Chapitre 6 : Arbre

Mon jeune frère âgé de 6 ans l'avait trouvé parterre dans les jardins. La roserai. Ses mains, ses jambes, ses vêtements... Tous étaient tachés d'un sang sale et collant, aussi rouge que les roses qui l'entourait alors. Elle devait avoir mon âge. 14 ans. Les domestiques m'avaient interdis de passer la porte de la chambre où elle dormait, alors je suis entrée par la fenêtre. J'ai pris une chaise et me suis assise à son chevet. Je suis restée plantée là longtemps, à la regarder. Son sommeil était agité. Je me souviendrais toujours de ses longs cheveux noisette tirant à la fois sur le blond et le roux. Ils étaient très lisses et soyeux malgré ce maudit sang séché dedans. Sa lèvre inférieure était ouverte et saignait. J'ai cru que le sang ne s'arrêterait jamais de couler. 1 heure. 2 heures. 3 heures s'écoulèrent sans que ce foutu sang ne cesse d'abonder. J'avais mis des mouchoirs mais ils furent imbibés de ce liquide pourpre en moins de cinq minutes. Je finis donc par abandonner et retourner m'assoir mollement. Mes pensées divaguèrent vite vers ma malchance continuelle. Peut-être me tirerait-elle de mon affreux quotidien ? Elle remua un peu, ouvrit un peu plus la bouche pour inspirer puis murmura quelque chose que je ne compris pas. Elle recommença cet étrange rituel et je tendis l'oreille, cette fois.

? : ...Tuer...

J'écarquillai les yeux et mon souffle se coupa. Elle gémit puis s'étira. Ses paupières papillonnèrent. Elle avait les yeux vairons. Le droit était doré et le gauche rouge sang. J'aimais beaucoup ses yeux. Je lui souris pour chasser la sombre parole qu'elle avait souffler un peu plus tôt dans son sommeil et lui dis la première idiotie qui me venais à l'esprit. Elle rougit un peu. Je la laissais ensuite se reposer mais revins quelques heures plus tard pour prendre de ses nouvelles. Elle n'était pas dans son lit. Elle n'était même plus dans sa chambre ! Je n'eus pas à la chercher trop longtemps grâce – ou à cause – du bruit. Des hurlement étouffés. Dans la salle de bain. Je restai figée devant ce macabre spectacle.

Elle était devant la glace de la salle d'eau, la tête entre ses doits longs et fins, écorchés. Elle pleurait et hurlait à s'en déchirer la voix. Puis elle releva la tête et toisa son reflet. Ses yeux étaient injectés de sang et ses si beaux cheveux en batailles. Elle se cria dessus.

? : Je te déteste ! Je te hais ! Je te déteste ! JE TE DÉTESTE !

Elle se reprit ensuite sa tête entre ses mains et murmura :

? : Je me déteste...

Elle se redressa à nouveau et entreprit de s'arracher les cheveux. Elle disait qu'ils le lui rappelaient. Je ne savais pas de qui elle parlait mais je me disais que ça n'avait pas d'importance. Grave erreur... Si seulement j'avais su... Si seulement j'avais demandé... Elle ne se serait peut-être pas autodétruite. Elle n'aurait peut-être pas eu ce regard mélancolique à jamais. Elle aurait peut-être pu retrouver sa joie d'antan. J'aurais pu l'aider pendant qu'il en était encore tant ! Maintenant, je ne pourrais plus lui apporter mon soutien. Je ne peux que l'observer mener sa bataille perdue d'avance contre elle-même.

Je suis morte.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Victor referma son livre avec un claquement sec. Celui-ci avait une couverture de cuir noir avec écrit au centre « Le curry criminel » en lettres calligraphiques rouges et brillantes. Il soupira une fois en le contemplant. C'était un bon livre mais ça ne valait pas Le chevalier Saint. Il se leva de la chaise où il était assis pour remettre le livre en place.

Les étagères et les rayons étaient tous pareils, grands et larges. Sur la page de garde du livre, il était inscrit avec un stylo un peu gras et baveux : « Bibliothèque C, repère 5, 69 ». Il fallait vraiment connaître cette pièce pour se repérer dans se sanctuaire de bouquins...

Un pas plus loin dans l'allée que le brun venait de prendre, il y avait un groupe de 11 ou 12 personnes, filles comme garçons. Il ne les connaissait pas personnellement mais ils s'étaient autoproclamés être son « fan club ». Ri-di-cule. Pff ! Victor n'avait vraiment pas besoin de ça ! Le brun les trouvait tellement hypocrites à être tout sourire devant le monde et, dès qu'ils croyaient que personne ne pouvait les voir, s'assombrir de haine et de mauvaises pensées. Lui, il haïssait le monde entier et n'aimait strictement personne mais ne le cachait pas, au contraire.

Le garçon fit glisser le livre à sa place habituelle et saisit au passage quelques bribes de leur conversation.

Ils parlaient d'Elliot Nightray.

« Ce Nightray ? Pff... »

Je déteste...

« Il s'y croit à mort ! »

Tout le monde.

« En plus, il vient d'une famille de traîtres ! »

Mes amis...

« Il est tout l'inverse de notre Victor ! »

Ma famille...

« C'est quoi cet air hautain quand il nous regarde ?! »

Ceux que je ne rencontrerais sûrement jamais...

« Il est vraiment insupportable ! »

Et ceux qui m'ont offert un de leur sourire de façade...

« En regardant de près, il n'est même pas beau ! »

Tous ces gens...

« Il s'énerve tout le temps ! »

Je les hais !

Mais...

S'il y a quelque chose qui m'insupporte encore plus...

Victor sert les poins et les dents. Il ne se rend pas tout de suite compte qu'il avance vers eux à grand pas, la tête légèrement baissée. Une fille assez petite avec les cheveux attachés le remarque et panique légèrement à la vue de son visage. Ce garçon qu'elle admirait tant pour sa bravoure et son air neutre en permanence lui paraissait sous un autre jour. Ses lèvre étaient retroussées, son nez froncé et ses sourcils froncés en s'en faire mal.

La fille : Victor ?

Victor : C'est moi.

Un garçon : Mais qu'est-ce que...

Toutes les têtes du groupes se tournèrent avec effroi vers le nouvel arrivant. Des sueurs froides leur coulèrent dans le dos. Ils n'osaient plus faire un bruit, même pas respirer, de peur que ce dernier ne les foudroie de son regard dur comme de l'acier.

Victor : Bande de sales vipères !

Leurs yeux se tournèrent instantanément vers le sol. Leurs mains tremblaient légèrement. Victor le voyait bien mais l'ignora. Il s'était pourtant promis de ne plus l'aider... Alors...

Mais qu'est-ce que je fais ? se questionna Victor.

Victor : Comment pouvez vous parler ainsi ?! C'est insupportable ! Vous me faites saigner les oreilles ! On ne peut pas juger quelqu'un selon vos origines ou quoi que ce soit d'autres ! Vous n'avez pas le droit... D'infliger ça à des être vivants ! Malgré sa famille, c'est un humain comme vous et moi ! Vous... Comment auriez-vous réagis à sa place ?! Hein ?! Comment auriez vous fait... Si vous étiez rejeté partout et que vous entendiez dans votre dos de tels sifflement malsain ?! Si tout le monde était contre vous ? Qu'est-ce que vous auriez fais ?!

Groupe :

Victor : Vous ne savez pas ? Moi, je vais vous le dire : vous seriez devenu complètement fou ! Elliot, au moins, peut avoir le mérite de s'être battu jusqu'au bout et d'avoir résisté ! Comme toute sa famille ! Quand vous faites ça, vous leur manquez de respect... Non ! Plus ! Vous vous manquer de respect à vous même ! Vous ne voyez vraiment pas plus loin que le bout de votre nez...

Victor se calma un peu. Pourquoi avait-il donc rendu service à cet imbécile d'Elliot Nightray ? Pourquoi avait-il donc dit tous ça à ces adolescents boutonneux ? Non... Pas vraiment... Il se l'était dit à lui même. Il desserra les dent et les point en réalisant cela. Le brun bouclé plissa les yeux.

Victor : Je dissous ce club. Il est absurde et complètement inintéressant. Si je vous re-surprends à critiquer les Nightray ou n'importe qui d'autre, je vous fais officiellement envoyer en prison.

Les élèves hochèrent la tête, le cœur lourd. Victor opina du chef et se tourna pour partir. Il ne se mit à avancer de sa démarche fier et droite qu'après avoir murmurer, assez fort pour être entendu :

Victor : Bande de porcs...

S'il y a quelque chose qui m'insupporte encore plus...C'est l'injustice !

Il marcha sans but dans les couloirs déserts pendant un bon moment. Ses poumons le faisait atrocement souffrir, comme s'il venait de faire le marathon. C'était peut-être le cas d'ailleurs, mais en marchant.

Il n'avait qu'une envie, s'oublier. Il s'était déjà perdu, de toute façon, un peu comme si il avait déjà pourri sur place. Un petit plus et il se retrouverai dans le même état que Douce. Pile entre la folie et la lucidité. Il voulait détruire, tout détruire. Tout serait tellement plus facile si tout disparaissait... Il pourrait tuer toutes ses choses qui lui font horreur. Ces gens... Ces vipères... Cette maudite hiérarchie... Elliot Nightray et son serviteur... Douce... Il se mit une gifle mentale. Il n'avait pas le droit de dire de telles choses !

Il continua ainsi à marcher sans savoir où ses pas le mènerait, comme si plus rien ne comptait, en chassant ces sombres pensées. Victor lui avait promis... Qu'elle ne souffrirait plus jamais... Et, maintenant, c'est lui qui voulait lui faire du mal ! Il n'avait pas le droit... Il avait l'étrange impression d'avoir déjà vécu cette scène plusieurs fois. Le brun s'arrêta et regarda par la fenêtre. Dehors, le soleil brillait. C'était de saison, rien d'étonnant là-dedans ! Mais tout de même... Victor trouvait ça étrange. Il se souvenait parfaitement de la fois où il avait rencontré Douce. C'était un jour exactement comme celui-ci. Elle ne dormait et ne mangeait presque jamais. Il supposait que quelqu'un qui lui était cher était mort, à cette époque. Le vérité était bien plus simple et beaucoup plus cruelle... Le brun bouclé pouvait encore la revoir, regardant dehors en pleurant des torrents de larmes et murmurant : « Tout est si beau... Pourquoi est-ce si magnifique ? Pourquoi tout est si parfait alors que les gens vont si mal ? » Il n'avait pas compris, avant. Maintenant, il savait à quelque point regarder les autres s'amuser, le soleil briller, les oiseaux chanter était insupportable pour quelqu'un mutilé de l'intérieur. Vu de l'extérieur, tout semblait parfait.

Du vernis sur la crasse.

Les grande vacances d'été approchaient à grands pas. Les vacances... Elles sont vraiment là pour les reposer ? Pas dans la haute aristocratie, en tout cas. Toutes ses réceptions gnian-gnian agaçait le brun à un point inimaginable. Il en avait vraiment marre de ses filles qui le regardait sans le voir, comme un poisson rouge. Il avait l'impression de tourner, tourner, tourner, dans son bocal jusqu'à en perdre la tête.

Les arbres verdoyaient comme ils l'avaient toujours fait. Arbre. C'est un mot simple, ça, arbre. Ça venait du latin, d'après le dictionnaire. C'est marrant mais ce mot l'avait toujours beaucoup intrigué. Quand on le répétait un nombre incalculable de fois, on en oubliait la signification. C'est rare, un mot dont on oublie le sens. Enfin... Vie aussi, on en oubli le sens, souvent...

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Son crâne vrilla et le brun se prit la tête entre les mains. Il avait soudain si mal au crâne qui aurait voulu que quelqu'un lui fende en deux pour faire sortir ce chat qui lui lasserait le cerveau. Ce dernier le griffait intérieurement, lui déchirait les muscles et les tendons. Victor gémi de douleur. La migraine. Ô comme il la détestait, elle.

Après une minutes de torture intérieure, soudain, plus rien.

Celle-ci s'arrêta d'un coup quand une douce mélodie arriva à ses oreilles. Nostalgique mais joyeuse. Une note courte. Une croche mi-temps. Une rondade. Ect. Ect. Le sang battit dans ses tempes une dernière fois avant de se dissiper. Le brun releva vite la tête et avança à pas hésitant et chancelant vers la salle de piano. Il connaissait... Cette musique... Oui ! Il en était sûr ! Il l'avait déjà entendu quelque part !

Le brun s'appuya contre le cadran de la porte pour mieux écouter. Un trou béant lui rongea le cœur, lui dévora l'estomac et le fit lentement sombrer. Il ferma les yeux doucement. Une larme coula, roula, dansa, puis s'écrasa sur le sol avec un « Ploc » presque inaudible. Puis une deuxième. Une troisième, aussi... Merde ! Quand est-ce qu'elles allaient s'arrêter de couler, celles-là ?! Déjà qu'elles revenait inonder son visage chaque nuit...

Le morceau s'arrêta peu-à-peu.

? : C'est très joli, Elliot ! Comment s'appelle-t-elle ?

Victor ouvrit brusquement les yeux tandis qu'un million de lames aiguisées lui transperçait le corps de part en part. Douce ? Mais qu'est-ce qu'elle faisait là, elle ? Elle restait avec Elliot Nightray ? Pourquoi ? Victor pensait qu'elle détestait tout ce qui touchait au Nightray ! Pourquoi elle ne lui avait pas parler de leur relation ? Il croyait qu'ils n'avaient pas de secrets l'un pour l'autre !

Elliot : C'est vrai ? Tu as aimé ? Je l'ai composé pour l'anniversaire de ma mère, il y a deux ans. Elle s'appelle « Statice » !

Douce : « Statice »... Comme dans le langage des fleurs ? C'est quoi déjà...

Elliot : Toi aussi, tu connais...

Douce : Non, à peine ! Mais Victor, oui !

Elliot : Victor ?

Douce : Exact ! Pourquoi ? Ça t'étonnes ?

Elliot : Je ne pensais pas que Victor intéressait à ce genre de chose...

Douce : Toi, tu t'y intéresses ?

Elliot : Non mais ça va pas ! C'est ma sœur qui aime ça, pas moi !

Douce : Mais bien sûr... Vous avez beaucoup plus en commun, avec Victor, que tu peux le penser, on dirait...

Elliot : Je n'ai rien à voir avec sa imbécile ! Cette grande gueule crane beaucoup trop ! Il est plus du genre « Regardez moi, je suis meilleur que tout le monde ! Vous m'aimez, hein ? Qu'est-ce que vous être bête ! Hihihi ! »

Douce : Elliot...

Elliot : Quoi ?! C'est vrai !

Douce : *rigole* Tu es vraiment ridicule quand tu l'imites !

Victor recula sans faire de bruit en se plaquant la main droite contre la bouche avant de partir en courant le plus vite possible. Il rentra directement dans sa chambre, sans faire plus de détours, pour que personne ne voit ses yeux rougis et ses larmes – toujours ces larmes stupides qui coulaient sans raison – qui lui couvraient tout le visage, qui entraient dans sa bouche, qui tombaient sur le sol marbré. Il courra, courra, courra.

Quel imbécile de fuir comme un lâche ! Mais quel idiot il était !

Il claqua la porte et s'effondra sur son lit, un oreiller contre le visage. Le brun bouclé cria de toutes ses forces, laissant libre court à sa colère. Cette scène lui rappelait elle aussi quelque chose. Des hurlements étouffés. Quel idiot ! Mais quel idiot ! Comment avait-il pu oublier si facilement tout ça ?! Ce sang, maudit sang. Comment avait-il pu oublier toutes ces fois où il s'était juré d'en finir ? Cette souffrance qui lui perçait le corps de part en part. Combien de fois avait-il finit dans ce lamentable état à cause de tout ça ? De sans, encore, toujours. Et Douce, elle, ne lui avait absolument rien dit ! Son cœur qui bat très fort dans sa poitrine. Lui, Victor, n'avait pourtant aucun secret pour elle ! Cette envie de vomir ses tripes. Elle le dégoutait. La mort ou la folie. Il avait mal choisi. « La folie. »

Il s'endormis vite à cause de l'épuisement. Mais sa nuit ne fut pas des plus agréable, au contraire. Comme d'habitude.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Le lendemain, Douce fila dans la chambre des garçons. C'était le week-end, il n'y avait donc pas cours de la journée. Le bonheur ! Elle sautillait, le pas léger. Comme il faisait beau ! Comme les oiseaux chantaient ! Comme le soleil brillait ! Tout cela promettait une très belle journée ! Surtout qu'elle était spéciale... Ce matin, son maître lui avait rapporté une lettre du secrétariat. Pas une lettre de ses frères ou de ses amis – ils ne lui écrivaient jamais, de toutes façons ! - , une invitation. Ça non plus, elle n'en recevait jamais mais aujourd'hui n'était pas un jour comme les autres.

Toc. Toc. Toc. Elle frappa trois petits coups gais à la porte de la chambre qu'ils partageaient. Celui à qui elle désirait parler vint lui ouvrir avec son visage énervé habituel, les cheveux blond cendré tout en bataille, habillé de l'uniforme trop strict et trop blanc de ce prestigieux lycée.

Elliot : Je croyais que tu n'allait plus revenir dans ma chambre.

Douce : Moi ? Je n'ai jamais dit ça enfin !

Elliot : Pourquoi t'es là ?

Douce : Quelle belle journée !

Elliot : Pourquoi t'es là ?

Douce : Pourquoi tant de pourquoi ?

Elliot : Pourquoi t'es là ?

Douce : Eh bien... Tu as déjà oublié ?

? : Elliot !

Les deux jeunes amis se tournèrent à l'unisson vers un petit groupe d'à peu près cinq personnes. Le Nightray se renfornia un peu plus. Leur visage était légèrement rougi par la honte et ils avançaient assez lentement pour encore plus énerver le blond.

Elliot : Quoi ?!

Ils se mirent à trembler comme des feuilles et firent un peu pitié à la jeune fille. Pitié ? Non... Pas vraiment... Elle aurait plus décrit ça comme... Comme du dégoût. Un impression nauséeuse qui lui donnait des sueurs froides. Elle grimaça et sa cicatrice à la lèvre la lançait, aussi dut-elle arrêter avant de se mettre à saigner. Et dire que cette journée commençait bien... Son cœur fit un bon quand elle se souvint de la lettre. Elle pouvait tout de même bien endurer ça quelques heures, non ? Après tout, c'était une journée spéciale ! Les élèves se mirent en ligne droite, comme au garde-à-vous mais avec le tête baissée et les pieds qui s'entrechoquaient les uns les autres.

Une fille : Eh bien...

Un garçon : On voudrait s'excuser...

Une autre fille : D'avoir parler dans ton dos et tout les mauvais coups...

Un autre garçon : Pour avoir teint ton linge en rose, une fois...

Garçon N°1 : Ou pour avoir échangé ta copie pour une mauvaise pendant le contrôle national d'histoire...

Tous ensemble : Vraiment, pardon !

Ils se détournèrent et partirent sans plus de mots, beaucoup plus rapidement qu'ils n'étaient venus – Douce ne les en aurait pas cru capable -, laissant un Nightray à la bouche pendante et une servante entre le rire et la réflexion.

Elliot : Mais... Qu'est-ce qu'ils leur prend ?

Douce : Je crois avoir ma petite idée là dessus...

Elliot : *secoue la tête et reprend ses esprits* Bon. On en était où, déjà ?

Douce : J'en étais à dire « Tu as déjà oublié ? »

Elliot : Oublier quoi ?

Douce : Aujourd'hui, c'est la Sainte-Brigitte !

Elliot : La Sainte-Brigitte...

La Sainte-Brigitte était une grande fête traditionnelle dans leur pays. Elle célébrait la légende de Brigitte, l'ange vêtu de bleu, qui était tombé amoureux d'un humain. D'après l'histoire, les anges n'étaient pas d'accord avec cette union et mirent Brigitte sous surveillance. C'est pour ça que chaque année, des milliers de gens se vêtissent de bleu pour permettre d'aider Brigitte à retrouver son amour perdu. Douce n'en avait rien à faire, de Brigitte, des l'humain, des anges et compagnie. Elle trouvait même la fête ridicule ne elle même ! C'était surtout un festival idiot pour les attrape-nigaud Elle n'y était jamais allée et n'en aurait jamais eu l'idée sans cette lettre. Cette invitation qu'elle attendait depuis que les intrus avait pénétré dans l'enceinte de Lutwidge.

Elliot se gratta le front en rougissant un peu d'embarras puis lui fit un signe de la tête pour la faire entrer, ce qu'elle ne tarda pas à faire, toute sourire, en sautillant comme depuis ce matin.

Elliot : *ferme la porte* Tu veux qu'on t'y emmène, c'est ça ?

Douce : Non, ça, je m'en fiche pas mal. J'ai déjà un rendez-vous...

Elliot : Avec un garçon ?!

Douce : Bah, oui ! Pas avec un chien ! Quoi que...

Elliot : Alors pourquoi es-tu venu nous voir ?

Douce : Et bien figure toi que ce matin, à la cantine, un groupe de fille m'a invité à leur table pour me questionner sur nos relations, toi, moi et Leo...

Elliot : Rgneu...

Douce : Et pour savoir avec qui j'irais à la Sainte-Brigitte. Je leur ai répondu que c'était un secret et elle m'ont demandé mon déguisement. Je leur est décrit et elle on été scandalisée en me disait que mettre autre chose que du bleu ferait tâche...

Elliot : Arrêtes de tourner autour du pot et dis moi ce que tu es venu faire ici !

Douce : Tu veux bien me prêter des boucles-d'oreilles bleu, s'il te plait ?

Elliot : Quoi ?!

Douce : Je t'en supplie ! Moi, je n'en ai que des rouges !

Elliot : Non, j'ai dis ! C'est ma sœur qui me les a offerte pour mon anniversaire !

Douce : Ha... Je comprends mieux pourquoi elle font si femme...

Elliot : Mais n'importe quoi, elle font pas femme !

Douce : C'est sûr que c'est très viril...

Elliot : Mais non, je te dis !

Il les retira, vexé, et les tendit à Douce vite fait en grognant. Elle ricana en les prenant comme il les avait tendu.

Elliot : Ok, je te les prête ! Mais ne les perds pas, ok !

Douce : Moi ? Mais non, enfin ! Ça ne me ressemble pas, ça !

? : Mais bien sûr...

Elliot et Douce se tournèrent d'un même mouvement vers la porte de la salle-de-bain. Leo venait d'en sortir, les cheveux un peu mouillé. Il venait sûrement de finir de prendre sa douche. Le noiraud était torse-nu, la serviette sur la nuque, sans lunettes. Il souriait. Son ami rougit.

Elliot : Leo ! Vas mettre une chemise ! Cette tenue est vraiment indécente...

Douce : Leo... Tes yeux...

La jeune fille haussait les sourcils aussi haut que possible, les yeux écarquillés, et fixait, comme hypnotisée, les prunelles de son camarade. Il fit une petite moue gênée. Le visage de Douce redevint normal quand elle déclara :

Douce : Ils sont bizarres.

Elle se désintéressa immédiatement et ne remarqua même pas que les deux garçons crispaient d'une façon anormale leur mâchoire. Elle glissa les boucles-d'oreille dans une petite poche qu'elle avait elle-même cousu sous le volante de sa jupe, s'assit sur le canapé avec toute la grâce dont elle était capable et croisa les jambes. Elle posa ses coudes sur ses genoux et croisa les doits avec un petit sourire satisfait.

Douce : Bon... Revenons à nos moutons... Vous comptez y aller, vous, au festival ?

Personne ne lui répondit et Elliot la foudroya du regard. Si les yeux pouvaient tuer, elle serrait sûrement morte, là, dans cette chambre.

Douce : Bah quoi ? Vous comptez aller à la Sainte-Brigitte, oui ou non ?

Elliot : Non ! Surtout pas si toi, tu y vas !

Douce : Tant mieux, ça m'arrange si vous n'y allé pas !

Leo : Pourquoi donc ?

Douce : Comme je l'ai dit à cet imbécile d'Elliot tout à l'heure...

Elliot : Imbécile ?!

Douce : Mon rendez-vous est confidentiel donc je ne souhaite pas être surprise, par vous ou par une autre personne.

Elliot : Tu sais ce qu'il te dit, l'imbécile ?!

Leo : Tu sais que nous dire ça va nous donner encore plus envi de te suivre, Douce.

Elliot : Personne ne m'écoute ?!

Douce : Je sais mais je sais aussi que vous êtes des hommes morts, si vous me suivez.

Elliot : Eh oh ! J'existe !

Leo et Douce : La ferme !

Elliot : Oui, bon, ça va...

Leo : Ça m'étonne de toi d'avoir aussi confiance en nous...

Douce : Je n'ai pas confiance en vous.

Elliot : Eh !

Douce : En plus, si vous me suivez, je le saurais.

Leo : Comment ?

Douce : Un mensonge ne dure jamais éternellement. La vérité finit toujours par resurgir.

Elle lui lança un regard plein de sous-entendu que Leo ne compris pas. Il enfila la chemise blanche de l'uniforme de Lutwidge puis ses cul-de-bouteille. Douce se demanda s'il avait vraiment des problèmes de vue parce qu'avec ces lunettes, on ne devait pas y voir grand chose. Peut-être était-ce là tout l'intérêt de la chose, peut-être pas. En tout cas, Leo n'avait pas l'air offensé par la remarque de la brune sur ses pupilles, à croire qu'il avait l'habitude. La blond grommelait toujours dans son coin. Ce dernier releva soudain la tête, les sourcils froncé d'un cran de plus, le visage grave.

Elliot : Douce... Tu as déjà entendue parlée du chasseur de tête ?

Douce : Le chasseur de tête...

Le noiraud se renfornia un peu en stoppant son mouvement. Il était entrain d'attraper un livre sur son lit mais resta figé quelques secondes avant de l'attraper et de se plonger dedans immédiatement, gêné par la tournure que prenait leur conversation.

Douce : C'est celui qui tue les Nightray un par un ?

Elliot : En les décapitant.

Douce : Mmh...

Elliot : Grr... Si seulement je savais qui c'est..

Douce : Mmh...

Leo sortit la tête de son bouquin et plaisanta pour détendre l'atmosphère.

Leo : Il ne faudra qu'Elliot meurt si vous voulez vous marier un jour !

Elliot : Se marier ?!

Douce : Je ne compte pas me marier avec un Nightray, de toute façon.

Elliot : Pardon ?!

Douce : Pourquoi ? Tu veux pas te marier avec moi, si ?

Elliot *rougit* : Non, bien sûr que non ! Je ne me marierai jamais avec une pauvre folle comme toi !

Douce : Une pauvre folle comme moi, tu dis ?!

Elliot : Parfaitement !

Leo rit au plus grand dam des deux autres.

Elliot : Qu'est-ce qu'y te fais rire, Leo ?!

Leo : Rien, rien...

Elliot : Et toi, Douce, pourquoi pas les Nightray, hein ?!

Douce : Parce que, peut-être que je n'y connais rien au Nightray, mais d'après ce que je sais de toi, si je généralise, vous êtes des idiots sans cervelles qui aboient sans même réfléchir à quoi que ce soit. De plus, tu n'arrêtes pas de te plaindre alors qu'il n'y a rien qui le justifie. Tu dis que personne ne t'aimes, Elliot ? Ce n'est pas comme si tu faisais quoi que ce soit pour te faire accepter. Tu as des parents qui t'aime, des frères qui, même si il sont morts maintenant, étaient super protecteur envers toi, et une sœur qui t'adore plus que tout au monde, d'après ce que m'a dit Leo. Tu n'as strictement rien avoir avec ce que j'espérais des Nightray.

Il s'en suivit un gros blanc et Douce se leva pour partir après quelques minutes de silence.

Douce *marmonne pour elle même* : Vous saurez qui remercier pour avoir plombé l'ambiance.

Puis elle sortit en claquent la porte. Les garçons se lancèrent un regard d'incompréhension.

Elliot : Ce qu'elle attendait des Nightray ?

Son valet haussa des épaules, n'aillant pas compris non plus.

La jeune fille fixa le mur du couloir d'un œil vide. Celui-ci était couvert d'un sang encore frai que seule la brune pouvait voir. Des messages y étaient inscrit. « Mort » « Imbécile » « Peur » « Meurtre » « Idiote » « Douleur » « Pardon » « Maudite » Il y avait aussi divers signes de mort ou de haine. Elle ferma les yeux le plus fort possible en se massant l'arrête du nez. Du sang, du sang, du sang partout. Du rouge, du rouge, du rouge toujours. Encore plus de rouge. Elle secoua la tête de droite à gauche partis dans sa chambre tendis qu'un nouveau mot se gravait sur le mur.

« Lâche »

Le soleil était maintenant à son zénith, il était un peu plus de midi. Douce était assise sur un banc, dans Réveil. Elle regardait depuis une dizaine de minutes les passants rires et discuter ensemble. Elle était déjà arrivée en retard au point de rendez-vous, alors... Pff ! Elle avait loué un déguisement d'ange bleu chez... Un marchant de déguisement ! Haut les cœurs ! Il ressemblait plus à un costume de danseuse que d'ange mais bon, c'est comme ça qu'il lui plaisait. La brune cacha sa tête entre ses doits quand elle vit passer l'intrus de la dernière fois, Oz Vessalius, accompagné d'une jeune fille aux cheveux blancs. Celle-ci aussi, Douce l'avait déjà vue. C'était la servante de Vince. Echo. Une fille sans personnalité. Physiquement, cette Echo était moyenne. Des cheveux blancs comme la glace, des yeux bleus sans charme, une poitrine de planche-à-pain... Et puis, ne parlons pas de ses vêtements ! Elle avait un look vraiment... Quelconque ? Oui... On peut dire ça comme ça.

Douce soupira un grand coup. Elle sentit soudain un petit picotement dérangeant dans sa nuque suivit d'une présence. Elle sourit sournoisement et tourna la tête – et seulement la tête – presque au ralenti vers l'homme qui lui avait envoyé cette mystérieuse invitation.

Douce : Vous êtes en retard...

Son sourire s'étira un peu plus, tel un élastique trop tendu, les yeux réduit à de simple fentes.

Douce : ...Xerxes Break.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Arbre.

Je déteste tout le monde. Mes amis, ma famille, ceux que je ne rencontrerais sûrement jamais, et ceux qui m'ont offert un de leur sourire de façade ! Tous ces gens... Je les hais ! Mais... S'il y a quelque chose qui m'insupporte encore plus... C'est l'injustice ! Enfin... Quand j'ai dis que je détestais tout le monde... Ce n'était pas totalement vrai... En vérité... Il y a une personne à qui je tiens vraiment et que je ne voudrais jamais perdre. Mais qui... Vous ne le saurez jamais !