Les feuilles couleur automne recouvraient majestueusement le parc de Poudlard. Et le vent glacial de l'hiver commençait à se faire plus présent, fouettant le visage des rares élèves qui s'aventuraient à l'extérieur. C'était dans ce contexte presque hivernal que la jeune rousse profitait de l'environnement offert à elle. Elle jouissait de la vision apaisante du lac, d'un calme qu'elle souhaitait s'approprier, et qui lui permettait de s'évader, de s'éloigner du tourment intérieur qu'elle éprouvait depuis maintenant plusieurs mois.
Depuis son séjour à l'infirmerie dû à un cognard vicieux, elle aimait à s'oublier ici, et tentait de se faire à l'idée de ne plus échanger quoique ce soit avec la brune. Comme un accord silencieux, depuis la fuite d'une Hermione rougissante, surprise par l'arrivée d'une infirmière scolaire un peu trop consciencieuse, elles n'avaient plus nourri le moindre projet entre elles. Deux semaines s'étaient écoulées depuis l'accident, si l'on pouvait l'appeler ainsi. Et deux longs mois depuis la rentrée, depuis qu'elle avait plaisir à gouter sa peau dans un voyage intemporel l'amenant à se sentir vivante autant qu'honteuse, et à vivre la dernière année qui leur était promise dans l'enceinte d'un château qui les avait vues grandir.
Ginny inspira à grands poumons alors que les souvenirs s'imposaient une nouvelle fois à elle.
Un parfum, mélange de vieux livres, causé par un amour que personne ne saurait briser, et d'orchidée. Le gout sucré de ses lèvres fuyantes. La force douce de ses bras qui savaient être amicale, protectrice, ou même encore, elle l'espérait, désirante. Les regards brûlants couleur noisette, emplis de questions, de tristesse et de joie, où elle avait su percevoir une once de désir. Des cheveux broussailleux, indomptables, dans lesquels ses doigts savaient si bien se perdre. Des mains refermées sur les siennes qui semblaient parfaire la continuité de leurs deux corps. Un rire qui réchauffait son cœur, des soupirs éveillant sa curiosité, des gémissements allumant un incendie dans son bas ventre, dont seule la cause saurait faire taire les mots...
Elle ferma les yeux pour les laisser filer avec le vent qui frappait son visage, et apprécia le silence un court instant. Quand des bruits de pas se firent entendre, elle ne tourna pas le regard vers l'invitée surprise. Quand celle-ci s'assit à ses côté, elle ne chercha pas à découvrir le visage de la nouvelle arrivante. Et quand, toujours en silence, leurs mains s'unirent, un sourire se dessina muettement sur son visage. Mais elle ne tourna pas le regard.
La douceur. Comment arrive-t-elle à me faire tant de bien et pourtant tant de mal en un seul geste ? Encore ce parfum. Apprécie des moments comme celui-ci, Ginny, tu sais pourtant qu'ils ne sont pas éternels. Rester calme, et aimer, se suffire, et apprécier.
Non, les deux Gryffondor n'avaient nullement besoin de parler, de se regarder. Seul, depuis quelque semaine, persistait un besoin de se toucher. Et ainsi, elles découvraient le plaisir du vent d'hiver qui causait l'abandon des parties extérieures du château.
Et cette union vertueuse, la benjamine Weasley s'en contentait. Il lui suffisait d'une main amicale contre la sienne, protectrice et compréhensive des secrets qu'elles partageaient. Cela lui suffisait si ça lui permettait de passer du temps avec l'objet de ses tourments, sachant parfaitement que c'était tout ce qu'elle lui offrirait... De l'amitié.
La nuit arriva vite, et elles se détachèrent l'une de l'autre, toujours en silence, pour se diriger vers le château et prendre un repas qui réchaufferait leurs corps refroidis par la saison. Et ce fut seulement à cet instant, une fois les portes franchies, que les langues se délièrent, et que les regards se croisèrent. Chacune retrouva la place que le monde lui avait attribuée.
L'aînée auprès de celui que le destin lui avait promis. Un grand gaillard un peu gauche, qui malgré une première impression pouvant le laisser paraître simpliste, était étonnement logique, possédant une puissance de déduction impressionnante. Sûrement due à son don pour les échecs, principale source de bien-être du jeune homme, avec son premier amour, le quidditch, et les occupations qu'il partageait avec son meilleur ami. Et c'était sûrement cette maladresse qui avait fait craquer l'amoureuse des livres poussiéreux. Le rouquin aux tâches de rousseurs, signe distinctif de cette famille connue de tous.
Alors que la plus jeune de cette fratrie de sept enfants, préférait sans nul doute la compagnie de celle qui savait si bien altérer le temps, celui-ci filant comme le vent en sa présence, et se rallongeant comme les saisons dès qu'elle se trouvait loin d'elle. Mais les yeux bleus espiègles reflétant sa malice, elle retrouvait non sans plaisir la place de celle appréciée du plus grand nombre. Les plus jeunes aimaient son avenant, les plus vieux aimaient juste la compagnie d'une amie dévouée, et ce n'était un secret pour personne que les garçons de la plus célèbre école de sorcellerie recherchaient sa présence.
"- Aujourd'hui, je souhaiterais que nous marchions un peu..."
Ce fut dans un souffle presque inaudible que ce chuchotement brisa le silence qui s'était instauré depuis plusieurs semaines. Une phrase qui fit s'envoler en un grand fracas invisible toutes les barrières, les règles silencieuses, qui nourrissaient les rendez-vous de ces débuts de soirée.
Ginny qui s'était retournée, les sourcils arqués par la surprise, et les yeux emplis d'incompréhension devant une telle demande.
"- ...
- Allons nous promener, Ginny.
- Le lac sera encore là demain."
Une lubie ? Si tu savais comme elles peuvent être dangereuses… Non, pas ce sourire, il me transperce de part en part. Comment résister ? Je ne suis même pas sure d'en avoir envie quand tu me regardes ainsi…
Et ce fut le sourire aux lèvres et une main tendue vers son amie qu'Hermione acheva ce dialogue qui eut pour seule réponse un signe de tête positif. Elle aida son amie à se lever et elles partirent toutes deux en direction de la lisière de la forêt. Au bout de plusieurs minutes, la rousse se décida à briser le silence, demandant où leurs pas allaient les conduire.
"- Et bien, qui sait ..."
Surprenante… Amusante… Comment ne pas t'aimer ?
Ce fut la réponse la plus abasourdissante que pouvait lui donner son homologue féminin. Hermione Granger, la personne la plus prévoyante que Poudlard ait connue, se laissait aller à l'insouciance. La brune rit joyeusement devant un regard qu'elle avait réussi à emplir de surprise pour la deuxième fois de la journée. Ce qui eut pour effet de faire sourire la rousse, chose qui se faisait rare ces temps-ci. Elles marchèrent ainsi pendant un long moment, jusqu'à arriver devant un gros arbre tordu, sûrement vieux de plusieurs années et qui se dressait fièrement aux abords du lac. Stoppées devant tant de majesté, elles l'observèrent en silence d'abord, puis commencèrent lentement à en faire le tour.
"- Il doit être vieux de plusieurs années... Voire même des siècles, tu ne crois pas ?"
En prononçant ces mots, Ginny caressait du bout des doigts le tronc du géant de bois, avec les yeux émerveillés d'une enfant. Et quelle ne fut pas sa surprise de découvrir un trou béant permettant un accès au cœur de ce titan naturel, maître et observateur de ces lieux. La jeune fille resta silencieuse, et finit par être rejointe par la brune qui n'avait pas quitté des yeux son amie, la découvrant si sensible face aux beautés que la nature sait si bien nous offrir.
"- Il a sûrement été frappé par la foudre pendant un orage."
Elle poussa délicatement la benjamine Weasley, une main sur son épaule et la sortant de ses rêveries, pour entrer dans l'antre créée par la puissance de mère nature. "- Il est mort ... Et depuis un moment." Elle caressa l'intérieur du géant végétal du bout de ses doigts, et fut rejointe par Ginny, toujours en silence, un silence presque respectueux. Et chacune laissait évoluer ses yeux, ses doigts, ses paumes, sur l'écorce calcinée de l'arbre.
"- Je me sens vraiment toute petite face à lui... Il doit faire au moins des dizaines de mètres... Même plus... Tu te rends compte, Ginny, qu'il a suffi d'un coup de foudre bien placé et...
- Oui, les coups de foudre font mal."
Si tu savais comme ils savent te rendre plus vivante que tu ne l'as jamais été, tout en te faisant glisser un genou à terre. Faible, criant d'espoir et de douleur… Tout ce qui fait mon être depuis que, trop proche de toi, j'ai réalisé… Réalisé la vivacité des chemins empruntés par les battements de mon cœur quand mes yeux se posent sur toi, quand ta voix résonne, quand ton odeur m'embrume.
La réponse calme de la rousse surprit Hermione qui posa les yeux sur celle qui lui faisait à présent face. Reprenant rapidement contenance devant une telle réponse, elle poursuivit, détournant le regard vers le puits de lumière naturel qui se trouvait à plusieurs mètres au-dessus d'elles.
"- Dire qu'il était là, caché parmi ses semblables, imposant et invisible en même temps...
- Certaines choses peuvent être devant nous toute une vie mais ne nous sautent pas toujours aux yeux... Mais tu as raison, imposant et si faible pourtant... Il lui a suffi d'un coup bien placé pour finir à terre...
- ...Ginny...
- J'aime beaucoup cet arbre..."
Brisé. Il me ressemble tellement…
Hermione ne savait que trop bien ce que voulait dire la rousse à travers ses paroles. Ne sachant que dire, ni que faire, elle se contenta de regarder son amie se perdre dans les méandres de ses pensées. Et fut au combien surprise de sentir son cœur se réveiller à lui faire mal comme jamais, une doucereuse douleur qui la poussa à se rapprocher de Ginny.
"- Tu te retrouves en lui ?"
Si tu savais à quel point… Trop proche, tu es trop proche… Crois-tu qu'il est possible que notre cœur jaillisse de son antre, poussé par des battements trop forts ?
Pourquoi et comment ces mots avaient franchi ses lèvres, elle ne le savait pas. Mais à présent, la benjamine Weasley lui faisait face et toutes deux auraient presque pu sentir à quel point leurs cœurs battaient à tout rompre. Quelle idée avait eu Hermione de se promener, et pourquoi Ginny avait accepté? Toute ces questions fusaient et disparaissaient à vive allure de son esprit. Aucune ne sut laquelle des deux fit le premier pas qui scella leurs lèvres dans un baiser presque chaste, mais à cet instant leurs deux cœurs explosèrent et crièrent leur délivrance au travers de cette étreinte. Quand elles se détachèrent, à bout de souffle, Ginny croisa les yeux de la brune avec peur, et découvrit un regard résigné. L'aînée colla son front contre celui de la Gryffondor et sourit d'un regard qui se voulait rassurant, avant de prendre son visage entre ses mains pour toucher à nouveau du bout des lèvres l'explosion de sentiment qui savait si bien retourner son estomac. Et elles restèrent ainsi des heures, s'embrassant, se caressant sans dépasser les limites de la décence. Se perdant par moment dans les yeux de l'autre, découvrant des sourires, des joues rougissantes... Découvrant un bien-être commun.
Merci…
Merci pour vos reviews! :) Encore merci a L93 qui a travailler sur les premier chapitre et a PinKLina qui a prit la suite ^^
