Bonsoir !

Tout d'abord je tiens à m'excuser pour l'attente de ce nouveau chapitre. J'avais écris un bon bout mais je le trouvais vraiment trop court pour le poster donc j'ai attendu d'en écrire un peu plus =)

Encore une fois, merci à toutes pour vos supers reviews qui ne cessent de m'encourager et à Delphine (Loufoca-Granger) qui a la patience de me corriger tout ça =)

Pour celles qui ont un petit trou de mémoire, je resitue très rapidement : Hermione est seule, l'Ordre la pensant morte. Elle trouve refuge dans Poudlard qui apparement refuse d'ouvrir ses portes à tout le monde. Elle y retrouve les elfes et les tableaux. Drago se voit attribuer une nouvelle mission : forcer les portes de Poudlard. Ce qui n'est pas une mince affaire, surtout quand il découvre que son ennemie jurée, elle, a réussi à pénétrer dans le château. Ron et Harry sont àa la chasse aux horcruxes. L'Ordre et leurs amis leur manque beaucoup et chaque jour est un peu plus difficile.

Quoi d'autre ? Huuummm...Enjoy !


Chapitre 6 :

Ses pieds foulaient le sol dans des petits pas précipités, battant la pierre glacée de la même façon que son cœur cognait contre ses côtes. Un violent point de coté heurtait son foie mais Hermione l'ignora superbement, ne prenant même pas la peine de ralentir. Rien n'était en mesure de gâcher ce bonheur nouveau qui irradiait son cœur. Cet espoir qu'elle pensait fugace et irréel tant il avait été attendu. L'Ordre était en vie. Elle n'en avait jamais douté mais son manque d'activités l'avait franchement ébranlée. Et le savoir à la tête de la Gazette, lui semblait être la meilleure nouvelle depuis des millénaires. Elle accéléra encore le pas et manqua de trébucher sur une aspérité du sol, ce qui ne l'empêcha pas de continuer au même rythme. Son nom résonna loin derrière mais elle n'y prêta pas attention. Et ce n'est uniquement lorsque Dobby se matérialisa devant elle qu'elle consentit enfin à s'arrêter, les yeux ronds et le souffle court. L'elfe resta un moment silencieux, comme surpris par sa propre présence soudaine puis couina doucement, l'air apeuré :

- Miss Granger ! Vous ne pouvez pas partir ! C'est trop dangereux à l'extérieur ! Hermione Granger doit rester avec Dobby !

Hermione laissa malgré elle un ricanement s'échapper de sa gorge.

- Rester ici ? Alors que je sais enfin où se trouve l'Ordre ? C'est ridicule, Dobby.

Elle secoua doucement la tête et reprit plus calmement :

- Tu ne comprends pas. Je n'ai plus rien à faire ici si je peux enfin retrouver mon camp, mes amis et ma vie.

Elle ne laissa pas le temps à Dobby d'ajouter quoi que ce soit et le poussa doucement pour libérer le passage. Elle ne tarda pas à reprendre un rythme rapide et à disparaître au pas de course à l'angle d'un mur. Les oreilles de l'elfe s'affaissèrent sur son crâne dégarni et il murmura, triste et décontenancé :

- Mais c'est trop dangereux…

Seulement voila, contrairement à ses habitudes, Hermione avait foncé tête baissée dans cette aventure sans en évaluer les difficultés et les obstacles qui l'attendaient. Et trois jours plus tard, elle n'avait toujours pas quitté le château, à sa plus grande exaspération.

- M'enfin, c'est pas vrai ! Pesta t-elle tout haut, il ne veut pas non plus planter sa tente tant qu'il y est ?

Hermione jeta un coup d'œil derrière la grande porte d'entrée entrouverte et donna un coup de pied rageur dans un vieux porte parapluie qui tomba lourdement dans un bruit métallique avant de rouler paresseusement sur quelques mètres.

- Il faut savoir être patiente, miss Granger, retentit une voix calme derrière elle.

Elle ne prit même pas la peine de se retourner, déjà au courant de la présence du personnage.

- Mais je suis patiente ! Ca fait trois jours que j'attends désespérément qu'il s'en aille ne serait-ce qu'une demi-minute ! Mais il ne bouge pas ! Pas d'un pouce, pas d'un millimètre ! Il reste là, planté toute la journée devant la grille à attendre que la réponse lui tombe du ciel ! Quel idiot. S'il avait pris la peine de lire l'Histoire de Poudlard, il n'en serait pas là. A croire que je suis la seule à m'être intéressée à ce bouquin…

Elle se passa vivement les deux mains dans les cheveux, les ébouriffant encore plus qu'ils ne l'étaient déjà et commença à marcher de long en large devant la porte, en proie à une véritable impatience, mêlant colère et agacement.

- Calmez vous, lui conseilla doucement le portrait.

La jeune femme fit volte face vers l'homme de peinture et rétorqua d'une voix forte :

- Mais je suis calme !

Elle dévisagea quelques secondes le buste de l'homme puis fronça les sourcils avant de demander avec une certaine impolitesse :

- Et puis d'abord, vous êtes qui, vous ? Je ne me rappelle pas vous avoir déjà croisé.

Elle croisa les bras sur sa poitrine, attendant visiblement une réponse valable. Le personnage, plus flatté qu'on s'intéresse à lui que froissé par le ton abrupt de la jeune femme, se redressa dignement et porta la main droite à l'emplacement de son cœur.

- Sir Philibert Marmonton de Pigency, dit-il solennellement. Résidant habituellement dans le couloir nord de l'aile sud, cinquième étage, troisième tableau, mur de gauche.

Hermione écarquilla les yeux et marmonna :

- Cette partie du château couvre habituellement les cours des Poufsouffles, j'y suis rarement allée.

Rapidement, elle jeta un nouveau coup d'œil à l'extérieur et poussa un nouveau soupir agacé.

- Toujours là ? S'enquit Philibert.

- Toujours là, grinça t-elle.

Recommençant son incessante ronde des cents pas, elle resta silencieuse quelques minutes, seul le bruit de ses semelles contre la pierre troublant la quiétude glaciale des lieux. Puis soudain, elle cessa toute activité et releva vivement la tête, un sourire victorieux sur les lèvres.

- Bien. Je ne peux pas quitter le château car Malefoy s'évertue à rester devant. Je le soupçonne de partir la nuit mais je finis toujours par m'endormir avant…Donc je suis inutilement coincée ici tandis que lui est inutilement planté devant cette stupide grille. Parce quoi, soyons honnêtes, il n'est pas franchement efficace…Vrai ?

- Vrai, acquiesça la peinture en bon auditeur.

Enumérant chacun de ses propos sur ses doigts, une nouvelle lueur enthousiaste brillant au fond des prunelles, elle reprit :

- Il faut donc trouver un moyen de le faire partir, juste le temps que je sorte et transplane. Je pourrais très bien le faire quand il est là mais il ne mérite même pas que je risque ma peau. L'enjeu est trop important et mon but trop près.

- Vrai ! répéta joyeusement Philibert, visiblement emballé par l'agitation d'Hermione.

Elle claqua des doigts, suspendit un instant son index dans l'air et le pointa sur le portrait :

- Il me suffit juste de le faire déguerpir une petite minute et le tour est joué !

- Et vous pensez en être capable ? Avança doucement le tableau.

Hermione étira un petit sourire en coin.

- Un jeu d'enfant, affirma t-elle en lui dédiant un clin d'œil malicieux.

Même si les nuages semblaient avoir déversé tout leur soûl, l'air était glacial et fouettait douloureusement le visage d'Hermione. Elle ne s'en formalisa cependant pas et avança presque avec facilité dans l'épaisse poudreuse où ses genoux disparaissaient. Elle prit soin de réajuster ses gants (enfin, théoriquement ceux de Malefoy) et s'arrêta à quelques pas de la grille. Drago glissa rapidement son regard anthracite sur elle mais n'ouvrit pas la bouche et elle jugea bon d'en faire de même. Gracieusement, elle se laissa alors tomber à genoux dans la poudreuse et amena un tas de neige devant elle.

Intrigué par le retour d'Hermione, Drago n'en laissa toutefois rien paraître et se concentra sur la bulle invisible. Sous son poids, ses jambes flageolèrent légèrement. Il se força à bouger ses doigts de pieds engourdis et reporta ses pensées vers la protection. Cela faisait trop longtemps qu'il restait ainsi, debout dans la neige, à chercher une solution qui ne venait pas. Il avait très peu dormi ces derniers jours et les lourds cernes qui soulignaient son regard sombre en témoignaient. Il posa pour la millième fois sa paume sur le dôme. Peut-être existait-il un bouton ? Un mot de passe ? Un sort ? Il tourna imperceptiblement la tête en direction de Granger qui sifflotait doucement un air qui lui était inconnu. Sa solution était là. Devant lui. Dans la tête de cette sang-de-bourbe agaçante et rabat joie. Il suffisait qu'elle mette un pied dehors et le tour était joué. Il n'aurait aucune hésitation. Aucune pitié. Il la torturerait comme tous les autres jusqu'à ce qu'elle avoue dans un dernier souffle son secret. Il sourit à cette intention alléchante. Puis, à la manière d'un éclair qui déchire le ciel, une pensée traversa son esprit. Il s'était retrouvé face à elle. Désarmée, qui plus est. Sans aucune stupide protection magique. Juste elle et lui. C'est à ce moment précis qu'il regretta plus que tout de l'avoir laissée partir ce jour là. Il se promit intérieurement que s'il en avait l'occasion, jamais plus il ne lui laisserait la vie sauve.

Un mouvement de la jeune femme le sortit de ses sombres pensées. Elle s'était levée et s'apprêtait à rouler dans la neige une minuscule boule, n'ayant visiblement pas conscience du danger qui la guettait à quelques mètres.

- Est-ce que je peux savoir ce que tu fabriques ? Demanda t-il finalement, une pointe sarcastique perçant dans le son de sa voix.

- Ca se voit, non ? Répondit-elle sans un regard, roulant toujours la boule qui grossissait à vue d'œil.

Drago retira sa main de la paroi invisible et haussa un sourcil qui se perdit dans ses mèches rebelles.

- Excuse-moi de mettre en doute tes talents artistiques mais non, ça ne se voit pas.

Elle s'arrêta un court instant et releva la tête vers Malefoy. Ses cheveux fous lui cachaient la moitié du visage et Drago put distinguer à travers un rideau de mèches brunes la couleur soutenue dont se teintaient ses joues sous l'effort.

- Un bonhomme de neige.

- Pardon ?

- Je fais un bonhomme de neige, répéta t-elle en reprenant ses activités.

La boule atteignit rapidement une taille considérable et Hermione arrêta de la pousser, à bout de souffle. Elle entreprit alors d'en commencer une nouvelle, plus petite, qu'elle posa une fois terminée sur la première.

- Et évidemment, tu t'es sentie obligée de venir le faire ici ? C'est pas comme si tu avais tout le parc à ta disposition, reprit Drago, acide.

Elle se retourna vers lui, un sourire malicieux plissant ses lèvres rosées.

- Jaloux ?

- Pas le moins du monde.

- Menteur.

Il ne réagit pas à l'attaque mais ses yeux se voilèrent d'une teinte plus sombre. Hermione remarqua au même moment qu'il ne portait qu'un léger pull tissé probablement dans une matière noble qui laissait peu de place à l'imagination. Il était aisé de deviner ses muscles saillants qui partaient de sa taille svelte pour remonter jusqu'à ses épaules, plus larges. Cette constatation ne l'émoustilla pourtant pas et elle redescendit son regard le long de son bras gauche, s'attardant longuement sur son avant bras, dont la peau était recouverte par la manche jade.

De nombreuses rumeurs courraient dans les rues, tant sur l'Ordre que sur les mangemorts. Et la plus inquiétante concernant ces derniers était probablement celle qui racontait que les tatouages différaient selon leur propriétaire. Les moins proches de Voldemort n'en avaient généralement pas et ceux que le Lord considérait comme ses larbins les plus dévoués portaient une marque caractéristique, additionnelle à l'habituel et reconnu serpent dans la tête de mort.

Inconsciemment, Hermione avait cessé l'édification de son bonhomme de neige et s'était ostensiblement approchée de la grille.

Elle avait été stupide de croire qu'elle pourrait manipuler Malefoy. Elle devait sa survie à cette simple paroi invisible. Il ne partirait pas. Du moins pas tant qu'elle était là. Ce n'était pas une supposition. C'était une certitude. Et la jeune femme s'en voulu d'avoir pensé, dans un élan de folie, qu'elle pouvait se jouer de lui. Il était plus fort. Et même si elle ne savait pas ce qui se trouvait sous cette fichue manche, elle savait que les courtes conversations qu'elle avait récemment eues avec lui ne devaient leur existence qu'à cette bulle protectrice.

Perdue dans son abyssale réflexion, elle ne remarqua pas le sourire caustique que Malefoy avait esquissé lorsqu'il avait capté son regard. Il s'approcha au plus près du bouclier limpide et souffla cette question qui suintait la tentation et la corruption :

- Tu veux la voir ?

Le cœur d'Hermione sembla battre plus vite dans sa poitrine. Tellement vite que ses côtes commençaient à lui faire mal. Une douce chaleur, due à l'adrénaline remonta dans son estomac avant de parcourir en un temps record chaque artère de son corps. Et presque sans réfléchir, elle répondit d'une voix tremblante d'excitation et d'appréhension :

- Oui.

Alors, tout en plantant férocement son regard d'acier dans celui de la jeune femme, fuyant, il souleva sa manche. Sans grande surprise, le tatouage se découvrit. Il était là, sombre sur cette peau d'albâtre, ondulant sournoisement, symbolisant danger et damnation. Ne pouvant détacher son regard de cette immonde marque, Hermione constata rapidement que la rumeur n'en était visiblement pas une. Légèrement au-dessus du crâne, une enseigne qu'elle ne connaissait pas semblait dégager une aura plus maléfique que le reste du tatouage. Large d'environ un centimètre, elle représentait un dragon et la jeune femme s'interrogea sur sa signification. Était-il spécifique à Malefoy ou bien tous ceux qui bénéficiaient de cette reconnaissance particulière portaient le même dessin ?

Les pupilles toujours rivées sur le bras de son ennemi, elle prit soudainement conscience du danger qu'il représentait et frissonna à l'idée qu'il puisse pénétrer dans le château. Puis, une question qu'elle tâchait d'enfouir au plus profond de son esprit refit brutalement surface. Sans aucun signe avant coureur, elle força la barrière de ses lèvres et atteignit les oreilles de Drago dans un souffle terrifié :

- Pourquoi tu m'as laissée partir ? Tu aurais pu me tuer.

Il rabaissa sa manche alors qu'un léger sourire scindait ses lèvres.

- Les proies trop faciles ne sont pas les plus drôles. Mais je te promets, Granger, que la prochaine fois ce sera juste toi et moi.

Elle tressaillit à l'entente de cette macabre promesse et recula malgré elle d'un pas. Il fallait qu'elle sorte de ce château. Viendrait un jour où Malefoy trouverait la solution. Et ce jour là, elle devrait être loin. Avec l'Ordre.

Il ne mordrait pas à l'hameçon. Elle pouvait faire tous les bonhommes de neige du monde, essayer toutes les distractions possibles, elle savait, au fond, que ses tentatives étaient vaines. Son regard se posa alors sur la cape caractéristique de l'appartenance de Malefoy à l'autre camp qui gisait dans la neige, à quelques centimètres du portail. Sans doute avait-il eu trop chaud à un moment de la journée et avait été trop concentré sur Poudlard pour se préoccuper de la température. Elle n'avait pas le choix de toute façon, n'est-ce pas ? Il ne bougerait pas de là sans avoir trouvé la solution et elle resterait désespérément bloquée. Derrière sa propre cape, elle serra ses doigts sur sa baguette et déverrouilla le portail à l'aide d'un sortilège informulé. Malefoy ne se rendit compte de rien. C'était maintenant ou jamais. Tel un écho à ses pensées, une branche derrière les deux ennemis craqua sous le poids de la neige. La distraction parfaite. Elle leva les yeux au dessus de l'épaule de Drago et feinta la surprise en écarquillant les yeux. Habituellement incapable de proférer un mensonge correct sans être démasquée, elle doutait férocement de son talent d'actrice. Mais lorsque Malefoy se retourna vivement, elle sut que son plan avait marché. Sans hésiter une seconde de plus, elle se glissa rapidement de l'autre côté du portail, frôlant au passage Drago qui se retourna tout aussi vite, un sourire victorieux sur les lèvres. Alors qu'il levait déjà sa baguette en direction de la jeune femme tétanisée, cette dernière, dans une dernière tentative désespérée, lança un sort d'attraction sur la masse sombre que formait la cape de Malefoy et disparut dans un craquement, la cape dans la main. Le sort du jeune homme transperça la neige un millième de secondes après, à l'endroit exact où se tenait Hermione.

Deux secondes. Deux minuscules secondes d'inattention et sa seule chance s'était envolée. Il poussa un cri de rage et cogna violemment contre la paroi invisible qui émit un bruit sourd. Les jointures de ses doigts craquèrent sordidement mais il n'esquissa même pas une grimace de douleur. Dans le lourd silence qui l'entourait, il inspira profondément. Où qu'elle soit partie, elle reviendrait, n'est-ce pas ? Et que cette ignoble vermine ne s'inquiète pas. Il serait là pour l'accueillir avec tous les hommages dont il savait faire preuve.

OOOO

La maison de la tante Muriel avait toujours été très bien rangée, avec des milliers de bibelots inutiles et vieillots posés délicatement à des endroits stratégiques. Mais cela remontait à bien longtemps. Ou du moins, aux années précédant l'arrivée tumultueuse de l'Ordre du Phénix. Ce petit groupe de résistants imaginé et monté par Albus Dumbledore, devenu premier ennemi de Voldemort, était bien loin de ses débuts. Le petit groupe s'était transformé au fil des années en une immense armée, recrutant de vaillants soldats aux quatre coins du monde. Envoyant perpétuellement des membres en missions, il menait une active chasse aux mangemorts. Récemment, il s'était également emparé du siège de la Gazette du sorcier, le quotidien incontournable pour tous sorciers anglais qui se respectent. Et même si à première vue, cette victoire semblait de bonne augure, elle ne l'était surement pas pour Muriel qui voyait, impuissante, sa maison adorée se transformer en un gigantesque champ de bataille.

Pestant contre tous les maux de la Terre, la vieille femme se baissa furieusement et ramassa un bout de papier qui gisait sur le sol, parmi des centaines d'autres, manquant de se coincer les vertèbres. Fred et George, qui passaient par là, chacun portant une étrange paire de lunettes sur le bout du nez qu'ils ne quittaient plus depuis quelques jours, pouffèrent discrètement et d'un même mouvement appuyèrent sur un bouton ornant la monture de leur nouvelle invention. Ils ricanèrent une nouvelle fois sous l'œil sceptique de Ginny qui n'avait rien manqué de la scène. Elle descendit souplement les dernières marches de l'escalier dans lequel elle s'était arrêtée et s'approcha de ses frères :

- Bon alors ? Vous allez me dire ce que ce c'est que ces lunettes que vous ne quittez plus et avec lesquelles vous vous bidonnez comme des baleines toute la journée ?

Les sourcils froncés et les mains sur les hanches, elle ressemblait en tous points à Molly. D'une même voix les jumeaux protestèrent :

- On ne se bidonne pas comme des baleines ! Nous ne faisons que nous amuser des situations de la vie quotidienne.

La rouquine haussa un sourcil.

- Traduction ?

En guise de réponse, Fred ôta ses propres lunettes et les posa sur le nez de sa sœur. Il appuya une nouvelle fois sur le bouton et laissa la magie opérer. Ginny, bouche bée, s'observa descendre les marches, venir vers ses frères, remuer les lèvres d'une manière sérieuse et agacée et attendre une réponse valable dans une pose qui lui rappelait étrangement sa mère. Elle retira vivement les lunettes et interrogea du regard les jumeaux.

- Ca, ma chère Ginny, ce sont des lunettes répétitives ! S'exclama joyeusement George en brandissant sa propre paire au dessus de sa tête.

- Il suffit que tu appuies sur le bouton ici, sur le côté, pour revoir une scène, renchérit Fred.

- On s'est inspiré des lunettes distribuées lors de la coupe du monde de Quidditch, il y a trois ans.

- Mais on a prit soin d'ajouter notre touche personnelle.

Fred fit un clin d'œil à George qui désigna deux minuscules filaments qui pendouillaient sur chacune des branches.

- Tu t'enfonces ça dans les oreilles et tu as le son en plus ! Conclut George avec un large sourire.

Dépitée par cet évident manque de maturité, la jeune femme secoua la tête puis tourna les talons. Seulement, elle ne prit pas garde aux centaines de feuilles qui jonchaient le sol et glissa sur plusieurs centimètres avant de s'étaler de tout son long sur le parquet encombré. Elle jura longuement et le temps qu'elle se relève, Fred et George avaient déjà appuyé deux fois sur le bouton de leurs lunettes, tous deux pris d'une incontrôlable crise de fou rire. Vexée, la rouquine s'éloigna et alla à la rencontre de Luna qui était plantée au milieu du couloir, le regard vague et lointain.

- Non mais franchement ! Tu as vu ça ? Le sol est recouvert de parchemins de la cave au grenier ! Rappelle moi qui a eu la bonne idée d'installer la Gazette ici ? Parce qu'il faut lui dire que son idée est idiote, voila !

Au même moment, Lupin doubla au pas de course les deux jeunes femmes, le teint plus blême que jamais et s'engouffra dans une pièce un peu plus loin. Shacklebolt, qui le suivait de près, s'arrêta au niveau de Luna et Ginny, dont le visage s'était emprunt d'un air grave et inquiet.

- C'est moi-même qui ai eu l'idée de transférer la Gazette ici. Editer sur le Chemin Traverse n'aurait été qu'une grosse erreur. Nous étions trop atteignables.

L'homme eut à peine le temps de finir son explication qu'un cri horriblement strident et déchirant parvint de la même pièce dans laquelle Lupin avait disparu. Ginny ne prit pas la peine de répondre à la dernière phrase de Kingsley et demanda, son cœur battant à un rythme effréné :

- Qu'est-ce qu'il se passe ici ? Il y a eu une attaque ? Demanda t-elle, la voix tremblante.

La réponse ne vint toutefois pas de Shacklebolt. Ce fut une voix tout à fait différente de la sienne qui lui répondit. Une voix lointaine et détachée.

- Une attaque ? Oh non. C'est juste Tonk qui accouche, articula distraitement Luna, la tête levée vers le plafond, visiblement plus intéressée par les striures qui ornaient le plâtre au dessus de sa tête que par le bébé à venir.

Fred et George qui n'avaient rien loupé de l'échange, s'approchèrent à grand pas du petit groupe, ôtèrent leurs lunettes et s'exclamèrent d'une seule voix :

- Il était temps !

OOOO

Les deux silhouettes noires qui se découpaient devant Gringotts tranchaient avec le marbre blanc qui constituait les fondations de l'immeuble. L'une plus grande que l'autre, elles ne semblaient pas être affolées par la froideur nouvelle qui habitait le Chemin de Traverse. D'une démarche lente et paisible, elles s'éloignaient tranquillement de la banque. L'attention de la plus petite silhouette fut attirée par un objet au sol. Elle se pencha, le ramassa et le fourra dans sa longue cape noire. Puis, sans se concerter, d'un commun accord tacite, les deux formes sombres transplanèrent presque sans bruit.

Lorsque Ron se matérialisa devant la tente qui ne payait pas de mine, il retira la large capuche qui lui cachait le visage et laissa exploser sa joie :

- On l'a eu ! On l'a eu, Harry ! On est des génies ! Merlin existe et il nous aime ! Regarde-nous ! On n'a pas eu un seul souci !

Il entama une petite danse tout à fait ridicule qui fit rire Harry, apparu en même temps que lui. L'Elu rabattit à son tour la capuche et sortit de sous sa cape une petite coupe dorée frappée du blason d'Helga Poufsouffle. Il la fit lentement tourner entre ses doigts, se délectant de la sensation du métal froid glissant sous sa paume. Oui. Ils avaient réussi, aussi incroyable que cela puisse paraître. Harry inspira profondément, constatant pour la première fois que la boule qui lui obstruait la gorge depuis si longtemps semblait avoir disparue. Il se sentait bien. Pour la première fois depuis une éternité. Et il aurait donné n'importe quoi pour partager cette nouvelle sérénité avec Ginny. Mais c'était impossible. Parce qu'il était ici, perdu au milieu de nulle part et elle était là-bas, entourée de sa famille et de l'Ordre du Phénix.

Ron entra dans la tente et il le suivit, le cœur léger et le sourire aux lèvres, retrouvant un semblant d'espoir inespéré. Alors qu'il se laissait tomber sur une chaise en bois, Ron avait déjà sorti une vieille bouteille poussiéreuse et deux verres tout aussi peu reluisants.

- Ca vaut bien une bouteille de whisky pur feu ! Je la gardais pour une occasion importante et je crois que le moment est vraiment approprié !

Ron cogna son verre plein contre celui d'Harry et avala le liquide ambré d'une traite, savourant cette douce sensation de chaleur qui gagnait sa gorge. Harry l'imita, contaminé par la bonne humeur de son ami. Puis, prenant pleinement conscience de leur réussite, il répéta dans un murmure :

- On a réussi. On a trouvé un nouvel horcruxe.

- Plus que deux, Harry. On trouve le moyen de rentrer dans Poudlard et Tu-Sais-Qui peut déjà creuser sa tombe !

Il ingurgita un nouveau verre qui lui teinta les joues de rouge puis ajouta, les sourcils froncés :

- Enfin, il faudrait d'abord les détruire. Tu te rappelles, Hermione nous avait dit que…

Mais il suspendit sa phrase à l'énoncé du prénom de sa meilleure amie, recevant en pleine face des souvenirs qu'il avait tâché d'oublier. Harry posa son verre sur la surface grasse de la table et termina pour Ron :

- Qu'il nous faut l'épée de Gryffondor ou du venin de basilic. Et l'un comme l'autre se trouvent à Poudlard. En d'autres termes, je ne sais pas qui de nous ou de Voldemort doit creuser sa tombe le premier.

Ron esquissa un léger sourire mais garda la tête basse, le regard rivé sur ses mains sales. Toute sa bonne humeur nouvellement acquise s'était envolée en un claquement de doigts. Non. Ils n'avaient pas réussi. Pas encore, du moins. Le chemin était encore long et Hermione n'était plus là pour les aider à surmonter les moments trop difficiles. Ils étaient seuls. Seuls et trop jeunes dans cette guerre qui finalement ne leur appartenait pas. Distraitement, il tenta d'enlever la crasse qui s'accumulait sous ses ongles en une matière noirâtre mais abandonna bien vite cette idée et emboita ses paumes calleuses l'une dans l'autre. Enfin, il articula avec une amertume nouvelle :

- Ouais. On est mal barrés. Et puis avec tes recommandations de super héros, l'Ordre aussi est mal barré. Quand on va rentrer, ils vont forcément nous demander ce qu'on fabriquait et comme seule réponse on leur étalera trois breloques sous le nez en leur expliquant que pour tuer Tu-Sais-Qui, il faut les détruire et que pour le détruire, il faut rentrer dans Poudlard qui, pour une raison que nous ignorons tous, refuse de laisser entrer quiconque !

Harry resta silencieux, peu désireux de se lancer dans une dispute qui serait aussi inutile qu'épuisante. Ron était contrarié. Il ne pensait pas ce qu'il disait et Harry avait fini par le comprendre. Le manque de nourriture, de confort et d'espoir avait visiblement eu raison du rouquin.

Comme s'il n'avait rien entendu de ce que Ron venait de dire, Harry tira de sa poche un exemplaire tâché et froissé de la Gazette qu'il avait ramassé quelques minutes plus tôt sur le Chemin de Traverse. S'il ne pouvait plus compter sur le soutien de Ron pour l'instant, autant s'informer sur les dernières inepties des mangemorts.

- Elle date de quand ? S'enquit Ron dans un grognement.

- Trois jours.

Le rouquin se redressa sur sa chaise et demanda, toujours sur le même ton :

- Des morts ?

Harry se retint de lever au ciel. Bien sur qu'il y avait des morts. Tous les jours, à chaque minute passée mourrait un innocent sous la baguette des mangemorts. Et puis la Gazette n'était plus fiable. Elle n'était plus qu'un simple fil conducteur, annonçant quelques rares fois des évènements plus ou moins véridiques. Mais comprenant le besoin vital de Ron de recevoir des nouvelles, aussi fausses soient-elles, Harry commença à feuilleter les pages. Pourtant, un petit cadre en bas de chaque feuillet attira rapidement l'attention du jeune homme. Et lorsqu'il lut les quelques mots qu'il contenait, son cœur rata battement.

Le teint blafard, les yeux papillonnants, il releva lentement sa tête en direction de son ami qui attendait avec un certain empressement une réponse à sa question. Ron s'attendait à tout. Il se préparait chaque jour à apprendre la mort d'un proche. Ils étaient en temps de guerre. Tout était possible. Oui, Ron s'attendait à tout, excepté peut-être la réponse que lui donna Harry :

- Je crois qu'il est temps qu'on rentre au quartier général, Ron.

OOOO

Une légère bise soufflait entre les rues du Chemin de Traverse, soulevant un petit nuage de poussière et quelques parchemins, tous promettant des sommes faramineuses à la capture de l'individu qu'ils dénonçaient. Les bourrasques s'infiltraient dans les moindres recoins, semblant chercher une vie qui n'existait pas. Qui n'existait plus. La rue sorcière était morte en même temps que la guerre avait repris, plus meurtrière et sanglante que jamais. La dernière boutique qui paraissait inébranlable face aux mangemorts avait fermé ses portes trois mois auparavant, condamnant l'âme du Chemin du Traverse en emportant dans la valise de ses propriétaires aux cheveux flamboyants les derniers espoirs d'un monde en paix. Quelques maisons que l'on soupçonnait encore habitées, logeaient des familles terrorisées, en attente de leur sentence. Dans cette rue nue et froide, ne restaient que des cadavres d'objets et d'effroyables traces écarlates, témoins d'horreurs passées. Une odeur de mort et de peur avait imprégné l'air, le rendant presque irrespirable. Et parmi tous ces décombres aux aspects lugubres, unique être aux alentours, un chat parcourait prudemment les rues. Il ne semblait pas se soucier de la terreur qui régnait dans l'air ambiant et s'assit sur un rebord de fenêtre. Il entreprenait une toilette digne de ce nom lorsque qu'un craquement brisa le lourd silence qui planait entre les murs de pierre. Le félin ne broncha pas mais observa avec un certain intérêt le nouveau venu. L'homme, caché par une longue cape noire surmontée d'une large capuche plongeant entièrement son visage dans l'ombre, resta immobile quelques secondes, à la manière de quelqu'un s'assurant être seul. Puis il esquissa un pas vers un imposant bâtiment dont l'enseigne brisée annonçait autrefois La Gazette du Sorcier. Le chat sauta souplement de son observatoire et suivit à distance le mangemort. Il n'était franchement pas grand et sa silhouette semblait particulièrement frêle. Ses pas s'accéléraient au fur et à mesure qu'il approchait du bâtiment déserté. Sa respiration, heurtée et précipitée, trahissait une certaine peur. Obnubilé par le siège du journal, il ne prit pas garde aux divers obstacles encombrant le chemin et trébucha brusquement. Il se rattrapa de justesse mais sa capuche avait glissé, dévoilant un visage pour le moins inattendu. Un visage de femme. Le visage d'Hermione Granger. Sa bouche ourlée de fines lèvres s'entrouvrit sur le coup de la surprise et ses yeux chauds s'exorbitèrent d'horreur. D'un geste vif, elle rabattit la capuche sur sa tête, son cœur cognant contre ses côtes tel un prisonnier priant pour sortir de sa prison. Elle jeta de nombreux regards frénétiques autour d'elle, s'attendant chaque seconde à entendre un ricanement dans son dos, froid et cruel. Ce ricanement qu'elle avait à de nombreuses reprises entendu sur les champs de bataille et qui lui glaçait le sang à chaque fois. Ce ricanement rauque et dépravé du mangemort qui s'apprête à tuer sa victime. Mais seul le silence semblait avoir été témoin de son faux pas et la jeune femme se ressaisit doucement. D'une démarche toutefois moins précipitée, elle s'avança jusqu'à l'immeuble convoité. Sa peur céda lentement place à l'excitation qui gonflait la poitrine d'Hermione quelques heures plus tôt. L'Ordre devait se trouver ici. Elle allait enfin retrouver les siens. Ses amis. Son camp. Sa place. Un sourire captura ses lèvres au fur et à mesure qu'elle assimilait ces informations. Mais il se fana presque aussitôt. La porte de verre qui marquait l'entrée du bâtiment était brisée et le vent qui s'engouffrait entre les châssis de fer semblait murmurer des paroles dans une langue inconnue. La gorge sèche, la jeune femme poussa tout de même l'encadrement qui n'émit aucune résistance. Le hall, à l'instar du Chemin de Traverse, était vide et incroyablement désordonné. Les restes évident d'un champ de bataille passé. Une bataille dont il ne devait rester que quelques cadavres qui lui étaient inconnus. Hermione s'avança prudemment entre les décombres, son nouvel espoir s'effaçant un peu plus à chacun de ses pas. Difficilement, elle ravala ses larmes, véritables traitresses.

Elle n'avait pas besoin de plus. L'Ordre n'était pas là. Il avait peut-être repris la Gazette, mais ne s'était pas établi dans ses quartiers. Dans un dernier regain illusoire, elle leva sa baguette et murmura, presque suppliante :

- Hominum Revelio.

Mais il ne se passa rien. Absolument rien. A l'exception du cœur de la jeune femme qui se marqua d'une nouvelle balafre, encore plus douloureuse que les précédentes. Elle était seule, encore. Mais elle ne devait pas baisser les bras. Pas maintenant. Se lamenter ne servait à rien. Son cœur n'en serait pas plus soulagé et sa poitrine en resterait tout aussi lourde. Il n'y avait pas de solution. Pas de remède pour apaiser cette solitude qui la rongeait de l'intérieur. Il n'y avait rien. Uniquement ce silence, assourdissant par sa présence constante.

Alors, telle une vieille manie difficile à effacer de ses habitudes, Hermione glissa le bout de ses doigts glacés contre la base de son cou, nu. Elle frissonna à ce contact, regrettant une ancienne présence. Lui aussi avait disparu, en même temps que tout le reste. Son pendentif. Celui que sa mère lui avait offert bien des années auparavant, lui rappelant sans cesse que sa famille était avec elle, quoi qu'il advienne. La jeune femme secoua vigoureusement la tête, balayant ce souvenir de son esprit. Il était trop douloureux. Soudainement consciente qu'elle n'avait plus rien à faire ici, Hermione transplana alors vers une destination dont elle-même n'était pas certaine.

Et s'il y a réellement une chose dont elle ignorait l'existence, c'était bien la présence d'une tierce personne.

Dans une ruelle, à quelques pas de là, le même chat tigré qui n'avait rien loupé de la scène et dont les yeux perçants étaient entourés par d'étranges rectangles se métamorphosa pour prendre l'apparence de Minerva McGonagall. La vieille femme, réputée pour sa sagesse, son impassibilité et son austérité semblait pourtant plus vulnérable et fatiguée que jamais. Le teint blafard, elle s'adossa contre le mur pour garder un semblant d'équilibre et porta une main tremblante à son front moite. C'était impossible. Hermione Granger était morte. Elle avait été tuée deux mois et demi auparavant par des mangemorts. Elle ne pouvait pas s'être trouvée sur le Chemin de Traverse. Les morts ne ressuscitaient pas. Et plus improbable encore, pourquoi portait-elle une cape de mangemort ?

Sous le choc de cette découverte pour le moins inattendue, l'ancien professeur de métamorphose transplana à son tour et se matérialisa devant la maison de Muriel. Il n'était pas sur de rester dehors en ces temps obscurs et les jambes flageolantes, elle pénétra dans la respectable demeure. Une respectable demeure qui était devenu un véritable capharnaüm en l'espace de quelques heures. Des dizaines de machines ensorcelées imprimaient des centaines de pages qui s'empilaient dans tous les coins de la maison. Le bruit des rouages résonnait jusque dans les étages, obligeant quiconque voulait prendre la parole à hausser la voix. Et au milieu de cet incroyable fouillis, par-dessus cette cacophonie assourdissante, un cri. Long, douloureux, unique et interminable. Puis plus rien. Alarmée, Minerva se hâta vers le salon, tout aussi encombré que le reste de la maison. Elle fut soulagée d'y trouver Hagrid, avachi dans un fauteuil visiblement trop étroit pour son postérieur proéminent. Un verre à l'aspect douteux dans la main, le géant fixait d'un œil torve le feu ronronnant joyeusement dans l'âtre de la cheminée. Avec des petits pas pressés, elle s'approcha de lui. Alors qu'elle s'apprêtait à le questionner, il la devança, sans détourner le regard pour autant :

- Un bébé, Minerva. Maintenant, en pleine guerre ! Mais je lui ai dit à Remus, je lui ai dit moi ! Son petit, à lui et Tonks, il pourra compter sur moi ! Je le protégerais des mangemorts et je lui expliquerais tout sur les dragons ! Il pourra compter sur moi ! Répéta t-il en haussant la voix.

La vieille femme haussa un sourcil. Neville Londubat, assis à quelques mètres de là, avec pour seule distraction un volumineux grimoire sur les plantes du Pérou, l'informa d'une voix timide :

- Tonks est en train d'accoucher, professeur.

McGonagall hocha vigoureusement la tête, soulagée. Au même moment, les jumeaux Weasley, suivis de Ginny et de Kingsley Shacklebolt pénétrèrent dans le salon. Le visage de ce dernier s'assombrit aussitôt qu'il remarqua la présence de Minerva. Elle n'était pas censée revenir avant la tombée de la nuit sauf s'il y avait une urgence. Ses traits avaient troqués leur sévérité habituelle contre une angoisse peu dissimulée, ce qui alarma d'autant plus Kingsley. D'un signe de la tête, il lui indiqua un coin isolé du salon et elle l'y suivit immédiatement.

- Que se passe t-il, Minerva ? S'enquit-il dans un murmure profond.

- Il faut réunir l'Ordre pour une réunion d'urgence, Kingsley, se contenta t-elle de répondre sur le même ton.

Comprenant qu'il n'en saurait pas plus, l'homme hocha gravement la tête et jeta un coup d'œil vers le petit groupe qui s'était formé autour des fauteuils de la tante Muriel. Ginny essayait sans grande conviction d'arracher le verre de la solide poigne d'Hagrid tout en lançant des regards interrogateurs dans leur direction. Fred et George avaient ôté leurs étranges paires de lunettes et nettoyaient soigneusement leurs verres avec un coin de leur pull. Neville s'était replongé dans son livre mais ne cessait de surveiller du coin de l'œil l'entrée du salon, comme s'il attendait la venue d'une personne en particulier. Lorsque Luna pénétra à son tour dans la pièce, les joues du jeune homme s'empourprèrent et il ne leva étrangement plus la tête de son bouquin.

Shacklebolt reporta son attention sur Minerva et soupira doucement :

- Très bien. Je me charge de réunir les membres de l'Ordre. Ils devraient tous être là d'ici une vingtaine de minutes.

Minerva n'ajouta rien mais ses pupilles brillaient d'une étrange lueur.

Ginny Weasley, comme toutes les personnes issues de sa génération, avait grandi trop vite. Beaucoup trop vite. Elle avait été, malgré elle, plongée au centre d'une guerre qui n'était pas la sienne. Emportée dans une vaillante armée de soldats courageux dont elle ne faisait pourtant pas partie. Au milieu de savants plans dont elle ne connaissait aucun détail. En permanence coincée entre deux mondes qu'elle différenciait de moins en moins bien. Le monde du rêve et le monde de la réalité. Elle voulait étudier mais n'apprenait que des méthodes de combat. Elle voulait être heureuse et devait se satisfaire d'être en vie. Elle voulait aimer un preux chevalier et aimait un héros de guerre. Tout se mêlait, s'entortillait. Tout n'était que confusion dans sa tête qui semblait sur le point d'exploser. Et au centre de ce nœud de pensées, un mot. Un nom. Harry. Sans cesse dans son esprit, le fantôme de celui qu'elle aimait ne la quittait jamais. Occupant ses rêves, distrayant ses journées, il la suivait partout telle une promesse qui tardait à se réaliser. Où es-tu ? Penses-tu à moi autant que je pense à toi ? Quand reviens-tu ? Sais- tu à quel point tu me manques ? Te reverrai-je un jour ? Reviens, Harry. Reviens-moi. Je passe ma vie à t'attendre et les rares fois où tu réapparais semblent toujours être plus courtes. Je ne changerais pourtant rien. Parce que ces rares fois restent les meilleurs moments de mon existence.

Et toutes ces questions ne restaient que des lettres sans réponses.

Kingsley et McGonagall venaient de s'éloigner et arboraient cet air grave que Ginny détestait tant. Quelque chose venait de se passer. Surement grave, au regard du teint pâle de son professeur. La jeune fille pria pour que rien ne soit arrivé à Harry. Son égoïsme la frappa à peine. Elle en était déjà consciente. Elle aurait du s'inquiéter pour Ron qui l'accompagnait, pour Charlie, son autre frère parti en mission et pour tous les membres de l'Ordre qui chaque jours risquaient leur vie en sortant de cette maison. Mais elle n'y parvenait pas. Il n'y avait qu'Harry. Harry et ses soucis.

Shacklebolt revint vers eux, les sourcils froncés. Il croisa rapidement le regard de la rouquine mais secoua la tête, la dissuadant ainsi de poser toute question. Il se contenta juste de lui demander à voix basse, sans une seule explication :

- Peux-tu faire le tour de la maison et dire à tous les membres qu'une réunion d'urgence aura lieu dans la cuisine ? Je vais essayer de contacter Severus.

Ginny tiqua à l'entente du nom de son ancien professeur de potion mais n'ajouta rien. Même s'il avait regagné la confiance de l'Ordre du Phénix par une argumentation dont elle ignorait le déroulement après le meurtre de Dumbledore, elle s'était interdit de le considérer comme un des leurs. Alors, elle se contenta de se lever et d'exécuter les ordres, en bon petit soldat qu'elle était.

OOOO

- Minerva, es-tu sure que…Commença Molly, des accents inquiets transperçant dans le son de sa voix.

L'interpelée soupira doucement et planta son regard sévère dans celui de la matriarche.

- Oui, Molly. Ce que j'ai à dire concerne tout le monde. Y compris les plus jeunes.

Molly abdiqua mais les traits soucieux qui marquaient son front témoignaient de son incertitude. Arthur passa un bras rassurant autour de ses épaules mais elle ne put s'empêcher de glisser un regard incertain sur Ginny, Fred et George, alignés contre le mur, attendant avec une certaine excitation le début de l'unique réunion à laquelle ils avaient jamais été conviés.

Ils étaient tous là, entassés dans la minuscule cuisine surchauffée. Certains coincés sur des chaises autour de la table, d'autres debout, les bras gravement croisés sur leur poitrine. Le silence était devenu maître, porteur d'inquiétudes et de peurs muettes.

Des bruits de pas, lourds et précipités retentirent alors, devenant de plus en plus distincts, trahissant l'arrivée de nouveaux convives. Puis Kingsley et Severus pénétrèrent dans la pièce bondée, les traits tirés et le visage grave. Certains grimacèrent à la vue de Rogue mais personne ne pipa mot. Minerva se leva, échangea un regard entendu avec Shacklebolt et se racla doucement la gorge.

- Tout d'abord, merci à tous d'avoir répondu présent aussi rapidement. Je sais que certains d'entre vous sont dans des positions difficiles pour le compte de l'Ordre et que participer aux réunions d'urgence est compliqué.

La vieille femme s'interrompit quelques secondes puis ôta ses lunettes avant de reprendre.

- Il serait inutile de tourner autour du pot donc je vais directement en venir aux faits.

Elle suspendit sa phrase une nouvelle fois et glissa un regard indéchiffrable sur les plus jeunes, pendus à ses lèvres. Enfin, elle inspira profondément puis lâcha soudainement :

- Hermione Granger est vivante.

L'incompréhension fut totale dans la salle et alors que certains entrouvraient déjà les lèvres pour laisser passer une exclamation de surprise, deux voix à l'unisson retentirent, plus distinctes que toutes les autres, depuis l'entrée de la cuisine :

- Quoi ?

D'un même mouvement, toute l'assemblée se retourna alors pour constater qu'Harry Potter et Ronald Weasley étaient de retour parmi eux.


Voila ! Bon je suppose que vous restez sur pas mal d'interrogations, notament concernant Gringotts. Harry et Ron nous raconteront leur histoire dans le prochain chapitre =)

J'espère toutefois que ce nouveau chapitre que j'ai ramé à écrire vous a quand même plu ! Et n'hésitez pas à me donner votre avis ;)

Euh...Je suis pas très inspirée ce soir mais si vous avez des questions, je me ferais une joie d'y répondre !

Merci de continuer à me lire !

Bisou, Sonia.