L'ambiance dans la chambre n'est plus la même que celle de la veille. L'euphorie a disparu, la chaleur de leurs ébats n'est plus là non plus et au lieu d'un sentiment de bien-être, les deux amants sont envahis par un sentiment de culpabilté. Les bras de Yamato sont toujours autour du corps chaud du grisonnant qui vient à peine d'ouvrir les yeux, ses mains caressant distraitement les hanches de ce dernier. Le brun n'a pas envie de reprendre ses responsabilités. Il est bien, là, et il ne peut pas nier que la nuit dernière était tout simplement parfaite. Pourtant, une douleur insoutenable l'anime peu à peu. La peur de voir sa famille brisée, de blesser Hikari et d'entraîner Yui là dedans... Kakashi n'est pas en reste. Lui aussi est capable de réaliser que tout ça n'est qu'une grave erreur. Jamais il n'aurait du s'intéresser à un homme marié, jamais il n'aurait du accepter de venir boire un verre puis dormir ici. L'argenté n'a même pas envie de parler. Il se dégoûte profondément. Encore nu, il tire les draps sur lui et plonge son regard dans le vide. Que faire maintenant ? Le libraire se sent profondément amoureux de Yamato, cette nuit à deux l'a confirmé. Pourtant, il ignore si cet amour est réciproque et quand bien même, ce serait impossible de le vivre. Le brun est marié, et père. Jamais il ne laisserait sa famille pour lui. Kakashi ne veut pas être un briseur de couple, un briseur de famille. Si une relation n'est pas possible entre eux, le mieux reste de ne plus jamais se voir. Après tout, le temps finira par faire son travail et ni lui, ni Yamato, ne regretteraient cette décision. La chambre a l'air si froide désormais. Les draps ne suffisent pas à le réchauffer, les bras de celui qui se tient contre lui non plus. Il réalise qu'il va maintenant falloir parler. Sa voix se casse déjà, Kakashi n'a pas envie de dire tout ça, mais il le faut. Pour le bien de celui qu'il aime et qu'il veut voir heureux.

- Je vais devoir m'en aller. Et quand je dis m'en aller... C'est pour de bon Yamato.

Le brun se tend. Son sang ne fait qu'un tour et il se retrouve déjà assit sur le lit, sans même s'intéresser à sa propre nudité qui s'exposait sous les yeux du grisonnant. Ce dernier ne peut s'empêcher de détailler une dernière fois ce corps parfait qui va tellement lui manquer. Maintenant qu'il avait pu y goûter, tout serait plus difficile. Yamato, lui, voudrait couper la poire en deux, ne faire de mal à personne, lui qui est capable de voir que cette situation affecte également son amant d'un soir.

- Tu n'as rien fait de mal... C'est moi qui t'ai encouragé. Je... Je veux pas que tu partes et qu'on ne se voit plus jamais. Peut-être qu'on pourrait simplement rester amis et reprendre tout comme avant ?

Le couteau est déjà profondément enfoncé, et pourtant, Yamato semble trouver le moyen de le remuer encore et encore. Kakashi pouffe de rire. Il ne veut pas se moquer, il sait juste trop bien ce que '' rester amis '' signifie. Soit son compagnon d'infortune est extrêmement naïf, soit il essaye de faire passer la pillule pour lui faire comprendre que ne plus jamais se voir est la solution. Le libraire entreprend de s'habiller, de rapidement passer à la salle de bain et enfile sa veste. Autant s'en aller le plus vite possible, les adieux ne sont pas son fort. Yamato est perdu. Hikari ne doit évidement jamais le savoir, elle aurait trop mal, et elle partirait sans doute avec Yui. L'angoisse lui tenait les entrailles, lui cisaillait le coeur alors que son regard plein de tristesse observe son amant qui compte s'en aller. Ca ne peut pas se faire si vite, avec si peu d'intérêt, Yamato veut lui faire comprendre une chose mais quoi ? Alors il se lève et le rejoint à la porte. Cette fois, ce serait probablement la dernière fois qu'il verrait l'argenté la passer et son coeur se brisait un peu plus à chaque fois qu'il y pensait. Leurs regards se plongent l'un dans l'autre, Kakashi est le premier à se lancer et dépose un dernier baiser sur ses lèvres. Ils n'ont pas eu l'occasion d'en échanger beaucoup, mais chacun d'entre eux avaient été intense, brûlant et terriblement bon. Celui-là laissait un goût désagréable d'amertume et de déception. Pourtant, c'était le mieux que pouvait lui offrir Kakashi, qui s'effaçait maintenant dans la brume du matin. Yamato reste longtemps devant la porte, vide et muet. Le voilà de nouveau seul, alors que son corps s'active à ranger les verres de la veille, à changer les draps tâchés de nombreux fluides... Son esprit n'y est pas, Yamato ne veut plus penser.

Les semaines passent, Hikari et Yui sont de retours depuis longtemps et le père de famille ne veut rien laisser passer. Pourtant, forcé de constater que Kakashi lui manque sur bien des points, sa relation avec son épouse en souffre. La demoiselle ne comprends pas pourquoi Yamato est encore plus renfermé qu'avant. Elle met encore une fois cela sur le compte de Kakashi puisque son mari ne veut plus en entendre parler. Le brun mentait terriblement mal, c'était pourtant suffisant pour convaincre sa femme, ou du moins, à moitié. Yamato se déteste. Son monde s'écroule autour de lui alors qu'il a perdu l'homme qui lui a permis d'être heureux et plus libre durant ces derniers mois. Le brun n'avait même plus envie de sortir, plus envie de faire quoi que ce soit si ce n'était pas en compagnie du libraire. Certains soirs, il devait résister des heures contre l'envie de seulement l'appeler, pour parler, entendre sa voix. Le summum de la honte pour le trentenaire était de ne plus réussir à désirer son épouse, et au lieu de ça, de se faire plaisir en solitaire en repensant avec frustration à la nuit passée avec Kakashi. A la maison, les disputes sont de plus en plus fréquentes. Hikari a l'impression de ne plus lui plaire, Yamato la trouve envahissante. Hikari a l'impression que son mari n'est pas heureux avec elle, Yamato lui répond qu'elle n'a pas à se soucier de ses états d'âme. Il évite la communication, son regard et ses tentatives de reconstruction. Le père de famille réalise petit à petit, horrifié, qu'il se sent de nouveau mis en cage et que la clef est soit dans les mains de Kakashi, soit dans celles de sa compagne. L'hésitation le paralyse et l'empêche d'être honnête avec ceux qui en ont le plus besoin.

Le libraire lui, a reprit sa vie. Difficilement et après des nuits entières à lutter contre ses larmes. Pleurer ne lui ressemblait pas vraiment, et pourtant, il ne pouvait pas s'en empêcher. Yamato lui manque. Yamato lui semble être l'homme de sa vie, aussi cliché que cela puisse paraître. Kakashi ne s'est jamais autorisé, en vieillissant, à ressentir quoi que ce soit de romantique pour ses amants. Alors, pour étouffer cet amour qui ne menait à rien, le grisonnant s'offre à d'autres hommes. Il traîne dans les bars en quête d'un homme qui saura lui faire oublier Yamato, juste pour une nuit. Les ébats sont satisfaisants, agréables, mais jamais aussi intenses qu'avec le brun. Les respiratons contre son oreille ne le font pas frissonner comme lui, les gémissements étouffés ne sonnent pas comme les siens, les caresses qu'on lui prodigue sont trop fades... Kakashi ne sait pas si il sera un jour capable de le laisser de côté. Un soir cependant, alors que l'argenté vient de se poser tranquillement sur son canapé, le bruit de la sonnette retenti. Il n'attend pas de visite à une heure pareille alors il se rend prudemment à l'entrée. Le risque qu'un de ses coups d'un soir viennent toquer avec l'espoir de construire quelque chose avec lui était réel. Alors, un peu méfiant, le libraire entrouvre la porte et s'arrête instantanément de respirer quand ses yeux sont capables d'identifier qui se tient là. Dans un élan de panique, il referme aussitôt. Décontenancé, Kakashi n'arrive pas à croire que Yamato ai le culot de se présenter ici.

- Tu devrais pas être là.

Son ton est froid, dénué d'émotions. Pourtant de véritables vagues le secoue. Il a peur de prononcer d'autres mots et que l'homme derrière la porte soit capable d'entendre à quel point il se sentait misérable. Yamato appuie son front contre la porte. Il s'attendait à cette réaction. Après tout, c'est la deuxième fois qu'il vient ici pour tirer Kakashi de son appartement alors qu'il ne voulait plus le voir.. Pourtant, il aura fallu un courage immense au brun pour briser encore une fois ses chaînes et s'écouter lui plutôt que ses responsabilités.

- Je t'en supplie, ouvre moi. Je veux te voir j'en peux plus.

La voix qui retentie est fatiguée, un peu lointaine et éteinte. Le grisonnant hésite encore et se décide enfin. Il ouvre la porte et tire Yamato à l'intérieur avant de se jeter sur ses lèvres. Au diable tout le reste. Tant pis pour sa promesse, pour ses adieux. Tant pis. La bouche qui lui répond lui a tellement manqué. Le brun frissonne mais repousse doucement le libraire. Il ne veut pas tout brusquer et refaire des erreurs.

- Je suis pas venu pour ça Kakashi... Vraiment...

L'intéressé ne veut rien entendre. Son regard est déjà plein d'envie, sa respiration rapide. Kakashi a attendu trop longtemps, il le veut tout de suite, sans discussions. Il n'a pas besoin de mots, juste de gestes, de preuves.

- Et alors... Maintenant que t'es là, baise moi.

Yamato sursaute. Est-ce que c'est vraiment le Kakashi qu'il a connu qui se tient en face de lui, déjà en train d'essayer de lui retirer son pantalon ? Non, c'est autre chose. Quelque chose qui ne lui plaît pas. Il sait que son ancien amant cherche absolument à éviter les problèmes. Parler est trop douloureux, surtout de ce genre de choses, alors que s'abandonner au sexe est nettement plus simple et agréable. Le brun ne manque pas d'envie, mais il préfère le repousser encore, un peu plus.

- Arrêtes... J'ai envie de toi aussi. Mais j'ai besoin de parler de plus que ça. Je veux qu'on se voit. Je peux pas te dire adieu je n'y arrive pas. Et je sais à quel point c'est mal de faire ça, mais je veux le faire.

Kakashi obéit et se calme. Surtout après avoir entendu Yamato prononcer ces mots. Il est alors prêt à mentir à sa famille et à être un mari adultère, juste pour vivre une petite idylle avec lui ? Pendant un moment, les deux débattent. Le grisonnant essaye de lui faire comprendre que tout ça n'apporterait que du mal, mais petit à petit, Yamato parvient à le convaincre. En réalité, si Kakashi cède encore une fois, c'est surtout parce que pour la première fois, il a l'impression que le père de famille parle avec sincérité et surtout avec des sentiments. Et non pas seulement sur le coup de la frustration et de l'envie. C'est une avancée considérable, bien que l'argenté ne soit toujours pas à l'aise avec le faire d'être l'amant secret de l'homme qui se tient maintenant dans son lit. Ils avaient finalement craqués, encore un fois. Et de maintes et maintes fois suivraient encore. A chaque fois, Yamato prétexte une sortie et à chaque fois, il vient retrouver son amant. A chaque fois, les deux hommes font l'amour éperdument, comme si ils risquaient de se retrouver pour la dernière fois. Ce n'est pas une situation satisfaisante, mais Yamato sait qu'il ne peut plus se passer de Kakashi, qui pense de son côté exactement la même chose.

Malheureusement, l'idylle cachée ne le reste pas longtemps. Hikari n'est pas idiote, loin de là. Depuis quelques temps son mari s'absente sans trop donner de raison, refuse d'honorer son '' devoir d'époux '' au creux de leur lit. Pourtant, la jolie brune s'est remise en question et a essayé de faire des tas d'efforts, de proposer des choses nouvelles à son compagnon, même de changer si il le souhaitait ! Mais à chaque fois les sollicitations de la jeune mère restaient vaines. Il ne l'avait plus touché depuis des mois et pour cause, seul Kakashi lui faisait de l'effet et tout son appétit sexuel était dirigé envers ce dernier. Découvrir une autre sexualité à l'âge de trente ans n'était pas non plus une mince affaire. Toute sa vie, Yamato avait pensé être attiré par les femmes seulement, et n'avait jamais su trop quoi penser de l'homosexualité. De manière générale, il n'en pensait rien, puisque ça ne s'appliquait pas à lui. Maintenant, la honte le gagnait un peu, il est vrai. Sa génération n'était pas des plus ouvertes à ce sujet et étant enfant, les moqueries envers ceux qui pouvaient s'intéresser au même sexe étaient nombreuses. Encore plus dans l'adolescence. Il fallait prouver à tout le monde qu'on était capable de se trouver une petite copine et d'être un vrai tombeur, sous peine de se voir accusé d'être un '' sale pd ''. De nombreuses fois le brun avait entendu cette insulte et il l'avait sans doute prononcée à son tour. Le petit village d'où il venait n'étant vraiment pas un modèle d'ouverture d'esprit. Aujourd'hui, alors que son amour était dirigé vers un homme, il s'en voulait d'avoir pu être aussi idiot, mais les stigmates de son adolescente ne le laissait pas penser non plus que cette attirance était des plus normales. Hikari était cependant bien loin d'imaginer une tromperie avec un homme. En effet, la brune soupçonnait une autre femme dans la vie de Yamato. Son plan était bien rodé. Attendre que son époux parte se doucher et en profiter pour fouiller dans ses affaires et son téléphone. Une fois que le terrain était sûr et que Yamato allait en avoir pour une quinzaine de minutes sous la douche, la jeune mère s'empresse de fouiller partout. La veste d'abord. Les poches. Rien. Quelques papiers et pièces qui traînent mais rien d'accablant. Elle avait espérée ou plutôt redoutée, de retrouver des préservatifs. Alors, son attention se porte sur le téléphone portable de Yamato. Les mains tremblantes, terrifiée à l'idée de trouver quelque chose, la demoiselle glisse son doigt sur l'écran et se rend directement dans les messages. Son souffle se coupe. Des larmes de rage et de douleurs montent dans ses yeux. Hikari continue sa lecture afin d'être certaine qu'elle ne rêve pas, que ses accusations seront fondées. Elle tente de tenir le plus longtemps possible mais elle lâche le portable quand son regard se pose sur deux mots. '' Je t'aime ''. Alors c'était donc ça? Si son mari ne se consacrait plus à elle c'était à cause de Kakashi ? Un cri puissant s'échappe de sa bouche, elle tombe à genoux, le visage enfoui dans ses mains alors que son corps entier est secoué par les larmes. Affolé, Yamato sort de la salle de bain à moitié habillé et à moitié trempé pour constater l'affreux spectacle. Le portable au sol, près de son épouse... Il a comprit et sur le coup, se retrouve tétanisé, sans pouvoir rien dire. Elle se relève pourtant, se jette sur lui en hurlant et en criant des tas de choses qu'il ne parvient pas à comprendre. Elle martèle le torse de l'homme qu'elle aime avec ses poings, pleure autant qu'elle peut.

- Comment est-ce que tu peux me faire ça ? A moi?! A Yui ! On est une famille ! Et toi tu préfères t'envoyer en l'air avec... Avec ton stupide libraire ! Depuis combien de temps tu me ments? Depuis combien de temps tu te le tapes ? Tu comptais continuer encore longtemps ? Je t'aimais tellement... J'ai toujours voulu qu'on soit heureux... Et toi.. Toi tu te permet de dire '' Je t'aime '' à un pauvre type comme lui ?

La haine l'emporte et Hikari perd le contrôle. Yamato lui, se sent terriblement décontenancé. Comme si le monde s'écroulait cette fois pour de vrai et que tout ce qu'il pouvait faire était de regarder. Nier ne servait à rien et honnêtement, le brun n'avait ni l'envie, ni la force de continuer à mentir. Au fond, un certain soulagement naissait au fond de lui, mais encore trop faible comparé à la douleur de voir celle qui fut si longtemps son épouse, dans un état pareil. Alors, le père de famille se contente de répondre doucement.

- Je suis désolé Hikari... Mais je me mens à moi-même depuis trop longtemps déjà et... Rencontrer Kakashi m'a juste fait comprendre que je ne suis pas fait pour cette vie, comme j'ai voulu me le faire croire. J'aime Yui de tout mon coeur et il est la chose la plus importante à mes yeux. Mais... Je... Je n'arrive plus à être amoureux de toi.. Je suis désolé.

Le clou est entièrement enfoncé désormais. Plus de retour en arrière n'est possible et Hikari reste bouche bée. Elle vient de comprendre que son mari, celui avec qui elle a batti sa vie, vient de la quitter. Alors, la rage n'en est que plus forte et elle se dépêche d'aller lui chercher des affaires. Hystérique, elle enfonce des vêtements et quelques unes de ses affaires personnelles dans un grand sac. Yamato devine aisément ce que cela signifie. Terrifié à l'idée d'être mis dehors sans pouvoir rester avec son fils, il tente de la raisonner, en vain. Le mal est bien trop fait. Le petit Yui est dans l'encadrement de la porte de sa chambre et pleure de grosses larmes. Il déteste voir ses parents se disputer et du haut de ses six ans, l'enfant comprends que cette fois-ci est plus grave que toutes les autres fois réunies. Le brun s'empresse d'aller le serrer dans ses bras et de lui murmurer à l'oreille :

- Tout va bien mon grand... Papa va revenir... Je te promet qu'on se revoit très bientôt... Je t'aime.

Et à l'entente de ces derniers mots, Hikari se met à trembler, se remettant à penser que plus jamais ces deux petits mots ne lui seront destinés. Elle pousse alors son mari dehors, la voix brisée par tous les cris, jette son sac de toutes ses forces et claque la porte. Yamato se retrouve dehors, rejetté par sa famille, qui vient de voler en éclat alors que pour une fois dans sa vie, il a fait passé son bonheur avant celui des autres.