Mon chapitre préféré, nia :3.


Chapitre 7 :" Kongpo tchuri"

J'avais passé mon samedi à écumer les boutiques de prêt-à-porter et me sentais comme une adolescente invitée à son premier rendez-vous. J'avais pourtant tout ce qu'il fallait chez moi mais je voulais quelque chose que je n'avais pas encore porté. Je sortis enfin victorieuse d'Urban Outfitters, un sac à la main. J'y avais trouvé une petite robe rouge satinée décolletée. Je levai les yeux vers le ciel bleu et inspirai longuement. Un beau soleil recouvrait la capital et chaque rayon me réchauffait le visage. Malgré la pollution, je me sentis revigorée et bourrée d'énergie. Je flânai une heure ou deux sur Regent Street puis me décidai à rentrer. Il était 03:00 PM passées et je devais encore me préparer. Mon téléphone avait reçu plusieurs SMS.
L'un était d'Oliver.

"Ca va ?"

J'ignorai le texto. Le deuxième provenait d'Emily.

"J'ai hâte que tu me racontes ^_- "

Je souris. Le troisième message n'avait pas de numéro reconnu. Je n'avais pas pensé l'enregistrer la dernière fois. Le rythme de mon cœur s'accéléra tandis que j'ouvrais le SMS.

"Plus que trois heures trente "

Je me retins de frapper mon téléphone, il me mettait la pression ! Je me mis à rire et me dirigeai vers ma chambre. Après m'être douchée et rasée de près, j'entamai un brushing minutieux de mes cheveux. J'hésitai longuement entre plusieurs coiffures et me décidai finalement à les laisser tomber sur les épaules. Je me maquillai avec précision, n'oubliant pas la touche de blush sur les joues pour une effet bonne mine et me souriais dans le miroir. Je me trouvai à croquer. J'enfilai ensuite ma nouvelle robe qui s'ajustait parfaitement à mes formes et courus paniquée à travers tout l'appartement. Où avais-je mis mes collants ?
Mon portable avait bipé deux fois. Je jetai un œil aux messages qui étaient tous de John. Celui-ci s'amusait apparemment comme un fou à m'envoyer un décompte des heures avant notre rendez-vous.

- Va t'acheter une vie, Smith ! lui répondais-je, excédée.
- Je n'attends que ça, me répondit-il.

Je lançai le smartphone sur le sofa et trouvai finalement une paire de collant noirs encore neuve. Je choisis une petite paire de bottines à talons, transvasai les affaires de mon sac de cours dans un sac à main plus approprié, attrapai une veste légère et sortait enfin de chez moi. Il me restait moins d'une heure.

...

.

Je sortis enfin du métro à la station qu'indiquait mon téléphone. Entre temps, j'avais reçu un nouvel SMS.

" A l'extérieur de la station, prends à gauche sur Woolwich Arsenal road."

Je m'exécutai alors qu'un nouveau message me parvenait.

" Marche sur plus de 300 mètres en longeant le parc."

Un vrai jeu de piste. Etait-il derrière moi en train de m'espionner ?J e me retournai mais n'aperçus aucun visage familier.

" Maintenant que tu as passé le parc, continue encore sur 50 mètres et prends sur ta gauche"

Je sentis l'agacement mais aussi l'excitation monter en moi. Je regardai les numéros des bâtiments puis achevai les derniers trente mètres en marchant d'un pas vif, le regard vissé sur mon portable. Je ne vis pas la grande silhouette qui me tournait le dos et pilai juste à temps pour ne pas m'y encastrer. L'homme se tourna subitement et ouvrit les bras.

- Bienvenue !

Je me trouvai évidemment face à John qui me dévisageait avec un large sourire. Quand il avait parlé de tenue réglementaire obligatoire, je ne m'étais pas attendue à ça. Il était vêtu d'un costume trois pièces gris élégant. L'ensemble était parfaitement taillé et de grande facture. Sur sa chemise blanche à col était fixé un nœud papillon blanc fait de soie. Par dessus son costume, il revêtait une longue veste grise à queue de pie et une montre à gousset était fixée par une chaîne à sa poche. J'ouvrais grand les yeux et la bouche. Devant mon air ébahi, il répliqua :

- C'est vrai, je n'ai pas sorti le grand jeu, je n'ai pas pris le chapeau ni la canne cette fois.

Je restai sans réagir un instant puis éclatai de rire. Il me regarda stupéfait, puis un sourire aux lèvres, me proposa son bras. Je l'attrapai en riant et nous pénétrâmes dans le restaurant. Je n'avais jamais mis les pieds dans un restaurant gastronomique Tibétain. La décoration évoquait un temple bouddhiste et des bâtonnets d'encens dispersés dans la salle, libéraient gracieusement un discret filet d'arômes épicées. Le réceptionniste vint à notre rencontre.

- Mademoiselle, Monsieur.

John s'accouda d'un bras au pupitre d'accueil.

- Mrs Oswald et Mr Smith, annonça-t-il.
- Oh Mr Smith, je vois ! Nous vous attendions !

Ils nous attendaient ? Je regardai John étonnée. L'homme nous débarrassa de nos manteaux et nous guida à notre table. La salle remarquablement décorée était pourvue de petites alcôves où les clients pouvaient se sentir chacun à leur aise. Les tables étaient basses et semblaient se trouver à même le sol. Après meilleure observation je remarquai que seule la surface en dépassait, les pieds de bois, eux, s'enfonçaient dans un renfoncement creusé où se trouvaient également les banquettes. Pour s'assoir il suffisait de glisser les jambes sous la table dissimulée et de se laisser reposer sur les nombreux cousins de soie qui ornaient les bancs. Je découvrais l'endroit avec amusement tandis que "Du menton" me regardait, bienveillant. Une fois, nos places prises l'un en face de l'autre, seuls nos bustes dépassaient du sol. Je trouvais ça absolument insolite et une très bonne idée à la fois.

On nous apporta de petites serviettes chaudes et humides roulées qui sentaient la menthe. Je m'attendais à ce qu'ils nous remettent la carte des menus mais il n'en fut rien. John parût lire dans mes pensées.

- Pas de carte ce soir, menu unique ! Pas d'allergie dont je ne sois pas au courant j'espère ?

Je secouai la tête négativement en souriant. Il avait parlé comme si l'on se connaissait déjà depuis longtemps.

- Parfait, s'exclama-t-il en posant son menton sur ses grandes mains croisées.

Je regardai tout autour de moi en me dandinant sur mon fessier. J'espérai apercevoir une carte avec un ordre des prix. John extirpa son portefeuille de son veston et en sorti une carte bancaire.

- Ne t'en fais pas, tout est déjà réglé grâce à la meilleure carte bancaire de l'univers. Il ne te reste qu'à te régaler !

Comment faisait-il pour connaître mes pensées à l'avance ? Son sourire rayonnait et je sentis mes pommettes chauffer.

- Cette robe te va à merveille Clara. Je ne te l'ai jamais dit, mais, le rouge à toujours eu sur toi, cet effet... comment dire...

Je le vis desserrer son nœud papillon et ses oreilles avaient pris une teinte rosée.

- Le rouge te met en valeur, se reprit-il, visiblement gêné.
- Merci, balbutiai-je

À cet instant, un serveur vint nous apporter de petits bols de soupe dont s'élevait un délicieux fumet épicé.

- "Kongpo Tchuri", annonça l'homme.

Comme accompagnement, il déposa sur la table, une corbeille de petites brioches blanches parfumées et une assiette de riz et de petits légumes marinés. Après les explications de John, je goutais la soupe. Apparemment, il s'agissait d'une soupe claire à base de Tsampa - de la farine d'orge- le tout accompagné de thé Dija Tu. C'était une merveille gustative.

- Et encore, ce n'est rien à côté des saveurs de Talaperomenys 530, murmura-t-il pour lui même.
- Hein ? fis-je interloquée.
- Non, rien, me répondit-il avec un sourire confus.

Quand il souriait comme cela, il passait la main dans ses cheveux et rentrait la tête dans les épaules comme un enfant. Je trouvais ça adorable. Je m'aperçus qu'il m'observait attentivement. Ses yeux me détaillaient avec une lueur que je ne leur avais jamais vue auparavant. Nous restâmes ainsi le temps de quelques secondes qui me parurent une éternité puis soudain il sursauta et détourna les yeux.

- Succulent ! s'exclama-t-il.

Gêné, il tentait d'attirer l'attention sur autre chose. Il retroussa ses manches, étira ses bras et reprit sa dégustation.

- D'où viens tu John Smith ? l'interrompis-je, réellement intriguée.

Je le vis arrêter sa cuillère de soupe subitement, la bouche ouverte. Il ne s'attendait apparemment pas à la question.

- De Northampton, répondit-il succinctement.
- Vraiment ?

Il engloutit sa cuillère et déglutit en me regardant, sourcils relevés.

- Bien sûr, pourquoi ?

Je n'insistai pas devant son regard inexpressif et souris en me disant que ça le détendrait, car pour le moment, il se tenait doit comme une branche gelée sur le point de craquer.

- Je peux encore te demander quelque chose, ajoutai-je ?
- Tout ce que tu veux, répondit-il gaiement, me laissant légèrement déconcertée.

Je posai mon menton sur mes mains et avançait le visage vers lui.

- Pourquoi m'as tu invitée ce soir ?
- Mais parce que je t'aime bien ! répondit-il simplement.

Je restai quelques secondes désarmée par sa réponse aussi rapide que franche. J'arrimai de nouveau mes yeux aux siens. Mon cœur s'accéléra. Je n'arrivai pas à comprendre la fascination qu'exerçait John sur moi. Je voulu saisir mon verre quand "Du Menton" en fit de même. Nos mains se touchèrent une fraction de seconde. Fraction suffisante pour qu'il en perde tous ses moyen. Son apparente assurance s'évanouit instantanément et ses bras exécutèrent une sorte de danse abracadabrante. Son coude heurta son bol qui roula sur le sol avec son contenu. Il me sembla que le restaurant entier s'était tourné vers nous. Il eut un rictus gêné et redressa son nœud papillon. J'avais porté la main à ma bouche alors que le serveur accourait pour réparer les dégâts. John s'essuya délicatement le menton avec sa serviette et remercia l'homme en s'excusant, les mains effectuant toutes sortes de moulinets.
J'attendis que le serveur reparte et regardai Smith. Nous éclatâmes soudain communément d'un rire franc. L'homme revint nous débarrasser et apporta le plat suivant. Je posai ma main à plat sur la table et replongeai mes yeux dans ceux de John. Lentement il avança ses long doigts fins et sa main se posa sur la mienne. Le doute s'estompa de son visage quand il aperçut mon expression. Je me perdis alors dans ses prunelles vertes et mon ventre papillonna.

...

.

Une heure et demie plus tard, nous ressortions de l'établissement en riant aux éclats. Suspendue au bras de John, j'avais l'impression de flotter sur un nuage. Malgré le délicieux repas, mon estomac noué n'avait pas pu avaler grande quantité. Tout en poursuivant nos anecdotes, nous nous dirigions vers l'entrée du métro. Je savais que l'heure de nous quitter était venue mais mon seul souhait à cet instant était de profiter de sa présence le plus longtemps possible,bien que nous allions nous revoir dès le lundi suivant à l'école. Je me tournai vers lui et lui saisis les mains. Je me hissai sur la pointe des pieds et lui déposai un délicat baiser sur la joue.

- Merci pour cette soirée Mr du Menton, murmurai-je.

Je vis ses oreilles rougir furieusement et son visage pivoter vers moi.

- "Mr du Menton" ?! reprit-il avec de grands yeux.

Je tortillai mes chevilles.

- Ça m'est venu comme ça.
- Mon menton est si grand que ça ? demanda-t-il avec une moue boudeuse enfantine.
- Et bien...oui , mais... ça te va très bien ! essayai-je de me rattraper.

Ses yeux plongés dans les miens me dévisagèrent en silence, puis je sentis sa main se poser sur ma joue, son pouce me caressant les cheveux.

- Clara, murmura-t-il

Après un moment d'hésitation il attira mon visage vers le sien et je sentis son souffle chaud contre mes lèvres. Sous l'impulsion, je passai alors mes bras autour de son cou et me jetai contre lui. Mes lèvres se plaquèrent contre les siennes et je m'emparai avidement de sa bouche. Je perçus sa surprise et ses bras brassèrent le vide un instant. Alors que je me pressai plus fortement contre lui, ses mains vinrent s'agripper à mes hanches. Il entrouvrit finalement les lèvres m'encourageant à en faire de même. Quelques secondes plus tard, nous partagions avec délectation, un long et agréable premier baiser. Je sentis la chaleur envahir mon être tout entier tandis que mon cœur battait la chamade. Je perçus les battements du sien contre ma poitrine. Du sien ? Les rapides palpitations que produisait le cœur de mon partenaire résonnaient des deux côtés de sa cage thoracique. J'ouvrais les yeux subitement alors qu'il se détachait violemment de moi. Il s'écarta en me repoussant d'un bras et vacilla sur ses jambes. Je me précipitais vers lui, effarée.

- John !

Mais son bras tendu me tenait à distance. Je le vis grimacer de douleur alors qu'il saisissait sa tête entre ses mains, courbant l'échine.

- Non ! l'entendis-je bredouiller. Non ! Je veux que ce soit réel...

Il laissa échapper une sourde plainte et ma gorge se serra. Quand il redressa le visage , je vis que les larmes avaient roulé sur ses joues.

...