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… ou la vie.
Il se souvenait de la mort comme d'un néant sans bruit, sans odeur et sans aucun contact. Le néant était un endroit ni froid ni brûlant, mais à la fois inodore et plein de mille et une senteur. La solitude y avait partie prenante et pourtant, des milliards de présences jouxtaient la sienne comme des attouchements vaporeux et timides. Aiolia sut, au bout d'un certain moment, que l'endroit dans lequel il se trouvait n'était certainement pas la mort, ni même le néant.
Plus son esprit se faisait clair et plus ses sens lui revenaient. La brûlure du soleil et le vent sec sur sa peau, l'odeur épicée et chaude de la terre brune, et la douleur, cette douleur lancinante qui était devenue, sans qu'il le veuille, la seule façon que son corps avait désormais de s'exprimer. Là où le fouet avait claqué, déchiré et saigné, une souffrance pulsait avec force au rythme des battements de son cœur. Non, il n'était pas mort, mais chacune de ses laborieuses respirations l'en rapprochait un peu plus.
Après plusieurs instants, il fut assez lucide pour comprendre. Les coups avaient été si durs à encaisser que, pour le protéger, son esprit l'avait déconnecté de la réalité. Il s'était évanouit. Et, pour faire durer le plaisir un peu plus longtemps, les Amazones l'avaient laissé se vider ainsi de son sang, enchainé au poteau d'exécution en métal brûlant. Lorsqu'il reprit douloureusement conscience, il comprit, à l'odeur de sang et d'infection que dégageait son corps meurtri, qu'il était attaché ici depuis un certain temps, et qu'il ne devait sa survie qu'à un entêtement inhumain. Ou peut-être, à une intervention divine.
Il avait certes reprit conscience, mais il n'avait plus assez de force pour ouvrir les yeux. Sa respiration rauque, traitresse, l'attachait à une vie qu'il ne voulait plus, et même s'il désirait mourir, son corps n'était pas décidé à abandonner. Tout était bourdonnant autour de lui, tout était sourd et suffocant. Chaque fois que l'un de ses compagnons l'appelait pour l'aider à tenir le coup, ou tout simplement pour qu'il reste éveillé, la voix ne lui parvenait qu'assourdie et inaudible, comme si elle devait traverser un mur de ouate épais avant de l'atteindre. Et plus les secondes passaient, plus il se sentait glisser vers l'inconscience, sans toutefois y parvenir. Comme s'il devenait, non pas un cadavre, mais un légume vivant, la bave aux lèvres.
C'est pour cela que, lorsque la voix grave raisonna à ses oreilles, juste derrière lui au-dessus de son épaule, il sursauta. Elle était stridente et inquiète, rapide et pleine de colère. Elle disait :
- C'est pas vrai ! Il est vivant ?
C'était une voix d'homme. Aiolia grogna. Son visage, dont le menton touchait le torse, se crispa mais la douleur qui lui vrilla la tête le força à figer son expression. Il avait l'impression d'avoir fondu sous les rayons du soleil. Sa nuque, exposée sous l'astre doré, était suintante et rouge de sueur et de sang.
C'est alors qu'une main, tendre et légère comme une caresse réconfortante, se posa délicatement sur son cou, juste sous le visage, à la recherche d'un poult. Le toucher était si doux, si bienvenu, qu'Aiolia eut envie d'ouvrir les yeux et de dire merci, mais il ne put que grogner sans bouger. Une autre voix, masculine elle aussi mais plus claire, répondit avec empressement :
- Oui ! Il faut le détacher !
Dans sa léthargie, Aiolia fut pris d'un espoir un peu fou. Venait-on le libérer ? Qui étaient ces hommes ? Ces voix, il ne se souvenait pas les avoir entendu un jour, et derrière ce grec parfaitement maitrisé, il entendit un accent prononcé qu'il ne parvint cependant pas à identifier.
Dans son dos, les mains du premier homme touchèrent ses poignets et il sursauta. La peau était désagréablement froide, presque glacée. Ou bien était-ce lui qui avait littéralement brûlé sous le soleil ? L'homme lutta un moment contre ses entraves en fer pour le délier. La douleur se fit plus forte et Aiolia réprima un cri qui mourut dans sa gorge en un grognement pathétique.
- Doucement ! s'écria la seconde voix.
- Ça va je fais ce que je peux !
Plus ils parlaient autour de lui, et plus Aiolia se sentait revenir à la réalité. Il n'était pas mort ? Et on le détachait ? Mais qui était ces deux hommes ? Il tenta d'ouvrir les paupières pour les identifier mais la douleur était trop insupportable.
- Aiolia ? appela doucement la seconde voix. Tu m'entends ?
Le Lion se sentait trop faible pour répondre, et il n'avait pas envie d'y croire. Quelqu'un luttait pour le sauver, quelqu'un tentait de le ramener à la vie.
- Dépêche-toi ! reprit la voix. Il ne me répond même pas !
- Faudrait savoir, rétorqua l'homme dans son dos avec colère, soit je fais doucement, soit je vais vite ! C'est pas facile ces trucs sont … ça y est ! Tu le tiens ?
C'est alors qu'Aiolia sentit un corps souple se plaquer sur son torse brûlant et l'attraper fermement sous les aisselles.
- Oui c'est bon, répondit une voix inquiète dans le creux de son oreille.
Les liens de fers résistèrent encore un peu, puis se brisèrent et Aiolia s'écroula sur celui qui le soutenait. Dans son inconscience, il fut surpris de constater que ce corps, si frêle, tendre et doux contre le sien, possédât une telle force. Il s'écroula totalement sur la personne qui l'aidait à descendre de l'estrade et prit une grande inspiration. Il voulait simplement se gonfler à bloc pour supporter la brusque douleur de la délivrance, mais en réalité, ses narines se remplir d'une douce odeur exotique.
Durant ce temps indéfinissable passé ici, Aiolia avait été habitué à la fragrance puissante, sèche et épicée du sol de sa cage et celle, brûlante et terreuse, des cailloux blanc de l'arène. Mais ce parfum dégagé par celui qui le soutenait était si différent, si léger et délicat, qu'il l'emplit d'un calme et d'un bienêtre étrange aux doux effluves d'amande douce. Dans un grognement de satisfaction, il laissa ses dernières forces l'abandonner et s'affaissa plus encore. Cette fois, son corps trop lourd entraina l'autre avec lui et ils s'écroulèrent tous les deux dans l'arène caillouteuse.
- Ça va aller ? demanda le premier homme en descendant à son tour de l'estrade de bois.
- Oui, répondit le second en se relevant, tenant toujours fermement Aiolia dans ses bras. C'est qu'il pèse quand même son petit poids !
Le Lion sentit qu'on le tournait lentement sur le dos, le visage face au soleil. Faiblement, il tenta de résister. Il ne voulait pas voir la lumière du jour, et pire encore, il ne voulait pas quitter ces bras forts et doux, ni même s'éloigner de ce parfum rassurant. Il fronça les sourcils, grogna de mécontentement, puis resta immobile. Il était incapable de faire plus. En réalité, il se sentait bien. Serein. Son esprit faiblissait mais son corps ne souffrait plus. Vaguement, il sentit qu'on le manipulait en douceur.
- Aiolia ?
Cette voix était la même, mais étouffée. Le Lion se sentait sombrer lentement dans l'inconscience.
- Tu m'entends ?
Evidemment qu'il l'entendait, mais il n'avait pas envie de répondre. Il n'avait même plus la force d'ouvrir les yeux. Alors il resta immobile.
- Faut vite l'emmener !
- Comme tous les autres, répliqua vivement le premier homme.
Mais Aiolia n'entendait plus que des murmures lointains. Soudain, une main tendre se mit à caresser son visage et il se surprit à pousser un soupir de satisfaction.
- C'est fini, chuchota la voix du second qui l'avait porté dans ses bras, c'est fini …
Dans un dernier effort, Aiolia tenta de sourire à cette déclaration. Réellement fini ? Alors il allait pouvoir enfin mourir ? La dernière chose qu'il emmena avec lui en sombrant de nouveau dans ce noir étrange, se fut la douceur de cette caresse, et la gentillesse de cette voix parfumée.
...
Cette fois, aucune voix, aucune présence ni aucun rêve étrange ne vint le perturber. Aiolia ignora combien de temps exactement il resta sans conscience, mais durant des heures interminables, il ne ressentit absolument rien. Ces deux hommes qui l'avaient délivré de ses entraves en fer l'avaient-ils réellement sorti de l'enfer des Amazones ? Et pour l'emmener où ? Et qui étaient-ils ? Il se sentait totalement perdu, mais plus inquiet que d'ordinaire. Après ce qu'il venait de lui arriver, il pensait pouvoir tout supporter, même l'inconnu le plus effrayant.
Pourtant, lorsqu'il rouvrit lentement les paupières, le corps totalement insensible, ses yeux s'écarquillèrent de frayeur. Il était incapable de respirer. Quelque chose entravait sa respiration au niveau de sa bouche et de sa gorge. Il remua, d'abord faiblement, puis avec de plus en plus de vigueur. Au début, ses deux bras refusèrent catégoriquement de bouger, avant que le droit obéisse enfin.
Dans un grognement de rage, Aiolia lutta contre la chose qui l'étouffait doucement et s'évertua à l'arracher de son visage. Ce qu'il ignorait, c'est qu'il s'agissait d'un masque à oxygène qui le préservait d'un empoisonnement. Dans un dernier effort, il parvint à le détacher. Ses yeux se révulsèrent alors. Ses poumons s'emplirent de nouveau d'air, mais ils s'enflammèrent en même temps et sa trachée se contracta totalement. Dans sa peur, il ne parvint même pas à réaliser qu'il ne voyait absolument plus rien. Tout était étonnamment blanc, d'une blancheur qui n'avait rien de naturelle. Ça n'était pas la lumière du soleil, c'était une luminosité totalement artificielle qui l'éblouissait entièrement. Mais il s'en fichait. Il était en train de mourir, et c'était très douloureux.
Une ombre se dessina alors brusquement devant lui, une poigne puissante le saisit pour l'immobiliser et replacer la chose étouffante sur son visage. Aiolia se débattit, gémit et se tendit comme un arc pour y échapper. Une voix pressante et inquiète parvint à ses oreilles mais il ne comprit pas le sens des mots. Une chose étonnante se produit alors : sa trachée s'ouvrit, ses poumons se chargèrent de nouveau d'air et la brûlure de son corps disparu. Aiolia savoura ce bienfait et se calma peu à peu. Il finit par arrêter totalement de bouger, et cligna des paupières pour tenter d'y voir plus clair. Mais ses yeux, trop éblouis, ne pouvait distinguer qu'une ombre. La voix lui parvint alors de nouveau :
- Du calme, tout va bien …
Un bienêtre étrange l'envahit des pieds à la tête, et le Chevalier du Lion ferma les yeux, pour se laisser doucement glisser, une seconde fois, dans le sommeil réparateur. Et encore une fois, ce fut un repos calme et personnel, noir et sans bruit, très lourd.
...
Lorsqu'il ouvrit les yeux une nouvelle fois, il paniqua de nouveau et porta sa main au masque qui lui mangeait la moitié du visage, puis se ravisa. Il avait l'impression que quelques secondes seulement s'étaient écoulées depuis son premier réveil catastrophique, mais en jugeant de la luminosité de la pièce dans laquelle il se trouvait, plusieurs heures avaient apparemment défilées.
La lumière qui lui parvenait, reflétée depuis une fenêtre inaccessible sur sa droite, était celle du soleil mais elle était pâle et tranquille. En tout cas, elle n'avait plus rien d'artificielle. Lentement, Aiolia toucha le masque à oxygène fixé sur son visage, jugea qu'il était bien placé et cligna des yeux. Sa vision s'était éclaircie au point qu'il puisse maintenant distinguer les lignes sur le plafond, ainsi que les grilles en métal des néons éteints. De nouveau, il battit des paupières.
De sa main droite, il tâta doucement son torse. Une bande de tissu épaisse l'empêchait efficacement d'entrer en contact avec sa peau, et de réveiller les douleurs, mais il se sentait cassé et vidé de son énergie. D'après ce qu'il voyait de la salle, blanche et silencieuse, incroyablement propre au demeurant, il devait très certainement se trouver dans un hôpital, ou dans une grande infirmerie qui lui disait vaguement quelque chose. Alors les deux hommes qui l'avaient détaché n'avaient pas menti, ils l'avaient bel et bien sorti du calvaire de l'arène des Amazones !
Il hésita longtemps avant de finalement se décider à tourner la tête de chaque côté. Il avait peur d'avoir mal, mais par ce mouvement, il réalisa que son corps tout entier était plongé dans une léthargie insensible et lourde. De toute évidence, on l'avait bourré d'antidouleurs ou de morphine. Et il en remerciait le ciel !
Il plissa les yeux lorsqu'il vit qu'un corps était étendu non loin de lui, sur sa gauche, sur un lit aux draps vert pâle parfaitement bordés. Portant également un masque à oxygène, Shura du Capricorne avait les yeux fermés et respirait paisiblement. A première vue, il ne semblait pas porter de trop graves séquelles. Très lentement, le dos raide mais ne ressentant aucune douleur, Aiolia se tourna ensuite vers la droite. Dohko de la Balance était également dans la même situation, immobile et l'air serein. Etaient-ils tous ici ? Quelqu'un les soignait, quelqu'un prenait soin d'eux, mais qui ?
Comme pour répondre à sa question, il y eut un mouvement léger au pied de son lit et Aiolia releva légèrement la tête pour tenter de voir.
- Ne bouge pas, lui dit une voix claire et enjouée, ton corps est complètement engourdi par les calmants et la pénicilline, tu risques de te faire mal sans t'en apercevoir.
Le Lion voulut répondre mais ne put qu'émettre un grognement rauque. Un rire lui répondit, les rayons du soleil éclairèrent une silhouette, puis un corps et un visage qu'il reconnut. Mais ce fut le trou noir : il était incapable de se souvenir du nom de celui qui s'était approché de son lit, un carnet à la main, et fixait le moniteur pour relever ses constantes.
- Tu es le seul à t'être réveillé, reprit-il en écrivant vigoureusement sur la feuille de relevés à l'aider d'un criterium, les autres n'ont émis aucun son depuis qu'on vous a rapatrié. D'ailleurs, y'a trois jours, j'ai bien cru que tu allais me crever un œil.
Un sourire étira ses lèvres fines, et il tourna ses yeux vert émeraude directement dans ceux d'Aiolia, qui ne cilla pas. Il le connaissait, il en était certain, mais comment s'appelait-il, déjà ? Le Lion voulut retirer son masque pour le lui demander, car ne pas se souvenir de l'identité de l'un de ses camarades Chevalier avait de quoi l'énerver, mais ce dernier l'en empêcha fermement en lui attrapant le poignet d'un geste vif et précis.
- Arrête de vouloir arracher ton masque tout le temps ! lança-t-il avec autorité. Déjà la dernière fois, tu as failli passer l'arme à gauche à cause de ça. Alors reste tranquille.
Aiolia n'insista pas car la poigne ferme de son aide-soignant ramena son bras le long de son corps, d'un geste qui n'admettait aucune résistance. Trop épuisé – ou trop drogué, comment savoir ? – pour ressentir la moindre colère, il en vint cependant à vivement regretter l'absence de son cosmos. Avec lui, il aurait facilement pu identifier celui qui se trouvait en ce moment devant lui, et s'appliquait à lui sauver la vie.
- Vous avez encore besoin de ce masque pendant un moment, reprit-il en souriant gentiment, ça vous réhabitue doucement à respirer l'air d'ici.
Le Lion fronça les sourcils pour tenter d'exprimer muettement la question qu'il se posait. A ses côtés, le jeune homme ferma son carnet, rangea son critérium dans la poche de sa veste blanche et continua :
- L'atmosphère chez les Amazones était saturée d'une molécule qui jouait sur l'adrénaline en la diminuant fortement. Autrement dit, elle vous rendait tous incapable d'acquérir la force adéquate en combat. Mais bizarrement, elle ne semble agir que sur les hommes … le problème c'est que votre organisme s'y est habitué, et vous ne pouvez plus respirer notre oxygène pour l'instant.
D'un doigt espiègle, il tapota sur le masque d'Aiolia qui eut un bref sursaut.
- Avec ça, vous pourrez de nouveau bien respirer normalement, poursuivit-il avant de ramener la couverture sous le menton du Lion, en attendant on soigne ta septicémie. Dors, c'est encore ce que tu as de mieux à faire pour reprendre des forces.
Tout en lui servant un dernier sourire, il fit volte-face et partit s'occuper d'un autre pensionnaire. Aiolia ignorait toujours s'ils étaient tous ici vivant, mais il l'espérait. Soudain épuisé, il ferma les yeux et prit une grande inspiration. Alors on le soignait en ce moment pour un empoisonnement et une septicémie ? Il avait dû rester attaché à ce poteau de fer plus longtemps qu'il ne l'avait cru d'abord, si ses blessures avaient eu le temps de saigner abondamment et de suppurer au point de provoquer un empoisonnement du sang. Autrement dit, on l'avait sauvé in-extremis.
Maintenant qu'il avait rencontré l'un de ses camarades Chevaliers, il pouvait facilement en déduire que ceux qui lui avaient sauvé la vie l'avaient ramené au Sanctuaire d'Athéna. Sa maison. Sa Déesse les avait sauvés et arrachés aux mains des Amazones. Mais comment ? Et ce garçon, comment s'appelait-il déjà ? Il s'agissait pourtant d'un Chevalier de Bronze, ces fichus femmes ne l'avaient pas rendu stupide au point qu'il oublie un prénom tout de même ! Trop fatigué pour réfléchir davantage, et même pour s'énerver, Aiolia se rendormit, bercé par les calmants puissants qui s'égouttaient doucement dans une poche en plastique, relié à son bras par une perfusion. De nouveau, il glissa lentement dans le noir.
Seulement cette fois, il rêva. Ce ne furent non des paroles suppliées qui l'attira, mais des pleurs pleins de douleur, de tristesse et de rage. Il se savait immobile et endormi dans son lit, dans l'immense infirmerie du Sanctuaire, mais il sentit son esprit le quitter et s'évaporer vers cet ailleurs lumineux et coloré.
Lorsqu'il rouvrit timidement les yeux, les sanglots raisonnant toujours à ses oreilles, il vit l'éclat du soleil doré et accueillant, les arbres au tendre feuillage et l'herbe épaisse et molle d'un vert éclatant. Et ce lac, d'un bleu limpide et cristallin, de nouveau calme et pur. Un corps était accroupi sur la rive, recroquevillé de manière défensive. Se balançant d'avant en arrière tout en tenant ses genoux entre ses mains, le front posés sur eux, la créature pleurait. Son corps blanc aux courbes à la fois fines et musclées était encore mouillé, ainsi que ses longs cheveux d'un blond lumineux qui se mélangeaient admirablement aux brins d'herbe verte. De là où le Lion se trouvait, il pouvait voir les tremblements qui l'agitait.
Cette fois, Aiolia ne tenta pas un geste, pas un seul pas. Il n'était pas très doué pour ce qui était de réconforter les autres. Il se contenta de regarder l'enfant pleurer toutes les larmes de son corps. Ce triste tableau, qui se déroulait dans un paysage si beau, lui pinça le cœur. C'est au moment où il se décida à faire un pas que la voix tremblotante lui parvint et il tendit l'oreille :
- Pourquoi, maman ? Pourquoi ? Qu'ai-je fais de mal … pourquoi ?
Les sanglots redoublèrent et Aiolia se figea, totalement paralysé. Comme toutes les autres fois où il s'était rendu ici, il était incapable de bouger. Sans se rendre compte de sa présence, la créature pâle et dorée continua de pleurer sans discontinuer. Le temps sembla s'écouler sans que rien ne change, mais soudain, une présence écrasante se fit derrière le Lion qui sentit un frisson d'angoisse le parcourir des pieds à la tête. Sans se rendre compte de sa soudaine mobilité, il se retourna.
Une immense femme aux longs cheveux d'un noir de jais, à la peau foncée et toute vêtue de cuir, fixait intensément l'enfant en larme sans aucune expression. Musclée et armée, elle avait l'air dangereuse et le Chevalier, même s'il avait conscience d'être dans un rêve, ne fit pas un seul geste de peur qu'elle ne le voit. Si la créature toujours accroupit au bord du lac ne l'avait pas remarqué, avec un peu de chance, cette femme non plus ne le verrait pas. C'est alors qu'elle prit la parole :
- Quelle tristesse … ne trouves-tu pas ?
C'est alors que ses yeux, aussi noirs et profonds que la nuit, se tournèrent vers lui et Aiolia sentit son cœur manquer un battement. Un sourire étira ses lèvres sombres, et elle reprit :
- Pauvre enfant abandonné par sa divine famille ! Mais comment va-t-on faire pour expliquer ça à sa mère ?
Malgré ces paroles, cette femme n'avait pas du tout l'air navrée. Elle souriait avec délice, savourant le spectacle qui se déroulait sous ses grands yeux noirs. Qui était-elle ?
- Alors ? reprit-elle de sa voix suave. Comment se fait-il que tu sois ici toi ? Qui es-tu ?
Même s'il avait pu répondre, Aiolia ne voulait surtout pas adresser la parole à cette femme. Elle n'avait pas été agressive, loin de là, mais elle ne lui inspirait absolument pas confiance et le mettait affreusement mal à l'aise. Une puissance phénoménale s'échappait d'elle et il se sentait tout aussi insignifiant qu'un cafard faisant face à un lion … sauf que cette fois, il n'était pas le lion.
Soudain, la femme devant lui leva une arme jusque sous son nez et Aiolia se sentit défaillir. Cette lance, il la reconnaitrait entre mille. Elle n'était pas rouillée ni même émaciée, au contraire, elle reluisait d'un éclat d'or terrifiant et surnaturelle. Mais c'était elle, c'était la lance avec laquelle la reine des Amazones les avait si souvent soumis. Il voulut reculer mais, de nouveau, il se retrouvait totalement paralysé.
- Pourquoi es-tu ici ? demanda la femme dans un sourire cruel. Par quel pouvoir peux-tu pénétrer ici ?
Aiolia ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit. En réalité, il ignorait par quel miracle il était arrivé ici, et il était certainement préférable pour lui de ne pas mentir. Alors il garda le silence. Seulement, cela ne sembla pas plaire beaucoup à la femme qui, sans abaisser son arme, fronça les sourcils. Son sourire quitta ses lèvres et son visage se figea dans une dure expression.
- Réponds ! Comment es-tu arrivé ici ? Parle !
Nouveau silence. Derrière Aiolia, l'enfant continuait de pleurer toutes les larmes de son corps étranger. Le Lion avait comme l'impression que le contrôle de la situation – s'il l'avait eu un jour – commençait à lui échapper. Les yeux noirs de la femme se firent encore plus durs et la lance brilla d'un éclat doré.
- Comme tu voudras !
La lumière se fit aveuglante et Aiolia ferma les yeux, pris de panique. Le cri qu'il poussa se répercuta sur les murs blancs de l'infirmerie et raisonna dans les couloirs.
Papillonnant des yeux, assis dans son lit propre et confortable, il vit apparaitre devant lui l'immense salle et ses dix lits règlementaires occupés. Trois brancards avaient été installés à la va-vite au milieu de la pièce. Tous les treize étaient donc occupés, dont un par lui-même. Tous ses compagnons avaient donc été sauvés ?
Quelqu'un surgit brusquement d'une pièce adjacente et fixa sur lui ses yeux d'un vert incroyablement brillant. Le jeune homme de la dernière fois se rua vers lui, l'air terriblement inquiet.
- Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda-t-il en s'arrêtant à ses côtés.
Prit d'un brusque vertige, la vision brutalement trouble, Aiolia se prit la tête dans les mains en gémissant. Une vive douleur se réveilla dans tout son corps et ses membres se mirent à trembler. Avec fermeté, le jeune homme l'obligea à se rallonger et tritura un moment le doseur de l'une des poches en plastique – très certainement la morphine. Puis il posa sa main sur le front du Chevalier au supplice et dit :
- Calme-toi, ça va aller. Tu as mal quelque part ?
Tout son corps n'était que souffrance, et l'absurdité de la question fit remonter en Aiolia une colère longtemps endormie par les médicaments. Dans un grognement, il éloigna violemment la main de son camarade de lui, et réalisa alors seulement qu'il n'avait plus le masque à oxygène collé sur le visage. Combien de temps avait-il dormi ?
Loin de s'offusquer de la mauvaise humeur de son patient, le jeune homme vérifia de nouveau les nombreux chiffres et courbes du moniteur, puis poussa un petit soupir de soulagement. Petit à petit, le Lion sentait la douleur disparaître.
- Avec toi c'est tout l'un ou tout l'autre, déclara le jeune médecin avec énergie, tu t'es réveillé deux fois avant les autres, et maintenant qu'ils ont presque tous ouvert les yeux, j'ai cru un moment que tu nous refaisais un coma.
- Content de l'apprendre, grogna Aiolia en se frottant les paupières.
Le sourire de l'autre s'effaça un peu et il se détourna en déclarant :
- Allez reposes-toi, je repasse te voir quand j'ai terminé avec les autres.
Un simple grognement lui répondit, et le jeune homme s'éloigna. Aiolia tenta alors de faire le point sur sa situation. Il était vivant. Les Chevaliers de Bronze, puisqu'ils étaient les seuls à avoir survécus à la dernière Guerre Sainte, les avaient libérés des Amazones pour les ramener au Sanctuaire et les soigner. Mais, sauf s'il était trop faible pour en faire usage, d'après ce qu'il pouvait en juger, il n'avait toujours pas récupéré son cosmos. Les femmes guerrières leur avait bel et bien définitivement retiré ! Il sentit sa tête bouillonner de colère mais son corps, assommé par la morphine et les autres médicaments, ne suivit pas et resta totalement détendu et inerte. De quoi le rendre encore plus fou de rage.
Mais comment les Bronze avaient-ils fait pour savoir où il se trouvait ? Une bataille avait-elle opposé les Chevaliers d'Athéna aux Amazones ? Si tel était le cas, même dans sa souffrance et son inconscience, il aurait tout de même dû entendre les bruits du combat non ?
- Te pose pas de question, lui murmura une voix sur sa droite, et Aiolia reconnut celle de Dohko. Ici, la bouffe est bonne.
- Et on est où ? demanda le Lion dans un grognement rauque et douloureux.
- Bah … chez nous gros malin. Au Sanctuaire.
Aiolia sourit imperceptiblement. Il était rentré, et il était vivant …
Aha ! Salut ! Je vous avais bien promis un retour de publication normal ! Alors voici un chapitre calme et tout doux, un peu effrayant aussi ceci dit (un Chevalier d'Or dans un état aussi lamentable 0o Je joue avec le feu là!) Qui sont ces deux hommes qui ont détaché Aiolia ? Qui est celui qu'il n'arrive pas à reconnaître ? Vont-ils tous bien ? Auront-ils des réponses à leur question ?
Dans le prochain chapitre, je ne vous fournirais malheureusement pas beaucoup de réponse, mais vous découvrirez un Aiolia gravement malade, un Milo ... fidèle à lui-même, et un Mû entreprenant ? Bref, les prochains chapitres risquent d'être long et pas très très intéressant, mais nécessaires =)
Bisous ! Et merci encore pour vos reviews ^^
A samedi prochain !
