Bonne lecture à toutes et merci aux reviewteuses!
La journée passa, lentement. Après quelques heures d'enquête, je renonçais à la mission que je m'étais initialement fixée : retourner l'ensemble de mes affaires pour dénicher avec elles quelques souvenirs et rangeais donc le désordre que j'avais semé dans ma chambre. J'étais toujours au même point, aux mêmes incertitudes, aux mêmes interrogations.
Je traînais des pieds dans la maison, m'égarant dans chaque pièce avec la même lassitude. Les cadres et leurs photos ne m'évoquaient rien. Les cassettes souvenir de mes anniversaires passés non plus. Au détour d'une de ces VHS, j'appris l'identité de ma mère, une certaine Renée, figurant à côté de l'énorme gâteau au glaçage vert de mon septième anniversaire. Elle souriait à l'objectif sans se soucier de ses cheveux coincés dans un de ces cônes à paillettes rehaussé d'un pompon en strass.
Je fis la cuisine pour Charlie et m'y découvrais une certaine aisance qui me changea les idées. Lorsque vers midi le policier rentra de l'office, il sembla heureux d'y trouver un repas prêt et chaud. Nous n'échangeâmes que peu de mots, accompagnés de longs silences embarrassés jusqu'à ce qu'il soit temps pour lui de repartir.
L'après-midi fut tout aussi haut en rebondissements que la matinée. Je me découvris un don très sûr pour le repassage et pour la confection de gâteaux. Une pile de pancakes vint bientôt garnir la table de la cuisine. Je les laissais sortis pour que Charlie puisse en profiter et montais me reposer un peu.
La soirée arriva bien vite. J'émergeais aux alentours de dix-neuf heures, surprise moi-même d'avoir dormi si longtemps. Le contre coup de l'accident se faisait encore sentir, malgré que je ne me souvienne pas des circonstances de ce dernier. Je n'avais plus la notion du temps surtout. Je regardais le radio réveil à plusieurs reprises, incrédule, avant de me lever.
Le policier était au salon. L'assiette de pancakes avait déserté la table de la cuisine pour gagner celle du salon sur laquelle trônait un énorme flacon de sirop d'érable. En entendant mes pas étouffés sur le lino, il se retourna, la bouche pleine, mâcha un peu et déglutis :
_ Bella, j'ignorais que tu étais là-haut. Je pensais que tu étais passé voir les Cullen.
Il se redressa un peu, époussetant les miettes et tapotant les coussins pour donner un semblant d'ordre au canapé.
_ Comment vas-tu ?
_ Ça va, souris-je.
Non, ça n'allait pas vraiment. Je pris place sur le divan à son côté et me saisis d'une assiette moi aussi, me refusant à cuisiner pour ce soir.
_ Ils sont extra ! Vraiment !
Il mâcha une bouchée et après quelques minutes, repris ses aises dans le sofa.
_ Comment c'est passé ta journée ? Jacob ne t'as pas trop ennuyé j'espère ? Il était très sonné quand il a appris la nouvelle, d'après ce que m'a raconté son père, Billy. C'est un chouette type tu sais ce Jacob. Il fait un peu bourru et mauvais genre comme ça, mais c'est un bon gamin.
Un gamin ? Il considérait cette armoire à glace d'un mètre quatre-vingt-dix comme un gamin ? Charlie englouti un autre pancake, qu'il fit couler avec une longue gorgée de bière, bue à même la cannette.
_ Je ne sais pas si un film t'intéresse en particulier, mais il n'y a vraiment pas grand-chose ce soir ! Même les chaînes câblées se sont passé le mot pour ne passer les matchs de baseball qu'en deuxième partie de soirée ! Veux-tu regarder quelque chose ?
Je jetais un bref coup d'œil à l'écran, un type étrange y figurait, une perruque blanche vissée sur le crâne, habillé en dandy londonien du XVIIIème siècle, son visage ne m'était pas inconnu, je devais l'avoir déjà vue quelque part. L'intrigue commença sous forme d'interview. Je ne compris pas vraiment, ne faisant pas tellement attention.
Je me levais et gagnais la cuisine pour me chercher une pomme et un verre d'eau, que je bus d'une seule traite avant de mordre dans ma pomme en retournant à ma place.
Charlie avait-il changé de film ? Je n'en savais rien. Les personnages étaient désormais à la Nouvelle Orléans, dans une fabrique de canne à sucre.
Je dus avoir quelques coupures, ma tête dodelina sur mes épaules et mes paupières semblaient s'alourdir de plus en plus. Je résistais un moment et fini par abandonner, bercée par les ronflements du policier, allongé à mon côté.
Au bout d'un certain temps, je rouvrais les yeux. Les ronflements du policier s'étaient intensifiés. Il dormait comme un bébé, les pieds appuyés sur le montant de la table basse du salon. Je me penchais doucement au-dessus de lui pour me saisir de la télécommande et commençais à zapper distraitement. Après avoir fait défiler une bonne vingtaine de chaînes, je me décidais à m'arrêter, pressentant que cela ne servirait à rien et que me coucher serait peut-être moins abrutissant que ça.
Sur l'écran, défilait une station de métro sombre. Un homme noir à la carrure impressionnante était accompagné d'un deuxième. Tous deux marchaient à vive allure et semblaient suivre quelqu'un d'un air déterminé. Ils descendirent plusieurs volées de marches sans que la victime ne s'aperçoive de rien. Un autre plan découvrit une femme au teint pâle, cachée derrière un des pilonnes de la station de métro et habillée d'une façon excessivement moulante. Les deux poursuivants s'arrêtèrent à l'arrivé d'une rame, mais l'un d'eux se retourna, huma l'air puis observa la jeune femme avant de se mettre à hurler :
_ Vampires !
J'eu un sursaut étrange, comme si mon estomac me remontait dans la gorge d'un seul coup. Une légère nausée m'envahie et je me maudis d'avoir mangé autant de pancakes. Ça m'apprendra à faire la gourmande ! Attrapant la couverture posée à côté de moi, je me roulais en boule pour regarder le film.
Il s'en suivit une fusillade magistrale dans la station de métro, entre la jeune femme et les deux espèces de terroristes armés. La nouvelle Tom Rider en combi-cuir était accompagnée d'un homme, vêtu de la tête aux pieds de noir, ce qui contrastait avec sa peau, blanche comme celle d'un cadavre. Il s'élança à la poursuite d'un des assaillants et ils atterrirent sur les rails. Le responsable de la fusillade se tourna alors vers lui et enleva la lourde veste qu'il avait sur le dos dans un rugissement se rapprochant plus de celui d'une bête que d'un homme.
Son crâne s'allongea, de même que ses jambes et il se mua en loup, énorme, poilu, au museau percé de crocs dégoulinants de bave. Babines retroussées, il chargea l'autre dans une série de grognements.
La vue du loup-garou me donna des frissons. Finalement, peut-être valait-il mieux me coucher tout de suite plutôt que de risquer une insomnie à regarder des trucs pareils ? Je laissais échapper un bâillement et décidais qu'il était effectivement temps de s'arrêter là.
J'éteignais le poste. Réveiller Charlie semblait être mission impossible. Je le laissais donc dans le canapé terminer sa nuit. Le recouvrant du plaid, je quittais ensuite le salon sur la pointe des pieds pour gravir les marches de l'escalier.
Je me couchais, une impression bizarre au creux de l'estomac, un poids lourd qui me donnait quelques difficultés à respirer et à penser correctement. Que se passait-il ?
C'est distraitement que j'enfilais au hasard l'un des pyjamas présent dans l'armoire. Un t-shirt blanc ainsi qu'un pantacourt bleu. Simple et pratique, j'aimais bien cela. La chaleur des couvertures apaisa un peu les muscles de mon dos qui se relâchèrent petit à petit. Me détendre était tellement dur en ce moment, entre les visites nocturnes intempestives, les apparitions de monstres à quatre pattes dans ma chambre et les incertitudes. La seule présence d'Edward me perturbait, je n'avais pu dormir la nuit dernière tant qu'il se trouvait dans la même pièce que moi, presque dans le même lit… Mes bras s'hérissèrent de frissons et je remontais les couvertures sur mon visage rougi.
Je devais me calmer, arrêter de penser à lui. Je n'étais encore sûr de rien, et la date du mariage approchait dangereusement… Cela me faisait peur. J'étais terrifiée l'idée de pareille cérémonie, pareille mise en scène. Les familles allaient être réunies, comment expliquer aux autres mon choix malgré cet incident ? Allais-je réussir à mentir, à me comporter comme si de rien n'était, comme si rien ne s'était passé ? Personne ne serrait dupe à mon manège pitoyable et comme l'avait souligné Edward, j'étais incapable de mentir de manière convaincante.
Ne pas réussir à me souvenir de lui en tant qu'amant me perturbait vraiment et je demeurais dans une constante incompréhension. Je ne connaissais toujours pas les raisons de mon attirance pour sa personne. Certes, il était très beau, très riche aussi sans doute mais cela ne devait pas être les seules raisons de mon inclination ? Du moins j'espérais ne pas avoir été aussi superficielle. Et qu'en était-il de lui ? Pourquoi restait-il avec moi ? Pourquoi un tel homme était-il attaché à moi ? Je voulais dire par là que je n'étais pas exceptionnelle. Je n'étais pas aussi belle et élégante que l'était ses sœurs et loin de l'être autant que lui. La grande blonde aperçue à l'hôpital me revint en mémoire ainsi que le fourreau sombre de son jean, qui lui allait à ravir.
Les questions me taraudaient et même paupières closes, je ne parvenais pas à maîtriser mes pensées et mon esprit. Je tournais dans mon lit, oppressée et de plus en plus énervée de ne pas trouver le sommeil.
Le médecin ne m'avait-il pas prescrit des tranquillisants ou des somnifères ? Je redescendais à la cuisine, fouillant dans les placards pour dénicher le petit sac en papier blanc portant le sceau de la pharmacie. Je gobais une gélule bleue avant de remonter là-haut, me glisser sous les draps et fermais les yeux pour attendre de tomber dans le sommeil.
Deux mains frôlèrent mes épaules, un souffle froid longea mon cou, hérissant ma nuque de frissons incontrôlables. Ils gagnèrent, avec une vélocité féroce, l'ensemble de mon corps, qui frémit lui aussi, tout entier. Des pressions douces vinrent taquiner ma peau, se déposant un peu partout. Sur mon front, mes joues, mes paupières d'une façon lente et progressive, mais aussi, dans le creux de mes poignets et de mes coudes. Mes épaules, n'y échappèrent pas et les lèvres empressées en firent le tour avant de se mettre à longer mon sternum. Une vague de chaleur m'envahie alors que je sentais l'étreinte de deux bras se resserrer autour de mes hanches.
Pourquoi ses sensations étaient-elles si intenses ? Si fortes ? Je baissais les yeux, incrédule, mes propres mains effleurèrent alors ma peau qui se trouvait être à découvert… Oh ! Mon dieu ! J'étais nue ! Complètement, n'ayant pour secours qu'un simple drap, fin et blanc. Ce dernier, glissait d'ailleurs dangereusement, prêt à révéler l'ensemble de mon corps. Mon souffle se fit erratique, paniqué. Mes mains tentèrent de le rattraper mais en vain. Il glissa entre mes doigts et disparut dans la noirceur de la chambre.
Un silence étrange s'installa, long, pesant pour moi. Quelque chose se posa sur ma poitrine, quelque chose que je n'identifiais pas tout de suite. Le souffle froid revint, effleurant mon sein avec une intensité surprenante et je compris qu'il s'agissait d'une oreille attentive, plaquée sur ma poitrine et écoutant les battements de mon cœur affolé.
Qui était là ? Qui avais-je dans mes bras ? Qui me touchait ainsi ? Son visage m'était caché, je ne voyais pas. Un brouillard étrange m'entourait, me plongeant dans un trouble indéfinissable, engendré par ma cécité. L'obscurité n'arrangeait rien à cela.
Mes mains, jusqu'alors inactives, effleurèrent deux bras puissants, remontant petit à petit sur des épaules fermes et dures. Un cou de marbre accueillit mes doigts curieux, poussés par mes yeux aveuglés par l'obscurité persistante. Le visage était lisse, doux, tendre. La mâchoire était carrée, les lèvres charnues et entrouvertes sur ce même souffle frais et alléchant. Il embrassa le bout de mes phalanges, l'une après l'autre et je senti sa langue venir effleurer ma peau, l'espace d'un instant, qu'il écourta pour venir poser sa joue dans le creux de ma paume ouverte, m'encourageant à poursuivre. Un nez droit, des paupières à la peau fine, comme fragile, et un front, encadré d'une tignasse en désordre de cheveux hirsutes, partant en tous sens, sans la moindre discipline. Je tentais de les lisser entre mes doigts, pour les coiffer un peu sans résultats.
Un rire fantomatique accueillit cette initiative et je me figeais, n'osant plus rien tenter. L'oreille posée sur mon thorax se souleva, remplacée bientôt par sa bouche, qu'il laissa traîner çà et là volontairement. Je tentais de garder un souffle régulier mais n'y parvins pas. Ses lèvres, remontèrent vers ma gorge palpitante, contournèrent ma mâchoire et se logèrent derrière mon oreille, à l'endroit où la peau est fine, encore dénuée de cheveux.
Mon corps s'alanguissait de plus en plus, et ses mains se mirent à voleter sur mon corps douces, sensuelles et exigeantes. Mes doigts fébriles et raidis ne purent l'en empêcher bien longtemps, se laissant prendre au jeu, ils lâchèrent prise rapidement.
Mordillant le lobe de mon oreille, il caressa mon ventre un moment, descendant un peu plus à chaque cercle et je retins ses doigts, juste à temps, le visage brûlant. Ma tête, sur l'oreiller se faisait pourtant plus lourde, mon cerveau, plus lent à réagir, si lent d'ailleurs que je me rendis compte avec un temps de retard que ses doigts vexés, remontaient vers ma poitrine. Je n'eus pas le temps de l'arrêter cette fois. Il était trop habile, trop doux, trop convainquant.
Les frissons me gagnèrent, mon dos frémit, mes bras s'hérissèrent à son contact. Sa main, posée chastement sur le pourtour de mon sein, bien que froide, faisait naître en moi une chaleur impensable. Ses lèvres, se posèrent alors pour la première fois à la commissure des miennes. Un long baiser s'en suivit, rythmé par mon souffle erratique, qui lui imposait des moments de répit nécessaires à ma survie.
Brusquement, il quitta mon corps, son contact ne m'effleura plus et je me retrouvais seule, nue et frissonnante sur mon lit. Le froissement de vêtements se fit entendre. Quelque chose tomba sur le sol. Des bruits métalliques suivirent, tel ceux d'une ceinture qu'on enlève. Je me sentis pâlir. Les frémissements revinrent, plus violents, mêlant peur profonde et excitation nouvelle. Mes jambes se fermèrent, reposant l'une contre l'autre, serrées, en un geste instinctif. Le lit bougea de nouveau et mon cœur se mit à perdre les pédales. Une sueur froide naquit sur ma nuque et gagna l'ensemble de ma colonne vertébrale.
Je n'étais pas prête pour ça. Je ne voulais pas cela… Qui était-il ? Il reprit sa place contre moi, son corps nu et froid s'appuya contre le mien et il se saisit d'une de mes mains tremblantes. Je plaçais pudiquement l'autre à la naissance de mes cuisses. Il était nu, je le sentais. Ses pieds, ses jambes, enlacèrent les miennes, les emprisonnant sous une poigne de fer.
J'eu peur soudain, et mon cœur tambourina rageusement.
_ Calme-toi.
Il se serra contre moi, enlaçant mon corps tout entier.
_ Tout va bien.
Cette voix me disait quelque chose. Rauque contre mon oreille, elle avait des intonations qui m'étaient toutefois inconnues.
_ Détend-toi.
Mes mains se posèrent sur son torse, dénudé. Son ventre était ferme. Il effleura mon bras droit de ses doigts, puis de ses lèvres, celles-ci, une fois mon poignet atteint, s'entrouvrirent, laissant apparaître deux rangées de dents blanches et luisantes.
Je compris alors de qui il s'agissait.
_ Edward ?
Il sourit davantage ses dents venant s'appuyer sur la peau fine de mon poignet. Ses lèvres se retroussèrent un peu plus.
_ Qu'est-ce que tu fais ?!
Je n'étais pas rassurée, ses yeux luisants d'un éclat étrange tout à coup, me fixèrent sauvagement. Un grondement suave s'éleva des tréfonds de sa gorge. Sa deuxième main se saisit de mon bras, l'immobilisant contre le matelas avec une force douloureuse.
_ Edward ? Arrête ! Tu me fais mal. Edward !
Ses dents, aiguisées comme des lames, s'enfoncèrent durement dans ma peau et je hurlais ma douleur et mon épouvante.
Mes yeux s'ouvrirent brusquement sur le plafond sombre de la chambre. Je me redressais, hagarde, essoufflée et paniquée. Mon cœur affolé, battait douloureusement au creux de ma poitrine. J'étais en sueur, mes cheveux collaient à mon front, mes mains crochetaient les draps nerveusement, le retenant sur moi. Je vérifiais, mes habits, mon pantacourt était bien là, ainsi que mon débardeur, un peu remonté sur mon ventre mais bien là. Je remis en place le tout et passais une main tremblante dans mes cheveux.
Point de Vue Edwardien
La partie chasse avait était fructueuse. En cette saison le gibier était abondant et notre razzia à la frontière canadienne avait porté ses fruits. Etre aussi loin de Bella me rendais nerveux, aujourd'hui plus que jamais, avec ce clébard dans les parages. Il n'allait pas se gêner pour commettre de manière « involontaire » une ou deux petites bavures à mon sujet. Au vue de la réaction qu'elle avait eue en apercevant Jacob se transformer, je craignais davantage l'impact que pourrait avoir sur sa conscience certains souvenirs. Je craignais un quiproquo monstrueux qui la rendrait méfiante et incertaine envers moi. Aussi, être présent, lui expliquer ou démentir les interprétations qu'elle pourrait avoir sur certaines choses était primordial.
Seul quatre minuscules jours nous séparaient du mariage et j'avais l'impression d'être un tortionnaire, affable et vicieux prêt à ravir la vertu d'une jeune fille par un hymen forcé. Par ailleurs, il fallait reconnaitre que le manque grandissant de son contact et de ses lèvres commençait à me rendre un peu cinglé.
Nous regagnâmes la villa au milieu de la nuit, douce en ce mois d'août. Je filais dans ma chambre pour prendre une douche et me changer. Alors que je boutonnais ma chemise, Alice fit son apparition.
_ Tu te rends chez Bella ? Questionna-t-elle, d'une voix étrangement gênée.
_ Oui, pourquoi ?
Un bref silence s'installa avant qu'elle ne me réponde :
_ Je pense que tu devrais rester ici.
Je me tournais vers elle, incrédule, observant son visage qu'elle avait au préalable dénué de toute expression.
_ Pourquoi ? Tu as vue quelque chose ?
Elle détourna les yeux, renforçant mes suspicions.
_ Alice de quoi s'agit-il ? Se souvient-elle de quelque chose ?
_ Pas exactement. Je ne sais pas trop. Tout change tellement vite. Elle avait peur, je n'ai pas compris pourquoi, je n'ai pas vue. Je ne voulais pas voir non plus…
_ Voir quoi ?
Elle se rembrunit, blasphémant intérieurement contre ma curiosité insatiable et tourna les talons.
_ N'y va pas ! Je ne veux pas de problèmes.
Me laissant en plan, elle quitta la chambre aussi vite qu'elle était venue, sans d'autres explications.
Ce fut donc quelque peu anxieux que je gagnais Forks. Discrètement, je m'approchais de la maison du shérif, sautant par-dessus la clôture du jardin, j'escaladais l'arbre menant à la fenêtre de sa chambre. Le battant de celle-ci, glissa facilement et je me perchais un moment sur son rebord, immobile et attentif.
La chambre était calme, elle dormait, paisible créature. Je sautais sur le plancher sans un bruit, et refermais doucement la fenêtre, pour que la brise du vent ne la dérange pas et montais la garde, assis dans le rocking-chair, qu'elle avait déplacé à côté du lit. Les draps étaient un vrai champ de batail. Un oreiller gisait sur le sol, çà et là, ses habits de la veille jonchaient le parquet.
Je reportais mon attention sur elle. Ses cheveux, tels l'ondulation des vagues, encadraient son visage. Je le trouvais un peu pâle, un peu tendu aussi. Ses nerfs étaient mis à rude épreuve ces derniers temps. Calme et patient, j'attendais à son côté en silence, essayant de refréner l'ardeur de mes yeux. Elle portait un débardeur clair, plutôt moulant, que je n'avais encore jamais vue. L'une des bretelles avait glissée sur son bras et la vision de son épaule dénudée me mettait dans un drôle d'état.
Ridicule. J'étais ridicule. Un rien me charmais. Je m'enflammais aussitôt. Un simple regard sur sa personne, une simple attitude de sa part et mes intentions louables étaient sérieusement compromises. L'épisode du bain me revint en pleine figure et je passais une main nerveuse dans mes cheveux.
Son radioréveil indiquait quatre heures quand elle commença à se comporter de façon étrange. Son cœur se mit à cogner fortement contre ses côtes. Ses battements résonnaient fortement pour mes oreilles et ignorer la cause de cet affolement me rendais nerveux. Peut-être faisait-elle un cauchemar ?
Sa main, appuyée sur l'oreiller trembla un peu et ses doigts se mirent à osciller dans le vide. Les phalanges se plièrent à plusieurs reprises. Un son sourd sorti de ses lèvres et ses mains descendirent le long de son corps pour attraper le drap qu'elle sera compulsivement. Son cœur malmené, s'affola à nouveau et je vis bientôt un film de sueur recouvrir son front. Ses mains, moites, ne parvenaient pas à agripper le tissu, elle s'y reprit à plusieurs reprises, pliant et dépliant ses doigts sans le moindre succès.
Avait-elle froid ? Non, vu la couleur de ses joues, d'un rose soutenu. Sans toucher sa peau, j'approchais ma main le plus possible de son front pour évaluer sa température. Il était brûlant ! Avait-elle encore de la fièvre ? Me yeux jaugèrent le drap qui recouvrait ses jambes et ses hanches sans comprendre, sans oser rien tenter.
Ce fut au tour de son souffle d'être empressé. Elle avait du mal à reprendre une respiration normale. Sa poitrine se soulevait d'une façon des plus désordonnée et je pris davantage peur pour sa santé.
Un gémissement évocateur s'échappa alors de ses lèvres entrouvertes et je la considérais un moment, étourdi. Sa poitrine se souleva encore en un mouvement étrange, langoureux. Son corps s'étira sur lui-même, et le débardeur se mit à remonter…
Des frissons gagnèrent mes doigts raidis, alors que je me forgeais une interprétation toute autre sur la nature de ses songes… Etait-elle en train de rêver ? Entrain de fantasmer ? Ce mot résonnait dans mon crâne, le martelant sans cesse. Rêvait-elle de moi ? Etait-ce moi qui la mettais dans pareil état ?
Son souffle rauque me poussa à m'assoir dans le fauteuil, bien sagement. Mes mains se posèrent sur les accoudoirs prévus à cet effet et il me fallut toute la maîtrise nécessaire pour les forcer à rester en place.
Mon Dieu si je m'attendais à cela ! Etait-ce donc la vraie raison pour laquelle Alice voulait me dissuader de venir lui rendre visite ? Etait-ce donc cela ? Pourquoi me mentir ? Pourquoi ne pas me le dire ? Elle avait eu le tact de garder ce moment intime pour elle. Pour le bien de Bella, qui j'imagine, serrait plus que gênée de me trouver dans sa chambre lors de pareil moment…
J'étais donc bel et bien un vicieux ! Je ne valais pas plus que les autres, que ceux contre lesquels je m'étais acharné, durant mes années noires. Pareil que ces types, qu'elle avait croisés à Port Angeles ! Je ne valais pas mieux qu'eux !
Je me levais, honteux, énervé contre moi-même. M'approchant de son lit, je remontais le drap sur son corps frissonnant. Mes doigts effleurèrent sa peau bouillante et je m'écartais aussitôt, ne souhaitant pas la réveiller. Je lui tournais dos, me dirigeant vers la fenêtre quand son souffle bas et empressé murmura mon prénom. Mes épaules tremblèrent alors qu'un dilemme intérieur me déchirait. Rester et risquer de lui faire peur à son réveil ou m'enfuir pour lui laisser son intimité et errer dans la noirceur de la forêt, tourmenté de questions ?
_ Qu'est-ce que tu fais ?
Venait-elle de se réveiller ? Je me tournais d'un seul bloc, prêt à lui présenter une montagne considérable d'excuses pour mon impolitesse.
Ses traits étaient tendus mais elle dormait toujours. Ses paupières closes, se crispèrent et une ride perplexe barra son front. Elle hoqueta, le cœur battant, et son corps se raidit.
_ Edward ? Arrête, tu me fais mal. Edward !
Je me figeais en la voyant se tordre en une contorsion douloureuse. Elle se replia vivement sur elle-même et se tendit à nouveau, raide, droite contre son matelas. Un cri d'épouvante lui sorti de la bouche et, dans ma surprise, je me rendis compte avec un temps de retard, qu'elle venait d'ouvrir les yeux. Telle une statue, je restais alors immobile dans le noir.
Bella se redressa, le souffle rauque et laborieux. Ses mains, encore tremblantes dégagèrent son visage de ses cheveux, qu'elle écarta d'un revers de poignet pour les glisser dans son dos. Elle s'inspecta, comme si elle cherchait quelque chose, puis, rabaissa son haut pour recouvrir son ventre. Fautif et figé sur place, je priais le ciel qu'elle referme les yeux sans me voir.
