Navrée pour le retard mais j'étais en pleine période d'examen. J'espère que ce chapitre vous plaira même s'il n'est pas aussi long que je l'aurai voulu.
Encore une fois, je m'excuse par avance pour les fautes éventuelles, malgré tout le soin apporté à la correction. Et si vous trouvez des incohérences... n'oubliez pas de me les signaler.
Merci à Emma et à Sorka, dont les reviews m'ont fait énormément plaisir, j'espère que ce chapitre vous plaira!
Les reviews sont les bienvenues...
Chapitre 7 ; L'oiseau
Le soleil se leva sur un monde complètement gelé et figé. Il n'y avait plus de neige, mais un vent cruel soufflait par bourrasques violentes, faisant trembler les branches des arbres nus. La lumière était rosée, voilée par un écran de nuages bas qui resteraient toute la journée.
Sigrid prit un bain chaud, qui embua la salle d'eau. Ses compagnes commençaient plus tard qu'elle ce matin là, et leur sommeil était encore lourd et paisible. Elle s'habilla en silence et en claquant des dents dans la pièce froide. Elle dompta ses longs cheveux, qui retombèrent en un voile sombre sur ses frêles épaules. Elle se tira la langue dans le miroir.
Il y avait peu de monde dans la grande salle et peu de paroles étaient échangées de si bon matin. Le ciel magique au-dessus de leurs têtes était d'un gris perle et maussade. « Sigrid ! » appela une voix grave. Anthony, à la table des Serdaigle, lui faisait de grands signes, tout joyeux, entouré de ses camarades. Elle soupira intérieurement et afficha un sourire forcé. Elle se pencha vers le jeune homme et déposa un baiser sec sur ses lèvres, sans s'y attarder. Elle s'assit en face de lui, se servit une tasse de café. La délicieuse odeur et le goût fort lui remontèrent un peu le moral. Anthony la dévorait du regard, de la tendresse imprimait chaque trait de son visage.
« - Par quoi commences-tu ? demanda-t-il.
-Métamorphoses.
J-e croyais que les filles avaient cours avec toi, s'étonna-t-il.
-Oui, d'habitude. Mais la classe a été séparée en deux, Dumbledore voulait s'occuper un peu plus de chaque élève pour le nouvel exercice.
-Qu'est ce que c'est ? interrogea une jolie blonde, à la peau pâle.
-Aucune idée. Il a dit que ce serait une surprise. »
A cet instant, les chouettes entrèrent à grand bruit dans la grande salle. Sigrid ne leva pas la tête. Elle ne recevait jamais rien de tout façon. Mais à sa grande surprise, une grande chouette au plumage brun laissa tomber une lettre devant elle. Elle reconnut l'écriture serrée de Lloyd qui s'étalait sur l'enveloppe. Elle la décacheta, avec une certaine nervosité.
Sigrid,
Ta présence est souhaitée à mes côtés pour les fêtes de Noël. Exceptionnellement cette année, nous sortirons ; en effet, un vieil ami à moi nous a convié au dîner qu'il organise. J'ose espérer que tu travailles bien, que tu donnes le meilleur de toi, et que tu fais honneur à ton enseignement. Marcia t'attendra sur le quai de King's Cross ce samedi, vous vous rendrez directement à la maison. Il va sans dire que j'escompte une réponse pour me confirmer l'heure de ton arrivée.
Ton tuteur, Lloyd
La jeune femme avait froncé tellement fort ses sourcils qu'une grande ligne verticale était apparue sur son front, à la fois contrariété et étonnement. Depuis quand Lloyd l'emmenait elle avec lui lors de ses nombreuses soirées ? En tout cas, la lettre était à son image : froide, concise et impérative. Qu'il envoie la bonne pour venir la chercher ne la surprenait pas ; au contraire, c'était la seule lueur d'espoir dans ce papier. Marcia était sa seule consolation dans la maison lorsqu'elle était enfant, qui la consolait, et parvenait à lui faire passer un peu de nourriture car elle était, souvent, privée de dîner. Ses deux parents étaient sorciers, mais elle n'avait jamais fait preuve du moindre talent magique. Une Cracmolle, que son tuteur méprisait cordialement mais il fallait reconnaître qu'elle était une vraie perle pour tenir une maison.
Elle remit la lettre dans l'enveloppe. Il était pour elle temps de se rendre en cours ; Anthony commença :
« -Je vais t'accomp…
- Ce n'est pas la peine, je trouverai mon chemin toute seule merci, » répliqua-t-elle vertement.
Elle ramassa ses affaires et sortit sans voir l'air blessé qu'avait pris le garçon. Il se rassit, sous les regards lourds de reproches de ses amis.
« - On t'avait prévenu, grinça une fille solidement charpentée, aux longs cheveux bouclés.
-Oui, renchérit un jeune homme aux yeux verts, elle ne fait que te rabrouer et toi… tu ne dis rien. A mon avis, elle n'a aucun sentiment pour toi. Tu ferais mieux de te trouver une fille moi compliquée. Et avec un peu plus de cœur.
-Je sais. Mais je n'y peux rien, je crois que je… »
Il n'acheva pas la phrase mais il rougit. Il l'aimait, tout simplement. Elle avait beau être aussi froide que la glace, sembler avoir un cœur de pierre, il espérait bien la faire flancher un jour.
La jeune fille écoutait le professeur leur expliquer ce qu'ils allaient faire aujourd'hui.
« Voyez vous la plume qui se trouve devant vous ? »
Les élèves hochèrent la tête. C'étaient des plumes toutes semblables, longues et blanches. Sigrid la caressa, pour le simple plaisir de sentir sa douceur. La voix de Dumbledore résonnait dans la grande pièce, tandis qu'il marchait. Il ne tenait pas en place.
« -Avec ce nouveau sort, cette plume va vous révéler beaucoup sur vous-même.
-Comment cela ? interrogea un peu péremptoirement une Serpentard.
-Et bien, selon vos personnalités,elle se transformera en un certain oiseau.
-Mais d'où est-elle issue? demanda Sigrid, un peu étonnée.
-En fait, aussi étrange que cela puisse paraître, ces plumes ne viennent pas d'un oiseau, mais d'un arbre.
--Comment un arbre pourrait-il donner des plumes ? s'exclama un garçon à la voix un peu rauque.
-C'est un arbre un peu spécial. Cela constituera le sujet d'un de vos devoirs pour la rentrée, de trouver quel arbre justement. Mais en attendant, ce n'est pas notre problème. Il faut vous concentrer sur la plume, en prononçant bien distinctement «Aucellusia ! ». Allez y. »
Des « Aucellusia» retentirent un peu partout, mais sans succès. Sigrid comprit pourquoi le professeur avait tenu à séparer la classe en deux. Au bout d'une heure et demie, personne n'avait réussi, tandis que leur professeur affichait un bien mystérieux sourire. Elle grimaça, un peu furieuse de ne pas y parvenir. Elle jura entre ses dents et articula encore la formule.
Mais cette fois, ce fut différent. La plume se souleva dans les airs. Il y eut un petit moment où elle demeura en l'air puis elle grossit et se métamorphosa. Elle n'eut aucun mal à reconnaître l'espèce, surtout pour une sorcière. L'oiseau avait des yeux d'ambre, et un plumage fauve.
« Bravo Mademoiselle Haufter, dit Dumbledore en souriant. Une chouette.
La jeune fille tendit la main vers l'animal qui manqua de lui donner un coup de bec. Elle ne peut s'empêcher d'être amusée. La créature réagissait exactement comme elle quand on voulait lui donner un signe de tendresse. Elle se sentait tout de même un peu désappointée ; elle aurait préféré un oiseau plus noble ou plus racé, comme l'aigle ou comme un rossignol, avec son chant incroyablement mélancolique. Son professeur avait les yeux qui pétillaient devant l'air déçu de la jeune fille.
« Etant donné que vous êtes la seule à avoir réussi, vous avez gagné le droit de chercher ce que cet oiseau peut bien vous apprendre sur vous. »
Il y eut un rire un peu hautain de la part de la Serpentard.
« Oui, qu'elle pourrait peut-être nous distribuer le courrier tous les matins. »
Des ricanements accueillirent la plaisanterie mais Sigrid les ignora. La cloche retentit et Dumbledore leur fit signe de partir, non sans prendre soin de retransformer la chouette, décidément très semblable à sa créatrice car elle tenta aussi de mordre le professeur, en une banale plume blanche.
Elle aurait payé cher pour avoir cours avec Jedusor, afin de savoir en quel oiseau sa plume se serait métamorphosée. En sortant de la salle, elle croisa ses trois compagnes de chambre, qui semblaient être tombées du lit malgré les heures supplémentaires de sommeil. Tom parlait avec ses… amis mais il interrompit sa conversation en la reconnaissant. Pas un mot, pas un haussement de sourcil menaçant ou même un sourire moqueur. Seulement un regard. Un long regard ambré, le même que celui de l'oiseau, lorsqu'elle y songeait.
Elle avait deux heures de libre devant elle. Elle se rendit à la bibliothèque, complètement vide, avec une odeur de vieux parchemin. Elle était curieuse de chercher la signification de cet oiseau. Elle tira un gros volume, sous les yeux acérés de Madame Pince, qui si elle avait pu, aurait fait une sélection sévère à l'entrée de son sanctuaire.
Elle s'assit tout près de la fenêtre, et se plongea dans le livre. Elle qui avait voulu un oiseau un peu plus aristocratique ou tout du moins un peu plus joli que la chouette ne fut pas déçue. La chouette était la fidèle compagne d'Athéna, déesse à la fois des arts et de la guerre. Cet oiseau était aussi un présage funeste ; mais qu'il représente à la fois la connaissance et la violence expliquait pourquoi elle s'était vue attribuer un tel animal.
Elle s'avança dans ses devoirs, mais fut incapable de trouver l'arbre qui produisait des plumes étranges, malgré tous ses efforts. Peut être trouverait elle une meilleure documentation chez elle, sans personne pour passer la voir toutes les dix minutes pour vérifier qu'elle ne sacrifiait pas les précieux ouvrages et qui faisait semblant de faire la poussière sur les étagères pour mieux la surveiller.
Elle en profita pour écrire sa réponse à Lloyd et réussit le tour de force d'être encore plus froide et concise que lui.
Lloyd,
J'arriverai à la gare ce samedi, à 19h00.
Ta pupille.
Pour être honnête, cela tenait plus du télégramme qu'une simple lettre. Si elle avait été un peu plus faible, elle aurait tout simplement fondu en larmes en recevant le mot de son tuteur ce matin là. Elle aurait aimé passer Noël ici, et pas dans une maison qui lui donnait l'impression de se refermer comme un piège sur elle à chaque fois qu'elle s'y rendait.
Elle tenta de se souvenir de ses Noël avec ses parents. En y pensant, elle ressentait toujours une impression de chaleur et d'amour. Ils vivaient dans une maison un peu à l'écart des autres, et si, malgré l'hiver rude que connaissait cette région d'Allemagne, il n'avait pas neigé cette année là, ses parents, grâce à leurs baguettes, faisaient tomber des flocons aussi gros que des balles de coton. Le sapin, lui aussi ensorcelé, brillait de mille feux et chantait tout seul des cantiques. Pourtant, elle redoutait cette fête à présent ; ses parents étaient morts ce jour là. Elle avait entendu leurs cris, leurs hurlements de douleur, tandis qu'elle était tapie dans un placard, tremblante. Elle avait menti à Tom en lui disant qu'elle n'avait pas été là ; elle était sûre qu'il lui aurait demandé plus de détails et ça lui était insupportable. Elle n'avait que huit ans.
« Je te dérange ? »
Elle sursauta. Tom venait de s'asseoir en face d'elle. Il l'avait regardée pendant cinq bonnes minutes, perdue dans ses pensées, le soleil d'hiver enfin sorti illuminant un peu ses cheveux. Il constat que ses yeux étaient très bleus ce jour là, et tristes.
« -Non, je t'en prie. Le cours est déjà fini ?
-Non, mais comme j'ai réussi au bout d'une heure, Dumbledore m'a laissé partir.
-Ah oui ? Et… en quoi ton oiseau s'est il transformé ? interrogea-t-elle, curieuse.
-Mystère. Tu n'auras qu'à le demander aux filles de ta maison, elles se feront un plaisir de te répondre, » dit-il moqueur.
Sigrid eut une moue boudeuse, un peu enfantine.
« - Qu'est ce que tu fais pour les vacances ? s'enquérit-il.
-Je rentre chez mon tuteur. Et toi ?
-Je reste ici. Cela n'a pas l'air de te réjouir de rentrer.
-Me réjouir ? Nettoyer tout le château après le passage de Peeves serait plus réjouissant ! On me surnomme la reine des Glaces, mais Lloyd est sans conteste l'empereur, et question cruauté, il peut s'aligner !
-Il est un partisan de Grindelwald ?
-Non, mais tu sais quoi Tom ? Le monde ne se divise pas en deux, avec d'un côté les méchants obligatoirement du côté de ce sorcier et de l'autre les gentils. La preuve, regarde toi. »
Il sourit, toujours ce même sourire terrifiant, qui n'atteignait pas ses yeux. Il avait beau avoir des iris sombres, qui auraient dû être chaleureux, un air glacé s'en échappait. Néanmoins, malgré les piques, c'était la première conversation à peu près normale qu'ils avaient. Etrangement, il semblait se soucier d'elle, ce qui au lieu de lui faire plaisir, l'inquiéta un peu. Il y avait quelque chose qui sonnait faux dans ses mots, comme s'il pensait qu'en se montrant un peu plus aimable, elle lui serait plus agréable.Elle hésita à poser une question qui la tracassait depuis la veille, quand il l'avait menacée.
« - Que veux tu que je fasse pour toi ?
-Vaste question. Beaucoup en vérité. La principale, je veux que tu rejoignes mon groupe.
-Ton groupe ? Celui que tu formes pour prendre la place de…
-Oui, celui là même.
-Je ne comprends toujours pas pourquoi je ne t'ai pas dénoncé, soupira-t-elle.
-D'abord parce tu savais que l'on ne te croirait sûrement pas. Ensuite, parce que tu sais que cela pourrait te servir. C'est une simple proposition, mais réfléchis-y sérieusement.
-Et si je refuse ?
J-e pourrais faire de ta vie un enfer, Haufter, crois moi. »
Sur cette parole, faite d'un ton aussi léger que s'il parlait de la pluie et du beau temps, il se leva et s'en alla. Elle se mordit les lèvres ; pour la première fois, elle prenait ses menaces au sérieux. Elle n'avait pas oublié le lac dans lequel elle avait manqué de se noyer…
Au déjeuner, elle retrouva ses compagnes, qui paraissaient toutes de fort mauvaise humeur. Aucune n'avait réussi à transformer la plume. Mais lorsque Sigrid leur demanda en quel oiseau s'était transformée celle de Tom, elles furent incapables de répondre.
« Sitôt que l'oiseau est apparu, il l'a tout de suite retransformé en plume, comme s'il ne voulait pas qu'on le voie. », dit Jill.
Quel secret révélait l'animal sur Tom ?
Le jour de son départ, elle souhaita un joyeux Noël aux filles, qui restaient aussi à Poudlard. Elle descendit dans la pièce commune. Un paquet était posé sur une table basse, avec une inscription « Pour Haufter, ne l'ouvre que dans le train. » Elle se tourna vers un jeune garçon de deuxième année, le seul à être présent.
« -D'où vient ce paquet ?
-C'est un Serpentard qui me l'a donné et m'a dit de le laisser ici, »
répliqua le garçon en rougissant, d'une voix frêle.
Depuis quand Jedusor, car cela ne pouvait être que lui, lui donnait des paquets ?
Dans le hall, elle rejoignit la foule d'élèves qui rentraient chez eux. Dehors, l'air était sec et une mince fumée blanche sortait de toutes les bouches et les claquements de dents retentissaient. Sigrid serra les pans de sa cape contre elle pour se tenir un peu plus chaud mais en vain. Aussi fut elle heureuse de voir la grosse locomotive rouge qui les ramènerait à Londres.
Elle se prit un compartiment pour elle seule ; le train s'ébranla et quitta la gare. Elle prit le paquet et l'ouvrit. Son poignard était à l'intérieur avec un mot, une fine écriture penchée.
« La femme sculptée sur le manche te ressemble. Elle a l'air de quelqu'un qui cherche à se venger. Tu ne voudrais pas venger tes parents ? »
