Ron courait, courait sans s'arrêter, le cœur tambourinant dans sa poitrine, affolé par la destinée qui attendait sa sœur entre les mains morbides de Zabini ainsi que par sa propre solitude. Il avait rapidement et malheureusement semé ses camarades après quelques dizaines de mètres, et se retrouvait à présent prisonnier du grand labyrinthe de verdure. Il n'avait pas de baguette, et seulement ses poings pour se défendre en cas de malheur. Il se doutait bien que l'endroit était truffé de pièges et pour le moment, il avait réussi à les déjouer.
Sa chance s'arrêta là.
Vif comme l'éclair, une branche s'étendit à son passage, se resserrant autour de sa taille comme une liane et l'arrêtant aussi net. Il glissa, chuta et se débattit alors que la haie ensorcelée le tirait en arrière, désirant le prendre dans ses feuillages comme une araignée attraperait une mouche dans sa toile. Il agrippa le sol à s'en faire saigner la pointe des doigts, s'arrachant un ongle au passage. Il eut le temps de laisser échapper un jappement de terreur, puis une seconde liane vint s'enrouler autour de son cou, le privant de voix et d'air. Déglutissant avec peine, Ron émit alors beaucoup moins de protestations à se faire traîner dans la masse verte et lugubre. Il lui sembla, avant de sombrer dans l'inconscience, voir deux pieds chaussés de talons devant lui, puis tout devint noir.
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Daphné Greengrass connaissait le labyrinthe comme sa poche. Depuis son enfance, elle venait jouer ici, et elle avait eu énormément d'amusements avec ses collègues entre les murs de haie.
Ce soir, plusieurs sorts et créatures terrifiantes habitaient dans le labyrinthe mais, comme tous les Mangemorts, elle avait été mise au courant de leurs emplacements et de la manière de les combattre. Seuls ses hauts talons gênaient sa course, mais une excitation morbide la talonnait, comme l'emplissant d'un instinct de chasseresse cavalant après une proie en période de famine.
Alors qu'elle longeait au pas de course la haie extérieure nord-ouest, elle entendit un bref hurlement de frayeur. Levant la tête tel un serpent qui vient de repérer une souris particulièrement juteuse, Daphné se fia à ses oreilles pour la guider vers le bruit. Elle finit par trouver la partie de la haie ensorcelée par un maléfice de Strangulation, et vit le corps évanoui de Ron Weasley disparaître dans une débandade glauque de branchages. Un sourire amer vint se peindre sur les lèvres de Daphné. Elle décida qu'elle pouvait bien jouer avec, puisque ce n'était pas Granger. Elle leva une baguette fine et fouettant entre ses doigts manucurés et prononça tranquillement, dirigeant l'objet sur les branches basses :
-Diffindo.
Avec un couinement aiguë, les lianes se coupèrent net et elle put faire léviter le corps de Weasley à la lueur de la lune. S'abaissant, elle tâta son pouls et tira une grimace, comme une enfant gâtée à qui on vient de retirer son jouet préféré. Elle arrivait trop tard.
Ron Weasley était déjà mort.
Avec un gémissement de dépit, Daphné envoya valser le cadavre d'un mouvement de baguette dans la haie qui l'engloutit aussitôt, en faisant un repas pour ses feuilles carnivores. La jeune femme se retourna et reprit sa marche à travers le labyrinthe.
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Fred et Georges étaient inquiets, phénomène assez rare pour être souligné. Leurs parents ne répondaient plus à l'appel et Ron et Ginny semblaient avoir volatilisé des jardins. Les jumeaux finirent par mettre la main sur Bill et Charlie, qui marchaient côte à côte dans le jardin en discutant à voix basse et précipitée. Quand Bill les aperçut, ses traits se détendirent de soulagement avant reparaître plus torturés encore qu'avant.
-Vous voilà, siffla Charlie avec gravité. Où sont les autres ?
-Nous les cherchions, répondit Fred.
-Cherchons-les ensemble, proposa George.
Hochant la tête, Bill et Charlie suivirent leurs cadets dans la recherche de leur famille.
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Hermione avait l'impression de tourner en rond. Elle aurait hurlé de rage, si elle n'était pas certaine que ce faire aurait attiré irrémédiablement les Mangemorts et surtout Drago Malefoy, qui lui semblait ce soir plus dangereux que jamais.
La jeune femme avait entendu des bruits, de ses camarades et de ses ennemis, dans les allées parallèles à celles où elle se déplaçait, durant un petit moment. Mais le silence qui l'entourait, la compressait, l'oppressait, était le pire des supplices. Elle préférait subir le Doloris de la main de Malefoy, afin d'être rassurée sur son sort. Quoi que. Mais rien n'est pire que l'inconnu, et Hermione naviguait en plein cauchemar.
Avaient-ils été sots de se jeter à corps perdu dans ce fichu puzzle de verdure ! Mais Ginny et Ron étaient en danger. Hermione regrettait amèrement de n'avoir en sa possession qu'une dague. Sans son arme de bois, elle se sentait dénudée. Comme une moldue qui n'avait pas sa place dans cette guerre. Les Mangemorts avaient raison de la percevoir ainsi. Remarque, sans baguette, ils auraient été aussi inoffensifs qu'elle.
Elle se tendit soudain en entendant du bruit devant elle. Devait-elle avancer ? Reculer ? Ami ou ennemi ? Méfiante, elle décida de continuer sa route en marchant doucement. Il semblait qu'une partie de la haie s'animait à quelques mètres. Les nuages cachant la lune s'écartèrent alors et ce qu'elle vit la fit hurler à la mort, comme un animal blessé.
Impuissante, nauséeuse, Hermione se laissa tomber à genoux sans même s'en rendre compte. Son visage était tordu dans une expression muette de terreur si vivace qu'elle semblait vivre toutes les tortures du monde.
La haie agitait ses branches en un geste de contentement grotesque, alors qu'une immense bulbe rosâtre et palpitante avait ouvert une gueule immense, dévoilant plusieurs rangées de dents fines et acérées comme des lames de rasoir. Elle engloutissait une paire de jambes. Jambes rattachées à un corps. Corps rattaché à une tête.
Ron.
Hermione ne réagit même pas quand des pas précipités se firent entendre derrière elle. Ni quand un bras la souleva violemment, la plaquant contre un torse épais, ou quand un rire cruel mais niais résonna à ses oreilles. La personne l'emporta loin de la vision qui hanterait Hermione jusqu'à la fin de ses jours en ricanant encore. Les yeux brouillés par les larmes, la brune ne réagit pas. Jusqu'à ce que la personne qui la tenait en riant grogna,
-Cela te plaît, de voir ton petit chéri comme ça, Sang-de-Bourbe ?
C'était Goyle. Une voix un peu plus inquiète s'éléva alors que Hermione sortait lentement de sa léthargie :
-Fais attention, tu sais ce qu'a dit Drago.
Et voilà Crabbe. Ils l'emmenaient à Malefoy, et ils se moquaient du cadavre de Ron. Avec un gémissement de rage, Hermione sursauta dans les bras épais de son tortionnaire, et d'un geste vif, attrapa sa dague qu'elle vint plonger aveuglément dans la masse derrière elle. Un gargouillis la prévint qu'elle avait touché sa cible, et les bras la lâchèrent. Elle s'écarta d'un bond, jeta un regard bref à Goyle qui se tordait de douleur sur le sol, une plaie béante au ventre sous les yeux effarés de son comparse, et elle s'éloigna d'une course erratique, par petits bonds comme une biche en fuite.
Elle ne se calma que plusieurs minutes plus tard, bien seule, et essuya les larmes sur ses joues. Ces salauds avaient tué Ron. Ils le lui paieraient. Cela avait été tellement facile de frapper Goyle de son arme. Elle pourrait tuer, ce soir. Les remords, le deuil seraient pour plus tard. Il était clair qu'ils mourraient ce soir, certainement tous. Elle mourrait. Alors, autant en emmener le plus possible avec elle dans sa chute vertigineuse vers les Enfers.
Hermione releva la tête, déterminée, et cessa de renifler, avant de se remettre à marcher. Si ce lieu était sa tombe, ce serait elle qui en écrirait l'épitaphe.
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Pansy Parkinson était sur les traces de Londubat depuis le départ. Elle l'entendait s'essouffler peu à peu.
Soudain, le gros lourdaud cessa de courir pour reprendre son souffle. Elle eut un sourire presque pervers et avança silencieusement, levant sa baguette.
-Avada Kedavra !
Le sort vert frôla Pansy de peu et elle écarquilla les yeux en voyant Luna Lovegood, la petite amie de Neville, sortir de la pénombre pour se positionner près du Gryffondor. Le visage de Pansy se congestionna en une moue dégoûtée et elle lança, narquoise :
-Tiens donc, la petite Loufoca utilise des Impardonnables maintenant ?
-Il faut bien se défendre, répliqua Luna d'une voix froide bien loin de sa douce folie habituelle.
-Puis-je savoir où tu as trouvé une baguette ?
-Oui, répondit Luna. Sur les cadavres de Goyle et Crabbe. Le premier a été poignardé à mort et j'ai tué le deuxième.
-Ouh, attention. Loufoca sort le grand jeu. Elle est devenue une meurtrière. Ce que j'ai peur.
-Et tu fais bien, conclut simplement la blonde en donnant une baguette à son ami. Avada Kedavra !
Pansy dut se jeter de côté pour éviter le maléfice et rétorqua d'un Doloris bien senti qui vint frapper Neville en pleine poitrine, le couchant au sol. Luna leva sa baguette et les deux jeunes femmes entamèrent un duel plutôt impressionnant pour de si jeunes sorcières. Luna avait l'avantage de l'enseignement de l'AD, assez défensif, et Pansy, elle, était agressive, comme tout Mangemort qui se respecte. Soudain, et comme au ralenti, le visage pâle de Pansy se fendit d'un sourire éclatant, et elle s'époumona en se redressant de toute sa hauteur :
-Avada Kedavra !
Le sort vint frapper Luna en pleine poitrine. Elle écarquilla les yeux sous le choc, et retomba doucement en arrière, bras écartés, pour s'échouer dans un dernier moment de grâce suprême en croix sur le sol tapissé d'herbe.
Le silence se fit et Pansy, triomphante, esquissa quelques pas d'une danse macabre avant de rester à fixer le corps, sourire accroché aux lèvres, abaissant sa baguette. Un rugissement atroce s'éleva à quelques pas d'elle, et elle eut à peine le temps de se retourner, inquisitrice, qu'un puissant Sortilège de la Mort vint la cueillir à son tour. Une expression bête au visage, Pansy, la dernière des Parkinson, venait de mourir.
Neville baissa sa baguette qu'il serra entre ses doigts et rampa jusqu'à sa défunte bien-aimée, les larmes ruisselant sur ses joues. Il s'assit, serrant Luna contre lui, se balançant d'avant en arrière dans un mouvement compulsif, pleurant bruyamment et hurlant à la mort comme un chien fou. D'abord ses parents, maintenant elle...les Mangemorts ne connaîtraient plus jamais la paix tant qu'il vivrait, il le jurait sur son âme.
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-Ginny, Ginny, Ginny...
Ginny, toujours attachée au lit, gardait plaqué sur le visage un air insupportablement méprisant. Son bourreau, lui, tournait et se retournait lentement dans la chambre, faisant les cent pas. Il semblait pensif. De temps à autre, il se tournait vers la rousse attachée au lit pour lui offrir un clin d'œil léger, un sourire carnassier, ou un lèchement des lèvres. Malgré toute sa mauvaise foi, Ginny reconnaissait volontiers que ce dernier geste avait quelque chose de sensuel, surtout allié à la grande beauté de Zabini.
-Que vais-je faire de toi, ma belle Ginny ?
-Tue-moi, le provoqua-t-elle avec hargne. Vas-y, si tu en as autant dans le pantalon que tu sembles le croire. Sors ta baguette. Sois un homme.
-Ma chère Ginny, tu ne pensais tout de même pas t'en sortir à si bon compte, si ? Je te tuerai si tu le désires, ricana Blaise. Mais avant, je veux jouir en toi. Te faire du bien tout en te faisant du mal...
-Tu es complètement cinglé, claqua sèchement Ginny. Vas-y alors. Viole-moi si tu en as les couilles. Torture-moi. Fais-moi regretter d'être née si tu en as envie. Mais jamais, tu m'entends, jamais je ne me soumettrai à toi !
Blaise se tourna brutalement et la dévisagea, son visage soudain fermé.
-Tu le feras, Weasley, trancha-t-il d'une voix si dure et glaciale qu'elle en tressaillit. Tu es de Sang-pur et tu me plais. Je vais t'épouser.
-Dans tes rêves, rétorqua-t-elle en éclatant de rire.
Étrangement, un sourire amusé vint orner les lèvres du métis, ce qui inquiéta aussitôt la rouquine.
-Mais j'en rêve, ma douce, fit-il d'une voix calme. Tu seras mienne, que tu le veuilles ou non. Et nous nous marierons cette nuit même.
-Tu délires !
-Pas du tout, Ginny. J'ai fait venir ici quelqu'un pour ce faire. Cependant nous sommes un peu en avance sur l'horaire, et nous allons pouvoir nous distraire durant ce temps, n'est-ce pas beauté ?
-J'aime Harry !
-Ah, Saint Potter, bien sûr...oui...mais je crains que tu ne le revoies plus jamais mon ange. Pendant que nous nous entre-tuons ici, le Maître va aller s'en occuper, de ton prétendu chéri. Puis il est un ennemi de ma cause et un Sang-mêlé avec cela.
-Je ne serai jamais à toi, siffla-t-elle entre ses dents.
Un sourire amer sépara les lèvres de Blaise alors qu'il approchait du lit.
-C'est ce que nous verrons...
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Hermione avança au pas. Rien ne servait de courir maintenant. Il fallait économiser ses forces. Dague au poing, elle observa attentivement chaque ombre, chaque brin d'herbe sous ses pas, chaque feuille, chaque nuage même.
Un cliquetis la dérangea dans sa contemplation de son environnement, et elle s'arrêta alors qu'une créature particulière se mettait sur sa route. Elle blêmit en reconnaissant l'affreuse apparition.
Une Acromentule ! Un bébé, si elle en croyait sa taille et la comparait aux récits de ses amis sur Aragog et les siens. Mais un beau bébé tout de même, qui lui parvenait jusqu'à la taille. L'araignée géante fit claquer ses pinces d'un air gourmand en la voyant et avança vers elle. Elle gémit doucement en remarquant qu'il pourrait aisément lui trancher la gorge en l'effleurant d'une pince.
L'Acromentule émit un bruit aigu et approchant à toute vitesse. Hermione eut à peine le temps de se décaler d'un bond avant que les pinces de l'abominable créature fouettent l'air, là où elle se trouvait juste avant. Sans se laisser démonter, le monstre fit volte-face et Hermione ne put pour se défendre que brandir sa dague. Heureusement, celle-ci vint frapper contre la patte armée d'une pince et l'araignée hurla, ou produisit un son équivalent au hurlement, alors que sa patte se rétractait sous la douleur, non sans blesser Hermione à l'épaule au passage. La jeune femme laissa échapper un cri à son tour et s'éloigna de la bête tant bien que mal en plaquant une main sur sa blessure qui saignait abondamment.
Déjà l'araignée revenait à la charge et Hermione sauta de nouveau hors de sa portée, mais cette fois, se réceptionna mal sur un de ses talons et chuta en arrière, sur le dos. Horrifiée, elle ne put que regarder le monstre arriver au-dessus d'elle, faisant cliqueter ses pinces d'un air vengeur, quand soudain l'Acromentule fut frappée d'un rayon de lumière blanche et projetée à plusieurs mètres où elle retomba, inerte, cadavérique. Hermione se releva doucement et vit une silhouette venir à sa rencontre derrière. Sans regarder qui c'était, elle courut se jeter contre le torse de son sauveur. Elle avait retrouvé l'un des siens dans cet Enfer.
Deux bras puissants vinrent s'enrouler autour de sa taille et elle calma lentement ses tremblements avant de relever doucement la tête, de plus en plus horrifiée par ce qu'elle découvrait. Un corps à la fois musclé et svelte dans une robe de sorcier gris, se mariant à merveille à deux yeux acier, orageux, agrémentés de mèches de bleu, une chevelure blonde presque blanche, un visage fin et aristocratique, et une moue moqueuse sur les lèvres fines et pâles.
Drago Malefoy prit le menton de la jeune fille tétanisée entre ses doigts et la contempla intensément, silencieux, son sourire en coin s'agrandissant.
-Granger, chuchota-t-il.
Sa voix résonna cependant comme une menace et une promesse, comme s'il avait hurlé.
-Enfin.
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Alors? Que dois-je faire? Un drame de la relation Blaise/Ginny? Que cela se finisse bien? Qui va les marier selon vous? Au prochain chapitre, nous verrons ce qu'il se passe du côté des adultes, dans la salle de bal.
Review! Allez, au boulot! Bises, à la prochaine. DIL.
