer d'être le prisonnier du Survivant lors de la deuxième tâche, mais il craignait que cette information ne suffise pas. Beaucoup étaient désormais concentrés sur la dernière tâche et les chances de victoire de leur Champion, mieux valait laisser l'attention tournée ainsi.

-Il est mon jumeau, répliqua-t-il. Et nous devions voir...

Il coula un regard vers Susan. Elle ne voulait pas connaître ce genre de détails, savoir qu'il était en contact avec un évadé qui enfreignait la loi et attentait à la justice du Ministère. Son amie ne manqua pas son mouvement incertain et soupira.

-Ne me dis pas où ni quand, ordonna-t-elle. Néanmoins, je sais que ce qui se passe avec lui est injuste, et j'aimerais bien que la justice soit rendue. Ma tante a pris le dossier de Sirius Black, vous le savez, mais ils le laissent traîner en longueur et font la sourde oreille quand elle demande une date d'audience.

Sally-Ann secoua la tête, et regarda Noah, qui travaillait sur un calcul d'Artithmancie particulièrement retors. Le jeune Weber ne semblait pas vraiment écouter les conversations autour mais il captait quelques mots.

-Très bien. Je suppose qu'on peut se retrouver aux Trois Balais à une heure donnée, puis passer ensuite là où tu veux.

Susan lui frotta le dos gentiment, et Lucifer fronça les sourcils, confus.


Sortir du château en compagnie de son jumeau fut particulièrement agréable. Hermione, Ron et Noah se tenaient un peu en retrait en arrière pour les laisser discuter. Aucun des deux frères n'évoqua la Deuxième Tâche mais elle planait entre eux. Une preuve indéfectible qu'ils étaient jumeaux, qu'ils partageaient un lien fort qui dépassait le lien du sang.

-J'ai trouvé Dobby dans les cuisines, expliquait Harry tandis qu'ils se dirigeaient vers Gaichiffon. Il cherchait un travail rémunéré, et seul Dumbledore a accepté de le lui fournir. Il a emmené Winky avec lui -l'elfe de maison de Croupton, tu te souviens?-.

-Dumbledore paie Dobby ? murmura Lucifer, et le respect qu'il éprouvait pour le directeur de Poudlard augmenta encore.

Son jumeau lorgna en direction du badge S.A.L.E épinglé sur sa robe d'uniforme, si présent depuis le début de l'année qu'il en oubliait son existence.

-Hermione nous harcèle Ron et moi pour que nous les portions aussi... Tu n'arranges vraiment pas les choses.

Il y avait une pointe d'irritation dans la voix du Survivant, mais ses yeux brillaient d'une lueur amusée.

-C'est important, répliqua Lucifer. Hermione n'a pas tort lorsqu'elle parle d'esclavagisme, mais il faut prendre en compte le point de vue des elfes également. Ils sont heureux de servir et ce serait cruel de leur retirer ceci parce que nous, humains, pensons qu'il s'agit du mieux... En revanche, que les mauvais traitements soient autorisés m'est insupportable.

Il jeta un regard vers son meilleur ami, qui débattait avec Ron de quelques équipes de Quidditch. Hermione levait les yeux au ciel, et il inclina la tête pour l'inviter à les rejoindre, ce qu'elle accepta avec une reconnaissance visible.

-Nombre de Sangs-Purs ne se comportent pas correctement, marmonna Harry, mais que comptes-tu faire ? Ils aiment et abusent de leur privilège et donc on rejoint Voldemort pour la plupart. En neutralisant Voldemort, on pourra mettre un terme à tout ça.

-Mais pas à la maltraitance des elfes, contredit Hermione, piquée au vif. Les sorciers sont heureux d'avoir des esclaves sans se poser de questions !

-Tous les sorciers n'ont pas d'elfes, soupira Harry en levant les yeux au ciel. Et la magie remplace la plupart des tâches dont les moldus ont à se charger.

La jeune fille poussa avec virulence la porte vitrée du magasin de vêtement.

-A condition de connaître les sorts de nettoyage ! siffla-t-elle.

Choisir des chaussettes pour Dobby permit de calmer l'ambiance devenue tendue. Ils s'amusèrent à les prendre toutes différentes, et les plus incongrues possibles. Puis, bientôt, vint le moment de rejoindre Sirius.


L'évadé leur avait donné rendez vous dans un cabanon désaffecté derrière Derviche et Bang, une partie du village que les Gryffondors n'avaient jusqu'ici pas explorée. Lucifer et Noah s'étaient parfois amusés à contempler les jardins luxuriants et les maisons typiquement sorcières. Il avait quelques fois écrit à son filleul et à Lucifer, mais n'avait pas pu le voir à Noël. Aucune loi n'interdisait de retrouver un parent à Pré-Au-Lard lors d'une sortie organisée, néanmoins la plupart des sorciers laissaient leur progéniture indépendante l'année durant. Sirius, en revanche, était assoiffé de liberté et de contact autres que Remus et James.

-Bonjour Sirius, le salua Harry lorsqu'ils arrivèrent à sa hauteur.

Il caressa la tête du chien noir qui jappa puis les entraîna à l'intérieur. Il reprit aussitôt forme humaine, et Lucifer fut frappé par son apparence. Il portait une robe un peu élimée mais somme toute en bon état, ses cheveux avaient poussé depuis les vacances d'été, et hormis d'immenses cernes qui creusaient ses joues, il paraissait en forme, quoi qu'encore maigre.

-Bonjour à vous cinq. C'est chouette de vous revoir.

-Pourquoi est-ce que tu voulais nous voir ? s'enquit le Survivant.

Son parrain le dévisagea un instant, passa à Lucifer, puis revint sur lui.

-Nous n'avons pas vraiment pu parler de ce qui se passe à Poudlard... Ni de comment vous gérez la situation.

Harry haussa les épaules.

-Je m'en sors. Lucifer m'aide.

Noah émit un son étranglé mais son meilleur ami saisit sa main et la pressa. Sirius s'assit et invita les étudiants à faire de même d'un geste de la main.

-Bien sûr que tu t'en sors. Tu as combattu Voldemort et un Basilik et si j'ai bien suivi, tu as été admirable avec les dragons et d'une grande force morale avec les êtres de l'eau. Je ne suis pas inquiet sur ce point, Harry. James me tient informé et je sais qu'il t'écrit chaque semaine, que tu peux compter sur son soutien. Il était déçu de ne pas avoir pensé à la Branchiflore, et tu peux être assuré que la prochaine chose qu'il t'apprendra sera à te lancer le sortilège Têtenbulle.

L'homme rit, d'un rire étrange qui ressemblait à un aboiement de chien.

-Je suis inquiet en raison de ce qui se passe au dehors. Bertha Jorkins a disparu et Ludo Verpey n'a rien fait pour la retrouver à temps... Et dans ta dernière lettre, tu mentionnais la disparition de Croupton.

-Pardon ? s'exclama Lucifer.

-Il est malade, d'après Percy, expliqua Ron. Et il n'est plus parmi les juges, mon frère le remplace.

-Il doit se sentir pitoyable d'avoir renvoyé Winky, à présent, lança Hermione avec colère.

Lucifer devint livide et observa chaque recoin du cabanon, comme chaque fois qu'il devenait trop agité. Ses yeux sautaient d'un détail à l'autre, il tournait la tête par mouvements saccadés et sa respiration suivait.

-Lucifer !

Sirius l'empoigna par les deux bras et le contint fermement pour l'obliger à se calmer.

-J'ai vu Croupton sur la carte, balbutia l'adolescent. Dans Poudlard, à plusieurs reprises. Je pensais qu'il aidait à préparer les tâches et à superviser le Tournoi.

Il ne s'était pas posé la question, jusqu'à présent. Etait-il passé à côté d'un indice monumental ? Noah passa un bras autour de ses épaules et le serra fermement.

-Croupton erre dans Poudlard ? répéta Sirius, les sourcils froncés. Alors qu'il est sensé être malade ? Pourquoi se cacher de tous ? Quant à ne pas assister au Tournoi... Si, au cours de sa carrière, il a manqué une seule journée de travail pour cause de maladie, je suis prêt à manger Buck.

Il inspira et passa une main sur son visage.

-Ce que je voulais dire, Harry, c'est que tout a commencé ainsi la dernière fois que Voldemort est monté au pouvoir. Les gens disparaissaient. Chaque semaine apportait son lot de nouvelles morts, de nouvelles disparitions, de nouvelles souffrances… Le ministère de la Magie était en plein désarroi et ne savait plus quoi faire. La terreur régnait partout… la panique… la confusion… C'était comme ça, à l'époque… Et on s'approche malheureusement du même climat.

-Nous savons. Tout indique un retour de ses partisans. Ils vont vouloir le faire revenir. Je me tiendrais prêt.

Harry s'était redressé et parlait d'une voix ferme. Ses yeux émeraude brillaient de détermination. La pression des bras de Noah s'accentua sur les épaules de Lucifer, l'empêchant de trembler, lui apportant un réconfort dont il avait besoin.

-Tu as quatorze ans, Harry, énonça sérieusement Sirius. Tu te retrouves jeté dans un Tournoi où quelqu'un veut ta mort, mais tu n'as que quatorze ans. James, Lily, Remus, moi... Nous n'avons pris part à la guerre qu'après notre sortie de Poudlard. Nous avons choisi. Tu as accompli des choses exceptionnelles, mais tu n'as pas eu le choix. Tu as le droit d'être révolté. Tu as le droit d'être inquiet et de l'exprimer.

-Je suis le Survivant, répliqua le Gryffondor avec virulence. Je vaincrai Voldemort, c'est mon rôle.

-L'un n'exclue pas l'autre, répondit son parrain avec un pâle sourire.

Il se tourna ensuite vers Lucifer, qui restait tétanisé. Il entendait chaque mots de Sirius et décelait à chaque syllabe le fait qu'il n'était pas à sa place dans ce combat, dans cette période.

-Comment te sens-tu ?

L'adolescent entrouvrit les lèvres mais ne parvint pas à produire un seul son. Le visage de l'ancien prisonnier s'assombrit.

-J'aurais du t'écrire plus. Tu as enduré toutes ces inquiétudes et toutes ces épreuves aux côtés d'Harry. Comment se sont comportés les Poufsouffles ?

-Pas très bien, grogna férocement Noah à sa place. Cela s'est arrangé, néanmoins.

-Les Poufsouffles... Férocement loyaux, jusqu'à être parfois aveuglés. Tu n'as pas le choix non plus, et aucun soutien parce qu'aux yeux du monde, tu n'as aucune légitimité à t'embarquer dans ces aventures. Je veux que tu m'écrives sur chaque élément qui sort de l'ordinaire, Lucifer. Tu pourras les analyser, et je t'aiderai.

Lucifer acquiesça, muet. L'attitude de Sirius le bouleversait. Il l'avait fait venir pour s'enquérir de son bien être, pour tenter de l'aider. Il comprenait et appréhendait son caractère. Sirius enchaîna sur quelques conseils, puis les Gryffondors annoncèrent leur volonté de partir.

-Harry, l'appela son frère d'une voix rauque. Je vais rester. Je voudrais... lui parler de... la salle de bains.

Le visage du Survivant se ferma.

-Si tu refuses, je...

-Vas-y, répliqua Harry. Si tu ne peux pas avoir confiance en Sirius, à qui pourra tu faire confiance ?

Il comprenait ce besoin urgent de parler de se livrer... Lucifer sentit un soulagement étrange et nouveau l'envahir. Noah se décala et s'adossa au mur tandis qu'Harry rejoignait ses amis.

-Je ne vais pas pouvoir rester longtemps, l'avertit Sirius.

-Comment était-on ? Enfants, Harry et moi ?

La question lui brûlait les lèvres depuis quatre années. Quatre années de douleur où James... Sirius se plaça face à lui et ancra leurs yeux. A aucun moment il ne les détourna.

-Vous étiez aussi différents et aussi semblables qu'aujourd'hui. Vous ne supportiez pas de vous trouver dans deux pièces différentes, vous vous cherchiez du regard mutuellement. James et Lily prenaient parfois du temps séparément avec chacun d'entre vous, et ils prévoyaient de continuer tout au long de votre enfance. Lily vous lisait des histoires, coloriait, jouait. James vous laissait parfois manier sa baguette, il faisait tournoyer Harry dans les airs et il te chatouillait sur le sol. Mais Harry et toi... Vous aviez aussi votre propre monde. Quand l'un tendait la main, l'autre lui donnait aussitôt le jouet qu'il désirait, sans même avoir à l'indiquer. Vous êtes venus au monde ensemble, l'autre a toujours été là pour vous, ce qui signifie qu'il n'y a jamais eu aucune jalousie, aucune impression d'être délaissé. Parfois, tu gardais un jouet trop longtemps pour l'examiner et Harry te l'arrachait. Tu le reprenais toujours avec férocité, il te l'arrachait de nouveau... Ca pouvait durer des heures, et juste en mouvements, sans hurlements. Ca amusait beaucoup James, mais Lily s'inquiétait parfois.

Seuls les lèvres de l'homme bougeaient. Ses yeux étaient toujours ancrés dans ceux du garçon.

-Harry était un bébé qui escaladait tout ce qu'il trouvait, et qui riait très facilement. Il aimait bien les sensations nouvelles. Tu courais toujours partout, et tu étais bien plus espiègle.

-J'ai pris la place de Harry pour la Deuxième Tâche.

Les mots sortirent avec brusquerie. Noah ne broncha pas mais se leva, prêt à pallier à n'importe quelle réaction. Sirius éclata de rire. Un rire teinté d'amertume.

-Evidemment que tu as pris la place d'Harry. James était fier quand il a reçu la lettre décrivant la Deuxième Tâche, la façon dont Harry avait pris du temps mais libéré deux prisonniers au lieu d'un. Mais une phobie ne se vainc pas en un claquement de doigt. Ce genre de peur ne peut pas être rationnalisée.

-James vous a parlé de cela ? bondit Noah. Lucifer a déduit seul, et je n'ai été mis au courant que parce que je devais avoir une explication pour la Deuxième Tâche. Un tel élément doit être gardé, confié entre de mauvaises mains il pourrait être une arme puissante contre ce que représente Harry Potter.

-James a été mon meilleur ami, Noah, et il le demeure malgré tout. Il a cru m'avoir confié sa vie et je lui confierait la mienne. Quoi qu'il en soit... Comment l'as-tu vécu, Lucifer ?

-J'étais terrifié à l'idée de faillir et d'entraîner Harry dans mon échec. J'ai réussi, et le reste n'importe que peu. Les compliments adressés l'étaient sur mes actions, peu importe mon identité.

Sirius plissa les yeux, regarda sa montre, puis se releva, et attira le frère de son filleul dans une puissante étreinte.

-Ecris moi si tu en ressens le besoin, ordonna-t-il. Quelqu'en soit le sujet. Lily aurait été fière de ce que tu as fait, et je suis admiratif.

Il les relâcha, et les deux garçons prirent le chemin qui menait au centre du village. Sally-Ann était heureuse de le voir, mais il n'écouta guère la conversation, sa rencontre avec Sirius se jouant et se rejouant dans son esprit. La chaleur de sa peau était toujours vive, et la sollicitude sur ses traits, tellement réconfortante.


Les jours filèrent et l'hiver se termina. Le temps se radoucit et quelques arbres commencèrent à fleurir. Dans le même temps, Hermione reçut une quantité de lettres suite au dernier article de Rita Skeeter, combinant malédictions et injures. Lucifer écumait de rage, et Susan n'était pas loin d'écrire à sa tante -mais puisque Sorcière Hebdo acceptait de publier ces ramassis d'ordures et qu'ils faisaient du chiffre, rien ne pouvait être fait-.

Noah et Lucifer eurent tout le loisir de se concentrer sur la rédaction de l'Ancienne Salle Commune. Ils hésitèrent longuement, écrivirent un deuxième jet des événements qui s'étaient produits puis retournèrent vivre le souvenir. Entre temps, les Poufsouffles avaient pris le rythme de travail que demandait la quatrième année d'étude à Poudlard, et puisque la Troisième Tâche ne nécessitait pas de recherches pour le moment, Lucifer put se remettre à une lecture de loisirs. Il dévora Marlowes, détesta la plupart des œuvres de Bacon, puis emprunta un livre sur le Grand Incendie de Londres.

-Noah, appela-t-il, un soir où il était enfoncé dans un fauteuil confortable de la Salle Commune.

Son meilleur ami débattait Arithmancie et Divination avec Sally-Ann et Susan, mais il fut à ses côtés en deux enjambées.

-Il y a un contexte historique dans cet ouvrage... Dans tous les ouvrages que j'ai lu, tous les livres d'Histoire. Nous ne pouvons pas nous contenter de relater les souvenirs. Nous devons consacrer au moins un chapitre sur Alexan Lupin, William Travis et Cygnus Weber. Nous devons trouver le nom de famille de Trajan.

Noah contempla le livre orangé aux flammes dansantes, et esquissa un sourire qui ressemblait à une grimace.

-Je sais, acquiesça-t-il. Ce qui signifie que nous allons devoir établir une bibliographie, lire un nombre de livres qui raconteront tous la même chose, citer nos sources, puis établir ce qui s'est réellement produit durant l'année 1574. Il s'agit d'un travail d'historien que nous effectuons... Et cet ouvrage sera un ouvrage historique, une étude presque universitaire. Ce qui signifie, Lucifer, que nous allons mettre plusieurs années avant d'y parvenir. Nous ne possédons pas la même capacité de réflexion que des étudiants d'Oxford ou de Cambridge, et notre plume doit s'affiner.

Lucifer supportait mal l'attente, et l'incertitude, et il avait la sensation que ce projet serait particulièrement frustrant, bien que d'une importance primordiale. Néanmoins, Bathilda l'avait mis en garde, et il possédait son soutien. Il pouvait lui écrire et lui demander des conseils.


Aux alentours de Pâques, une nouvelle sortie à Pré-Au-Lard fut proposée aux élèves, et Lucifer et Sally-Ann passèrent quelques temps chez Gaichiffon, à tenter de trouver des robes correspondant un peu plus au style de la jeune fille que leur uniforme. Elle fit l'acquisition d'une cape brodée de rouge, et d'une robe à l'effigie des Bizzar Sister's, puis ils rejoignirent Noah et Susan. Le soleil perçait derrière les nuages, et ils profitèrent de l'éclaircie et du moment de répit entre les cours.

-Tiens, une rencontre intéressante, fit une voix dans leur dos.

Ils se retournèrent pour faire face à une femme vêtue d'une robe émeraude aux cheveux bouclés et affublée d'une plume et d'un sourire de requin. Lucifer ne l'avait jamais rencontrée mais il sut tout de suite qui elle était. Rita Skeeter.

-Bonjour Lucifer, sourit-elle. J'espérais pouvoir te parler.

Tout le corps de l'adolescent se tendit. Son visage se ferma, il serra les dents et son regard se fit sombre et glacial. Il éprouvait une rage glaciale qu'il ne pouvait que contenir. Sally-Ann fit un pas pour se placer devant lui et Susan apposa une main sur son épaule. Noah se rapprocha. Une plume volante derrière la journaliste commença à prendre des notes.

-On dit que tu voles toujours au secours de ton frère mais que vous ne vous entendez pas du tout. Est-ce parce que vous avez été séparés à la naissance, ou parce que tu n'as pas pu le sauver alors qu'il t'a sauvé ?

Lucifer serra les poings et se mordit la langue. Il avait retenu la leçon de son jumeau : parler ne faisait qu'empirer les choses. Aucun des autres Poufsouffles ne broncha.

-Dis moi... Comment est-il à vivre, Harry Potter ? Quel statut lui donne le fait d'être le Survivant ? As-tu été dénigré ? Es-tu jaloux ? Crois tu que ta mère aurait approuvé ?

Revivre ces souvenirs, passer par ces questionnements... Lucifer avait l'impression d'être renvoyé trois ans en arrière et il détestait ce fait.

-Nous vous souhaitons une bonne journée, déclara Noah avant de pivoter pour tenter de les emmener plus loin.

-Cette manie de ce teindre les cheveux, d'où vient-elle ? As-tu un goût pour le déguisement ?

Lucifer pivota à son tour, et ni Susan ni Sally-Ann ne bougèrent de leur position de défenseur, bien qu'elles suivent l'exemple de Noah.

-Harry a-t-il déjà joué de son influence sur toi ? T'a-t-il menacé pour que tu ne dises rien de compromettant sur lui ? Est-ce pour t'éloigner de cela que James t'a envoyé chez des moldus ? Parce que tu risquais de mourir à la place de Harry ?

Instinctivement, Lucifer fit volte face, ses ongles trop courts soudain décollés de sa paume et prêt à griffer l'importune, ses dents serrées dévoilées par ses lèvres. Un grognement sortit de sa gorge en même temps que sa respiration se faisait plus forte. Il écumait de rage.

-Harry est une personne exceptionnelle, gronda-t-il. Il est mon frère et jamais il ne m'outragera ni ne me menacera. Déguerpissez.

Skeeter parut ravie d'avoir enfin obtenue une réaction. Ils avaient perdu, et ce, dès qu'ils étaient entré dans son champ de vision.

-Tenez vous loin de ma famille, avertit-il.

Il n'y avait aucune ambiguïté dans son langage corporel, dans sa voix glaciale qui grondait. Il était prêt à se jeter sur elle la prochaine fois qu'elle ouvrait la bouche, et Susan l'anticipa parfaitement. Elle raffermit sa prise sur lui.

-Rentrons faire nos devoirs, ordonna-t-elle fermement.

Les Poufsouffles étaient connus pour être travailleurs, cette phrase si simple ne pourrait pas être beaucoup détournée. La litanie de mots de s'arrêta pas, mais ses amis l'entraînaient loin de l'affreuse journaliste.


LUCIFER POTTER, HEROS MALTRAITE OU ENFANT PERTURBE ?

Le jumeau du célèbre Survivant fait rarement parler de lui. Toujours dans l'ombre, Lucifer a été séparé de son frère au cours de son enfance pour vivre en compagnie de moldus. Pourtant, il n'hésite pas à courir vers Harry Potter paniqué alors qu'il vient d'affronter des dragons, ni à affronter tous les dangers en dépit du mépris évident dont fait preuve le Survivant à son encontre.

Il est sur ses gardes, dès que l'on mentionne le lien qui l'unit au Survivant, et ses yeux s'écarquillent, lui donnant l'air terrifié. A-t-il été menacé pour se tenir en retrait et ne pas accaparer l'attention ? Ou lui reproche-t-on de ne pas avoir pu protéger sa mère, Lily Potter née Evans, dont la mort a laissé la famille fortement endeuillée ? Quoi qu'il en soit, la famille Potter possède beaucoup de secrets, et James Potter interdit l'accès de son domaine à qui que ce soit. Avec la trahison de son meilleur ami, ses réticences sont compréhensibles, mais sans doute est-ce plus profond.

Premier des Potter à être réparti à Poufsouffle, Lucifer a été dénigré par sa famille et en a souffert.

« Tenez vous loin de ma famille », nous dit-il. « J'ai eu suffisamment d'ennuis comme ça, je ne veux pas que vous en rajoutiez ». Lucifer est-il menacé, où est-ce une manière d'attirer l'attention sur lui. Le jumeau qui ne possède pas le pouvoir de sauver sa famille, le jumeau inutile et moins populaire, qui ne tient pas sur un balai et dont les yeux sont tristement banals, comparés au vert magnifique dont a hérité Harry Potter , reste pourtant toujours aux côtés de son frère. Pour obtenir un peu de sa lumière, ou parce qu'il est celui qui accompli réellement le travail.

« On a beaucoup vu Lucifer avec Harry au moment de la Première Tâche, nous confie Pansy Parkinson, une Serpentard de la même année. Il ne serait pas surprenant qu'il soit celui qui ait trouvé comment l'aider, et qui lui ait permis de survivre au Tournoi. »

Pourtant, Lucifer Potter a une part d'ombre indéniable. Il est parvenu à mettre de son côté trois autres Poufsouffle, y compris Noah Weber, dont la famille est liée au génie moldu Mozart et Susan Bones, dont les relations aux Ministère lui permettent d'échapper à la justice. Ils l'entourent et font barrage pour le soustraire aux attentions.

« Potter aime l'attention, déclare Draco Malefoy, dont le père vient de faire une importante donation pour Saint Mangouste. Les deux, c'est sans doute de famille. Mais Lucifer Potter est voyant. Il teint ses cheveux toutes les semaines en une couleur différente, et il porte des tenues extravagantes. Il était en moldu pour le Bal de Noël. Sans doute aime-t-il le déguisement. »

Lucifer Potter avait revêtu une chevelure bicolore lors de la Deuxième Tâche, pour marquer son appartenance à Poufsouffle et se désolidariser de son frère, mais le froid entre les deux jumeaux semble terminé, et ses cheveux rouges vifs brillent désormais de paillettes. Cette pratique moldue, rappelons le, est réservée aux femmes. Lucifer est peut être un héros qui permet à son frère de survivre face à Voldemort et dénigré par sa famille, mais il est indéniablement un enfant perturbé avec un goût pour le travestissement.


Les joues du garçon s'étaient embrasées devant l'article constitué de semi-véritées et d'accusations loufoques. Il guettait anxieusement l'arrivée des hiboux le matin et avec eux, d'une beuglante de la part de James pour avoir attiré l'attention sur leur famille, s'être plaint et l'accuser de maltraitance, ou tenter de voler la place de Sauveur de son frère.

-Je la méprise, murmura-t-il, rageur.

Les Serpentards, certains Gryffondors et quelques Serdaigle lui servaient des plaisanteries vaseuses ou le menaçaient de découvrir ses secrets. Il ne possédait de secret que l'Ancienne Salle Commune et la phobie pour l'eau de son jumeau, et ils étaient entre ses mains et celles de Noah, soit les plus sûres qu'il connaisse.

-J'aurais du te prévenir que cette sale p...ersonne allait s'en prendre à toi, soupira son jumeau en passant une main dans ses cheveux. Hermione a commis l'erreur de se confronter à elle...

Lucifer serra les dents de nouveau, empli de cette même bile amère au goût de haine qu'il ressentait face à Rita Skeeter. Le sentiment était nouveau, déconcertant, et il découvrait une facette de lui-même qu'il n'était pas sûr d'apprécier.

-Lucifer... Attention à ce que tu dis, prévint Harry. Elle a accès à des informations comme des conversations privées dont nul n'est sensé être au courant. Maintenant que tu es dans son collimateur, tu devrais surveiller tes propos.

-N'y a-t-il pas moyen de la poursuivre pour diffamation ? s'emporta-t-il.

Il avait déjà posé la question à Susan, qui avait secoué la tête avec tristesse. La journaliste était bien protégée, et ses sources sûres. Nul ne pouvait attester que certaines de ses paroles n'avaient jamais été prononcées.

-Ce qui est écrit dans l'article a une part de vérité. Sans ça, Papa aurait déjà foncé au Ministère pour la forcer à publier un démenti. Mais tu étais avec moi dans toutes les aventures, il est impossible de contredire ce fait. Quant à cette histoire de déguisement... Ca va se retomber. Laisse les gens parler et ne fais pas comme Hermione, même si j'apprécie beaucoup son geste.

-Si Hermione trouve comment la coincer, avertis moi, gronda-t-il entre ses dents.

Elle s'en prenait à ses proches, tous ses proches. Seule Sally-Ann avait été épargnée, parce qu'issue du monde moldu, et il redoutait qu'elle n'apprenne que ses parents étaient des cracmols.

-Je viendrais avec toi le 24 Mai. Si je peux aider à décortiquer la tâche... Même de loin...

Harry passa une nouvelle main dans ses cheveux, soupira, mais n'argumenta pas.


Rita Skeeter proposa d'autres articles qui lui hérissèrent les poils mais le troisième semestre commençait et les révisions pour les examens avec. Noah et Lucifer se relayaient pour lire livres d'Histoires et historiographie, et maintenaient des séances d'écriture, de prise de notes. Mai passa à toutes vitesses et ils peinèrent à passer dans le parc ensoleillé autant de temps qu'ils l'auraient voulu. Sally-Ann avait proposé d'y réviser de temps à autres, ce qu'ils faisaient à l'ombre des arbres. Alors que la révélation de la Troisième Tâche approchait, Lucifer devenait nerveux.

Harry lui prêta sa cape d'invisibilité en échange de la carte du Maraudeur... Et comme l'année précédente, il se la fit confisquer alors qu'il traînait dans les couloirs, par le professeur Maugrey. Il s'agissait uniquement d'un emprunt, se défendit son jumeau, afin de vérifier que personne de potentiellement dangereux venait au château. De surveiller, peut-être, les allées et venues de Croupton -C'était en suivant sa trace que le Survivant s'était retrouvé coincé dans les couloirs en pleine nuit-.

Le 24 Mai au crépuscule, Lucifer se tenait sur le terrain de Quidditch aux côtés de son jumeau, sous la cape d'invisibilité. Il demeurait à distance, ne désirant ni se mêler aux champions, ni interférer. Verpey accueillit les Champions avec une joie perceptible, puis les laissa observer le terrain. Harry et Cedric paraissaient catastrophés de le voir ainsi : des murs -ou plutôt des haies- serpentaient en tout sens. Un labyrinthe.

-Un labyrinthe, grommela Krum en écho aux pensées du Poufsouffle.

Un labyrinthe. Un labyrinthe où ils devraient trouver leur chemin jusqu'à la Coupe du Tournoi, où celui qui s'en saisirait recevrait la note maximum, et de fait, une avance considérable pour gagner le tournoi. Les scores des autres épreuves déterminaient l'ordre d'entrée et l'avance que les premiers prenaient. L'effroi saisit Lucifer à la gorge.

-Il suffit simplement de trouver son chemin dans le labyrinthe ? demanda Fleur.

-Oh, bien sûr, il y aura des obstacles, répondit Verpey d'un air guilleret en se balançant d'avant en arrière. Hagrid va nous fournir quelques créatures pour pimenter l'épreuve… Il y aura aussi des mauvais sorts qu'il faudra conjurer… des tas de choses dans ce genre-là.

Des tas de choses qu'Harry devrait affronter avec trois ans d'études de moins que les autres. Ils allaient devoir l'aider à acquérir d'autres sorts, à pouvoir aller dans ce labyrinthe sans risquer sa peau. Lucifer fixait les haies. Son esprit était vide. Blanc. Il vit à peine les autres champions quitter les lieux, et son frère s'éloigner avec Krum. Néanmoins, il le suivit aussitôt.

Krum entraînait Harry un peu trop loin, et le Poufsouffle se saisit de sa baguette et les suivit. Ils s'immobilisaient lorsqu'une troisième personne surgit, et Lucifer se débarrassa aussitôt de la cape et brandit sa baguette.

-Potterrr ? Fit Krum, surpris. Qu'est-ce que tu fabrrriques ici ?

Harry leva les yeux au ciel, avec une expression d'agacement profond.

-Il aime errer un peu et explorer le château, répondit-il.

Le Champion de Durmstrang n'avait pas vu qu'il était sorti de sous une cape, une cape qu'il tenait à présent sous son bras et qu'il enfouit rapidement dans une poche, les yeux toujours rivés un peu plus loin -et lorsqu'il vit la silhouette, Harry sortit sa baguette également-. L'homme était en piteux état. Des cernes creusés, des cheveux gris ternes, et une robe de sorcier déchirée et tachée de sang à la hauteur des genoux. Son visage portait des égratignures, il avait une barbe de plusieurs jours, le teint grisâtre, l'air épuisé. Il gesticulait, également, comme dément.

-Croupton, lâcha son jumeau.

-Encore, compléta-t-il dans un souffle.

Harry fit un pas en avant pour se placer à ses côtés.

-C'est un des juges, non ? s'étonna Krum. Il n'était pas avec votrrre ministrrre ?

-Si, confirma férocement Lucifer. Et il a disparu.

Le Survivant avait tiré sa baguette et s'élança vers l'homme qui parlait dans le vide, en direction d'un arbre. Il divaguait, perdu dans le temps.

-Il est dément, murmura Lucifer. Sénile, peut-être. Une précocité d'Alzheimer ? Cela expliquerait qu'il erre dans le château. Mr Croupton ?

Mais l'homme ne l'écoutait pas. Ses yeux roulaient dans leurs orbites, et lorsque enfin il parut revenir à lui, les seuls mots qu'ils purent lui extorquer réclamaient Dumbledore. Dumbledore... Et évoquaient des choses terribles accomplies longtemps auparavant. Un épisode de démence passager ou Alzheimer pouvaient-ils vraiment procurer cela ? Avait-il été torturé ? Il saignait et paraissait en piteux état. L'homme qui se trouvait face à eux n'avait rien d'un criminel.

-Dumbledore, haleta Harry. Dumbledore. Très bien, je vais chercher Dumbledore. Lucifer, il faut que tu restes auprès de lui.

-Non. On ignore ce qui l'a mis dans cet état. Il est possible qu'il ait été torturé, et que son bourreau te veuille également. Je t'accompagne.

-Lucifer...

Harry était sur le point de perdre patience, et son jumeau l'encombrait et le ralentissait. Lucifer le lisait dans ses yeux et sur son visage fermé, buté.

-Je cours voir Dumbledore. Il faut que quelqu'un le protège. Je me défendrais.

Laisser son jumeau courir seul et attendre... Mais Croupton délirait, et il paraissait dangereux de le laisser seul. Viktor Krum le regardait avec une expression d'inquiétude peu compatissante.

-Hurle au moindre problème, articula le Poufsouffle avec difficulté.

Le Survivant s'élança, et Croupton continua de déblatérer.

-Il est fou... commenta Krum.

Lucifer l'ignora et agrippa les mains de l'employé du ministère.

-Monsieur, vous savez qui je suis ? Savez-vous où vous êtes ?

-...Dumbledore...

-Savez vous votre nom ?

-Il faut lui dire, supplia Croupton. Bertha... Morte... ma faute... ma femme...

-Nous lui dirons, promit-il férocement. Nous lui dirons.

Le regard voilé de Croupton s'écarquilla soudain d'horreur.

-Non.. Non ! J'aurais du... mourir... il aurait du... Il aurait du...

Il fixait un point derrière Lucifer, qui saisit sa baguette et eut un mouvement pour se retourner. Une vive douleur frappa sa tempe droite et sa vision devint floue. Un mouvement, un éclair rouge.


Son corps était raide et son cou le brûlait.

-Lucifer !

Des points noirs entravaient sa vision. Krum parlait, quelque part à sa droite. Il ressentait une nausée atroce.

-Je vais chercher Mme Pomfresh !

-Harry...

Sa voix n'était plus qu'un filet. Il y avait une main sur son épaule. Il se trouvait allongé par terre.

-Restes ici, ordonna tranquillement Dumbledore. Hagrid, il faut que vous alliez chercher le professeur Karkaroff, dit Dumbledore. Son élève a été attaqué. Quand vous l'aurez prévenu, soyez assez aimable pour avertir également le professeur Maugrey…

-Harry... bredouilla Lucifer.

-Je suis là.

Une silhouette apparut dans son champ de vision -il n'en distinguait vraiment que les yeux verts-. La main de son jumeau saisit la sienne.

-Je ne sais pas où est Barty Croupton, mais il faut absolument le retrouver.

Les mots de Dumbledore le firent bondir. Il se releva et mit quelques secondes à combattre la sensation de vertige et de nausées.

-Il est là ! Je lui parlais...

-Lucifer, tu étais stupefixé.

Les mots le frappèrent comme une sentence. Il s'immobilisa et assista impuissant à la débâcle qui suivit. Karkaroff qui invectivait Dumbledore et qui hurlait au complot parce que Viktor Krum avait également été agressé, Krum qui soutenait que Croupton s'en était pris à eux par derrière, Dumbledore qui ordonnait à Hagrid de les raccompagner dans son bureau.


Le bureau était particulièrement fascinant, mais Lucifer demeurait en état de choc. Il ne prononça pas un mot, tandis que son frère refusait de le lâcher du regard. Le silence dut être insupportable pour le Gryffondor, jusqu'à ce que leur directeur les rejoigne.

-Nous n'avons pas retrouvé Bartemius Croupton, les informa-t-il, et il reste de nombreuses choses que je vais devoir régler...

Il s'approcha d'un placard qui comprenait des objets que Lucifer et Noah auraient été ravis d'examiner dans d'autres circonstances et en ressortit une bassine de pierre peu profonde sur laquelle étaient gravées des runes. L'une que Lucifer identifia comme la mémoire, l'autre comme la justice, et une deux autres qui devaient compléter et lier mais qu'ils n'avaient pas étudié en cours. Du bout de sa baguette, Dumbledore plusieurs filets qu'il fit entrer en contact avec la brume ni liquide ni gazeuse qui s'en dégageait, puis se retourna vers eux.

-Des mystères, annonça-t-il, sur lesquels je vais devoir me pencher. Lucifer, peux-tu m'expliquer ce qui s'est produit ?

-J'ai failli.

Deux mots, qui résumaient l'entièreté de la catastrophe. Le professeur fronça les sourcils et se pencha.

-Tu as été agressé par derrière et heurté à la tempe avant d'être stupefixé. N'importe qui aurait perdu connaissance dans ces conditions. Nul ne peut te reprocher ce qui s'est produit ce soir.

-Je me suis focalisé sur Mr Croupton. Je savais qu'il devait y avoir quelqu'un autour. Qui l'aurait relâché, ou attendait Harry.

Sa voix paraissait étrangère elle ne possédait plus aucune tonalité. Ses yeux ne bougeaient plus, son corps non plus.

-Mr Croupton était dans un état de faiblesse et, d'après ce que j'ai compris, proche de la folie. S'inquiéter et s'intéresser aux paroles énigmatiques et pouvant se révéler clefs est tout à fait naturel et humain.

-J'ai failli, répéta-t-il. Je voulais accompagner Harry. Le responsable, le bourreau, aurait pu s'attaquer à Harry. Je suis simplement devenu un poids qu'il faut guérir. Je n'ai pas tenu ma garde. Ma position.

-Tu t'es occupé de Croupton, comme je t'ai demandé, répliqua son frère. Tu n'y es pour rien. Moi non plus. Ceux qui attaquent par derrière sont des lâches.

Trois coups frappés avec vigueur retentirent, et Hagrid entra.

-Ils ont prévenu le Ministre, et le professeur Maugrey n'a pas retrouvé Monsieur Croupton.

Dumbledore passa une main sur son visage.

-Je crains que nous devions suspendre la conversation un instant. Attendez moi ici, je reviens. Servez vous en bonbons aux citrons ou en réglisses, des sucreries apaisent les humeurs.

Lucifer ne bougea pas.

-Ce n'est pas ta faute, répéta férocement Harry. Je n'aurais jamais du... Tu as du sang séché sur la tempe, et probablement une blessure physique.

Il se leva et s'agita, tandis que son jumeau demeurait en état d'hébétude. Ses mains tremblaient et son visage était livide.

-Qu'est-ce ? Ce que Dumbledore a utilisé ?

-Je l'ignore, répondit le rouquin.

Son frère avait besoin de parler, de provoquer, d'agir, comme toujours en situation d'angoisse. Il tourna suffisamment la tête pour le voir disparaître dans la bassine de pierre. Avec un hurlement qui lui valut des remontrances outrées de la part des portraits accrochés au mur, Lucifer bondit à sa poursuite, et la pièce tournoya autour d'eux.

Ils se trouvaient dans un souvenir. L'air autour d'eux étaient imprégné de l'ambiance des lieux. Il s'agissait d'un tribunal.

-Excuses moi.

Harry se trouvait là, bien sûr. A ses côtés.

-Je t'ai entraîné ici, et tu n'es pas bien.

-Regardons, répondit Lucifer.

Les brumes dans son cerveau ne se dissipaient pas, il se sentait toujours affreusement vide, mais au creux de son estomac, une sensation familière commençait à naître : l'excitation de découvrir des pans cachés de l'Histoire.


Ensemble, les deux frères découvrirent la trahison de Karkaroff qui lui avait permis de retrouver la liberté. Lucifer considéra l'homme avec mépris, sachant qu'il dépréciait de plus en plus le directeur de Durmstrang. Il retournait sa veste par peur et lâcheté et non par conviction, et il trahissait les siens pour sauver sa peau. Les commentaires du Maugrey des souvenirs le confortaient. Les deux Potter se détendirent lors du procès de Ludo Verpey et échangèrent une grimace. Ils n'appréciaient pas vraiment l'homme. Puis vint le procès de quatre Mangemorts, et Lucifer sentit ses jambes le lâcher.

-Je pense qu'il est temps de revenir dans mon bureau, murmura Dumbledore aux deux frères.

Il prit leurs mains et quelques secondes plus tard, ils se trouvaient de nouveau dans l'immense pièce de travail du directeur.

-Heu... balbutia Harry. Je suis désolé. Je n'aurai jamais du, et Lucifer m'a suivi... J'étais intrigué et je suis un peu... tombé.

-C'est tout à fait compréhensible, répondit doucement l'homme. Asseyez-vous.

Les joues du Pousfouffle étaient humides, et le col de sa robe également. Harry posa des questions sur Rogue, sur Verpey, sur ceux qui s'avérèrent être les Lestranges et Bellatrix née Black, et il enregistra les informations avec une avidité qui lui parut malsaine.

-Est-ce que c'est possible ? demanda-t-il soudain. Si le doloris rend fou, est-ce que c'est possible que Croupton l'ai subi ? Que ce soit la raison pour laquelle il se trouvait dans cet état ?

-C'est une possibilité, soupira Dumbledore. Je doute que nous le retrouvions, et je crains qu'il ne soit mort. Je vais vous demander de ne plus vous rendre dans le parc passé le crépuscule. Envoyer des lettres attendra demain, y compris ce soir à Sirius ou à James.

Harry hocha la tête, bien que clairement frustré.

-Lucifer, je veux que tu ailles voir Mme Pomfresh et que tu passes la nuit à l'infirmerie. Il faut que tu sois surveillé cette nuit. Mr Weber est très certainement inquiet, mais j'enverrai le professeur Chourave l'informer.

Parler lui paraissait au dessus de ses forces, aussi se contenta-t-il d'acquiescer d'un mouvement de tête.

-De sombres événements se passent à l'extérieur du château, ajouta gravement Dumbledore, mais il est important que vous continuiez tel que vous l'avez toujours fait, et que vous restiez proches de ceux qui tiennent à vous. Lucifer, ce qui s'est produit ce soir n'est pas de ton ressort. Contre un sorcier expérimenté qui a utilisé à la fois un maléfice et à la fois ses poings, par derrière et sans avertissement, tu ne pouvais rien. Peux-tu me confirmer que tu tenais les mains de Monsieur Croupton en cet instant ?

-Je lui parlais. Je tentais de savoir s'il se souvenait de son identité, d'où il se trouvait. Il a parlé de quelqu'un qui aurait du faire quelque chose. Ensuite... Ensuite ses yeux se sont écarquillés, mais avant que j'ai pu réagir, j'étais à terre.

-Quelqu'un se trouvait donc dans le parc en même temps que vous. Harry, puis-je te faire confiance pour amener ton frère à l'infirmerie ?

-Je resterai jusqu'à ce qu'il s'endorme.

-Je préférerai que tu ne remontes pas seul dans ta salle commune. Demande à Mrs Pomfresh de te préparer un lit également. N'oubliez pas, tous les deux, que ma porte est toujours ouverte. Le mot de passe est Nid de Cafards. Lucifer, je crois que répéter une fois de plus que tu n'es pas en situation d'échec peut être intéressant. Et même si c'était le cas, nous avons tous échoué à certains moment. J'ai commis une erreur lorsque vous aviez onze ans et que je suis parti au Ministère. Harry a quelque fois été trop impulsif pour son bien, et je ne compte pas les cheveux blancs que James Potter et Sirius Black ont donné aux professeurs de leur époque.

Le garçon esquissa un faible sourire, mais les mots du directeur commençaient à faire effet. Il se leva, et Harry posa une main protectrice sur son épaule.

Pomfresh lui diagnostiqua une commotion, et elle le mit aussitôt au lit. Harry attendit que son jumeau s'endorme pour se glisser sous ses couvertures.


L'études des runes n'était pas un cours où s'endormir... Aucun cours ne valait la peine de s'endormir, mais Lowhaz était passionné-e par sa matière et n'apprécierait pas qu'un élève s'endorme et tombe de la haute chaise où il était installé. Pourtant, les paupières de Lucifer se faisaient lourdes, trop lourdes.

-Lucifer, murmura Noah avec inquiétude.

Hermione, à côté de son meilleur ami, tourna la tête avec un agacement qui devint une moue inquiète.

-Parce que les runes sont une magie théorique qui ne nécessitent pas de baguette, leur potentiel est sous estimé et dangereux.

Les propriétés des runes sur les objets magiques, qu'elles pouvaient renforcer. Le sujet intéressait énormément le rouquin, mais ses yeux le brûlaient de fatigue. Son corps se refroidissait pour se préparer à tomber dans le sommeil.

-Seul un sorcier expérimenté et ayant étudié les runes est apte à les utiliser sur un artefact.

La tête lui tournait, et il avait chaud, beaucoup trop chaud, même avec le soleil qui brillait au dehors.

La salle de classe était étouffante, et le soleil caressait sa joue. Une voix mystifiée résonnait à ses oreilles. Une fenêtre était obstruée. Au fond, il pouvait distinguer deux silhouettes. Deux silhouettes qui conversaient... Les battements de son cœur s'accélérèrent soudainement et une douleur sourde le fit se redresser.


Il se trouvait au sol, et dans une salle de classe fraîche, sobre, avec trop de regards braqués sur lui. Les joues de l'adolescent s'embrasèrent et il regarda autour de lui, se sentant fiévreux sans explication apparente. Sa gorge était sèche et une douleur aiguë se propageait dans son coccyx, ainsi qu'une au cou si vive qu'il devina être tombé dans une très mauvaise position. Son rythme cardiaque refusait de diminuer, et la douleur lui fit monter les larmes aux yeux. Noah tenait son poignet, visiblement terrifié.

-Potter, sortez, ordonna Lowhaz.

-Je voulais pas m'endormir, balbutia-t-il.

-Tu es tombé de haut, murmura Noah. Je t'emmène à l'infirmerie.

Lucifer secoua la tête. Tous les regards étaient braqués sur lui et il se refusait à déranger le cours. Il remonta tant bien que mal sur sa chaise et se saisit d'une plume. Les notes des dernières quinze minutes étaient illisibles, et l'encre non séchée avait été éparpillée partout sur son parchemin, y compris dans ses cheveux. Lowhaz le fixa de son regard perçant puis reprit son cours sans plus lui prêter attention. Le torticolis familier qui l'accompagnait dès qu'il se trouvait sous tension était plus incisif que jamais du fait de sa chute.


Le dernier mois de cours commença. Sally-Ann fouillait dans ses livres de sortilèges étranges tandis que Lucifer et Hermione repassaient en revue différents maléfices pour aider Harry à réussir l'épreuve du labyrinthe. Son amie paraissait heureuse de passer du temps avec lui, et peu dérangée par le fait de fouiller dans tout un tas de grimoires insolites.

-Tu n'as pas idée de ce que je trouve, avoua-t-elle avec un sourire. L'année prochaine devrait être plus calme, et j'ai déjà deux parchemins entiers remplis d'idées de sorts à pratiquer.

Noah était toujours à ses côtés, plus pâle qu'à l'accoutumée. La soirée que le jeune Potter avait passée à l'infirmerie l'avait autant ébranlée que sa légère apathie des jours suivants. Harry, en revanche, paraissait dans son élément lors des séances d'entraînement. Il apprenait, paraît, s'exerçait sans jamais paraître se lasser, à l'instar des séances d'entraînement qu'il suivait en compagnie de leur père.

Lucifer dormait mal. Il ressentait un poids enfler dans sa poitrine et avait été par deux fois obligé de sortir d'un cours tant il avait l'impression de ne plus pouvoir respirer. Son esprit tournoyait sans jamais s'arrêter sur un élément satisfaisant. Tant de choses étaient menaçantes et suspectes. La façon dont Karkaroff cherchait à discuter avec Rogue, la disparition de Croupton dans le parc de l'un des endroits les plus protégés du Royaume Uni, l'air épuisé et soucieux de Dumbledore qui paraissait chaque jour un peu plus vieux. L'agitation du début d'année, avec l'intervention des Mangemorts à la Coupe de Quidditch et le nom de son jumeau sorti d'une Coupe où il ne l'avait pas mise se rejouaient sans cesse dans l'esprit du rouquin. Il se réveillait en sursaut la nuit, avec le souvenirs de flammes, d'une voix glacée et d'éclairs verts.


Le cours de Sortilèges était l'une des matières préférées de Sally-Ann. Elle levait fréquemment la main pour se renseigner ou demander des explications supplémentaires, et Flitwick appréciait ostensiblement son intérêt. Noah prenait consciencieusement des notes les deux amis se trouvaient devant Susan et Lucifer.

-Elle aurait bien aimé que vous passiez plus de temps ensemble.

La jeune Bones désigna discrètement sa meilleure amie du menton. Lucifer cilla et fronça les sourcils. Ils profitaient souvent de ce cours pour discuter à mi-voix, mais le sujet le surpris.

-Elle n'apprécie pas Harry, tu sais, et tu as passé l'année à ses côtés à l'exception du mois de Février. Et alors qu'elle croyait qu'il t'avait encore blessé, plus profondément que jamais, tu retournes lui parler sans explications. Sans compter que Noah et toi avez passé plus de temps à la bibliothèque que dans la salle commune.

-Nous...

-Je sais quel est votre projet, Lucifer. Je t'explique simplement quelque chose dont tu ne te rend pas compte.

Sally-Ann était toujours là pour lui, et il se débrouillait souvent pour la blesser de façon non-intentionelle. Son cœur se serra.

-Suis-je... un ami...

Susan mordilla sa gencive intérieure et remit une longue mèche de cheveux en place.

-Je sais que tu soutiens ton frère, et que tu crains pour sa vie, à juste titre, mais parfois, j'ai eu l'impression que vous nous délaissiez légèrement. Parfois, et c'était ma possessivité qui parlait. Noah et toi êtes fusionnels et c'est ainsi. Tu es là quand j'ai besoin de toi, et quand j'ai envie d'être avec toi. Mais Sally-Ann... Elle est toujours là pour toi, Lucifer. Elle apprécie Noah, mais tu es celui à qui elle se confie et même quand elle est furieuse parce que tu te mêles de ce qui ne te regarde pas, elle apprécie que tu veuilles l'aider.

Les yeux noisette de la jeune fille le dévisageaient avec leur sérieux et maturité habituels. Lucifer hocha la tête, la gorge serrée. Ses jambes étaient agitées d'un tic nerveux depuis le début de la journée.

-Je devrais parfois lui parler seul ? proposa-t-il.

Lorsque Noah avait été pétrifié deux ans auparavant, son amie était restée auprès de lui et elle s'était ouverte. Les détails importants que lui confiaient Harry ressortaient lors de discussions où ils étaient seuls. A la pensée de son frère, l'air s'accrocha à sa gorge.

-Peut-être, sourit Susan. Mais elle ne va vraiment pas apprécier que je sois intervenue dans cette direction.

-Je n'y pense pas. Je vous parle beaucoup, mais Noah est déjà au courant.

Il cligna des yeux et inspira un peu plus fort, tandis que la tête commençait à lui tourner. Susan ouvrit la bouche pour répondre, mais le directeur des Serdaigles les rappela sèchement à l'ordre, et ils se turent. Lucifer se concentra sur sa respiration et tenta de maintenir ses deux pieds au sol. Il ne parvenait pas à écouter le discours de Flitwick. Tout son esprit était tourné malgré lui vers la Troisième Tâche qui se déroulerait de nuit, vers Sally-Ann, vers le fait qu'il avait failli à protéger Croupton et failli dans son rôle d'ami... L'air entrait à grande goulées dans sa gorge mais ça n'était pas assez.

-Sors, ordonna Susan avant de lever la main. Monsieur ?

Lucifer voulut lui dire que ce n'était pas la peine, mais il ne parvint pas à s'arrêter de respirer, de plus en plus vite. Noah le força à se lever, et ses jambes se dérobèrent sous son poids. Quelques exclamations retentirent autour de lui, qu'il entendit à peine. La tête lui tournait.

-Respire, Lucifer ! Respire. Contrentre toi sur ma voix. Inspire...

Ca ne fonctionnait pas. Il fallait qu'il respire plus rapidement et il entendait sa gorge produire des sons étranglés et asthmatiques.

-Poussez vous, ordonna Flitwick de sa voix flûtée. Ouvrez la fenêtre, Mr Macmillan.

Tout le monde parlait, donnait des conseils, et il s'y perdait et ne pouvait pas leur répondre. Noah le souleva par le dessous des bras et l'emmena près de la fenêtre. Le changement d'air l'apaisa mais son corps était agité de spasmes incontrôlés, des larmes roulaient sur ses joues et il ne parvenait toujours pas à respirer autrement qu'avec ce désespoir intense.

-Il fait une crise d'angoisse, commenta Justin. Une élève de ma classe en avait en primaire. On nous faisait sortir généralement, ou elle. Venez.

Ernie, Hannah et Justin s'éloignèrent. Susan hésita, et Sally-Ann et Noah demeurèrent campés à ses côtés.

-Je peux vous mettre sous un charme apaisant, mais il vaudrait mieux que vous vous calmiez de vous même, sans quoi cela risque de recommencer, annonça le professeur.

Les mêmes idées tournaient en boucle : Harry, Voldemort, Sally-Ann, la Coupe du Monde, la Coupe de Feu, son jumeau...

-Mettez le sous un charme.

La voix de Noah était basse, et onctueuse, remarqua Lucifer. Il avait terminé de muer. Quelques secondes plus tard, une sensation de sérénité pénétra dans son être, une vague de chaleur apaisante, et sa tête retomba mollement sur le bras de son meilleur ami. Sa poitrine recommença à se soulever profondément. Lentement. Il ne ressentit rien d'autre qu'une sérénité irrationnelle et une fatigue intense.


Mrs Chourave le fit venir dans son bureau, et lui accorda une demi-heure durant laquelle elle s'inquiéta de son état.

-Vous ne semblez pas aussi apathique et mal en point que les dernières fois que vous êtes venus ici, Lucifer, déclara-t-elle. Vos résultats sont bons, vous êtes assidu et je sais que vous vaquez à vos loisirs. Mais il s'agit de la deuxième crise d'angoisse d'ampleur inquiétante et de la quatrième fois en deux semaines que vous devez sortir de cours pour prendre l'air. Ce sont les signes d'une pression importante, qui s'exprime comme elle le peut.

-Les Mangemorts s'agitent et l'atmosphère redevient aussi sombre que lorsque Voldemort a connu sa première apogée. Harry participe a un tournoi où les morts ont été trop nombreux, et parce que quelqu'un a mis son nom dans la Coupe.

Lucifer sentit l'étau autour de sa poitrine se resserrer tandis que les images du labyrinthe et de Croupton affluaient dans son esprit.

-Tout le monde s'est fait à l'idée qu'il est un Champion, mais il n'a pas mis son nom dans la Coupe. Il est en danger constant, professeur, mais plus que jamais cette année.

-Je sais que vous vivez cette année avec la même angoisse et la même intensité que lui, Lucifer. Je voulais simplement vous conseiller de contacter votre tante pour qu'elle prenne rendez vous avec un spécialiste... moldu. Les infirmières traitent les blessures physiques, mais au niveau psychologique, Saint Mangouste est responsable et c'est un hôpital trop occupé. Vous devez trouver un moyen d'exprimer vos angoisses autrement, par du sport, la tenue d'un journal, ou une activité quelconque.

Importuner Pétunia lui paraissait inconcevable, tout autant que l'idée de lui demander de contacter un psychologue. Il secoua la tête, ni refus, ni acceptation. Noah était à ses côtés, et ils avaient su gérer les menaces et les obstacles quatre années durant. Lorsque le Tournoi serait terminé, ils pourraient enfin se détendre.


Ne plus avoir la Carte du Maraudeur signifiait que Lucifer ne pouvait plus veiller sur son jumeau, s'assurer qu'il était en sécurité. Il guettait chaque matin son arrivée dans la Grande Salle, et ils passaient une partie de leur temps libre à s'entraîner aux maléfices de Stupefixion et d'Entrave.

-Noah... Je voudrais parler à Harry, après.

Son meilleur ami le regarda, et une ombre passa dans son regard. Lucifer connaissait chacune de ses expressions, pouvait anticiper chaque changement et chaque tension chez l'adolescent. La tristesse qui émanait de lui le bouleversa, mais aussitôt, la main de Noah vint effleurer sa joue.

-Désires-tu que j'attende derrière où que je retourne à la salle commune ?

-Comme tu le désires, Noah.

La douceur dans leur ton l'apaisait et il sentit ses yeux s'humidifier.

-Nous nous retrouverons à la salle commune, murmura son meilleur ami. Je vais déambuler dans Poudlard en attendant.

Noah n'était pas distant, mais il prenait depuis peu des moments pour marcher seul, réfléchir. Lucifer le voyait revenir plus détendu ces promenades l'aidaient à appréhender l'incertitude quotidienne et le danger qu'il savait peser sur Harry Potter et son jumeau.

-Tu te débrouilles très bien Harry, annonça Hermione, rayonnante. Je pense que tu t'en sortiras !

Ron acquiesça et lui flanqua une tape dans le dos. Le Survivant sourit, et son visage s'éclaira. La jeune fille commença à ranger ses affaires dans son sac de cours, et Lucifer posa une main sur l'épaule de son frère.

-Harry... Peut-on parler ?

-De quoi ?

L'adolescent soupira, puis indiqua à ses amis qu'il les rejoindrait, et il ne resta bientôt qu'eux dans la salle de Métamorphose gracieusement prêtée par McGonagall. Harry se hissa sur l'une des tables qu'ils avaient remis en place d'un coup de baguette, et Lucifer le rejoignit. Ils restèrent assis quelques secondes dans le silence, qui durent paraître interminables à son jumeau, pour qui tout devait toujours bouger et être constitué d'actions. Les mots ne parvenaient pas à passer la barrière de ses lèvres avec l'instinct ressenti dans la Salle de Bains des préfets.

-Je désire venir avec toi dans le labyrinthe.

Il entendit la respiration d'Harry se suspendre et sentit la tension de son corps. Leurs épaules se touchaient, mais Lucifer fixait le mur, tourné dans une direction différente.

-J'ai envisagé que tu demandes ça. Ou de prendre de nouveau ma place.

-Il n'existe aucune justification.

Harry pourrait faire face dans le labyrinthe et il avait appris en quinze jours une demi-douzaine de nouveaux sortilèges. Pourtant, la seule pensée de demeurer impuissant à fixer les haies durant un temps indéfini provoquait un malaise physique au Poufsouffle.

-Non, il n'y en a pas, confirma Harry. Je vais m'en sortir. Et je vais peut-être même gagner. Il ne s'agit que de quelques heures, Lucifer, et ensuite ce sera terminé. Je suis un entraînement depuis mon plus jeune âge pour affronter des obstacles de ce genre, je suis endurant, pas toi. C'est hors de question. Ce n'est même pas que tu risques de me ralentir -même si ça se produirait sans doute-, c'est ta sécurité qui est en jeu.

Lucifer eut un de ces rires qui franchissaient trop facilement ses lèvres ces derniers mois un rire sans joie et empli d'ironie. Le silence retomba, lourd.

-Tu as vécu, l'espace d'une heure à peine, ce que j'endure chaque fois, Harry. Il s'agit de la dernière épreuve, et celui qui a mis ton nom dans la Coupe doit fulminer, ou compter sur un truc pour t'entraver, te blesser ou te tuer. Croupton a disparu non loin du labyrinthe, et j'ai été attaqué, par quelqu'un que personne n'a trouvé, et qui pourrait très bien se faufiler dans un endroit où il serait difficile de te porter secours.

Sa vision s'embua et il sentit les larmes brûlantes dans ses yeux rouler sur sa joue, sans chercher à les stopper.

-Je me fiches que rien n'arrive, je me fiches de prendre des risques, je me fiches d'être pris. Je ne peux pas te laisser y aller seul. Si quelque chose se produisait...

Il haleta, et eut un nouveau bref son entre rire et sanglot.

-Je prendrai le blâme, je prétendrai t'avoir suivi s'il le faut... La tâche est faite pour des Septièmes Années... A tes côtés, je pourrais t'aider.

-C'est de la triche, rétorqua Harry d'une voix cassante, et il sembla à son jumeau qu'il s'agissait d'une grande partie de sa réticence.

-Karkaroff et Madame Maxime trichent allègrement, et tu as été forcé dans ce tournoi. Deux quatrièmes années, quand les autres sont en septième année, est équitable.

Il n'éprouvait aucune honte, aucun scrupule, et aucune impression de trahir les valeurs de sa maison.

-Tu... Je... commença Harry après un long moment. Ce que j'ai ressenti en fixant le lac pendant une putain d'heure... Une fichue heure, pardon. Je comprends, Lucifer. Quant à l'échéance de la Troisième Tâche, c'est vrai. Voldemort, son ombre, ou un allié, est après moi, si ce n'est les trois à la fois. Je vais te passer la cape.

Son épaule se décolla de celle de Lucifer, et il attrapa les épaules du rouquin pour le forcer à pivoter et à lui faire face.

-Papa a promis de me voir avant la troisième tâche.

-Je ne viendrai pas. Il peut m'obliger à rester à ses côtés pour s'assurer que je ne tente pas de voler ta gloire.

Parler ainsi de son père le blessait chaque fois, et au vu de la grimace de son frère et d'étincelle de colère défensive qui s'alluma dans son regard, il devina que ce n'était pas simple pour le Survivant non plus.

-Tu dois être à mes côtés dès que le repas est fini, sinon tu n'accédera jamais au terrain. Ne touche personne, ne fais aucun bruit, et tiens toi simplement derrière moi, où à côté de moi. Lucifer... Noah sera terrifié.

-Je sais, répondit il d'un souffle, peinant à déglutir.

L'année avait été éprouvante pour le jeune Weber, plus que pour lui-même. Il sourit tristement. Les deux frères demeurèrent assis dans le silence jusqu'à devoir le briser, d'une façon artificielle et maladroite.

Il enlaça Noah dès qu'il le vit, avec une force rare. Il ignorait comment faire passer sa reconnaissance à son meilleur ami, comment exprimer à quel point il regrettait, à quel point il était heureux de l'avoir à ses côtés.

Il se contenta de resserrer son étreinte, et ne s'apaisa que lorsque Noah la lui rendit avec le même désespoir.