Chicago, quelques jours plus tard
Depuis son retour aux Etats-Unis, Sara avait pris la fâcheuse habitude de s'endormir tout les soirs devant la télévision allumée. Michael ne lui avait pas donné de date précise pour son retour ; alors chaque jour, c'était comme un bref espoir, un espoir qui durait jusqu'à ce que la jeune femme s'endorme ...
Ce soir-là, elle n'avait pas dérogé à la règle : aux environs de minuit, la télévision allumée sur un vieux film en noir et blanc, Sara s'était assoupie sur le canapé. Elle s'éveilla un bref instant pour se rendre compte qu'elle avait froid ; mais le sommeil lui passa l'envie de se lever pour aller se blottir sous sa couette. Elle se rendormit donc, recroquevillée sur elle-même.
------------------
Au bas de l'immeuble de Sara, Michael se demanda une dernière fois s'il agissait en toute lucidité. Bien sûr que non, comment pourrait-il être lucide lorsqu'on parlait de Sara Tancredi ?
Alors, malgré les risques, et malgré que les menaces de cet homme, quelques jours auparavant, résonnaient encore à ses oreilles, il grimpa les escaliers quatre à quatre pour atteindre l'appartement de Sara.
Il posa sa main sur la poignée de la porte et tourna : elle s'ouvrit sur une pièce plongée dans la pénombre. Après que ses yeux se furent habitués à l'obscurité, il fit quelques pas dans le petit hall et pénétra dans le salon. L'ombre du canapé se découpait dans la faible lumière provenant du téléviseur : Michael l'éteignit et s'accroupit près de Sara.
Il approcha son visage près du sien, il avait peine à croire à ce qu'il était en train de faire ; il avait l'impression d'évoluer dans un songe, mi-cauchemar, mi-rêve ; et ce qu'il allait faire le rendait malade.
-------------
Dans la brume de son sommeil, Sara sentit une chaleur tout près de son visage, une chaleur agréable, un souffle près de sa bouche. Et puis une main sur sa hanche. Beaucoup trop réel pour n'être qu'un rêve ...
Sara acheva de se réveiller et s'assit sur le canapé. Michael était toujours accroupi à ses pieds.
-Pourquoi tu ne m'as pas dit que tu revenais ? Tu aurais pu m'appeler, murmura Sara, d'une voix encore engourdie de sommeil.
Comme pour s'assurer qu'il ne s'agissait pas d'un mirage, la jeune femme fit courir ses mains sur son visage, glissa sur ses tempes et ses yeux, effleura ses lèvres du bout des doigts ...
Michael posa ses mains sur les joues de Sara et se leva, l'entraînant avec lui.
Lorsqu'il chuchota les deux syllabes de son prénom à son oreille, Sara ferma les yeux pour savourer le souffle du jeune homme près de son oreille et sa présence, là, tout près.
Michael frôla de sa joue celle de Sara puis happa avidement ses lèvres. Un délicieux frisson le parcourut en même temps qu'un chagrin infini lui broyait les entrailles. Il n'avait pas le droit de faire ça, il le savait, il n'avait pas le droit de laisser ainsi Sara espérer ... Sa conversation avec elle, sur la terrasse de l'hôtel à Panama City, lui revint en mémoire. Il se souvenait de chaque mot que la jeune femme avait prononcé, de chacune de ses paroles ...
Dans un éclair de lucidité, il voulut tout arrêter, tout expliquer à Sara, arrêter de l'embrasser comme s'il allait passer le reste de sa vie avec elle. Mais lorsqu'il goûta à la douceur de la langue de la jeune femme, il en fut incapable. Il fut incapable de s'arracher à son étreinte, incapable de repousser les mains de Sara qui se glissèrent sous son T-shirt pour le lui retirer.
Toute pensée rationnelle déserta son esprit. Il ne pensa plus à ce salaud qui l'avait menacé, il ne pensa plus aux risques.
Torse nu, Michael glissa à son tour sa main droite sous le débardeur de Sara et imprima une pression sur ses reins pour qu'elle s'approche plus près. Leur ventre se touchèrent et soudain, ce fut comme un déclic, une onde puissante qui les traversa tout les deux.
Il se débarrassa du morceau de tissu qui l'empêchait de sentir complètement la peau de Sara contre la sienne et entraîna la jeune femme dans la chambre.
----------------
Allongé sur elle, soutenant son poids sur un coude, il ne cessait de l'embrasser. La regarder aurait été un supplice de plus. Tout ce qu'il voulait, c'était partir en emportant un ineffaçable souvenir de Sara. S'il réfléchissait trop, peut-être que cela aurait de trop lourdes conséquences. Pour lui comme pour elle.
Mais la jeune femme ne l'entendait pas de cette oreille. Elle se redressa et ils roulèrent sur le lit. Elle se retrouva assise sur lui.
Lentement, Sara s'allongea à son tour sur le jeune homme et ancra son regard dans le sien. Puis elle approcha sa bouche de son oreille.
-Je t'aime.
Ces simples mots, Michael les reçut comme une gifle. Elle ne pouvait pas dire ça. Il ne fallait pas. Les cheveux de Sara lui chatouillaient la joue.
-Je t'aime, Michael, répéta-t-elle, comme pour s'assurer que ces mots resteraient gravés jusqu'à la fin des temps dans l'esprit de celui qui allait devenir son amant.
Michael eut l'impression qu'on lui broyait l'estomac. Il sentit une vague de chagrin déferler sur lui, et il eut toute la peine du monde à se maîtriser. Une larme roula sur sa tempe ; Sara ne remarqua rien.
-Je t'aime aussi, Sara, avoua-t-il enfin dans un souffle à peine audible.
Puis ils roulèrent de nouveau et Michael défit le pantalon de Sara qui vola à travers la pièce. La jeune femme fit courir ses doigts le long de son torse et déboutonna son jean qui rejoignit le sien, quelque part, dans un coin sombre de la chambre.
Sara s'apprêtait à dire quelque chose mais Michael l'en empêcha d'un baiser. Il n'était déjà plus que l'ombre de lui-même, désespéré. Il se demandait encore s'il aurait la force et le courage de faire ça.
------------------------
Lorsque les dernières barrières qui empêchaient leur deux corps de s'unir tombèrent, Sara se demanda pourquoi Michael était si ... étrange. Il agissait avec elle comme s'il ne devait plus jamais la revoir...Ses gestes étaient lents, ses mains s'attardaient comme s'il voulait garder la moindre sensation, la moindre odeur, le moindre souvenir de cette nuit.
Puis elle eu le sentiment d'être hors du temps, de ne plus toucher terre, d'être éternelle. Avec cette sensation d'être projetée très loin. (Guillaume Musso, Seras-tu là ?) Comme si d'une certaine manière, tout lui était possible. Comme si ce moment allait rester à jamais graver dans sa mémoire, dans sa peau.
Michael lui avait fait l'amour presque désespérément. Malgré l'infinie sensation de bien-être qui s'installa en lui, son esprit était torturé par ce qu'il allait faire dans quelques heures.
----------------------
Peu avant l'aube, il se réveilla, nauséeux. Sans faire aucun bruit, il ramassa ses vêtements éparpillés un peu partout dans la pièce et se rendit dans la salle de bain. Un peu d'eau glacée sur son visage acheva de le réveiller. Il repassa par la chambre et se rassit sur le bord du lit. Sara dormait, sa, poitrine se soulevait au rythme lent et régulier de sa respiration. Avec un soupir de désespoir, Michael se prit la tête entre les mains. Il aurait voulu hurler, abreuver d'injures ce salaud qui la contraignait à partir, réveiller Sara, partir loin avec elle. Tout plutôt que de faire ce qu'il fit : se lever, lui jeter un dernier regard et refermer la porte de la chambre. Claquer la porte à un amour qu'il ne pensait pas possible. Claquer la porte au nez de la femme qu'il aimait. Sans aucune explication.
