Titre : Le serment
Auteur : Nefer (moi)
Disclaimer : Les personnages de cette fanfic ne sont pas à moi. Ils sont la propriété de Masashi KISHIMOTO
Commentaire : Bonjour tout le monde.
Je vous ai fait beaucoup attendre mais voici enfin un nouveau chapitre. Encore une fois c'est un très long chapitre et pour vous dire la vérité il devait être plus long encore dans mes prévisions initiales. Mais j'ai décidé au final de le scinder en deux. Du coup, bonne nouvelle pour vous qui avez été si patient jusqu'à présent, je posterai le chapitre 8 d'ici deux à trois semaines (un mois max).
Ça compensera un peu votre attente.
De plus, j'ai un autre petit cadeau pour vous. Souvent quand j'écris pour « Le Serment » j'ai des petites histoires parallèles se déroulant dans le même univers qui me viennent. J'ai décidé que je les publierai dans une série de « hors série » du Serment.
Je poste ce premier hors série aujourd'hui. Il sera en deux chapitres et racontera comment Tenten et Neji se sont rencontrés et comment ils sont devenus amants. Sachez que si vous n'êtes pas intéressé par ces HS (ou par le couple Neji-Tenten) que rien ne vous oblige à lire cette préquelle. Ça ne nuira en rien à votre compréhension de l'histoire du « Serment ». Mais si vous le faites et que ça vous plaît aussi ça me fera très plaisir.
Tant que j'y suis je remercie tous ceux et celles qui m'ont laissé un commentaire sur le précédent chapitre (lisou, Aina, Sakulanlan, Chichii) et tous ceux et celles qui ont pris cette fic en fave, ça fait toujours plaisir.
Et j'adresse un énorme merci à ma petite Mireba-chan qui a eu une fois de plus la gentillesse de me relire.
Enfin je vous laisse à cette nouvelle lecture, tout en signalant aux fans du SasuSaku qu'il faudra être encore un peu patient ce chapitre étant principalement consacré à Hinata.
Bonne Lecture.
Chapitre 7 : La trancheuse de têtes
La salle du trône du palais impérial de l'Empire du Feu était un chef-d'œuvre architectural et artistique dont la renommée avait depuis longtemps dépassé les frontières pour devenir un modèle à imiter, voire à surpasser, pour quiconque souhaitait s'imposer en monarque universel.
L'antre ultime d'un pouvoir absolu mis en scène avec un génie ostentatoire.
Situé dans le Pavillon de l'Harmonie Suprême (1) qui dominait la Grande Cour Extérieure du palais, ce trône pouvait à lui seul symboliser et incarner ce puissant empire.
Entouré de quatre gigantesques brûle-parfums en émail coloré, il se situait au centre une estrade de marbre rouge qui dominait la pièce, mais aussi toute la Cour Extérieure lorsque les portes du pavillon étaient ouvertes lors des cérémonies officielles.
On y accédait par sept marches entièrement laquées qui représentaient les sept vertus de l'Empereur.
Si le siège en lui-même avait déjà de quoi impressionner le visiteur de par sa dimension et sa beauté, trône en essences de bois précieux entièrement sculpté et doré à l'or fin c'était surtout la sculpture monumentale qui se situait dans son dos qui frappait l'imagination.
Une flamme. Oui, une flamme de plus de vingt mètres de haut, sculptée dans de massifs monolithes de rhodonite écarlate finement veinée de noir et dans un assemblage de gemmes d'ambre aux nuances de miel sertis entre eux par un fin maillage d'or.
Au fil des heures, la lumière du jour et des candélabres qui éclairaient la salle du trône créaient un raffiné jeu de lumière sur cet ensemble minéral, le faisant scintiller de couleurs aux nuances chatoyantes, changeantes et vibrantes qui reproduisaient avec subtilité l'aspect mouvant d'une flamme.
Le trône semblait alors être animé d'une vie propre, d'une âme même.
« Quiconque s'incline devant l'Empereur du Feu, s'incline devant la volonté du Feu », disait-on.
Cette œuvre donnait, à n'en pas douter, raison à cet adage. Le trône du Feu et sa flamme était l'incarnation matérielle de cette volonté inébranlable, puissante et pourtant vivante et ardente.
Cette œuvre colossale était complétée par six colonnes carmins qui entouraient le trône, elles aussi sculptées de motifs incandescents dont les langues de feu remontaient jusqu'au plafond en caissons et stuc doré.
Le tout était si majestueux que ce trône, même sans son empereur, imposait à lui seul la crainte et le respect à celui qui le contemplait. Sa simple vision faisait comprendre le caractère quasi-divin de celui qui y siégeait, et chacun ne pouvait alors s'incliner face à lui qu'avec stupeur et tremblement.
Ce trône était la quintessence du pouvoir dans toute sa solennité.
Pourtant, pour l'heure, celui qui s'y trouvait négligemment assis ne semblait guère accorder de crédits à ces merveilles et leur symbolisme si savamment mis en œuvre par un pouvoir absolu et son armée d'artistes talentueux.
Sciemment ou non, il en cassait les codes, l'étiquette, avec ostentation et dédain, ne cherchant nullement à s'appuyer de ce décor de théâtre pour écraser les autres personnes présentes dans la pièce avec cette toute puissance factice.
Il savait que sa seule présence imposait la crainte.
Nonchalamment appuyé contre l'accoudoir comme s'il s'agissait d'un simple fauteuil, la mine passablement ennuyée, cet homme à la longue chevelure de jais parcourait sans sembler y trouver un quelconque intérêt un manuscrit déroulé sur ses genoux.
Il bailla avec force, une larme de fatigue perlant à son œil droit, et s'avachit d'avantage contre l'accoudoir.
Puis il releva avec lenteur ses pupilles fendues aux prunelles topaze vers l'origine d'un bruit désagréable et répétitif qui se mit à raisonner, strident, dans cette grande salle auparavant si silencieuse. Un bruit de frottement métallique.
Adossé contre l'une des colonnes, assis à même le sol, un jeune homme à la chevelure bleutée, une pierre à aiguiser dans la main droite, s'était mis à effiler avec application le tranchant de son imposante épée. Il paraissait contrarié et ce geste répétitif semblait plus tenir lieu d'exutoire pour lui que de véritable entretien de l'arme. Il frottait mécaniquement la pierre dure contre le fil déjà mortellement tranchant de la lame.
Orochimaru, qui n'avait pas prêté attention à son second jusqu'à présent, ni à aucun autre des gardes présents d'ailleurs, trop absorbé par son ennuyeuse lecture, étira son long cou blanc le faisant craquer sinistrement au passage. Puis, il se redressa, joignant les mains, une lueur d'intérêt brillant dans ses yeux reptiliens.
« Qu'as-tu là, mon petit Suigetsu ? » demanda-t-il soudain de sa voix au timbre si particulier à la fois sifflant et désagréablement traînant.
Ledit Suigetsu, à l'instar des autres sentinelles, sursauta, tiré de sa rêverie, puis il redressa la tête vers son interlocuteur.
Déchiffrant sans mal l'incompréhension dans le regard mauve du jeune général, Orochimaru roula d'un geste lent le manuscrit qu'il avait sur les genoux, puis tout en le gardant fermement serré dans sa main gauche il se leva du trône et descendit les marches pour se rapprocher de la colonne contre laquelle se trouvait Suigetsu.
Ce dernier se tendit imperceptiblement. Il savait d'expérience qu'il n'était jamais bon d'être le centre d'intérêt du félon ophidien même, voire surtout, pour ceux de son bord.
« Cette épée, reprit Orochimaru en se penchant en avant avec un sourire perfide, je ne t'ai jamais vu avec auparavant. Elle n'est pourtant pas banale. Une nouvelle acquisition ?
Il plissa les yeux faisant glisser son regard jaune cerné de khôl violine alternativement de l'épée à son second.
S'agirait-il d'une des fameuses « Sept Épées Légendaires de Kiri ?
S'agirait-il de l'épée de ton frère ? »
Une lumière étrange brilla à nouveau dans les prunelles de l'ophidien qui passa sa langue sur ses lèvres avec gourmandise.
Suigetsu frissonna, il y avait quelque chose de répugnant chez cet homme. Pourtant malgré cela, même s'il se méfiait de sa duplicité, il était fasciné par son aura, par sa force, par sa cruauté sadique, par ses mystères et par ses secrets malsains qu'il dissimulait à tous, comme par exemple cette agaçante petite princesse d'Uzu. Et c'est pour tout cela qu'il le suivait aveuglément en dépit d'une répulsion naturelle.
Mais de son côté il savait aussi qu'il ne pouvait rien cacher au nouveau tyran. Quand il s'agissait d'obtenir des réponses, Orochimaru était prêt à torturer ou même à disséquer n'importe qui.
Il était possédé par une espèce de curiosité maladive bien plus exacerbée que celle qui rongeait Suigetsu et qui devait absolument être assouvie.
Suigetsu reposa la pierre à aiguiser qu'il tenait dans sa main, mais ne prit pas la peine de se relever pour répondre, comme s'il allait reprendre son activité en suivant.
« Non, l'héritage de mon frère m'a été volé, dit-il avec amertume en serrant les dents. Mais je ne vous apprend rien, c'est là la base de notre alliance.
Il bascula sa tête de droite à gauche pour faire craquer les vertèbres de son cou, puis il planta son regard plein d'une haine mal contenue sur Orochimaru.
Mais je le récupérerai pièce par pièce, et ce jour là, ceux qui ont cru bon de m'écarter, de me spolier paieront de leurs vies, cracha-t-il sous le regard amusé de l'ophidien.
Ceci est le premier pas vers ma vengeance, ajouta-t-il en faisant miroiter la lumière des candélabres sur le plat de la lame, la première pièce de ma collection et non des moindres, Kubikiribôchô. »
« C'est donc bien une des épées mythiques de Kiri alors. » siffla Orochimaru en fronçant les sourcils et en tendant la main vers Suigetsu afin qu'il lui passe la lame légendaire pour qu'il puisse l'examiner.
Le déserteur de l'Empire de l'Eau s'exécuta sans discuter et l'ophidien saisit Kubikiribôchô par sa longue fusée.
Cette épée était exagérément longue, large et lourde, trois défauts à première vue nuisant à son ergonomie et à son maniement. Pourtant les yeux reptiliens d'Orochimaru ne s'y trompèrent pas. Si effectivement un bretteur de base, et à plus forte raison un novice, ne pouvait de toute évidence pas manipuler une telle arme, entre les mains d'un expert à la force supérieure elle devenait à n'en pas douter une des lames les plus mortelles jamais créées.
L'usurpateur fit glisser ses longs doigts effilés sur le plat de la lame, frissonnant d'excitation à son froid contact métallique.
L'arme était percée à son extrémité d'un trou circulaire et elle présentait une entaille en arc de cercle à proximité de la garde. Cet étrange découpage permettait à son manipulateur de décapiter ses adversaires, et c'est cette singularité qui donnait son nom à cette lame : « La Trancheuse de têtes ».
En regardant l'épée sous toutes ses coutures Orochimaru constata que le manche était amovible, sûrement pour faciliter le transport de cette encombrante arme.
Cette lame était unique et d'une facture exceptionnelle.
L'ophidien douta qu'il exista en terre du Feu des maîtres forgerons capables de telles prouesses et d'innovations si audacieuses. C'était bien là le génie unique de l'Empire de l'Eau.
Ayant fini son inspection il reporta son attention sur son jeune second, l'œil inquisiteur et la mine mauvaise.
« Je suis sûr que tu n'avais pas cette épée lorsque nous avons pris cet empire. La question est donc quand te l'es-tu procurée ? » demanda-t-il de sa voix traînante en plantant d'un geste sec et puissant la lame dans le sol de marbre qui se fissura comme s'il avait s'agit de verre.
Se sentant en porte à faux, cette fois-ci, d'un mouvement souple Suigetsu se redressa sur ses deux jambes.
Très légèrement plus petit que son maître, une fois debout il se sentait pourtant bien plus assuré pour faire face à l'ophidien et à ses éventuels reproches.
« Cette épée appartenait au célèbre Zabuza Momochi (2), le démon du brouillard. C'est mon frère qui lui avait offert cette lame en récompense de ses nombreux exploits, l'intronisant ainsi dans le club très fermé des Sept Épéistes des Brumes.
Vous qui avez recruté à peu près tout ce que ce monde compte de soudards, vous savez sûrement que Zabuza avait déserté l'Empire de l'Eau, comme bon nombre d'autres, lors de la dictature de l'Empereur Yagura. Il était alors devenu mercenaire, se vendant au plus offrant. »
Orochimaru hocha de la tête avant de l'incliner sur le côté en appuyant son menton sur l'extrémité du parchemin roulé qu'il tenait dans sa main gauche et de s'accouder contre la garde de la Trancheuse qu'il avait planté dans le sol. Si son regard fendu était très attentif on pouvait y lire un certain agacement de ne pas obtenir immédiatement la réponse à sa question.
« Mais ce que vous ignorez peut-être c'est la façon dont il a péri. Il a trouvé la mort en affrontant le roi Kakashi et les princes Sasuke et Naruto il y a un peu plus de trois ans de cela sur les îles indépendantes des Vagues au large du Royaume d'Uzu. »
« Hum, j'ai eu vent de cette affaire. » fit l'homme serpent sans changer d'attitude.
« Quand nous nous sommes emparés du palais je me suis permis de fureter de droite à gauche. Il faut bien s'occuper, dit Suigetsu avec son sourire carnassier. C'est alors que je suis tombé sur des archives impériales qui rapportaient ce qu'il était advenu de la fameuse lame de Zabuza. »
Orochimaru émit un petit rire froid, amusé de la candide franchise de son homme de main qu'il aurait pu faire exécuter pour avoir ainsi fouillé et mis son nez partout sans son autorisation.
Était-ce de la bravoure ou de l'inconscience ? Ce qu'il savait par contre c'est qu'une fois de plus, Suigetsu venait de prouver qu'à la différence de la majorité de ces hommes de main il n'était pas totalement ophidiophobe.
Il délogea l'épée du sol et la retendit à Suigetsu.
« Oui, il était improbable que l'Empire se soit débarrassé d'une telle merveille. Elle était bien trop précieuse. » réfléchit à haute voix le serpent.
Suigetsu fit un mouvement de la tête en signe d'assentiment et reprit son récit.
« Quelle ne fut pas ma surprise que de découvrir alors que ces braves monarques du Feu avait pris la peine de faire élever un mausolée à leur ennemi, lui le déserteur, lui le vil mercenaire sans patrie ni nation, et qu'ils y avaient en plus fait placer sa lame en guise d'hommage à sa bravoure au combat. L'homme de Kiri éclata d'un rire tonitruant qui raisonna dans toute la salle du trône.
Quelle ironie, non ? »
Orochimaru l'accompagna dans son rire, mais d'un rire plus feutré, plus sifflant.
« Leur trop grand sentimentalisme et assurément leur plus grande faiblesse. »
« J'ai donc été piller le mausolée. Zabuza ne m'en voudra certainement pas. Lui aussi aurait trouvé ça ridicule. Et à présent j'en ferai un meilleur usage que lui. »
Suigetsu fit alors tournoyer l'épée géante dans sa main comme si son poids était négligeable.
« Assurément, consentit Orochimaru.
Bien à présent que j'ai ma réponse au sujet de cette arme, peut-être me diras-tu pourquoi tu arborais cet air contrarié ?
Pourquoi était-il contrarié ? À cause de cette garce de Karin. Mais il était hors de question qu'il l'avoue à Ororchimaru, après tout il n'avait absolument pas le droit de tourner autour de cette prétendue prisonnière royale. Et même s'il brûlait de curiosité à son encontre il ne serait pas assez fou pour demander des comptes à l'usurpateur.
Il préféra donc ne donner qu'une partie de la vérité. Un mensonge serait trop vite repéré.
« Parce qu'il n'y a rien à faire dans ce palais et qu'on s'y ennuie à mourir. Quand allez-vous vous décider à me donner quelques missions plutôt que de me laisser pourrir ici à ne rien faire. J'ai une lame à tester moi. »
« Oooooh, alors c'est parce que tu ne sais pas comment occuper tes journées que tu traînes ainsi dans mes pattes avec cette mine boudeuse. » se moqua Orochimaru.
« Pourquoi ne m'envoyez-vous pas sur le champ de bataille comme les autres. J'y serai plus utile. Ici il n'y a rien à faire, surtout depuis que vous avez remplacé toutes les jolies servantes de ce palais par de trop virils gardes en armure. »
Orochimaru émit un petit ricanement qui ressemblait étrangement à un feulement.
Puis il se tapota négligemment le menton avec le parchemin qu'il avait dans la main, l'air songeur. À la stupéfaction de Suigetsu il tourna les talons et reprit la direction du trône.
« Si tu es ici c'est que c'est ici que tu dois être. »
« Oui, mais Jûgo et Kimimaro, eux, ... »
« Par ailleurs, le coupa Orochimaru en s'assaillant sur l'imposant trône impérial, il est temps pour moi de remettre les points sur les « i » de plusieurs personnes en leur apprenant à respecter mon autorité et surtout à me craindre. »
L'homme de Kiri déglutit, se demandant si cette mise en garde lui était adressée.
Pourtant avec un vil sourire l'ophidien reprit :
« Pour cela je vais organiser un petit divertissement qui je pense sera à ton goût et saura te distraire, mon petit Suigetsu. » Il fit traîner sa voix sur la dernière syllabe prononcée, la faisant ressembler plus que jamais au sifflement d'un serpent.
Puis d'un geste vif, il froissa avec un sourire au coin des lèvres le parchemin qu'il avait en main.
La rosée du matin perlait sur les toiles des tentes du camp face à Sakura. Elle ferma les yeux et inspira profondément. L'air frais et humide emplit pleinement ses poumons, la ravivant d'un souffle nouveau et salvateur. Tout en relevant le col de sa veste pour se protéger du froid matinal, elle jeta un coup d'œil au ciel. Pour la première fois depuis plusieurs jours, il était entièrement dégagé.
Les étoiles et la lune disparaissaient peu à peu pour céder la place à l'aube.
C'était son moment préféré dans la journée. L'ultime moment de calme avant la tempête, un instant hors du temps.
À pas de loup elle traversa la grande cour. Déjà çà et là des hommes se mettaient en mouvement, en dépit de l'obscurité encore dominante, redonnant peu à peu vie au paysage. Pourtant la majorité d'entre eux était encore plongée dans les limbes oniriques du sommeil.
Tout en marchant en direction d'une des tours, elle observa un petit groupe de soldats qui ravivaient un feu de camp que la nuit avait réduit à l'état de simples braises rougeoyantes.
Ils chuchotaient entre eux par respect pour leurs camarades encore endormis. Leurs conversations ne parvenaient à Sakura que par bribes sonores déformées et inintelligibles.
Ils semblaient fatigués, fourbus. Depuis des semaines déjà ils en demandaient trop à leur corps, à leur âme même, et ils ne tenaient plus que grâce à une volonté collective indéfectible. Pourtant même là ils ne semblaient rien lâcher. Certains faisaient même une étrange gymnastique dans l'espoir illusoire de détendre leurs muscles raidis et courbaturés. Sakura ne put s'empêcher d'avoir de la sympathie et de l'admiration pour eux, hommes anonymes mais indispensables, qui formaient le corps de cette armée.
Elle atteignit enfin l'un des grands escaliers en colimaçon qui la menait sur les courtines de la Porte Rashômon.
C'était devenu son habitude. Lorsqu'elle en avait la possibilité, elle aimait venir juste avant l'aube déambuler le long du chemin de ronde de la citadelle. Elle aimait, l'espace d'un court moment, prendre de la hauteur sur les choses, observer et méditer sur ce monde en guerre encore endormi, sur sa vacuité.
Bientôt, Tenten partie se préparer et récupérer leurs déjeuners la rejoindrait, mais pour le moment elle était seule face à ce temps en suspend, en attente d'une histoire qui sûrement comme les autres jours depuis le début de la guerre aurait irrémédiablement des accents tragiques.
Un dense vol d'étourneaux barra soudain le ciel blanchissant. Sakura scruta avec attention leur erratique ballet aérien dont les mouvements ressemblaient tant à ceux des bancs de poissons.
Ces volatiles lui rappelèrent l'existence des pigeons voyageurs qu'elle et Tenten avaient découvert nichés au cœur des souterrains de la citadelle quatre jours auparavant.
Après être remontée à la surface, en dépit de l'heure tardive, Sakura avait immédiatement fait le choix d'informer le roi stratège Shikaku de l'étonnante découverte. Bien sûr, elle se doutait qu'il ne serait pas ravi d'être informé de cette petite excursion nocturne, mais elle était passée outre. L'affaire était trop importante pour être tue.
Le monarque de Nara avait été surpris d'être ainsi réveillé au beau milieu de la nuit par les deux jeunes filles mais, comme l'avait prévue la princesse de Haru, quand il apprit que ces dernières s'étaient aventurées seules dans les catacombes sa surprise se mua très vite en colère.
Sakura, toute princesse qu'elle était, avait eu droit à de solides remontrances sur son inconscience, dans laquelle elle avait en prime entraîné sa suivante.
Shikaku tout à son mécontentement avait juré que dorénavant il ferait lui même en sorte que les gardes chargés de sa sécurité exécutent correctement leur tâche en la surveillant mieux.
Pourtant il avait dû remettre à plus tard ses sanctions car la découverte mentionnée par la princesse de Haru n'avait rien d'anodin.
Alors, résigné, il avait fait réveiller son ami Inoichi Yamanaka et tous les quatre avait refait le chemin jusqu'à la volière souterraine.
Le souverain des Yamanaka avait très vite confirmé, non sans une certaine émotion dans la voix, que les volatiles présents étaient bien ceux de sa fille.
L'affaire avait de quoi intriguer. Ces oiseaux étaient censés se trouver dans leur volière dans le gynécée du palais impérial de Konoha. Alors que faisaient-ils là ? Quel mystère cachaient-ils ? Pourquoi les avait-on laissés mourir à petit feu, ici, perdus dans le noir, ignorés de tous ?
Sans épiloguer sur cette trouvaille, Shikaku avait demandé aux jeunes filles de retourner se coucher, non sans leur avoir fait promettre auparavant de ne parler de cette affaire à personne, pas même à leurs proches ou aux autres monarques. Il voulait d'abord éclaircir le mystère, savoir ce que ces oiseaux faisaient là.
Si les deux jeunes filles ignoraient les inquiétudes que nourrissait le roi Nara à propos d'éventuels traîtres au sein de l'armée confédérée, elles se plièrent cependant sans plus de question à sa volonté.
Il leur annonça alors qu'il garderait cette histoire sous le sceau du secret jusqu'au prochain Conseil des Douze qui n'aurait pas lieu avant le retour du roi Kiba de sa mission dans les montagnes de Shô.
D'ici là il pourrait sans doute apporter un nouvel éclairage sur la présence de ses columbidés.
Tenten et Sakura avaient tenu leur engagement, et la princesse incarnadine jugea que les rois de Nara et de Yamanaka en avaient sans doute fait de même de leur côté. Elle en voulait pour preuve que le roi Fugaku n'était pas encore venu la voir pour lui faire la morale. Shikaku n'avait donc rien dit à propos de son expédition nocturne.
Pour tout dire elle n'était pas pressée qu'il l'apprenne. Le chef des Uchiwa se montrerait sûrement moins tendre que le Nara, et ce n'était pas peu dire. Pourquoi fallait-il qu'elle passe son temps à lui rendre des comptes ?
Quoiqu'il en soit, en dépit de sa légitime curiosité, pour l'heure elle n'en savait guère pas plus sur l'affaire des pigeons. Ni le roi Nara, ni le roi Yamanaka n'avaient pris la peine de lui en apprendre plus et elle n'avait pas osé les interroger depuis lors.
Dans la cour elle entendit soudain le bruit mat et saccadé d'une marche militaire et la voix sèche d'un commandant scandant des ordres à l'attention de ses troupes.
Dans le silence ambiant la voix résonnait avec plus de force, ce qui attisa la curiosité de la princesse qui s'avança près de la muraille intérieure pour observer la scène du haut de son perchoir.
C'était le commandant Genma Shiranui, son air placide et son éternel senbon à la bouche qui menait, dès potron-minet, le bataillon des nouvelles recrues à l'entraînement.
« Bougez-vous bande de loques. Vous n'êtes pas dans une auberge ici ! En rang ! Si vous n'êtes même pas capable de faire ça correctement comment voulez vous être en mesure de sauver votre pays ? »
Sans broncher les soldats s'exécutèrent.
C'était là l'ensemble hétéroclite des hommes valides qui avaient été sauvés du massacre orchestré dans les différentes villes et villages lors de la libération.
Ils manquaient d'expérience mais pas de volonté, Sakura avait pu en être elle-même témoin.
En effet, après le fiasco collectif qu'avait représenté la pérennisation des territoires repris à l'ennemi, l'État-major avait une fois de plus très vite réagi. Ils avaient envoyé des unités reconstruire au mieux les villages, en les regroupant parfois pour plus de facilité et pour une meilleure protection. Les populations civiles qui s'y trouvaient avaient de fait été réquisitionnées pour l'effort de guerre. Elles avaient dû bien sûr aider à la reconstruction, mais elles devaient de plus fournir depuis une importante main d'œuvre servant la fabrication des armes, et surtout à l'approvisionnement. À la va vite on avait demandé à une population, majoritairement féminine, de défricher des terres, de les cultiver, d'y assurer de l'élevage pour pouvoir fournir au plus vite les vivres nécessaires à l'armée en guerre.
Les hommes valides, quelque fut leur âge, furent eux envoyés à la porte Rashômon pour y intégrer l'armée et pour y suivre une formation militaire accélérée.
C'est dans ce cadre là, où on lui avait demandé de donner des cours de tire à l'arc aux nouvelles recrues, que Sakura avait pu juger de leur motivation sans faille.
En dehors de ces cours improvisés, la princesse de Haru n'avait pas chômé non plus de son côté. Elle avait été chaque jour sur le terrain.
L'État-major pressentant que les troupes d'Orochimaru ayant fui lors de la prise de la première Porte Rashômon, vers la seconde, avaient sûrement eu le temps de se réorganiser, il avait été décidé de faire renforcer les défenses au Nord, là où commençait la fameuse forêt de Konoha.
On avait fait abattre des arbres par centaines pour que l'ennemi ne puisse pas se dissimuler dans leurs frondaisons, fait envoyer des éclaireurs pour repérer et cartographier la zone, fait creuser de profonds fossés, et fait bâtir des bastions et autres barbacanes avancées en défenses en cas d'attaque.
Sakura et Naruto accompagnés du roi Kakashi Hatake, qui avait nouvellement intégré leur unité, avaient quadrillé la zone et l'avaient défendue tout le temps de la manœuvre.
Ils avaient ainsi capturé quelques éclaireurs adverses, et surtout ils avaient eu à faire face à quelques embuscades ennemies qui leur avaient très vite permis d'apprendre à coordonner leurs attaques en un système efficace et mortel pour l'adversaire.
Kakashi, fin stratège à l'œil acéré, mettait en place en un rien de temps des plans de bataille ingénieux.
Naruto, le fier combattant au corps-à-corps fonçait en première ligne le plus souvent secondé par un Kakashi qui s'occupait des rares adversaires échappant à la lame aiguisée de l'Uzumaki.
Sakura, la redoutable archère, protégeait leurs arrières à l'aide de ses flèches rapides et mortelles ainsi qu'à l'aide de sa tournoyante naginata.
Ces quelques combats côte à côte avaient renforcé leur cohésion, mais aussi leur camaraderie, et plus que tout avaient redonné de la confiance à la princesse de Haru. Ici, plus personne ne remettait en doute ses capacités ou ne la voyait comme un fardeau.
Et puis, en dépit des circonstances, elle avait été heureuse de pouvoir par ce biais apprendre à connaître un peu mieux Naruto, mais aussi le roi Kakashi. Si elle ne parvenait pas encore à véritablement cerner ce dernier, elle se sentait pourtant étrangement en confiance à ses côtés.
Mais cette belle harmonie n'allait pas durer et elle le savait. Naruto l'avait informée du retour à la citadelle, la veille au soir, du prince Sasuke Uchiwa. Il allait donc réintégrer le septième bataillon. Quoi de plus normal, après tout, il en était avec Naruto l'un des deux chefs fondateurs.
Sakura ne put s'empêcher de soupirer à l'idée de le revoir.
Dans la cour les bleus entamaient un échauffement qui commençait par une vingtaine de tours de piste.
« C'est quoi cette cadence, soldats ! Ma grand-mère court plus vite. Faites un effort ! »
Les hommes forcèrent leur foulée en criant un puissant « Oui, mon commandant ! »
C'est alors que Sakura vit Naruto faire son entrée dans la cour. Il était déjà harnaché de sa lourde armure au casque renard caractéristique.
Elle se souvenait qu'il lui avait dit qu'il ferait à l'aube une démonstration de sabre pour les nouvelles recrues.
La jeune fille sourit. Il ne manquait jamais d'entrain et les grands moulinets qu'il faisait avec ses bras tout en allant à la rencontre du commandant Genma le confirmait.
Bien qu'en hauteur et à une certaine distance de lui elle parvenait tout de même à entendre les éclats sonores de sa voix dynamique qui résonnaient et remontaient par bribes jusqu'à ses oreilles.
« Toujours à brailler celui-là, même de bon matin. » songea-t-elle amusée.
C'est alors que son regard fut attiré par une seconde silhouette pénétrant à son tour dans la cour. Haute, altière, presque féline. Sakura eut un frisson.
« Le prince Sasuke. » murmura-t-elle pour elle-même.
Elle ne l'avait pas vu depuis quatre jours, depuis leur précédente altercation, et aurait préféré que les choses demeurent ainsi. Car, en dépit la distance, elle devinait sans mal, chez cet homme atrabilaire, sa mine fermée et sa mâchoire contractée en une éternelle expression d'agacement qui était pour elle la promesse de nouvelles tensions et de nouveaux conflits à venir.
Pour éviter cela, il aurait sans doute été plus simple qu'elle se contente de l'ignorer, ou, au pire, de s'en tenir à de très nécessaires, strictes, rares et formelles interactions avec lui. Mais elle avait hélas constaté avec résignation qu'en sa présence elle ne parvenait jamais à feindre l'indifférence, ni même à garder une certaine neutralité.
Comment l'aurait-elle pu ? Leurs caractères et manières de penser étaient diamétralement opposés. Ils se heurtaient à chaque fois avec fracas à dépit de toute sa bonne volonté.
Il éveillait en elle un véritable vent de révolte et elle en arrivait souvent à se demander comment un homme tel que lui pouvait être le meilleur ami du jovial prince Naruto .
Alors que se pensant cachée derrière les épais créneaux de la muraille, elle détaillait avec application le puîné de Uchiwa dans l'espoir d'en percer le mystère, ce dernier, comme s'il avait senti peser sur lui ce regard appuyé, se retourna soudain dans sa direction et leva la tête vers elle.
En découvrant la princesse de Haru, une légère expression de surprise traversa son visage mais elle s'évanouit bien vite pour laisser la place à son détachement habituel.
Pourtant au lieu de poursuivre sa route, il s'immobilisa et ses yeux d'obsidienne se plantèrent dans ceux de jade de Sakura.
Happée par ce noir si profond, elle eut l'impression que le temps qu'elle avait jusque là regardé s'égrainer au rythme lent des premières lumières de l'aube, s'était soudain immobilisé. Il était suspendu, comme figé par regard glacial du prince, si perçant et presque méprisant.
Sakura frissonna à nouveau. Pourquoi cet homme provoquait-il chez elle une telle réaction ?
Pour que cela cesse elle aurait voulu se détacher de son regard, de lui, nier son existence et fuir encore un instant. Mais elle n'y parvint pas. Ses abysses l'attiraient, l'engloutissaient.
Alors, elle espéra que lui se désintéresse d'elle, avec son habituel dédain ennuyé. Mais étrangement il ne semblait pas plus qu'elle décidé à détourner le regard.
Sakura sentit un certain agacement naître en elle et sans qu'elle ait de raison d'être, une troublante joute visuelle, dont la distance n'atténuait pas l'intensité, débuta entre eux. C'était comme si Sasuke cherchait par ce biais à la défier.
Pourquoi ? Pourquoi ?
Sakura aurait voulu lui arracher les yeux, qu'il cesse de la regarder, de la juger encore et toujours. Que pouvait-il encore avoir à lui reprocher ? Ils ne s'étaient pas vus depuis des jours. Ruminait-il toujours l'affaire du sauvetage du petit garçon ? Qu'importe car elle non plus, tout compte fait, ne détournerait pas les yeux. Elle ne lui ferait pas ce plaisir. Il ne l'impressionnait pas, ou du moins ne voulait-elle pas le lui montrer.
Mais, dans l'angle de son œil, sans pour autant se détacher des perles d'encre du cadet des Uchiwa, elle vit Naruto se rapprocher de son ami. Bien qu'elle ne l'entende pas parler, il semblait interroger Sasuke, sûrement pour savoir ce qu'il regardait avec tant d'intérêt.
Mais la réponse ne vint pas. L'Uchiwa demeurait impassible et immobile. Alors le regard céruléen de Naruto emprunta le même chemin que celui de son frère d'arme.
Ses grands yeux d'azur s'illuminèrent en voyant Sakura et un franc sourire éclaira son visage. Il fit un grand geste du bras et elle l'entendit hurler « Hééééééééé, Sakura ! »
Enfin la princesse incarnadine lâcha le regard de Sasuke. La lutte était caduque.
Pourtant, toujours troublée, elle répondit au blond d'un petit geste maladroit de la main.
Naruto eut l'air surpris, fronça les sourcils puis, d'un seul coup, s'éclaira d'un grand sourire goguenard. Il glissa sur Sasuke un œil plein de malice et abattit avec vigueur sur son épaule le plat de sa main droite dans une accolade amicale.
Si elle ignorait ce que l'Uzumaki pouvait bien chuchoter hilare à l'oreille de l'Uchiwa, elle n'eut pas de mal à comprendre que ces propos énervèrent Sasuke qui se détacha du jeune homme avec véhémence.
Elle vit Naruto éclater de rire et se retourner à nouveau vers elle. De sa main il lui fit signe qu'il allait la rejoindre sur les courtines. Puis il se tourna vers Sasuke qui fit un signe de négation avec la tête, ce qui une fois de plus provoqua l'hilarité du blond et la résignation atterrée du brun.
Cette scène qui de là où elle se trouvait se jouait sans parole, donna une fois de plus à Sakura l'impression d'assister au pantomime d'un duo comique. Ces deux là en avaient-ils conscience ? Sûrement que non, le cadet des Uchiwa n'était pas du genre à aimer jouer au bouffon. Trop orgueilleux pour ça.
Naruto prit la direction de la tour de guet la plus proche. Quant à Sasuke, après avoir lancé un dernier regard noir à l'attention de Sakura, il partit de son côté saluer le commandant Genma.
Sakura soupira. Ça promettait.
Elle se détacha du mur et se rapprocha de la tour dans laquelle s'était engouffré Naruto et d'où il ne tarda pas à débouler.
« Yosh, Sakura ! lança-t-il de sa voix vive en comblant les quelques pas qui le séparaient encore d'elle. Que fais-tu ici de si bonne heure ? Tu nous espionnes ? » Son sourire espiègle ne l'avait pas quitté.
« Promenade matinale, répondit avec flegme Sakura qui ne voulait pas jouer le jeu du jeune Uzumaki. Après tout elle n'était pas certaine, elle non plus, d'apprécier ce que cachait le sourire du blond.
Et vous ? » Elle releva un sourcil septique. « N'étiez-vous pas censé faire une démonstration de sabre aux nouvelles recrues ? »
Elle espérait ainsi changer de sujet et couper l'herbe sous le pied de Naruto. Mais c'était mal le connaître.
« Héhéhé, je vois, tu voulais me lorgner en douce pendant ma leçon, histoire de pouvoir profiter tout ton soûl de ma prestance et de mon physique avantageux.
Le visage atterré et vaguement excédé de la princesse incarnadine ne sembla pas perturber l'Uzumaki qui poursuivit ses élucubrations.
Ne t'en fais pas, tu pourras bientôt profiter du spectacle.
Il fit semblant de gonfler son biceps avec un air volontaire.
Mais pour le moment les p'tits bleus tournent en rond comme des poissons dans un aquarium alors de mon côté je préfère largement profiter de ta charmante compagnie. »
Il ricana et glissa vers Sakura un regard entendu.
Cette dernière soupira ostensiblement. Naruto aimait les insinuations déplacées, voire scabreuses, il en avait pris la mauvaise habitude en fréquentant un peu trop les soldats de la vieille garde. Et elle était heureuse finalement de ne pas en comprendre la moitié. Tant pis si son innocence passait pour de la naïveté.
« Quoi ? interrogea innocemment Naruto face à sa réaction. Puis comme si une lumière s'était faite dans sa tête, il ajouta.
Ah, je vois.
Il donna un petit coup de coude dans le bras droit de la princesse et poursuivit.
Tu aurais peut-être préféré la compagnie de Sasuke. Après tout vous sembliez très absorbés l'un comme l'autre. » Son sourire s'élargit.
« Ça certainement pas ! Grimaça Sakura avec une expression désabusée. N'importe qui plutôt que lui. »
À cette réponse si empressée et catégorique, le prince d'Uzu fit la moue et sembla soudain arborer une expression plus sérieuse.
« Je sais que Sasuke n'a pas un caractère facile, crois-moi je suis le mieux placé pour en parler, mais tu vois, sous cette carapace de gars obtus se cache en vrai un chic type. »
Un chic type. Sakura avait du mal à envisager une telle chose. Sûrement Naruto était-il sous l'emprise d'un puissant charme qui l'aveuglait. Car à bien y réfléchir Sasuke semblait toujours exécrable, et pas seulement avec elle, mais avec tout le monde. Sérieusement si un « chic type » se cachait vraiment derrière cette froide apparence alors ce n'était pas sous une carapace qu'il se trouvait mais sous une muraille ou une véritable forteresse. Et elle ne voyait pas l'intérêt de creuser si profondément dans l'espoir hypothétique d'obtenir son amitié, ou tout au plus autre chose que du mépris.
Elle baissa le regard, songeuse. Elle savait qu'elle faisait là un mauvais procès au cadet des Uchiwa, mais c'était plus fort qu'elle. Elle n'arrivait pas à le comprendre et comme souvent face à quelque chose qu'on ne comprend pas, elle avait un sentiment de défiance, de rejet. Elle cherchait à se protéger de lui.
Cependant face à l'inconnu le rejet n'est pas le seul sentiment qui étreint l'être. Elle devait l'admettre que par certains côtés il l'intriguait aussi, peut-être même l'attirait. Elle releva cette fois, avec sérieux, ses émeraudes sur Naruto.
« Naruto... Je ne voulais pas me montrer blessante. Je sais que le prince Sasuke est votre ami, mais, dites-moi, est-ce qu... »
Mais elle ne put finir sa phrase, interrompue par le chant grave d'un olifant résonnant dans le lointain.
Le signal sonore caractéristique provenait de la plaine et Naruto et Sakura, oubliant là leur conversation, se précipitèrent du côté extérieur pour voir ce qui s'y passait.
En plissant les yeux ils virent à l'horizon la masse d'abord difforme et sombre d'une troupe en mouvement. Sur la défensive, ils demeurèrent aux aguets, tout comme les sentinelles qui comme eux se trouvaient sur le chemin de ronde ou dans les tours de guets.
Mais bientôt les formes se précisèrent. De hauts oriflammes se détachèrent sur la toile du ciel à présent bleu. Ils étaient marqués de l'emblème aux crocs écarlates des Inuzuka et voletaient au vent.
Puis surgissant du nuage de poussière soulevé pas les sabots des chevaux apparut distinctement une fière cavalerie suivie par une meute de chiens géants, de molosses.
Les deux amis n'eurent aucune difficulté à reconnaître le roi Kiba et son chien Akamaru qui caracolaient en tête. Dans la plaine bientôt une longue procession, qui suivait la marche des cavaliers, s'avança. Un tintinnabulement permanent et métallique l'accompagnait.
En y prêtant plus attention on constatait que le son provenait de l'étrange cortège qui emboîtait directement le pas aux cavaliers une trentaine d'hommes aux crânes glabres, vêtus de kesa(3) noir et blanc qui agitaient à chacun de leurs pas leurs shakujô(4) dont les anneaux métalliques s'entrechoquant provoquaient l'étrange tintement.
Sakura n'eut là non plus aucun mal à reconnaître les fameux moines du feu, objet de la mission du roi d'Inu.
Au centre de leur procession se trouvait un grand dais en brocard d'or sous lequel évoluait un moine plus âgé à la barbe grise.
Elle supposa que cet homme devait être le Vénérable abbé principal du Temple du Feu, celui dont la caution spirituelle était attendue mais aussi et surtout absolument nécessaire à la cérémonie d'obsèques d'un personnage aussi important que l'Empereur.
« Enfin, Kiba est de retour. Merde, il en aura mis du temps. » murmura Naruto.
Sakura vit que la main du jeune homme, posée sur la muraille devant lui, tremblait imperceptiblement.
« On va enfin pouvoir rendre hommage à Papi Hiruzen. » Le son de sa voix était étrangement grave mais on pouvait y distinguer une pointe de soulagement.
Bien que toujours étonnée par la familiarité du jeune homme qui affublait celui qu'il était d'usage d'appeler Sa Grandeur ou Divin Père du sobriquet de « Papi Hiruzen » Sakura eut soudain de l'empathie pour Naruto, pour sa touchante affection teintée de mélancolie.
« Oui, quel soulagement, approuva la princesse. Kiba a visiblement parfaitement mené à bien sa mission. »
Elle pouvait en effet constater, en voyant s'avancer à présent les fantassins et surtout les archers de Haru menés par Saï, que non content d'avoir réussi sa mission le roi d'Inu avait en plus su préserver la vie de ses hommes, dont la troupe semblait au complet, sans blessés notoires.
Cela allégea le cœur de l'Haruno. Trop d'échecs et de morts pesaient déjà sur cette armée et sur son âme.
Naruto qui avait tourné son regard vers Sakura l'observa du coin de l'œil. Un doux sourire éclairait son visage. Ce genre de sourire pur, sincère et apaisé était rare chez la jeune fille.
Il était moins bête qu'il n'y paraissait, il savait que cette guerre l'éprouvait en dépit du masque de retenue qu'elle affichait.
Là, elle était sincèrement heureuse et soulagée. Et ce premier vrai sourire rendait Naruto heureux, comme face à un spectacle rare. Il avait l'impression d'enfin entrevoir son vrai visage. La seule chose qui lui gâchait finalement le plaisir de cette vision c'était que ce soit Kiba qui en soit la cause. Alors il décida avec malice de jouer la carte de la mauvaise foi.
« Bof, je suis sûr qu'il n'a aucun mérite dans cette histoire.
Il se redressa un peu et haussa des épaules.
Les moines ont du faire tout le boulot. »
« Les moines ? Que voulez-vous dire ? » interrogea Sakura, circonspecte.
« Déjà, il faut savoir que le monastère du feu se trouve sur un piton rocheux, abrupt, au cœur des montagnes de Shô, et que c'est un lieu particulièrement difficile d'accès.
En fait, bien que jusqu'à présent nous n'avions pas pu intervenir en raison de notre position retranchée, nous avions des rapports d'espions qui depuis le début de cette guerre nous avaient informé qu'une troupe d'Orochimaru faisait le siège du monastère. D'après ce que m'a expliqué Shikamaru, ce sale serpent voulait sûrement s'emparer de ce haut lieu de spiritualité, fondement de notre Empire, pour pouvoir encore plus nous affaiblir. Mais en dépit de ce siège, ce bataillon ennemi n'est jamais parvenu à véritablement inquiéter ces moines habitués à l'ascèse. En fait, je suis même sûr, connaissant bien le lieu, que c'est eux qui ont dû le plus souffrir dans ce terrain aride et rocailleux.
Ensuite, je ne sais pas si tu es au courant, mais les moines du feu ne sont pas que de vieux schnocks passant leurs journées à prier. Ce sont de redoutables combattants maîtrisant un art martial ancestral qui leur est propre.
Comme pour illustrer son propos Naruto fit quelques moulinets des bras mimant les katas des moines.
Du coup, comme je te l'ai dit, je suis sûr qu'ils ont fait tout le boulot. Les troupes d'Orochimaru devaient déjà être à sec et eux ils les ont achevées à grand coup de tatanes.
Mais bon, ça va pas empêcher Kiba et son clebs de se pavaner comme des héros, je te parie. »
Il croisa les bras, la mine boudeuse à l'idée de devoir malgré tout concéder une victoire à son ami mais tout de même rival, Kiba.
« Je vous trouve bien rude, Naruto. Quelque soit l'aide qu'ont pu offrir la nature hostile et les talents de guerriers des moines, une chose est sûre c'est que le monastère subissait un siège depuis le début de la guerre qui n'a pris fin qu'avec l'intervention des troupes du roi d'Inu. Alors je ne doute pas une seconde de leurs mérites dans cette victoire, d'autant que Kiba est un très bon guerrier. »
« Ah, ouais ? Mais ça t'a pas empêché de lui faire mordre la poussière. » nargua l'Uzumaki avec un clin d'œil.
Sakura rougit. Elle n'était pas spécialement fière d'avoir provoqué Kiba pour prouver sa valeur auprès du Conseil des Douze. Et puis, elle ne lui avait pas vraiment fait mordre la poussière. Techniquement elle devait l'admettre, le roi des Inuzuka était bien plus fort qu'elle. Elle l'avait juste eu par la ruse. Mais qu'importe.
« Vous enjolivez les choses. »
Naruto plissa les yeux et croisa les bras derrière sa tête.
« Mouais, enfin c'est pas grave pour cette fois s'il a fait mieux que moi. C'est l'exception à la règle. Et l'important c'est que le cœur spirituel de notre Empire soit lui au moins intact. »
Sakura tourna à nouveau la tête vers la plaine et la procession des moines. Il appartenait au culte du Feu, la religion officielle des empereurs depuis la fondation de l'Empire du Feu et de fait à la religion officielle de l'Empire tout court.
Cependant, bien que ce culte soit le plus répandu au sein des Douze Royaumes, ce n'était pas vraiment le cas à Haru où en dépit de quelques temples consacrés au Feu, la croyance populaire notamment au sein des tribus nomades était principalement animiste avec ses nombreux cultes rendus aux divinités de la nature et principalement aux esprits des chevaux.
Bien sûr en tant que princesse héritière de Haru il lui était arrivé d'assister à des cérémonies du Feu. Parfois même y avait-elle pris part en tant que canéphore, mais dans l'ensemble c'était une religion dont elle connaissait mal les enseignements et la liturgie.
Il fallait dire pour sa défense que son père, le roi Kizashi Haruno, s'était toujours montré méfiant vis-à-vis du trop puissant clergé de cette religion.
« Il règne et manipule dans l'ombre. » affirmait-il
Jamais, selon ses dires, l'Empereur ne prenait de décisions importantes sans en référer à ces ministres de l'ombre. Si il considérait la religion du Feu en elle-même comme noble et pleine de principes louables, il n'aimait pas l'idée que cette doctrine puisse être manipulée et dogmatisée par un clergé, peut-être plus tourné vers le matériel que le spirituel, qui en tirait des bénéfices et du pouvoir.
« Au fil des siècles, on leur a accordé bien trop de prérogatives, insistait Kizashi. Aujourd'hui en cas de conflit avec l'autorité étatique ils sont capables de faire et de défaire les Empereurs eux-mêmes. »
Sakura avait toujours eu du mal à envisager un tel pouvoir, une telle influence, surtout de la part d'êtres censés uniquement se consacrer à l'élévation spirituelle, mais elle avait tout de même hérité de la défiance de son père préférant les cultes animistes propres à son pays, plus libres et bien moins dogmatisés.
Et puis elle avait pu constater par elle-même que son père avait en partie raison quant à l'influence des religieux sur les décisions politiques des souverains. Si elle prenait l'exemple des Sarutobi qui de tout temps avaient toujours été très liés au culte du Feu, le fait que le roi Asuma ait pris avec lui au camp de la feuille comme bras droit un ponte religieux tel que le Vénérable Chiriku prouvait cette ascendance.
Mais d'un autre côté, le peu qu'elle avait côtoyé le saint homme lui avait fait comprendre qu'il était un homme bon et sage. Alors que croire ?
« Heyyy, Sakura, tu rêves ? » fit Naruto en passant sa main devant les yeux de la princesse. À quoi tu penses avec cet air perplexe ? Aux réelles implications de Kiba dans la réussite de sa mission ? »
« Mais non voyons, rétorqua-t-elle en écartant du revers de la main celle de Naruto. Je m'interrogeais sur le Culte du Feu que je connais somme toute assez mal. Vous savez au Royaume de Haru nous honorons majoritairement les divinités et esprits de la nature. Alors je me demande comment va se dérouler la cérémonie d'obsèques de l'Empereur. »
Naruto plissa les yeux et porta sa main droite au menton en signe de réflexion.
« Moi non plus je n'ai jamais assisté à ce genre d'obsèques. Au Royaume d'Uzu aussi nous avons pour religion principale une religion animiste. On vénère le Dieu Renard.
Il pointa du pouce le casque qu'il avait sur la tête.
On dit même que les héritiers de notre royaume renferment en eux l'esprit du renard à neuf queues. »
Il souriait plein de fierté et Sakura lui sourit en retour. Un renard comme animal totem convenait parfaitement au jeune blond.
« Mon père, lui, a été éduqué dans la religion du Feu, alors depuis le début de son règne les temples et l'enseignement du Feu se sont développés à Uzu. Il y a de plus en plus d'adeptes dans le royaume mais le gros du peuple, lui, reste encore très attaché au culte du renard. »
La princesse de Haru hocha de la tête en signe d'assentiment.
« Mais dis-moi, Sakura, qu'as-tu prévu de faire en tant que représentante du Royaume de Haru pour les obsèques de papi Hiruzen ? »
La tradition voulait que lors de la cérémonie d'obsèques d'un empereur, chaque roi rende hommage au glorieux défunt en accomplissant une liturgie propre à sa nation.
« Mon père a fait acheminer, avec le dernier arrivage de vivres de Haru, une jeune pouliche(5). Les chevaux sont dans notre culture des animaux psychopompes qui doivent guider le défunt dans l'au-delà. »
« Ah non, la coupa Naruto. Je te parle pas de ce que tu comptes faire pour la cérémonie. Ça c'est chiant. Je te parle de ce que tu comptes organiser pour les jeux funèbres(6). »
Sakura écarquilla les yeux avec stupeur.
« Les jeux funèbres ? Mais voyons Naruto, nous sommes en guerre. Organiser une cérémonie d'obsèques dans de telles conditions c'est déjà laisser une ouverture à l'ennemi pour nous attaquer, alors songer aux jeux ça serait une aberration. »
De par son esprit rationnel elle ne pouvait imaginer qu'au vu de la situation actuelle les monarques aient pu envisager d'organiser de semblables festivités.
« Je ne vois pas le rapport. En guerre ou non on ne peut pas bâcler les cérémonies d'obsèques d'un Empereur. Et puis le banquet funèbre et les jeux, c'est ce que tout le monde attend. Ils feront le plus grand bien à nos troupes et à leur moral. Il est bon parfois de faire une pause et c'est une occasion unique de se rappeler que nous, nous ne sommes pas encore mort malgré le linceul opaque qu'est cette guerre. »
Le banquet ! Ils voulaient aussi organiser le banquet ?! Mais une agape funèbre impériale demandait en moyenne le sacrifice d'au moins 5000 bêtes, principalement des bœufs. Ils n'avaient plus de ressources, déjà les rations avaient été réduites et le royaume de Haru avait beau se saigner aux quatre veines pour soutenir ses royaumes frères, la situation ne s'améliorait pas de ce côté là.
Ce pouvait-il vraiment que les autres monarques et que les princes envisagent un tel gaspillage de vivres ? Était-ce là une lubie de Naruto, ou est-ce que même le rigoureux Shikaku était de cet avis ?
Sakura sursauta quand elle sentit la main de Naruto se poser amicalement sur son épaule.
Il la mirait avec un regard fraternel et un sourire réconfortant. Pourtant la princesse demeurait blême, elle ne pouvait croire que les Douze envisagent sérieusement une telle chose. Mais pour autant, elle devinait qu'il ne s'agissait pas là d'une mauvaise blague du prince d'Uzu.
Sasuke adressa un dernier regard noir à Sakura tout en se maudissant lui-même pour ce geste. Quand il avait deviné les contours de sa jolie frimousse en partie dissimulés derrière les hauts créneaux du chemin de ronde, il avait d'abord été surpris de la voir là. Ces quelques jours passés loin de la forteresse lui avait agréablement fait oublier son existence. Mais à présent la réalité lui était revenue en pleine face.
Enfin, était-ce bien la réalité ?
Avec son teint diaphane, presque transparent dans l'aube naissante, son apparente fragilité quand sa lourde armure écarlate ne dissimulait plus sa frêle silhouette, elle ressemblait à un fantôme.
Alors, comme pour s'en assurer, il l'avait fixée de ses obsidiennes pour trancher la question.
Vision ? Apparition ? Ou vraie princesse de Haru ?
Mais ce geste avait été une erreur de sa part, car sitôt avait-il ancré ses perles d'encre dans celles d'émeraude de l'exaspérante petite princesse qu'il s'en était retrouvé prisonnier.
Il aurait dû le savoir, se montrer plus vigilant, car pour son plus grand désespoir ce n'était pas la première fois que cela se produisait. Non, loin s'en faut. Cela était arrivé à chacune de leurs confrontations.
C'était à cause de leur éclat, qui même à cette distance, ne palissait pas.
Pourquoi ses yeux brillaient-ils toujours avec une telle innocence, une telle fragilité ?
Ça l'énervait.
Oui, vraiment. Car en dépit de la guerre qui s'éternisait et s'enracinait, s'enfonçant chaque jour un peu plus dans le chaos, eux demeuraient inchangés.
Il y lisait certes de la tristesse, de l'incompréhension, de la colère et parfois même de l'abattement, mais leur pureté restait intacte.
Et cette trop grande pureté la rendait fragile et naïve. Il ne pouvait le supporter car il pouvait d'avance prédire qu'un jour elle se briserait et que cela aurait immanquablement des répercutions sur les Uchiwa et sur lui.
C'est pourquoi, pour sortir de ce piège dans lequel il s'était lui même jeté, il l'avait défiée du regard. Pour l'espace d'un instant faire disparaître cet éclat et ne voir briller dans ses iris vertes que cette combativité indignée qu'il éveillait en elle.
Mais il avait fallu que Naruto s'en mêle avec ses sous-entendus grivois.
Cet imbécile ne comprenait vraiment rien. Et puis pourquoi était-il à ce point attaché à cette fille, après tout il la connaissait à peine. Ce garçon était vraiment trop fantasque.
Sasuke soupira et s'avança en direction de Genma.
« Votre Altesse. » salua le militaire tout en surveillant du coin de l'œil l'entraînement de ses soldats.
« Commandant Genma. » répondit, laconique, Sasuke.
« Je pensais que le prince Naruto voulait venir nous faire une démonstration de sabre, mais étrangement juste après m'avoir salué je l'ai vu partir à toutes jambes en direction des courtines. » fit remarquer l'homme au senbon et à la mine débonnaire.
« Cet idiot court après une fille, siffla avec dédain Sasuke. S'il ne revient pas je me chargerai de la démonstration. »
Genma ricana discrètement.
« Je pense qu'à l'heure actuelle la majorité des hommes de cette forteresse rêve de courir après une fille, et bien plus encore.
Il fit une pause, songeur.
C'est peut-être une idée, ma foi, pour faire accélérer ces limaces. »
Comme pour appuyer son propos, Genma hurla.
« Bougez-vous ! »
Voyant que certains étaient en train de s'essouffler et de flancher, le commandant Shiranui s'excusa d'un signe de la tête auprès du prince et alla rejoindre ses hommes dans leur course.
Sasuke, les bras croisés, les sourcils froncés et la mine fermée, les regardait tourner sans vraiment leur accorder la moindre attention.
« Et bien petit frère, quel air sombre dès le matin. » fit une belle voix grave aux accents moqueurs sur sa droite.
Bien qu'il ne s'attendait pas à cette intervention inattendue, ne l'ayant absolument pas entendu s'approcher, Sasuke demeura stoïque et immobile, se contentant de faire glisser un regard agacé en direction de son aîné.
Ce dernier, altier, vêtu d'un kimono et d'un hakama en damas d'un noir profond, s'avançait d'un pas souple vers lui.
« Que fais-tu là, Itachi ? » sa voix trahissait son mécontentement. La journée débutait sous de mauvais auspices, il avait déjà croisé la route de deux personnes qu'il préférait par principe éviter.
« Oui, bonjour. Moi aussi je suis content de te voir, Sasuke. » lui sourit aimablement l'héritier des Uchiwa.
« Tu as un message de père à me transmettre ? » interrogea-t-il.
« Non je suis ici pour le plaisir de ta compagnie. » répondit l'aîné d'une voix étrangement douce qui déplut à Sasuke.
Ce dernier soupira et retourna son regard sombre en direction de l'entraînement des bleus.
« On m'a dit que la reconstruction du village que tu supervisais était bien avancée et que vous étiez déjà parvenus à reloger l'intégralité de sa population. » reprit Itachi qui lui fixait toujours son petit frère, attentif à chacune de ses réactions.
Chez Sasuke il fallait lire les signes les plus infimes, ce qu'il montrait et surtout ce qu'il ne montrait pas, pour espère pouvoir le comprendre.
« Hum, une partie de la ville avait été épargnée par les flammes, ça a permis d'accélérer les choses. D'autant que les puits là-bas n'avaient pas été empoisonnés. Ça nous a évité de devoir dévier d'autres sources pour l'alimentation en eau potable. »
Sa voix était neutre, presque monotone. Il se contentait d'énoncer des faits, comme on fait un rapport. Pas un mot en trop, pas un sentiment, pas un avis personnel sur la situation.
Mais qu'importe, Itachi était du genre patient et ceci n'était qu'une entrée en matière.
« Tu vas donc pouvoir rejoindre ton équipe à présent le roi Kakashi Hatake qui vient de grossir vos rangs, Naruto et Sakura. »
À la mention du prénom de la princesse, Sasuke se crispa imperceptiblement, ce qui n'échappa pas à l'œil affûté d'Itachi. Il plissa même les yeux un instant, comme pour s'en assurer, puis reprit.
« La présence de l'héritière des Haruno au sein du septième bataillon ne semble pas te réjouir. Je me trompe ? »
Cette fois-ci, Sasuke se désintéressa totalement de la course d'échauffement et, l'air désabusé, fit couler son regard de jais vers son frère.
« Sa présence au sein de ce bataillon est un fait. Voulu par notre père de plus. Qu'elle me réjouisse ou non importe peu ». Le timbre de sa voix était désespérément neutre.
« Vraiment ? Je n'en suis pas aussi sûr que toi. » Itachi, lui, avait emprunté une attitude fraternel. Il arborait une expression affable et parlait d'une voix douce comme s'il cherchait à encourager son petit frère, à le pousser à la confidence.
Sasuke avait horreur de ça. Il détestait lire cette expression sur le visage de son aîné. Comme s'il s'adressait à un gamin.
Pourquoi fallait-il toujours qu'il se mêle de ses affaires ? Pourquoi cette espèce de fouine cherchait-il toujours à savoir ce qu'il pensait vraiment ? En quoi cela le concernait-il ? L'attitude d'Itachi bien loin de le mettre en confiance, pire, elle le braquait alors avec emportement il cracha.
« Que diable veux-tu donc savoir au juste, Itachi ? »
L'aîné soupira. Son petit frère n'était pas d'une nature facile, mais peut-être en était-il indirectement la cause.
« Savoir ce que tu penses de la princesse Sakura. »
Après tout inutile de tourner autour du pot avec son cadet, ce n'était jamais la bonne solution.
« Ce que je pense d'elle ? Sasuke fit un geste de recul avec la tête, plissant avec méfiance les yeux.
Pourquoi cela t'intéresse-t-il ? »
« Parce qu'elle est une Haruno et que du fait de notre serment nous, les Uchiwa, sommes liés à elle. Parce que depuis son apparition tu sembles manifester une certaine animosité envers elle que je ne m'explique pas. Et parce qu'il paraît évident que depuis qu'il a découvert son existence, père a des projets pour elle. »
Sasuke demeura coi un instant, scrutant son frère comme s'il cherchait à détecter dans ses mots la présence d'un piège. Finalement, retournant ses prunelles en direction de Genma et de ses hommes, il répondit.
« Je ne l'aime pas. Elle est trop candide et m'insupporte. J'admets qu'elle a des qualités militaires mais elles sont mises à mal par sa façon de penser et d'agir. Elle finira par devenir un fardeau. Alors je pense très sincèrement que nous nous portions mieux à l'époque où nous ignorions son existence. Un nouvel Haruno, c'est toujours un Haruno de trop. Voilà, tu as eu mon avis. Tu es content Itachi ? »
À nouveau, il fit glisser son regard d'encre sur son frère.
Itachi le soutint et fronça les sourcils, mais poursuivit avec calme la conversation. Non, il n'en avait pas fini.
« Les Haruno ont sauvé les Uchiwa. Ils sont nos frères. Sans eux tu n'aurais même jamais vu le jour. »
« Ça je le sais. On me l'a assez rabâché, fit-il avec un petit rire désabusé. Il garda un instant le silence, comme s'il réfléchissait, avant d'ajouter :
Mais ne t'en fais pas Itachi, mes sentiments personnels n'influeront jamais dans cette histoire. Le fait que je ne l'apprécie pas ne m'empêchera pas de la protéger si besoin est, et de respecter notre serment pour l'honneur de notre famille. Je ne le ferai peut-être pas de bon cœur, mais je le ferai. Tu es rassuré ? Est-ce cela que tu voulais entendre ? »
L'aîné de Uchiwa eut un mouvement de négation avec la tête.
« Non, pas vraiment. Tu sais, je crois qu'en réalité ce que tu n'aimes pas ce ne sont pas tant les Haruno, sur lesquels tu te plais tant à déverser ta haine avec ostentation, que le serment prêté par notre père. »
« Crois ce que tu veux Itachi, souffla-t-il avec presque de la résignation. Mais réfléchis à ceci, un même type d'alliance passé avec n'importe lequel des Douze autres royaumes n'aurait jamais autant mis à mal l'honneur des Uchiwa. Bien au contraire. Et tu sais pourquoi ? Parce que les Haruno sont des barbares. »
« Parce que leurs valeurs et leur façon de penser sont différentes des nôtres et plus généralement de celles de l'Empire. »
« Oui, peut-être. »
« Est-ce un crime ? »
« Qu'est-ce que j'en sais ? Et je m'en fiche pour tout te dire. Ce que je ne veux juste pas, c'est que leur comportement extravagant, que nous passons notre temps à justifier auprès de nos pairs, entache le nom des Uchiwa. »
« La princesse Sakura n'a rien fait de tel. Elle fait briller haut les couleurs de sa maison sur le champ de bataille, alors en quoi te dérange-t-elle ? »
« Rien fait de tel ? Voyons Itachi sa seule existence est un affront. Comment le roi Kizashi a-t-il osé la cacher à tous, à l'Empereur, à nous, à père ? » s'emporta-t-il, balançant son bras droit dans un geste à la fois excédé et désabusé.
« Il est très probable qu'il avait ses raisons d'agir ainsi, fit Itachi en glissant son regard songeur sur le côté, comme s'il était à la recherche d'un vieux souvenir. Mais bien vite il se refocalisa sur la conversation. Il avait enfin réussi à un peu faire parler son frère, il ne comptait pas s'arrêter là.
Donc si le roi Kizashi avait fait connaître l'existence de sa fille dès le départ, si comme toutes les princesses de cet empire elle avait grandi au sein du palais de Konoha, les choses auraient été différentes selon toi ? Tu n'aurais alors pas eu d'animosité à son égard ? »
« Encore une fois, qu'est-ce que j'en sais ? En quoi ces hypothèses foireuses et absurdes sont censées te mener, dis-moi ? » fit Sasuke qui perdait patience, de plus en plus agacé par cette conversation sans queue ni tête de son aîné.
« Je te demande si dans d'autres circonstances tu aurais pu l'apprécier. » insista Itachi en fixant son regard noir et perçant dans celui de son frère.
« Non ! S'exclama avec force Sasuke, poussé à bout dans ses retranchements. Tu es content ? Non. Quelle que soit la situation elle me déplairait. Alors pourquoi toutes ces questions à la fin ? Elle te plaît peut-être à toi ? Dans ce cas, prends-la avec toi dans ton équipe, ça me fera un fardeau en moins et fous moi la paix ! »
Oui, Itachi en était conscient. Cette fois il avait véritablement énervé son petit frère.
« Hum, je pense que sa compagnie me serait des plus agréables. Il sourit et Sasuke se tendit un peu plus encore.
Il suffit de passer quelques minutes en sa présence pour comprendre que cette jeune fille est quelqu'un de généreux, gentil, mais aussi volontaire et courageux. Des qualités rares, même chez un homme. Je veux bien t'accorder qu'elle est naïve et certainement trop tendre mais rien qui puisse provoquer un rejet aussi catégorique que le tien.
Je me répète Sasuke mais tu te trompes quant au destinataire de ta haine et de ta colère. Ce n'est pas elle que tu n'aimes pas, ou même les Haruno en général, mais le serment de notre père, parce que tu le vois comme une entrave à ta liberté, comme une chaîne, un fardeau. Elle, elle n'en est que la matérialisation à tes yeux.»
Sasuke affronta le regard franc et droit de son frère sans ciller, puis étrangement son expression se fit plus douce comme s'il acceptait enfin d'abaisser son masque.
« Ma liberté, tu dis ? Et ta liberté à toi alors, Itachi ? Ce serment depuis toujours la piétine bien plus que la mienne. Combien de fois déjà as-tu eu à en souffrir ? Combien de fois as-tu eu à renoncer à ce qui t'était cher pour ce serment ? De nous deux tu es celui qui aurait le plus à le haïr, toi que cette promesse enchaîne. Alors ce sermon m'est-il adressé ou te sert-il d'introspection ? »
À présent c'était au tour du cadet d'observer avec attention la réaction de son aîné.
Itachi fronça légèrement les sourcils et l'espace d'un instant fugace, un voile triste passa sur ses yeux mais il s'évanouit aussitôt pour laisser la place à nouveau à son visage serein.
« Je crois que tu accordes trop d'importance au poids que ce serment pourrait avoir sur moi. Après tout, nous ne portons que les chaînes auxquelles nous voulons bien être enchaînés, Sasuke. »
« Et bien je n'ai pas besoin que tu cherches à porter les miennes en secret. » affirma le puîné des Uchiwa tout en fronçant les sourcils.
« Veiller sur son petit frère c'est le rôle d'un aîné, sourit Itachi tout en gardant un regard appuyé sur son cadet, ce qui crispa à nouveau Sasuke. »
Il avait horreur de cette attitude surprotectrice de son frère. Il n'avait pas besoin d'être materné par lui. Il n'avait pas besoin qu'il se soucie de son bien être, de sa liberté. Il s'en foutait. Il voulait qu'Itachi soit égoïste et ne pense qu'à lui, rien qu'une fois. Une fois seulement. Mais ce n'était visiblement pas pour aujourd'hui.
« Tu sais, je n'ai pas non plus besoin que tu portes les miennes. Ne me crois pas aveugle, Sasuke. » ajouta Itachi avec une certaine sévérité dans le regard.
« Tu es stupide ! » cracha le cadet.
« Peut-être, mais sur ce point nous nous vallons. Quoi qu'il y en soit je pense que ton entêtement ne te mènera à rien de bon. Tu devrais faire la paix avec Sakura. Ou au moins prendre la peine d'apprendre à la connaître. Elle n'est pas ton ennemi, tu sais, et le serment de père l'enchaîne bien plus que n'importe lequel d'entre nous. Si tu veux mon avis, c'est elle qui devrait le haïr et nous haïr, car personne n'est plus épris de liberté que les Haruno. »
« Tu parles ! » souffla le cadet
Itachi releva un sourcil interrogateur.
« Soit elle s'en fiche totalement, soit elle est complètement idiote, soit elle ignore ce qu'est vraiment le serment qui lie nos familles. Dans tous les cas elle semble vivre dans une heureuse et exaspérante ignorance, bien loin de tous les sacrifices consentis par les Uchiwa. »
« Hum, fit songeur Itachi en relevant ses yeux d'obsidienne vers le chemin de ronde d'où il voyait apparaître parfois les tâches colorés d'une tignasse blonde et d'une incarnadine.
« N'as-tu jamais songé qu'en cachant l'existence de sa fille, le roi Kizashi cherchait tout simplement à la protéger de nous et de notre serment ? Peut-être que lui n'en voulait pas de nos engagements et de nos remerciements. »
« Je me fiche pas mal des intentions des Haruno et du fond réel de leurs pensées tordues. Après tout, ils ne l'ont pas refusé non plus ce serment. » se renfrogna Sasuke.
« Crois-tu vraiment ce que tu dis ? fit Itachi avec une certaine malice dans la voix. Si leurs pensées t'importaient vraiment si peu, et si cette petite Sakura ne t'intriguait pas tant alors pourquoi lui avoir lancé un tel regard de si bon matin ? Naruto a raison, tout à l'heure, tu la dévorais des yeux. »
Lui aussi l'avait vu. C'était donc pour ça au final qu'il était venu lui imposer ce laïus. Pour en arriver là. Pour se moquer de lui.
Sasuke cette fois-ci se retourna violemment vers Itachi, l'aura menaçante plus noire que jamais et les yeux comme des couteaux. Cependant avant qu'il n'eut pu ouvrir la bouche ou abattre sur la joue de son aîné son poing qui le démangeait depuis un moment déjà, le son d'un olifant résonna dans la plaine, sonnant pour l'heure la fin du round et des hostilités.
Penchée sur son métier à tisser, Hinata faisait glisser d'une main experte sa navette de cornouiller sanguin entre les fils de chaîne solidement tendus, avant d'actionner avec son pied droit la pédale qui en resserrait la trame.
L'œil brillant face à cette belle soie de couleur mandarine, Hanabi regardait l'avancement de l'ouvrage de son aînée par dessus son épaule.
« Ce tissu est vraiment beau, Hinata, et il semble si doux. »
L'héritière de Hyûga releva la tête et adressa un profond sourire à sa cadette.
Cette petite fille avait la grâce et la beauté typique des Hyûga. Bien plus menue que sa sœur, sa longue chevelure d'un brun foncé, dont une mèche rebelle barrait toujours le visage, accentuait son physique souple et filiforme. Elle avait les mêmes yeux de nacre que son aînée, mais il y brillait bien souvent une aimable malice qui avait toujours plu à Hinata.
« Tu ne poursuis pas ta broderie ? » interrogea la princesse héritière.
« Non, je n'aime pas ça, et je préfère te regarder. »
« Pourtant vous devriez un peu plus vous préoccuper de votre ouvrage. Vos broderies sont indignes d'une princesse royale. » la réprimanda gentiment la comtesse Natsu Hyûga, sa dame de compagnie depuis l'enfance, qui se penchait pour ramasser le cercle à broder en bois qu'elle avait négligemment laissé sur le côté pour aller admirer le travail de sa sœur.
Hanabi haussa les épaules avec désinvolture et se retourna vers son aînée.
« Dis, Hinata, est-ce qu'une fois que tu auras fini de tisser cette étoffe tu pourras m'en faire un nouveau kimono ? »
« Vraiment Altesse, vous dépassez les bornes à quémander ainsi. Madame votre sœur la destine sûrement à un tout autre ouvrage. » rouspéta à nouveau Natsu.
« Ce n'est rien, Natsu. Je serai très heureuse de lui coudre une nouvelle robe avec. »
« Oh, et tu me broderas des flammes écarlates aux extrémités des manches et au bas du jupon ? » s'enthousiasma Hanabi en tapant des mains.
« En voilà une qui sait ce qu'elle veut. » rigola Yuu, une des dames de compagnie d'Hinata, qui comme toutes les autres suivantes brodait paisiblement assise sur un coussin à même le sol au côté de sa maîtresse.
« Tout ce que tu voudras, Hanabi. » sourit une fois de plus Hinata face à l'enthousiasme naïf de sa cadette, si rafraîchissant en ces temps troublés.
Mais soudain, alors que les jeunes femmes continuaient à converser paisiblement, oubliant la précarité de leur statut, le shoji près duquel elles se trouvaient s'ouvrit violemment, claquant avec fracas, en détachant même un éclat de bois, pour laisser apparaître la silhouette lourde et menaçante d'un colosse en armure.
Un même cri strident, ampli d'effroi et de surprise, s'échappa de la gorge des sept demoiselles présentes dans le petit salon. Apeurées, elles coururent aussitôt instinctivement se réfugier dans le fond de la salle, au plus loin de l'intrus. Serrées les unes contre les autres, leurs grands yeux écarquillés et humides, elles ressemblaient à des biches effrayées face au chasseur.
Insensible à leur peur, s'en délectant même, l'homme avança d'un pas, conscient de son effet.
Il était grand, dans les un mètre quatre-vingt-dix voire deux mètres, et sa lourde armure le rendait encore plus impressionnant. Il avait la mine mauvaise, le teint rubicond, et des cicatrices profondes, marque d'une vérole passée, lui boursouflaient la face. Il était à la fois repoussant et terrifiant. Et ce d'autant plus que ses petits yeux ronds et noirs, qui regardaient avec mépris ses petites victimes agglutinées les unes contre les autres, passaient sadiquement d'une demoiselle à l'autre comme s'il était en train de sélectionner la prochaine bête à envoyer à l'abattoir.
Terrifiées, certaines demoiselles commencèrent à sangloter.
Hinata, comme ses dames de compagnie, demeurait figée face à cette soudaine et inattendue intrusion qui lui rappelait les heures les plus sombres, pas si lointaine, de la prise du palais par Orochimaru et ses hommes sa violence insoutenable. Elle avait soudain l'impression d'être à nouveau projetée dans ce cauchemar qui aujourd'hui encore, hantait chacune de ses nuits. Mais ce n'était pas un songe. Non, cette fois encore c'était bien réel.
Son cœur se mit à battre à vive allure, cognant brutalement et bruyamment contre sa poitrine.
Que leur voulait cet homme ? Pourquoi était-il là ? Qu'allait-il leur faire ?
Ses battements cardiaques s'accélérèrent encore, résonnant douloureusement contre ses tempes. Elle sentit une désagréable sueur froide perler à son front et couler le long de son visage alors que sa respiration, elle, devenait de plus en plus erratique.
Il fallait pourtant qu'elle intervienne, qu'elle l'interroge et qu'elle tente de protéger sa petite sœur et ses dames. Mais son cerveau semblait désespérément perclus de peur. Elle n'arrivait plus à bouger, si ce n'est pour trembler, et sa gorge demeurait sèche et muette.
C'est alors que soudain, Hanabi se releva, les yeux humides mais le visage menaçant, les sourcils froncés avec de longues et sauvages mèches brunes dansant devant son petit minois habituellement si gracieux.
« Qui êtes-vous ? De quel droit vous permettez-vous ainsi de pénétrer dans ces appartements ? Je vous ordonne de vous en allez ! » fit-elle avec une voix autoritaire qui glaça Hinata.
C'était à elle d'intervenir et non à sa cadette. Mais elle n'arrivait toujours pas à bouger.
Hanabi elle, bien qu'aussi terrifiée que les autres, compensait sa peur par des bravades. Elle poussa même la hardiesse jusqu'à se planter face au soldat, les poings fermement posés sur ses hanches en signe de défi et de confiance en elle, symbole ultime de sa témérité.
Mais l'effronterie de la petite fille n'était visiblement pas du goût du soldat, et ce dernier n'avait guère la patience comme vertu. Hinata reprit enfin contenance en voyant avec horreur sa frêle petite sœur face à ce menaçant colosse qui faisait le double de sa taille.
Une décharge électrique la traversa.
Alors que le soldat, toujours sans un mot, levait son bras gantée de métal pour l'abattre sur l'insolente, Hinata vive comme jamais s'interposa in-extremis faisant, bras ouverts, écran de son corps entre l'homme et sa sœur.
Les dames de compagnie poussèrent un même cri suraiguë en fermant les yeux.
Hinata quant à elle hurla « Par pitié, pardonnez lui, ce n'est qu'une enfant ! ». Elle se contracta, prête à recevoir le coup destiné à sa cadette mais ce dernier ne vint pas. Le colosse avait stoppé son geste au dernier moment, surpris par l'intervention de la princesse de Hyûga mais aussi et surtout par son regard hyalin, noble et déterminé qui l'espace d'un instant l'avait fait hésiter.
« Enfant ou pas, si elle oublie encore qui sont les véritables maîtres ici et que sa vie dépend de notre bon vouloir, alors elle recevra sa juste punition. » cracha l'homme avec colère. Sa voix roulait comme un torrent de cailloux.
Tremblante, Hinata s'inclina en signe d'apaisement, puis retourna la tête en direction de sa sœur. Dans les yeux de cette dernière brillaient toujours les flammes de la colère. Insoumise, elle ne concevait pas de fléchir face à cet homme, aussi terrifiant soit-il. Après tout elle était une princesse d'Hyûga, fille du grand Hiashi dont elle avait hérité le tempérament de feu. Alors comment pouvait-elle se courber face à ce manant qui les menaçait, elle et sa sœur chérie ? Pourtant elle en demeura sagement là lorsqu'elle lut dans les yeux d'Hinata son injonction muette à la tempérance. Être une princesse, c'était aussi apprendre à savoir quand parler et quand se taire.
Voyant que sa petite sœur avait parfaitement compris son message, Hinata se retourna à nouveau vers le soldat et d'une voix hésitante et mal assurée, elle lui demanda.
« M-Monsieur, p-pourrions-nous connaître la raison de votre présence en ce lieu ? »
Bien que cet homme la terrifiait toujours, elle avait compris qu'elle devait se calmer. De toute évidence il n'avait pas fait irruption dans ses appartements de son seul chef ou dans le but d'abuser d'elles. Sinon il aurait déjà agi autrement. Bien que cela ne signifie pas pour autant que la situation soit meilleure, sa venue devait avoir quelque chose « d'officiel ».
« Je suis ici sur ordre express du Seigneur Orochimaru, qui m'a demandé de lui ramener séance tenante les princesses Hinata et Hanabi. Vous et la morveuse si j'ai bien compris. » conclut-il avec un sourire mauvais.
Hanabi fit une moue indignée et Hinata pâlit. Elle demanda immédiatement d'une voix blanche.
« Que nous veut-il ? »
« Vous verrez bien, se contenta de répondre le soldat de sa voix sèche et rocailleuse. À présent, vous m'avez assez fait perdre mon temps comme ça. Suivez-moi ! »
Il attrapa le bras d'Hinata qui grimaça à ce dur contact. Pourtant quand elle vit qu'il allongeait la main gauche pour en faire de même avec Hanabi, elle se débattit légèrement et s'exclama.
« Attendez ! Attendez je vous prie. Je suis l'héritière de Hyûga et en l'absence de mon père la représentante légitime de ce royaume. Ma sœur, elle, n'est qu'une petite fille. Je gage que ma présence seule sera largement suffisante. »
Elle ne voulait pas que cet homme touche sa sœur. Elle devait tout tenter pour la protéger. Car que pouvait bien leur vouloir Orochimaru ?
Après la prise du palais il les avait faites enfermer, elles et toutes les autres princesses, dans ce gynécée puis ne s'était plus soucié d'aucunes d'entre elles. Elles y avaient vécu, dans une bulle étrange, coupées du monde, mais sous très haute surveillance. Alors pourquoi, ce tyran qui n'avait jamais daigné leur parler exigeait soudain de les voir ? Pourquoi envoyer un rustre soldat comme émissaire ? Ça ne signifiait rien de bon, elle en avait l'intime conviction. Il fallait protéger Hanabi, mais quelle marge de manœuvre pouvait-elle avoir ? Elle ignorait tout de la situation extérieure, tout des véritables intentions de l'ophidien, et elle était pieds et poings liés, seule et sans appui. Pourtant elle devait tenter quelque chose. Au moins faire fléchir le soldat pour qu'il n'amène qu'elle. Car la seule vraie certitude qu'elle avait était que plus elle tiendrait sa sœur éloignée d'Orochimura, mieux elle s'en porterait.
Mais hélas la réponse du garde ne fut pas celle attendue. Il eut un ricanement guttural.
« Oh, comme c'est joliment formulé tout ça. J'vois qu'on vous élève bien vous autres. Mais en fait, ben, on s'en fout. Ce sont les ordres du Seigneur Orochimaru et ce n'est pas négociable, princesse.
Il insista sur le terme « princesse » avant de s'esclaffer à nouveau.
Héritière, Représentante légitime de ce royaume, je crois que vous avez pas bien compris. Vous n'êtes qu'une pauvre gamine, rien de plus. Vous n'avez plus de pouvoir, plus d'autorité, car il n'y a plus ni roi, ni royaume. »
Les mots du soldat glacèrent Hinata dont les yeux s'écarquillèrent. Qu'est-ce que ça signifiait ? Ce pouvait-il que cet homme dise la vérité ? Non, impossible. Tout sauf ça !
Se délectant du désarroi qu'affichait la jeune fille, il continua sa tirade.
« Tu n'es qu'une pauvre prisonnière que le Seigneur a eu la noblesse d'âme de laisser en vie. Mais si tu la boucles pas et si tu ne te tiens pas tranquille je saurai te rappeler ta véritable condition.
Maintenant la morveuse tu vas toi aussi venir avec nous. ». Il avait sciemment employé le tutoiement cette fois, pour accentuer plus encore la déchéance de la jeune fille, piétinant allègrement toutes les marques de respect dû à son rang.
Tout en maintenant le bras d'Hinata il attrapa sans ménagement celui d'Hanabi.
Les dames de compagnie qui jusque là étaient restées prostrées et terrifiées, en simples spectatrices, se relevèrent soudain. La façon dont cet homme avait osé parler aux princesses, ses prétentions à vouloir ainsi les amener comme de vulgaires prisonnières les avaient sorties de leur léthargie avec une indignation profonde. Si elles n'étaient pas de taille à pouvoir s'opposer à un tel colosse, elles n'oubliaient pas que leur devoir était de suivre et de servir leurs maîtresses.
Natsu, la première, s'avança en direction des princesses, horrifiée qu'un simple soudard puisse ainsi oser poser la main sur des héritières.
« Bougez pas d'là, vous autres ! » aboya le colosse en les voyant se rapprocher.
Toutes s'immobilisèrent mais Natsu voulut insister.
« Nous sommes leurs suivantes, où qu'aillent nos maîtresses nous les suivons. »
« J'ai dit du vent ! » cracha le soldat en lâchant l'espace d'une seconde le bras d'Hinata pour abattre sa main de fer sur la malheureuse dame d'atour. Il ressaisit le bras de l'héritière avec encore plus de poigne en ajoutant « De toute façon là où elles vont, elles n'auront pas besoin de vous. »
Le coup qu'il avait porté fut d'une telle violence que Natsu se retrouva projetée contre le mur d'en face qu'elle percuta avec fracas. Sonnée, sa tête bascula sur le côté, dévoilant un filet de sang qui s'échappait de son front ainsi que de sa lèvre entaillée.
Les autres demoiselles hurlèrent de terreur et se précipitèrent à ses côtés. Quant à Hanabi, folle de rage de voir le traitement subi par celle qui avait été sa gouvernante avant d'être sa suivante, elle se débattit avec véhémence pour se détacher de l'emprise du soldat.
« Tu vas payer pour ça, gros lard ! » s'énervait-elle.
Elle lançait avec toutes ses maigres forces des coups de pieds dans les tibias du colosse que ses solides jambières rendaient inoffensifs.
« Tu vas te calmer la morveuse ! Maître Orochimaru m'a demandé de lui ramener les princesses Hyûga, mais il ne m'a pas précisé en combien de morceaux. »
À nouveau il leva le bras mais il sentit une main le retenir. Surpris, il se retourna et se retrouva face à la princesse Hinata.
« Ça suffit ! » fit-elle d'une voix ferme en dépit d'un timbre toujours doux. « Vous en avez assez fait. Nous allons vous suivre, mais de grâce abaissez votre main. »
Il y avait dans sa façon de parler une autorité naturelle dont elle n'avait pas conscience. L'homme fronça les sourcils mais obéit.
Hinata glissa un regard ferme à sa cadette qui cessa de se débattre et se retourna avec anxiété vers Natsu. Hinata aussi la regarda. Elle reprenait peu à peu connaissance, mais la princesse savait qu'elle ne pouvait hélas rien faire de plus. Elle s'adressa alors à ses suivantes.
« Vous allez nous attendre ici. »
« Mais... » voulut protester Yuu.
« Veillez bien sur Natsu. Nous serons bientôt de retour. »
Bien qu'elle ne croyait pas elle-même en ses dernières paroles, Hinata tentait autant que possible de se montrer rassurante. Rajouter à la peur générale ne ferait que jouer le jeu de leur ennemi. Aussi se força-t-elle même, en dépit de son anxiété grandissante qui lui vrillait l'estomac, à leur offrir un sourire. Puis se retournant à nouveau vers le garde, elle ajouta.
« Inutile de nous tenir de la sorte. Nous allons vous suivre. »
Le garde l'observa un instant, septique, puis lâcha, avec une mauvaise grâce évidente, les bras d'Hanabi et Hinata avant de les enjoindre à le suivre.
Maigre victoire mais au moins il ne touchait plus sa cadette.
L'héritière se rapprocha de sa petite sœur et lui attrapa la main, la serrant fort dans la sienne.
Elle voulait la protéger, la rassurer mais aussi l'empêcher de faire quelque chose d'insensé. Elle lui murmura.
« Reste calme et tout ira bien. »
Alors qu'elles passaient le seuil de la porte qui débouchait sur le long couloir qui longeait les appartements princiers, les dames d'atour, elles, ne purent s'empêcher de se précipiter vers l'embrasure en partie cassée de la porte pour regarder, les larmes aux yeux, disparaître les silhouettes de leurs petites maîtresses.
En silence, Hinata et Hanabi traversèrent les grands couloirs du pavillon principal du gynécée, surveillées de très près par le soldat. De temps à autre elles entendaient des pleurs et des cris s'échapper tantôt d'une chambre, tantôt d'une dépendance. Le tout était le plus souvent suivi des aboiements d'un soldat dont la voix grave déclenchait de froids frissons dans le dos d'Hinata. Il était en train de se passer quelque chose dans le gynécée et cela ne les concernait pas uniquement elle et sa sœur. Tout ceci ne présageait rien de bon, elle le savait.
Alors une fois de plus Hinata osa prendre la parole.
« Que se passe-t-il ici ? Que nous veut le Seigneur Orochimaru ? » Sa voix trahissait son inquiétude.
« Vous verrez bien. À présent, la ferme et avancez plus vite. »
Bientôt ils débouchèrent dans le jardin du gynécée et Hinata et Hanabi découvrirent avec stupeur que de nombreux soldats en armures en avaient pris possession, y rassemblant et y parquant près de l'étang de nombreuses princesses apeurées et déboussolées.
Hinata reconnut parmi la petite trentaine de princesses réunies là, Ino Yamanaka, Karin Uzumaki ou encore Hana Inuzuka. D'autres, comme elles, arrivaient encore des dépendances pour grossir leur rang.
Ces jeunes filles avaient toutes en commun d'être plongées dans l'incompréhension et la torpeur. Comme elle et Hanabi, elles avaient visiblement été tirées violemment de leurs appartements pour être regroupées en ce lieu. Que cela signifiait-il ? Certaines tentaient de poser la question avant d'être durement rabrouées par les hommes de l'ophidien.
Les interrogations demeuraient. Pourquoi rassembler d'un seul coup toutes les princesses de cet Empire ? Il y avait là des représentantes de chaque royaume. Orochimaru avait-il décidé de les éliminer ? Les avait-il rassemblées dans ce but ? Pour détruire une fois pour toute les Douze Royaumes ? Était-ce pour cela que le soldat lui avait affirmé qu'elle n'était princesse de rien, qu'il n'existait plus de royaume ? Se pouvait-il qu'elles soient les derniers vestiges encore vivants de l'Empire du Feu ? Ceux qu'Orochimaru devaient faire disparaître à tout jamais pour devenir le nouveau maître incontesté ? L'angoisse étreignit tout son être et lui enserra le cœur à lui en faire mal. Elle sentait de la bile lui remonter dans la gorge, la brûlant de son goût amère et acide. Elles allaient mourir. Elle allait mourir. Sa respiration s'accéléra. Sa mâchoire se crispa. La cage dans sa poitrine se fit plus lourde. Elle toujours si mesurée, si timide, aurait voulu hurler, pleurer comme certaines des princesses présentes. Mais elle ne le pouvait pas. Il fallait qu'elle soit forte pour sa petite sœur qui se cramponnait avec force à sa main.
« Que va-t-il nous arriver, grande sœur ? » demanda Hanabi d'une petite voix où toute trace de son audace habituelle avait disparu.
« Je ne sais pas, répondit avec sincérité Hinata. Reste bien à côté de moi. » Elle resserra sa cadette encore un peu plus contre elle dans un geste maternelle.
« J'aimerais que grand-frère Neji soit là. » ânonna Hanabi en cachant son visage dans la manche du kimono de sa sœur.
Oui, Hinata aussi aurait aimé que son cousin soit là. Mais ce n'était pas la cas. Elle ignorait où il pouvait être, ou s'il était encore en vie. Cette idée la glaça à nouveau. Quoi qu'il en soit c'était à elle de se défendre. Mais comment ? Impossible sans doute mais il fallait au moins faire quelque chose pour Hanabi. Si comme dans ses prédictions les plus noires, Orochimaru avait vraiment en projet de les éliminer, elle devait au moins tenter de préserver sa cadette.
Pour cela il fallait qu'elle reste aux aguets, prête à saisir la moindre occasion.
Alors que son regard de nacre balayait le chaînon de gardes qui les encerclaient, une voix légère l'appela sur sa droite.
« Hinata ! Hanabi ! »
« Princesse Ino. » répondit l'héritière des Hyûga en voyant la jolie princesse blonde fendre la foule pour les rejoindre. Bien que pâle et le visage marqué par l'inquiétude, elle semblait aller bien et ne présentait aucune blessure à la différence d'autres princesses qui avaient visiblement eu à subir les mauvais traitements des gardes les ayant rassemblées.
« Avez-vous une idée de ce qui se passe ici ? » demanda l'Hyûga.
Ino fit un signe de négation avec la tête. Alors qu'elle allait reprendre la parole, un garde se rapprocha d'elles et les sépara violemment.
« On ne parle pas ! » grogna-t-il avec un regard menaçant.
Le silence retomba alors, juste perturbé par les sanglots de plusieurs nobles demoiselles et les ordres que crachaient plusieurs soldats.
Interdiction de parler. De toute évidence, ces hommes avaient pour ordre de maintenir ces demoiselles dans un climat d'incertitude et de peur. En parlant, elles auraient pu se rassurer les unes les autres, se réconforter, s'échanger des informations, voire pire se regrouper. Mais là, ils les maintenaient volontairement dans le brouillard, dans la peur la plus primaire dans laquelle ils pouvaient les dominer avec encore plus de facilité. Et force était de constater que ça fonctionnait. La peur était contagieuse. En groupe elle faisait perdre toute réflexion rationnelle, tout courage individuel. Même la petite Hanabi habituellement si brave semblait peu à peu se recroqueviller sur elle-même.
Hinata s'était pourtant juré de la préserver de cette peur qui était son lot quotidien à elle. Elle serra le poing.
Soudain un bruit sourd et lourd retentit. Hinata et les autres occupantes du gynécée reconnurent immédiatement cette sonorité. Quelqu'un venait d'ouvrir la porte du Grand Portail du gynécée. Bientôt, elles virent plusieurs charrettes tirées par des bœufs à la robe crème en passer le seuil.
Le soldat colossal qui était venu chercher Hinata et Hanabi dans leurs appartements se plaça devant le cercle des princesses.
« Bien ! Vous allez monter dans ces charrettes par groupe de six. Si j'en vois une qui tente quoique ce soit, s'enfuir ou sauter du véhicule, je l'abats sans sommation. Ai-je été clair ? Tenez-vous à carreau ! » Il avait dans la main une arbalète qu'il faisait rebondir contre sa paume pour donner plus de poids à sa menace.
La mise en garde produisit l'effet voulu sur les princesses apeurées qui se présentèrent sagement devant les voitures qu'on leur désignait.
Hinata qui avait bien fait attention de ne pas être séparée de sa cadette embarqua dans la même charrette qu'Ino, que Karin, qu'une princesse d'Akimichi, Gajie et qu'une d'Aburame, Inago.
À peine montées et assises, le cocher donna le signal du départ à ses bœufs qui se remirent paresseusement en mouvement. Ainsi installées face à face, serrées les unes contre les autres dans ce misérable tombereau, Hinata avait une fois de plus la désagréable impression qui lui tordait le ventre de partir pour l'échafaud.
Enfant, son père l'avait obligée à assister à une exécution publique « pour lui forger le caractère » et elle se souvenait avec effroi et horreur de ces hommes apeurés et implorants que haranguait la foule, misérables sur leur charrette en bois tirée par deux bœufs placides et indifférents à la violence humaine.
Allait-elle à son tour connaître le même sort funeste ? Toujours à la recherche de réponses à ses angoisses et interrogations muettes, elle posa son regard sur ses camarades d'infortune. Ses perles s'attardèrent d'abord sur celle située à gauche face à elle, Gajie. En pleurs, elle se rongeait frénétiquement les ongles comme si elle cherchait un substitut à son habituelle boulimie qui l'amenait bien souvent à trouver sa consolation dans la nourriture.
Assise à côté d'elle au centre de la banquette se trouvait Ino. Elle avait les traits tirés, mais elle demeurait droite et digne comme à son habitude. L'orgueil du sang sans doute.
Ses yeux turquoise brillants d'intelligence observaient avec application tout ce qui l'entourait, non sans adresser de temps à autre des regards compatissants mais fatalistes à Hinata mais aussi aux autres princesses.
La connaissant l'Hyûga devinait sans mal que cette dernière cherchait elle aussi une échappatoire, ou au moins, maigre consolation, une réponse à ses questions.
Cette réponse serait sûrement la mort, songeait la princesse en sentant son sang se glacer dans ses veines avant de pulser dans son cœur à nouveau agité par une crise d'angoisse.
Pour garder le contrôle, ne pas céder à la panique, elle se reconcentra sur son observation et fit glisser ses prunelles lunaires à la droite de la Yamanaka, sur la princesse Karin. Son attitude générale semblait bien différente de celle des autres. Elle pouvait même surprendre. Elle avait certes le visage fermé et les sourcils froncés mais cela paraissait plus résulter d'un agacement face à la situation que d'une quelconque frayeur. Ses longs doigts délicats, joliment manucurés, qui tapotaient avec impatience la manche de son kimono parme renforçaient encore cette impression.
Ce décalage rappela à Hinata l'attitude vindicative et étrangement pleine d'assurance qu'avait adoptée l'Uzumaki lorsqu'elle l'avait sauvée des griffes des soldats lors du sac du palais. Peut-être que cette apparente témérité détachée était là une façon pour Karin de se protéger, comme un pied de nez à la mort ? Pourtant encore maintenant, Hinata trouvait cette façon d'agir surprenante mais incroyablement courageuse.
Elle aurait aimé connaître l'état d'esprit véritable de celle à qui elle devait tant, y puiser à son tour un peu de hardiesse et de stoïcisme, mais toute parole était automatiquement sanctionnée par le soldat se trouvant assis à l'avant du véhicule au côté du roulier. Hinata chercha bien un temps à capter le regard de Karin mais cette dernière semblait consacrer une énergie folle à l'éviter.
Mettant finalement ça sur le compte du stress, d un masque de protection, l'héritière des Hyûga poursuivit son tour d'horizon oculaire.
Assise à sa droite, bien qu'elle ne vit pas son visage en raison et de son positionnement et des grands voilages de son turban à la mode de son pays qui la dissimulaient en partie, elle sentait Inago trembler de tout son être, parfois soulevée par les hoquettements d'un silencieux sanglot.
Et puis à sa gauche, serrée contre elle, il y avait Hanabi. Silencieuse et courageuse comme à son habitude, elle tentait de se draper dans sa dignité de princesse royale.
Sûrement la petite fille pensait-elle que mourir était une chose, mais que le faire la tête haute était la véritable marque des grands.
Cette pensée figea Hinata. Elle ne pouvait envisager que sa cadette ait réellement de telles pensées, ait à ce point compris et accepté la fatalité de son sort, et, d'une certaine façon, renoncé. C'était elle qui était fataliste et résignée, pas Hanabi. Hanabi toujours si vivante, si sûre d'elle. Cela ne pouvait être.
Étrangement le visage solaire de Naruto s'imposa alors dans son esprit. Lui aussi était si vivant, si brillant, nitescent même. Plus encore que n'importe lequel des Hyûga en dépit de leurs prénoms associés à la lumière. Elle se demanda alors ce que le jeune homme aurait fait à sa place. Sûrement aurait-il lutté jusqu'au bout, jamais il n'aurait abandonné, quitte à en mourir. Et il l'aurait fait avec panache.
Son cœur se serra. Où était-il à présent ? Elle ne pouvait le croire mort. Si tel était le cas elle l'aurait senti, n'est-ce pas ? Elle en avait la conviction.
Elle abaissa douloureusement son regard d'opale. Mais elle, elle allait mourir. Mourir sans l'avoir revu, sans avoir pu lui dire...
Finalement, jamais elle ne serait parvenue à braver l'interdit. Un sentiment de révolte l'envahit. Mais son destin était scellé, depuis le début et quoiqu'elle fasse. Elle n'y pouvait rien, elle était si impuissante, si vulnérable.
Abattue, elle trembla de tout son être.
« Naruto. » appela-t-elle mentalement comme une formule magique pour obtenir un peu de force.
La charrette passa enfin le portail du gynécée et Hinata découvrit avec appréhension, pour la première fois depuis de longues semaines, le reste du palais. Les traces du sac étaient encore bien présentes. Elle s'aperçut bien vite que plusieurs pavillons avaient été incendiés. Des cadavres de leurs ruines calcinées s'élevaient à présent vers le ciel les anciennes poutres de bois sculptées, comme autant de pieux menaçants prêts à transpercer les imprudents qui s'en approcheraient.
Les grandes cours que traversaient les tombereaux princières, plus entretenues, s'étaient recouvertes d'un tapis de verdure avec des herbes folles poussant entre les pavés blancs.
Mais si ces premières traces de délabrement l'avait déjà affectées le pire restait à venir.
En effet, elle constata que plusieurs murs d'enceintes intérieures, parfois eux aussi endommagés ou en partie détruits, portaient des stigmates laissés par des armes et pire encore, le sang de leurs victimes. Parfois ces longues traînées sèches et noires s'étendaient sur plusieurs mètres, offrant le spectacle d'un macabre tableau.
Hinata se mordit avec force l'intérieur des joues. De toute évidence ces murs avaient servi de lieu d'exécution.
À qui appartenait ce sang ? Des femmes ? Des enfants ? Des hommes ? Combien étaient morts ce jour là ? Combien de vies perdues parmi les nobles, les soldats impériaux, les serviteurs, les civils innocents ? Combien de viols et de tortures ? De massacres et de violences gratuites ?
S'ils en étaient restés à de simples actes de vandalisme matériel, mais non... Ce type d'événement faisait perdre toute humanité à l'homme, le transformant en monstre et révélant tout ce qu'il y avait de plus vil et de plus bas chez lui.
Mais elle n'en avait pas fini avec ces funestes découvertes. Le voyage s'obscurcit encore lorsque la charrette pénétra dans la cour suivante, celle de la « Longévité Paisible ».
Cette fois Hinata, qui crut d'abord défaillir, ne put retenir un haut le cœur et porta sa main droite à sa bouche. Contre le mur des neuf dragons, merveille architecturale du lieu, avaient était déposés des centaines de crânes qui recouvraient et cachaient entièrement les délicates sculptures mythologiques. Entassés pêle-mêle, certains présentaient encore les marques putrides de la décomposition.
Ces dépouilles offertes aux corbeaux et autres charognards servaient de toute évidence de lugubre avertissement à tous ceux qui auraient la folie de vouloir se rebeller contre le nouveau tyran, Orochimaru et son armée sanguinaire.
Face à ce spectacle, même Hanabi, les yeux transis d'horreur sous le choc, lâcha mollement la main de son aînée.
Elle aussi devait faire face à cette froide réalité.
Elle avait toujours été fière de ses origines et de son nom. Orgueilleuse ? Peut-être, certes. Mais c'était là sa force, ce qui lui avait permis, même au pire moment de la prise du palais, de refuser la peur. Car quoiqu'il puisse arriver elle était convaincue de sa supériorité sur ces envahisseurs. C'était comme si son statut exceptionnel pouvait la protéger de la mort. Et puis après tout elle, petite fille d'à peine douze ans, n'avait jamais envisagé la mort que comme quelque chose de lointain et quasi étranger. Mais là, les restes d'un collier de perles encastré, le premier rachis cervical d'un crâne, une dent en or sur la mâchoire blanchie d' un autre lui faisait comprendre que c'était bien ceux de son monde qui gisaient là. Et elle, comme eux, n'était pas immortelle. Tout son orgueil ne la protégerait pas. Pourtant même si elle en prenait douloureusement conscience, elle voulait rester fière et sans peur. Mais son hubris était puni et elle savait à présent qu'elle ne pouvait maintenir cette illusion que grâce à la présence rassurante de son aînée si calme dans la tempête.
Si la réaction d'Hanabi fut comme celle de la plus part des princesses tout en intériorisation, ce ne fut pas le cas pour Gajie.
Prise de panique face à ce mur de crânes, elle hurla et se releva d'un bond de son siège.
Les bœufs pourtant de nature tranquille, apeurés par ces cris perçants s'emballèrent, déséquilibrant la malheureuse qui retomba lourdement sur le ventre au milieu de la charrette. Cependant, toujours guidée par une terreur incontrôlable, elle commença à ramper et à tenter de fuir. Ino, consciente du danger que cela représentait pour l'Akimichi voulut la retenir et la raisonner, mais en vain. Tout à sa folie, Gajie se débattit en criant de plus belle des amphigouris inarticulés, baffant au passage avec force la malheureuse Yamanaka.
Alors que le roulier reprenait le contrôle du véhicule, le soldat qui avait embarqué à ses côtés se redressa et sauta à l'arrière de la carriole au milieu des demoiselles affolées. Puis il dégaina son sabre et le planta sans sommation dans la main de l'agité. Le sang gicla.
Gajie hurla à nouveau, mais de douleur cette fois. Elle chercha instinctivement, encore en vain, à fuir mais cette fois sa main solidement empalée dans le bois du tombereau la retint.
« Tu vas te calmer la grosse truie ou je te plante pour de bon ! » cracha le garde.
Ino encore sonnée par le coup de Gajie voulut intervenir mais elle fut devancée par Hinata.
« Arrêtez. Arrêtez vous dis-je. Ne voyez-vous pas qu'elle est déjà assez effrayée comme ça sans en plus lui infliger un pareil traitement. » Elle aussi s'était levée pour faire face à l'homme sans se soucier ni de la main d'Hanabi, qui inquiète pour elle, avait tenté de la retenir, ni du cavalier qui suivait leur chariot et qui face à cette soudaine agitation avait pointé son arbalète dans sa direction.
Le soldat, lui, lança un regard mauvais à la princesse des Hyûga avant de retirer son sabre de la main de l'Akimichi.
Voyant la situation à nouveau sous contrôle, le cavalier dans leur dos rabaissa son arme.
Gajie, accroupie sur le sol pleurait, à chaudes larmes en tenant sa main ensanglantée mais enfin calmée.
Hanabi, qui avait repris contenance grâce au courage et à la force tranquille de sa sœur, se releva, tout comme Ino, pour aller aider l'Akimichi à se rasseoir sur la banquette et panser sa blessure à l'aide d'un mouchoir.
Le soldat, sabre toujours dégainé, les regardait avec suspicion, prêt à sévir à nouveau en cas de rébellion. Puis il tourna une nouvelle fois la tête vers Hinata.
Elle était restée là, debout et droite, mais bientôt son regard se fit à nouveau fuyant et elle se rassit à son tour au côté d'Inago. Cette dernière toujours tremblante, était demeurée paralysée par la peur tout le long de l'altercation, et sanglotait à présent plus bruyamment, toujours dissimulée sous ses lourds voilages.
Hinata posa dans son dos une main amicale qui la fit d'abord tressaillir avant de parvenir à calmer ses tremblements. L'Hyûga qui regardait toujours Ino et sa petite sœur consoler l'Akimichi fut alors attirée par Karin qui elle aussi était restée immobile tout le long de l'incident. Elle demeurait étrangement impassible mais visiblement plus agacée encore. Les sourcils froncés et la mâchoire contractée, elle murmurait entre ses dents tout en coulant de sombres regards sur le soldat des « C'est intolérable ! »
Le garde finit par obliger toutes les jeunes filles à reprendre leur place initiale avant de repartir à son tour se rasseoir devant, non sans avoir renouvelé quelques menaces.
En raison de cette agitation, Hinata mit un certain temps à se rendre compte qu'une étrange rumeur semblait s'élever dans le lointain. Mais bientôt, au fil de leur progression, elle constata que ce brouhaha lointain se changeait peu à peu en véritable clameur. Elle comprit l'ampleur du phénomène en passant le portail latéral qui débouchait sur la Grande Cour Extérieure. Contrairement à ce que pouvait laisser sous-entendre ce nom, cette cour se situait bel et bien au cœur du palais et en était même la place principale, lieu grandiose accueillant les plus grandes festivités publiques de cet Empire.
Les demoiselles découvrirent avec stupeur et horreur que cette dernière étaient entièrement remplie de soldats en armure aux couleurs de l'ophidien.
Ils étaient des milliers et des milliers agglutinés là, foule mouvante et noire, oppressante et menaçante, dans l'attente visiblement d'un spectacle dont elles craignaient d'être le clou.
La foule, en apercevant les charrettes princières s'avancer, hua et cria avant de se fendre avec peine pour créer un étroit boyau permettant le passage des véhicules.
Les princesses retinrent leur souffle. Sur leur passage cette armée hostile, galvanisée, leur cracha des insultes quand elle ne leur cracha pas dessus tout court.
« Sales traînées ! » « À mort ! » « Regardez les gars, les pucelles de l'Empire. » « Qu'on me les laisse un peu et elles deviendront bien vite les putains de l'Empire ! ». Des rires gras ponctuaient ces exclamations, faisant frémir d'effroi les princesses et les confortant dans leur idée qu'un funeste destin les attendait.
Puis certains hommes commencèrent à leur jeter des cailloux ou à tenter de les attraper pour les faire tomber de leur char de fortune.
Choir dans une telle fosse signifiait sûrement une mort immédiate, déchiquetée ou lapidée. Mais fort heureusement pour elles, maigre consolation toutefois, les gardes qui encadraient leur cortège veillaient au grain. Leur consigne était claire, les amener à Orochimaru.
Cette foule haineuse fut une épreuve de plus pour Hinata. Comment ne pas être blessée jusqu'à l'âme par leurs propos et leurs rancunes ? La boule au ventre et à la gorge, prête cette fois à pleurer, l'héritière des Hyûga serra avec plus de force encore, farouche, sa petite sœur contre elle. Elle tentait de la dissimuler aux yeux et à la vindicte de ces hommes ignobles à l'aide des longues manches de son kimono, barrant par ce même geste le regard de sa sœur sur cette foule inhumaine.
« Ne regarde pas ! N'écoute pas ! » murmurait-elle à l'oreille de sa cadette comme une litanie.
Que pouvait-elle faire d'autre ? L'horreur de leur situation se dévoilait de façon toujours plus précise et angoissante.
Alors Orochimaru allait les faire exécuter publiquement comme ça, en masse. Soumises au châtiment de cette foule de soldats grossiers et ignobles. Leurs crânes orneraient-ils bientôt le mur des neuf dragons au côté de ceux qu'elles avaient aperçus ?
Cette fois-ci Hinata n'y tint plus et des larmes silencieuses vinrent inonder son délicat visage d'albâtre.
« Hanabi, pardonne-moi. Oh, pardonne moi je ne sais comment te sauver. » Elle avait failli sur tous les plans. Le colosse avait raison. En quoi finalement était-elle une princesse ? Ses jolies robes et ses bonnes manières étaient-elles les seules justifications à ce titre ? Elle ne pouvait y croire.
Hanabi releva timidement son visage jusqu'alors dissimulé vers sa sœur. Dans ses grands yeux de nacre ses émotions défilaient, changeantes, tels les nuages filant dans le ciel à vive allure par jour de grand vent.
Ils étaient humides et troubles mais elle ne pleurait pas. Elle tendit sa fine main vers la joue mouillée de sa sœur qu'elle effleura du bout de ses doigts.
« Je suis avec toi grande sœur, et c'est tout ce qui compte. »
Hanabi la fierté des Hyûga, la fierté d'Hinata. Du revers de la manche, cette dernière essuya ses larmes mais encore sous le coup de l'émotion elle ne put parler, et se contenta de hocher tristement de la tête.
La charrette s'arrêta et elle sut que c'était là le bout de leur voyage. Elle ne put s'empêcher de se demander comment on allait les exécuter. Les conduirait-on au gibet pour les pendre comme de simples criminelles ou auraient-elles droit à une décapitation en signe d'un dernier hommage à leur rang ?(7)
Elle redressa la tête et la tourna en direction de leur destination finale. Quoiqu'il s'y trouve, elle décida qu'elle s'affronterait.
Leur véhicule avait franchi le mur humain que constituait l'armée de l'ophidien et s'était arrêté face au Pavillon de l'Harmonie Suprême. À ses pieds avait été dressé, sur une estrade surélevée située à l'extérieur, un trône en ébène, vide pour le moment. De chaque côté du trône avaient été édifiées des tribunes de fortune de trois étages, elles aussi surélevées, et au centre de ce décor siégeait, lugubre, la cristallisation de toutes les craintes des princesses royales, un billot. Il n'était plus laissé place à présent à l'imagination et la présence au côté de ce tronçon de bois cylindrique d'un jeune homme à l'étrange chevelure bleutée tenant à sa main une imposante épée le confirmait encore. Sans doute était-il le bourreau. Et le fait qu'il ne dissimule pas son visage sous un masque mais qu'au contraire, il affiche un sourire carnassier sur sa face encore si juvénile, le rendait plus terrifiant encore.
Hinata déglutit avec difficulté, serrant toujours plus sa cadette contre elle. Peurs et pressentiments convergeaient vers cette même froide réalité on allait les exécuter. Plusieurs demoiselles crièrent en découvrant la place mais la plupart semblèrent se résigner quant à leur destin, étreintes par le désespoir, et cherchèrent avec fatalisme à faire disparaître larmes et peurs de leur visage afin de se draper une dernière fois encore de l'élégante honorabilité de leur nom qui saurait avec dignité faire honneur à leur famille lorsque le moment viendrait.
Le colosse à la voix de pierre se présenta à nouveau à elles et leur demanda de descendre en rang de leurs véhicules. Hinata s'exécuta, bien qu'elle sentit avec amertume que ses jambes flageolantes étaient prêtes à se dérober sous elle. Pour se donner bonne figure et retrouver un peu de contenance, comme à son habitude elle décida de s'inquiéter de ses compagnes.
Elle aida ainsi aimablement Gajie, à la main meurtrie, et sa petite sœur à descendre du tombereau. Mais étrangement par ce geste, vestige d'une humanité et d'une civilité mise à mal par l'ophidien, elle avait l'impression non pas de les aider mais d'accélérer leur marche vers le tombeau. Un sentiment de culpabilité l'étreignit mais il fut contrebalancé par la pensée qu'une ultime douceur ne pourrait jamais être inutile.
Alors qu'elle avançait vers ce qu'elle pensait être son dernier supplice elle fut surprise qu'on lui demande, à elle et aux autres demoiselles, non pas de rejoindre l'échafaud mais d'aller prendre place à la tribune Ouest.
Quel jeu jouait donc Orochimaru ? Voulait-il, pour mieux les détruire encore, qu'elles soient d'abord spectatrices du massacre annoncé ? Mais dans ce cas qui viendrait la première rougir de son sang le bois du billot et la lame tranchante du jeune bourreau ?
En rang d'oignons, elles montèrent en silence à la tribune sous les quolibets déformés et criards des soldats venus assister à l'exécution publique.
Évoluant une fois encore dans les brumes de l'inconnu, les princesses royales attendirent là, immobiles, debout sur cette estrade, en plein soleil, sans explication supplémentaire mais tels des animaux du cirque exposés à la curiosité malsaine de cette populace hargneuse.
Dix longues minutes s'écoulèrent au cours desquelles elles eurent une fois de plus largement le temps de se ronger les sangs avant qu'une nouvelle clameur, plus grande encore que celle qui avait accompagné leur arrivée, ne s'élève du grouillant et compact monstre noir aux milles visages de l'essaim ophidien.
À nouveau la foule se fendit pour laisser passer une charrette unique cette fois.
Là, Hinata, qui du deuxième étage de la tribune avait une vue sur l'ensemble de la Cour, se figea. Elle pâlit et oublia même l'espace d'un court instant de respirer.
Elle ne pouvait croire ce qu'elle voyait. Dans cette carriole de misère était entassée une petite dizaine de femmes en haillons, faméliques et fantomatiques, échevelées et misérables les reines des Douze Royaumes. Leur état était si pitoyable que l'héritière de Hyûga, les yeux plissés, avait mis quelques instants à les reconnaître et surtout à vraiment intégrer le fait qu'elle soit véritablement face aux souveraines de certains des plus grands royaumes qu'ait connu ce monde. Elle aurait dû se réjouir de les savoir vivantes mais leur état la préoccupa bien plus.
Que leur avait-on fait ? Quel traitement ignoble leur avait-on fait subir? De toute évidence il était bien loin de celui accordé aux princesses.
Car bien que prisonnières, elles et les nobles dames enfermées dans le gynécée avaient été relativement bien traitées, bénéficiant d'appartements privés et gardant à leur service leurs dames de compagnies.
Mais visiblement le sort réservé aux reines avait été lui bien moins clément. Sûrement que dans leur cas les geôles humides s'était substituées aux élégants salons. Alors quelle offense, quel outrage avaient-elles dû subir ?
Les voir ainsi déchira le cœur d'Hinata. Et elle n'était pas la seule. Plusieurs princesses lancèrent en vain des appels désespérés en directions des souveraines. Elles étaient leurs mères, leurs tantes, leurs sœurs. Après la prise du palais elles s'étaient réconfortées en les espérant vivantes, mais elles étaient à présent face à des spectres plus morts que vifs qui ne semblaient même plus entendre ces appels des vivants. La plupart de ces femmes semblaient avoir perdu depuis longtemps toute trace de vie dans leurs prunelles ternies et vides.
À ce constat attristant, Hinata ne put s'empêcher d'être « soulagée » de savoir que sa mère au moins n'avait pas eu à subir cela. Morte quelques années auparavant, elle si douce et délicate ne l'aurait sans doute pas supporté. Et puis l'héritière des Hyûga se gifla mentalement pour cette pensée impie.
Elle fronça douloureusement les sourcils et suivit d'un regard peiné le défilé inquiétant de ces femmes décharnées que les soldats faisaient monter sur la tribune Est face à elle.
C'est alors qu'Hinata perçut quelque chose qui la déstabilisa. Elle s'était trompée. Elle n'avait d'abord vu, comme ses compagnes d'infortune, qu'une longue procession de cadavre en guenilles quand les reines étaient descendues du tombereau. Mais à mieux y regarder à présent, si beaucoup semblaient à jamais cassées, c'était loin d'être le cas de toutes. Sous leurs mèches grasses et sales, ternies et emmêlées qui mussaient leurs visages, elle devina dans le regard des reines Senju, Inuzuka, Uchiwa et Uzumaki une flamme. Leurs corps meurtris semblaient vaincus mais leurs yeux eux continuaient de briller avec éclat. Elles demeuraient insoumises, indomptables, royales. Et ces silhouettes voûtées aux os saillants qui n'étaient que l'ombre affreusement mutilée de ce qu'elles avaient été n'enlevaient rien à leur volonté qui, cachée sous cette épaisse couche de crasse, était intacte.
Hinata sentit son cœur se contracter puis s'emballer, cognant avec vigueur, s'emplissant d'un sentiment qui lui était inconnu.
C'est alors qu'elle croisa le regard bleu turquin de la reine Kushina Uzumaki, la mère de Naruto. Il émanait de lui la même lumière que chez celui de son fils, cette même force sauvage, ce même panache. Une bouffée de chaleur se déversa dans les veines d'Hinata. C'était comme si la souveraine lui passait un message. Elle sentit son âme tressaillir et happée par la force muette de cette femme elle se redressa imperceptiblement.
Ce qui brillait dans ses yeux avec tant de force était-ce ce qu'on appelait la « Volonté du Feu » ?
Elle n'eut guère le temps d'épiloguer sur la chose car soudain, un roulement de tambours retentit, imposant le silence à la foule déchaînée.
Les portes du Pavillon de l'Harmonie Suprême s'ouvrirent en grand laissant entrevoir le trône impérial et sa flamme colossale de rhodonite amarante.
Et soudain apparut Orochimaru en grand costume d'apparat en brocart Yunjin dont les savants motifs rappelaient, comme un pied de nez au monde qu'il venait de détruire, les robes du dragon portées par l'empereur.
De sa démarche coulante et ondoyante il descendit les escaliers du pavillon, et, sous les acclamations de la foule qui scandait son nom, il vint s'asseoir sur le trône dressé à l'extérieur.
Une ovation de plusieurs minutes s'éleva alors.
Hinata en avait mal au cœur. Comment pouvaient-ils célébrer ce tyran, ce traître à sa patrie qui n'avait pas hésité à faire massacrer les siens, ceux qui l'avaient recueilli, élevé, et qui donnait aujourd'hui en spectacle ses plus vils exactions au travers des corps meurtris de nobles souveraines ?
Cet homme, non, ce serpent était loin de mériter de telles considérations.
L'Ophidien fit un geste de la main et la foule se tut, obéissante et docile, soumise à son nouveau maître.
« Mes amis, mes frères, si je vous ai réunis aujourd'hui, c'est pour vous permettre d'assister à votre triomphe. Et ce triomphe qui sera votre gloire éternelle commence par la destruction de l'ancien monde gangrené. »
Une exclamation à la fois martiale et joyeuse s'éleva du cœur des milliers de militaires réunis dans la Cour.
« Déjà nous avons pris la tête de l'Empereur Hiruzen, détruisant par ce geste le joug qui nous entravait, mais les chaînes demeurent – il fit un ample mouvement circulaire du bras désignant les deux tribunes latérales – et je fais le serment d'en briser un à un chaque anneau pour que triomphe votre liberté ! »
Il cria avec détermination les derniers mots de son discours ce qui ne tarda pas d'enflammer la foule dense et malléable des soldats déjà galvanisés par son entrée.
De leur côté, princesses et reines étaient mortifiées. Non pas par le sort funeste qu'on leur prédisait et qu'elles avaient compris depuis longtemps, mais par l'annonce de la mort du Divin Père.
D'un coté des tribunes comme de l'autre aucunes des prisonnières n'avaient été informées de la mort du monarque suprême et le choc était grand.
Bien sûr toutes l'avaient envisagée sans vouloir y croire, mais à présent leur pire crainte se confirmait avec horreur, sans aucun ménagement pour leurs sentiments et états d'âme.
La tragédie était cette fois complète. Et comme si cela ne suffisait pas Orochimaru dénigrait sans vergogne la mémoire du grand homme qui avait apporté l'harmonie dans l'empire en quarante années de règne. Il inversait les rôles en le faisant passer pour un tyran oppresseur des peuples.
De quel droit se permettait-il de parler ainsi ?
L'empereur Hiruzen avait toujours été un homme bon, soucieux du bien être de son peuple et de la paix des Douze Royaumes. Orochimaru qu'il avait jadis recueilli et élevé comme un fils était pourtant aux premières loges pour le savoir. Il en était la preuve vivante.
Mais il avait renversé le miroir avec délectation, lui, le tyran, l'usurpateur, l'oppresseur, le meurtrier, le tortionnaire.
Cette vérité les malheureuses nobles dames réunies autour de cet échafaud étaient-elles les seules à la percevoir ? Étaient-elles les seules à voir que ce traître osait dissimuler ses crimes derrière le paravent de respectabilité d'une pseudo libération des peuples ?
C'était abject. Comment pouvait-il se complaire dans cette mascarade ? Et ces hommes ? Ces soldats, qui étaient-ils ? D'où venaient-ils ? Que leur avait-on promis pour qu'ils croient à ce tissu de mensonges ?
Leurs acclamations sauvages révoltaient autant qu'elles terrifiaient les prisonnières. C'était leur monde qu'on détruisait. Elles, qu'on jugeait en despote. Elles, qu'en punition on obligeait à assister au crépuscule de leurs valeurs.
Mais quelle avait été leur faute ? Quel mal avaient-elles commis en dehors de celui de naître du côté du pouvoir ? La roue du destin tournait et cette fois plus en leur faveur.
Une fois encore Orochimaru fit un geste de la main pour réclamer le silence. Puis il fit signe à un garde et de sa voix sifflante, il ordonna.
« Qu'on amène la condamnée. »
À ces mots les reines froncèrent les sourcils et les princesses, elles, pleines d'incompréhension tournèrent la tête alternativement du côté de l'ophidien puis du côté de la Cour dans l'espoir d'identifier cette « condamnée ».
Orochimaru leur sourit avec un petit rictus sadique qui semblait leur signifier « Ne vous inquiétez pas, vous serez bientôt fixées et je gage que le spectacle sera à votre convenance. »
C'est alors que de l'autre côté de la Cour, la gigantesque Porte du Midi, porte d'entrée principale du palais impérial s'ouvrit avec lenteur, accompagnée par le rythme syncopé et sinistre de grands tambours militaires dont les percutions résonnaient avec fracas.
La foule se fendit à nouveau pour créer une large allée allant du Portail monumental jusqu'à la place de l'exécution. Puis il y eut un roulement de tambours et un soldat en armure d'apparat venu de l'extérieur du palais passa le seuil de l'entrée Sud.
Il tenait dans sa main droite une chaîne. Il s'avança et bientôt apparut dans son sillage, tenue par le licou, une minuscule silhouette féminine en haillons mais dont les longs cheveux d'un châtain grisonnant étaient impeccablement tirés en arrière en une haute queue de cheval qui rendait grâce à son port de tête royal et droit. Le soldat tira sur la chaîne comme on tire sur une laisse pour la faire avancer et c'est alors que les prisonnières la reconnurent sans l'ombre d'un doute. C'était l'impératrice Biwako, épouse de feu l'empereur Hiruzen.
En la voyant ainsi tenue en laisse comme un simple animal, les mains entravées par de solides menottes en plomb, plusieurs princesses poussèrent des cris de protestation indignés. Mais ceux-ci furent bien vite noyés par les acclamations triviales de la foule de soldats en délire. Eux étaient ravis. Cette liesse populaire, avide de sang, atteignait son paroxysme.
Comme lors du passage des princesses, nombreux furent ceux qui crièrent des insultes, lancèrent des projectiles ou même tentèrent de s'emparer de la douairière.
Si un cordon de sécurité avait été dressé pour permettre à la souveraine d'atteindre le lieu de son exécution sans trop d'encombre, il ne put empêcher un projectile d'atteindre la Divine Mère à la tête.
Des rires gras s'élevèrent, vantant la précision du tir mais quand l'impératrice, après avoir chancelé, se redressa la tête haute et reprit calmement sa marche en faisant fi des harangues de la foule, peu à peu un silence respectueux s'abattit sur l'assemblée.
Oui ils étaient venus là pour la voir mourir, souffrir même, mais face à son aura, à son calme et à son courage, même les plus belliqueux se trouvèrent pantois devant le déploiement de tant de fortitude.
Du haut de son trône d'ébène, Orochimaru ne put s'empêcher de sourire face à cette réaction. Ce petit bout de femme sévère et déterminée était donc encore capable par sa simple présence de faire flancher une armée.
Il est vrai qu'il fallait avouer que l'épouse de l'empereur n'avait jamais été une femme commode. Il en avait souvent été témoin par le passé. L'autorité naturelle qui émanait d'elle terrifiait bien des hommes, comme s'il s'agissait d'une force castratrice invisible.
Et puis elle était fière de son rang et possédait une force mentale exceptionnelle. De par ces qualités elle avait toujours été un pilier de l'Empire. Un pilier à abattre absolument pour que l'Empire s'effondre et pour ne pas risquer qu'elle ne devienne une force inspiratrice. D'ailleurs, cette force, sûrement cherchait-elle à l'insuffler à ce moment même. Elle avait toujours eu la gente féminine en haute estime, la jugeant généralement bien plus forte sur le plan moral que les hommes. Sa marche pour l'échafaud était son ultime message, et elle se faisait le porte étendard de sa philosophie auprès des seules spectatrices qui pour l'heure l'intéressaient.
Ce qu'elle ignorait, c'est que sa brillante démonstration de force se faisait aussi pour la plus grande satisfaction de l'Ophidien et pour sa délectation personnelle.
Il n'aurait pas apprécié qu'elle se présente à lui déjà vaincue. Non, le jeu aurait été sans intérêt. Le fait que cette minuscule femme impose toujours le respect après des semaines de tortures physiques et mentales, le fait qu'elle demeure imbrisable ne donnerait que plus d'impact à son exécution.
Car cette force était sa perte. Elle était tel un chêne qui se brise en refusant de plier dans la tempête. Cette trop grande rigidité était la cause de sa déchéance et serait celle des spectatrices de choix qu'il avait conviées à assister à cette fête. Elles aussi étaient tout en orgueil, et il allait briser cet orgueil pour les réduire à l'état de pauvres loques sans âmes, et surtout sans velléité de rébellion.
Il fallut dix longues minutes à l'ancienne impératrice pour traverser la Cour et arriver au pied de l'estrade sur laquelle siégeait Orochimaru, bien calé dans son trône. Des princesses du haut de leur tribune l'appelèrent en pleurant, mais l'impératrice tête droite ne détourna pas la tête vers elles. Le moment n'était pas venu.
Nullement impressionnée par la mise en scène grandiose et théâtrale de l'usurpateur et refusant de s'incliner face à lui, en dépit du soldat qui tirait sur sa chaîne pour la faire se baisser, Biwako planta son fier regard noir dans celui reptilien et jaune d'Orochimaru.
« Alors c'était bien toi qui était à la tête de tout ça, Orochimaru. Pourquoi n'en suis-je même pas étonnée ? » cracha-t-elle avec dédain.
« C'est parce que vous ne m'avez jamais porté dans votre cœur. » répondit l'Ophidien avec un accent amusé tout en se penchant légèrement en avant, appuyant son menton sur ses mains jointes en guise d'appuie-tête.
« L'Histoire m'aura donné raison. » répliqua avec véhémence Biwako.
« Ou peut-être êtes-vous la cause de cette Histoire. Vous avez toujours été une louve défendant bec et ongles sa progéniture, d'où votre défiance à mon égard. Car vous m'avez toujours détesté et vous avez toujours craint que je ne m'empare un jour de ce que vous jugiez revenir légalement à vos enfants. Pourtant ils ont toujours été bien moins doués que moi. Hiruzen, lui, en était conscient, c'est pourquoi il a longtemps envisagé de me prendre pour héritier. Cette idée devait vous hérisser, n'est-ce pas ? »
« Tu te trompes. Bien au contraire, j'ai toujours reconnu tes qualités et tes talents. Mais j'ai vu, dès ton enfance, la part d'ombre que tu abritais et qui nous mènerait vers notre ruine. C'est pour cela que j'ai intercédé auprès de l'Empereur pour obtenir ton éviction du pouvoir.
Cependant tu ne me feras pas croire que ce Coup d'État, cette guerre, cette révolution, appelle la comme tu voudras, a pour unique but de te venger de moi qui t'ai empêché d'accéder au pouvoir. Mon poids politique fut bien maigre dans cette affaire. Toi seul fus responsable de ta déchéance, toi, tes expériences et tes dépravations contre nature. » dit-elle avec une certaine incrédulité quand à sa réelle influence.
« Oh, en effet c'est vous accorder un peu trop d'importance. »
« Oui, bien sûr tout ceci n'est qu'une excuse pour toi qui depuis toujours brigue le pouvoir. Qu'importe la façon dont tu t'en empareras. »
« Vous vous trompez sur mes véritables intentions Divine Mère, elles ont toujours été bien plus altruistes que vous ne le pensez. »
La vieille dame plissa les yeux avec suspicion.
« Garde tes palabres pour tes vassaux et tes hommes ! Eux semblent assez naïfs pour les croire, mais pas moi. Est-ce l'altruisme qui te fait faire ça ? »
Bien que limitée dans ses mouvements du fait de ses chaînes et de ses menottes, Biwako désigna de la main les deux tribunes avec d'un côté des princesses apeurées et de l'autre des reines meurtries et décharnées.
« Elles ne sont que les victimes logiques d'un monde gangrené qu'elles n'ont pas su sauver et pire encore, qu'elles ont elles-mêmes contribué à pervertir sans s'en soucier. » siffla le serpent.
« Tu es fou. Tes paroles n'ont aucune logique. » s'insurgea Biwako.
« Au contraire, elles en ont. Vous pensez que le pouvoir m'intéresse mais vous vous trompez depuis le début. Ce qui me motive c'est de comprendre le fonctionnement de ce pouvoir et la façon dont il régit le monde. Comme vous allez mourir dans quelques instants je veux bien vous faire la grâce de quelques minutes supplémentaires et prendre le temps de vous expliquer cela. Vous verrez bien qu'il n'y a chez moi aucune des viles tentations dont vous m'accusez. Peut-être comprendrez-vous même enfin que le méchant dans cette histoire ce n'est pas moi, mais peut-être bien vous. »
Orochimaru se leva de son trône d'ébène et descendit les quelques marches qui le séparaient de la condamnée. Il se mouvait avec des gestes d'une exaspérante lenteur toute calculée, tel un prédateur se rapprochant sans bruit de sa proie.
Quand il se trouva face à Biwako, il prit le temps de la toiser de toute sa hauteur, non sans un certain mépris carnassier digne du serpent qu'il était. Pourtant même si dans cette macabre comédie l'impératrice douairière jouait, tant par sa taille que par la situation elle-même, le rôle de la souris, son regard ne fléchissait pas, soutenant sans mal celui de son bourreau.
Alors l'ophidien reprit la parole. À présent qu'il était descendu dans la « fosse » et en dépit de l'excellente acoustique de la Cour Extérieure prévue à cet effet, ses propos n'étaient plus guère entendu que par le cercle fermé de la condamnée, du bourreau, des reines, des princesses et du premier rang des spectateurs.
Bien qu'il ne chercha pas spécialement à dissimuler ses paroles, ce flou dans lequel il laissait les hommes réunis en ce lieu servait tout autant sa cause. Il est parfois bon de laisser les foules imaginer seules ce qu'elles désirent entendre. Cela n'était qu'une manipulation de plus.
« Chère Mère, reprit-il donc tout à fait conscient de l'ironie de ses premiers mots, vous n'ignorez pas que j'ai toujours été doté d'un esprit curieux. Curiosité scientifique, j'entends. Or, le propre des sciences, qu'elles soient mathématiques, physiques, biologiques ou même sociales c'est de permettre de comprendre le monde qui nous entoure, de l'appréhender dans toute sa complexité. Comprendre, savoir comment les choses fonctionnent est depuis toujours ma plus grande obsession, et mon unique but. »
Tout en parlant, Orochimaru se mit en mouvement et commença à effectuer une marche circulaire autour de sa victime.
Biwako qui le suivait du regard en eut presque le tournis et soupçonna là une nouvelle manœuvre de l'usurpateur pour la désorienter. Pourtant son esprit demeura ferme.
« À quoi doivent te mener tes élucubrations, Orochimaru ? Tu cherches à endormir ma vigilance en me noyant de palabres pour me faire oublier ce que tu es vraiment ? Non un scientifique, mais un être vil et un usurpateur ! »
L'attaque verbale de la vieille femme glissa sur lui comme l'eau sur les écailles du serpent, ne lui arrachant qu'un sourire amusé. Et c'est avec flegme que le nouveau tyran, sans dévier du chemin de son argumentation, répondit à la question par une autre.
« Savez-vous, Divine Mère, comment naissent et meurent les civilisations ? »
L'impératrice fronça les sourcils mais ne dit mot.
« Et bien moi je me suis longtemps interrogé sur la question. Comment les empires naissent-ils ? Pourquoi ? Qui sommes nous dans cette société ? Comment notre place y est-elle déterminée ?
Et aujourd'hui je peux vous répondre qu'il y a toujours un schéma de base commun.
Au tout début on trouve un petit groupe d'individus, des familles ou des tribus vivant sur un petit territoire. Puis, un jour pour des raisons de manque de place, d'accroissement de leur population, de manque de nourritures, que sais-je encore, somme toute dans le but d'améliorer leur existence, ces petites cellules de base décident qu'elles doivent s'accroître pour ne pas péricliter ou disparaître.
Elles cherchent alors de nouveaux territoires, de nouvelles ressources et ce faisant elles entrent immanquablement en conflit avec un autre groupe occupant déjà le lieu qu'elles convoitent. »
« Est-ce là la justification de ta prise de pouvoir ? Ta convoitise de l'Empire du Feu ? » fit Biwako avec mépris tout en suivant toujours du regard les cercles hypnotiques du serpent.
« Non, j'énonce juste l'observation d'un phénomène qui n'est d'ailleurs pas propre à l'homme mais que l'on retrouve dans tout le règne animal à des proportions variées. Mais laissez-moi poursuivre, car la suite est, elle, propre à l'être humain.
Ces groupes je disais donc, pour obtenir ce qu'ils désirent, vont entrer en conflit ou en guerre, qu'importe le vocabulaire le résultat final sera le même. Au terme de cette bataille avec un peu de chance, ils atteignent leur but, agrandissent leur territoire et parfois même accroissent leur population en intégrant en leur sein leurs anciens ennemis. Ceux qui auront survécu en tout cas.
Ces cellules vont continuer à guerroyer au fil du temps, d'abord pour combler des besoins primaires certes, mais très vite aussi pour l'attrait du pouvoir, des richesses et certaines pour le plaisir de la guerre. C'est là que l'homme se démarque de l'animal, ajouta-t-il dans un petit ricanement.
Au cours de ces conflits ces petites unités de base vont soit disparaître, victimes de leur propre ambition, détruites finalement par un obstacle trop grand, soit dans le meilleur des cas continuer à croître intelligemment par le biais d'un savant mélange de guerre et d'alliance jusqu'à peu à peu se transformer en un véritable état, pays ou royaume.
La taille de cette nouvelle nation peut bien sûr être variable, cité-état ou empire, mais à ce stade elle a atteint l'envergure nécessaire pour être considérée comme une puissance et ne plus être balayée au moindre coup de vent.
De fait, après avoir grossi de façon exponentielle dans un premier temps sa taille va peu à peu se stabiliser. Bien sûr elle peut encore gagner ou perdre des territoires mais dans l'ensemble ses frontières sont définies. Elle n'est plus une tribu mais un pays.
Elle va alors faire en sorte de se structurer de façon claire, fédérant chaque individu qui la compose autour d'une même identité, d'une même culture.
C'est la naissance des civilisations. Si elle ne croît plus nécessairement en taille, c'est à partir de ce moment là qu'elle commence véritablement à croître en influence, en puissance, grâce à son économie, son industrie, sa richesse, son territoire, sa population, et grâce au jeu subtile des alliances. Sa culture, à n'en pas douter supérieure vu qu'elle est venue à bout de toutes les autres, rayonne comme jamais.
C'est alors qu'au sommet de sa gloire commence lentement mais sûrement le déclin de ce royaume, de cet empire.
Aveuglé par sa propre puissance il va chercher à la pérenniser à tout prix, passant immanquablement d'une position offensive, qui lui a permis cette conquête, à une position défensive.
Le jeune royaume édicte des lois, des règles, crée des administrations. Si dans un premier temps cela contribue aussi à son développement, cela a aussi pour conséquence de le recentrer sur lui-même, l'enfermant insidieusement dans un carcan qu'il pense protecteur. Ainsi celui qui allait jadis chercher la gloire et la fortune en partant à la conquête du monde extérieur ferme à présent ses frontières pour protéger sa richesse.
Puis, les administrations dans un premier temps efficaces, au cours des années se complexifient, deviennent toujours plus lourdes, tenues par des êtres de moins en moins efficaces car privés de pouvoir par trop de distillation. Et puis la population de ce royaume, et plus encore ses dirigeants, gavée dans son confort s'endort sur ses lauriers passés. Ces chefs deviennent paresseux et corrompus.
Mais cette décadence ne les inquiète pas, ils se pensent inattaquables. Leur royaume est le plus gros poisson du lieu. Ils ne se rendent pas compte que cette taille, loin d'être un atout, est leur plus grande faiblesse.
Ce royaume n'est plus qu'un mastodonte alourdi par les entraves d'une administration devenue trop rigide.
L'ironie est à son comble, ce qu'il a créé pour se défendre va bientôt le détruire.
Car à sa porte frappent de petits peuples morts de faim, attirés par sa richesse. Mais il ne se méfie toujours pas. Ces barbares sont pour lui des arriérés, et ils sont si insignifiants. Que craindre ? Il suffit de garder porte close.
Ce qu'il ignore c'est que ces ennemis se sont déjà introduits. Soit il les a engendrés lui-même en créant des populations d'exclus au sein de sa société, soit, bien qu'il l'ait oublié, il les a lui même fait entrer. Ces peuples qu'il a envahi, soumis pour grandir jadis, et qu'il pensait pacifier en les intégrant dans le giron de sa grande et belle culture attendent eux aussi leur heure.
Et finalement, apothéose, arrive le moment de l'implosion. Il est attaqué à l'extérieur par des peuples certes moins nombreux et bien moins armés mais qui possèdent une volonté inflexible, et surtout une souplesse et une rapidité d'action qu'il n'a plus. Ces peuplades sont capables d'attaques éclair, surprises et meurtrières. Alors que lui, le vieux pachyderme, est paralysé par une administration incapable de prendre la moindre décision, souvent corrompue, avec à sa tête des incapables mis là par un jeu de pouvoir et qui vont se renvoyer les responsabilités de leurs échecs.
Et puis, clou du spectacle, il est déchiré en son propre sein, attaqué de l'intérieur par tous ces sans noms, ces rebuts qui ne se reconnaissent plus dans sa civilisation qui périclite et qui se révoltent.
Le bouquet final est magnifique. Ce royaume, cet empire, s'effondre victime de son immobilisme et meurt dévoré de toute part par ses nombreux ennemis qui le déchiquettent et se partagent ses restes encore fumants.
Ce que je vous raconte là, il suffit d'ouvrir un livre d'histoire et d'y étudier n'importe laquelle des civilisations passées pour en comprendre l'amère vérité. C'est le lot commun à tous les empires même ceux ayant perduré des millénaires durant. »
Orochimaru cessa ses tours et se planta cette fois face à Biwako qui demeurait immobile, le visage grave, écoutant sans ciller l'interminable monologue de l'usurpateur.
« Cela je l'ai appréhendé étant enfant en cherchant à comprendre ce qui avait provoqué la fin de mon clan. Car il en va des clans comme des nations. Et je me suis mis, sottement, à craindre ce déclin sans voir qu'il était aussi le signe d'un renouveau. Dès lors, je n'ai plus eu qu'un désir, empêcher que cela ne se produise. Or j'ai alors pris conscience que l'Empire du Feu, ce glorieux empire qui m'avait recueilli, était déjà sur la face déclinante de son histoire.
Croyez-moi ou non, Divine Mère, mais j'ai alors très sincèrement voulu sauver ce monde. J'ai réfléchi au problème, cherché des solutions. J'avais la chance que l'Empereur Hiruzen se soit pris d'affection pour moi, et qu'il ait mis entre mes mains une part de son pouvoir, alors j'ai cherché à moderniser notre fonctionnement, à rééquilibrer les choses. Notre politique devait être remise à plat, tenir compte d'un peuple avec lequel elle était en décalage.
Mais le Divin Père endormi par un trop long règne, convaincu par l'harmonie illusoire de sa société, n'en voyait pas l'intérêt. Lui et les douze rois étaient déjà embourbés dans leur vision archaïque du monde. Ils ne voulaient pas toucher à leur sacro-sainte tradition, socle, le pensaient-ils, de leur civilisation. Leur entêtement créait chaque jour des déséquilibres plus grands au sein de notre société, des injustices. Mais ils étaient aveuglés par le monde idyllique de la « Volonté du Feu » et ils ne percevaient pas les tensions se cristallisant dans l'esprit des mécontents. Je pense même qu'ils s'en fichaient. Pourquoi prêter l'oreille à une misérable poignée d'insatisfaits ? Ils étaient au-dessus de cela. Et vous et les autres nobles dames aussi. La pauvreté a toujours servi à vous donner bonne conscience par le biais de votre si vertueuse charité institutionnalisée, n'est-ce pas ?
Quoi qu'il en soit, nos conflits à ce sujet furent nombreux, vous en fûtes témoin, et nos idées trop opposées. L'Empereur Hiruzen a fini par me chasser.
Enfin, pour ça et pour quelques expériences scientifiques faites sur des cobayes humains qui lui déplurent, ajouta l'Ophidien avec une ironie amusée.
Il m'a condamné à l'exile. Loin du pouvoir je me suis alors remis à me questionner sur son fonctionnement. Mon attrait pour la connaissance et la compréhension de ce monde a refait surface. C'est alors que je me suis dit que finalement si je ne pouvais sauver cet Empire, alors j'avais tout intérêt à le détruire au moins je pourrais prouver que mon analyse et ma critique de la politique de cet Empire étaient justes et je pourrais voir de mes propres yeux comment naissent et meurent les civilisations, bien loin de l'aspect théorique de la chose. Cette perspective était si excitante que ma curiosité scientifique l'a emportée.
Et je ne m'étais pas trompé. Comme je le pensais, nombreux étaient ceux qui rêvaient de dévorer et de détruire ce vieux monde. Tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de ses frontières. L'Empire du Feu avait laissé dans son sillage bien des opprimés et des oubliés de son copieux gâteau.
Monter une armée prête à le détruire fut un jeu d'enfant. À présent les cartes vont être redistribuées et une lutte pour la survie du plus fort va s'engager.
J'ai pris le contrôle des opérations pour donner l'impulsion, mais bientôt je me placerai en simple observateur. Seul l'étude du mécanisme m'intéresse et en temps troublé la place du chef n'est jamais la bonne. Vous le voyez bien, je vous l'ai dit, le pouvoir ne m'intéresse pas dans cette histoire, il n'est qu'un accessoire. »
« Tu es définitivement fou ! conclut Biwako. Tout ceci n'est-il qu'un jeu pour toi, tous ces morts, cette misère ? Tu veux détruire une civilisation, manipuler une armée de miséreux en leur faisant miroiter une libération, une gloire factice juste pour contenter ta curiosité malsaine ?!
Tu sèmes le chaos de façon gratuite tel un enfant s'amusant à détruire des châteaux de sable mais ici tout est vrai. Il y a des vraies vies, de vrais individus.
Tu es déviant et tu joues avec des forces qui te dépassent et qui te détruiront. Car tu te trompes sur toute la ligne depuis le début. À commencer par cet empire. Il n'est pas mort et bien loin d'être sur le déclin. Bientôt tu en feras l'amère découverte avant d'être balayé.
« Peut-être mais j'aurais infligé la première fissure à ce bel édifice et les suivantes ne tarderont pas. Tout s'effondrera, croyez-moi. »
« Et c'est là ta définition de l'altruisme dont tu parlais initialement ? Tu dis avoir voulu sauver ce monde par le passé, mais c'est un mensonge. As-tu jamais même essayé ? Tu as dit à ces hommes que tu allais les libérer de notre pouvoir décadent, mais c'est encore un mensonge. Il n'y a pas d'altruisme chez toi, ton propre contentement est ton seul but. Car qu'as-tu à proposer à la place de cet Empire, s'énerva alors Biwako, toi qui avoues déjà que tu te retireras du pouvoir avant que les choses ne tournent en ta défaveur afin de n'être qu'un observateur ?
Tu vas détruire une civilisation stable, prospère et paisible pour offrir quoi à la place ?
Des siècles de guerre entre groupes briguant le pouvoir. En quoi cela délivrera les opprimés dont tu parles et que tu as levé en armée ? »
« Je leur offre une chance de saisir la fortune. À eux de savoir en profiter pour ne pas redevenir des victimes. Détruire l'ancien monde c'est avoir la possibilité de le remodeler à sa convenance. De réécrire l'histoire. Ils n'auront jamais mieux. En tout cas pas tant que l'Empire et les Douze existeront. »
« Ce monde est meilleur que tout ce qui pourra naître de ce chaos. »
« Vraiment ? Pourtant vous devriez être la première à voir les limites de ce monde meilleur. Car vous, si fière de la gente féminine, vous êtes après tout la première victime en tant que femme de cet empire qui dédaigne avec mépris la moitié de sa population. Vous n'en avez même pas conscience, n'est-ce pas ?
Pourtant, alors que vous êtes dans cet Empire la femme au rang le plus élevé, vous ne possédez aucun pouvoir et vous êtes vue aux yeux de sa loi comme une incapable majeure. Il en va même pour les reines légitimes qui ne peuvent régner sans l'aval d'un époux, et ne parlons pas des princesses, jolies petites choses vierges et sans personnalité qu'on parque au sein de ce château en vue de futures alliances diplomatiques.
Votre orgueil qui vous fait me tenir tête est le seul pouvoir que ce monde vous ait laissé. Mais à quoi cela va-t-il vous servir ? À mourir la tête haute en me toisant ? La belle affaire ! La mort est la mort. Vous comme les autres reines et princesses présentes ici n'êtes rien. Juste des pions qui servaient aux rois pour leurs alliances politiques et qui à moi me servent en tant qu'otages monnayables.
Vous si fière de la grandeur des femmes n'avez jamais vu vos propres chaînes, qui pourtant vous entravaient bien plus que celles que je vous impose aujourd'hui, lobotomisée depuis longtemps par un système patriarcale qui vous a façonnée comme il l'entendait. Vous auriez dû vous rebeller quand vous en aviez la possibilité, peut-être auriez vous pu alors sauver ce monde que vous aimez tant. Le faire bouger. Mais vous avez préféré rester dans son confort quitte à n'être qu'un pantin. Mourez donc comme tel, drapée dans votre inutile orgueil, en vraie martyre de votre empire agonisant.
Bien, qu'on en finisse, fit Orochimaru à l'attention de Suigetsu qui, accoudé à sa large épée, baillait avec ostentation face à ce trop long discours. »
L'Ophidien alla rejoindre son trône et, à nouveau audible par tous du haut de son promontoire, il ajouta d'un timbre glaciale.
« Tu feras envoyer sa tête à qui de droit. Quant au corps – il fit mine de réfléchir – tu le feras apporter en cuisine. Je crois qu'il existe une vieille tradition chez les guerriers de l'Empire de l'Eau celle de dévorer ses ennemis pour s'approprier leur force.
Ce soir vous pourrez, même si la viande risque d'être dure, vous régaler d'une impératrice et acquérir une part de son futile orgueil. » lança-t-il à la foule.
L'imposante armée qui était restée jusque là silencieuse dans une attente incertaine, se renflamma, riant cruellement et criant telle une masse inhumaine, lugubrement enchantée par ce festin à venir de chair humaine. Pire encore, bientôt les soldats se battraient pour avoir droit à leur part.
Dans les tribunes cependant, l'horreur n'en finissait pas. La gorge et l'estomac noués, certaines vomirent à l'idée de ces affreuses scènes de cannibalisme. Serait-ce leur sort aussi ?
Suigetsu, lui, lança un regard désabusé à Orochimaru. Il aimait vraiment avilir les hommes.
Mais était-ce là la distraction qu'on lui avait promis ? Ce cirque ? Tu parles d'un cadeau ! Il n'y avait rien d'amusant à être le bourreau d'une vieille femme déjà plus morte que vive, et voir ensuite ces chiens se disputer sa carcasse encore moins. Enfin, cela aurait au moins le mérite de lui faire tester le tranchant légendaire de Kubikiribôchô.
Il souffla et jeta un coup d'yeux circulaire à l'assemblée. Immédiatement, son regard fut attiré par la chevelure magenta de Karin, droite au milieu de la tribune des princesses. Son regard froid et perçant était plein de mépris. À qui était-il adressé au juste, à lui, à Orochimaru, à Biwako, ou à toute cette mascarade dont elle n'avait cure ? Une chose était sûre pour Suigetsu, cette fille avait beau se trouver dans le rang des prisonnières, elle n'en était définitivement pas une. Car derrière ce mépris affiché brillait la flamme de l'amusement. Ce spectacle de fin du monde ne lui déplaisait pas à elle. Alors autant lui donner ce qu'elle attendait.
Il saisit Biwako par les menottes et la plaça face au billot. Avant de la faire s'incliner, il lui demanda.
« Vous avez un dernier mot à adresser ? »
Biwako regarda la foule face à elle. Ces soldats, les yeux exorbités, attendaient fébriles le spectacle promis. Il n'y avait plus chez eux de raisonnement individuel, ils étaient une masse difforme à la solde d'Orochimaru. À eux elle n'avait rien à dire. Ils avaient déjà choisi leur camp et plus aucune voix ne les atteindrait.
L'impératrice se retourna pour la première fois en direction des tribunes. En dépit de l'horreur de sa mort à venir, elle devait transmettre les dernières forces de son courage aux reines et princesses. C'était sa dernière mission, leur dire de ne pas plier face à cet ennemi, malgré la mort, malgré les actes de cruauté.
Mais ce qu'elle vit en relevant la tête la figea. Les reines et les princesses avaient baissé et détourné les yeux. Les mots perfides sur leur impuissance, leur orgueil inutile et illusoire face à la mort avait insinué le doute en elles. La perspective de la profanation de leur corps avait fini de les abattre. Orochimaru avait obtenu ce qu'il désirait. Il les avait brisées. Plus que la peur qui peut s'apprivoiser, il avait inséminé en elles les graines du désespoir. Bien plus insidieux, ce sentiment tel une gangrène allait les dévorer lentement mais sûrement.
Pourtant alors qu'elle allait à son tour baisser les yeux, vaincue, son regard fut happé par deux nacres lumineuses, brillantes et vibrantes d'un feu nouveau.
À la tribune, Hinata était envahie d'un sentiment nouveau. Loin de l'avoir abattue, le discours d'Orochimaru et ses pratiques barbares avaient éveillé quelque chose en elle, une révolte, une volonté de se battre. Elle ne savait pas encore comment elle s'y prendrait, mais elle ne se laisserait plus passivement faire face à cet homme abject. Cet être qui pour vérifier de froides théories détruisait sans vergogne des vies humaines, un empire, une culture, la volonté du Feu même.
Hinata sentit Hanabi se serrer contre elle. Elle cachait son visage pour ne pas voir l'affreux spectacle de la décapitation.
Hinata se pencha légèrement vers elle et lui murmura
« Non, Hanabi, ne détourne pas le regard. Ne laisse pas cette victoire à l'ennemi. Au contraire, regarde. Regarde comment meurt une vraie souveraine. Orochimaru a tord et elle le prouve par sa grandeur. Nous ne sommes pas morts et notre nation non plus. »
Hanabi releva doucement son regard vers Hinata.
Son aînée était si belle en cet instant, avec son regard calme mais décidé. Elle hocha de la tête et se retourna à son tour pour regarder, malgré sa peur, l'exécution de la douairière.
Biwako leur adressa un dernier regard et annonça.
« Non, je n'ai plus rien à dire. Fais ta besogne, bourreau. »
Elle refusa l'écharpe pour lui bander les yeux. La mort, elle pouvait l'affronter les yeux ouverts. Elle s'agenouilla et posa d'elle-même sa tête sur le cylindre de bois.
Suigetsu saisit le manche de son imposante lame, avant de l'abattre d'un coup sec sur la nuque de sa victime.
Avec une facilité déconcertante la tête se détacha du reste du corps et une exclamation joyeuse s'éleva de la foule alors qu'elle roulait à présent sur le sol aspergée par son propre sang.
Orochimaru sourit. À voir l'attitude abattue des femmes dans les tribunes et la liesse parmi les soldats, il savait qu'il avait obtenu ce qu'il voulait. D'un côté, son armée pleinement satisfaite du spectacle de la mise à mort de cette souveraine honnie s'était transformée en une masse lobotomisée et malléable où pour l'heure avait disparu les quelques voix dissidentes qui commençaient à émerger et de l'autre, il avait enfin obtenu la destruction psychologique de toutes les reines et les princesses. Toutes ? Non. Car il vit comme l'avait vu Biwako avant lui la lumière briller dans les yeux de l'Hyûga.
C'est dans l'adversité que les vraies personnalités se révèlent. Et ainsi donc l'héritière des Hyûga, connue de tous pour sa timidité maladive, se révélait être en réalité un lion dormant. Il sourit. Il aurait dû être contrarié mais ce constat le réjouissait. Il aimait quand ses proies avaient du répondant. Le jeu ne faisait que commencer.
Note : (1) Le nom de « Pavillon de l'Harmonie Suprême » fait bien sûr ici référence au pavillon du même nom situé au centre de la Cité Interdite à Pékin et où trônait l'empereur de Chine.
(2)Il s'agit bien sûr d'un clin d'œil à la première mission de l'équipe 7 dans le manga. J'y avait déjà fait allusion dans le chapitre 3 où Naruto qui confond Sakura avec un homme se justifie auprès de Sasuke en faisant référence à Haku et à ses traits féminins. Cependant ces événements resteront anecdotiques dans cette fic, ils sont juste là pour donner un background crédible aux personnages.
(3) Robe portait par les moines bouddhiques.
(4)Bâton utilisé par les moines bouddhiques au Japon.
(5)Il est souvent de tradition, même encore de nos jours de pratiquer chez les peuples nomades d'Asie Centrale le sacrifice d'un ou plusieurs chevaux lors d'obsèques (chez les mongols ou les kirghizes par exemple). Le cheval est vu comme un animal psychopompe, c'est à dire qu'il guide l'âme du mort dans l'autre monde. Plusieurs de ses peuples nomades étant de confession musulman, les chevaux choisis le sont alors fait dans le respect du Coran. Ainsi il est interdit de sacrifier des étalons et l'on choisira plutôt de jeunes poulains ou pouliches ou encore des juments stériles ou non fécondes.
(6)Les jeux funèbres sont là encore une pratique assez courante lors des obsèques de personnages importants dans les peuples nomades d'Asie Centrale. Tout comme le banquet funèbre ils ont lieux après la cérémonie à proprement parler et ont pour but d'honorer le défunt. En Europe ils étaient assez fréquents dans l'Antiquité et l'on peut en voir des exemples dans l'Iliade avec les jeux funéraires célébrés pour la mort de Patrocle ou encore de l'Enéide avec ceux organisés pour Anchise. Les participants s'affrontaient alors traditionnellement sur des concours de courses de chevaux, de lutte, de courses à pieds ou encore de tire à l'arc. Les jeux du cirque et notamment les combats de gladiateurs découlent à la base de ce type de jeux.
(7)Au Moyen-Age et jusqu'à la Révolution en Europe la mort par pendaison était une mort considérait comme indigne et réservée aux gens du peuple. La noblesse elle avait droit à une mort par décapitation jugée plus digne (mais je suis pas sûre que Marie Stuart qui a vu son bourreau s'y reprendre à 3 fois avant de lui couper la tête soit du même avis XD). C'est la Révolution Française qui changera la donne mettant chacun sur un pied d'égalité avec sa tristement célèbre guillotine.
