Les deux jeunes vampires le suivirent sans attendre et sans même se demander comment un tel personnage les connaissait, totalement hypnotisées. Dire qu'elles venaient de recevoir l'ordre de suivre l'un des plus puissant vampire foulant cette terre! Du moins, selon les livres, mais il fallait avouer que sa démonstration flamboyante avait de quoi inspirer la croyance et le respect.
En tout cas, si il ordonnait, il valait mieux courber l'échine, surtout au vu de sa récente crise de colère.
Alors que le trio quittait la demeure à présent bien calme, Caroline retrouva ses esprits le temps de jeter un dernier regard à Klaus par dessus son épaule. Malgré son masque de fierté coutumière, elle y percevait a présent toutes les fissures causées par la peur, la vraie. Commençant sincèrement à se faire du souci pour lui, bien qu'il ait bien mérité, elle comprit qu'il venait de trouver un adversaire à sa hauteur.
Une fois dans la rue tout aussi déserte que le hall, seuls quelques gens ivres s'extasiant aux fenêtres grandes ouvertes, le grand Lestat changea du tout au tout, leur offrant un sourire radieux qui métamorphosa son visage d'animal.
- L'air parfumé et électrique de la Nouvelle-Orléans m'avait manqué! S'exlama-t-il en tournoyant dans la rue, les bras et les yeux au ciel. Il s'arrêta soudainement, au beau milieu de la rue pavée, les poings sur les hanches. Que faisiez-vous à traîner avec la racaille?
Caroline était bien trop tétanisée pour répondre, plantée comme une imbécile sur le trottoir jonché de détritus en tout genre, sa robe de soirée lui collant désagréablement à la peau suite à sa présence prolongée dans cette foule, l'impression renforcée par la chaleur nocturne. Elle se contentait donc de fixer Lestat de Lioncourt avec de grands yeux, haletante.
Elle ne devait pas franchement renvoyer une superbe image, mais ce n'était pas vraiment sa plus grande préoccupation pour le moment. Non seulement elle se retrouvait face à ce grand fou , mais en plus il venait de faire une petite flambée de bienvenue chez Marcel, avec une nonchalance désarmante. Jamais elle n'aurait imaginé que de tels pouvoirs puissent exister! Elle avait dû mal à décider si elle était choquée dans le bon ou le mauvais sens.
- Oh ils sont plutôt sympathiques quand ils ne jouent pas, les défendit Jessica avec un haussement d'épaules indifférent. Je pense qu'ils seront de bien méchante humeur après le barbecue que vous venez de faire. En plus, bonjour l'odeur que ça laisse après! Ça met des semaines à se dissiper cette cochonnerie.
- C'est bien peu cher payer si ils tiennent à rester en ville et en vie. Caroline, chérie, vous allez bien? Vous êtes bien pâle.
La blonde sursauta à l'appellation et eut un mouvement de recul comme si il venait de la frapper. Ahurie, elle se tourna vers la rousse qui se tenait à présent auprès du nouveau venu, en quête d'un peu d'aide, mais elle se rendit compte qu'elle venait de plaisanter sur de la chair brûlée. Soudainement, elle avait l'impression d'être tombée au milieu d'un bien drôle de songe qui n'allait pas tarder à virer au cauchemar.
- Où est-c'que je suis tombée bordel...? marmonna-t-elle en balayant du regard la rue vivement éclairée à la multitude d'enseignes commerciales, à la recherche d'un indice ou d'un quelconque secours.
Prise d'un éclair de conscience, elle se mit à fouiller activement son décolleté et en sortit son téléphone avec un soupir de soulagement. La jeune vampire le serra contre son cœur, les yeux clos, comme si c'était une relique la rassurant et la raccrochant à la réalité.
- Miss Forbes, je sais que ce que à quoi vous venez d'assister risque de vous perturber pendant un petit moment, mais je dois vous raccompagner chez votre mère à présent. Jessica, attendez-moi chez vous, je vous rejoins sous peu.
- Ça marche! Caroline, ne t'inquiète pas et tu as mon numéro si besoin, donne-moi de tes nouvelles et reviens vite!
La rousse lui envoya un baiser du bout des doigts puis s'éclipsa en chantonnant une mélodie entraînante entendue un peu plus tôt. Caroline, commençant à paniquer de se retrouver en tête à tête avec Lestat, la regarda s'éloigner de son pas sautillants, prête à la rejoindre, mais elle était toujours autant paralysée, le regard baissé.
La soirée avait vite tourné au vinaigre.
Avec douceur, il lui releva la tête d'une pression sous le menton et lui sourit de tout ses crocs avant de l'enlacer étroitement, à la façon d' un amant. Mauvais signe. Très, très mauvais signe.
En effet, elle se retrouva dans les airs en moins de deux, criant à plein poumons... Avant de retrouver le calme sous le regard insistant du vampire. Elle s'était déjà ridiculisée devant Eric, il était donc temps qu'elle apprenne à se tenir devant les plus grands. Malheureusement, elle ne profita pas de son voyage aérien, car trop concentrée à garder la bouche fermée et à fuir son regard, mais au moins, elle eut tout le loisir de réfléchir à cette situation totalement tirée par les cheveux.
Lestat la déposa avec délicatesse devant chez sa mère au bout d'une petite heure. Il faisait nuit noire, mais la lumière des lampadaires éclairaient les jardins endormis et les façades des maisons de la rue. Caroline chancela sur ses pieds, totalement déboussolée, avant de se laisser tomber à genoux devant lui, les mains jointes sur les genoux et le regarde finalement rivé son visage d'ange déchu. Soudainement, elle avait l'impression de se trouver devant Dieu.
- Pas de ça avec moi ma chérie, c'est absurde, fit-il avec un agréable petit rire, une moue de contentement trahissant ses sentiments, puis il la releva doucement par la main. Je ne suis pas Dieu. Je suis bien plus beau que lui et tellement plus malin.
Caroline ne put s'empêcher de glousser comme une idiote face à son commentaire. Il était trait pour trait fidèle à la description des livres: un vrai chenapan vantard, mais tellement charmant qu'on ne pouvait que s'en amuser. Bien que certains devaient franchement avoir envie de le gifler.
En tout cas, elle, il la faisait passer du coq à l'âne.
La lumière du hall s'alluma, éclairant le porche et crevant la pénombre. La silhouette d'une femme se découpa dans la lumière de la vitre de la porte.
- Il est temps que vous rentriez, douce Caroline.
- Et...Et ma voiture?! Mes affaires?! S'exclama-t-elle en agitant les mains dans tout les sens, se rendant brusquement compte qu'elle était revenue les mains vides, tandis qu'il la poussait délicatement sur le chemin de pierre menant à l'entrée. Ma mère va me tuer!
- Ne vous en faites pas, nous vous ramènerons tout sous peu. Soyez sage Caroline, vous avez des examens à passer, c'est important, ne l'oubliez pas. A très bientôt.
Il lui baisa le front alors qu'elle grimaçait: comment diable pouvait-il savoir tout ça, être à la fois si tendre et si cruel?! Quoiqu'il en soit, personne n'était au courant de sa vie de lycéenne.
Lestat de Lioncourt disparut dans le ciel nuageux étoilés tandis que la porte d'entrée s'ouvrait sur le shérif, les traits tirés. En voyant l'air hagard de sa fille, Liz Forbes couru jusqu'à elle, encore plus inquiète.
- Caroline! Où étais-tu passée?! Je me faisais un sang d'encre. Tu vas bien? Il est plus de minuit!
- Tout va bien, tout va bien...J'étais chez une amie en Louisiane, marmonna-t-elle, le regard rivé au ciel, n'y mettant pas du sien pour la rassurer. J'avais besoin de décompresser avant les examens.
- En Louisiane?! Tes examens sont demain je te signale! Et ne pars pas sans prévenir, la situation est trop dangereuse en ce moment.
- Ne t'en fais pas maman, tout va bien, assura la blonde en lui frottant le bras avant de regagner le trottoir, rafraîchit par la brise estivale. On peut rentrer ou tu comptes me laisser mourir de froid sur le trottoir?
Sa mère acquiesça d'un lent signe de tête, trop stupéfaite pour parler plus longtemps tandis que la blonde lui passait devant pour emprunter l'allée.
Caroline ne devait pas se laisser distraire alors que les derniers examens avaient lieu demain, mais c'était une tâche bien complexe après ces événements. Elle aurait tout le loisir de se perdre dans ses réflexions et dans les rues pavées de la Nouvelle-Orléans dans quelques jours.
Lestat venait de rentrer dans la charmante demeure du viking, étonnamment coquette avec ses teintes roses et vertes. Comme convenu, Jessica l'y attendait, toujours vêtue de son extravagant bustier rouge , sa chevelure de feu ramenée en queue de cheval haute, captivée par l'émission à la télévision.
Il marqua une pause sur le pas de la porte du salon afin d'admirer sa silhouette de femme-enfant, son teint rosé de porcelaine et ses grands yeux azur. C'était une jeune créature splendide mais si fragile, à l'instar de sa Mona. Après sa petite observation, il la rejoignit devant la télévision vomissant un flot de débilités incroyables et entama la conversation de but en blanc:
- J'étais sur le point de revenir lorsqu'Eric m'a prévenu de ce combat ridicule.
- La Nouvelle-Orléans n'a pas de propriétaire, alors pourquoi les avoir si durement mis en garde?
- Premièrement, j'en ai assez des problèmes que sème cette maudit branche, surtout ce fieffé menteur qu'est l'hybride originel. Deuxièmement, car ces deux idiots ont l'air d'avoir oublié que le Talamasca nous a menacé de guerre justement à cause des événements qui se sont déroulés dans cette ville. Dans les deux cas, Marcel et Klaus sont totalement inconscients.
- Ça n'empêche qu'ils n'y sont pour rien dans l'affaire du Talamasca... Mais c'est bien vrai, quand le vent leur reviendra dans la figure, ils vont amèrement regretter ce qu'ils ont fait.
- Ils nous surveillent , vous savez... Je serai eux, je ferai profil bas.
- Dis celui connu comme le prince garnement, qui lui aussi n'en fait qu'à sa tête, fit Jessica avec un rire franc qui le contamina, la tête appuyée contre le sofa, les jambes étalées sur le sofa. Je sais qu'ils nous ont à l'œil, qu'ils sont là.
- Je dois rester pour remettre de l'ordre dans ce capharnaüm …. Et je veux que la branche souillée sache la vérité. Toute cette comédie a assez duré.
- Maharet doit être furieuse après Klaus et sa fratrie.
- Il est le seul à savoir il me semble, ça lui évite les remises en question. Pour le moment, Maharet semble indifférente à la situation. Je devrais parler à Mona ou Quinn pour savoir ce qu'il en est justement.
- Par contre, Eric est hors de lui . Voir, je le cite, ''un blanc-bec se prendre pour le grand méchant loup qui se pavane grâce au plus grand mensonge de l'univers'' le tue. Et vous savez que Marcel contrôle les sorcières?
- Voilà encore quelque chose d'aberrant! Traiter les sorcières de cette manière va lui valoir de terribles représailles. Il est fou de s'exposer à un tel danger.
- Vous ne croyez pas que son arme pourrait être une femme Mayfair?
- Impossible.
- A mon avis, ça va finir en guerre.
Lestat daigna enfin la regarder, pile au moment où une moue tordait son visage, perdue qu'elle était sous cette avalanche de mystères.
C'était la première fois qu'elle rencontrait la légende, mais elle n'était en aucun cas gênée. C'était un vampire comme un autre, juste beaucoup, beaucoup plus puissant que la normale. Ce qu'elle préférait, c'est qu'elle pouvait parler de ces intrigues avec lui sans se faire juger de petite idiote pour ses idées.
- Vous devez être sur vos gardes à présent. On ne sait pas comment vont réagir Marcel et Niklaus. Il se peut également que le Talamasca fasse son entrée un peu plus tôt dans le jeu suite à leur combat. Oh en fait, votre amie, Caroline, est-elle au courant?
- Pas le moins du monde.
- Il faudra lui dire un jour où l'autre. Cette jeune femme n'a pas besoin de nouvelles désillusions.
Lestat déplia ses longues jambes avant de se redresser puis se dirigea vers la porte d'entrée sans la moindre explication, Jessica sur les talons, immense grâce à ses talons vertigineux. A vrai dire, ils faisaient la même taille.
- Vous êtes une femme magnifique et futée, je m'en voudrais beaucoup qu'il vous arrive quelque chose et Bill me tuerait. Je serais plus rassuré si vous logiez chez moi, rue Royale, sous ma protection.
- Serait-ce une tentative de flirt? Fit-elle avec une fausse mine outrée qu'il adopta rapidement, ses yeux violets pétillants. Je plaisante. C'est très gentil à vous, mais non merci. Je suis une grande fille, je me débrouille toute seule. En revanche, on peut aller chasser. Je ne me suis pas encore nourrie.
- Avec plaisir! Par contre , ce soir vous êtes une véritable vampire: pas de sang synthétique. Il y a malgré tout quelques petites règles à respecter.
- Ne tuer que le malfaisant, fit-elle du tac au tac avec un clin d'œil malicieux. Elle avait bien retenu la leçon des livres.
Toute émoustillée à l'idée de boire à la source et surtout, de le faire en compagnie de Lestat de Lioncourt, elle s'empressa de fermer la porte derrière elle, à clé bien entendu, avant de s'élancer dans l'allée, quasiment en sautillant. Aucun ne se rendit compte que la présence de la victime de la veille de Jessica, immobile sur le trottoir en face, les suivant du regard, impavide
La villa était éclairée de toute part malgré l'heure, mais la louve dormait déjà paisiblement sous son tas d'édredons en plumes d'oie. Elijah était venu vérifier que tout se passait bien, qu'elle était en paix. A vrai dire, toute la maison respirait la tranquillité cette nuit... Malheureusement pour lui qui attendait un tel moment depuis des décennies, la porte d'entrée s'ouvrit en bas et ferma en claquant bruyamment, allant même jusqu'à faire tomber un tableau qui s'écrasa au sol.
Les talons de Cassandre se firent entendre alors, allant à la rencontre de la furie qui venait de rentrer.
- Quelle entrée fracassante! Ce n'est pas parce que tu es chez toi que tu dois te sentir obligé de casser un objet précieux dès que quelque chose se passe de travers, fit Cassandre en bas, placide. Que t'est-il arrivé pour que tu sois dans un tel état? Marcel?
- Je casse ce que je veux justement, puisque chez moi, tu n'as rien à dire, ronchonna Klaus, aussi aimable qu'une porte de prison. Il n'allait pas en plus se farcir une bonne femme mal lunée après cette soirée de cauchemar qui avait pourtant si bien commencé. Oh si ce n'était que lui! Il faut qu'en plus l'autre fou mette son grain de sel dans mes affaires.
- La Nouvelle-Orléans, ce n'est pas que TES affaires! maugréa la brune d'un ton pourtant posé, les bras croisés sur la poitrine. Elle avait visiblement de l'expérience.
- Et bien ce ne sont pas les tiennes en tout cas, harpie, cria-t-il en faisant quelques pas dans sa direction, la toisant avec défiance.
Hayley se réveilla, sa petite tête échevelée dépassant des couvertures, les yeux bouffis de fatigue. Le voyant dans sa chambre, elle parvint à redresser la tête pour le regarder dans une question muette.
- Tout va bien, je vais m'en occuper, rendors-toi, la rassura Elijah en la couvant d'un regard attendri.
La jeune femme n'attendit pas pour se laisser tomber parmi ses oreillers tandis qu'il regagnait le hall en trombe, sincèrement agacé par tout ce grabuge à une heure pareille. Sans surprise, il découvrit son cher frère hors-de-lui, comme à l'accoutumée, dans sa veste militaire noire à bouton de cuivre et faisant face à Cassandre dont l'interminable chevelure brune était ramenée en tresse jetée par dessus son épaule, tombant sur sa blouse crème. Entre eux se trouvait le malheureux tableau et une multitude d'éclats de verre étaient éparpillés un peu partout sur le sol de marbre blanc.
- Voulez-vous bien cesser de vous chamailler comme des enfants tous les deux?! S'impatienta Elijah, toujours très distingué dans son costume deux pièces, peu importe le moment de la journée. La jeune maman va finir par mourir d'une crise cardiaque avant que Marcel ou les sorcières ne lui règlent son compte.
- Tant mieux alors, ça nous fera un problème en moins, bougonna l'hybride en dévisageant son frère d'un air morne, furibond. Dis à ta compagne de se tenir tranquille. Je ne la laisse pas vivre chez nous pour qu'elle me fasse la morale chaque jour. Rebekah remplit très bien ce rôle.
- Il a cassé le Van Gogh que je vous ai offert...
- On en rachètera un, pas la peine de sortir les griffes pour si peu, ma douce. Nous allons discuter dans le salon, ici nous gênons trop Hayley.
L'aîné des originaux serra la petite main de Cassandre dans la sienne et la mena jusqu'au salon, Klaus sur les talons, où les attendait déjà une bouteille fraîche de whisky. Une fois que chacun eut pris place dans son fauteuil, l'hybride plus à l'aise grâce à son verre d'alcool et le petit confort de sa demeure, raconta les événements de la soirée.
Elijah et Cassandre, l'un à côté de l'autre dans le sofa, les mains étroitement entrelacées, s'observaient en quête d'un commentaire juste, mais pas trop vexant à offrir à Klaus qui ruminait dans son coin, fomentant déjà des plans sur la comète pour déloger cet enquiquineur de première.
- Klaus, je pense que l'élément le plus important là-dedans est la menace du Talamasca, osa enfin prononcer Elijah d'une voix très ferme, comme toujours. Lestat a raison, ne le nie pas.
- Et alors? Je me fiche de ces illuminés! Ils ne m'auront jamais. Marcel probablement, il n'est malin que quand on en vient à ces maudites sorcières. Quant à Lestat, il n'a pas à se servir de ça comme prétexte pour remettre les pieds ici et instaurer sa loi. Il n'a pas à mettre son grain de sel dans une histoire qui ne le concerne pas.
- Il n'est pas question d'instaurer sa loi, précisa Cassandre qui abandonnait le reproche, trop lasse, mais roulant néanmoins des yeux, se massant une tempe.
- Ah non? Alors qu'il nous a clairement dit de cesser de nous battre avec Marcel car aucun de nous n'avait le droit de revendiquer le titre de roi.
- Ni l'un ni l'autre n'en a le droit, c'est vrai, renchérit la brune, le regard sévère, mais la voix étonnamment calme qui se contrôlait pour son compagnon. Et vous l'a-t-il clairement? Avec ces mots?
- Là n'est pas le problème! Coupa Elijah en exerçant une légère pression sur la main de sa compagne pour qu'elle se taise, bien qu'elle ai raison sur ce point. Si tout le monde s'y mettait, la traversée du tunnel n'en serait que plus ardue. Klaus, si tu persistes à croire qu'il ne représente qu'un nouveau concurrent dans la course pour le pouvoir, tu vas droit dans le mur. Tu ne peux pas te permettre de te mettre un tel personnage à dos. Ecoute-le et tiens toi tranquille je te prie.
- Hors de question. C'est MA ville. Je suis responsable de la petite louve et notre enfant, certes, mais ça ne va pas m'empêcher de récupérer ce qui me revient de droit, peu importe les conséquences.
[Atmosphere Music - Brave Beauty]
Sur ce, il s'en alla en un coup de vent, ne laissant derrière lui qu'un verre vide et le tissu du siège froissé. Cassandre lâcha un soupir excédé longtemps contenu tandis qu'Elijah regardait le jardin par l'une des immenses fenêtres, désemparé face à tant d'entêtement et de mauvais caractère. Non, il ne voulait pas laisser tomber, ô grand jamais. C'était son frère, sa famille. Mais là, ça devenait ingérable.
- Le convaincre de garder le bébé, d'avoir une famille aimante n'a pas suffit. Il va gâcher cette merveilleuse chance pour le pouvoir.
- Ton frère est un danger public! Non seulement il va bazarder cette chance d'être heureux avec sa famille, mais en plus il va tous nous faire tuer ou enfermer si il continue sur ce chemin, à n'en faire qu'à sa tête! Je n'ai pas envie de mourir à cause d'une guerre stupide dont personne ne veut.
Elijah se redressa dans un bruissement de tissu, contrarié par cette attitude fraternelle alors qu'il pensait que cet avenir heureux l'assagirait un tant soit peu. Il avait toujours été borné et assoiffé pouvoir, mais au point de se mettre le Talamasca et les enfants des millénaires à dos, c'était du suicide pur et simple. Pourtant, il avait encore ce fol espoir de pouvoir le guider sur le droit de chemin, d'éviter une crise , le rendre heureux quelques temps , jusqu'à la prochaine ou jusqu'à ce qu'il soit pleinement satisfait.
Bien entendu, ça allait être lui à de régler tout ces détails en coulisse, de parler, marchander, charmer les opposants et revenir à un semblant de paix.
- Nous venons de nous retrouver, je ne veux pas mourir maintenant, murmura sa compagne à présent à la fenêtre à quelques pas de lui, la voix tremblante. Je suis trop vieille, mais nous n'avons pas vécu assez longtemps pour profiter d'être enfin réunis, de notre amour.
- Ne t'en fais pas ma chérie, je vais m'en occuper. Je vais tout faire pour nous sauver, toi et ma famille. Si ça ne marche pas, nous serons ensemble jusqu'à la fin quand même.
Elle pleurait malgré tout. Malgré tout ce qu'elle avait traversé, enduré, peu importe son âge, elle pleurait devant la menace de se voir un jour séparée de lui alors qu'ils leur avaient fallu un millénaire pour être enfin réunis. Il faut dire qu'elle s'était battue corps et âmes pour lui et elle avait gagné. Les larmes de sang sillonnaient ses joues blafardes, faisait couler son mascara alors qu'elle s'agrippait à ses bras, ses mains formant comme des serres.
Il avait toujours été très intriguée par ce sang. Chez eux, il n'était jamais visible.
Dehors, le vent se levait encore plus fort, faisant battre les branches des arbres contre les vitres.
Il baisa ses larmes du bout des lèvres, à la fois amour et soif avant de l'embrasser tendrement puis enfouir le visage de sa chevelure parfumée à la vanille. Son corps frêle et pourtant si dur, si ancien s'affala contre le sien alors qu'elle calait son visage au creux de sa nuque dans un sanglot lamentable. Elijah n'avait pas les mots pour la réconforter, il ne pouvait qu'agir dorénavant, mais il fallait avouer qu'il avait peur. Si son frère allait trop loin, une pirouette de rattrapage ne suffirait pas cette fois. On ne pouvait pas apaiser les Anciens ainsi qu'un tel organisme avec des mots mielleux.
Finalement, Klaus allait peut être réellement signer l'extinction des vampires.
