Ω

« Comme prévu. »

Du sang.

Du sang partout.

Sur les murs.

Sur le sol.

Même jusqu'au plafond.

C'était une hécatombe, mais une hécatombe nécessaire, comme toutes celles qu'il avait déjà perpétrées et qu'il aurait à perpétrer à nouveau. Il n'avait pris aucun plaisir dans les cris, les pleurs, les suppliques, tout comme il ne s'était pas désolé un seul instant de leur sort. Ce genre de sentiments était réservé aux mortels.

Un gémissement étouffé le poussa à tourner la tête vers un survivant, recroquevillé sous son bureau dans l'espoir de passer inaperçu. Il se désintéressa aussitôt de lui et de ses hurlements lorsque les monstres ka à son service commencèrent à le réduire en pièces.

Sans doute aurait-il pu l'épargner tout comme il aurait pu épargner les autres, mais il n'en voyait pas l'intérêt, pas alors que le cycle était sur le point de s'achever. Cela n'aurait rien eu de logique de permettre à ces mortels de vivre quand leur existence prendrait fin d'ici peu, à nouveau. Tout n'était qu'un éternel recommencement. Lui-même n'était qu'un simple rouage dans le cycle, quoique le plus important, celui sans qui le chaos régnerait en maître dans l'univers chaque fois que l'équilibre était bousculé dans un sens ou dans l'autre.

Ils oubliaient constamment qu'il ne pouvait pas y avoir de vainqueur dans leur lutte cosmique.

Il étendit la main et caressa le dos écailleux du monstre reptilien. Puis il le laissa s'évanouir dans le brouillard glacé dont il avait surgi avec les siens quelques instants plus tôt.

Enjambant les corps mutilés, il approcha du sarcophage de verre installé au centre de la pièce. Ses doigts essuyèrent les projections de sang qui en avaient souillé la surface transparente. L'éclat changeant de son regard rencontra celui doré des objets millénaires. Comme lui, comme les deux autres, ils étaient les pièces immuables de chaque cycle, celles qui scellaient le sort de ceux-ci. Peu importait le temps que cela prenait pour qu'ils soient façonnés avec le sang des innocents, ils finissaient toujours par apparaître une fois qu'un homme ambitieux croyait percer sans aide les secrets du tome millénaire. Leur pouvoir demeurait le même, plus grand encore que ce que leurs propriétaires successifs avaient cru. Certains les qualifiaient de maléfiques, mais cela aurait été leur prêter une intelligence qu'ils ne possédaient pas.

Sa main traversa la vitre comme si celle-ci n'avait pas plus de consistance qu'une toile d'araignée. Lorsqu'il s'empara du sceptre, il sentit son pouvoir entrer en résonance avec le sien. Et il en alla ainsi des autres objets.

Tout se déroulait comme prévu, comme cela s'était toujours produit, à quelques détails près qui comme chaque autrefois n'auraient aucune incidence. Mais il ne sourit pas, ne se réjouit pas. Même s'il l'avait pu, il ne l'aurait pas fait. Le plus dur restait à accomplir pour achever proprement le cycle et restaurer l'ordre naturel des choses. Pour faire pencher la balance de son côté, le seul possible, il lui fallait encore convaincre et lier à lui, par la force, par la peur ou par la séduction, ceux qui seraient capables de maîtriser la puissance des artefacts. Ce n'était, fort heureusement, plus qu'une question de temps, car il savait exactement où les trouver.

Après tout, certains ne seraient jamais revenus parmi les vivants sans son aide.