Je lâche enfin le premier tome de Twilight que je viens de terminer et vous passe la suite !

: Journal des Reviewers :

Tema-chan : Oh ben si, il a été tellement méchant avec elle ! XD Kiss et merci !

Dreamaw : Ta théorie est intéressante. Tu auras la confirmation dans quelques chapitres. En attendant, c'est vrai que Mai est téméraire et ce n'est pas fini ! Kiss et merci !

Tif : Hu hu hu, mici !

Memelyne : Mdr moi aussi, je l'imagine bien dans ce moment-là, complètement sous pression. XD Naru, quel tombeur ! Kiss et merci !

Tite-lovely : Merci beaucoup, je me bats quotidiennement contre le OOC. Kiss !

Youkai-chan : Merci beaucoup, ça fait super plaisir à lire ! J'ai vu que tu faisais aussi une fic, j'irai la lire au plus vite ! J'avoue, j'ai écrit cette fic car je suis frustrée. En même temps, c'est très souvent le cas avec moi, mdr ! J'espère que la suite te plaira toujours autant ! Kiss

Allez, on en rajoute une tite couche, rien que pour le fun ! XD


File 7 : Ce qui n'était pas prévu

Mai erra au hasard des couloirs, les poings toujours étroitement serrés par la colère. Elle serrait aussi la mâchoire, le larynx douloureusement étroit. Ses yeux lui faisaient mal, ils lui brûlaient. Son cœur bondissait à tout rompre dans sa poitrine. Elle avait mal. Ce silence l'avait bien plus affectée que ce qu'elle pensait.

Elle s'arrêta de marcher. Faire le manoir en long, en large et en travers ne l'aiderait en rien. Elle devait se calmer.

Elle se tourna alors du côté de la fenêtre près de laquelle elle s'était arrêtée et s'assit sur la petite banquette qu'elle comportait. Accoudée au rebord, l'adolescente posa la tête dans ses bras et contempla le dehors. C'était la fin de l'après-midi mais les quelques rayons qui demeuraient dirigés sur elle étaient encore très chauds. La teinte du ciel avait déjà commencé à décliner et la couleur du soleil s'était assombrie vers le mordoré. Cette couleur rendait bien sur la surface du petit étang japonais. Le dos blanc des carpes koï qui nageaient en surface devenaient un miroir vivant qui jouait avec les reflets de l'eau. Les longues branches qui constituaient la chevelure végétale d'un gros saule pleureur se mêlaient entre elles. Mai devinait d'ici le bruissement paisible que devait produire le frottement des feuilles les unes contre les autres. Dans quelques heures à peine, le soleil se coucherait sur une nouvelle nuit, la première réellement tranquille pour les habitants de la demeure.

Et elle, sur quoi se coucherait-elle ? Sur un silence. Un pénible silence. Un silence d'indifférence.

L'adolescente s'enfonça les ongles dans la paume de sa main. Il n'avait rien répondu. Il était encore resté complètement imperméable aux mots qu'on lui disait et hermétique sur ses sentiments. Du néant. C'était tout ce qu'elle lui inspirait. Ou peut-être un vague ennui.

Mai enfouit son visage dans ses bras. Pourquoi prenait-elle autant tout cela à cœur ? Ce n'était pas la première fois que Naru leur faisait comprendre que rien ne l'attachait et qu'il ne s'attachait à rien ni personne. Elle connaissait déjà cet aspect de sa personnalité complexe et simpliste à la fois. La vérité était pourtant là : elle se sentait blessée. Une fois de plus, il lui faisait du mal. Elle en avait assez d'aimer un bloc de marbre sur lequel tout glissait sans ne laisser aucune trace.

Elle se redressa, dépitée. « Aimer ». C'était donc ça ?

_ Je l'aime toujours.

Elle eut un maigre sourire. Elle n'était qu'une idiote. Ou plutôt masochiste. Quel plaisir trouvait-elle à se faire toujours rembarrer par Naru ? Mais qu'est-ce qui commandait le cœur ? Certainement pas la raison.

_ Mai-san… ?

_ Hu ? Oh, Fusae-san…

L'adolescente se leva vite à l'approche de la maîtresse de maison qui venait d'arriver au détour du couloir.

_ Tout va bien ? demanda la femme d'un air soucieux. Tu as une petite mine.

_ Ca va, lui répondit la jeune fille qui préféra mettre ses problèmes de cœur de côté. Vous devez être soulagée pour votre fils.

Madame Yamagoe l'approuva. Cette histoire était d'une grande tristesse. L'amour pouvait faire faire des choses folles aux hommes, même les moins louables. Mais peu importe ce que l'on pouvait faire, les sentiments demeuraient les plus forts. Mai garda cette dernière partie dans un coin de sa tête.

Malgré tout, l'élégante hôtesse de notre amie n'était pas dupe et devinait que ce sourire résolu cachait quelque chose. Aussi eut-elle une idée et proposa à son interlocutrice de la suivre.

Toutes deux montèrent au second étage du manoir. Mai ignorait ce que cette partie de la maison pouvait abriter mais sa curiosité était trop titillée pour pouvoir décliner la proposition. Et puis, il fallait être honnête, elle se sentait très flattée qu'une personnalité telle que Fusae Yamagoe la prenne à part, elle qui n'avait pas dû lui faire une très bonne impression lors de son arrivée.

Arrivées au bout du couloir, Fusae grimpa le petit escalier qui fermait le corridor, poussa la porte qui se trouvait au bout et invita Mai à entrer. Une pièce à la lumière tamisée presque feutrée accueillit la visiteuse qui fit quelques pas à l'intérieur avant d'ouvrir de grands yeux. Cette large mezzanine aménagée directement sous les toits était emplie de mannequins de couture, de rouleaux de tissus de toutes les couleurs et de tous les motifs, des morceaux de chirimen ou de brocart. En plein centre de la pièce, un large plan de travail était couvert de feuilles de papier griffonnées de notes ou de croquis en tout genre et une table voisine réunissait un impressionnant amas d'aiguilles ou de bobines de fil qui reposaient près d'une machine à coudre.

_ Whoua… C'est votre atelier ? s'émerveilla Mai en tournant sur elle-même.

_ En effet, s'amusa la femme en entrant à son tour. C'est ici que je dessine puis crée mes modèles. Veux-tu voir en avant-première ceux que je vais présenter demain soir ?

_ Oh oui ! Ce serait un honneur !

Mai en avait les yeux qui pétillaient de bonheur. La célèbre Fusae Yamagoe lui faisait visiter son atelier personnel en plus de lui montrer ses œuvres d'art. Si Masako apprenait ça, elle en serait verte de jalousie. Rien que cette pensée allégea de cœur de l'adolescente jusqu'à presque le faire décoller de sa poitrine.

La femme fit signe à Mai de s'approcher du shoji en papier de riz qui constituait le mur du fond et le fit coulisser dans ses rails de bois avant d'allumer la lumière. Elle s'immobilisa, les yeux écarquillés.

Des portes-kimonos traditionnels en bois noir laqué s'alignaient les uns derrière les autres avec une régularité quasi mathématique, tous avec un magnifique kimono préservé de la lumière vorace de couleurs et d'éclat. Chaque habit était un magnifique oiseau rare aux ailes déployées étendu en travers de sa barre de bois. Mai s'avança et longea l'allée de vêtements avec un silence admiratif.

Les costumes étaient tous plus beaux les uns que les autres, chacun avec une aura différente. Un uchikake rouge de feu au flamboyant phénix d'or qui survolait une plaine en attendant la future épouse qui allait l'endosser côtoyait un strict et révérencieux noir aux motifs réguliers et uniformes pour une riche femme mariée attachée au simplisme. Un autre kimono d'un vert émeraude profond avec des feuilles brodées d'argent apaisait son voisin, un kimono jaune impérial tagué de petits motifs de lapins terriblement mignons qu'une jeune fille dingue de la kawaii attitude courrait s'acheter quand il serait commercialisé. La jeune fille s'osa à toucher du bout des doigts les riches tissus et remarqua qu'ils différaient également selon le modèle. De la crêpe de soie pour les plus nobles, du chirimen pour les plus traditionnels ou encore du coton de la meilleure qualité pour les plus légers.

_ Fusae-san, ils sont… merveilleux. Vous êtes exceptionnellement douée ! s'exclama Mai avec enthousiasme en lui souriant. Si j'avais les moyens, je ne porterai que ça moi aussi !

Elle s'arrêta devant une tringle noire dont l'oiseau de tissu avait capté son regard. C'était un kimono pour homme légèrement gaufré dans sa texture. Ce vêtement brisait les conventions avec une audace qui ravirait les japonais les plus conservateurs. D'ordinaire, l'habit des hommes était souvent beige, gris ou noir et les motifs étaient extrêmement simples et sur toute la surface du costume. Ce n'était pas le cas de celui-ci qui était d'un bleu pétrole pénétrant et ornés de deux grues gracieuses qui pêchaient dans une marre. Le plumage des merveilleux oiseaux était brodé de gris argenté, leurs pattes à demi immergées de bronze et les effets de l'eau autour d'elles était d'un bleu pâle qui se fondait discrètement. Au loin derrière elles, une forêt avait été peinte à la main par une main de maître. Capturée par la magnificence du vêtement, Mai n'empêcha pas ses pensées d'imaginer Naru vêtu de la sorte.

_ Vous avez du goût, c'est mon plus beau modèle masculin, confia madame Yamagoe en la rejoignant. Il serait du plus bel effet sur Shibuya-san, qu'en pensez-vous ?

_ Euh… certainement… bafouilla la jeune fille, les joues roses.

Fusae pouffa gentiment de rire, amusée par sa jeune invitée.

_ Si tu acceptes d'être l'un de mes mannequins pour demain soir, je te laisse choisir celui que te souhaiterais porter.

_ Vraiment ? Je peux ?

_ Oui. Je voudrais que tu te fasses plaisir.

Mai lui rendit un sourire lumineux et s'empressa de faire le tour de la longue allée de modèles. Tout lui faisait envie, surtout les lourds uchikake de près de cinq kilos dont les couleurs chaudes et les larges dessins retenaient l'attention du spectateur mais Mai n'aurait pas la prétention de porter un habit aussi riche qui de toute manière, n'était que pour les femmes qui se mariaient. Elle n'en était pas encore là.

Ce fut de bonne humeur et ravie que notre amie redescendit plus tard au premier étage. Ce petit secret lui était précieux et même si l'envie la démangeait furieusement, elle ne voulait pas en faire part aux autres et surtout pas à Masako ou Ayako. Il lui fut donc difficile d'expliquer son absence prolongée à Bô-san qu'elle retrouva avec un casque à oreillette sur la tête.

_ On se faisait du souci pour toi, vu comment tu es partie, la gronda-t-il.

_ Plutôt toi que Naru… rectifia Mai en détournant la tête avec un sourire crispé.

Le moine fit la moue. Elle était encore vexée et elle avait raison de l'être.

_ Excuse-le et excuse-moi aussi par la même occasion pour tout à l'heure, demanda l'homme en posant la main sur l'épaule de la jeune fille. Des fois, je me demande ce qu'il ressent quand il est aussi cassant.

Elle préféra ne pas penser à cela et répondit à Bô-san que c'était oublié. Elle avait réalisé certaines choses dont certaines avec lesquelles elle ne pouvait pas lutter. C'était à elle de faire avec ou de rectifier le tir.

_ Vous avez installé d'autres caméras ? demanda Mai pour changer de sujet.

_ Oui. Naru pense que l'affaire n'est pas encore finie à cause du troisième esprit qui serait encore ici. Il a voulu qu'on place des caméras dans les pièces où se trouvaient les objets déplacés. Il pense à un poltergeist mais sans grande conviction. Hisuaki-san nous a aidés.

_ Et c'était plutôt amusant, intervint justement Hisuaki qui s'approchait.

Mai s'excusa auprès du jeune homme pour l'avoir contraint à faire son travail pendant qu'elle s'était absentée mais il ne lui en tint pas rancœur. Au contraire, cela lui changeait les idées. Maintenant que l'esprit de son frère avait définitivement quitté le monde des vivants, il se sentait très esseulé et avait besoin de s'occuper pour le pas trop y penser.

_ Il faut que je bouge. Je suis très fatigué en ce moment et si je m'arrête, je m'écroule de sommeil… avoua Hisuaki avec un triste sourire. Au moins, je pense à autre chose.

_ Merci de votre aide en tout cas, lui dit Bô-san. A plus tard.

_ A plus tard.

Le jeune homme les salua tous les deux et prit congé. Mai et Bô-san retournèrent ensemble au QG où Naru s'occupait de coordonner Rin et Ayako qui installaient leur caméra à un autre point de la maison. En voyant que son assistante était enfin de retour, Naru ne cacha pas sa mauvaise humeur et lui demanda sèchement où elle était depuis tout ce temps. Une autre parole de sa part l'aurait surprise.

_ Ca t'intéresse maintenant, ce que je fais ? rétorqua-t-elle tout aussi froide.

_ Dans le cadre où tu es mon employée engagée pour exécuter une certaine quantité de travail, oui.

Son sang ne fit qu'un tour, bien plus rapidement que sa conscience qui allait pourtant lui souffler de ne pas monter sur ses grands chevaux.

_ Et quand j'ai failli me faire tuer, qu'est-ce que j'étais alors à tes yeux ? explosa-t-elle, outrée par ses propos. Une gêne qui entravait le bon déroulement des choses ?

Ce fut à ce moment précis que les autres revinrent, tout sourire et loin de se douter de la tempête environnante.

_ Le dîner ne va pas tarder à être s…

Ayako, John, Masako et Rin eurent une sensation de déjà-vu en voyant Mai les doubler d'un pas rageur avant de sortir du bureau en claquant la porte.

_ On a dit quelque chose ? demanda innocemment Ayako avec incrédulité.

_ Laisse tomber… soupira Bô-san d'un air las.

On sentait à la position de Naru – la main plaquée en travers de sa figure – qu'il avait envie de lui dire la même chose.

Le dîner se déroula dans une étrange ambiance. Si la plupart des personnes qui dinaient discutaient entre elles, il flottait à une extrémité de la table un froid polaire qui refroidissait quelque peu la bonne humeur de la moitié du groupe. En effet, Naru et Mai, assis face à face, savouraient leur repas dans le silence le plus total sans se regarder. Naru avait pour habitude d'avoir un air absent dans ce genre de moment mais en ce qui concernait Mai, il n'était pas difficile de deviner les balles de révolver invisibles qu'elle mitraillait par l'intermédiaire de ses prunelles en direction de son voisin d'en face qui n'y prêtait aucune attention. Si la salle à manger venait à subir une panne d'électricité, la jeune fille pourrait servir de pile nucléaire tant elle était à cran.

_ Je sens des ondes négatives qui s'amassent… gémit Masako qui vacillait légèrement sur son siège.

_ Ne reste pas trop près de Mai, lui conseilla alors Ayako en décalant un peu sa chaise à l'opposé de cette dernière.

Bien sûr, du côté de la SPR, on n'osait piper mot de peur de subir le courroux de Mai qui affirmait que mais oui, tout va très bien. Ils en avaient l'habitude. Néanmoins, du côté des Yamagoe, on se demandait pourquoi la benjamine de l'équipe fixait son supérieur avec une telle férocité.

Après le repas, chacun s'en retourna dans sa chambre. Mai n'adressa toujours pas la parole à Naru qui, malgré les demandes des autres pour éviter d'empoisonner le reste de leur séjour ici, ne daigna pas non plus faire le premier pas. En même temps, on parlait de Naru. Et il était connu pour être la fierté incarnée. Ce fut donc encore remontée comme un coucou suisse que notre amie se coucha pour cette seconde nuit au manoir.

_ « Employée », « employée »… maugréait-elle dans son lit comme une petite vieille aigrie. Aucun contrat ne nous relie pour cette affaire-ci en plus. Idiot de Naru.

Etait-il utile pour elle de chipoter pour des détails pareils ? Pas vraiment. Elle gaspillait son énergie. Se dire qu'un garçon comme Naru ne méritait pas d'avoir les attentions d'une fille comme elle était peut-être faux mais au moins, cela la consolait.

Mai dormit très mal cette nuit-là. Le sommeil se refusait à elle et elle ne pouvait rien faire d'autre que de se retourner encore et encore dans ses draps sans parvenir à conserver une même position pendant plus de quinze minutes. Son esprit ne l'aidait pas à favoriser son endormissement. Elle repensait à sa prise d'otage avec Sumika, l'atelier fantastique de madame Yamagoe et sa dernière dispute avec Naru. Le tout se mélangeait et maintenant son cerveau en ébullition.

La jeune fille finit par rallumer la lumière de sa table de chevet et se leva pour enfiler rapidement un tee-shirt et une jupe. Autant que son insomnie serve à quelque chose.

_ Allons-vois si tout va bien au QG.

Puis elle quitta sa chambre et remonta le couloir.

Il était drôle de remarquer que de nuit, rien ne semblait plus pareil qu'en plein jour. Les ombres estompaient les contours des choses, les réduisaient, les agrandissaient. Le champ de vision se faisait plus incertain. Le silence devenait quelque chose qui mettait mal à l'aise et la lumière que la lune offrait à qui passait près des vitres laissait planer une atmosphère particulière. Depuis qu'elle travaillait pour la SPR, Mai savait ce qu'était que se déplacer durant la nuit. Elle n'en avait pas peur mais elle gardait toujours une petite appréhension qui la faisait se retourner de temps en temps pour jeter un coup d'œil derrière son épaule.

Ce soir, la lune se faisait discrète. Elle n'était qu'un maigre croissant, un sourire timide dans la toile sombre du ciel ombragé de nuages. La luminosité déjà réduite s'amenuisait d'avantage. Mai pressa le pas.

Elle fut surprise de trouver le QG vide. Elle s'attendait trouver au moins Rin si Naru n'était pas là. Pourtant, à en juger la tasse de thé à demi terminée, l'adolescente pensa qu'il y avait encore eu quelqu'un dans le bureau peu de temps avant son arrivée. Elle fit un pas à l'intérieur pour s'assurer que les écrans n'affichaient rien d'étrange lorsque le son mat d'une porte qui se refermait plus loin dans le couloir l'arrêta.

Elle fit volte face et retourna sur le seuil. La jeune fille regarda à droite. Personne. Elle regarda à gauche. Son sang s'arrêta.

Là-bas, plus haut dans le corridor, une silhouette pâle et blafarde lui tournait le dos et remontait l'allée. Elle était grande et élancée avec une posture bien droite. En plus de dégager un faible halo, Mai remarqua qu'elle était opaque. Mais ce qui l'effara le plus, c'était de reconnaitre ce fantôme.

_ Ha… Hatsuki-san… ?

Son cœur manqua un bond quand le jeune homme s'arrêta et tourna la tête vers elle. Son expression était neutre, sans refléter un état d'esprit particulier. Il ressemblait un peu à Naru avec cet air si détaché. Mais que faisait-il encore là ? N'était-il pas parti après avoir dit adieu à sa fiancée ?

Les deux jeunes gens se dévisagèrent sans un mot puis Hatsuki reprit son chemin. D'abord clouée de surprise, Mai retrouva tous ses moyens.

_ Non, attendez ! Hatsuki-san ! l'apostropha-t-elle sans trop hausser la voix pour ne pas ameuter toute la maisonnée.

Il ne répondit pas et continua de marcher. Mai se mit sur ses talons mais se rendit vite compte qu'elle devait trottiner pour espérer le rattraper. Il était rapide ! C'était comme si ses pieds glissaient sur le tapis. En dépit de ses appels, Mai n'eut pas de réponse. Que cherchait-il à faire ? Avait-il un autre message à lui transmettre ? Elle n'était pourtant pas en train de rêver.

Quand elle arriva à l'escalier qui menait au rez-de-chaussée, Hatsuki était déjà en bas.

_ Hatsuki-san ! Que faites-vous ici ? Vous êtes encore en danger ? le héla la jeune fille.

Le temps pour elle de s'approcher de la rambarde en fer noir du palier, le spectre du jeune homme s'était évaporé. Mai descendit les trois premières marches et se pencha par la balustrade pour regarder en bas mais elle ne vit aucune trace de Hatsuki. Il avait disparu.

Cette rencontre fortuite l'intriguait. Pourquoi refusait-il de lui parler alors qu'il était venu plus tôt lui demander de l'aide ? Il avait l'air différent du Hatsuki de ses songes.

Mai se raidit, la nuque traversée par des fourmillements qui lui descendaient le long de la colonne vertébrale. Elle sentait quelque chose derrière elle. Tout son dos s'était refroidi d'un seul coup. Son cœur s'affola. Pourquoi ?

Elle tourna lentement la tête derrière elle et ses yeux furent tout de suite attirés par une pâle lumière. Elle retint son souffle. Le corps opaque et lactescent de Hatsuki se trouvait juste derrière elle. Ses yeux vides la transperçaient de part en part.

_ Va-t-en. Partez tous.

Il esquissa un pas vers la jeune fille qui, d'instinct, recula. Hélas, son pied ne prit pas correctement la marche inférieure et tout son corps vacilla avant de basculer en arrière. Mai voulut crier mais elle n'en fut pas capable. Elle se voyait partir irrésistiblement en arrière, les mains tendues dans un appel à l'aide vers Hatsuki qui ne cilla pas. Il la regardait comme elle le regardait, implacable presque attentif de voir comment cela allait se terminer. Elle ne comprit pas. Pourquoi cette indifférence ? Il l'avait pourtant sauvée le matin-même…

Mais il était trop tard à présent, son corps avait atteint l'inclinaison de non retour. Elle voyait à présent le plafond et dans une seconde, sa nuque se heurterait contre une marche pour se briser d'un seul coup. Elle ferma les yeux.

Soudain, on la poussa dans le dos. Cette force extraordinaire avait la puissance d'un geyser qui explosait. Cette chaleur qui la poussait vers le haut fut d'ailleurs si puissante que la jeune fille n'eut pas le temps de réaliser qu'elle était déjà redressée et s'étala de tout son long sur les marches de l'escalier. Une chance que ses réflexes lui avaient permis de ne pas se claquer le menton sur le rebord ou bonjour les dégâts. Elle était vivante au moins.

_ Mais… !

Elle se releva à quatre pattes et fit volte face. Ses yeux s'agrandirent. Naru était au pied des marches, la main tendue vers elle et l'air essoufflé. Non ! Il n'avait tout de même pas… !

_ Naru !

Elle bondit sur ses pieds et se précipita en bas. Trop tard, ce qu'elle redoutait se confirma. Il ferma les paupières et son corps tangua dangereusement, pris de vertige.

_ Naru… !

Mai sauta les quatre dernières marches d'une enjambée et empêcha le jeune homme de s'effondrer en s'appuyant contre lui. Elle manqua de tomber à son tour sous son poids mais elle tint bon et se retrouva la tête contre la poitrine de Naru.

Elle fut surprise de sentir sous sa main le cœur du garçon battre aussi fort. Quel idiot !

_ Imbécile ! Tu as eu recours au kikô ! Tu sais que c'est mauvais pour toi ! s'emporta-t-elle d'une voix tremblante.

_ Ca ira…

Il disait cela mais en plus de son cœur emballé, elle l'entendait respirer difficilement. Si ce n'était que ça. Leurs tempes l'une contre l'autre, son souffle chaud qui frôlait son oreille gauche. Cela lui procura une étrange sensation qui la fit rosir. Non. Elle ne devait pas se faire distraire par ce genre de détail. Elle voulait s'enfuir loin d'ici, loin de lui, loin de son corps pressé contre le sien, loin de la pensée de ses lèvres si proches de sa peau. Elle ne parvenait cependant pas à s'y résoudre. Si elle partait maintenant, il s'évanouirait. Elle ne pouvait pas l'abandonner. Pas dans un moment pareil.

Mai se tut et ne bougea pas, le temps pour Naru de récupérer. Ses sens étaient monopolisés de partout. L'odeur de ses vêtements montait à ses narines à toute vitesse, ses oreilles enregistraient malgré elles la sonorité et le rythme de sa respiration et ses mains s'étaient refermées sur sa chemise aubergine pour ne plus percevoir les battements de son cœur.

_ C'est faux.

La jeune fille ne comprit pas.

_ Quoi… ?

Naru tourna légèrement la tête vers Mai qui sentait à présent son souffle sur sa joue.

_ Ce qui peut t'arriver ne m'indiffère pas.

Ce fut au tour de Mai d'avoir un rythme cardiaque accéléré. Elle s'empressa de baisser la tête pour dissimuler ses joues cramoisies quand le jeune homme se redressa correctement. Il se massa un peu les sinus, la tête encore alourdie mais il réagissait beaucoup mieux que lorsqu'il avait fait usage pour la première fois de ses pouvoirs devant témoin.

_ Naru… Je… enfin… Merci de m'avoir sauvée… murmura l'adolescente, honteuse de leur précédente dispute et encore marquée par ses paroles.

_ Arrête de chercher à faire les choses toute seule. Combien de fois ta témérité a-t-elle failli te coûter cher ? répliqua-t-il avec autorité.

_ Désolée. Mais comment as-tu su que j'étais ici… ?

Il lui expliqua que pendant qu'il était parti vérifier les relevés de température de certaines pièces, Rin était revenu au QG et avait aperçu le fantôme de Hatsuki errer à l'étage puis elle en train de le suivre. Rin l'avait prévenu par le biais de son oreillette. Il avait eu un mauvais pressentiment et avait préféré se rendre sur les lieux. Mai se sentit étrange en train d'imaginer son imperturbable supérieur se précipiter à sa rencontre simplement sur une intuition. Alors… il s'inquiétait vraiment pour elle ?

Le jeune homme releva les yeux vers l'étage. Hatsuki s'était envolé, bien évidemment.

_ En tout cas, comme je le redoutais, nous n'en avons pas encore fini avec le fils aîné Yamagoe.


Alalala… Que de mystères ! XD

Prochain chap : quelques réponses mais beaucoup de questions!