Titre : Il manque un temps à ma vie
Auteure : Victoire
Pairing principal : Harry Potter/Severus Rogue
Rating : MA –description explicite de relations sexuelles entre deux hommes.
Warning : M-Preg et Chan 16-18 et AU HBP et DH –Voldemort a été anéanti à la fin de la sixième année de Harry et Rogue n'a jamais eu à tuer Dumbledore. Le septième tome n'a pas eu lieu.
Résumé : Quand le futur devient présent, c'est l'existence entière de nos protagonistes qui est remise en question ! Quels chemins de vie choisiront-ils d'emprunter une fois le choc d'une bouleversante révélation passé ? Se laisseront-ils enfin aller à leurs désirs les plus profonds ? Ça et plus dans « Il manque un temps à ma vie » !
Disclaimer : L'univers d'Harry Potter ne m'appartient pas, il est la propriété de JK Rowling, Bloomsbury Books, Scholastic Inc., Warner Bros., et de toutes les autres firmes impliquées dans cette grande aventure
Note de l'auteure : Bonjour à toutes et à tous. Après presqu'un an et demi d'absence, je reviens vers vous avec un tout nouveau chapitre d' "Il manque un temps à ma vie". Je suis pleinement consciente du fait qu'une attente aussi longue peut être très frustrante et je m'en excuse. Vous l'aurez sans doute remarqué, l'ancien chapitre six a été supprimé pour être remplacé par celui-ci. Je n'aimais pas du tout ce que j'avais écrit, je trouvais que cela n'apportait rien à mon histoire et, plutôt que le retravailler entièrement, j'ai préféré l'enlever. J'espère que cela ne vous perturbera pas trop. J'ai également updaté les chapitres précédents, corrigé plusieurs fautes et légèrement modifié certains passages. Si le coeur vous en dit, vous pouvez vous amusez à les relire, mais il n'y aucun changement majeur qui pourrait compromettre votre compréhension de l'histoire plus tard. A présent, je vous laisse à votre lecture^^ J'appréhende un peu vos réactions : cela fait longtemps que je n'ai pas écrit et j'ai un peu peur d'avoir "perdu la main"... Ne m'épargnez pas et soyez le plus sincère possible dans vos remarques s'il vous plait :)
En attendant vos avis/critiques/impressions avec impatience.
Bises,
Victoire.
CHAPITRE SIX
Severus se faufilait avec peine à travers le couloir boueux du passage souterrain menant vers la Cabane Hurlante. Son visage était recouvert d'une fine pellicule de sueur et ses yeux, si finement plissés qu'on aurait dit deux fentes sombres, sondaient frénétiquement les alentours, comme s'il s'attendait à voir surgir un monstre des ténèbres à tout instant. Il ne savait ni pourquoi, ni comment il était arrivé ici. Il avait juste l'étrange conviction qu'il se devait d'être là. Redoublant d'efforts pour parvenir jusqu'à l'entrée de la bâtisse, il ne fit pas attention au chat qui somnolait sur le côté et le bouscula, s'attirant ainsi un miaulement rageur.
Il finit par arriver dans le vestibule de la masure. Elle était telle qu'il la revoyait dans ses vieux souvenirs. Délabrée. Froide. Et sinistrement inquiétante. Les murs, crasseux et fissurés, étaient recouverts d'épaisses toiles d'araignées et le sol, totalement défoncé, était si tapissé de poussière qu'il était persuadé que ses pas laisseraient des empreintes distinctes sur le parquet.
Le Maître des Potions pénétrait plus avant dans la mansarde lorsqu'il tomba nez-à-nez avec James Potter. L'homme adoptait la même allure que lorsqu'il l'avait vu pour la dernière fois sur le perron de sa maison. Des années s'étaient écoulées depuis cette ultime rencontre et, curieusement, Potter n'avait pas changé. Il était aussi horriblement grand et sec qu'il l'avait toujours été. Son nez était surmonté de ses affreuses lunettes circulaires et ses cheveux, savamment ébouriffé, visaient sans doute à attirer les regards admiratifs d'une énième kyrielle de filles. Potter était arrogant, Potter était imbu de lui-même. Potter était resté le même fichu idiot !
« Snivellus, quel plaisir de te revoir, s'exclama James d'un air goguenard. »
Un rictus de dégoût déforma automatiquement les lèvres de Severus à la simple entente de la voix de son ennemi juré.
« Pourquoi m'as-tu fait venir ici ? gronda-t-il d'une voix sourde. »
Potter laissa claquer sa langue contre son palais avant de gratifier le responsable des Serpentards d'un regard noir.
« Tu pensais vraiment pouvoir poser tes horribles doigts noueux sur mon fils sans t'attirer mes foudres ? cracha-t-il avec colère. »
Severus serra la mâchoire avec force. De quel droit Potter se permettait-il de s'adresser ainsi à lui ? Comment osait-il sous entendre que ce qui transpirait entre Harry et lui était quelque chose de… sale ?
« Je ne vois pas de quoi tu parles, répondit-il avec froideur.
_Je t'en prie, siffla James en haussant largement les yeux au ciel. A d'autres, si tu le souhaites, mais pas à moi. »
Les deux hommes s'affrontèrent longuement du regard, chacun cherchant à déstabiliser l'autre et à le forcer à détourner les yeux. Severus percevait tant de dégoût dans les prunelles de son ennemi, qu'il en eu un haut-le-coeur.
« Qu'attends-tu de moi ? finit-il par lâcher d'une voix sourde. »
_Je veux que tu laisses mon fils tranquille. Tu n'as rien à faire avec lui, tu ne le mérites pas. »
Le Maitre des Potions s'apprêtait à répliquer avec verve, lorsque Potter le devança.
« Crois-moi, c'est ce que tu as de mieux à faire si tu ne veux pas qu'un jour il se réveille empli de haine et de répulsion à ton encontre et qu'il te laisse… »
Le visage d'Harry se substitua alors brusquement à celui de James. Severus cru défaillir lorsqu'il l'entendit lui susurrer d'une voix horriblement mièvre :
« …tout seul. »
~~V~~
Cela faisait plusieurs heures que Severus était assis sur son canapé, un verre de brandy à moitié vide à la main. Le feu s'était éteint depuis longtemps déjà, mais les yeux de l'homme, étrangement horrifiés, demeuraient écarquillés comme s'ils percevaient un message dantesque depuis les ténèbres. Ainsi, Severus n'était pas digne d'Harry Potter. Comme s'il avait jamais été attiré par le fichu môme ! Potter était arrogant et insolent, Potter était irréfléchi et désagréable au possible ! Il était tout ce que le Maitre des Potions abhorrait ! Sans compter qu'il avait seulement dix-sept ans !
L'homme avala distraitement une rasade de brandy avant de se pincer douloureusement les lèvres. Pour l'amour de Merlin, qui voulait-il donc foutument tromper avec ce ramassis d'inepties ? S'il n'avait pas été un tant soit peu attiré par Potter, il ne se comporterait pas de la sorte ! S'il était vrai qu'il avait longtemps considéré Harry comme le fichu rejeton du fichu James Potter, ces quelques mois de cohabitation forcée passés auprès du jeune homme lui avait fait prendre conscience de l'incommensurable erreur qu'il avait commise à associer ainsi le fils et le père. Harry n'avait rien à voir avec James. Harry était…unique en son genre.
Severus jeta distraitement un coup d'œil vers la porte de sa chambre. Il avait oublié de la refermer après avoir quitté son lit en catastrophe et, à travers l'entrebâillement, il parvenait à distinguer la silhouette du garçon. Depuis qu'Harry lui avait demandé de partager son lit le soir de la disparition des enfants, il ne s'était pas passé une seule nuit sans que les deux hommes ne dorment ensemble. Le Maitre des Potions savait pertinemment que ce simple fait aurait suffit à le renvoyer de l'école. Les relations entre professeur et élève étaient formellement interdites et Dumbledore avait beau être connu pour sa grande mansuétude, il n'aurait rien pu faire pour le maintenir en fonction suite à une telle entrave au règlement. Cependant, le responsable des Serpentards faisait sottement et aveuglément fi de ce léger détail.
Le Rouge et Or émit un gémissement plaintif dans son sommeil et Severus l'observa d'un air préoccupé. Il réalisa alors qu'il était perdu : il était purement et simplement voué corps et âme à Harry Potter. Depuis l'instant où il avait promis à Lily qu'il veillerait sur son fils, leurs destins avaient été intimement liés. Durant toute la scolarité du garçon, il s'était évertué à le maintenir en vie. L'année précédente, il était même allé jusqu'à lui consacrer l'intégralité de ses soirées afin de le préparer au mieux à son combat contre le Seigneur des Ténèbres. Lorsqu'Harry était parti défaire le Mage Noir, il avait tremblé de peur comme jamais depuis seize ans. Dans un sursaut de folie et de désespoir, il avait embrassé le garçon avec fougue, cherchant ainsi à lui imprimer la force de se battre jusqu'au bout. La force de continuer envers et contre tout. La force de vivre. Puis, le jeune homme était parti. Il s'était bravement dirigé vers son destin. Severus s'était senti immensément fier. Et, dans un éclair de lucidité, il avait alors compris qu'il s'agissait de la dernière fois qu'il laissait glisser ses yeux sur Harry. Pas parce qu'il pensait que le Gryffondor mourrait. Potter était fort et vaillant, Potter triompherait. Non, ce dont il était intimement persuadé, c'était que lui périrait au cours de cette ultime bataille. Sa mission s'achevait ici. Il avait guidé Harry jusqu'à la victoire, il ne lui restait à présent plus qu'à tirer sa révérence à ce monde chaotique et bientôt trop neuf pour lui.
Qu'elle n'avait pas été sa surprise lorsqu'il s'était réveillé quelques jours plus tard à l'Infirmerie de Poudlard ! Il avait été affreusement embarrassé à l'idée de se retrouver confronté au Survivant. Que penserait-il de lui ? Utiliserait-il le baiser qu'ils avaient échangé comme moyen de chantage à son encontre ? Finalement, les choses s'étaient relativement bien passées. Aucun des scénarios catastrophes que Severus avait pu imaginé ne s'était réalisé et la vie avait repris son cours normal. Il avait fini par se convaincre que ce moment d'égarement n'était rien de plus que cela. Bien sûr, il percevait les regards fiévreux qu'Harry lui lançait en cours de Potions, mais il se persuadait que cela lui passerait. Après tout, cela n'était rien de plus qu'un béguin d'adolescent !
Le responsable des Serpentards secoua la tête d'un air désabusé. Potter senior avait raison. Ce qui transpirait entre Harry et lui n'était pas de l'ordre de la simple gratitude ou de la reconnaissance mutuelle. Ils étaient en train de s'attacher l'un à l'autre. L'arrivée de Jude et de Sophia avait totalement chamboulé leurs existences. Les deux hommes avaient été amenés à cohabiter ensemble. De ce fait, ils avaient beaucoup appris l'un sur l'autre, et ils étaient devenus ce que l'on pouvait qualifier de proches.
Severus se sentit soudain nauséeux. S'il était vrai qu'il avait perçu un changement quant à la nature de leurs relations au cours des semaines précédentes, il n'avait jamais réellement pris le temps d'y réfléchir. A présent, force était de constater qu'il nourrissait à l'égard d'Harry des sentiments bien plus intenses qu'il ne l'aurait souhaité. Or, il ne pouvait pas se permettre de placer autant de pouvoir entre les mains du Gryffondor. S'il s'attachait à lui –s'il s'attachait plus à lui qu'il ne l'était déjà- il courrait le risque de se retrouver le cœur brisé à l'issue de cette histoire.
Le Maitre des Potions vida son verre de brandy d'une traite. Le regard agité, il prit soudain une décision de la plus haute importance. Il irait voir Albus dès les premières lueurs de l'aube. Ensemble, ils trouveraient un moyen de renvoyer le plus rapidement possible les enfants à leur époque. Et tout rentrerait enfin dans l'ordre.
Pour le bien de tous.
~~V~~
Une brume épaisse recouvrait Poudlard et ses alentours, si dense que d'aucuns aurait pu penser qu'un champ de coton tapissait le sol humide. Cela faisait plusieurs jours que le temps était agité. La pluie s'abattait continuellement sur le Château et ses environs, ses grosses gouttes martelant bruyamment les façades du bâtiment, et il n'était pas rare d'entendre des coups de tonnerre résonner au loin.
Les fenêtres en arc de cercle tremblèrent sinistrement sous les mugissements du vent et Harry sentit un frisson remonter le long de son échine. Le bureau de Dumbledore ne lui avait jamais paru aussi hostile qu'en cet instant. Le soir même, le Directeur l'avait convoqué pour lui apprendre que Severus et lui avaient enfin trouvé un moyen de ramener les enfants à leur époque en toute sécurité. Au cours de leurs recherches, les deux hommes avaient fini par découvrir que le temps s'écoulait beaucoup plus lentement dans le futur que dans le présent, ce qui expliquait sans doute pourquoi leurs tentatives antérieures de renvoi c'étaient toutes soldées par des échecs. A présent qu'ils étaient sûrs d'avoir mis au point la bonne formule, ils considéraient qu'il n'y avait plus une minute à perdre ! Jude et Sophia avaient été placés au cœur d'un pentagramme, tandis qu'Harry s'était vu apposer des cristaux de jais sur son ventre arrondi. Le minéral était censé favoriser les voyages entre les mondes. Il permettrait ainsi au bébé de regagner son époque en toute quiétude.
Harry sentit son cœur se serrer douloureusement dans les tréfonds de sa poitrine. Il avait beau savoir que la place de ses enfants était auprès de leurs vrais parents, il ne parvenait pas à s'empêcher de vouloir les garder auprès de lui envers et contre tout. Jude, Sophia et le bébé avaient envahi sa vie comme personne d'autre ne l'avait fait auparavant. C'était comme s'ils avaient détenus tous les codes d'accès à son âme et que, sans avoir à effectuer le moindre effort, ils étaient parvenus à abaisser toutes les barrières qu'il avait vaillamment érigées en guise de protection au fil des années. Ils s'étaient infiltrés sous sa peau et ils s'étaient lovés contre son cœur ils avaient colonisé chaque partie de son être comme s'il leur était revenu de droit. Ils l'avaient fait sien. Et, aujourd'hui, à présent qu'ils lui étaient devenus aussi indispensables que l'air qu'il respirait, il devait les laisser partir. Il devait les voir s'en aller et leur dire au revoir à jamais.
Manquant de défaillir, Harry se raccrocha instinctivement au bras de Severus. Il l'agrippa de toutes ses forces, comme pour s'assurer qu'il n'était pas seul dans cette terrible épreuve. Sentant la chaleur de l'homme irradier le long de ses doigts, il finit peu à peu par recouvrer son souffle.
« Je vous serais gré d'ôter vos mains de mon bras, Monsieur Potter, siffla Rogue d'une voix glaciale. »
Profondément désarçonné par la réaction du Maitre des Potions, Harry leva de grands yeux interrogateurs vers celui-ci. Ce qu'il vit le laissa glacé de terreur. Ces orbes sans fonds qu'il avait appris à aimer plus que tout au monde, luisaient dorénavant du même ressentiment qu'elles l'avaient faites autrefois, sans qu'il n'ait aucune explication à ce brusque revirement de comportement.
« Il est grand temps de mettre fin à cette mascarade ridicule à présent que les enfants regagnent leur époque, vous ne croyez pas ? »
Harry sentit son cœur manquer un battement. Il demeurait persuadé que tout ceci n'était qu'un mauvais tour que lui jouait Severus, lorsqu'il fut frappé par la dureté et la malveillance avec lesquelles celui-ci le dévisageait. Ce n'était plus l'homme qu'il aimait désespérément qui lui faisait face, mais son professeur de Potions honni.
« Qu'est-ce que… qu'est-ce que tu veux dire, Severus ? »
Le responsable des Serpentards gratifia Harry d'un geste dédaigneux de la main.
« Epargnez-moi votre ton geignard, je vous prie, je n'ai franchement pas la tête à cela ! »
_Je ne te comprends pas, souffla le jeune homme d'une voix tremblante. Les enfants partent et tu décides de tirer un trait sur tout ce qu'il s'est passé entre nous ces derniers mois ? Ça ne signifiait donc rien pour toi ? »
Pour toute réponse, le Maitre des Potions se contenta d'adresser un regard méprisant au Rouge et Or. Il sentit son cœur se pincer douloureusement à la vue du vif éclair de chagrin qui traversa les prunelles du jeune homme. Cependant, il se ressaisit rapidement. Il n'avait pas le choix. Il devait respecter son plan. Grace aux longues recherches qu'il avait menées avec Albus, les enfants allaient enfin pouvoir regagner leur époque. Ainsi débarrassé de ses obligations parentales, Harry retrouverait sa banale vie d'étudiant de septième année. Il décrocherait au moins cinq Efforts Exceptionnels à ses ASPIC, quitterait Poudlard et finirait par l'oublier. C'était ce qu'il y avait de mieux à faire. Pour tous les deux.
Severus demeurait plongé dans ses sombres pensées lorsque le Gryffondor bondit subitement dans le pentagramme. A ce moment même, Dumbledore entonnait les dernières phrases de son incantation. Un tourbillon de fumée blanche enveloppa les trois corps accolés et, une seconde plus tard, toute trace d'Harry Potter et de ses enfants s'évanouit dans les airs.
~~V~~
2007
Severus se dirigeait d'un pas usé vers le salon. Ses traits, tirés, témoignaient du manque de sommeil qu'il avait enduré ces derniers jours, et sa mine, profondément sombre, rendait compte de la terrible angoisse qui l'habitait. Harry et lui avaient envoyé les enfants dans le passé quelques semaines auparavant et, depuis, aucune des incantations qu'ils avaient prononcées n'avaient pu les ramener auprès d'eux. Il ne comprenait pas ce qu'il avait bien pu se passer. Il avait pourtant étudié aussi attentivement que possible la procédure de renvoi, afin d'être sûr de pouvoir ramener Jude et Sophia à leur époque une fois l'attaque des Mangemorts passée, mais rien de ce qu'il avait pu trouver ne fonctionnait. Il était vrai qu'ils avaient dû précipitamment envoyer leurs enfants dans le passé : il s'agissait alors d'une question de vie ou de mort ! Cependant, il était persuadé d'avoir pris en compte toutes les modalités nécessaires à leur bon retour. C'était à en devenir fou ! D'ailleurs, s'il ne trouvait pas rapidement une solution à ce monstrueux problème, il ne donnerait pas cher de sa santé mentale, pas plus que de celle de son époux.
Le Maitre des Potions restait plongé dans ses considérations, lorsqu'un souffle surgit de nul part fit son apparition au beau milieu du salon. Une colonne blanchâtre s'éleva dans les airs, épaisse et brumeuse. Elle s'évanouit peu à peu et, finalement, laissa apparaitre des silhouettes recroquevillées les unes contre les autres. Severus sentit son cœur manquer un battement.
« Qu'est-ce que… Harry ! Harry viens vite ! »
Harry dévala à grande vitesse les marches de l'escalier. L'intensité qui avait percée dans la voix de Severus l'avait alerté au plus haut point, et il se demandait ce qu'il avait bien pu se passer pour que son mari, d'ordinaire si calme, soit dans un tel état d'agitation. Il pénétra dans le salon le souffle court. Ce qu'il vit le laissa interdit. Agenouillé au sol, Severus tenait fermement Jude et Sophia entre ses bras. Les petits s'accrochaient à leur père de toutes leurs forces, des larmes de joies et de soulagement inondant leurs petites joues rebondies. Instinctivement, il porta ses mains à son ventre, qu'il sentit aussitôt gonfler sous ses doigts.
L'univers s'était réaligné.
Jude, Sophia et leur bébé à venir étaient de retour à la maison.
« Mon Dieu ! Mes bébés ! Oh mon Dieu ! Merci, merci, merci ! psalmodia Harry avec force une fois ses enfants enserrés dans l'étreinte protectrice de ses bras. »
« Comment allez-vous ? s'enquit-il en se détachant d'eux pour pouvoir mieux les observer, ses yeux voguant consciencieusement sur chaque parcelle de leurs corps, afin de s'assurer qu'aucune égratignure ne striait leurs peaux diaphanes. Que s'est-il passé ? Cela fait des semaines qu'on essaie de vous faire revenir et on n'y parvient pas. Votre père et moi étions fous d'inquiétude ! Oh mes bébés, vous m'avez tellement, tellement manqués ! s'exclama-t-il en attirant à nouveau ses enfants contre lui. »
Ils restèrent ainsi prostrés pendant de longues minutes, Jude et Sophia collés contre la poitrine d'Harry, ce dernier enserré dans l'étreinte protectrice de Severus. Les deux parents avaient beau n'avoir été séparés de leurs enfants que pendant trois semaines, ils avaient l'impression qu'il s'était passé une éternité depuis leur départ, et ils ne pouvaient s'empêcher de bénir le Ciel de leur avoir rendu leurs petits en parfaite santé. Ils ne savaient pas ce qu'ils seraient devenus sans eux.
Au bout d'un moment, Severus finit par se détacher de sa famille. Il reporta machinalement son attention vers la cheminée. Il sentit aussitôt sa respiration se couper.
« Harry ? souffla-t-il avec stupeur. »
Sous le coup de l'émotion, le Maitre des Potions n'avait pas remarqué la présence du garçon dans la pièce mais, à présent qu'il était totalement alerte, force était de constater qu'un tout jeune Harry en provenance du passé les avait rejoint !
« Oui ? répondit l'ancien Gryffondor d'un air distrait, son attention entièrement reportée sur ses enfants.
_Ce n'est pas à toi que je parlais, chéri, dit Severus d'une voix éthérée, c'était à… »
Percevant la détresse de son époux, le brun releva brusquement la tête. Il se raccrocha instinctivement au bras de Severus pour ne pas tomber à la renverse.
« Moi ? souffla-t-il d'une voix déboussolée.
_Euh… bonjour ? tenta l'adolescent d'un air gauche. »
~~V~~
Harry demeurait prostré devant la cheminée du salon, son corps faiblement enserré dans l'étau de ses bras dans une vaine tentative de rester raccroché à la réalité. Jude et Sophia avaient été couchés peu de temps auparavant. Comme à son habitude, il leur avait souhaité bonne nuit après avoir tendrement embrassé leurs fronts. Puis, son homologue du futur avait fait son apparition dans leur chambre, et il s'était sentit de trop. Le Harry auquel il avait été confronté était beaucoup plus confiant et beaucoup plus mature qu'il ne l'était lui-même. Il arborait cette démarche si élégante et si pleine d'assurance. Il avait ces yeux si semblables aux siens en forme, en taille et en couleur, mais tellement plus vivants et brillants d'amour, de force et de commisération à la fois. Il avait son bébé dans son ventre. Et il avait Severus comme mari. Il possédait tout ce qu'il aurait aimé avoir, et le Gryffondor ne pouvait s'empêcher de l'envier comme jamais il n'avait envié personne auparavant.
Un raclement de gorge résonna dans la pièce et le jeune homme sursauta violemment avant de se retourner avec précipitation vers l'origine du bruit. Un frisson de désir remonta le long de son échine lorsqu'il prit connaissance d'un Severus extrêmement séduisant appuyé sur le chambranle de la porte. L'homme le fixait avec intensité, ses orbes noirs braqués sur lui comme s'il cherchait à percer ses secrets dans les moindres détails. Il portait un pantalon noir très moulant et les trois premiers boutons de sa chemise blanche étaient entrouverts, laissant entrevoir les poils épars qui recouvraient son torse solide. Harry resserra instinctivement ses bras autour de lui. Cet homme qu'il désirait tant ne serait jamais à lui pour la bonne et unique raison qu'il devait très certainement avoir atterri dans un univers parallèle. Il avait vu Severus et son homologue du futur interagir, et le peu de choses qu'il avait observé avait suffit à le persuader qu'il ne pouvait qu'être dans une réalité alternative. Son Severus ne pourrait jamais se montrer aussi tendre, ni aussi attentif à son égard il ne pourrait jamais faire fi de sa fierté pour le fixer de cet air si totalement amoureux. Il ne pourrait jamais s'abandonner à lui si entièrement et si irrévocablement.
« Dois-je comprendre à t'observer que, dans ton époque, j'en suis toujours au stade du connard fini avec toi? »
Un voile sombre recouvra le regard du Gryffondor. Il plissa les yeux avant d'hausser les épaules d'un air faussement détaché.
« On peut dire ça comme ça, oui. Je… je crois que tu me détestes, ajouta-t-il d'une voix bien moins assurée qu'il ne le voulait. »
Severus darda le jeune homme d'un regard si pénétrant que ce dernier aurait pu penser que l'homme tentait de s'introduire clandestinement dans son esprit. Cependant, le Maitre des Potions secoua rapidement la tête avec lassitude, brisant ainsi le contact visuel qu'il avait établi avec le brun. Il pinça fermement les lèvres avant de dire tout doucement :
« Je ne te déteste pas, Harry. Je ne t'ai jamais détesté. »
Les yeux du Rouge et Or se plissèrent aussitôt de colère tant le comportement abject de Severus avant son bond dans le temps l'avait blessé. Il riva ses émeraudes orageuses aux orbes magnétiques du potionniste et, incapable de se retenir plus longtemps, il laissa éclater sa rage :
« Tu me vois désolé de te contredire, Severus, mais je ne pense que faire de l'un de ses élèves son bouc-émissaire soit une marque affection ! »
« J'entends tout ce que tu me dis, vraiment, commença le responsable des Serpentards en soupirant, mais… »
L'homme s'interrompit brusquement, indécis quant à l'idée de faire part au Rouge et Or d'un de ses secrets les plus sombres. Il n'avait jamais avoué ses erreurs et ses fautes à quiconque par peur de se voir dénigré et voué aux gémonies. Jusqu'à Harry. Et, aujourd'hui, ce même jeune homme dont il était tombé éperdument amoureux dix ans auparavant réapparaissait dans sa vie, lesté de ses éternels doutes et angoisses. Que convenait-il alors de faire ? Courir le risque de se voir décrié et détesté à tout jamais par le brun, ou faire passer son homologue du passé – et par conséquent lui- à côté de la chance de vivre l'histoire d'amour de sa vie ? Faisant fi de sa raison, Severus se racla bruyamment la gorge, avant de reprendre d'une voix qu'il voulait assurée :
« Il y a quelque chose que tu dois savoir. Je ne t'ai jamais détesté en tant que personne, Harry. J'ai longtemps voulu me persuader du contraire : tu étais le fils de Lily et de Potter, tu étais l'horrible stigmate de cet homme qui m'avait brutalement arraché ma meilleure amie. J'ai moi-même longtemps cru que je t'abhorrais par-dessus tout. Et puis j'ai compris, laissa-t-il échapper dans un souffle. Tu as eu une enfance aussi misérable que la mienne, Harry. Tu as manqué de soins et d'affection, tu as été humilié et rabaissé plus bas que terre, tu as même souvent été battu. Et, pourtant, tu es parvenu à rester du côté du bien, continua-t-il en se raclant discrètement la gorge. Tu as réussi à conserver une âme pure envers et contre tout. Tu as réussi à préserver ta capacité à aimer. Je me suis longtemps dis que si j'avais commis toutes ces atrocités dans mon passé, c'était parce que je n'avais pas eu le choix : j'avais été maltraité et mal aimé, j'avais été démoli. Tu m'as montré qu'on a toujours le choix et qu'aucune excuse, aussi fondée soit elle, ne suffirait jamais à absoudre les monstruosités que j'ai pu commettre par le passé. Tu m'as montré que j'étais faible, acheva-t-il en esquissant un rictus douloureux.
_Tu n'es pas faible, s'empressa aussitôt de répondre Harry, toute trace de colère aussitôt évanouie après la bouleversante déclaration que venait de lui faire Severus, tu es… »
Le Maitre des Potions interrompit doucement le jeune homme d'un geste de la main.
« Je ne suis peut-être plus faible aujourd'hui, mais je l'ai été autrefois, dit-il d'une voix calme mais ferme. Et rien de ce que tu diras n'y changera quoi que ce soit. »
Harry hocha subrepticement la tête, l'esprit bourdonnant de mille pensées.
« Pourquoi m'as-tu dit tout cela ? s'enquit-il après quelques instants de silence. »
Severus tapota machinalement ses lèvres de son index avant de dire :
« Parce que tu es la plus belle chose qui me soit jamais arrivée. Et parce que je refuse de passer à côté du bonheur incroyable de t'aimer à cause de l'idiot que j'ai pu être auparavant. Je t'arrête tout de suite, se hâta-t-il d'ajouter en voyant l'air étrange qu'affichait Harry, ne te fais pas de fausses illusions, cette déclaration n'est rien de plus qu'un pur acte d'égoïsme ! »
Le Rouge et Or ne put s'empêcher de sourire à la réaction de Severus : peu importe l'époque à laquelle il avait affaire, l'homme affichait toujours une trouille monstrueuse à l'idée de conférer une certaine forme de pouvoir aux gens en leur révélant les sentiments qu'il nourrissait réellement à leurs égards.
« Serpentard un jour, Serpentard toujours, pas vrai ? railla faiblement Harry. »
Puis, rapidement, ce fut comme si toute trace de joie avait quitté son visage mince. Il leva de grandes émeraudes noyées d'angoisse vers Severus et ancra son regard à ses orbes ténébreux dans une vaine tentative de rester raccroché à la réalité.
« Est-ce que tu crois qu'on va s'en sortir ? laissa-t-il échapper dans un souffle. Je veux dire, est-ce tu penses que Severus m'aimera enfin un jour ? »
L'ancien Seigneur des cachots se racla la gorge, l'air gêné, avant de dire doucement :
« Il t'aime déjà, Harry. Bien plus que tu ne le crois. Il refuse juste de te le montrer parce qu'il a terriblement peur de se l'avouer à lui-même. Je suis certain que ton absence prolongée lui fera réaliser bien des choses. »
_J'ai tellement peur qu'il me rejette à nouveau, dit Harry d'une voix étranglée.
_Ssshhh, souffla Severus en attirant le jeune homme contre son torse. Tout va bien se passer, je te le promets. »
Harry enfouit sa tête dans le cou de l'homme et encercla vivement son dos, intimant instinctivement des mouvements de bercements pour s'auto-calmer. Attendri par le comportement du Gryffondor, le Maitre des Potions déposa un baiser sur son front avant de passer sa main dans ses cheveux avec délicatesse, comme il avait l'habitude de le faire avec son époux lorsqu'il était anxieux.
Harry n'avait pas souvent été étreint dans sa vie, et il apprécia ce geste à sa juste valeur. Au bout de quelques minutes, il finit par se laisser aller et s'abandonna totalement aux caresses de Severus. Il pouvait sentir ses mains chaudes sur son corps, l'une étant rivée à l'arrière de sa tête, et l'autre se trouvant occupée à tracer des cercles concentriques dans son dos, comme pour le réconforter et le consoler. Les deux hommes restèrent ainsi prostrés pendant un long moment. Peu à peu, la respiration d'Harry se calma. Bercé par les battements du cœur de Seveurs, au rythme si apaisant, il se laissa gagner par une douce quiétude. Il prit vaguement conscience du fait que son corps était déposé sur une surface moelleuse, avant de s'abandonner aux bras de Morphée.
Du plus profond de ses rêves, il se mit à espérer pouvoir un jour vivre aux côtés de l'homme qu'il aimait.
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