Wakfu: New Adventure !

Chapitre 7

Toute la journée du lendemain fut consacrée à voyager, les rares pauses pour reprendre des forces et la nuit pour bivouaquer. Kyrel restait en peloton, puisqu'il n'avait pas encore la confiance de tout le groupe, et encore moins du chef d'équipe Latissa, et ce malgré le fait qu'il gardait son visage à découvert. Cette dernière ouvrait fièrement la marche, couverte d'éloges par la seconde nouvelle arrivante.

- Je n'en reviens pas tu te lances dans une quête aussi importante avec seulement deux compagnons, s'exclama l'Éliatrop. Tu as déjà une piste pour retrouver les reliques ?

- Euh… non pas vraiment, en fait, mais c'est à cause de cet émissaire à la noix qui me donne des fausses pistes !

- T'es vraiment courageuse de te lancer là-dedans !

- Ça, tu peux le dire. Ce n'est pas à n'importe qui qu'on peut confier une mission quasi divine ! Et encore moins à un individu comme Tristepin !

- Tu crois ? Pourtant, il a déjà sauvé le Monde des Douze deux fois. C'est une quête très importante, non ?

- Oui, mais non ! Pas lui c'est tout ! Je n'en reviens pas qu'il ait autant de succès avec un aussi petit cerveau ! Le pire c'est que ça conforte les autres Iops dans l'idée qu'il faut frapper plus fort que ce qu'on pense… Quand je pense à tous les efforts que j'ai dû fournir…

La princesse Sadida arriva sur ces dires, coupant nette les propos de Latissa. Certes elle avait une dent contre Pinpin, mais ce n'était pas nécessaire de l'insulter en présence de son amie. Latissa avait son honneur de guerrière et devait bien reconnaître celui de son confrère, même si ça lui faisait mal. Avec l'arrivée d'Amalia, une conversation mal à l'aise débuta, mais se brisa immédiatement sur la réflexion de l'Eliatrop à propos du sac à main de la Princesse Sadida. De là, cette dernière, les étoiles pleins les yeux, commença à déblatérer chiffons et vêtements, faisait fuir Latissa. Pour elle, les vêtements n'étaient là que pour une question de pudeur et, s'il s'agissait d'une armure pour les moins à l'aise, de protection. Elle ralentit cependant en entendant le fameux nom de Kriss la Krass, célèbre joueur de Boufbowl chez les Brak 'N Black, l'équipe de Brakmar. Encore une fois, les aventures de Pinpin l'agacèrent tant elle aurait voulu les vivre, mais les anecdotes que lui fournirent Evangéline et Ruel étaient tellement comiques, pleine de bourdes faites par le chevalier que Latissa finit par en rire, se surprenant elle-même. Il y avait longtemps qu'elle ne s'était pas laissée aller ainsi.

Mordan, de son côté, avait trouvé en Yugo un silencieux et curieux compagnon de route, et ce malgré la différence d'âge; alors qu'il partait sur un débat captivant des bûcherons éloignés des civilisations qui avaient tendance à régresser sur le plan de l'évolution intellectuelle, dont on pouvait aussi dire qu'ils avaient trouvé une sorte de nouvelle façon de vivre, coupés du monde, reclus, plus proches que jamais de la nature et de leur métier, mais une quête aussi glorieuse que celle que Latissa avait choisi volontiers de partager avec lui, simple Zobal errant, s'avérait en fait être l'expérience de toute une vie, celle-là même qu'on lui avait prédit, bien que dangereuse, dans laquelle il pourrait perdre la vie ou pire : l'un de ses masques ! Mais ce n'est pas en restant assis au coin du feu que les héros voient le jour, non, ils cherchent suicidairement l'aventure pour trouver gloire, fortune et amour ! Même si ce dernier point reste un peu sombre finalement…

Yugo éclata soudain de rire, prenant de court le Zobal en pleine réflexion. Néanmoins, le rire du petit Eliatrop était contagieux et Mordan se laissa entraîner à son tour dans l'hystérie. Le fou rire, bien qu'il ait surpris tout le groupe, détendit Mordan qui se sentait requinqué. Une fois le calme revenu, il s'adressa à son nouvel ami:

- Je t'aime bien, petit, dit-il, recouvrant son visage neutre habituel.

Soudain, Latissa, qui parlait avec Ruel, se retourna et appela Yugo. D'après les dires du vieil Enutrof, le petit garçon possédait une carte Shushu. Elle lui demanda si elle pouvait leur indiquer la prochaine auberge sur le chemin. Yugo sortit le rouleau qu'il déplia.

- Grufon, il y a une auberge pas loin ?

- C'est demandé si gentiment, soupira la carte.

Le visage du Shushu s'effaça pour laisser apparaître un plan où une croix rouge située au Nord Est était tracée. La taverne était annoncée à six kilomètre, tandis qu'Astrub, leur destination se trouvait au moins à une journée de marche.

- Et il y a une autre étape sur la route ? demanda Latissa, étonnée de la praticité du Shushu.

Cependant, ce dernier ne répondit pas. Yugo le rappela à l'ordre.

- Grufon ?

- Oui. Sur la route principale. On vous a vraiment pas appris les bonnes manières, à vous !

- Merci, Grufon, dit Yugo en l'enroulant précipitamment avant que Latissa ne sorte une flopée d'insultes.

Une heure plus tard, ils atteignirent un si petit village qu'il convenait mieux d'appeler autrement. L'auberge devait cependant être habituée à recevoir des aventuriers de passage plus que des touristes. Néanmoins, comparée au village de bûcherons qu'ils avaient quittés, cette sympathique bourgade avait tout de charmant et champêtre, digne d'un article de Phéstane Zapla dans la gazette d'Astrub.

Mordan et Ruel se chargèrent d'aller négocier des chambres tandis que le reste du groupe fureta dans les parages. Ils s'en revinrent avec les deux plus grandes chambres, négocier à un prix qui raviraient n'importe quel Enutrof, même le plus avare. Les filles montèrent s'installer tandis que ces messieurs s'attablait au pub. Dans la chambre féminine, ça jacassait tranquillement à propos de la vue, comparée à celle vue depuis la chambre d'Amalia quand Willow sortit de son sac un parchemin et un stylo, attirant le regard curieux de Latissa.

- Mais qu'est-ce que tu fais ?! Demanda Latissa, à la fois intriguée et outrée, ne remarquant même pas que cette question gênait l'intéressée.

- Je voulais envoyer une lettre à mes parents, dit-elle doucement. Pour les rassurer… Je suis partie sans trop leur donner d'explication alors, je voulais simplement leur dire que j'avais trouvé ce que je cherchais, que je me trouvais maintenant avec vous et qu'on se dirigeait vers Emelka.

- Ils font quoi tes parents, demanda Amalia, pas sûre d'elle.

- Mon père est un antiquaire, Derek Cherch. Je ne sais pas si ça vous dit quelque chose mais il paraît qu'il est très connu dans son domaine. Ma mère est une guérisseuse. Elle suit Derek et son équipe dans leurs déplacements et je faisais pareil avant de partir.

- Ruel doit sûrement le connaître, supposa Evangéline. Si tu lui dis ça, il va te harceler de questions.

Latissa scruta le visage de Willow, se disant qu'à tous les coups…

- Ils te manquent, déclara-t-elle suite à sa pensée.

- Oui. Je n'ai pas l'habitude de rester aussi longtemps sans les voir. Ça fait treize ans que je vis avec Derek et ses assistants et leur compagnie me manque.

- Ils sont où, en ce moment ?

- Au Sanctuaire de l'Almanax. Il y a une conférence sur les orbes magiques.

A l'appellation de l'endroit en question, Latissa tilta. Elle ouvrit la bouche mais se retint de justesse.

"Si je me trompe, je vais passer pour une Iop comme les autres, mais ça vaut quand même le coup non ?" Pensa-t-elle. Cependant, cette simple réflexion la faisait automatiquement sortir du lot; c'était bien connu: les Iops, ça ne réfléchit pas. Or là, cette méditation n'échappa pas aux trois filles qui échangèrent des regards à la fois surpris et inquiets. Finalement, la blonde déclara, peu sûre d'elle.

- Il me semble avoir vu sur la carte magique que le Bibliotemple était à côté d'Astrub. Après, ma mémoire de Iop me fait peut-être défaut…

- Non, c'est juste, confirma Eva.

- Mais j'ai promis à Yugo de venir à Emelka avec lui, intervint l'Eliatrop.

- Si tu lui dis que tu veux voir tes parents, il comprendra.

- Sûrement, mais je pense qu'il serait plus sage que je les attende à Emelka. Je ne pense pas que ma présence va être bénéfique à Derek.

- Pourquoi ?

- Parce que son principal concurrent y est aussi et que... Oh et puis, je ne vais pas vous embêter avec ça, dit-elle soudain en rangeant ses affaires.

Latissa commençait juste à être captivée par les dires de son amie; les batailles la passionnaient mais encore plus lorsqu'elles se déroulaient sur le plan intellectuel. Elle trouvait ça tellement impressionnant, le fait de pouvoir se battre non pas avec les poings mais avec les mots… Elle s'avança vers le lit de Willow et s'assit en tailleur par terre, oubliant son tablar et ses dessous que l'on risquait de voir. Ce faisant, Latissa s'aperçut que les deux autres filles venaient de l'imiter. Amalia semblait de la même humeur que la Iop et voulait en connaître d'avantage.

- Que s'est-il passé qui t'empêche d'aller voir ta famille alors que tu en meures d'envie ?

- Rien de dramatique, répondit la jeune fille en haussant les épaules. Enfin, quand on ne fait pas parti du cercle très fermé et misogyne des chercheurs.

Willow se cala contre le mur et prit une inspiration avant de commencer à narrer ses aventures.

- Il y a moins d'un an de ça, un site datant de l'âge de la Terreur a été découvert autour du centre historique de Bonta, à l'extérieur des fortifications. C'est Derek qui a été officiellement chargé de diriger les fouilles. C'était une aubaine pour lui. S'il découvrait des vestiges du premier affrontement entre Brakmar et Bonta, sa popularité monterait en flèche et appuierait sa candidature pour le poste de Maître Fouilleur, le plus haut grade pour un chercheur.

"Mais Pillo Destrouss convoite aussi le poste. C'est un être mesquin et prêt à tout pour arriver à ses fins. Un jour, il est venu sur le site pour nous saluer et savoir comment les recherches avançaient, soit disant. Mais Derek n'était pas dupe, il savait très bien, tout comme ma mère et moi, qu'il venait dans le but de dénicher une relique avant mon père pour avoir tout le mérite. Mais nous ne pouvions pas lui en interdire l'accès. Alors, Derek m'a chargée de le surveiller pour la journée en compagnie de Driss, un de ses assistants. Cela a marché, tellement bien que je l'ai surpris en train de fouiller au mauvaise endroit.

"Quelques jours plus tôt nous avions découvert une zone très intéressante mais nous ne pouvions pas abandonner le chantier principal alors, nous l'avions laissé en suspend. J'ai discrètement suivi Pillo pendant que Driss allait prévenir mon père pour le prendre sur le fait et le chasser du chantier. Mais ils mettaient trop de temps à revenir et je voyais Pillo creuser encore et encore et déterrer des trésors que Derek aurait dû trouver. Alors, je suis intervenue.

"J'ai utilisé un portail zaap et je l'ai renvoyé aux portes de la ville, lui et son équipe. Derek et Driss sont arrivés peu après. Je leur ai expliqué ce qui s'était passé. J'avais écarté le danger pour quelque temps, mais Pillo reviendrait à la charge tôt ou tard.

"Depuis que vous avez sauvé ton Royaume, Amalia, les portails éliatrops ne sont plus un secret pour personne. Quand il a refait surface, quelques heures plus tard, Pillo a crié au scandale et m'a accusé d'avoir essayé de le tuer. Derek lui a dit que je les avais pris pour des bandits et que pour la gloire de la Confrérie des chercheurs, je les avais fait disparaître. Vous auriez vu leurs têtes, ajouta-t-elle en riant. Après, Derek a déterré lui-même les reliques et les a enfermé dans un coffre gardé par une demi-douzaine de Féca en leur assurant que leurs efforts seraient mentionnés lors de la présentation officielle.

"Depuis, Pillo me voue une haine inconditionnelle et j'ai peur que cela n'ait des conséquences sur la campagne de Derek."

Après cette histoire, un silence pesant s'installa dans la pièce, les filles encore captivées par les mots de Willow. Evangeline soupira et déclara qu'il n'y avait pas d'autre solution qu'attendre qu'un nouveau Maître Fouilleur soit désigné.

- Dès que nous serons à Astrub, nous nous rendrons personnellement à l'Annuaire de l'Almanax pour lui transmettre ta lettre, déclara la Crâ solennellement.

- Pour une fois, notre réputation va jouer en notre faveur, ajouta Amalia.

- Vous feriez vraiment ça, s'exclama la jeune fille, pleine d'espoir.

- Bien sûr et puis, je t'avouerai que cet ordre m'a toujours intriguée.

- Et ce Pillo Destrouss mérite une bonne leçon, renchérit Latissa en agitant son poing.

Willow, émut devant tant d'ardeurs à défendre sa cause, éclata de joie.

- Allons fêter ça !

- Fêter quoi, demanda Amalia.

- Notre rencontre, la quête des dieux et votre intervention prochaine auprès de ce cher Pillo.

Latissa éclata de rire et fut vite rejoint par tout le reste de la bande avant de descendre en chahutant dans la salle commune de l'auberge où les garçons étaient déjà présents.